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samedi 9 avril 2016

L'histoire de Clara

"Ma douce, oh ma fleur,
Tu ris quand sonne l'heure
De rentrer au pays
Oh ma douce, oh ma fleur..."

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

Cette maman chante tout doucement à sa dernière fille, encore un bébé. C'est doux, c'est beau. Le reste de la famille, endimanché, attend. Il est l'heure. Ils vont sortir profiter du parc. Le papa rappelle les consignes "- [...] dedans, nous faisons ce que nous voulons. Dehors, nous devons être transparents, gris comme les murs... et, rappelle-moi, que dois-tu faire si nous croisons des soldats allemands? Schlomo baissa les yeux et dit: - Baisser les yeux. - C'est bien, mon fils." Oui mais cette fois-ci ils ont le droit d'en profiter. Une ombre est là, un vent mauvais. Et quand ils rentrent cela se confirme, la concierge referme la porte de sa loge trop vite, des bruits de bottes dans l'escalier. La maman pose le couffin du bébé dans l’ascenseur. Et c'est le drame.
Et puis la vieille dame d'en haut sort faire ses courses et trouve le bébé. La petite d'en dessous, de cette famille juive. Elle lui donne du lait et sait ce qu'elle en fera le lendemain. Clara, petit bébé survivant, passera ainsi de bras en bras, abandonnée ici, confiée là.

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

"L'histoire de Clara" de Vincent CUVELLIER et illustré par Charles DUTERTRE fait partie de la trilogie sur la seconde guerre offerte par l'auteur. Je n'ai pas encore lu "Je suis un papillon mais je vous parlais là de "J'aime pas les clowns" de Vincent CUVELLIER et illustré par Rémi COURGEON. Clara est l'innocence, la joie de vivre même dans un pays en guerre. Ici elle sera juste nourrie, là mise à l'abri, ici elle va pouvoir grandir un peu, encore un peu.
Et ce sont ces adultes aux prises avec la grande histoire dans ce qu'ils ont d'humains. Un reliquat d'envie de vivre, une surprise revigorante, un paquet passé des ennemis aux partisans, une joie de grands-parents, une maternité fantasmée. L'histoire de Clara n'est pas linéaire, ses sauveurs ne se connaissent pas et pourtant l'enfant grandit de cet amour offert à la dérive, parce que non, on ne peut tout de même pas faire ça à une enfant.
Clara chemine entre le meilleur de l'homme jusqu'à une enfance possible.

"- Je sais ce qu'ils font aux Juifs, moi. Je sais ce qu'ils font aux Juifs !
Je jette une pierre contre la croix. La pierre se brise.
- N'aie pas peur. Tu pleures. N'aie pas peur, bébé, n'aie pas peur d'Otto. Tu vois, je te prends dans mes bras. Je ne vais pas te faire de mal. Quand on prend dans les bras, c'est qu'on veut pas faire de mal. Tu crois que je fais la guerre aux enfants ? Non, bébé, tu vois, tu n'as rien à craindre, je te dépose sur la croix. Tu vois, je ne te fais pas de mal. Quelqu'un va venir te chercher. Tu vois, je ne fais pas la guerre aux enfants, bébé juif...  "

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

Encore ici, l'auteur offre une vue de l'intérieur, à auteur de bambin. Ce n'est pas tant la fibre maternelle qu'il interpelle mais le choix de la vie. Les hommes, les femmes, les vieux, même les soldats se retrouvent un instant à prendre une décision, elle ne va être qu'une négligence, un appel au secours ou un réel investissement mais chacun fait un pas... et au final une vie continue de s'épanouir.

samedi 16 mai 2015

La première fois que je suis née

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

J'en avais entendu du bien et je confirme, ce petit album est incroyable. Et puis maintenant qu'il existe aussi en format souple et peu cher, plus aucune raison de ne pas le regarder de près.

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

"La première fois que je suis née" de Vincent CUVELLIER et illustré par Charles DUTERTRE nous parle de ce bébé, cette petite fille au grain de beauté.
Page après page, elle nous raconte ses premières fois. Celles de la petite enfance: le premier câlin parental, le premier bain, le premier pas. "Papa disait plein de mots, et au milieu de ces mots se cachait mon prénom." Ce sont les étapes de vie qui apparaissent. Nous découvrons Charlotte espiègle, joueuse, princesse, rêveuse. "La première fois que j'ai vu la mer, elle a dit: "Comme elle est grande, comme elle est belle, comme elle a les yeux bleus." 

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

Mais au fil de l'album elle grandit et offre ses premiers pas dans la vie, seule. Ses émois, ses déceptions, ses deuils et son avenir. "La première fois que mon grand-père est mort, maman m'a prise dans ses bras pour me consoler. Mais, en vrai, c'est moi qui la prenais dans mes bras pour la consoler."

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

Le texte de Vincent CUVELLIER pourrait sembler simple mais il n'en est rien. Pas à pas, il raisonne, joue la poésie. Les impressions sont belles et offrent une atmosphère. Le choix des premières fois décrit l'enfance mais aussi des détails permettant l'identification.
Les illustrations de Charles DUTERTRE sont simples, très claires mais jouent bien sur l'humour.

lundi 4 mai 2015

Tony Tiny Boy

© Vincent CUVELLIER et Dorothée de MONFRIED/ Hélium

Il est tout beau ce petit cow boy, "Tony Tiny Boy" de Vincent CUVELLIER et illustré par Dorothée de MONFRIED nous le présente au retour de la guerre. Les indiens ont perdu.

© Vincent CUVELLIER et Dorothée de MONFRIED/ Hélium

Mais en revenant chez lui, il n'est pas comme d'habitude, plus rien ne l'intéresse. Il va falloir qu'il le dise à ses parents.

© Vincent CUVELLIER et Dorothée de MONFRIED/ Hélium

Cet album au texte très court nous entraine dans les rêves de petit garçon. Il est beau et tendre et offre une première approche des préjugés et de l'amitié.


jeudi 23 avril 2015

Emile invite une copine

Vous vous souvenez d’Émile? Ce garçon taciturne qui ne sait pas se faire d'amis. Bah, justement, aujourd'hui il invite une copine. Il prépare sa chambre pour son arrivée.

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

Sa mère est ravie: enfin son fils a des amis. Elle est de ton école? Elle vient avec ses parents? Émile répond évasivement aux questions de sa mère. Elle est bien curieuse d'ailleurs... comme toutes les mamans qui s'informent à la première invitation. Oui mais Émile n'attend pas n'importe qui et pas pour faire n'importe quoi.

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse 

"- Hi hi!
- Ha ha!
- Ça va, les enf... euh... ça va?... vous ne faites pas de bêtises au moins..."

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

Le duo CUVELLIER/ BADEL revient ici avec autant d'humour et de dérision. Émile est toujours aussi attachant dans sa différence et ce court album donne encore à penser. Superbe!

dimanche 5 avril 2015

J'aime pas les clowns

Une nouveauté que nous devons à Vincent CUVELLIER avec aux crayons Rémi COURGEON, deux que j'aime suivre séparément, cela ne se refuse pas.

© Vincent CUVELLIER et Rémi COURGEON/ Gallimard jeunesse

"J'aime pas les clowns" fait partie d'une œuvre plus complète sur la Seconde Guerre Mondiale. Il n'est pourtant pas besoin de lire les deux premières propositions de Vincent CUVELLIER, "L'histoire de Clara" et "Je suis un papillon", pour savourer celle-ci.
Une grand-mère traine son petit-fils au cirque pour voir un spectacle de clowns. Mais il n'aime pas les clowns. La grand-mère ne les aimait pas non plus. Mais celui-là est un bon, un bon clown.
Pourquoi donc a-t-elle changé d'avis? C'est arrivé une soirée d'été, à la fin de la guerre. "La guerre? On l'avait perdue. On l'avait même perdue plusieurs fois. Je sais pas qui a eu l'idée... ma mère, j'imagine... je me souviens de sa voix douce, elle m'a dit, viens, ce soir, on va au cirque, y aura des clowns... ça m'avait surprise, je me souviens que ça m'avait surprise... je pensais que les clowns aussi avaient perdu la guerre."



© Vincent CUVELLIER et Rémi COURGEON/ Gallimard jeunesse

A travers cette sortie, nous suivons cette grand-mère enfant dans Berlin. Des fleurs jaunes, de belles chevelures, une sortie dehors même le soir. Un cirque d'après guerre, des animaux blessés comme les hommes. Ces clowns font rire toute l'assemblée sauf elle. Et puis elle aurait pu aller sur la piste et c'était presque drôle avec l'autre petite fille. Après le spectacle, la maman sort en direction des roulottes. La petite aux tresses avait un peu peur mais elle n'était pas bien maligne... comme son petit-fils.

© Vincent CUVELLIER et Rémi COURGEON/ Gallimard jeunesse

Vincent CUVELLIER nous offre une vue de la vie d'après-guerre des vaincus et plus particulièrement des enfants. Des privations, des pères partis en guerre et pas forcément revenus. A travers quelques détails l'enfance apparait dans sa candeur mais aussi l'ambiguïté de ses sentiments.
Le rire aussi est une ligne directrice. Rire de des clowns "... leur pif, leurs pieds, leurs fleurs en plastoc". Ce lâcher-prise après de grands chamboulements, cette impulsion salvatrice qui pourtant n'est pas toujours accessible à certains enfants. Rire cela s'apprend, se réapprend.
Et bien-sûr Rémi COURGEON propose de magnifiques illustrations aux teintes orangées et sépia. Des scènes dans la pénombre, des ombres bien présentes.
Il s'agit d'une toute petite porte ouverte mais avec pudeur le voile se lève sur cette période.


samedi 9 août 2014

Émile (- fait un cauchemar, - et les autres)

Je ne vous ai pas encore parlé d’Émile? Vous ne le connaissez pas? Mais si, mais si. Ce garçonnet toujours bougon et solitaire dont on suit les aventures avec délectation, création double sortie de l'imaginaire de Vincent CUVELLIER et de la plume colorée de Ronan BADEL à qui l'on doit le visuel d'un autre garnement, Félicien Moutarde. Bon je vous présente ici les tomes 7 et 8 mais pas d'inquiétude, chaque album est indépendant et vous comprendrez très vite à qui vous avez affaire.

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

"Émile fait un cauchemar" nous amène aux moments cruciaux que sont le coucher et le lever. Un cauchemar l'a réveillé en sursaut. Un loup. Bien-sûr! Il mange les enfants comme chacun sait. Mais non, Émile ne veut pas avoir peur. Et puis de toute façon il n'a pas peur grâce à sa parade des doigts. Mais non ce ne sont pas les films d'horreur. Oh non pas une histoire pour enfant ce soir, pas Pinpin le lapin rose. Non!

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

"Émile et les autres" c'est une sacrée histoire! L'enfant est solitaire alors aller au parc voir les copains n'est pas une partie de plaisir. Pour sur: il n'a pas de copain. Il se plie de mauvaise humeur à la directive maternelle. Bon, les copains... s'en faire des copains. Enfin peut-être!

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

Chaque album vous présente le chenapan: il est frondeur, solitaire, très bien dans son monde et assez misanthrope pour son âge. Tout est présenté avec son regard et quand il n'a pas envie cela se voit.
Le cauchemar montre la sensibilité du petit homme et l'autre album sa complète différence.

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

Le texte est toujours court mais les albums sont fins sur ce garçon pas comme les autres.
J'étais tombée sous le charme avec les deux premiers tomes, excellents: "Émile veut une chauve-souris" et "Émile est invisible" montraient bien un univers de petit garçon sûr que son monde est la réalité. Jouissif!
 

mardi 22 octobre 2013

T'étais qui, toi? Léonard De Vinci

Je cherche toujours. Je slalome entre les livres jeunesse, je peux me perdre dans une librairie, j'y reste des heures et pourtant je ne lis pas les livres. La quatrième de couverture mais aussi la recherche par maison d'éditions. Et puis il y a les centres d’intérêt qui grandissent avec le lutin du foyer (7 ans maintenant). Moins d'albums sauf sur les contes, la mythologie (et encore cela dépend beaucoup de la qualité du texte) et pour suivre certains auteurs favoris. Plus de documentaires et plus de livres romans adolescents.
Dans la veine des livres "culturels", je parle aussi beaucoup à mon libraire (ma petite adorée est partie vers un autre horizon professionnel). Je pioche ainsi des documentaires différents où je tente d'y trouver de l'humour et de l'enthousiasme. La collection "T'étais qui, toi?" des éditions Actes Sud junior répond ainsi à mes attentes historiques. Bon, j'aurais aussi pu m'en douter un peu en sachant qu'elle est dirigée par Vincent CUVELLIER. J'aime d'ailleurs beaucoup sa manière de présenter la collection.

 © Olivier LARIZZA et Nikol/ Actes sud junior
 
"T’étais qui, toi? Léonard de Vinci" de Olivier LARIZZA et illustré par Nikol est une biographie décalée. Bien-sûr l'histoire de sa vie nous est dévoilée.

Enfant, il était dans le village de sa maman et profitait d'un précepteur mais surtout de ses multiples balades en plein nature. C'est un grand observateur de la flore, de la faune et il découvre, expérimente, se questionne. Un grand curieux, bagarreur et très actif.
A 13 ans, son grand-père adoré meurt et lui, le fils illégitime d'un notable va le retrouver en ville, à Florence, cœur de la Renaissance, des savoirs et des arts. Il entre dans la bottega (atelier d'artistes) tenue par Andrea Verrochio. Grâce aux travaux commandés au maître, ce sont les techniques de dessins, de peinture mais aussi une ingénierie au service des seigneurs qui se pratiquent.
Puis Léonard se met à son compte, laisse des œuvres inachevées au profit d'autres. Il collabore avec Zoroastre, fréquente les garçons et se fait de plus discret concernant sa vie amoureuse. Il déménage aussi et va se mettre au service du pouvoir en place (en tant qu'artiste ou conseiller militaire), en restant opportuniste et espère la reconnaissance.
Tout le parcours apparait, jusqu’à sa mort. Léonard semble plus intéressé par la construction d'engins ou de sculptures de décors de manifestations somptueuses. Il est propre à un orgueil surdimensionné.

 © Olivier LARIZZA et Nikol/ Actes sud junior

Là où la biographie prend toute sa saveur est pourtant dans des détails: la puanteur de la bottega de Verrochio (des poules vaquent à leurs occupations partout, le jaune d’œuf étant un élément essentiel à la peinture à l'huile), les expériences biologiques de Léonard mais aussi sa mauvaise humeur. Léonard apparait dans ses parts d'ombre et restera un éternel insatisfait.

 © Olivier LARIZZA et Nikol/ Actes sud junior

Les illustrations de Nikol en bleu turquoise et noir apportent une image d'un garnement et d'une érudition. Le fourmillement de la Renaissance mais aussi des savoirs de De Vinci. Très belle mise en valeur.

Il s'agit bien là d'une biographie à relire comme un petit roman et toujours savoureux et drôle. Il parait que toute la collection est comme cela: pas forcément tournée vers les personnages gentils tout plein mais bien épatants à d'autres égards. A suivre donc!

mardi 21 décembre 2010

L'histoire secrète du père Noël

La période de Noël est là, alors toujours dans une recherche de livre adapté au jeune lectorat, j'ai choisi de continuer dans la veine d'un auteur tout juste découvert pour son superbe livre "Pierre Noël" illustré par Emre ORHUN en ouvrant "L'histoire secrète du père Noël" de Vincent CUVELLIER et illustré par Sébastien MOURRAIN.

© Vincent CUVELLIER et Sébastien MOURRAIN/ Milan jeunesse

Léon est en prison depuis 10 ans pour un crime mineur: un vol de pain. Afin de combler son ennui et de contrôler ses nerfs, il sculpte et modèle de la terre glaise pour en faire de petits animaux des bois. Mais il ne tient plus, il s'évade en chapardant le manteau rouge du garde.

© Vincent CUVELLIER et Sébastien MOURRAIN/ Milan jeunesse

Dans sa fuite, il trouve refuge auprès d'un petit curé du nom de Mirabelle. Accueilli avec chaleur et générosité, il va pourtant encore voler mais ce vol lui ouvrira les portes d'un trésor caché.

© Vincent CUVELLIER et Sébastien MOURRAIN/ Milan jeunesse

Là encore il s'agit de la magie derrière les apparences. Cette période d'avant les cadeaux est présentée avec réalisme mais aussi poésie: de la chaleur, une soirée en famille, un feu de bois et des chaussettes mouillées et surtout des rêves. Cette veillée est aussi resituée religieusement juste en allusion, c'était avant la présence du père Noël. Avec ce dernier, une autre veillée se prépare, aussi simple et pourtant beaucoup plus lumineuse que celles de maintenant.
Le cadeau est là aussi un symbole bien plus qu'un jouet, c'est une fabrication. C'est aussi dans ce don, ce don aux plus démunis (autant les enfants que les autres, adultes), un pardon, une deuxième chance, une véritable attention (et une notion de véritable faute). J'ai aimé aussi ce cri, ce chant, cette envie de liberté d'un Léon en prison et la place encore ici importante du rire, offerte et rendu.

Les illustrations de Sébastien MOURRAIN sont magnifiques, elles rendent l'agressivité de ce Léon (et des autres) et aussi son changement de physionomie... Et la neige est tellement poudreuse, le manteau et la barbe tellement longs.

Ce livre est vraiment une très belle proposition pour les plus jeunes, pour leur conserver l'émerveillement en préparant au plus merveilleux des partages, celui des gens comme eux.

lundi 13 décembre 2010

Pierre Noël

Devenant maman, je cherche cette impression, cette sensation de plénitude, de solidarité, de partage, d'accueil, que symbolisent les fêtes de fin d'année. Je cherche aussi de quoi apporter une touche de cette magie dans les livres pour enfants (et grands), un livre un peu "magique" donc. J'en ai trouvé quelques uns, à suivre dans la catégorie Noël. En voici un autre, pile de saison, non?!

© Vincent CUVELLIER et Emre ORHUN/ Sarbacane

"Pierre Noël" de Vincent CUVELLIER et illustré par Emre ORHUN est un livre merveilleux. J'avais cette impression première d'un livre pour les enfants à partir de 7 ans, les illustrations étant très fouillées avec des détails adultes comme dans une bande dessinée indépendante, même voire un peu militante, et puis les textes rassemblés en une page compacte. Ce serait vraiment dommage de ne pas commencer à leur lire cet album grand format bien plus tôt. Bon, il y a tout de même un postulat: l'auteur parle de faux et de vrai Pères Noël, il nous faut donc en tant que parent être à l'aise avec cette réflexion! Entre autres tressautements de conscience...

© Vincent CUVELLIER et Emre ORHUN/ Sarbacane

Tout est blanc (neige) et plein de couleurs (jaune, bleu, vert et du rouge, partout, partout)... c'est Noël ce soir. Oui mais le rouge le plus attendu, celui du Père Noël, est absent: pas de manteau parce que pas de Père Noël. Les chefs des magasins vont alors en recruter, des mille et des cents, des messieurs tout-le-monde, sans emploi, qui seront là aux magasins pour les enfants, sous réserve d'achats parentaux de cadeaux et de bonbons. Bah oui, rien n'est gratuit!
Mais dans la rue, la magie n'est pas là, Benjamin, un jeune garçon, n'est pas dupe. Plein de Pères Noël ne veut pas dire plus d'enchantement et puis il y a comme un malaise. Est-ce que le vrai ne veut plus venir, est-ce qu'il a eu un problème? Noël ne peut se faire sans lui, Benjamin va partir à la recherche du vrai, de l'unique Père Noël. Mais comment faire? Dans l'annuaire, il a un Pierre NOEL, cela ne peut être que lui.
Monsieur Pierre NOEL est un homme solitaire, très renfermé, au quotidien millimétré, programmé et sans saveur. Rien à voir avec le vrai Père Noël, il est si différent mais pourtant le garçon trouve de multiples preuves minuscules. Alors quand il va venir le chercher c'est toute une atmosphère de magie qui réapparait.

© Vincent CUVELLIER et Emre ORHUN/ Sarbacane

Autant le début du propos est sérieux, de société, qu'il nous remet dans un contexte adulte, critique (et pertinent) avec une belle mise en abime des fêtes marketing, autant passées les premières pages l'histoire offre des merveilles, pas mièvres, lucides, mais aussi très enchanteresses.
Un changement d'esprit, un moment merveilleux, "selon la légende, on entendit alors un drôle de bruit (...), comme un léger, oh tout léger craquement, le même que celui qu'on entend quand on pose son pied sur la fine croute de neige du matin..." Un retour du partage, de l'amour, de l'attention, de la vraie présence même en cas d'absence. L'auteur nous livre cette magie: celle de l'émerveillement, de l'imaginaire. Trouver dans le quotidien cette trace de folie, cette envie de se dépasser, de se mouvoir, d'aller de l'avant, de partager, de donner gratuitement, de donner beaucoup plus qu'un objet: ici c'est l'imaginaire à son début, c'est une invitation à un émerveillement personnel, unique.
Il y a aussi la valeur des hommes, des démunis, Benjamin en est peut-être un, et le partage premier, le plus important, le plus souverain: le sourire.

Les illustrations d'Emre ORHUN sont fortes et presque "adultes". On y retrouve en effet comme un peu de Thomas OTT mais aussi de ces illustrateurs américains à la carte à graver, entre caricatures et critiques de société. Les expressions sont grinçantes, les détails très "industrieux" et merchandisés. Mais l'après est brillant, toujours dans ces couleurs très foncées, dessinées sur fond marrons, les bleus même pastels y prennent une texture sombre, pendant du rouge presque organique.
Pas d'imagier d'un Noël conventionnel donc, pas d'enchantement dans le dessin de froufrous attendus. Les illustrations accompagnent cette tension, cette matière aux rêves. Mais oui, cela marche, cela apporte une densité dans les émerveillements d'enfant redécouverts par l'adulte. C'est un Noël, en effet, presque adulte... ou comment retrouver cette magie dans l'atmosphère pesante de la vie.

Je ne sais plus que dire, pour vous donner envie, pour ne pas vous faire fuir... N'hésitez pas à l'ouvrir, à lire la première page mais aussi les deux ou trois autres...