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lundi 26 janvier 2015

Venise n'est pas trop loin

Pourquoi donc parler d'un livre que nous ne pouvons plus trouver (sauf en occasion) à cause de la fermeture de sa maison d'édition. Être n'est plus. Parce que certains livres abordent des thèmes d'une manière sensible et osée. Et en espérant que ce titre sera repris par une autre maison d'édition...

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

"Venise n'est pas trop loin" de Christian BRUEL, illustré par Anne BOZELLEC et avec les photographies d'Anne GALLAND nous embarque dans un voyage, un séjour que s'offrent une mère et sa fille. Des retrouvailles entre les deux, elles ont laissé les hommes, père et frère, elles déambulent avec une sorte de rituel, entre complicité et liberté, et savourent ensemble ou seule les charmes de la ville.

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

Venise est magnifiée, ses quartiers (Cannaregio), ses musées (avec les œuvres de Giorgione ou de Carpaccio), le café italien, les restaurants, ses vaporetto (i?), ses odeurs (de lait caillé dans les escaliers de l'immeuble), "le duvet d'algues peigné, cette pierre grenue sous la paume, le bleu d'une barque qui n'en finit pas de mettre un mur à vif."

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

La mère et la fille investissent la ville. Des emploi du temps programmés, ensemble, puis des espaces libres.
Et cette année, la fille a plus de liberté, les frontières de son univers de découvertes s'est agrandit. Sa mère lui fait confiance, c'est une grande maintenant 13 ans, bientôt 15! (voir extrait) Et cette fois-ci, l'enfant veut retrouver ces rassemblements secrets. Elle est attiré par le jeu.
Pourtant elle est intelligente, pourtant elle sent le danger. Mais c'est plus fort qu'elle, le jeu des adultes est si tentant, elle est si proche de cet âge.

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

Et elle perd, elle a réussi à décaler l'heure du gage. Elle a cherché mais ce qu'elle risque de trouver l'épouvante. Mais rien ne peut lui arriver, elle est si spéciale, elle lui parlera. 
"Faire l'innocente. Ne rien comprendre. Elle reviendra demain. Juré! Il sourit comme un loup."

Cet album offre les premiers pas de la perte d’innocence, la prise de risque. C'est aussi la marque des premiers émois, des premières peurs de ce que peuvent envisager les adultes. Pourtant sa mère, aussi, profite de ce temps hors du temps à Venise. Les rencontres, les partages, les émotions.
Les illustrations d'Anne BOZELLEC et les photographies d'Anne GALLAND apportent ce sublime mêlé avec le mystère et le trouble. L’architecture de Venise est superbe: d'alignement de maisons, de bord de lagune, de devantures colorées. Puis cette enfant, souvent en noir et blanc, fille enfant mais aussi espiègle, ses errements en ville et ses crayonnés au café. Les individus sont eux soit des ombres soit très colorés, indéfinis ou une photo sans flou.

C'est beau, juste. Elle a pris le temps de grandir cette enfant et le livre est un beau prétexte à la vie. Et puis Venise n'est pas trop loin...


dimanche 23 juin 2013

Jeu

L'été est là...


"Jeu

Au bout de la plage,
des hommes âgés
sont penchés
sur des boules argentées.
Grand-père a gagné le point.
Il fait des gestes en l'air.
Il y a des éclats de voix,
du soleil
et de la lenteur.
De la lenteur?
Non.
Une vitesse de grand-père."

(extrait de "Super gloupi" d'Edward VAN DE VENDEL et illustré par Fleur DER WEEL dont je parle là et pour la suite duquel j'espère une traduction et édition française)

dimanche 3 février 2013

A quand la suite de Super Gloupi ?

Avec la disparition des éditions Être, certaines séries peuvent ne jamais connaître de traduction française pour leurs derniers épisodes.
Dans les livres chouchou, le petit chien Gloupi a une place de choix, peut-être aussi grâce à son style fait de très courtes anecdotes. Stylisé par Fleur VAN DER WEEL, il est porteur de toute la poésie de l’auteur néerlandais Edward VAN DE VENDEL. Des poèmes en prose où le héros est le symbole d'une enfance spontanée, farceuse, délurée et affectueuse. J'adore, je vous en parlais là et comble de la veine, nous lecteurs, pouvons encore en trouver en librairie.

A quand la traduction des autres épisodes de Super Gloupi? En attendant une des couvertures de la version originale en néerlandais éditée par les éditions Querido...


Pour vous donnez envie de succomber, n'hésitez pas à lire le poème "Anniversaire" là.

jeudi 17 janvier 2013

Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon

Vous trouverez encore chez vos libraires des albums de feu la maison d'édition Être. J'ai eu le plaisir ainsi de retrouver certains livres écrits par Christian BRUEL. Puis, très heureuse, je découvre que certaines propositions ont été rééditées par les éditions Thierry Magnier ("Les chatouilles", "Ce que mangent les maîtresses", "La grande question" de Wolf ERLBRUCH...). C'est le moment de refaire parler de ces albums jeunesse aux critères ambitieux. La cible des lecteurs est bien les enfants mais le contenu a de la tenue et du fond.

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

"Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon" de Christian BRUEL, d'Anne GALLAND et illustré par Anne BOZELLEC est en cela un très bel exemple.
Julie est une fille espiègle, spontanée et malicieuse. Son comportement lasse énormément ses parents, elle semble négligée, mal élevée, un peu trop vive... juste ce que la norme accepte pour les garçons mais pas pour les filles: Julie est un vrai garçon manqué!
Ses parents l'aiment quand elle devient petite fille modèle mais Julie souhaite être aimée tout le temps, pour ce qu'elle est.
Et puis même son ombre la déroute. Un matin elle devient ombre de garçon. Et puis là, les comportements du garçon ne sont tout de même pas les siens: son ombre est encore plus dissipée. Julie ne sait plus se reconnaitre, elle tente de se débarrasser de son ombre. "Et si c'était l'ombre qui avait raison. Elle n'est peut-être qu'un garçon... manqué en plus, [...]."
Elle rencontre dans sa fuite vers l'obscurité un garçon à la "tête de fille", si sensible qu'il pleure souvent. Ses parents à lui aussi préfèreraient qu'il se comporte comme il se doit pour les garçons.

"- [...] Tiens, c'est comme si on était chacun dans son bocal.
- Comme pour les cornichons?
- Oui, comme pour les cornichons.
Les cornifilles dans un bocal, les cornigarçons dans un autre, et les garfilles, on ne sait pas où les mettre."

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

Les enfants se questionnent sur l'altérité sexuelle et la norme d'un comportement sexué. La découverte de leurs corps, explicite ici textuellement et graphiquement, ne leur permet pas le doute sur ce qu'ils sont et pourtant ils sont étiquetés. Transparait ici tout le fantasme parental d'un enfant conforme et de la tension affective que l'on transmet à nos enfants.
Le droit de se comporter différemment, d’être différent et aussi le droit d'être aimer ainsi. Une statue de Charles PERRAULT trône dans le parc refuge... est-ce pour ce rappel de l'"innocence" enfantine, de ce besoin de protection de l'enfant et d'encouragement soutenu à devenir un adulte?

Malice vous en parle là en ajoutant que c'est aussi une lecture sur la sexualité en tant que telle .

samedi 5 mars 2011

Tous ses petits canards

© Christian DUDA et Julia FRIESE/ Être

"Tous ses petits canards" de Christian DUDA et Julia FRIESE est un énorme coup de cœur. Courrez le chercher, la maison d'édition a fermé depuis décembre 2010: vous ne regretterez pas si vous chercher finesse, jeu de mots, humour et dessin presque filmique. Bon allez je vous en parle plus en détails.

Konrad, renard de la forêt, a faim et voit une superbe cane qui ferait bien son déjeuner. Il se précipite, elle s'envole et laisse derrière elle un œuf parce que oui "les œufs n'ayant pas de poignées, elle avait dû abandonner le sien." Cela devait être simple, le renard mangeait la cane et nous changions d'histoire... ou encore le renard se préparait une bonne omelette et puis fin. Mais voilà justement il n'y aura pas de fin à la faim du renard.
Konrad a les yeux plus gros que le ventre... un œuf c'est peu, un petit canard c'est mieux. Mais qu'est-ce qui prend le caneton, à l'éclosion, de l'appeler maman... non, non, non, c'est un repas! Et qu'est-ce qui a pris le renard a lui dire que non, lui c'est papa. Et puis Konrad lui donne un nom et Lorenz, parce qu'il s'appelle Lorenz, va...
Et puis un petit canard c'est pire comme repas : "j'aurais encore faim avec, en bouche, un avant-goût de canard."

© Christian DUDA et Julia FRIESE/ Être

L'album a un texte dense où l'humour n'est jamais loin, il apparaît par exemple dans tous les bruits d'estomac du renard, dans tous les quiproquo. Les illustrations de Julia FRIESE faites de découpages, de crayonnés, de peinturlures, apporte aussi une dimension très poétique et dynamique. Les animaux sont crayonnés dans tous leurs mouvements, dans l'action, comme une sorte de "flip book" sur une seule feuille : le renard a souvent plus de deux oreilles, le canard se démultiplie sur la page pour mimer l'action... l'agitation, l'attention du premier et le papillonnage du second sont alors palpables. Et puis il y a comme un album de photos, nous montrant ce qu'il n'est pas dit.

© Christian DUDA et Julia FRIESE/ Être

Comme vous le comprendrez à l'"usage", ce livre a plusieurs lectures. L'amour filial, la parentalité, la leçon de choses ne sont pas les seules.

mercredi 29 décembre 2010

Tifortou et Touforti

© Anne BOZELLEC/ Être

"Tifortou et Touforti" d'Anne BOZELLEC est un petit livre sans parole, une invitation à sortir la nappe jaune, la grande théière blanche, les tasses anglaises et d'inviter tous ses amis.

© Anne BOZELLEC/ Être

Le livre s'ouvre des deux côtés et invite à la même table des enfants, des adultes, des artistes, des brocanteurs, des statues, des personnages fictifs, des monstres ou des animaux "incarnés". Des atmosphères pleines de détails vous laissent libre de votre invitation mais aussi vous proposent des tablées: une plume, une épluchure, un ustensile, un emplacement inadéquat, une expression qui trouve son explication.© Anne BOZELLEC/ Être

A chaque visionnage, les pages offrent d'autres histoires, juste une rencontre par page ouverte, une association, des références littéraires, cinématographiques, mythologiques. Mais aussi de superbes invitations à découvrir des civilisations ou d'entrer dans un univers, un pays... une petite étoile dans l'œil pour un couple en porcelaine au bleu de Deft.

dimanche 5 décembre 2010

Salon du livre jeunesse de Montreuil

Ce fut une journée chargée, éreintante... moins pour nous que pour les auteurs en dédicace mais tout de même. Journée plein de belles rencontres mais qui nous a mises à l'épreuve: fatigue, faim... et quelques déceptions.

Un grand merci à ces auteurs/éditeur qui ont donné de leur temps et échangé avec nous.
Mélanie RUTTEN, si généreuse en échanges, avec ses animaux si attachants que l'on retrouve personnages principaux ou secondaires dans ses livres... automne avec "Mitsu un jour parfait" et hiver avec "Öko un thé en hiver" dont je n'ai pas encore parlé mais que vous pouvez retrouvez ici chez Lily et là chez Gaëlle. Une sensibilité à fleur de peau, de l'émotion dans chaque livre, gageons que les deux autres tomes saisonniers nous offrent à leur tour autant de bonheur. Ce sont des livres jeunesse qui ne perdent pas à la lecture adulte, des livres jeunesse qui ne perdent pas à la relecture... un seul mot: foncez!
Fabrice COLIN (oui oui), abondant dans cette joie du partage, de la découverte, de l'échange, livres ou musique. Une très belle rencontre donnant encore plus envie de se pencher sur les dernières propositions de lectures offertes: des nouvelles autour du "Petit prince" de Saint-Exupéry, son dernier livre "La vie extraordinaire des gens ordinaires" ou de fureter vers un autre ovni "Comme les fantômes"... entre autres
Clément LEFEVRE et son "Voleur d'enfants" si fantastique: quel beau parti-pris graphique... cette texture, ces couleurs, cette atmosphère!
Cécile ROUMIGUIERE qui nous accompagne dans les lectures du soir... Kalaman est là dans "Le secret du soir". Mais c'est aussi dans une lecture plus personnelle: les blues cerises, formidable traviail de 4 auteurs autour d'une histoire en toile d'araignée, Lily parle ici de la genèse ou le très précieux "L'enfant silence"
Bruno GIBERT que je découvre, pour continuer à le suivre dans "L'histoire du cochon renifleur de sommeil", une prose et des illustrations savoureuses.
Et puis rencontre à nouveau avec l'homme des éditions "Être". Monsieur, quel partage, quelle envie de se délecter des livres que vous avez choisis, choyés, offerts à la lecture. Quel plaisir de vous voir jubiler en nous provoquant une autre découverte ! Ma lecture de "Tous ses petits canards" de Christian DUDA et Julia FRIESE aura toujours le halo de vos yeux pétillants. Rappelez-vous, les éditions Être ferment au 31 décembre, courrez, grimpez, escaladez, foncez: leurs livres vont disparaitre...

Des achats restreints par manque de moyen et non d'envie: "Tous ses petits canards" de Christian DUDA et Julia FRIESE et "La vie extraordinaire des gens ordinaires" de Fabrice COLIN donc, "Où est maman?" de Gerda DENDOOVEN et "Tifortou et Touforti" de Anne BOZELLEC (éditions Être), "Rouge Bala" de Cécile ROUMIGUIERE et illustré par Justine BRAX et "Le dernier des Mohicans" de CATMALOU et CROMWELL.

Et puis quelques frustrations: j'ai été vexée et suis devenue agressive et même très peu tolérante suite à quelques désagréments. Une dédicace annulée après une très très (très) longue attente, un chapeau très chaud perdu en cours de route et surtout une politique de Salon du livre d'un mercantilisme assez insupportable.
Passons sur les détails comme peu de collations possibles, comme les pertes... ou même ce cher Monsieur L donnant pourtant du cœur à l'ouvrage l'après-midi mais absent remarqué le matin.
La grande frustration reste la politique officiellement présente dans le salon et sur quelques stands d'éditeurs: vous ne pouvez pas venir dédicacer votre livre préféré (et d'actualité récente, voire brûlante), les stands veulent être rémunérés de leur investissement, il vous faut acheter un ouvrage pour oser montrer votre exemplaire maison chéri, lu et relu, de votre auteur favori.
L'explication: certains stands sont tenus par des libraires et non par les éditeurs eux-même, alors même si vous avez l'ouvrage de Mr X entre vos mains, bien acheté, bien nouveau, les libraires n'acceptent pas votre présence dans la file.
Allez on va dire que c'était une anecdote et non un consensus! Restons serein(e) et préparons la contre-attaque: oui aux dédicaces des auteurs qui nous touchent, nous interpellent (et pas juste pour cumuler le nombre ou les trophées), oui aux dédicaces sur nos exemplaires maison, achetés quelques mois auparavant mais d'actualité... il n'y a pas de raison de laisser nos ouvrages blancs de partage si telle est notre envie!

Et puis un dernier clin d'œil de ma lectrice d'"Une page lue chaque soir", qui s'est invitée sur quelques petites cartes. Journée partagée, avec passion et amitié, avec Lily et ses livres (So many books), en attente de son billet donc...


lundi 11 octobre 2010

Anniversaire

© Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

"Qu'ai-je reçu pour mes trois ans?
Des petites voitures!
Très surprenant.
Et quand j'ai eu deux ans?
Des livres, des cubes, un dromadaire...
Et, dans un journal, ma photo.
Original.
Pour mon premier anniversaire...
tout le monde a oublié,
ça ne compte pas.
Alors, qu'on se le dise,
je donne une petite fête.
Venez comme vous êtes,
avec les vraies surprises
d'un rattrape-anniversaire."

extrait de "Super gloupi" de Edward VAN DE VENDEL et illustré par Fleur VAN DER WEEL dont je parlais là et un clin d'œil à mon petit loup.

samedi 4 septembre 2010

La grande question

©Wolf ERLBRUCH / Etre

J'ai une tendance à aimer les réflexions, une certaine philosophie, et je goûte mon plaisir quand je trouve ce genre de lecture pour mon lutin de 4 ans. J'aime beaucoup le graphisme de WolfERLBRUCH et je confirme que quand il écrit aussi le rendu est magnifique... et presque sérieux. La mort avec "Le canard, la mort et la tulipe" dont je vous parlais là, ici nous avons la vie : être en vie.

Une question est posée, par un enfant sûrement, celui de la couverture peut-être. Qu'elle est-elle ? Ce que nous faisons sur terre, qu'est-ce que la vie? Le grand pourquoi... Les intervenants sont nombreux, de touts les règnes, animal, végétal, minéral. Les réponses sont multiples... des objectifs de vie ©Wolf ERLBRUCH / Etre

" Le pilote, lui: "Tu es là pour embrasser les nuages" "

la vie comme conséquence d'autres vies ou une certaine fatalité, pour profiter d'un moment de bonheur mais aussi pour surmonter les obstacles, cheminer.

©Wolf ERLBRUCH / Etre

Le petit frère, la sœur, les parents, l'aveugle, la mamie, le soldat, le chien, la pierre, le boxeur, le jardinier, le boulanger... jusqu'à la maman. Chacun y va d'une sagesse qu'il a faite sienne. C'est doux, chaud, poétique, espiègle mais aussi sérieux, ce sont chaque fois des états d'esprit qu'un enfant peut vivre tout au long de sa vie. D'ailleurs la fin du livre comporte un carnet de notes vierge... pour noter nos propres réponses à la question.
C'est un livre à offrir à un enfant qui se pose ses premières questions existentielles, pour avoir des réponses mais surtout pour qu'il se les créé. Et puis, une autre raison pour se précipiter: les éditions Être ferment...

Et j'ai aimé retrouver le canard et la mort...
L'avis de Malice sur ce livre pour tout enfant

Ajout du 17/01/2013:  l'album a été réédité par les éditions Thierry Magnier! Chouette!

mercredi 2 juin 2010

Super (- super) gloupi

© Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DE WEEL/ Être

Il a suffit que je m'intéresse aux éditions Être pour que cet auteur que je connais pourtant pour "Un million de papillon" illustré par Carll CNEUT... et après pour "Petit lapin stupide" illustré par Gerda DENDOOVEN pour que j'ai envie de suivre quelques autres propositions. Et que ne fut pas ma surprise de découvrir des poèmes en prose, frais et pour enfants, qui mériteraient de faire partie de toutes lectures redondantes, au sens positif du terme (pour prévenir un dysfonctionnement) et dans notre cas pour pérenniser une douceur de vivre. J'avais expliqué là en quoi je recherchais une transmission des lectures jeunesse et j'aimerais vraiment partager aussi (si accord) ce ton humoristique tendre et intelligent avec notre lutin, en faire une référence. © Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

"Super gloupi" et "Super super gloupi" de Edward VAN DE VENDEL et illustrés par Fleur VAN DER WEEL sont de vrais petits bijoux. Chaque recueil propose 51 et 49 petites histoires, de la poésie de vie. Gloupi est un poisson dans un bocal mais ce ne sont pas ses histoires, il s'agit bien de celles de son propriétaire, un petit chien en maillot marin, coquin, taquin et curieux.
Le langage est précis, le vocabulaire parfois pointu, les histoires sont intelligentes et quelque fois un peu philosophiques. Alors pour certains ce serait une lecture adolescente et adulte. Mais ce serait dommage car là, ce petit chien nous propose la vie à hauteur de Tom pouce et des préoccupations de petit garçon avec une philosophie d'adulte.© Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

Des activités en plein air et de l'émerveillement autour de la nature ("La neige dépose un flocon dans mon oreille. Trop facile de glisser de nouvelles pièces dans la machine!"), © Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

des bêtises assumées où les ustensiles du quotidien changent de fonction, © Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

des détails d'une vie d'enfant qui prennent un air d'autre monde ("on entend les ascenseurs. Ils soufflent et respirent. J'entends leurs chants tristes, graves et lents de baleines captives."). Entre les histoires, une philosophie de vie, quelques ironies: © Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

piquer à la fourchette les bruns et blondes qui cuisent au soleil, être heureux d'avoir de l'argent de poche encore à son âge quand l'homme assis mendie dans la rue sans que personne ne le voit. Et puis il y a aussi toutes les petites et grandes émotions (être malheureux d'une dépouille de merle sans sépulture) et une vision de la vie et de la vieillesse.
Un délice de lecture!!! Je vous mettrais une ou deux histoires plus tard.

Mais ces petites scènettes ne seraient rien sans les illustrations de Fleur VAN DER WEEL. Elles apportent un pendant à l'action, une manière de constater ce qui se passe vraiment quand les mots, eux, rappellent une vision d'enfant. Et puis ce chien a une gueule, une esthétique, il est lui-même très drôle avec pourtant si peu de traits de la face (visage). J'aime aussi beaucoup le parti-pris de ne montrer que l'action et d'opter pour une bichromie... le chien toujours noir, le décor noir et blanc et le détail de l'histoire surligné par une couleur. Verte pour le premier recueil (Super gloupi) et bleu pour le second (Super super gloupi).

mardi 18 mai 2010

Petit lapin stupide

Bon, voilà! C'est comme cela que ça se passe quand un auteur me plait, j'ai envie de le suivre, et en plus quand l'éditeur met la clef sous la porte, j'achète. J'ai donc reçu "Petit lapin stupide" de Edward VAN DE VENDEL et illustré par Gerda DENDOOVEN.

© Edward VAN DE VENDEL et Gerda DENDOOVEN/ Être

Et il est question de la mort. Quel concours de circonstance mais, quelque fois, je crois qu'il n'y a pas de hasard. La mort est dans nos vies en ce moment, pas forcément au quotidien, mais elle touche de près un être cher alors j'avais choisi le thème pour d'autres livres, là le livre est arrivé à moi. Oui mais voilà ce livre est un bijou.
Vieux lapin va mal et Grand lapin ne veut plus répondre aux questions de petit lapin, alors oust, il le met dehors.
"Petit lapin doit la fermer.
Plus une seule question.

Pas maintenant!
Ce n'est tout de même pas difficile, a dit Grand lapin.

Petit lapin peut rester mais en silence."
Hors du terrier, petit lapin stupide rencontre des animaux tout près de mourir. Par naïveté, petit lapin stupide pose des question pas si stupides. Au poussin tombé du nid, au crapaud trop sec, à la souris grise trop souvent mère et au hibou sanguinaire. De chacun il découvre la vision de la mort. Puis enfin satisfait des réponses qu'il reçoit à sa demande qui lui bouillait dans tout le corps, il revient en courant au chevet de Vieux lapin, aidant au retour chaque mourant rencontré.
© Edward VAN DE VENDEL et Gerda DENDOOVEN/ Être

Les discussions sur la mort ont apporté de nombreuses notions autour du concept, des indices de reproduction avec un image terrifiante de la mise au monde, une idée de la retour à la terre, dans un nid recouvert ou dans le noir et la poussière mais aussi une référence à la chaine alimentaire.
Le livre est fort, puissant, prenant, poétique mais pas tout doux, il est même philosophique. Certains lecteurs sensibles pourraient être touchés, je pense surtout par l'idée de pouvoir mourir d'avoir eu trop d'enfants. Mais ce serait dommage de passer à côté de ce livre, à l'opposé de certains autres que je peux aussi aimer, plus provocants, jouant avec un petit côté glauque, ici rien de très choquant au fond: la mort peut y être attendue, douce ou juste réelle. Comme chaque lecture sur ce thème, la lecture accompagnée peut offrir une multitude de superbes moments et de belles réflexions.
Grand lapin forçait Petit lapin stupide a se taire, à garder en lui ses questions sur la mort. Grâce aux rencontre faites hors du terrier Petit lapin stupide a pu recevoir des réponses franches et peut maintenant accompagner la mort de Vieux lapin... comme une compréhension sommaire qui aide au deuil. Edward VAN DE VENDEL est vraiment un auteur à suivre. Je l'avais découvert avec "Un million de papillons". Je ne peux que confirmer sa manière de parler aux enfants sans ambages, avec justesse et poésie. Je suis aussi devenue une fan de son "super gloupi", j'en reparlerais bien sûr.

© Edward VAN DE VENDEL et Gerda DENDOOVEN/ Être

Et puis les illustrations sont belles, très colorées et poétiques. Je continue à adorer les aplats de Gerda DENDOOVEN. Le texte est très fort et les illustrations apportent une simplicité, juste une image, douce ou plus violente, elle aussi assez franche mais très en accord. J'aime aussi les signes de ponctuations (points d'interrogation) qu'elle y met et cette ombre de Petit lapin stupide, quasi indépendante et l'ombre de la mort.

L'avis du matricule des anges vous donnera encore plus envie de courir l'acheter.

vendredi 14 mai 2010

Ma maman à nous

© Gerda DENDOOVEN/ Être

C'est vrai que ce n'est pas par actualité des fêtes que je me suis ruée sur ce livre. La fête des mères approche et ce livre répond tout à fait à la demande. Mais c'est pour me procurer les livres des éditions Être (qui ferment, je vous l'indiquais là), que je l'ai vraiment regardé.

"Ma maman à nous" de Gerda DENDOOVEN est une très belle proposition.

Un petit garçon facétieux nous présente sa maman. Loin de la consensuelle jolie, douce et organisée maman des contes, ici la maman est dans la spontanéité, la joie et non l'apparence.
Elle n'a peur de rien, se joue des facéties de son fils et du papa, s'acharne à bricoler, porte "ses" hommes pour les convier à prendre l'air et marcher. Ce n'est pas du doux, du moelleux, c'est de la passion, la joie d'être ensemble, la "rage" de vivre.
"Elle rêve de sauvage, de féroce. Alors, je grogne des Grrr, des Rouaaaarrrh, des Crrrrr. Effrayée, elle se cache en bousculant tout et hurle: VOILA LA BÊTE QUE J'AIME LE PLUS!"

© Gerda DENDOOVEN/ Être

Elle n'est ni la plus belle ni la plus douce "Ma maman est grande et douce et chaude", même si c'est sur sa forte poitrine que le garçon se sent le plus en sécurité... il imagine aussi ce qu'elle peut bien faire la nuit quand lui et son papa dorment. Il souhaite lui faire plaisir mais qu'est-ce donc que les fleurs de la passion? Sont-elles roses ? Ou sont-elles les baisers qu'elle envoie à son papa ? © Gerda DENDOOVEN/ Être

Autant dire que je m'y retrouve assez (il est aussi question de thé ;)) et que les mamans ont une corpulence si proche de la mienne, un peu de néerlandais et de (ré)confort : pas la plus belle et échangeable... juste un jour ou deux !).

© Gerda DENDOOVEN/ Être

Mais ce n'est pas pour cela que le livre est bien. Les illustrations me plaisent (même si au début j'étais sur la réserve), c'est ce texte, cette prise de position, plus brute sur la parentalité, qui a eu mon aval le plus complet (au point de commander les autres livres de cette auteure). Une sorte de versant à "Max et les Maximonstres" de Maurice SENDAK : une maman mangeant son enfant, aimant les sauvages etc...

"J’ai conscience que ce n’est pas un livre pour enfants mais surtout un livre pour les mamans. J’ai fait ce livre car ce n’est pas évident d’être une maman." nous dit Gerda DENDOOVEN dans ce long interview fabuleux aux livres au trésor. Oui mais c'est si authentique que les enfants seraient bien à même de le lire.

19/24

mercredi 12 mai 2010

Edition "Être" en train de mourir et envie de promouvoir la littérature jeunesse "engagée"

Le monde de la littérature jeunesse m'interpelle depuis assez peu en fait. Enfant je n'ai pas eu beaucoup de livres spécifiquement jeunesse. Avec la parentalité, la bibliothèque jeunesse s'est mise à gonfler et puis des lectures, des écrits, des illustrations et encore des lectures plus tard je me suis prise d'affection pour ces livres destinés à notre force vive, au potentiel humain, aux enfants. J'aime les livres où l'enfant est considéré comme un être source de réflexion, en devenir certes, mais pas idiot.
Au Salon du livre de Paris 2010, j'avais acheté certains livres des éditions Être... avec admiration, j'avais rencontré et écouté l'éditeur me parler avec fougue et passion de ses livres. Je vous recommande "L'atelier des papillons" par exemple et tous les livres de cette maison d'éditions, j'en billeterais d'autres sous cette catégorie Être.

"Le risque ou dormir

C’était l’anagramme de mon ancienne maison d’édition
Le Sourire qui mord

Invité à débattre sur le thème « Résister, à quel prix ? » lors de la journée professionnelle organisée le 7 mai 2010 par la Fête du Livre de Villeurbanne, j’ai d’emblée, à la demande de Gérard Picot qui venait de l’apprendre, annoncé publiquement l’arrêt prochain des éditions Être.

Éditer depuis plus de trente-cinq ans, sans capital, des albums jeunesse singuliers plutôt exigeants a toujours relevé de l’aventure. Et sans le soutien attentif de nombre des partenaires de la chaîne du livre, les lois du marché auraient eu raison plus tôt de cet équilibrisme.

En des temps qui ne sont faciles que pour quelques nantis, qu’un léger fléchissement de la vigilance professionnelle puisse nous être fatal a pourtant suscité l’émotion. J’ai été très touché, sur place et depuis, par les nombreux encouragements à tenir et par l’engagement de ceux qui ne pouvaient se résoudre à ce que la présence de nos livres dans le paysage éditorial aux côtés des lecteurs jeunes et moins jeunes, ne soit pas assurée. Que faire ?

Je ne peux que vous inciter, les uns et les autres, à vous précipiter dans vos librairies préférées pour vous procurer les albums d’Être éditions pendant qu’il en est encore temps. Si une vague d’achats ne garantit peut-être pas la poursuite de l’activité, elle assurera un destin à des livres qui considèrent les enfants comme des lecteurs à part entière méritant des points de vue non altérés sur le monde. Qu’ils puissent encore, ces albums, susciter de libres interprétations et la résistance à l’ordre des choses, je nous le souhaite. Et nous le devons aussi aux créateurs qui ont partagé le risque de ces aventures littéraires et humaines....

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience » écrit René Char.
Je vous remercie de la vôtre.
Et je n’ai pas sommeil…

Christian Bruel
10 mai 2010
contact@etre-editions.com

Être éditions
56, rue Ramus
75020 Paris
http://www.etre-editions.com/

Rejoignez le groupe de soutien à Christian Bruel sur facebook :
http://www.facebook.com/group.php?gid=120683554618391&v=wall "
via la boite à thé

... et que dire de ces auteurs/illustrateurs qui n'arrivent plus à vivre de leur autonomie créatrice, de leur envie d'une littérature jeunesse différente et intelligente, Thierry DEDIEU m'avait vraiment sensibilisée et stupéfaite aussi par ce manque de vente... J'avais envie de le rencontrer par ses pages interposées, alors j'ai vite commandé "Dieux" créé avec son compère Thierry MURAT.

Achetez de la littérature jeunesse, ne vous arrêtez pas aux grandes lois du marché et de la publicité!

mercredi 5 mai 2010

L'atelier des papillons

©Gioconda BELLI et Wolf ERLBRUCH / Etre

« L’atelier des papillons » de Gioconda BELLI et illustré par Wolf ERLBRUCH est une petite histoire plus complexe qu’elle en a l’air.
« Il y a très longtemps, les papillons n’existaient pas. Comme nombre de plantes et d’animaux, ils attendaient d’être créés. C’était là le travail des Inventeurs de Toutes Choses. Mais le règlement de la Création était formel : ils devaient créer la végétation nouvelle et les bêtes encore inconnues sans jamais mêler la faune et la flore. »
Nous découvrons ainsi le monde des inventeurs, la Vénérable, les Maîtres inventeurs et les différents groupes d’inventeurs orientés vers une spécificité. Rudolfo, jeune inventeur utopiste, veut mêler la beauté dans ces créations et cherche à inventer un « être qui volerait comme un oiseau et serait aussi délicat qu’une fleur ». Avec ses amis, il est attribué à la création des insectes, un département un peu empoussiéré, peu avenant et mal reconnu. Mais Rudolfo est têtu, en plus des autres insectes inventés, il cherche encore et toujours à inventer son œuvre la plus magistral.
Les régions sont si particulières pour que les inventeurs soient en condition pour inventer (le froid pour inventer la fourrure de l’ours polaire). La beauté est toujours là pour inspirer. Les détails de la faune et de la flore prennent ici d’autres significations.

©Gioconda BELLI et Wolf ERLBRUCH / Etre

Il est aussi question de beauté : beauté des choses ou philosophie de vie comme beauté. Rudolfo veut offrir plus de beauté au monde. Les choses créées, une chèvre, un chien, ou les éléments le vent, la foudre, lui prouvent l’éphémère du beau, la beauté dans l’instant. Mais Rudolfo persiste pour inventer même quelque chose d’éphémère mais une beauté pour tous. « Ce que j’aime avec la beauté, c’est qu’elle ne renonce jamais ; voilà pourquoi elle est immortelle ».

©Gioconda BELLI et Wolf ERLBRUCH / Etre

Et puis les illustrations de Wolf ERLBRUCH apportent toujours ces nuances de matières, une manière de mettre le réalisme comme une recréation. J’ai aimé cette faune et flore avec des matières d’humain (papier journal écrit, trame de tissu) et ce sceau asiatique qui apparait sur certaines planches. Le texte étant assez dense, les illustrations ont leur légende pour retrouver l’extrait qu’ils accompagnent.

Livre lu dans le cadre du Challenge Lectures d'école.

lundi 26 avril 2010

Le Salon du livre de Paris, angle jeunesse et éditeurs écolo-compatibles (il y a 1 mois)

Cela fait quoi ? 1 Mois? Oui bien cela, mes pas m’avaient amenée dans les couloirs de ce salon rempli de livres avec énormément d’envie.
Certains disent que nombres d’éditeurs ont séché par manque d’intérêt pour ce salon qui, en prenant de très grandes dimensions et de l’assurance, nargue la convivialité et les petits budgets des éditeurs. Moi, neuve d’une année à lire, à acheter, à découvrir la littérature jeunesse, je me suis régalée.

Je n’ai pas été aux dédicaces. J’ai pour cet exercice une certaine aversion. J’aime énormément d’écrivains, d’illustrateurs. J’aime leur travail, j’aime aussi leur investissement à nous faire plaisir individuellement dans ce gri-gri sur la page de garde. Mais je suis en manque. En manque de vraie proximité, de partage. En lisant leurs œuvres, ils m’offrent leur univers, leur imaginaire, leur humour. Je n’ai pas assez de temps pour en parler dans les deux minutes de signatures… parce que ce qui m’intéresse n’est pas la signature, ce serait une discussion réelle. J’en avais parlé là.
J’avais déambulé avec une ligne directrice : la littérature jeunesse. Furetant ici et là devant les stands des maisons d’éditions. Deux choses m’ont attirée plus précisément. Le stand du collectif Les éditeurs écolo-compatibles et la conférence « Littérature jeunesse, une littérature à part entière ».

Les éditeurs écolo-compatibles me sont sympathiques. Ils partent sur la voie d’une sensibilisation du public.
Je ne peux qu’être très, très contente de l’engouement des lecteurs pour la littérature jeunesse. J’aime cette profusion, j’aime les partis-pris de certains éditeurs offrant vraiment une autre approche du livre jeunesse, divertissement mais aussi ouverture sur une autre manière de voir le monde, de l’appréhender, de le saisir, de jouir d’un objet, de lire ou de regarder une image.
Mais il est vrai que nous ne connaissons pas le cycle de vie du livre, de sa fabrication à sa destruction (quelque fois fulgurante). Leur défi d’écologie éditoriale est donc important. Ils veulent même nous amener à nous questionner sur l’achat d’impulsion… pile pour moi, non ?!

En plus les éditeurs regroupés offrent de très belles propositions, je suis cliente de bien d’entre eux : Plume de carotte, Pour penser à l’endroit et La plage…La plage est très présente dans ma bibliothèque culinaire dont je parle ici et Pour penser à l’endroit est une des maisons d’édition qui m’interpelle beaucoup en ce moment. Leur ligne éditoriale est toujours d’ouverture vers une façon d’être, même pour les plus jeunes…
La conférence « Littérature jeunesse, une littérature à part entière » a été aussi un bon moment. Animée par Johanna LUYSSEN et avec Philippe DELERM (PDE), Anne ROBILLARD (AR), Marie DESPLECHIN (MD) et Timothée de FOMBELLE (TF) en participation, c’était déjà une bonne proposition, dommage qu’elle n’ai pas duré plus longtemps. Le public était assez présent, même au fond les personnages des "Chevaliers d'Emeraude".

La ligne directrice était bien la différence entre lecture jeunesse, littérature jeunesse et littérature adulte.
1/ Quelles sont les lectures de jeunesse de ces écrivains ?
Des livres ouvertement pour les enfants, des collections vertes ou roses, mais aussi des lectures foncièrement pour adultes, des documentaires, des romans ardus, des bibliographies ou même des catalogues commerciaux preuves d’un autre hémisphère.
PDE : "Le club des cinq" d'Enid BLYTON, Fred et Sully, "Crin blanc" de René GUILLOT (la lecture étant la métaphore de la vie)
MD : Historia, oui-oui, les mémoires de POUCHKINE, "Le lion" de Joseph KESSEL, "Mon bel oranger" de José Mauro de VASCONCELOS (des émotions qui touchent physiquement)
TF : documentaires nature, catalogue Manufrance relié par ce que expatrié en Afrique, "Tom Sawyer" de TWAIN, "Mon bel oranger", "Arsène Lupin" de Maurice LEBLANC (auteur très secondaire par rapport aux personnages)
AR : "Bob Morane" de Henri VERNES, documentaire sur la guerre et l’histoire

2/ Quels sont, pour eux adultes, les chefs d’œuvres de la littérature jeunesse ?
Pour bon nombre d’entre eux, ce sont des lectures faites adultes qui emportent leur suffrage.
MD : « Peter Pan » de JM.BARRY, les Lewis CARROLL, HANDERSEN, André DHOTEL, SEGUR
PDE : André DHOTEL, DICKENS sans édulcoration, « L’ile au trésor » de STEVENSON, Lewis CARROLL (cherche des ambiances et pas seulement une histoire comme quand il était enfant)
TF : « Les trois mousquetaires », « Le Comte de Monte-Cristo » d'Alexandre DUMAS, les livres que se partagent les générations
Chacun a marqué cette différence entre ce qu’ils recherchaient enfant dans la lecture et ce qu’ils en attendent maintenant pour les enfants. La magie de leurs lectures d’enfant reste comme préservée car peu ont tenté de les relire pour garder cette passion, cette fougue, cet intérêt pour l’action et les personnages et beaucoup moins pour le style.

3/ Quelle mode d’écriture jeunesse est choisie par les écrivains qui écrivent pour adulte et pour enfant ? Quelles sont les limites que ces écrivains s’imposent ?
PDE : tous les romans se devaient d’être pour adulte, « La première gorgée de bière » a eu une première version pour enfants… la littérature jeunesse qu’il écrit garde une part d’enfance. Le style est différent, pas de tournures syntaxiques, pas de vocabulaires compliqué (mais avec cette panoplie de vocabulaire plus réduite offrir la même sensation, la même atmosphère). « La recherche du temps perdu » de PROUST redonne le gout de l’enfance mais n’est pas un livre pour enfant.
TF : pas de limite de complexité, de l’ampleur et de la densité. Le théâtre pour adulte, le roman pour enfant (le roman est ainsi vécu comme lieu de liberté totale, pour enfant).
AR : préparer une histoire et ne pas se focaliser sur les personnages, besoin de magie et d’échappatoire.
MD : pas de connivence, de références avec d’autres textes, un lexique choisi avec comme offrande d’un nouveau mot.
Là, la différence entre enfance et enfant a encore été reprise. Là où l’adulte cherche une écriture, des références, l’enfant cherche à être capté, a rentré dans l’histoire. L’enfant n’est pas naïf dans sa lecture et le texte ne doit pas être bête mais pourtant la littérature de l’enfance et bien loin de la littérature jeunesse.

Je me suis régalée aussi de détails, de ces détails qui attirent l’œil, intéressent une ribambelle d’enfants,
(des héros)(des expériences)(de l'exotisme disparu) (des contes racontés)
des détails qui vont agglutiner des amoureux d’art, des estampes (gravures, lithographies ou eaux-fortes).... plutôt lithographie en cours là, non?! Pour savoir faire la différence, suivez donc ce lien)... là aucune idée si ce n'est que c'était d'Europe de l'est

...amoureux de beaux livres J’ai adoré ne pas suivre les foules, juste admirer les queues, par les pieds…
et voir quelques petites surprises, le livre de ma tante par exemple… A quand le notre ? Les miens ?
... j'avais ramené ces livres-là, que j'ouvre sur ce blog-ci.

Rajout du 12/05/2010: c'est vrai aussi, mais je l'avais passé sous silence... je ne sais pas pourquoi... j'avais rencontré Christian BRUEL fondateur de la maison d'édition Être. Je venais pour acheter "L'atelier des papillons" de Gioconda BELLI et illustré par Wolf ERLBRUCH et j'étais repartie avec d'autres en espérant m'offrir encore et encore de ses petites merveilles d'impertinence, d'intelligence et de sens.
Avec beaucoup, beaucoup de plaisir je l'avais écouté me parler de la version de"Peter Pan" de James Matthew BARRIE, illustré par Susanne JANSSEN qu'il propose. Il avait stupéfait ma tante qui n'avait jamais cru que derrière l'image mièvre reflétée par les simplissimes versions arrivées jusqu'à nous, l'histoire était aussi riche, intense et complexe sur l'enfance et l'acte de grandir. J'avais une pensée pour Holly Golightly bien-sûr.
J'avais aussi été admirative du travail d'édition de l'abécédaire de ce pédagogue pour qui la lecture était indispensable à l'acte de grandir et d'éduquer: "Le nouvel abécédaire" de Karl Philipp MORRITZ, illustré par Wolf ERLBRUCH.
Je viens d'apprendre que cette maison d'édition meurt... horreur!

Pour les Chroniques littéraires