lundi 15 janvier 2018

Des plumes et des écailles dernièrement (M pour Mabel - Les grandes marées)

... au fil des pages, de la fauconnerie, mais aussi de la biologie marine pour deux très puissants romans dont je parlerais peut-être plus longuement une autre fois.


Un deuil, une passion, s'enfermer pour apprivoiser le sauvage, refaire surface, reprendre une à une les étapes de l'apprentissage mais aussi les réflexions machistes de cette pseudo aristocratie de fauconniers, sauvage, masculin, féminin... et puis du Merlin, de la légende arthurienne, une once, le rapport à l’homosexualité du mentor de papier, Theodore Harold White, beau, beau...
"M pour Mabel" d'Helen MacDONALD, éditions 10/18, et une page de "Reliefs 3, Pôles" et une "Hulotte"


Une avancée dans l'adolescence, les pieds dans l'eau, des apparitions marines incroyables, une renommée, une prédiction... la puissance de l'amitié et de la présence.
"Les grandes marées" de Jim LYNCH, éditions Gallmeister, une page de "Reliefs 1, Abysses"



vendredi 12 janvier 2018

Uppercut


Il est arrivé en fin de courses, dans cet internat des récalcitrants, ces petites frappes du collège, ceux qui se sont fait virer de tous les autres bahuts. Il a le prénom qui ne semble pas aller avec sa tête, Erwan pour un métis, cela le fait peu dans cette campagne où il atterrit.

Nous suivons ses doutes et réflexions. Il sait qu'il faut changer mais fugue tout de même avec un pote de chambrée. De toutes façons que peut-il attendre de mieux. Il ne sait répondre aux invectives que par de beaux petits uppercuts. Rien n'est plus envisagé pour lui.
Dans leur fuite, un passage chez un oncle du copain et là une première bouffée d'air. L'adulte ne les renvoie pas à l'internat. Il parle, prépare un repas pour le soir, leur propose de dormir chez lui, avant de les ramener tranquillement le lendemain au collège.
Ce premier "grand" leur fait confiance, Erwan ne sait pas pourquoi. Encore moins pourquoi même l'entrevue avec la direction du collège se passe bien, plutôt bien. On lui propose de changer d'air, de travailler pour un centre équestre.
Pourquoi pas. La première rencontre est figée, son futur chef est un petit paysan qui n'avait pas prévu de se retrouver avec un noir, métis ou non. Mais il le prend tout de même, un stage.

Erwan découvre le racisme ordinaire. Des aprioris le devanceront, le patron n'est pas avare de mauvaises blagues. Puis les jours passent, le travail est bien effectué. Erwan, si habitué à parler avec ses poings, se retient, est offensé mais garde la tête haute. Le paysan le jauge et le stage continue.

"Uppercut" d'Ahmed KALOUAZ montre le point de bascule d'une dérive adolescente. Un jeune homme pas bête, mal compris sûrement, peut aussi reprendre pieds malgré les difficultés. A travers lui, il s'agit aussi de questionnements sur la négritude, le racisme, l'investissement pour ce que l'on croit, ne serait-ce que la boxe.
Ce petit roman brosse aussi un racisme de méconnaissance, de convention. Une sorte de bougonnerie rurale sans omettre les formes plus dures. Un beau premier abord de ses sujets proposé aux adolescents.

Merci aux éditions Rouergue et à Babélio pour cette Masse critique.
tous les livres sur Babelio.com

dimanche 24 décembre 2017

Souhait de Noël


"J'aimerais être une musique, une chanson
que tout le monde connaîtrait, sifflerait, fredonnerait,
que chacun aurait en tête quand il serait amoureux.
J'aimerais que quelqu'un,
m'entendant soudain quelque part,
s'arrête, écoute jusqu'à ce que j'aie terminé,
puis ferme les yeux, pousse un profond soupir
et poursuive son chemin.
Et se souvienne toujours de moi.
Oui, toujours."

(extrait de "J'aimerais" de Toon TELLEGEN et portraits d'Ingrid GODON; éditions Joie de Lire)

Je me fais offrir des bandes dessinées... pas vous? 3/...

Il ne vous reste plus qu'une journée, mon libraire BD est ouvert aujourd'hui jusqu'à 18h. Si vous êtes sur Paris c'est BD16, 43 rue de la pompe 16eme (soit une autre bonne adresse à se mettre sous la dent en prévision de la fermeture d'Album dans le 5eme). Sinon je suis sûr que votre libraire fait encore quelques heures.

Je vous renvoie ici et pour d'autres propositions. Cette fois-ci je vous emmène dans les tréfonds de l'âme, dans un autre aspect du monde, plus noir, plus pesant. Oui oui cadeau de Noël ne veut pas forcément dire offrir de la douceur. Regarder le plus dur doit aussi avoir le même effet que lire des contes de fées ou écouter de la musique triste. Cela met à distance nos propres frayeurs du monde réel.

Et comment dire, il faut avoir le cœur accroché cette fois et pour la plupart aimer l'immersion dans un monde avec énormément de place prise au psychologique et non succession d'actions.


Nous pourrions commencer par une histoire des prothèses et de l'amputation. Bon, dis comme cela, ce n'est pas très réjouissant mais si Ambroise Paré vous accompagne, cela devient une aventure et médicale, et historique et même psychologique sur l'intégrité du corps. "La fabrique des corps" d'Héloïse CHOCHOI est très très bien fichu et peut s'adresser à tous public (pas comme la suite).
Ou une virée dans les affres de la nature humaine la plus glauque et noire possible, par le propos d'un tueur, obèse et asocial, cynique et profondément intelligent, soit 4 tomes d'une immersion sensorielle (sans beaucoup d'action mais une atmosphère pesante). Ne passez pas à côté, il est maintenant en intégral "Blast" de Manu LARCENET
Vous redemandez du noir, du glaçant, ici une action commune, un village honteux, coupable, et un villageois, presque un étranger, qui doit reprendre le cours des événements pour le noter dans l'Histoire. "Le rapport Brodeck" du même Manu LARCENET est aussi un enchantement. Toujours peu d'action, juste une sensation malsaine, une oppression.
"La Terre des fils" de Gipi entraine dans un monde anéanti. Un père et ses deux fils vivent en autarcie, les règles sont rigoureuses et le mot, le verbe presque inexistants. Les deux garçons doivent se construire malgré cette langue en perdition, cette humanité prête à disparaitre. Là aussi une oppresion.
Et pour finir cette fois-ci, une oeuvre plus accessible, quoique, "Jolies ténèbres" de Fabien VEHLMANN et KERASCOET... un petit monde de fée s'approprie un nouveau domaine, une enfant allongée inerte dans un champ. La mort, le chemin de décomposition d'un corps humain mais aussi tous les mauvais sentiments de cette faune que nous aurions pu croire douce et gentille. C'est bon à souhait!

Allez je reviendrais avec des sujets plus doux.

vendredi 22 décembre 2017

J'offre des livres jeunesse... pas vous? 4/... choix d'une Marraine

Oui, il ne vous reste plus beaucoup de temps, filez donc chez votre libraire jeunesse de quartier.

Voici quelques livres offerts pour accompagner des soirs de lecture, offerts pour les enfants auditeurs mais aussi pour leurs parents que j'aime tant... 
du partage, de la découverte, des émotions accompagnées et aussi... beaucoup de moi entre les lignes.
Pour une toute petite, une un peu moins petite et assez grande pour être en maternelle et pour un petit grand au début de l'école primaire.


Des liens pour les livres dont j'ai déjà parlé, de petites indications pour les autres:
Un peu de magie sans être tout à fait conventionnel:
des contes de fée:
"A l'intérieur des méchants" de Clotilde PERRIN: un livre bien trop court mais grand format et offrant des rabats amusants et de très très nombreux détails sur une multitude de contes et quelques résumés, un peu d'ogres, de loups et de sorcières... de l'humour, une autre manière de regarder les affreux, un délice!
et maintenant "A l'intérieur des gentils" pour découvrir qu'ils ne le sont peut-être pas tant.

****des histoires racontées autrement,
un "Garmann" de Stian HOLE
"Adieu Chaussette" de Benjamin CHAUD ou pour plus jeune un de ses Pomelo comme "Pomelo grandit" écrit par Ramona BADESCU
"N'y a-t-il personne pour se mettre en colère" de Toon TELLEGEN et illustré par Marc BOUTAVANT

****
pour partager la découverte du monde, même aussi loin de nous, de l'autre côté d'un continent:
"Cartes" d'Alexandra MIZIELINSKA et Daniel MIZIELINSKI
"Sous l'eau, sous la terre" du même duo
"Inventaire illustré de la mer" de Virginie ALADJIDI et illustré par Emmanuelle TCHOUKRIEL
"Comment fabriquer son grand frère, un livre d'anatomie et de bricolage" de Anaïs VAUGELADE, coup de coeur que je n'ai que feuilleté où comment parler de notre corps avec humour. Le fait de fabriquer un robot permet aussi de déplacer le réel biologique tout en donnant les bonnes informations.

jeudi 7 décembre 2017

"Son problème, c'était l'excès de pensée" - Lumikko


"Quand il regardait au loin, il voyait que le monde était rempli de gens qui cherchaient à mourir parce qu'ils ne supportaient pas le poids de leurs pensées. Au début, on trouve ça amusant, de penser, on devient facilement accro, d'autant qu'on nous y encourage dans les écoles et dans diverses activités de loisir. Et pourtant, en fin de compte, on n'y gagne que du malheur.
Talvimaa ne connaissait guère d'écrivains allant autrement que mal - et il connaissait beaucoup d'écrivains. La plupart d'entre eux souffraient d'alcoolisme, de problèmes psychiques et d'anxiété. L'excès de pensée les dévorait de l'intérieur. [...]
L'alcool rendait la pensée humaine encore plus profonde et ténébreuse, quoiqu'il procurât également de brefs instants d'apparent soulagement. Le salut se trouvait donc dans la nourriture.
Talvimaa s'était avisé de quelque chose d'important: les gens les plus heureux n'étaient guère plus que des appareils digestifs, vaguement conscients, et qui avaient parfois des orgasmes.
L'intelligence et la pensée n'étaient utiles, à tout prendre, que pour se procurer de la nourriture. Quand l'homme avait la panse pleine et un stock de nourriture à portée de main, la pensée se réduisait à la portion congrue, les soucis et les besoins tombaient peu à peu dans un parfait oubli.
Talvimaa fuyait le monde et l'excès de pensée dans son réfrigérateur, son petit monastère à lui. Pourvu qu'il mangeât avec ardeur, il n'aurait plus à se préoccuper de rien - romans non écrits, chiens, femmes, nature de l'univers, sens de la vie...
Et il savait qu'en fin de compte, il ne pleurerait plus ses doigts boudinés, ni même son pénis, qui était en voie de disparaître de l'autre côté de son bedon."
(extrait de "Lumikko" de Pasi Ilmari JÄÄSKELÄINEN, éditions 10/18; illustration extraite de "Blast" de Manu LARCENET)

- personnage impressionnant la lecture tel un ogre de conte, un assassin cousin de Prétextat Tach de NOTHOMB ou de Polza Mancini de LARCENET -

Je me fais offrir des bandes dessinées... pas vous? 2/...

Depuis quelques temps ce sont les romans graphiques qui empiètent sur mon quotidien, avec bonheur.
Voici un second billet de propositions pour adultes. Si jamais vous aviez un doute, je confirme là mes lectures sur le fil du rasoir, pleines de failles, de noirceurs mais aussi d'éblouissements. 
Des merveilles douces pour commencer: (sans ordre de préférence et avant que je fasse des billets à la énième relecture)


"L'encyclopédie des débuts de la terre" et "Les cent nuits de Hero" de Isabel GREENBERG sont des propositions de légendes, de contes, de cosmologie du monde. Un peu de mythologie nordique pour conter le nord puis une sorte de mille et une nuits féministe. Le second apporte une lecture sur ce qui fait l'homme et ses sentiments. L'humanité, création d'une enfant oiseau, attentive, émue. Ces deux propositions ne se suivent pas et peuvent se lire indépendamment l'une de l'autre.
"Lydie" de Jordi LAFEBRE et ZIDROU. Il faut le dire le scénariste Zidrou peut proposer des merveilles de sensibilité. Ici Lydie est le nouveau né de Camille, jeune fille simple d'esprit. Tout le village va accompagner cette jeune femme pour élever cette enfant perdue et revenue. Troublant de finesse, de belles émotions sans mièvrerie. 
"Les beaux étés" des mêmes Jordi LAFEBRE et ZIDROU, trilogie, dévoilent les vacances d'été d'une famille. Une année, une précédente et encore une autre, au fil des pages, de petits riens qui forment de grands bonheurs, des frustrations pouvant pourrir une relation mais surtout un amour inconsidéré des enfants et des joies partagées. Un grand bol de vent frais et de bienveillance après lecture.
"Le Club des divorcés" de Kazuo KAMIMURA en 2 tomes ou une immersion dans le Japon des années 70 en suivant le chemin d'une femme indépendante, divorcée et tenant un club. Elle est la patronne de ce bar d'hôtesses de jour et défilent les hommes attendant de la tendresse et des discussions, avec pourquoi pas un peu d'amour.
"Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée" de Sonny LIEW est une biographie inventée. Un homme de Singapour se raconterait là à travers des croquis, des projets de bandes dessinées, de fausses ou vraies pub. Une enfance, une vocation, une reconnaissance. Mais le tout est inventé, dessous l'histoire d'un pays, sa politique, une atmosphère, un déclaration d'amour pour la bande dessinée. Un hommage culturel.


"Andersen, les Ombres d'un conteur" de Nathalie FERLUT, biographie de l'auteur, mise en profondeur de certains personnages, cette bande dessinée met en avant la frustration de cet homme de n'être pas encore quelqu'un, puis pas reconnu pour toute son œuvre ou toute sa personnalité (et sexualité)
"Amer Béton" de Taiyou MATSUMOTO plonge dans un Japon fantasmé où deux enfants abandonnés, livrés à eux même, règnent. Un peu débrayés, sans peur de l'affrontement, ils effrayent la population. Le plus jeune a toujours la goutte au nez, rit beaucoup. Le plus vieux assure le quotidien, défie les malfrats, même les fameux Yakusa. C'est anguleux, fantaisiste, merveilleux et très violent! Deux âmes presque perdues. 
"Sunny" du même Taiyou MATSUMOTO est une série qui fait 6 tomes pour l'instant. Là tout est douceur et tristesse. Nous suivons un foyer de jeunes enfants au Japon: des orphelins, des laissés de côté par leurs parents. Les tomes se suivent dans une chronologie qui n'a que peu d'importance. Rien ne se passe vraiment, un quotidien fait de repas, de bagarres, d'école, de rixes avec les enfants des quartiers plus riches. Chaque tome s’approche plus près d'un enfant et entraine au cœur de ses émotions, de son attente, de sa frustration, de ses souvenirs. Magnifique sur l'enfance désolée.

Un prochain billet portera sur d'autres coups de cœur ou il faudra, pour certains, avoir le cœur (justement) bien accroché!

 

jeudi 23 novembre 2017

Les idées cadeaux que vous pouvez trouver ici

Un billet récapitulatif des thématiques Kdo. De quoi fournir de marches autour du sapin pour atteindre encore l'étoile au sommet. Pour s'en faire une couverture de réconforts. Pour y découvrir les recettes applicables de l'amour, de la haine, de la peur et du courage. Pour s'en faire un tapis volant et passer plus vite au dessus des grands malheurs. Pour sentir le vent frais de l'ailleurs.

*Lorenzo MATTOTI

Littérature jeunesse

J'offre des livres jeunesse... pas vous? 1/ ... Spécial filles
J'offre des livres jeunesse... pas vous? 2/ ... Spécial documentaires
J'offre des livres jeunesse... pas vous? 3/ ... Spécial garçons
J'offre des livres jeunesse... pas vous? 4/ ... Choix d'une Marraine (lecture à offrir aux plus jeunes)

Adulte
Je me fais offrir des bandes dessinées... pas vous? 1/...
Je me fais offrir des bandes dessinées... pas vous? 2/...
Je me fais offrir des bandes dessinées... pas vous? 3/... un peu de noirceur dans l'homme

Kodhja

Il arrive du désert, il a hâte. Le heurtoir choqué, les portes s'ouvrent, le voilà entre les remparts de la cité de Kodhja. Personne, ni pour surveiller les arrivants, ni pour l'accueillir. Il cherche à être reçu par le roi. Mais rien n'est simple. Il lui faudra trouver la salle du trône seul dans ce labyrinthe. Non, pas tout à fait. Un être aux multiples visages vient l'aider ou se jouer de lui.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Avoir une audience avec ce roi si sage, "le seul à pouvoir lui redonner ce qu'il avait étrangement oublié sur ses années de chemin: le goût de son prénom, la place de sa tête sur ses épaules et la bonne direction à prendre pour avancer." Nombreux sont les visiteurs qui veulent la même chose. Il faut oser se perdre dans le labyrinthe de la cité, s'entêter sans faille. La cité elle-même joue des tours.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Avec "Kodhja", Thomas SCOTTO et Régis LEJONC proposent un album géant aux allures de contes pour petits et grands enfants. Accompagné d'un texte clair et sobre, le héros déambule dans un univers onirique, fantasmé et empli de références culturelles. L'impact de la lecture est ainsi prolongé. Lecture offerte par un adulte sans présentations des personnages (peut-être) jusqu'à la lecture après rencontre dans d'autres univers et voilà le lecteur s'ouvrant une boite de souvenirs et d'impressions.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Les illustrations travaillent aussi de ce labyrinthe. Les aplats de couleurs amènent les personnages à être juste un élément des décors. L'impression de murs gigantesques, de brume, une certaine oppression dans les formes et les détours géométriques, chaque page tournée est une étape. Des peurs, des inspirations d'autres univers enfantins, des détours. Chaque case est fermée jusqu'à l'ouverture finale.
Superbe!

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier