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mardi 7 février 2017

L'île du temps perdu

C'est avec plaisir que je retrouve cette auteure italienne. "L'île du temps perdu" de Silvana GANDOLFI est un court roman plein de douceurs et de vivacité.


Deux enfants, Giulia et son amie Arianna, se perdent dans une mine lors d'une sortie scolaire. Dans le noir, puis sur l'île. Un volcan expulse sur ces pentes tout ce qui a été perdu sur terre. Elles comme les objets, elles comme les monuments, elles comme les musiques pas encore écrites, elles comme les émotions.
Elles rencontrent les enfants habitant l'île. Passablement gentils jusqu'à ce qu'ils poussent dans une crevasse un vieux grand-père désorienté lors d'une sortie de sa maison de retraite. Comment choisissent-ils ceux qui ont le droit de vivre et les autres? Il faudrait avoir envie de rester sur ce lieu magique, ne pas souhaiter retrouver sa vie d'avant. Mais ce n'est peut-être qu'un qui-pro-quo. Jour après jour, elles découvrent tous les habitant, les enfants, les adultes, les perdus pour tous même pour l'humanité et l'existence des atolls d'îles par zone géographique de lieux de perte.
Les repères temporels sont différents, pas de véritable nuit, pas d'heure mais les grondements irréguliers du volcan. Cela ressemble à un pays merveilleux. Sur cette île, ceux qui se sont perdus, ceux qui sont à même de paresser, de rêver, de perdre du temps, de perdre le temps. Il y a même dans les trouvailles autour du volcan des magnifiques émotions (espoir, patience, courage, mémoire) à se masser sur le corps contenus dans du plancton ou des lapilli volcaniques. Prendre soin de ses rêveries, de soi.
Le lieu est magique mais il est aussi voué à se détériorer. N'existe-t-il pas derrière le marais des cannibales? Humains perdus comme tous mais ayant respiré près de fumerolles toxiques, le temps noir. Apathiques, se mangeant les uns, les autres, même eux-même. Le gaz ne serait-il pas en train de se répandre? Le marais les séparera-t-il toujours? Mais le monde réel est le pire dans ce désastre annoncé.
"[...] toutes ces fumerolles correspondent à du temps perdu, mais pas celui des insouciants, pas celui qui nous fait vivre. En face jaillit le temps que les gens perdent sur Terre par stupidité, par manque d'initiative. Le temps gâché à cause de bureaucratie, des embouteillages. Tu comprends? C'est un temps destructeur, noir, qui dévore celui qui le subit."
Il faudra prendre ses responsabilités, choisir l'action, vivre sur l'île ou retourner à la vraie vie... pour ceux qui peuvent.

Et puis le livre est un roman, l'auteure le précise mais elle ajoute aussi qu'il s'agit d'une histoire racontée par Giulia: ce seraient ses souvenirs d'enfance. mais comment croire une telle chose? C'est trop merveilleux et angoissant? Silvana envoie des lettres à son amie, l’héroïne, pour l'informer de son avancée dans la rédaction de l'histoire. Elle doute, la questionne et rêve que l'île est vraie.

A travers ce conte, l'enfance se dévoile dans sa spontanéité, son indolence, son oisiveté (cf extrait), comme des qualités à préserver. Les adultes, qui les conservent, eux, sont encore des rêveurs, des découvreurs ou des mal adaptés. Le livre tente de faire un pont entre le merveilleux et le monde adulte, la paresse comme construction de soi, retour à soi et la vraie vie. C'est doux et chaud!


L'oisiveté - L'île du temps perdu




"Chère Giulia,

[....]
Au fait, est-ce que tu trouves que je me fais bien comprendre quand je parle d'"oisiveté"? Ou bien, à sa parution, y aura-t-il des adultes pour interdire ce livre à leurs enfants, en prétextant qu'il ne faut jamais rester à ne rien faire et que l'oisiveté est la mère de tous les vices; que qui ne fait rien n'a rien et que, même dans Pinocchio, il est dit que c'est une très vilaine habitude dont il faut se débarrasser dès le plus jeune âge!
Bien entendu, l'oisiveté de l'île, c'est autre chose: c'est réussir à se confronter avec soi-même sans s'ennuyer, s'intéresser à des choses insignifiantes, comme le vol d'un moustique, pour y découvrir la mélodie du soleil et les lois de l'univers.
Mais c'est aussi décider que si l'on veut faire quelque chose, quoi que ce soit, alors cela vaut la peine de le faire avec énergie et passion pour que ça réussisse. Sans oublier, cependant, que l'action est juste l'une des manières de vivres, et non la seule.
Pour résumer, l’oisiveté est l'art de faire en ayant l'air de ne rien faire.
Tu es d'accord avec ça?
[....]
S."
(extrait de "L'île du temps perdu" de Silvana GANDOLFI, éditions Les Grandes Personnes - j'en parle là; source photo de Kate T.PARKER)

jeudi 18 septembre 2014

Aldabra, la tortue qui aimait Shakespeare

J'avais eu envie de lire plusieurs livres de cette auteure, puis j'avais attendu... les livres n'étaient pas en poche. Et puis j'ai tout de même pris "Aldabra, La tortue qui aimait Shakespeare" de Silvana GANDOLFI.


Élisa aime sa grand-mère. Depuis toute petite, elle part en déambulation dans Venise pour rejoindre ce coin d'arsenal, cette maison sans électricité. Mamie Eia vit là au milieu de son potager, de ses pinceaux et toiles. Et sa petite fille arrive tous les jours avec un petit quelque chose à manger, un flan aux anchois avec les têtes de poisson qui dépassent par exemple. A chaque fois, ce sont des confidences, des cueillettes, des rires et des récitations avec emphase de Shakespeare. Il ne faut surtout pas parler de la maman d’Élisa, ne pas dire que le flan pourrait avoir été préparé avec elle. Ne jamais parler d'elle, au risque d'empoisonner la nourriture et les propos.

La petite fille est ce lien tenu entre la mère et la grand-mère: l'une quémande des nouvelles comme si sa génitrice pouvait n'être qu'un petit enfant, l'autre veut oublier. Mais Élisa se pose trop de question et puis comment dire à sa maman que tout va bien quand Mamie Eia veut devenir une tortue.
Les femmes d'un peuple ancien avaient ce pouvoir: ne pas mourir mais se transformer.

Ce conte fantastique présente les éveils d'une gamine et la fin de vie d'une grand-mère. Une vieillesse voulue, assumée, une liberté de gestes et d'envies. Il s'agit aussi là d'un fil tenu entre la vieillesse, la folie, le petit grain dans la tête et la sagesse.
Mamie Eia se transforme, se métamorphose. Actrice aimant Shakespeare, elle programme ce qu'elle devient avec sa petite fille. Une autre forme de dialogues, des murmures et des inflexions qui en duront peut-être long sur l'envie de vivre ou de partir.
C'est beau et délicat!

Ici l'avis de Mirontaine

*couverture: illustration d'Icinori

mardi 16 septembre 2014

Je n'en ai pas encore parlé

... mais qu'est-ce que j'attends pour le faire ?!

Voici un petit état des dernières lectures. Il en manque certaines et, oui, j'ai aussi triché un peu avec d'autres de plus longue date mais que je comptais billeter.


Lectures jeunesse/ ado:
- "Méto 1, La maison" d'Yves GREVET. Le second tome est dans ma pile de lectures prévues sous peu, j'arriverais peut-être ainsi à vous en reparler. Une prison éducative où il n'existe que des garçons et dès qu'ils sont adolescents, ils partent ailleurs... mais où?
- "Je suis l'idole de mon père" d'Arnaud CATHRINE ou comment un adolescent trouve son identité ailleurs que sous les écrits de son père écrivain.
- "Terrienne" de Jean-Claude MOURLEVAT. Une très belle approche de l'au-delà, de cet espace géographique et temporel des morts mais où la sœur d'Anne est parti contre son gré. Coup de cœur!
- "Le cas Jack Spark, saison 2: automne traqué" de Victor DIXEN: un second tome plus sombre encore de ce magnifique conteur de fé(e)s et d'ignobles personnages. Une magnifique lecture adolescente ou adulte de ce qui fait un être fantastique, bon ou méchant.
- "Les trois vies d'Antoine Anacharsis" d'Alex COUSSEAU, lu il y a déjà longtemps mais j'avais tellement envie de vous emmener vers cette aventure de pirate, entre autre. J'en parle ici
- "Aldabra, La tortue qui aimait Shakespeare" de Sylvana GANDOLFI sur la filiation, la vieillesse et les âges de la femme. J'en parle ici
- "Les pierres qui brûlent, qui brillent, qui bavardent" de Martial CAROFF, illustré par Marion MONTAIGNE et Matthieu ROTTELEUR. Une très belle entrée en matière sur la géologie mais aussi l'histoire de la Terre.


Adulte:
- "Les filles de l'ouragan" de Joyce MAYNARD sur ce difficile équilibre de la filiation et de la fratrie, sur le devenir féminin aussi.
- "Idaho Winter" de Tony BURGESS fait d'épouvantes, de cauchemars, de cruauté. D'un enfant qui se venge.