© Joseph LAMBERT/ Cambourakis
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et à voix haute s'il vous plait ! ... pour adultes, pour enfants... pour réfléchir, pour se divertir, pour s'éveiller, pour les apprentissages de vie...
« J’ai choisi d’être médecin chez les Touaregs » propos de Sœur Anne-Marie recueillis par Jacques DUQUESNE et Annabelle CAYROL offre une belle prise de conscience.
*source illustration de Chihiro IWASAKI (dont certaines illustraient le livre dans sa version japonaise)
Nous suivons les souvenirs autobiographiques de la jeune Totto-chan (à prononcer Tot-to-tchan), plus connue sous son nom d’adulte, Tetsuko KUROYANAGI, femme célèbre de la télévision japonaise. Elle aurait pu devenir une méchante fille, mais, renvoyée de sa première école primaire, elle se retrouve dans l’école TOMOE de Mr Sôsaku KOBAYASHI.
Les chapitres, très courts, se suivent comme dans un journal intime, le style est décousu, quelque fois un peu trop candide mais l’enthousiasme a été au rendez-vous. Entre des anecdotes d’enfant, la pédagogie de cette école pas comme les autres, des années 1940, même vue à travers le prisme des souvenirs d’une gamine de 6 ans, est tellement fraiche, vive et différente. Oui, j’aurais aimé, après ce récit, quelques prolongements, quelques éléments pédagogiques supplémentaires. De quoi relier les actes avec une vraie prise de conscience. Le travail sur la pédagogie reste entier.
*source, un Tomoé trouvé par NukeD4
A de nombreux niveaux, cette école m’a fait rêver. Au premier lieu, une géographie différente : un portail fait de deux arbres bien vivants, une pancarte avec un symbole, le Tomoe; des salles de classe dans des wagons, une salle principale sous un hall comme vrai lieu de rassemblement, d’amusement et de partage. Puis des mesures bien acrées dans une pédagogie souple, respectueuse et proche du quotidien. Dans ce cadre scolaire, les élèves apprennent autant des cours, dont le programme nous est que peu indiqué,

* l’écriture japonaise inclut trois ensembles de caractères : les kanjis, les katakanas et les hiraganas, source de katakanas a-so adulte et enfant
que du quotidien : la cuisine, la nature, les émotions de la vie, les arts. Chacun peut donc avoir un savoir à transmettre, à son niveau.
L’approche par la rythmique est la ligne directrice de cet enseignement. Le Directeur, Mr KOBAYASHI, est un fervent enthousiaste de la pédagogie JAQUES-DALCROZE. Musicien lui-aussi, il reprend alors les exercices de ce chansonnier suisse célèbre, se les approprie et en invente d’autres pour répondre à la demande des élèves de son école. Cette partie est si passionnante qu’elle fait l’objet d’un autre billet, là.
De nombreux gestes dévoilent aussi une vraie démarche pour être à l’écoute des enfants. Une mise en position dans les attitudes : il ne suffit pas de se pencher mais il faut se mettre à la hauteur des enfants, yeux dans les yeux. Une écoute attentive, respectueuse et intéressée des propos de l’enfant. Une vraie démarche de responsabilisation et d’autonomie : l’enfant peut faire des erreurs, si elles ont une raison d’être pour eux, il leur était permis de la terminer, à partir du moment où ils résolvaient eux même leur problème et réparaient les dégâts causés. Une vraie prise en compte de l’investissement des enfants dans leurs actes, même maladroits ainsi Totto-chan achète une écorce de santé (vraie duperie de marchand ambulant) pour connaître avec joie la bonne santé de tous ses amis, « facticement affichée » par la non-amertume de ce bout de bois : l’amitié prime à la désillusion de la vie. Une vraie compréhension de ce qu’est un enfant : une concentration diffuse, des vêtements pour se salir, une curiosité réelle, un être de mouvements à la géographie illimitée (besoin d’espace, de choix du lieu de concentration, besoin de bouger …). Nous prenons aussi une vraie leçon de remise en place de nos priorités : la pose des limites diffère donc des autres écoles. Une autre optique pour moi aussi. Avec un superbe exemple d’"affalage" de corps sur le sol de la salle commune, pour apprendre la musique, le rythme et non les portées, une craie à la main : ils écrivent partout sur le parquet et font le ménage consciencieusement après.
L’accueil du handicap se veut aussi comme une assimilation réelle et non une pierre d’achoppement. L’attitude en cours n’est pas figée, d’autres espace de connaissance laissent aussi le corps à sa liberté : par terre, accroupis, allongés, assis, chaque enfant choisit sa position. La nudité à la piscine est utilisée pour rendre les enfants identiques dans la communauté des enfants. Des attentions sont encore plus louables : une Fête des Sports où les exercices sont créés de telle façon que le handicap d’untel le privilégie (une confiance en soi enracinée dans la prime enfance pour surmonter les obstacles de la vie d’adulte).
La place des arts est primordiale, placée comme une expression de soi et non un exercice de cours : prise de parole à l’oral sans jugement possible (pas de présentation d’un devoir mais bien une oralité sur ses propres intérêts), poésie au quotidien, chant tous les midis. La bibliothèque est elle-aussi un espace différent : ouverte à tous, où toute lecture est bienvenue (pas de cloisonnement), où le silence n’est pas de rigueur et où le partage peut être direct.
Les balades et activités collectives sont importantes : campings, pique-niques, vacances et pèlerinages. Une manière de privilégier les rapports aux autres, les amitiés, la solidarité par l’exemple et la prise de confiance par les actes.
Sans compter que les parents de Totto-chan avaient cette ouverture d’esprit propre à laisser s’épanouir leur fille : compréhension de l’attention fluctuante d’un enfant, prise en compte de ses envies selon son investissement, sensibilité aux attitudes des enfants…
Une vraie ouverture sur une école qui met en branle tous les repères de ses consœurs au Japon (et en France) : « Ne transformez pas les enfants pour qu’ils entrent dans un moule, avait-il [Mr KOBAYASHI] précisé à son équipe d’enseignants. Laissez-les s’épanouir naturellement. Leurs rêves dépassent les limites de vos projets éducatifs. » Ou comment reprendre une des institutrices dans sa cuisine et non en salle des professeurs devant ses collègues. Ou considérer le cycle primaire comme le plus important pour les bases de l’adulte… hum j’y ai vu des soupçons de concordance avec Maria MONTESSORI, dont je parlerais plus avant.
*source Chihiro IWASAKI (je ne m’en lasse pas)
Pour en revenir au « roman », voici quelques avis, un très complet en pédagogie, entre hyperactivité, programmes et remise en cause d’un enseignement conformiste ici, les attentes d’une débutante en enseignement là ou encore un "cercle des poètes disparus en primaire", un avertissement à la course à la performance ici. Puis d’autres avis ici, là et là.
Allez une petite illustration et un extrait là, une poupée Totto-chan ici et une comparaison entre notre « Petit Prince » et leur « Totto-chan » proposée ici, deux lectures essentielles à leur niveau, où reviennent le héros, un enfant, où les adultes sont compréhensifs, où les thèmes sont aussi similaires même si l’auteur de cette comparaison en oublie encore avec des différences aussi. Cet exercice de style a une vraie valeur en ce sens qu’un livre comme celui-ci est une vraie ode à relecture, à pédagogie nouvelle…et dire qu’il y eu un film, dirigé par Kazuki OMORI, « Totto Channel »…
Ce style me plait. Pas enfantin, ni geignard, juste pertinent avec un regard d’adulte sur nos manquements d’homme. Un amour filial et des non-dits. Ce livre m’a beaucoup plus dans ce rapport à l’histoire familiale, voilée par certains, en demande pour d’autres et les preuves trouvées quand la génération s’éteint. Preuve des drames de la seconde guerre mondiale par rapport aux juifs. Des horreurs des camps mais plus encore des horreurs de guerre, de lâcheté française.
*source inro
"Passagère du silence" de Fabienne VERDIER est un des livres qui apportent bien plus qu’une histoire.

Le poids des traditions reste très présent, l’avancée est difficile. Pour motiver les parents, il faut les référents de la culture, en plus des initiateurs du projet. La sensibilisation aux menaces dû à la sécheresse et au contexte démocratique des pays (nomadisme voué à disparaitre dans la forme connue, non-représentation des minorités si ce n’est par elles-mêmes) doit s’appuyer sur les traditions même : l’Imam (pilier de la culture), une femme (l’âme des campements) et un père de famille, le père d’Ibrahim et de Moussa (porteur de l’autorité). L’éducation est un risque. Le père des deux frères apporte sa première pierre d’achoppement à cette sagesse de vie : « Il estime qu’il faut prendre le risque d’évoluer. Mais évoluer, ce n’est pas renier. Il sait que, où que nous soyons, nous reviendront toujours boire avec lui le thé sous la tente. Il nous a appris à respecter le passé sans pour autant le subir. ».
La vie nomade est condamnée, Moussa AG ASSARID le confirme ici ou lors d’un discours à l’ONU (dans le cadre d’un Forum des Peuples Autochtones FIPAU en tant que membre de l’Indigenous4earth): vous pouvez le lire ici. Si le FIPAU (belle entreprise dans l’idéologie, moins bien desservie par leurs dirigeants et leurs budgets) vous intéresse et que vous souhaitez suivre les débats, c’est ici.
Le livre montre aussi la force de caractère des deux frères, l’un investi en France pour rechercher les financements, mobiliser des personnalités et au Mali pour sensibiliser les familles dans les campements, l’autre investi à l’école en tant que professeur, directeur, crédible car soutien des traditions et soutien de famille. Leur destin marque une opiniacité, une ouverture vers les autres d’une sagesse désarmante. « Je suis leur professeur, ils m’enseignent la vie. »
Même leurs vies amoureuses se trouvent mobilisées, comme dit Ibrahim, « Nous n’avons pas le temps de la légèreté. », il faut tout de suite se souder et croire en l’avenir ou comment faire des enfants pour soi mais aussi pour crédibiliser une position, pour perpétuer l’espoir d’un peuple.
Quelques portraits d’élèves montrent le rapport, particulier, du peuple nomade à l’éducation. Des exemples multiples et infinis de cette difficulté à suivre la voie de l’éducation mais aussi cette attirance du savoir, cette volonté de représenter son peuple, d’être l’instructeur de sa famille, d’être libre de son avenir. Loin d’être une scolarisation obligatoire, là se dévoile une éducation pour la liberté.
Et puis pour compléter cette belle lecture, tellement instructive, quelques différences majeurs de pédagogies familiales entre les Touaregs du Mali et les parents français. Entre autre : la responsabilisation des enfants, très tôt, peu de limites même prudentielles (éprouver soi-même le danger pour faire sienne la directive), professeurs comme véritable guides, en écho de l’éducation parentale, inculquer comment se défendre contre les attaques, sans l’aide d’un tiers, la débrouillardise mise au rang principal pour ne pas avoir l’illusion d’être soutenu à vie.
Merci à Babelio et aux éditions Presse de la Renaissance.
L’école des sables de Taboye au Mali existe vraiment, pour avoir l’impression de rendre visite à Ibrahim et à son internat, c’est ici. Et n’hésitez pas à lire les dernières nouvelles, les suivantes seront à suivre sur le blog d’ENNOR ou celui de Moussa AG ASSARID ou encore celui de La Caravane du Coeur. Le projet est superbe et mérite bien le support de la Succession Saint-Exupéry, l’école est décrite dans cette lettre. Si cette fratrie AD ASSARID vous intéresse, le blog Awanekkinnan vous livre billet par billet un peu de leur sagesse et nous amène à reconsidérer la scolarité des enfants au Mali.

*source de l'Homme volant du Cirque du Soleil, spectacle Allégria

*source de la pochette de l’édition Phébus, « Maillot de bain, Izod » de George HOYNINGEN- HUENE… pour ces deux vues dans la même direction mais comme si différentes et jamais en harmonie.
Les « commentaires » reprennent les sentiments derrière l’amour. La fierté d’être avec l’autre, sans faire-valoir mais bien en complémentarité. Etre un couple, une création de relation, entre dialogue et confidences. Cette envie de garder tous les détails d’un moment passer sans l’autre pour les lui amener les sensations presque brutes ! Mais qui peut aussi passer par une incompétence à dire dans l’immédiateté l’émotion ressentie. Marcelle SAUVAGEOT juge son ami parti, comme elle l’a jugé dans leur relation. Oui elle a saisi, amoureuse, ses faiblesses, ses marques très déplaisantes comme on décortique un fruit convoité, pas par manque d’amour mais bien pour le connaître et devenir un défenseur acharné car compréhensif (mais pas loyal). Elle voulait tout découvrir, lui voulait se cacher… elle voulait même qu’il dévoile lui-même ses « petites laideurs ».
Mais c’est surtout un livre sur la rupture, la séparation de corps mais surtout d’esprit. La rupture est décortiquée : de cette absence qui permet d’objectiver un amour à notre propension à le détruire volontairement, voire même rationnellement, à ces excuses, prétextes, propos de commisération ou d’apaisement après la souffrance. Le monologue, avec aucune envie d’être lu par l’intéressé mais bien avec envie de se retrouver, décrypte les termes. Etre fait pour quelqu’un n’est plus comme une fatalité mais bien une action volontaire. La rupture ne nécessite pas retrouver les manques de l’autre mais pourrait se contenter de décrire ce qui ne convient plus, ce serait bien assez. Tout le livre marque bien cette souffrance d’avoir été quittée, elle ne voulait pas se battre pour ne pas être laissée mais ne pas rester par contrainte se voulait aussi, tout de même, rester tout de même. Et l’après rupture ? De l’amitié, de l’absence, de l’indifférence. Il s’agit d’une infidélité, pas celle de corps mais bien celle du sentiment… ne plus aimer n’est pas obligatoirement trahir, rendre l’autre plus faible. L’auteur ne veut pas de faux semblants, de mots d’apaisement, de consolations fabriquées ou de rapprochements après-coup. Sa notion de la rupture est comme la sienne du bonheur, claire et pertinente. Le bonheur peut être comme un parfum, il faut en distinguer les nuances, ne pas trop le saisir pour ne pas être écœuré, ne pas être grisé et ressentir l’incomplétude. Garder en chaque instant « un petit coin de conscience » pour voir le déroulement de la joie.
C’est un livre fort sur l’amour et l’amitié, sur notre capacité à être avec l’autre. « Notre amitié sera une très jolie chose à l’avenir ; nous nous enverrons des cartes postales pendant nos voyages et des bonbons au chocolat au Nouvel An. Nous nous ferons des visites ; nous nous dirons nos projets au moment où ils se réaliseront, afin de vexer un peu l’autre et de ne pas subir sa commisération en cas d’échec ; nous prétendrons être ce que nous croyons être et non pas ce que nous sommes ; nous nous dirons beaucoup de « merci », « excusez-moi », des mots aimables que l’on dit sans penser. Nous serons des amis. Croyez-vous que ce soit nécessaire ? ». Cela sonne vrai et que dire de mes amitiés après? Suis-je aussi persuadée de ce que j'en pensais là.
Entre les lignes, aussi, ce dévoile un certain féminisme, ne pas être un objet dans le couple, ne pas être aimée par tout ce qui fait l’intelligence, l’originalité, la force d’une femme et rejetée parce que trop indépendante. Les quelques phrases contre les midinettes mariées aux conversations tournées vers leurs maris me rappellent étrangement les nouvelles de Dorothy PARKER, avec cette haine des femmes, des hommes, de ces relations amoureuses, consensuelles, tout en espérant y ressembler un peu tout de même.
Entre les lignes aussi, cette démarcation entre le monde des en pleine santé et des grands malades. Le dégonflement des moments précieux sans idée d’avenir… ce manque d’investissement de certains bien portants à envisager l’avenir par extrapolation. Marcelle SAUVAGEOT se raccrochait à cet amour aussi pour se raccrocher à l’autre monde, puis découvre au fil de ses écrits qu’elle se perdait aussi dans cette illusion de sentiments et que revenir à elle lui permettrait d’être elle et pas seule.
Une lecture à conserver près de soi quand il nous prend de ne plus savoir ce qu’est le sentiment… pas pour juger l’autre mais pour ce rendre compte de l’éphémère et du beau. Merci Lily de m’avoir mis l’eau à la bouche de cet amour déçu en pleine Saint Valentin là.
Ajout du billet original sur mon principal blog: il y a une version lue par Fanny ARDANT, j'en rêve.