et à voix haute s'il vous plait ! ... pour adultes, pour enfants... pour réfléchir, pour se divertir, pour s'éveiller, pour les apprentissages de vie...
jeudi 10 novembre 2016
"[...] il lève les yeux vers le gamin qui vient de dire une phrase, une phrase où il est question d'écrire une lettre, comme si cela changeait quoi que ce soit, comme s'il y avait un but à ça." - Le coeur des hommes
vendredi 4 novembre 2016
"A Tale of Two Cities. [....] Ce conte ne comporte que très peu de maladresses, que très peu de défaites, ce qui rend le travail du traducteur plus ardu, mais lui apporte plus de satisfactions." - Le coeur de l'homme
mardi 1 novembre 2016
"Est-ce là de l'enseignement, est-ce ce que tu appelles transmettre le savoir?" - Le coeur de l'homme
lundi 14 mars 2016
"La chaleur rendait nerveux les amis de Moomin le Troll, et ils commençaient à se chamailller." - Moomin, le chapeau de Magicien
****
mardi 22 avril 2014
Un jour, avec un regard fier: "Je ne t'ai jamais fait honte" - La place
mardi 8 juin 2010
Walden

- Je sais bien que l'argent ne t'intéresse pas. Tu adores voyager: pourquoi ne pas prendre une voiture pour aller visiter Fitchburg et ses environs ?
Mais j'étais trop avisé pour cela. J'avais compris que le plus rapide des voyageurs, c'était celui qui marche à pied.
- Si on jouait à celui qui arrive le premier là-bas ? proposai-je à un ami. Il y a quarante kilomètres à parcourir; le billet vaut 90 cents.... Je me mets en route tout de suite et j'y parviendrais avant la nuit... Toi, pendant ce temps, tu gagneras le prix du billet et tu arriveras demain, ou peut-être ce soir si tu as la chance de trouver du travail en cette saison. Au lieu de te rendre à Fitchburg, tu vas passer la plus grande partie de la journée à travailler."
(extrait de "Walden" de Henry David THOREAU)
mardi 16 février 2010
Les domaines hantés

Joel, un enfant de douze ans, va découvrir son père, après des années d’absence paternelle et la mort de sa mère. Il part dans une contrée lointaine peuplée de personnages fantomatiques. L’histoire est belle mais plus encore ce sont les émotions à fleur de pages qui ne vous laissent pas indemnes. Les rencontres humaines sont à chaque fois comme une découverte d’un pan caché de sa personnalité. Et loin d’être une quête de père, il s’agit bien là d’une quête de soi : son paternel n’a pas la clef de toute son existence en devenir et les réponses et personnes référentes ne sont pas là où il les croyait. J’ai beaucoup aimé trois personnages en plus du garçon et dans chaque j’ai eu l’impression de lire la personnalité complexe du garçon, jeune homme et homme d’âge mûr.
Comme une panthère en cage, Zoo la servante noire, est enfermée par son devoir envers son père. Elle parait être la femme dans tout son charme féminin, sensuelle comme une femme fatale, louvoyante, à la violence contenue et vécue, un peu mutine. Sa quête de « neige », une fois sa liberté non retenue, comme un rêve d’existence, lui ramène la cruelle vérité et tarit sa vitalité…
Cet oncle Randolph, vieux jeune, aux goûts efféminés, qui se découvre une sexualité autre en devenant adulte. C’est un homme en prise avec son passé, qui se complait dans une activité créatrice mais vit enfermé dans sa chambre, véritable « tombe de luxe », comme retiré de sa propre substance, déjà mort, encore mort (depuis sa naissance).
Et Idabel, ce garçon manqué, aux paroles plus matures que son petit corps. Cette témérité qui la pousse à se dépasser, à être en totale harmonie avec elle.

Il en est de même avec cette lecture, si riche. Il me faudra bien plus d’une lecture pour assimiler la notion d’amour qui transpire des mots de Randolph : aimer n’est pas synonyme de pitié, ce n’est que pure tendresse, aimer c’est considérer un nombre important de petits riens comme essentiels à l’amour porté à l’autre…il ne faudrait pas concentrer toute son attention à l’être aimé, nous en perdrions le bonheur. Et que dire de cette fulgurance de l’amour : ce Narcisse, non pas égoïste mais seul détenteur de la vérité, son reflet est le seul compagnon réel de sa vie, le seul en mesure de répondre à ce besoin.
Et puis une sacrée leçon de vie sur l’homosexualité ou la bisexualité. Personnellement, j’ai toujours pensé qu’une démarche amoureuse se définit par l’objet d’amour en tant que personne plus qu’en tant que genre, se limiter à l’un n’est qu’une affaire de convention, d’éducation, de norme ou de marginalisation volontaire. « Le cerveau peut recevoir des conseils, mais pas le cœur, et l’amour n’ayant pas de géographie, ne connait pas de frontières ; pèse sur lui, enfonce-le aussi profondément que tu voudras, il trouvera toujours moyen de remonter à la surface, et pourquoi pas ? Tout amour qui nait au cœur d’une personne est naturel et beau ; il n’y a que les hypocrites pour reprocher à un homme ce qu’il aime, les illettrés émotionnels et les envieux qui, dans leurs inquiètes agitations, confondent si frénétiquement la flèche qui se dirige vers le ciel et celle qui conduit en enfer. »
La finitude de l’homme est partout : la mort est présente, animale ou humaine, comme allant de soi, mais aussi ce sentiment diffus tout au long de la vie : « (..) la jeunesse est rarement humaine : comment en serait-il autrement puisque les jeunes ne croient jamais qu’ils vont mourir… et surtout ne croient jamais que la mort vient (…) ». La décrépitude est aussi une part entière : les humains très, très, vieux, à l’extrême limite, qui peuvent soutenir le regard de la mort, ceux qui deviennent dépendants, simples végétales au regard omniscient, miroir des autres âmes et même plus de la sienne. La difformité (un cou de girafe, une main en bois) côtoie l’ambigüité des sexes.
Truman CAPOTE fait la part belle aux refoulements échafaudés ici en rêve éveillé. Comme si nous nous étions arrêtés de devenir ou comme si notre vision du monde avait été déformée sous l’effet d’un choc quelconque. Je me retrouve en Joel, dans cette quête de lui-même, avec l’envie de définir ce qui nous confine à l’état de Kay, anesthésié de la vie, dans « La Reine des neiges » d’Andersen. Le cahier des rêves de Dolorès, les rêves de Zoo et de Joel, leurs mensonges, semblent quelques fois plus réels que le reste.
Magnifique lecture qui me laisse un goût d’inachevé dans mon parcours : « Notre suprême désir c’est qu’on nous tienne…qu’on nous dise…que tout (tout est une drôle de chose : le lait de l’enfant, les yeux de papa, les bûches ronflantes dans le froid du matin, les hiboux, le camarade qui fait pleurer après l’école, c’est les cheveux de maman, c’est avoir peur, et les figures grimaçantes sur le mur de la chambre)…que tout finira par s’arranger. »
lundi 8 février 2010
Le petit ami
Il y a des lectures comme des amis. Quelques mots bien précis, des réflexions fines, des vécus peuvent nous amener à réviser notre jugement et améliorer l’expression de nos maux. « Le petit ami » de Paul LEAUTAUD est de celui-ci.
*source illustration: Toulouse-Lautrec
Léautaud nous donne à suivre ses ressentis par rapport aux premières femmes de sa vie, en commençant par sa mère. Il serait possible de ne lire entre les lignes qu’un complexe d’Œdipe non résolu, nous aurions tord. Il s’agit plus d’une irresponsabilité de cette mère. En plus d’abandonner son enfant, issu d’une relation de passage, dès le début, elle se permet de le revoir pour être moins une mère qu’une séductrice. Loin de cet amour maternel fondateur, solidifiant, soutenant, elle ne propose que la femme cible des pulsions. Nous avons aux deux entrevues qu’il aura avec elle, enfant et jeune homme, les manipulations de cette dame qui ne cherche qu’à plaire. Elle joue à chaque geste sur la limite de la décence. En manque d’amour filial, très vite accompagné par des femmes de « petites vertus », le petit ami s’égare à ne voir en la femme que cette source de charme, de séductions, de chaleur humaine sexuée (sans forcément en user). Même plus, il croit en ce dédoublement de tendresse, amoureux de désir et filial, comme lui peut dédoubler son amour en toutes cajoleries platoniques et ses pulsions sexuelles.
Une correspondance encore plus trouble voit le jour. Un jeune homme éperdu d’amour filial, maternel et de sentiment, s’éprend de la figure idéalisée de cette maman qui ne perd pas de son charme. Et cette mère se perd, joue, manipule, se reperd… elle dévie de ses sentiments maternels, sains, vers ceux plus troubles, des sentiments ambivalents pour cet homme qui a encore sous ses traits quelques uns des siens, un certain narcissisme, une envie de plaire, d’être aimé, de récupérer ce temps perdu, de magnifier le temps restant…et puis de la honte, du ressenti sur sa propre culpabilité.
Le petit ami, abandonné par sa mère, accompagné dans sa jeunesse par les maîtresses de son père, dormant dans la chambre de sa nounou tous les soirs, cherche l’agrément des femmes, de celles qui offrent leur corps et ne cachent rien, qui donnent ce qu’elles ont promis. Elles savent déceler « le sens profond des choses sérieuses». Serait ce un cynisme des relations amoureuses, du sentiment en lui-même ? Je ne l’ai pas lu comme cela, mais plus comme une idéalisation du sentiment, une distinction des pulsions et de la demande de chaleur humaine architecturante. De plus, je serais tentée, comme ce petit ami, de préférer les femmes usées (par l’amour encore plus que par le reste) aux autres, fades de sophistication, outrageusement riches jusque dans leurs antirides et étirements de peau, trop jeunes (en soulevant les jupons j’ai peur d’y voir des arrangements de mauvaises sorcières). Je leur envie cette « usure éclatante et triste ».
Jeune adulte, il retrouve une affection manquante en se rapprochant de ses femmes, « catins », et se trouve des similitudes de pensée, dénuée des compromis, un peu « fatigué avant l’ouvrage ». Ces rapports sont moins issus d’un amour d’adulte que d’un amour filial, lui lapant un sein dépassant comme un nourrisson plus que comme un amant.
Léautaud nous livre aussi ses appréhensions d’écrivain, sa méthode spontanée : commencer par être paresseux, emmagasiner, vivre dans des lieux de vie et non de musée et ne rien recommencer. Que j’aimerais le suivre dans cette voie…
« Voilà ce que c’est que de prêter les livres des gens que l’on connait : on s’entend dire sur eux des choses qu’on pense tout bas. » Je ne peux finir que par une des phrases de cet auteur, si proche de certains de mes cheminements vacillants : « Je voudrais encore que des bras affectueux me portent dans la vie pour m’en éviter les heurts et les fatigues. »
mardi 20 octobre 2009
Kitchen et Moonlight shadow
J’avais eu envie de lire “Kitchen” de Banana YOSHIMOTO avec ce souhait d’aller voir derrière le deuil ce que la jeunesse japonaise avait reconnu y mettre. Dans la première nouvelle qui a donné son nom au titre du livre, nous suivons Mikage, jeune femme de 20 ans, les mois qui suivent la perte de sa grand-mère, unique personne restante de sa famille. Prostrée dans la cuisine, car pièce où toute son affection se porte, elle va progressivement reprendre goût à la vie et aux mets savoureux en habitant chez une mère et son fils, les TANABE. Nous pourrions avoir peur de s’embourber dans une atmosphère glauque et triste, et pourtant non. YOSHIMOTO nous offre un panel de sensations au dessus de la seule souffrance. Ici les paroles, les gestes du quotidien, les attentions sont d’une extrême importance. Que la maman, Eriko, de ce jeune homme, Yûichi, initiateur de l’hébergement, soit en réalité une femme est ici un détail anatomique. Pas de puritanisme, ni de tabou. Les personnes ne sont que leurs personnalités et elles rayonnent.
- De quoi tu parles.
- Par exemple, quand tu viens de voir un superbe clair de lune, ça doit bien se répercuter sur la cuisine que tu fais? … Attention, je ne parle pas d’un rapport indirect, comme l’envie de préparer des tsukimi-udon [littéralement, “nouilles où on voit la lune”. Il s’agit d’une soupe aux nouilles coiffée d’un œuf sur le plat]…”
L’ascenseur s’est arête avec un tintement métallique, et j’ai eu soudain la sensation que mon Cœur se vidait. En marchant dans le couloir, j’ai demandé:
- Tu veux dire: un rapport plus fondamental?
- C’est ça! Quelque chose de plus personnel…
- Oui, c’est tout à fait vrai! Ca existe!” me suis-je écriée immédiatement.”
*source saveurs du Japon
“Kitchen” a une suite, “Kitchen 2” ou “La pleine lune”. YOSHIMOTO offre là un nouveau sursaut de vie après la mort. Que faire quand le rayon de soleil d’une famille part en plein vol? Se raccrocher à ce que nous pouvons, au passé, pour aller de l’avant. Redéfinir les relations dans cet espace nouveau. Est-ce un lien fraternel ou amoureux qui va découler de cette nouvelle perte? Dans ce second volet, la cuisine (en tant qu’art) prend une nouvelle place. Il s’agit maintenant d’un métier, d’une profession, d’une rigueur. C’est toujours prendre goût à la vie mais aussi aimer.
Dans la seconde nouvelle “Moonlight shadow”, Satsuki a perdu son petit ami dans un accident de voiture. Elle est encore avec les repères d’avant, en continuant à fréquenter le frère de ce dernier, atteint à double niveau (perte de son frère et de sa petite amie présent aussi dans le véhicule). Nous allons de l’avant d’une autre manière, active. Satsuki se nourrit moins et part courir tous les matins pour se décrasser l’esprit.
Une rencontre sur un pont va chambouler le cours monotone des jours. Urara, cette autre demoiselle japonaise, à l’aura lumineuse, dispose comme des petits cailloux blancs d’éveil et laisse envisager un rendez-vous fantastique, un lien entre le ciel et la terre, entre le monde des vivants et celui des morts, le phénomène de Tanabata.
Ici point trop de cuisine mais bien un thermos, un contenant de thé, pour se réchauffer. Parti dans le fleuve, réoffert aussi comme un don précieux, un lien amical, la boisson chaude comme une sève de vie.
Le deuil est ainsi le sujet mais d’un côté, comme une base à se recréer, de l’autre comme un adieu à faire, ce roman offre alors une nouvelle mesure aux conventions du deuil, la nourriture et le fleuve ont leur importance mais autrement. Les personnes accompagnantes sont précieuses, de véritables soleils, personnes incarnées et rayonnantes, à l’identité trouble aussi (sexuée ou autre). Le deuil est alors remis au cœur du cycle de vie, comme une souffrance, grande, importante, et pourtant surmontée.
“Ta grippe, a dit calmement Urara en baissant un peu les paupières, est en ce moment dans sa phase la plus dure. C’est sans doute même plus pénible que la mort. Mais après, les choses ne vont sans doute plus empirer. Parce que les limites de chacun ne variant pas. Peut-être que tu attraperas encore des tas de grippes, et que tu auras à affronter d’autres moments comme ceux-ci, mais si tu t’accroches, ce ne sera jamais plus éprouvant que cette fois. Les choses fonctionnent toujours de cette façon. Bien sûr, on peut se décourager à l’idée que les ennuis vont se répéter, mais on peut aussi penser que ce n’est pas plus grave que ça, et alors les choses deviennent moins pénibles, non?” Et elle m’a souri.
Les yeux ronds, je suis restée muette. Est-ce qu’elle me parlait uniquement de la grippe? Est-ce qu’elle essayait de me dire autre chose? …”
Les personnages très jeunes, pas encore sortis de chez leurs parents, sont aussi à une étape particulière de leur vie, là où les choix permettent de se trouver. Comme si cela se passait en une nuit, éveillée, de pleine lune, et qu’au lever de soleil, la vie d’adulte, la vie avec et sans, se réveillait.
Rose nous livre sa vision, entre fantastique et brouillage d’identité pour illuminer encore la vie, je ne peux qu’être d’accord et adoré aussi cet incipit.
Katell nous livre un peu plus de cette sensation de rentrer dans les cuisines et de cette sérénité d’être là aux petites choses
Un très bel avis est proposé là, reprenant les thèmes chers à Banana YOSHIMOTO
Dans cet avis là, l’amour et la mort prédominent, ici le deuil et enfin là pour avoir une petite idée de l’auteure. Ce sont là, en effet, deux histoires pour continuer à vivre, pour passer de la douleur foudroyante de la perte à celle lancinante des mois du deuil et enfin à la nostalgie du souvenir: merci encore Lily





