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mardi 7 février 2017

Dictionnaire fou du corps

Nous sommes là sur un livre clivant. De mon côté, j'ai décidé de plonger avec enthousiasme dans cette proposition débordant les tabous et invitant aux pétillements du cœur.

© Katy COUPRIE / Thierry Magnier

"Dictionnaire fou du corps" de Katy COUPRIE est une somme de définitions, 801 mots.
Il faut se méfier, en plus des onomatopées (zzzzz) d'autres sont faux (abdomignon). Vous trouverez, pour chaque, le sens propre et/ou le sens figuré, le sens anatomique ou spécifique. 
Le corps humain est ainsi présenté anatomiquement en pièces détachées, les organes, les os, les éléments plus petits et leur nom encore peu connus de tous: scapulo-huméral, wormien, xiphoïde, jéjunum.... Et premier choc, pour certains, les organes génitaux sont présents et pas seulement dans leur schéma anatomique interne.
Mais vous aurez aussi d'innombrables mots tournant autour de notre perception du corps: sa silhouette, sa beauté, ses mouvements en plus de ses fonctions (danse - sacre du printemps ou danse macabre-, jeu, acrobatie, rire, massage, loucher, bronzer, lévitation, se laver...).
Puis d'autres, pour pouffer de rire ou rire sous cape: pellicule, poil, pus, pet; rot, furoncle, se dégarnir ou tablette (de chocolat).

© Katy COUPRIE / Thierry Magnier

Exemple les pages consacrées au H : ha, habillé, haleine, hâle, hammam, han, hanche, haut-le-coeur, haut-le-corps, hep!, hérédité, hermaphrodite, hibernation, hirsute, hirsutisme, hiver, homme, hoquet, hormone, humain, humeurs, hybride, hymen, hypoderme, hypothalamus.

Le choix des mots est déjà subjectif: en plus de découvrir son corps, c'est toute notre façon d'en parler, d'en rire, d'en jouer jusqu'au désir qui apparait. Ce n'est pas qu'une vulgarisation scientifique, ici le corps est maltraité avec douceur, chatouiller avec ardeur et les petites brimades remises dans un contexte d'humour et de relativisation.
Puis les définitions se veulent jeux de mots, accompagnées de fausses citations (avec quelques vraies) : pour décapiter "Qu'on lui coupe la tête! Qu'on lui coupe la tête!" (La Reine de cœur). 

© Katy COUPRIE / Thierry Magnier

GALIPETTE n.f. 1* Sorte de roulade désordonnée que les enfants effectuent volontiers, en général la tête la première et en rigolant. Les adultes ne savent plus vraiment faire la galipette. Ils font le grand saut. 2* Fig. Faire des galipettes: faire l'amour. Voir Gymnastique, Sexe.

FANTÔME n.m. Corps de rêve sous un drap. Être impalpable, le fantôme se convoque, mais ne répond pas au téléphone. S'il laisse un mot, c'est "je reviens". Voir Esprit, Immatériel.

CHIRURGIE n.f. Fig. Choix de l'opération: addition, soustraction, multiplication ou division. Voir Ablation, Amputation, Césarienne, Greffe.

Bien-sûr il est question de sexe, déjà en les présentant avec différentes appellations, dans leur fonctionnement mais aussi dans de très nombreux mots associés. Accouplement, reproduction, extase, han, coït mais point de fornication ou de foutre: le langage, même s'il peut déstabiliser certains, n'en est pas moins choisi.

© Katy COUPRIE / Thierry Magnier

Et puis il y a l'aspect visuel. Le livre se veut une compilation de termes scientifiques et d'humour, les illustrations suivent cette tendance: des gravures anatomiques anciennes avec des dissections illustrées (stylisées ou très réalistes), des dessins d'écorchés, des schémas d'organes, des dessins du squelette; mais aussi des photos de bouches, d'yeux, de mains; mais aussi de très nombreux croquis sur le vif de mouvements et positions en gros traits colorés, des croquis de gestuel, des aplats de position, des ombres, des tâches.

© Katy COUPRIE / Thierry Magnier

Il s'agit d'un objet culturel. Des partis-pris, des choix audacieux, de petits chocs visuels, du jargon scientifique, des mots crus, des digressions. Au détour des pages, vous trouverez Batman, Louis de Funès, Einstein, Médusa, le Minotaure, Superman, Pinocchio, Vélasquez et tant d'autres (car les fausses citations nous ouvrent encore des portes!).

© Katy COUPRIE / Thierry Magnier

Le dictionnaire répond à de nombreuses questions possibles, déroute aussi, fait sourire, fera rire le plus jeune lectorat mais il garde ce je ne sais quoi, qui même après explication, laisse l'émerveillement de la découverte ou de la pratique (du développement amoureux jusqu'au désir et au plaisir par exemple).
Coup de coeur donc!

jeudi 16 avril 2015

Jane, le renard & moi

Une magnifique couverture mêlant cette jeune fille, un beau renard roux, le visage d'une héroïne de littérature et cette plante d'un beau vert tendre. Hum, j'avais envie de lire "Jane, le renard et moi" d'Isabelle ARSENAULT et illustré par Fanny BRITT.

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Elle est toute seule, toute seule dans les couloirs de l'école, toute seule dans le bus. Avant elle était accompagnée de ses copines et, un jour, l'une d'elles a décrété qu'elle n'aurait plus d'amie. Elle les voit se moquer d'elle. Et puis il y a les mots griffonnés dans les toilettes.
Oui, elle est persuadée qu'elles ont raison: elle est grosse comme une saucisse et puis ça se trouve elle pue comme elles le disent.
Il va falloir pourtant partir en Angleterre avec la classe. Bien-sûr elle se retrouve avec les sans bande. Seule encore parmi les esseulées... 

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Encore heureux qu'elle a Jane Eyre. Elle lit le livre de Charlotte Brontë et découvre cette pauvre enfant orpheline qui jeune femme se mettra au service d'une famille. Et il y a la rencontre avec le renard.

"Il a le regard tellement doux que j'explose presque. Le même regard dans l'oeil d'un humain : je lui offre mon âme, garanti."
© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Et il y a ces yeux bleus qui clignent tout le temps. Le malaise va s'effacer.

Ce roman graphique, entre bande-dessinée et album, est la confidence de cette gamine au début de l'adolescence.
Elle est mal dans sa peau, dénigrée et même harcelée par les autres. Tout est gris autour d'elle, elle n'a plus le goût à rien. Sauf en ce roman, cette histoire de fille, Jane, qui devient quelqu'un, "adulte et brillante et mince et sage". Elle se reconnait en elle et pourtant ce double fictif, lui, est apprécié. Ou presque... enfin si.

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Et le roman l'a déstabilise, comme la vie, comme les nouveaux partages, le changement de regard et d'attitude, d'elle et des autres. Les couleurs reviennent, comme une amitié, une pousse qui grimpe et se propage.

Au fait, pourquoi un renard? peut-être parce qu'il était déjà là... tout près.


vendredi 13 juin 2014

La vie à petits pas

J'aime énormément les vulgarisations scientifiques, historiques... Cela ne veut pas dire que j'aime la simplification mais j'y vois là des portes ouvertes pour plus de curiosité et pour, pourquoi pas, cumuler le nombre d'approches d'un même élément.
 
© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

"La vie à petits pas " de Jean-Benoît DURAND et illustré par Robin GINDRE répond à un des premiers mystères présenté à notre attente: d'où vient le monde, la vie et l'homme?

Ce documentaire délimite en fait de nombreux éléments importants.
D'une part les origines de la vie sur Terre et même les origines de l'Univers, des planètes et de la notre. Un défilé historique présente alors les premières bactéries, les premiers poissons, les premiers vertébrés, les premiers insectes et amène jusqu'aux premiers primates, cousins (comme Lucy célèbre 3 millions d'années plus tard!) et ancêtres de l'homme.
Puis c'est la notion de vie qui est mise en avant: la fécondation, l'alimentation, la croissance, la mort, l'extinction des espèces. L'homme et son rôle, les conséquences sur son environnement, écologique ou extinction des espèces ou encore voies du futur, le dangereux clonage.

© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

En soi le pari est gagné: c'est clair et complet. Il y a aussi quelques petites pointes de bonne conscience un peu facile mais si les enfants ne peuvent avoir de débats ou d'autres supports en complément, ce documentaire est tout de même à choisir!

© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

Ce qui fait d'autant plus l'intérêt d'un tel ouvrage est le discours adapté aux enfants par les illustrations de Robin GINDRE, d'une part, qui apportent énormément d'humour; mais aussi par quelques éléments bien appuyés: l'importance de l'eau, d'une enveloppe dure autour de l’œuf ou d'un embryon bien au chaud dans le ventre maternel.

mardi 12 novembre 2013

Zizi, lolos, smack !

Je vous avais présenté une pépite en documentaire jeunesse sur l'éducation sexuelle dans son ensemble (la sensibilité, le contact, les sentiments et bien-sûr les organes génitaux!). Une magnifique proposition pour une réflexion de fond mais la "légèreté taquine" dans tout cela. Oui, oui j'entends d'ici quelques voix reprochant à mon premier choix, presque exclusif (?!), d'être intellectualisant et pas très libérateur de tension pour les petits curieux. Bon allez, de quoi les dérider et leur donner envie de feuilleter encore et encore, tout en pouffant et tout en découvrant.


© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan


"Zizi, lolos, smack!" de Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET est un livre à nombreux rabats. Le texte est clair, très complet en terme d'informations.
 Pour ce qui concerne le plus sérieux: une explication de la puberté, des transformations physiques du corps entier, la voix qui mue, la pilosité qui vient pour les garçons comme pour les filles; un décryptage complet des organes génitaux; une description de la menstruation, de la fécondation (en terme de spermatozoïdes et d'ovules, entendons-nous bien, pas de mécanisme d'encastrement figuré... il vous faudra là vous référerez à une autre ressource, par exemple Titeuf dans le billet concernant une certaine éducation sexuelle); une description de la vie in utero, des mises en garde sur la protection sexuelle et sur l'inceste ou la protection des mineurs.

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Pour le plus jouissif (non, non, sans jeu de mots) des doubles pages plus douces: les à priori sexués (elle est douce, il aime le foot), les animaux les plus bêtes de sexe, des descriptions humoristiques... il faut soulever les rabats pour découvrir le sexe du "David" de MICHEL-ANGE ou du premier couple de CRANACH Le jeune; les seins sont des pommes, des poires, des melons; les érections (nocturnes ou les autres) sont présentées.

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Le vocabulaire sexuel est avancé, dommage toutefois qu'il ne propose pas celui des poètes, lui aussi très imagé mais aussi savoureux, cela permettrait tout de même de soulever le débat au dessus de la ceinture... ou de le redescendre avec plus de grâce!!

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Les illustrations de Stéphane NICOLET apportent ce ton humoristique. Quel beau parti-pris de prendre une ou deux références artistiques pour nous les montrer tous ces sexes. Puis c'est avec beaucoup de légèreté, de spontanéité (sans être dénué d'une petite malice) qu'il nous plante le décor, la diversité, les formes, les boutons, les émois, les vapeurs.

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Au final, un livre à mettre entre toutes les mains, à partir de 9 ans dixit la maison d'édition. Il répondra aux attentes de renseignements précis et aux envies de glousser en douce des plus jeunes.



****
Et puis parce que j'irais voir à Paris l'exposition "Masculin/Masculin", un magnifique clip de présentation de l'exposition: ce sont là des représentations vidéo de tableaux présentés.
Il y a une mise en garde pour dérouter les plus jeunes, quel dommage! Ce n'est qu'un homme nu! Et vous pouvez lire le billet de Lily à ce sujet, je suis complètement d'accord avec elle!



vendredi 28 juin 2013

C'est ta vie, l'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants

Je cherchais depuis quelques temps déjà un documentaire sur la vie, l'amour et la sexualité, adapté aux enfants. Je ne trouvais jamais mon bonheur, le propos était, pour moi, évasif, trop prude, "bien pensant". J'ai porté mon dévolu sur une proposition des éditions Oskar. Le contenu est un peu plus "franc du collier" mais que cela ne vous arrête pas!

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

"C'est ta vie, l'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants" de Thierry LENAIN et illustré par Benoit MOREL est un documentaire qui ne se limite pas à expliquer ce qu'est l'amour, la sexualité et la naissance. Enfin si mais avec tout ce qu'il y a autour. Je n'avais d'ailleurs aucun doute: pour avoir suivi les propositions de Thierry LENAIN dans la collection "Trimestre", je pensais bien trouver là des nuances, de la réflexion et du fond.

Le livre est répartit en plusieurs chapitres.
Les liens parlent du lien social, des relations entre les gens, de la simple politesse à la relation de cœur. Puis l'auteur distingue l'amitié et l'amour, cette apposition ou fusion des cœurs, et présente l’hétérosexualité et l’homosexualité. L'amour est alors le début d'un lien plus fort, une envie de profiter l'un de l'autre, de vivre ensemble (ou non), de partager tous les loisirs (ou non) et d'être parent (ou non).
Les contacts définissent le niveau de promiscuité des corps, de la bousculade au toucher réel, du geste de politesse, de consolation ou du manque de gestes (même si les sentiments sont présents). Puis les câlins sont définis dans leur rapport d'affection et distingués des câlins sexuels.
Les interdits reprennent les lois contre la pédophilie, l'inceste mais aussi le respect des enfants, le consentement mutuel (entre adultes) et les relations sexuelles des adultes dans l'intimité et cachées aux enfants. Une très belle explication est offerte aussi sur les dérives de l'internet, sur cette accessibilité exacerbée des intimités: pas de porte fermée, pas de disposition difficile d'accès... la sexualité est placardée et le contrôle parental installé pas pour surveiller l'enfant mais le protéger.
Le corps est un chapitre plus conventionnel, biologique, quoique. La puberté est expliquée, l'anatomie montrée mais il est aussi question de masturbation, comme prise de conscience de soi mais aussi premier plaisir non-coupable (si seul avec son intimité).
Le bébé est la reproduction sexuelle humaine expliquée mais aussi tous les aléas de la vie, l'impossibilité d'en avoir, les solutions, la volonté de ne pas être parent. Et bien-sur cela finit par la naissance.
Un épilogue suit avec des questions réponses assez enfantines mais justement décomplexantes.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Le propos est presque politique: extrêmement tolérant (et c'est parfaitement ma priorité) sur le métissage, l'homosexualité, l'avortement, la fécondation in vitro et l'adoption mais aussi sur une certaine froideur des sentiments (une émotion retranscrite différemment) ou une frivolité apparente. Attention cependant il n'est pas ici question du débat politisé du moment: mariage pour tous ou de procréation médicalement assistée pour les homosexuels.
Tout est dit avec finesse et beaucoup de respect. Thierry LENAIN se positionne toujours sur le droit de chacun à être ce qu'il est, dans les limites de la loi et du respect des enfants.
Au fil des pages, l'auteur propose aussi des numéros de téléphones pour ne pas laisser l'enfant lecteur dans une situation difficile.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Les illustrations de Benoit MOREL sont, ici, assez déconcertantes. Elles ont pourtant la qualité de mettre derrière le propos un peu de couleurs et de ne pas aseptiser les informations. Un schéma internes des organes génitaux mais aussi une manière sexuée de se regarder l'intimité sont présents. Quelque part dérangeant et pourtant, mais oui bien-sûr, une part importante de la connaissance de soi.
L'imbrication des corps, lui, est juste évoquée mais pour le reste, Benoit MOREL montre la différence dans les relations, dans les gestes. Beau dialogue entre le texte et les dessins!

Maintenant reste à savoir à quel jeune lectorat il est destiné. Bah, je ne sais pas. En tous cas bien avant que la reproduction humaine soit au programme scolaire. Bah, dès que l'enfant se pose des questions et sait lire seul certains chapitres!

Et l'avis de Gaëlle très pertinent ici, présentant aussi ce parti-pris réel des auteurs de proposer une autre vision de la sexualité, la présentation presse.

vendredi 7 décembre 2012

Le nez

"Le nez" d'Olivier DOUZOU est une histoire de fous. Une histoire de nez bouchés, pile d’actualité par les temps qui courent, non?!

© Olivier DOUZOU/ Memo

Nez se réveille un matin et, bouché, il décide de prendre l'air. Il rencontre un bouton qui se prenait pour un nez et ensemble vont trouver le grand mouchoir pour les désencombrer.
Dans leur voyage, ils rencontrent d'autres nez, trompe, groin, bec, nez de clown, de tamanoir, de Pinocchio. Ils chercheront des astuces pour se moucher ou éternuer.
Nez nous raconte son périple mais les mots sont déformés ce qui va amener la troupe à de nombreux quiproquos.

"Guand on z'est abbrochés
on s'est rendu gompte gue z'était
des mouses de baches.
Za debait sendir bauvais
y'abait des bouches."

© Olivier DOUZOU/ Memo

En dehors de cet effet de style et de l'histoire qui pourrait être simple, la lecture est désopilante. Elle demande de l'attention pour bien prendre le coup du nez bouché. Les jeux de mots sont savoureux et les illustrations apportent la réalité aussi surréaliste que le récit.

lundi 22 octobre 2012

Comptines de relaxation

"Comptines de relaxation" de Gilles DIEDERICHS, illustré par Nathalie CHOUX et interprété par Noémie BROSSET, Philippe WERCKER et Olivia HURTEBIZE est un livre audio que nous avons depuis quelques années. Quel dommage de l'avoir laissé dans les étagères sans en profiter au maximum. Il est destiné aux enfants de 2 à 4 ans, nous avions aimé l'écouter aux 3 ans du lutin, presque comme une histoire du soir racontée mais c'est encore plus maintenant, à l'aune de ses 6 ans qu'il est encore plus motivé, la connaissance corporelle aidant.

© Gilles DIEDERICHS et Nathalie CHOUX/ Nathan

Onze comptines amènent les enfants à se relaxer. C'est autant un livre à regarder pour les illustrations qu'une méthode auditive pour se détendre.
A chaque fois, le relaxologue utilise un comportement animal pour inciter l'enfant à suivre quelques mouvements doux, de base, permettant de relâcher les muscles, de détendre les tensions. Une petite mise en situation de l'animal est suivie de la comptine. Pour relâcher les parties du corps: le gorille et le renard pour les jambes, le kangourou pour les hanches, le singe pour le visage, le tigre pour le haut du corps. Mais aussi pour s'initier à la respiration attentive, consciente, à même de détendre après l’effort, de préparer l'endormissement, de lâcher les tensions.

© Gilles DIEDERICHS et Nathalie CHOUX/ Nathan

Les illustrations de Nathalie CHOUX sont toutes douces et très colorées. Elles apportent le compagnon animal mais aussi des étapes de la gestuelle. Les voix sont toutes douces et les musiques empruntant aux folklore mondial sont aussi très plaisantes... rythmes africains, harpe et cornemuse celtiques, didgeridoo australien, impression indienne d'Amérique ou du continent asiatique et des bruits d'ambiance (oiseaux, vents, vagues et végétation).

C'est un bon début pour démarrer les étirements, des bases de yoga et de la relaxation... de quoi aller vers la méditation (billet à suivre).

jeudi 21 juin 2012

Le gentil petit livre rouge

"Le gentil petit livre rouge" de Zhifang TANG est un tout petit livre, petit objet brut et efficace. Il fait partie de ces petits livres vers lesquels vous n’iriez pas forcément mais que l'une de vos libraires préférés vous met entre les mains comme une merveille d'édition. Et c'est vrai qu'il est imparable et très "bénéfique".

© Zhifang TANG/ La joie de lire

Ce tout petit album cartonné propose deux courtes histoires.
La première réunie trois amis, un lapin, un canard et un hibou. Chacun a une particularité physique: Lapin a des oreilles lui permettant de mieux entendre que les autres mais aussi d'entendre tout le temps, la nuit y compris. Il n'arrive pas à dormir. Hibou voit très bien la nuit mais la nuit est aussi faite de peurs d'angoisse et vivre dans celles des autres n'est plus supportable. Canard parle trop et les autres n'en peuvent plus... ils vont chacun croire en une solution miracle, la chirurgie esthétique. Grâce à elle, plus d'oreilles trop longues, plus de gros yeux très sensibles, plus de bec caquetant toujours.
La seconde nous parle du roi Ours, heureux et confiant. Il pense bien gouverner, être respecté et se trouve très content d'être soutenu par Chien et Renard. Mais les oreilles de lapin semblent être merveilleuses et Lapin s'en sépare. Parfait roi Ours se les greffe à la place des siennes et c'est le début de la désillusion... Ours entend maintenant tout ce que l'on dit sur lui.

Les histoires sont courtes, incisives, écrites au scalpel (c'est le cas de le dire). Chaque animal espère beaucoup de ce changement physique, espère devenir soit plus commun, soit plus compétent et n'en arrive qu'à une désillusion totale.
A travers les pages, le regard des autres, la vie en communauté apparaissent froidement dans ce "découpage de soi". Mais est-ce que la réponse physique apporte plus de bonheur?

© Zhifang TANG/ La joie de lire

En plus, les gravures, une petite par page, sont brutes, stylées et ne laissent que peu de place à une autre forme de poésie. Le rouge est là, pas lors de la chirurgie mais avant là où les animaux sont blessés. Cela va droit au but mais sans images chocs ou réalistes. Et c'est peut-être ce que l'on demande à ce genre de livre!
"Car on ne peut pas ignorer ce que l'on sait."

mardi 27 décembre 2011

Le corps & La vie du corps

Cela fait longtemps qu'ils sont presque sur la table de chevet de notre lutin de 5 ans. Il faut dire que ces deux volumes, "Le corps" et "La vie du corps" illustré par Sylvaine PEYROLS, offrent tout ce qu'il faut à un enfant: des informations claires, des petits focus et surtout, surtout, des transparents à soulever permettant une interaction et un regain de curiosité.

"Le corps" est une présentation de l'organisme. De sa création multicellulaire, à ce corps qui grandit, différent entre espèces (mammifères) et même dans le genre humain. Une peau, des ongles, des cheveux, des dents mais aussi des os, des muscles et des organes.

C'est une première approche du corps, de ses différences, féminin et masculin, et de son rythme journalier.

"La vie du corps" explique lui les systèmes, digestif (cette progression de la pomme émerveille toujours), respiratoire, hormonal, éliminatoire et tout cela avec des termes simples, précis et vrais. Soit nos besoins en air, en soleil, en eau, en aliments.

Pour suivre toutes nos présentations de la biologie humaine, vous pouvez suivre quelques chemins par là.


lundi 28 mars 2011

Pourquoi j'ai tué Pierre

© Olivier KA et Alfred/ Delcourt

"Pourquoi j'ai tué Pierre" d'Olivier KA et illustré par Alfred est une lecture de santé publique.
Olivier est un garçon de 7 ans et à chaque étape de sa vie, il revient sur un contexte, une sensibilité, une éducation, une forme de vie qui nous explique pourquoi il a tué Pierre. Cette bande-dessinée est à lire absolument même par des lecteurs pré-adolescents, accompagnés de leurs parents. Le crime n'est pas celui que l'on croit, ou presque.
Olivier est élevé par ses parents et, pendant les vacances, va chez ses grands-parents. Il nous conte ses vacances, entre baba-cool attitude des premiers, religiosité des seconds et colonies. Il nous parle de l'avant, du pendant et de l'après... parce qu'il est question d'attouchement, de pédophilie.
Ce geste, cette infamie, cet acte émis par une personne de confiance. Pierre est un prête, homme de foi sorti du carcan, très proche des autres qu'ils soient ou non de la même confession. Forme d'autorité, il est aussi un homme modèle: bon vivant, à l'écoute, altruiste. Et puis il est entré dans la famille, en tant qu'ami, soutien d'éducation, responsable des vacances.

© Olivier KA et Alfred/ Delcourt

C'est de tout ce qui fait une proximité, une sensualité, une éducation sexuelle dont il est question dans ce livre. Olivier découvre la pudeur en même tant que la nudité comme forme de présence au monde. Il découvre les premiers émois mais aussi les gestes, les attitudes entre adultes et enfants.
La religion a aussi une place ici. Comme ordre établi, comme garant d'une moralité. Elle constitue une forme de contre-pied moral à une utopie "politique" de "peace and love". C'est ainsi une bonne part des approches de la sexualité aux enfants qui se retrace là.

© Olivier KA et Alfred/ Delcourt

Et puis il y a l'acte, pas explicité, pas accepté (et pas acceptable). Et c'est aussi la culpabilité de la victime qui choque, qui interpelle... un malaise qui se lit à tous les âges, le poids des traditions, des éducations, de l'affectif, cette non-trahison des sentiments.
L'histoire, réelle, a une fin. Elle seule mérite de relire le livre, de revenir découvrir les détails de cet attachement et de cet "acte de mort" particulier.

Un billet qui vous éclaira là, un autre superbe ici.

mardi 1 février 2011

Humanimal, notre zoo intérieur

Je n'ai pas encore dit tout le bien que je pensais de la collection "Dame nature" des éditions Gulfstream. Il s'agit de documentaires pour enfants alliant le scientifique à l'humour. Le parti-pris est vraiment d'harponner les enfants avec des caractéristiques bien rigolotes: de la faune ou flore d'un certain milieu, qui pète, pue, pique, crache, pince, pisse, perce et colle. Chaque chapitre offre des focus détaillés. A chaque double page un nouveau cas, une description scientifique avec son dessin réaliste et pour aller plus loin des anecdotes sur le pourquoi du comment et un petit lot de blagues. La composition est elle-aussi très bien: aérée, précise, offrant des ombres chinoises, quelques classifications et aussi un part de réel et une part de fiction.
Les livres sont autant des documentaires à ouvrir pour s'instruire que des pages à lire comme lectures du soir. L'appel des illustrations humoristiques permettant de tout à fait s'arrêter en cours de lecture.

© Jean-Baptiste de PANAFIEU, Benoît PERROUD et Lucie RIOLAND

"Humanimal, notre zoo intérieur" de Jean-Baptiste de PANAFIEU, illustré par Benoît PERROUD et Lucie RIOLAND est le second de la collection à arriver chez nous.
Le corps humain est décomposé en éléments et comparé à celui de ses cousins, les autres animaux. Les membres, la tête, la peau, l'intérieur du corps, les comportements, la séduction... les poux.

© Jean-Baptiste de PANAFIEU, Benoît PERROUD et Lucie RIOLAND

Ici la première page présente l'humain et un animal, à la page suivante nous avons l'origine de cette particularité chez tous les animaux et leur évolution. Puis un "saviez-vous" plus anecdotique ou humoristique.

© Jean-Baptiste de PANAFIEU, Benoît PERROUD et Lucie RIOLAND

Le fait de prendre un détail et de le mettre en apposition à son équivalent (ou son absence) permet de vraiment le regarder. Les différences sont flagrantes, les dessins les mettent en avant. Le sujet est sérieux et le texte comporte un vocabulaire précis et même scientifique. Les mots plus compliqués sont colorés et peuvent vraiment amené à une réelle instruction. Mais ce serait limiter la portée des livres de cette collection.
Oui les informations sont exactes et nombreuses mais l'approche est vraiment très amusante, appropriable par des petits et des pré-adolescents. Les textes et illustrations offrent aussi de multiples autres références (un Cyrano face à un nasique, singe au nez proéminent, King Kong ou Robert de Niro dans une de ses répliques cultes) mais aussi des situations loufoques ou des jeux d'enfants pour présenter autrement le propos. C'est en riant que les enfants retiendront une ou deux choses.

L'association des dessins très réalistes, précis et texturés, de Lucie RIOLAND et de ceux plus stylisés et humoristiques de Benoît PERROUD permettent aussi cette double lecture. Une lecture rapide, d'une jeune enfant qui sera peut-être plus intéressé par les blagues, et une lecture plus poussée avec des détails plus importants.
Le constat est clair: ce livre est instructif, fabuleux de détails, de couleurs, d'indices et aussi de belles approches de la différence humaine : anomalie du nombre de doigts, queue persistante etc...

© Jean-Baptiste de PANAFIEU, Benoît PERROUD et Lucie RIOLAND

J'avais parlé il y a longtemps de « Les plantes qui puent, qui pètent, qui piquent » de Lionel HIGNARD, Alain PONTOPPIDAN et illustré par Yann LE BRISH... , depuis il est arrivé chez nous et j'en parle un chouïa là mais je n'ai pas encore parlé de cet autre livre qui a fait notre bonheur pendant nos séjour au bord de mer, "Les Bêtes qui crachent, qui collent, qui croquent à la mer" de Jean-Baptiste de PANAFIEU, illustré par Amandine LABARRE, Benoît PERROUD et Lucie RIOLAND.
Mais n'hésitez pas à tenter cette aventure faunesque et floresque! Vous ne regarderez plus le vivant de la même manière!

mardi 2 novembre 2010

Gargouillis

C'est en cherchant d'autres albums jeunesse sur le corps que je suis tombée sur celui-ci. "Gargouillis" de Nina BLYCHERT WISNIA est un vrai bonheur!

© Nina BLYCHERT WISNIA/ Rouergue

Sous des dehors humoristiques, toutes les questions sur le ventre trouvent une réponse et une illustration inoubliable. D'ailleurs elles m'ont assez déconcertées pour certaines, où l'on y voit des personnages comme dessinés par un enfant. Oui mais voilà, c'est aussi ce qui fait le charme de ce livre.
L'album est chapitré comme un cours de biologie déjanté fait d'affiches et de schémas anatomiques, le tout en gaité et originalité. Il nous montre l'extérieur, l'intérieur et les fonctions du ventre. Petit, grand, creux, gros ventre. Le nombril prend aussi une signification... signe de la naissance, à l'aspect différent mais aussi preuve des mammifères. © Nina BLYCHERT WISNIA/ Rouergue

Un système digestif qui change en fonction des animaux et de leur nourriture (à chaque fois les choix sont instructifs: un cheval ne peut pas vomir, un écureuil mange ses crottes pour reprendre les nutriments perdus lors de la première digestion, le nombre d'estomac des ruminants) mais aussi les astuces d'un loup (au ventre de pierres).
C'est aussi une illustration des évacuations: rots, pets, vomi, fèces et urine... et aussi de tous les noms de ventre et les expression qui le reprenne.© Nina BLYCHERT WISNIA/ Rouergue

Le ventre devient un monde en soir... un monde peuplé de garçon déguisé en superman, de fillette déguisée en superman mais aussi d'animaux plus ou moins exotiques et aussi de faune fictive.
© Nina BLYCHERT WISNIA/ Rouergue

L'album fourmille d'accroches pour les enfants et les illustrations nombreuses sur chaque page offrent de multiples propositions et jeux ou astuces (recette de brioche, labyrinthe, découpage). Chose non négligeable les sous-couvertures ainsi que le verso de couverture apporte leurs lots de détails.

samedi 30 octobre 2010

Mine de rien

J'ai pris quelques exemplaires de la collection "Mine de rien" pour enfants de Catherine DOLTO. Je les trouve très bien écrits, avec des mots justes, des explications claires et pas de mièvrerie. Le sujet (ce qui se passe autour des enfants ou en eux) est traité et cela laisse cette impression de respect complet.

© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

J'ai trouvé mon compte pour des concepts qui sont difficiles à amener aux plus petits... dès 18 mois. Tous ceux-ci sont écrits par Catherine DOLTO et Colline FAURE-POIREE et illustrés par Frédérck MANSOT.

"Les mamans" et "Les papas" sont très accessibles. Ils reprennent ce qu'est ce parent pour l'enfant. Il est aussi question de conception, d'amour partagé pour avoir l'enfant à qui l'on lit l'histoire. C'est aussi l'enfant qui se développe, l'image de soi qui grandit grâce à l'imitation du parent et cet amour de l'autre (complexe d'Oedipe ou d'Electre). Les parents sont aussi réinstallés dans leur fonction de soutien, de premiers délimiteurs des dangers.

© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

"Quelquefois on tente une aventure qui tourne en bêtise et notre maman nous console." (pas de répression ni de punition, du soutien, de l'écoute, c'est aussi cela entre les lignes... une philosophie du respect que l'on retrouve en haptonomie... je vous en parlais là entre autre.)
Et, ce qui n'est pas négligeable, il est question du nom de famille dans l'état civile © Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

et des familles recomposées.

"Les colères" a été un livre très utile chez nous. Il met l'accent sur une personnification de la colère et cela marche bien.

© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

« Mine de rien, comprendre pourquoi on fait une grosse colère ça nous aide à grandir » Ce livre reprend les sensations de la colère, aide l’enfant à l’imaginer : un gorille fort et puissant pour un petit garçon, une tigresse pour une petite fille. Il indique aussi les bénéfices d’un contrôle de la colère, savoir quand elle arrive, quand elle part ou comment l’aider à partir et aussi qu’il ne faut pas se sentir coupable.

© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

Une vraie merveille !
Pour tout vous dire ma colère est encore un Tyrannosaure (oui, oui le dinosaure féroce et sanguinaire), celle du papa, un ours…

"Ça fait mal la violence" reprend toutes les formes de violences affectives, physiques, orales. Ces démonstrations qui font peur, ces actes non prémédités des enfants. Mais c'est aussi la violence en nous du refus, du non exprimé par les parents. La violence autour de nous, faite aux animaux aussi.
© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

Et j'aime particulièrement cette notion de violence dans la chatouille avant qu'elle puisse être reproduite par l'enfant.

"Respecte mon corps". Il s’agit là de pudeur et d'attouchements… pour que l’enfant puisse lui-même savoir ce que respect du corps veut dire. Le corps dans son intégrité et son intimité, la toilette, la proximité. © Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

Oui, il y est question de pédophilie et d’inceste avec des mots justes aussi. Les mots sont là pour prévenir, mettre en garde sans apeurer.© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

C'est aussi une reprise du corps dans la famille entre lutte fraternelle et gros câlins réconfortants des personnes que l'on aime.
A ne pas manquer !

Je ne peux que vous recommander de regarder de plus près toute la collection "Mine de rien": "Dire non", "Les câlins" (de pieds, de mains...), "Les chagrins", "J'ai deux pays dans mon cœur", "Les gros mots", "Les doudous", "Si on parlait de la mort".. ; de plus, les illustrations sont colorées et très belles.

lundi 20 septembre 2010

Dans moi

C'est souvent que l'envie me prends de parler d'un des livres de Kitty CROWTHER, auteure ou illustratrice, et je me retiens... le nuage de libellés sur la droite montre déjà mon admiration. Et puis quand il arrive que quelqu'un parle d'elle et me rappelle ma sensibilité, alors je ne peux plus y échapper. Malice m'a donné envie d'en ouvrir un autre où Kitty CROWTHER illustre juste, peut-être un peu moins connu... quoique.

© Alex COUSSEAU et Kitty CROWTHER / Memo

"Dans moi" de Alex COUSSEAU et illustré par Kitty CROWTHER est un livre dérangeant, encore que.
Dérangeant par la réflexion d'origine qui démarre le livre: "Je n'ai pas toujours été moi. Avant d'être moi, je n'étais pas dans moi. J'étais ailleurs. Ailleurs, c'est tout sauf moi." Dérangeant aussi pour certains parents (peut-être plus que pour les enfants), par les représentations du corps, des muscles, du squelette, des vaisseaux sanguins, du sang, très clairement présentés ou simplement évoqués dans le décor.
Et c'est peut-être cela que j'adore, des sujets sensibles, difficiles, à la limite entre l'âge adulte et l'enfance mais toujours dans leurs préoccupations et angoisses.

© Alex COUSSEAU et Kitty CROWTHER / Memo

Alex COUSSEAU offre une introspection dans le corps et l'esprit d'un enfant. Il se sent étranger à lui-même et à ce corps. Un jour il le rencontre, avec sa matérialité, ses os, ses nerfs, ses viscères mais aussi ce cœur. Il est dans un univers où il n'est pas le maître: un ogre qui lui ressemble règne là sans parole. L'enfant se voit contrait de subir la réalité "Il y avait trop de choses vraies pour que je sois en paix". Tout est froid en lui, trop viscéral, il tente d'y mettre de belles choses mais n'arrive pas à être entier et joyeux "Je voulais être le roi pour décider des choses impossibles. Je voulais des oiseaux partout, des feux d'artifice."
C'est un affrontement contre la dure réalité, le mutisme, le mur du quotidien... c'est aussi la quête d'une identité, d'une conscience, d'une parole. Une autodestruction pour naître, pour se libérer de ses propres entraves. C'est un discours intérieur qui ne laisse pas indemne.
Est-ce alors une manière de voir le passage de l'enfance à un être plus construit, séparé de ses parents ou une manière de mettre des mots et des images sur le labyrinthe intérieur des enfants muets ou autistes par exemple ? A relire!

© Alex COUSSEAU et Kitty CROWTHER / Memo

Kitty CROWTHER offre encore plus au texte, très fort, sensible, poétique et pertinent. Des détails viscéraux mais aussi des blancs, noirs et rouges, des mises en abîme et des monstres intérieurs. Un enfant encapuchonné dans ses angoisses et dans cet espace étranger... jusqu'à adoption, apprivoisement de ses pensées et de son corps.

Simplement superbe! Et pour peut-être mieux vous aiguiller, lisez donc l'avis de Gawou ici et celui très très construit de Du9 ou de Paddyland très philosophique (et magnifique)