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vendredi 6 février 2015

Annie Sullivan & Helen Keller

Cela fait longtemps que je voulais lire cette bande dessinée. Parce qu'elle parle d'un sujet qui me touche, j'avais peur d'être déçue. Et bien non!

 © Joseph LAMBERT/ Cambourakis

"Annie Sullivan et Helen Keller" de Jospeh LAMBERT raconte les premières années d'éducation d'Helen, enfant de 6 ans, sourde et aveugle à la fin du 19ième siècle. Il s'agit d'une histoire vraie très célèbre aux États-Unis.
Helen a perdu la vue et l'ouïe avant ses 2 ans. Elle s'enferme dans la confrontation, l'isolement tactile et la non communication. Annie Sullivan est embauchée pour l'éduquer et va s'investir complètement.

En parallèle des efforts et progrès d'Helen, nous découvrons le passé chaotique d'Annie. Laissée avec son frère dans un hospice à l'âge de 10 ans, elle y vit dans des conditions déplorables et y perd son frère. A 14 ans, presque aveugle d'un œil, elle intégrera l'Institut Perkins, pour enfants aveugles, sans savoir écrire ou lire même son nom et en sortira la meilleure de sa promotion. Les avancées d'Annie éclairent celles d'Helen et inversement.


 © Joseph LAMBERT/ Cambourakis

Cette bande dessinée tout public est un magnifique hommage aux enfants victimes de handicap. Joseph LAMBERT illustre avec énormément de finesse le flou dans lequel Helen vit avant de rencontrer Annie.
Ne se vivant que tache grise informe dans un néant, elle a à peine des bras, les éléments qu'elle touche n'ont aucune importance, aucune existence, seules la nourriture et les bras réconfortants, roses, de sa maman semblent y avoir une place. Et puis les bras bleus d'Annie, du professeur. Les bras puis les doigts. Helen ne supporte pas le contact physique, la frustration, les contraintes. Elle mange avec les doigts, casse, tape. Et puis Annie arrive. Il s'impose immédiatement, l'enfant doit se servir de couverts, demander les choses. Annie utilise la langue des signes. Alors l'imitation des noms apparait mais pas encore la notion des objets.
Le passage du vide à la conscience du monde est très émouvant. Helen va apprendre à désigner les objets, à les demander, à communiquer, à questionner. La relation de crise, d'agression, de violence, devient une relation de confiance, d'apaisement et d'éveil.

© Joseph LAMBERT/ Cambourakis

Les prises de position d'Annie sont vues de l'intérieur grâce à ses compte-rendus au directeur de l'Institut Perkins qui l'a recommandé auprès des parents d'Helen. Sa rage, son impuissance, son envie de contrôle sans atteinte des libertés d'Helen. "Mon défi le plus pressant consiste à la discipline sans briser sa volonté. Je dois exiger d'elle un minimum d'obéissance, mais je ne dois pas la contrôler uniquement par la force. J'ai besoin de gagner son amour." Elle utilise des supports de communication créés et mis à sa disposition par l'Institut: le langage des signes (ici le mot est épelé et ne peut pas être "signé" par un geste qui impliquerait le visuel), une bibliothèque énorme de livres en braille...

© Joseph LAMBERT/ Cambourakis

Il y a aussi de l'instinct dans cette jeune femme. Elle même sujette à l'isolement communicatif (fait de paroles insensées), elle veut ouvrir son élève au monde. Ne pas la subir et pour l'enfant, ne pas subir le monde. Cette éducation sur le tas, sans possibilité de programmer ou d'organiser, est fabuleuse. "J'ai décidé de ne pas lui donné de leçons régulières pour l'instant. Au lieu de quoi, je traite Helen exactement comme une enfant de deux ans. Partant du principe qu'elle a une capacité normale d'assimilation et d'imitation, je parle dans sa main comme on parlerais dans l'oreille d'un bébé qui entend. Je fais des phrases entières quand je lui parle, même si elle ne comprend qu'un seul mot. La phrase entière, répétée de nombreuses fois, va s'imprimer dans son cerveau. Peu à peu, elle l'emploiera elle-même." Cette bande dessinée est toujours d'actualité. A l'heure actuelle le handicap est encore trop souvent assimilée à une déficience, Annie Sullivan partait, elle, du principe que son élève était une enfant normale, pas un tyran qu'il ne faut pas contrarier mais bien un potentiel en éveil! Et puis, elle se confronte au réel, ne bride pas les questionnements de sa protégée, apprends en se trompant.

© Joseph LAMBERT/ Cambourakis

La part belle est donnée ainsi à cet épanouissement de l'enfant différent mais la bande dessinée offre aussi les affrontements d'idéaux, les préjugés d'une société, les orgueils d'adultes et les retombées médiatiques et financières d'une avancée dans la prise en charge des enfants. Par exemple la scission entre l'Institut Perkins et Annie Sullivan. 

mercredi 29 janvier 2014

Une littérature qui ne veut pas penser, pour quoi faire, la vie est quand même trop courte - Instinct primaire

"Je ne supporte plus d'être limitée à la maternité. C'est aussi ma liberté d'écrivain qui est en jeu. Si la femme n'a pas la vision du monde en dehors d'elle-même et de ses propres problèmes, que tout ce qui n'est pas elle ou sa famille ne la concerne pas, que tout ce qu'elle recherche, c'est son double et qu'elle se targue de prescrire les lignes directrices de l'interprétation du monde selon des idées arrêtées, comment alors poser des questions au futur, à ce qui est à venir? N'est-ce pas là une diminution de la liberté créatrice? Comment écrire le monde qui vient si l'on ne peut pas sortir de son propre jardin?"

(extrait d'"Instinct primaire" de Pia PETERSEN, Nil éditions; source photographie)

jeudi 1 juillet 2010

J'ai choisi d'être médecin chez les Touaregs

« J’ai choisi d’être médecin chez les Touaregs » propos de Sœur Anne-Marie recueillis par Jacques DUQUESNE et Annabelle CAYROL offre une belle prise de conscience.

En suivant les journalistes durant leur séjour auprès d’Anne-Marie SALOMON, ce sont des propos francs, sans langue de bois, qui nous sont offerts et le récit de vie d’une religieuse pas comme les autres. « J’avais envie d’être médecin de campagne, mais je ne comprenais pas ce qui était en moi ; l’idée que j’avais du médecin de campagne ne correspondait pas à ce que je voyais en France. Et quand je suis arrivée en Afrique, j’ai compris que ce désir se réalisait. Cette espèce de rôle de médecin de campagne qui est déjà de cœur avec la population, qui va aider l’un et l’autre à entreprendre quelque chose… qui s’occupe de la scolarité des gamins, qui va peut-être avoir son jardin aussi, et ainsi de suite… »

Jeune femme, elle voulait être et religieuse et médecin mais entrera juste au couvent et deviendra pour la première partie de sa vie professeur de physique/chimie. Sa foi, sa volonté d’être là pour les autres, pour les plus pauvres, la pousse à aller en Afrique, au Mali, et pour plus d’efficacité d’aide l’entraine vers une formation de médecin à plus de quarante ans. C’est cette même motivation d’être au plus près de la pauvreté qui la dirige vers les Touaregs. De sa vie après, peu de choses si ce n’est son temps exclusivement destiné à la médecine, aux centres de soins, aux patients, cette disponibilité constante aux autres mais pas aux remontreurs de bonne conscience venus regarder son travail. De sa situation pendant la période de rébellion au Mali, peu de choses, si ce n’est une prise de conscience des dangers comme si sa vie n’était pas importante et comme si la foi l’aidait en tout.

Sœur Anne-Marie présente aussi et surtout ses projets et la politique médicale du Mali. D’une pratique privilégiée malienne très ethnique voire familiale au début, elle met en place des centres de soins pour tous, nomades ou non où le jour de consultation se fait plus en fonction des problèmes médicaux : gynécologie, sida, tuberculose mais aussi paludisme ou bilharziose. Ses engagements et ses actions aident en partie à l’émancipation des femmes (consultation où elles viennent seules mais aussi prévention, contraception et investissement dans les discours ethnico-médicaux de mariages). L’investissement éducatif est là aussi : à chaque centre de soin une école et vis-versa.
Le plus important reste la conception de l’Afrique de Sœur Anne-Marie, contre une attitude colonialiste, contre la poursuite des relations historiques entre l’Europe et le continent noir d’un dirigeant arrivé avec l’argent confronté à des mains-d’œuvre obéissantes ou résistantes. Elle n’apporte son soutien financier et de moyens que si la population locale a travaillé sur le projet, l’a étudié, se forme pour l’encadrer et le soutenir à long terme. La prise en charge de la population est totale, autant dans les projets de construction des centres de soin ou des écoles (où les dons de livres sont sur des livres francophones mais maliens), que dans le paiement des consultations médicales.
Les à priori sont vilipendés, autant cette politique méprisante de la culture Touareg qu’est le slogan « nourriture contre travail » que la caricature des Africains paresseux où la paresse n’est qu’une vue de l’esprit et une inconscience du contexte climatique du travail. Sœur Anne-Marie n’est pas tendre avec les locaux non plus, sur leur différence de conception de l’hygiène, sur leur absence de prise en charge, sur la corruption ou leur désinvolture culturelle concernant les papiers (de mariage ou de divorce par exemple) ou la position de la femme (cf l’extrait sur les poupées tamasheks).

Le grand point fort de ce livre est aussi pour moi la position de cette sœur sur les occidentaux.
Ce mépris des touristes cochant un lieu et cherchant un guide pour aller tâter de l’éléphant. Leur invasion même si porteurs de bons sentiments et de bonne volonté. Leur ignorance du terrain, ne se souciant pas de l’après eux. « Il existe souvent, chez des gens par ailleurs généreux, une sorte d’inconscience. Ils ne comprennent pas l’Afrique, ils ne savent pas que nous avons besoin d’argent plus que de personnes pour travailler. Les agents, nous en avons. L’argent, il fait toujours défaut. »
Même les associations et les ONG en prennent pour leurs grades. Les interrelations des associations sont acclamées et leur processus pratique d’aide décrit. Mais les stratégies « de dons », la méconnaissance du terrain et des projets à court terme sans suivi des locaux de certaines ONG sont épinglés.

Et puis deux points annexes mais pas tant que cela : la religion et la culture malienne.
La culture malienne dans sa religiosité (pas au sens péjoratif), les gigots d’accouchement mais aussi leurs liens forts à la famille, aux personnages importants comme le marabout (décideur et marieur) ou la forgeronne (la griotte, la conteuse de récits et de nouvelles), la polygamie et la sexualité mais aussi des indications sur les avancées : ce téléphone par exemple qui permet d’être moins pauvre car la population peut quémander des sous à sa famille éloignée.

Les propos sont aussi religieux. Sœur Anne-Marie est une Sœur de la Retraite à la spiritualité ignacienne, proche des jésuites. Et tout le parcours de cette femme semble très emprunt de religiosité (mais pas au sens kitch) : une éducation à la religion avec un contexte de « Propagation de la foi » pour les chinois mais aussi, une fois rentrée au couvent, une démarche poussée vers les autres, un tournant professionnel allant de soi, comme prédestiné, un soutien dans les dangers politiques.
Bien-sûr à la vue de son métier de médecin, Sœur Anne-Marie se positionne sur la contraception : elle est pour la pilule au cas par cas et foncièrement contre l’avortement qu’elle ne pratique pas.
Mais sous ces aspects très religieux apparaissent aussi des « fantaisies » moins rencontrées : de la thérapie par la couleur qui explique la couleur de son boubou, le bleu met en relation avec l’autre, le violet met en relation avec dieu, des dons de guérisseuse pour les brûlures, de sourcière.
Une chose aussi, bien importante dans cette lecture, fut de découvrir la liberté à être religieuse. Anne-Marie SALOMON se décrit électron libre et je soupçonnais une incompatibilité avec l’entrée au couvent. Seulement, les Sœur de la Retraite ont une philosophie très différente. Bien-sûr on retrouve la chasteté, la pauvreté et l’obéissance mais justement cette dernière est comme une gestion de la liberté et non une dépendance à une supérieure. L’ouverture vers le monde et la foi en l’homme sont prégnants.

Une autre lecture sur le Mali et ses Touaregs venant accompagnée celle sur les écoles et la culture : « Enfants des sables, Une école chez les Touaregs » de Moussa AG ASSARID et Ibrahim AG ASSARID

Merci à Babelio et aux éditions Plon.

vendredi 29 janvier 2010

Totto-chan, la petite fille à la fenêtre


"Totto-chan, la petite fille à la fenêtre" de Tetsuko KUROYANAGI est un livre témoignage d'une école alternative.

*source illustration de Chihiro IWASAKI (dont certaines illustraient le livre dans sa version japonaise)

Nous suivons les souvenirs autobiographiques de la jeune Totto-chan (à prononcer Tot-to-tchan), plus connue sous son nom d’adulte, Tetsuko KUROYANAGI, femme célèbre de la télévision japonaise. Elle aurait pu devenir une méchante fille, mais, renvoyée de sa première école primaire, elle se retrouve dans l’école TOMOE de Mr Sôsaku KOBAYASHI.
Les chapitres, très courts, se suivent comme dans un journal intime, le style est décousu, quelque fois un peu trop candide mais l’enthousiasme a été au rendez-vous. Entre des anecdotes d’enfant, la pédagogie de cette école pas comme les autres, des années 1940, même vue à travers le prisme des souvenirs d’une gamine de 6 ans, est tellement fraiche, vive et différente. Oui, j’aurais aimé, après ce récit, quelques prolongements, quelques éléments pédagogiques supplémentaires. De quoi relier les actes avec une vraie prise de conscience. Le travail sur la pédagogie reste entier.

*source, un Tomoé trouvé par NukeD4

A de nombreux niveaux, cette école m’a fait rêver. Au premier lieu, une géographie différente : un portail fait de deux arbres bien vivants, une pancarte avec un symbole, le Tomoe; des salles de classe dans des wagons, une salle principale sous un hall comme vrai lieu de rassemblement, d’amusement et de partage. Puis des mesures bien acrées dans une pédagogie souple, respectueuse et proche du quotidien. Dans ce cadre scolaire, les élèves apprennent autant des cours, dont le programme nous est que peu indiqué,

* l’écriture japonaise inclut trois ensembles de caractères : les kanjis, les katakanas et les hiraganas, source de katakanas a-so adulte et enfant

que du quotidien : la cuisine, la nature, les émotions de la vie, les arts. Chacun peut donc avoir un savoir à transmettre, à son niveau.

L’approche par la rythmique est la ligne directrice de cet enseignement. Le Directeur, Mr KOBAYASHI, est un fervent enthousiaste de la pédagogie JAQUES-DALCROZE. Musicien lui-aussi, il reprend alors les exercices de ce chansonnier suisse célèbre, se les approprie et en invente d’autres pour répondre à la demande des élèves de son école. Cette partie est si passionnante qu’elle fait l’objet d’un autre billet, .

De nombreux gestes dévoilent aussi une vraie démarche pour être à l’écoute des enfants. Une mise en position dans les attitudes : il ne suffit pas de se pencher mais il faut se mettre à la hauteur des enfants, yeux dans les yeux. Une écoute attentive, respectueuse et intéressée des propos de l’enfant. Une vraie démarche de responsabilisation et d’autonomie : l’enfant peut faire des erreurs, si elles ont une raison d’être pour eux, il leur était permis de la terminer, à partir du moment où ils résolvaient eux même leur problème et réparaient les dégâts causés. Une vraie prise en compte de l’investissement des enfants dans leurs actes, même maladroits ainsi Totto-chan achète une écorce de santé (vraie duperie de marchand ambulant) pour connaître avec joie la bonne santé de tous ses amis, « facticement affichée » par la non-amertume de ce bout de bois : l’amitié prime à la désillusion de la vie. Une vraie compréhension de ce qu’est un enfant : une concentration diffuse, des vêtements pour se salir, une curiosité réelle, un être de mouvements à la géographie illimitée (besoin d’espace, de choix du lieu de concentration, besoin de bouger …). Nous prenons aussi une vraie leçon de remise en place de nos priorités : la pose des limites diffère donc des autres écoles. Une autre optique pour moi aussi. Avec un superbe exemple d’"affalage" de corps sur le sol de la salle commune, pour apprendre la musique, le rythme et non les portées, une craie à la main : ils écrivent partout sur le parquet et font le ménage consciencieusement après.
L’accueil du handicap se veut aussi comme une assimilation réelle et non une pierre d’achoppement. L’attitude en cours n’est pas figée, d’autres espace de connaissance laissent aussi le corps à sa liberté : par terre, accroupis, allongés, assis, chaque enfant choisit sa position. La nudité à la piscine est utilisée pour rendre les enfants identiques dans la communauté des enfants. Des attentions sont encore plus louables : une Fête des Sports où les exercices sont créés de telle façon que le handicap d’untel le privilégie (une confiance en soi enracinée dans la prime enfance pour surmonter les obstacles de la vie d’adulte).

La place des arts est primordiale, placée comme une expression de soi et non un exercice de cours : prise de parole à l’oral sans jugement possible (pas de présentation d’un devoir mais bien une oralité sur ses propres intérêts), poésie au quotidien, chant tous les midis. La bibliothèque est elle-aussi un espace différent : ouverte à tous, où toute lecture est bienvenue (pas de cloisonnement), où le silence n’est pas de rigueur et où le partage peut être direct.
Les balades et activités collectives sont importantes : campings, pique-niques, vacances et pèlerinages. Une manière de privilégier les rapports aux autres, les amitiés, la solidarité par l’exemple et la prise de confiance par les actes.

Sans compter que les parents de Totto-chan avaient cette ouverture d’esprit propre à laisser s’épanouir leur fille : compréhension de l’attention fluctuante d’un enfant, prise en compte de ses envies selon son investissement, sensibilité aux attitudes des enfants…
Une vraie ouverture sur une école qui met en branle tous les repères de ses consœurs au Japon (et en France) : « Ne transformez pas les enfants pour qu’ils entrent dans un moule, avait-il [Mr KOBAYASHI] précisé à son équipe d’enseignants. Laissez-les s’épanouir naturellement. Leurs rêves dépassent les limites de vos projets éducatifs. » Ou comment reprendre une des institutrices dans sa cuisine et non en salle des professeurs devant ses collègues. Ou considérer le cycle primaire comme le plus important pour les bases de l’adulte… hum j’y ai vu des soupçons de concordance avec Maria MONTESSORI, dont je parlerais plus avant.

*source Chihiro IWASAKI (je ne m’en lasse pas)

Pour en revenir au « roman », voici quelques avis, un très complet en pédagogie, entre hyperactivité, programmes et remise en cause d’un enseignement conformiste ici, les attentes d’une débutante en enseignement ou encore un "cercle des poètes disparus en primaire", un avertissement à la course à la performance ici. Puis d’autres avis ici, et .
Allez une petite illustration et un extrait , une poupée Totto-chan ici et une comparaison entre notre « Petit Prince » et leur « Totto-chan » proposée ici, deux lectures essentielles à leur niveau, où reviennent le héros, un enfant, où les adultes sont compréhensifs, où les thèmes sont aussi similaires même si l’auteur de cette comparaison en oublie encore avec des différences aussi. Cet exercice de style a une vraie valeur en ce sens qu’un livre comme celui-ci est une vraie ode à relecture, à pédagogie nouvelle…et dire qu’il y eu un film, dirigé par Kazuki OMORI, « Totto Channel »…

jeudi 14 janvier 2010

Plus tard, tu comprendras

J’avais vu le film d’Amos GITAI, le soir même le billet de Lily et la semaine d’après le livre était dans ma boite aux lettres. « Plus tard, tu comprendras » de Jérôme CLEMENT un livre qu’il ne faut pas lire en dilettante, il est précieux, déstabilisant mais sans ce côté sentimentaliste qui peut me faire peur.


Cet homme, adulte, père de famille, va perdre sa mère. Elle ne dit rien sur son passé, sa famille a été tuée dans les camps nazis et… et puis… Et puis elle meurt. C’est alors que tout se délie, tout commence à prendre du sens. Cette mère de famille, parisienne juive, pharmacienne, récupérant des antiquités autant que des cadeaux la redoute va montrer ses différents visages.Ce style me plait. Pas enfantin, ni geignard, juste pertinent avec un regard d’adulte sur nos manquements d’homme. Un amour filial et des non-dits. Ce livre m’a beaucoup plus dans ce rapport à l’histoire familiale, voilée par certains, en demande pour d’autres et les preuves trouvées quand la génération s’éteint. Preuve des drames de la seconde guerre mondiale par rapport aux juifs. Des horreurs des camps mais plus encore des horreurs de guerre, de lâcheté française.

La mémoire des objets est importante dans cette vie-là : un samovar autour duquel elle parle russe, des antiquités japonaises, un poignard. Cette dispersion à sa mort, objets sans sens pour les petits-enfants, avec pour les enfants. Un manque en objets, symboliques d’une vie entre parenthèse, des bijoux pour partir avec le plus vite possible un gros montant d’argent au cou, du luxe pour savoir le mener en dérision, et quand l’appartement est vide, tout se comprend : « une somme de détails presque insignifiants qui, pour mon œil attentif, sont autant de symptômes d’un désordre profond. Rien ne peut y remédier. L’ordre : quel sens donner à ce mot sans la présence de ceux qui l’ont défini ? »


*source netsuke animaliers netsuke animaliers en ivoire dont un lapin, voir billet de Lily
*source inro

Des objets ou des courriers comme preuves de vie : des relations par lettres interposées, parentales ou de couple. Les conventions, les débuts d’un quiproquo peut-être et puis la législation qui a une part belle dans l’œuvre. Une politique des papiers véritable personnage de l’histoire. Les détails deviennent une vie, le commerce de peau de lapin, la villa, l’arrestation ne sont que des maillons.

Et puis cette mémoire, ce devoir de mémoire, prend un nouveau sens à la lecture de ce livre. « La France se reconstruit dans l’oubli de ces épisodes avec la complicité active – j’en suis le fruit- des « israélites » assimilés, tous d’accord pour ne pas se singulariser. Mieux vaut l’ignorance et l’oubli que l’identification, source de réparations peut-être, mais surtout d’ennuis sérieux présents ou à venir. »

C’est aussi, et surtout, l’histoire d’un amour filial. De parole, de honte, de non-dits, de leçons de vie qui, après, deviennent de vrais cadeaux de vie. Et cette présence des dernières années : « L’agonie des vieillards, ces anciens adultes superbes, dont les visages resplendissants reviennent à l’esprit lorsqu’on les voit, misérables, perdus dans leur chemise de nuit, ombres décharnées et mutiques, cette agonie est intolérable. »

Merci encore Lily pour cette lecture. N'hésitez pas à lire son billet (au début du mien) pour reprendre aussi la mise en image par le film, "l'os du livre pas la chair"....

samedi 14 novembre 2009

Passagère du silence

"Passagère du silence" de Fabienne VERDIER est un des livres qui apportent bien plus qu’une histoire.


« Son enfance, on la subit ; sa jeunesse, on la décide. Je savais ce que je voulais : peindre ; et d’abord apprendre à peindre en maîtrisant une technique picturale. C’est ainsi que j’allais me retrouver en Chine. Chacun croit que sa vie est unique, et pourtant… »

Ce livre se lit comme un parcours de vie, une mise en route d’une pratique de peinture et il m’intéressait donc à double titre.
Cette jeune femme étudiante aux Beaux-arts, obtient une bourse pour poursuivre ses études en France mais décide de partir en Chine, là où se trouvent encore les maîtres de la calligraphie. Le livre présente une apposition de plein fouet entre l’occident et l’Asie mais aussi entre modernité dans l’art et art au sens noble du terme.

Le livre dévoile les conditions de vie d’une expatriée dans la Chine profonde des années 1980.
Tous, paysans comme étudiants sont surveillés par le parti communiste. La jeune française a refusé tous les avantages d’une expatriée. Ces conditions de vie sont meilleures mais restent spartiates. Elle est éloignée d’office des autres étudiants : ne dort pas en dortoir mais dans une pièce sans fenêtre à côté d’un bureau où un lit a été apporté ainsi qu’une cuvette. Ses démarches auprès des professeurs sont surveillées par son interprète, sa chambre est fouillée par cette veille femme qui passe la ranger, ses allers-venues et ceux de ses amis sont épiés. Les notions d’hygiène et de saleté sont à reconsidérer. Le livre est très subjectif, pas forcément écrit par un écrivain mais la teneur est importante, elle touche de plein fouet : elle parle de sa vie, de ses maladies, de ses tourments, de ces amitiés et de son quotidien au campus, lors des séjours d’études, aux maisons de thé ou en vacances dans la famille de ses nouveaux amis, de ses agressions physiques, des conflits locaux et nationaux, des pressions après révolution culturelle… de ces illusions une fois revenue en Chine en tant qu’attachée culturelle à l’Ambassade.

Fabienne VERDIER est un fort tempérament et le parcours initiatique de son art nous le prouve constamment. D’une part, grâce à lui, de pans entiers de la condition chinoise nous sont révélés. Oui seuls les peintres connaissent la vie des peuples, leur pratique « d’après nature » leur permet de pouvoir se confronter aux ruralités. Et aussi grâce à son imprudence et à sa méconnaissance, des peuples inconnus nous sont présentés, les Yi par exemple. Ces fautes de comportement, ces aléas importants permettent une vision des plus intimistes de la Chine.

*Dürer, La grande touffe d'herbes, qu'il faut à nouveau regarder pour comprendre, après avoir lu le livre

Mais là n’est pas le plus important, je n’ai pas mangé* ce récit autobiographique sur ces éléments là. Ce qui m’a le plus touchée, saisie, anéantie aussi (il suffit de peu de chose, oui, oui, je sais et je me soigne !), est son parcours artistique et surtout de vie.
Toutes les étapes d’apprentissage me sont magnifiques et je sens qu’il me faut vous les présenter, billet après billet. En attendant… Chez un père absent, elle apprend l’humilité, la patience illimitée, aux cours français, elle découvre la calligraphie occidentale comme art de vivre, les techniques contemporaines de l’huile, du chevalet, du dessin d’après-nature.
« Je me suis mise en chemin – c’était une question de survie-, en quête d’une initiation véritable qui m’ouvrirait les portes d’une réalité autre. » : avec sous le bras son viatique « Propos sur la peinture du moine Citrouille Amère » de Shitao, traduit par Pierre Ryckmans, elle part en Chine et j’ai eu envie de la suivre.

Les cours théoriques à l’Ecole chinoise et leurs pendants politiques, son apprentissage des légendes, ses conditions d’artiste comme le matériel commun ou prêté par l’école (cartons à dessins, petit tabouret, thermos pour le thé de la journée, pinceaux, pierre à encre et coupons pour la nourriture), les influences chinoises mises de côté en faveur de celles occidentales, dénigrement des anciens grands maîtres. La jeune Fabienne va vouloir aller plus loin, reprendre l’art de tenir le pinceau, de peindre à l’horizontal, l’art de préparer l’encre et un je ne sais quoi de frondeur et de pertinence vont l’amener à chercher l’enseignement d’un grand maître isolé et oublié, maître Huang Yan. La rencontre est humaine et intense, c’est celle d’une vie, l’apprentissage sera de 10 ans ou rien.
Alors commence une initiation artistique et à la vie. Des arts anciens et des techniques à apprendre et maitriser (marouflage, sculpture de sceaux, utilisation de teinture comme pour la soie, calligraphie), en passant par les philosophies concernées – et concernantes- en faisant sienne une philosophie de vie. « Les penseurs taoïstes de l’Antiquité n’ont jamais parlé d’art et pourtant ce sont eux qui ont fourni la base de notre pensée esthétique : il faut apprendre, puis oublier ce qu’on a appris, retrouver le naturel jusqu’à parvenir à créer sans effort. » Fabienne VERDIER va apprendre les secrets de cet art. Une mise en situation complète, de la pratique du « hua », trait de pinceaux, bâton de calligraphie, pendant des mois, et aussi des apprentissages philosophiques…

« Tu vois, il n’est jamais trop tard pour apprendre et même si, dans la vieillesse, l’étude n’apporte plus une lumière étincelante mais la flamme vacillante d’une bougie, celle-là est encore préférables à l’obscurité. »

Lily m’a mise sur la voie et je l’en remercie. Malice vous en propose une belle mis en bouche . Vous trouverez aussi une très belle présentation beaucoup tournée vers l’art ici.
Pour aller plus loin vous trouverez ici un récapitulatif des étapes majeurs du livre, un compte-rendu de séminaire, lié au livre, sur la pensée chinoise et son art et enfin ici les éléments de l’apprentissage de Fabienne VERDIER à cet art et à la pensée chinoises, très, très bien détaillés autant dans leur délimitation que pour les éléments du caractère de cette française qui ont agit en complément (et peut-être nécessaires à cet apprentissage très dur physiologiquement entre autre).

jeudi 15 octobre 2009

Enfants des sables, une école chez les Touaregs


« Enfants des sables, Une école chez les Touaregs » de Moussa AG ASSARID et Ibrahim AG ASSARID est un livre plein de sagesse.



Cela aurait pu être un récit de vie, beau mais simple, ou mièvre, il n’en est rien. Nous suivons l’aventure réelle de deux frères Touaregs du Mali vers l’instruction (ou comment lire « Le petit prince » de Saint-Exupéry tombé des mains d’une journaliste du Paris-Dakar) et le passage du flambeau de l’école à leur communauté. C’est l’histoire d’un projet de vie mais aussi d’un tournant dans le mode de vie de ces nomades. Au départ, les deux voix s’entremêlent, nous contant leur périple vers des études secondaires. Puis c’est un don de soi qui prend la suite, les deux frères vont ouvrir une école pour les enfants Touaregs et, comble d’un certain paradoxe (qui se délie au fil des pages) pour que leur culture ne disparaisse pas. L’étincelle du projet, les solutions trouvées, les sensibilisations, les motivations à donner aux acteurs, aux familles, la réalité hors des campements (vie et mort), la pérennité de l’entreprise, tout cela nous amène loin, de nous, de notre scolarité mais aussi de notre culture…et nous y ramène. Il est dit du premier livre de Moussa AG ASSARID qu’il s’agissait d’une confidence au coin du feu faite en buvant les trois thés des nomades, ce livre-ci nous apporte aussi dans le désert avec cette sincérité des amis.

Et là est toute la richesse du livre. J’ai aimé le récit de vie de ces deux frères mais plus encore toute leur réflexion sur leurs traditions, leurs voies pour l’avenir de leur ethnie et leur sagesse dans l’éducation.
Ce livre est très fort pour nous montrer ce que l’éducation des enfants amène comme dangers dans la vie des nomades. Dans le désert, tout le monde est mis à contribution pour survivre, les enfants y compris. La seule richesse est le nombre de chèvres et la vie en groupe, solitude et entraide mêlées. Les enfants après leurs études peuvent ne pas vouloir revenir et subvenir aux besoins des plus âgés. Les Touaregs sont aussi un peuple réuni, important dans leur groupe et non dans leur individualité. L’ouverture vers l’occident est aussi un potentiel déracinement, une perte des repères, de l’être même (élément indissociable du groupe). ...
Tout s’oppose à l’éducation : l’éloignement des familles élargies, le rassemblement très près de cet autre peuple avec qui l’histoire les a opposés, les Songhaïs (un des peuples noirs, les Touaregs ont la peau plus claire, pour le plus visuel). Le conflit Touareg est expliqué ici et la suite .


Le poids des traditions reste très présent, l’avancée est difficile. Pour motiver les parents, il faut les référents de la culture, en plus des initiateurs du projet. La sensibilisation aux menaces dû à la sécheresse et au contexte démocratique des pays (nomadisme voué à disparaitre dans la forme connue, non-représentation des minorités si ce n’est par elles-mêmes) doit s’appuyer sur les traditions même : l’Imam (pilier de la culture), une femme (l’âme des campements) et un père de famille, le père d’Ibrahim et de Moussa (porteur de l’autorité). L’éducation est un risque. Le père des deux frères apporte sa première pierre d’achoppement à cette sagesse de vie : « Il estime qu’il faut prendre le risque d’évoluer. Mais évoluer, ce n’est pas renier. Il sait que, où que nous soyons, nous reviendront toujours boire avec lui le thé sous la tente. Il nous a appris à respecter le passé sans pour autant le subir. ».

La vie nomade est condamnée, Moussa AG ASSARID le confirme ici ou lors d’un discours à l’ONU (dans le cadre d’un Forum des Peuples Autochtones FIPAU en tant que membre de l’Indigenous4earth): vous pouvez le lire ici. Si le FIPAU (belle entreprise dans l’idéologie, moins bien desservie par leurs dirigeants et leurs budgets) vous intéresse et que vous souhaitez suivre les débats, c’est ici.

Le livre montre aussi la force de caractère des deux frères, l’un investi en France pour rechercher les financements, mobiliser des personnalités et au Mali pour sensibiliser les familles dans les campements, l’autre investi à l’école en tant que professeur, directeur, crédible car soutien des traditions et soutien de famille. Leur destin marque une opiniacité, une ouverture vers les autres d’une sagesse désarmante. « Je suis leur professeur, ils m’enseignent la vie. »
Même leurs vies amoureuses se trouvent mobilisées, comme dit Ibrahim, « Nous n’avons pas le temps de la légèreté. », il faut tout de suite se souder et croire en l’avenir ou comment faire des enfants pour soi mais aussi pour crédibiliser une position, pour perpétuer l’espoir d’un peuple.

Quelques portraits d’élèves montrent le rapport, particulier, du peuple nomade à l’éducation. Des exemples multiples et infinis de cette difficulté à suivre la voie de l’éducation mais aussi cette attirance du savoir, cette volonté de représenter son peuple, d’être l’instructeur de sa famille, d’être libre de son avenir. Loin d’être une scolarisation obligatoire, là se dévoile une éducation pour la liberté.
Et puis pour compléter cette belle lecture, tellement instructive, quelques différences majeurs de pédagogies familiales entre les Touaregs du Mali et les parents français. Entre autre : la responsabilisation des enfants, très tôt, peu de limites même prudentielles (éprouver soi-même le danger pour faire sienne la directive), professeurs comme véritable guides, en écho de l’éducation parentale, inculquer comment se défendre contre les attaques, sans l’aide d’un tiers, la débrouillardise mise au rang principal pour ne pas avoir l’illusion d’être soutenu à vie.


livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com Merci à Babelio et aux éditions Presse de la Renaissance.

L’école des sables de Taboye au Mali existe vraiment, pour avoir l’impression de rendre visite à Ibrahim et à son internat, c’est ici. Et n’hésitez pas à lire les dernières nouvelles, les suivantes seront à suivre sur le blog d’ENNOR ou celui de Moussa AG ASSARID ou encore celui de La Caravane du Coeur. Le projet est superbe et mérite bien le support de la Succession Saint-Exupéry, l’école est décrite dans cette lettre. Si cette fratrie AD ASSARID vous intéresse, le blog Awanekkinnan vous livre billet par billet un peu de leur sagesse et nous amène à reconsidérer la scolarité des enfants au Mali.




mardi 29 septembre 2009

Le guerrier pacifique


J’ai lu avec beaucoup de plaisir « Le guerrier pacifique » de Dan MILLMAN.


J’ai suivi cette fiction aux brins d’autobiographie dans cette initiation à l’illumination, au chemin vers le statut de guerrier pacifique. Dan rencontre un vieil homme, surnommé Socrate à l’occasion, dans une station service un soir. De nuit en nuit, une relation amicale, de maître à élève, s’installe… vers une appréciation différente du réel, une victoire sur ses peurs, ses utopies de vie, ses lâchetés. Ou comment devenir le guerrier (actif) pacifique de sa vie quand nous sommes pourtant un champion de sport accompli.

Je ne pouvais que me sentir concernée dès le début : « Tu comprends beaucoup de choses, mais tu n’as pratiquement rien réalisé. »… « (…) la valeur d’un secret ne réside pas dans ce que tu sais, mais dans ce que tu fais. »
Par des voyages télépathiques, fictifs, Dan se remet en cause, devient plus attentif à lui-même et à son fonctionnement, cérébral et physique.
D’une part, le mal-être dû aux pensées négatives est une conséquence du bavardage du mental. « Le mental est une excroissance illusoire des processus cérébraux fondamentaux. Il ressemble à une tumeur. Il comprend toutes les pensées aléatoires et incontrôlées qui, surgies du subconscient, font surface dans notre conscient comme des bulles. La conscience n’est pas le mental ; l’attention n’est pas le mental. Le mental est une obstruction, une aggravation. Il s’agit d’une sorte d’erreur dans l’évolution de l’être humain, une faiblesse de base de l’expérience humaine. » Un carnet permet à Dan de se rendre compte de la multitude de ses pensées et de leur négativité. La pensée serait une réaction inconsciente à la vie : une demande de rééquilibrage physique mais aussi psychique. En temps de trouble, il faudrait laisser nos pensées et s’occuper de notre esprit. Une des premières approches d’un jeûne de l’esprit est la méditation : « le silence est l’art du guerrier… et la méditation est son sabre. » Ma lecture date de quelques mois et pourtant je suis ravie de constater que l’approche du livre, loin d’être dans les modèles extrêmes, exploits de la méditation, renvoit plus à une pratique régulière, un souffle, une énergie et non une activité pseudo-spirituel montrée comme un étendard pour se faire beau. En cela, la lecture de « L’art de la méditation » de Matthieu RICARD est attendue. La méditation est un acte de rééquilibrage de l’esprit, l’action de l’inaction. Un petit bémol cependant : Socrate accroche l’attention de Dan en sautant par-dessus la station service. Là il ne faut pas voir de réelles aptitudes à la ninja mais plus une métaphore et une accroche spirituelle.


*source de l'Homme volant du Cirque du Soleil, spectacle Allégria

Et par des circonstances douloureuses mais aussi de nombreux exercices vus comme une hygiène de vie, Socrate entraîne Dan à ne plus être victime de sa vie mais acteur, guerrier. La colère des situations devient une colère maîtrisée et dirigée, pour prendre place de la peur ou la tristesse. L’alimentation est aussi un point principal des méthodes de recentrage (pour se trouver). Dans ce livre, après un jeûne purificateur et des exercices physiques, l’alimentation devient végétarienne, vivante et très crudivore. Ainsi la vraie force de l’homme serait nous de savoir se battre mais bien plus de se connaître et retrouver un équilibre, santé et esprit. La même application est donnée au traitement de la douleur et du corps, dans tous ses muscles… un massage jusqu’à l’os pour acquérir cette aptitude des chats à avoir des muscles « fondants ».
Ce livre permet aussi de reprendre goût à nos envies, formes détournées d’un accès au satori (bien-être zen).

Il est bien dur de parler de ce livre. Il nous parle ou nous laisse de marbre. Il se lit à plusieurs niveaux. J’avais été enthousiasmée et angoissée. Ce livre n’est pas une méthode mais pour peu que vous commenciez un chemin spirituel il apporte des réponses, des envies, des intuitions positives. Maintenant faire le chemin d’ascète que Dan, un sportif, a fait, cela devient difficile… mais très instructif : la vraie santé physique et spirituelle n’est pas l’apanage des plus grands sportifs ou des plus grands praticiens de la méditation et d’une alimentation vivante… il faut être conscient à chaque instant de chacun de nos gestes.

Une lecture, relecture à faire, refaire, à exploiter, à mettre en application le plus possible pour voir derrière les mauvais jours un simple mauvais jour et non une cause de désespoir. J’aime beaucoup cette idée de guerrier et cette injonction de vie, ici vous pourrez lire le modèle du guerrier dans ce qu’il prévoit d’action et d’harmonie du corps et de l’esprit.
Une très belle relativité des choses est proposée par Dan MILLMAN lui-même. Et ici vous lirez le pourquoi du livre. Et pour vous faire une idée de ce que propose Dan MILLMAN c’est aussi ici.
La p'tite nénette me rappelait aussi qu’il y a eu un film tiré du livre, « Peaceful warrior ». A voir, c’est sûr ! En attendant, le premier pas du guerrier est la désillusion, voyez plutôt.

mercredi 23 septembre 2009

Laissez-moi (commentaire)


Un minuscule livre et pourtant repris trois fois pour le finir. C’est dur d’aller lire les lignes d’une pertinence, d’une intelligence et véracité folle, celle d’une rupture amoureuse, celle d’un retour à soi aussi… d’un retour à soi, pour soi et pour recouvrer la santé.


« Laissez-moi, Commentaire » de Marcelle SAUVAGEOT offre le monologue d’une trentenaire, grande malade, qui découvre sa rupture amoureuse par lettre interposée. Melle SAUVAGEOT parle d’elle, de sa manière d’aimer et des termes même de sa rupture.




*source de la pochette de l’édition Phébus, « Maillot de bain, Izod » de George HOYNINGEN- HUENE… pour ces deux vues dans la même direction mais comme si différentes et jamais en harmonie.

Les « commentaires » reprennent les sentiments derrière l’amour. La fierté d’être avec l’autre, sans faire-valoir mais bien en complémentarité. Etre un couple, une création de relation, entre dialogue et confidences. Cette envie de garder tous les détails d’un moment passer sans l’autre pour les lui amener les sensations presque brutes ! Mais qui peut aussi passer par une incompétence à dire dans l’immédiateté l’émotion ressentie. Marcelle SAUVAGEOT juge son ami parti, comme elle l’a jugé dans leur relation. Oui elle a saisi, amoureuse, ses faiblesses, ses marques très déplaisantes comme on décortique un fruit convoité, pas par manque d’amour mais bien pour le connaître et devenir un défenseur acharné car compréhensif (mais pas loyal). Elle voulait tout découvrir, lui voulait se cacher… elle voulait même qu’il dévoile lui-même ses « petites laideurs ».

Mais c’est surtout un livre sur la rupture, la séparation de corps mais surtout d’esprit. La rupture est décortiquée : de cette absence qui permet d’objectiver un amour à notre propension à le détruire volontairement, voire même rationnellement, à ces excuses, prétextes, propos de commisération ou d’apaisement après la souffrance. Le monologue, avec aucune envie d’être lu par l’intéressé mais bien avec envie de se retrouver, décrypte les termes. Etre fait pour quelqu’un n’est plus comme une fatalité mais bien une action volontaire. La rupture ne nécessite pas retrouver les manques de l’autre mais pourrait se contenter de décrire ce qui ne convient plus, ce serait bien assez. Tout le livre marque bien cette souffrance d’avoir été quittée, elle ne voulait pas se battre pour ne pas être laissée mais ne pas rester par contrainte se voulait aussi, tout de même, rester tout de même. Et l’après rupture ? De l’amitié, de l’absence, de l’indifférence. Il s’agit d’une infidélité, pas celle de corps mais bien celle du sentiment… ne plus aimer n’est pas obligatoirement trahir, rendre l’autre plus faible. L’auteur ne veut pas de faux semblants, de mots d’apaisement, de consolations fabriquées ou de rapprochements après-coup. Sa notion de la rupture est comme la sienne du bonheur, claire et pertinente. Le bonheur peut être comme un parfum, il faut en distinguer les nuances, ne pas trop le saisir pour ne pas être écœuré, ne pas être grisé et ressentir l’incomplétude. Garder en chaque instant « un petit coin de conscience » pour voir le déroulement de la joie.

C’est un livre fort sur l’amour et l’amitié, sur notre capacité à être avec l’autre. « Notre amitié sera une très jolie chose à l’avenir ; nous nous enverrons des cartes postales pendant nos voyages et des bonbons au chocolat au Nouvel An. Nous nous ferons des visites ; nous nous dirons nos projets au moment où ils se réaliseront, afin de vexer un peu l’autre et de ne pas subir sa commisération en cas d’échec ; nous prétendrons être ce que nous croyons être et non pas ce que nous sommes ; nous nous dirons beaucoup de « merci », « excusez-moi », des mots aimables que l’on dit sans penser. Nous serons des amis. Croyez-vous que ce soit nécessaire ? ». Cela sonne vrai et que dire de mes amitiés après? Suis-je aussi persuadée de ce que j'en pensais .
Entre les lignes, aussi, ce dévoile un certain féminisme, ne pas être un objet dans le couple, ne pas être aimée par tout ce qui fait l’intelligence, l’originalité, la force d’une femme et rejetée parce que trop indépendante. Les quelques phrases contre les midinettes mariées aux conversations tournées vers leurs maris me rappellent étrangement les nouvelles de Dorothy PARKER, avec cette haine des femmes, des hommes, de ces relations amoureuses, consensuelles, tout en espérant y ressembler un peu tout de même.
Entre les lignes aussi, cette démarcation entre le monde des en pleine santé et des grands malades. Le dégonflement des moments précieux sans idée d’avenir… ce manque d’investissement de certains bien portants à envisager l’avenir par extrapolation. Marcelle SAUVAGEOT se raccrochait à cet amour aussi pour se raccrocher à l’autre monde, puis découvre au fil de ses écrits qu’elle se perdait aussi dans cette illusion de sentiments et que revenir à elle lui permettrait d’être elle et pas seule.

Une lecture à conserver près de soi quand il nous prend de ne plus savoir ce qu’est le sentiment… pas pour juger l’autre mais pour ce rendre compte de l’éphémère et du beau. Merci Lily de m’avoir mis l’eau à la bouche de cet amour déçu en pleine Saint Valentin .



Ajout du billet original sur mon principal blog: il y a une version lue par Fanny ARDANT, j'en rêve.