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lundi 13 juillet 2015

Apprendre à s'aimer - Le beau selon Ninon


"[...]
- Si la beauté est dans le regard, l'important, c'est surtout le regard qu'on a sur soi-même.
- Comment ça?
- Il faut apprendre à se trouver beau, sans attendre les autres.
- Facile à dire.
- Tu te trouves belle, toi?
- Ça dépend des jours.
- Et tu ne trouves pas ça étrange? Tu ne changes pas tout le temps!
- Parfois mes cheveux ne se mettent pas bien... quand j'ai mal dormi.
- C'est aussi que quand tu as mal dormi, tu es de mauvaise humeur!
- Oui, c'est vrai.
- Tu vois, ta vision est influencée par ton état d'esprit.
[...]"

(extrait de "Le beau selon Ninon" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Delphine PERRET; Autrement)

jeudi 27 novembre 2014

Prendre soin de nos maisons d'édition jeunesse 1/2: Autrement jeunesse

Je viens d'apprendre que la maison d'édition Autrement jeunesse met la clef sous la porte. Quelle tristesse. D'une part parce que les fermetures marquent un rétrécissement de l'offre et donc des sensibilités proposées dans la littérature jeunesse. D'autre part, parce qu'Autrement jeunesse avait un catalogue bien intéressant même si éclectique.


Alors, comme Gaëlle grace à qui j'ai appris la nouvelle, je vous montre un peu de ce que j'ai de chez eux. Courrez acheter ce qu'elle propose parce que nous ne sommes pas sûr que les titres seront repris par d'autres maisons d'édition! Vous retrouverez mes billets en suivant le lien Autrement jeunesse!
... d'autres se cachent encore dans ma bibliothèque... et bien-sûr j'ai commandé les albums philosophiques d'Oscar BRENIFIER, les "selon Ninon". Je vous parlais de "L'amour selon Ninon" ici.

mardi 25 novembre 2014

L'amour selon Ninon

Pourquoi avoir attendu autant de temps pour découvrir cette collection. Pourtant j'aime beaucoup ce que propose Oscar BRENIFIER. Je pensais à tort avoir affaire là à une bande dessinée facile. Bon, j'avais aimé sa collection Philozidées, par exemple "La question de dieu", une version simplifiée d'un thème. Mais mon coup de cœur allait vraiment à ses débats guidés de la collection Philozenfants: par exemple "Vivre ensemble c'est quoi" dont je parlais là.
Et Ninon dans tout ça! Et bien j'adore!

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse


"L'amour selon Ninon" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Delphine PERRET est un album très complet. Ninon semble être amoureuse et grâce à ses proches, toutes ses questions auront des réponses.
Le livre peut se lire comme une histoire, du début à la fin, une sorte de pièce de théâtre en bande dessinée. Bien-sûr peu d'actions mais de nombreuses réflexions et petites humeurs d'enfant.
Il peut aussi se lire chapitre par chapitre. Chacun offrant une ligne de réflexion. Cela passe du sentiment amoureux, de l'affection plus poussée qu'une amitié ou une sympathie aux gens, mais aussi la jalousie, le respect, le bonheur d'autrui, le besoin d'être aimé, la passion, l'acte sexuel etc...
© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse

L'album fait la part belle aussi aux références culturelles sur l'amour: mythologie avec Narcisse ou les androgynes, la bible et le jugement de Salomon, "Dom juan" ou "Roméo et Juliette".
Bien-sûr l'interaction n'est pas aussi naturelle que lors d'une séance de réflexion philosophique orale. Bien-sûr l'histoire amène les réponses peut-être même avant que l'enfant se pose les questions. Mais cette histoire est très bien faite car les interventions sont multiples. Ninon se pose des questions enfantines (mais pas que), les parents répondent sur les sentiments, la maîtresse sur la beauté de l'amour empirique, le voisin sur les références et le cochon, animal de compagnie, permet à Ninon de digérer avec des réflexions d'enfant ce qu'elle a découvert. Et puis la réflexion est un apport de petites touches, une à la fois: des phrases courtes, claires, des reprises pour expliciter.

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse


Je dois dire aussi que la clarté des illustrations de Delphine PERRET aide beaucoup. Les personnages détourés au feutre fin, les couleurs juste sur les vêtements et la séparation bien précise des vignettes (même sans pourtour) et des prises de parole allège.
Son cochon est aussi sympathique à souhait.

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse

L'album est ainsi très lisible et se lit, se relit et s'approprie facilement à partir de 8 ans. Parfait!




lundi 10 décembre 2012

Les lettres de l'ourse

"Les lettres de l'ourse" de Gauthier DAVID et illustré par Marie CAUDRY est une perle à lire très vite aux enfants.

© Gauthier DAVID et Marie CAUDRY/ Autrement jeunesse

L'ourse est très amie avec un oiseau. Seulement l'hiver approche et il a dû migrer vers le sud et son île chaude. L'ourse n'a pas le cœur d'hiberner, c'est décider, elle part le rejoindre.
Elle écrit tous les jours à son ami et laisse le vent porter les lettres.

Nous la suivons ainsi pendant son voyage. De pas à pas, lettre après lettre. Dans le voyage, il y a l'enthousiasme, la solitude, l'angoisse, les découvertes et les rencontres. En marchant, l'ourse se fait des amis, pense à envoyer un pot de miel et partage ses émotions pour son ami, l'oiseau.

© Gauthier DAVID et Marie CAUDRY/ Autrement jeunesse

"Mon oiseau,

J'ai été prise dans le filet de pêche d'un marin.
Heureusement, une sirène l'a envoûté. Il s'est jeté à l'eau pour l'embrasser et a relâché son filet.
Elle m'a sauvé la vie!
Je lui enverrai un pot de miel pour la remercier. Elle n'en a jamais goûté. Elle ne mange que des algues trop salées.

A bientôt mon cher,
Ton Ourse toute trempée"

Il y a aussi cette relativité des choses, les animaux se cachent, la guerre gronde quelque part, et puis les sensations hivernales, les souvenirs ne sont pas les mêmes.
Cet album est un véritable hymne au partage et à l'amitié.

© Gauthier DAVID et Marie CAUDRY/ Autrement jeunesse

Les illustrations de Marie CAUDRY sont magnifiques, douces et et texturées. Ses animaux sont superbes et j'ai un vrai coup de cœur pour le travail de traits, de hachures qui, en plus, des couleurs apporte une dimension tactile. Les paysages sont ainsi aussi végétales que minérales, liquides, faunesques ou humains, surtout avec les ombres de la forêt.

lundi 21 février 2011

Après Noël

© Beatrice ALEMAGNA/ Autrement jeunesse

"Après Noël" de Beatrice ALEMAGNA est arrivé après les fêtes de fin d'année. Sa grande valeur est de mettre en avant et en images un certain malaise: les sapins de Noël jetés sur les trottoirs après leur office, même dès le 26 décembre.

© Beatrice ALEMAGNA/ Autrement jeunesse

Nous ne retrouvons pas d'histoire en tant que tel mais juste des impressions, des petits détails humains d'après fêtes dans des illustrations très urbaines. Ce sont des gestes, des sorties, des activités qui peuvent être anodins mais qui laissent dans la voix de la narratrice une tension.
L'humeur n'est plus aux festivités mais au quotidien qui poursuit son cours. Une suite de jours où la vie reprend, où les hommes et femmes partagent, s'offrent, accueillent... mais rien de cet enthousiasme électrique de la fin d'année festive.

© Beatrice ALEMAGNA/ Autrement jeunesse

Il y a une nostalgie, une perte de magie aussi dans ces collages d'immeubles, peu servis en nature, quartier proche, connu, mais sans émerveillement malgré les nouveautés. Le déroulement des jours est nostalgique... même les cadeaux de Noël ne permettent pas autant de joie, seul le rêve à travers les livres semble une perspective... dont un autre livre de l'artiste "Le secret d'Ugolin".

Encore un album sur la faille, comme toutes ses proposition
.

jeudi 2 décembre 2010

L'histoire du cochon renifleur de sommeil et autres fables

"L'histoire du cochon renifleur de sommeil et autres fables" écrit et illustré par Bruno GIBERT propose 7 histoires pleines d'humour et de pertinence.

© Bruno GIBERT/ Autrement jeunesse

Un garçon, Sylvestre, n'a pas sommeil. Son père est persuadée du contraire, il va chercher le cochon renifleur de sommeil pour le convaincre. Une oie n'a pas un superbe nom et en souffre et cherche réconfort auprès d'autres animaux aux noms désagréable. Une cruche offerte en cadeau à petit coq, une cruche si anodine qu'elle va en devenir importante. Un lapin muet devenu écrivain d'entendre la faune de toute la basse-cour et de la ferme depuis des années. Une petite fille offre des funérailles à toutes les petites bêtes du jardin... et de la cuisine. Une poule rouspéteuse, qui n'aime aucune saison, arrive à apprécier une sortie avec son ami le dindon. Un renard chapeauté attire une très naïve cane hors de la basse-cour par coquetterie.

© Bruno GIBERT/ Autrement jeunesse

Il y a une pâte GIBERT, chaque petit conte est raffiné, précis et décalé. Il joue avec les idées reçues, les contes de notre culture et les convenances. Une erreur de langage par ici. Des défauts assez humains incarnés dans des poule, coq ou renard, par là, un vocabulaire des cris encore. Une philosophie de vie, de respect,de partage, qui n'a pas plus sa place à certains autres moments. Bruno GIBERT tord les codes et nous en rions beaucoup. Ce sont de petites manies enfantines (mais pas que) ici illustrées, de quoi se réjouir en famille.
Ses illustrations en aplats de couleurs et beaucoup de noir continuent dans le décalage et serrvent aussi bien le texte.
© Bruno GIBERT/ Autrement jeunesse

samedi 24 avril 2010

Jo singe-garçon

© Béatrice ALEMAGNA/ Autrement jeunesse

Sur lequel de mes blogs prescripteurs de livre jeunesse j'ai vu que "Jo singe-garçon" de Béatrice ALEMAGNA était LE livre de l'année 2010 (sans même attendre les autres sorties ;) ...) ? Je l'ai donc commandé. Je ne dirais jamais assez, sur ce blog comme sur les autres, que mon partage ne se veut que portes ouvertes... je m'enrichis des autres ressentis, des autres blogs,
...des autres lectures, des autres cuisines, des autres apprentissages
... grâce à cet émulation, je reste en vie, je reste en mouvement (un peu consumériste aussi c'est vrai) mais si plein d'envies et de folie relative.

Et donc ce livre: un bijou, je confirme. J'avais tant aimé "Gisèle de verre". Il s'agit de Jo qui se prend pour un singe. Par quiproquo, par désinvolture ou mauvais fantasme maternel (elle voulait un beau bébé, il est arrivé avec un physique un peu ingrat), Jo s'est imaginé être autre qu'un petit garçon.

" Elle l'appelait "mon gorillon, mon babouin, mon sapajou", en se penchant chaque soir pour l'embrasser. Voilà pourquoi cette idée s'était glissée dans sa tête comme une feuille dans une enveloppe ouverte et avait, par la suite, formé sa pensée et ses gestes."© Béatrice ALEMAGNA/ Autrement jeunesse

Jo se comporte comme un enfant sauvage, sans éducation et sans famille, avec ce qu'il connait des singes: il se balance, se gratte les fesses, mange avec les deux mains, hurle, épouille sa mère. Il est scolarisé et accepté comme "différent". Les parents désœuvrés font tout de même appel à un psychologue. En suivant son conseil, ils le laissent vivre sa différence et ne lui passent pas les caprices. Jo va mieux, arrive à rentrer dans le moule jusqu'au jour où il n'en peut plus et va retrouver sa famille singe. Là d'autres mœurs, d'autres fonctionnements.

Il est question de cette enfance qui ne rentre pas dans la norme. Jo ne correspondait pas au physique d'un nourrisson, Jo n'avait pas le comportement adéquat, ne voulait pas se conformer aux amitiés sans affinité. Il a cherché sa place, a pris son temps pour faire avec le regard des autres, des adultes, des enfants plus "conventionnels". Il a pratiqué la vie plus sauvage et, de lui-même, réadapte sa façon d'être.
Ce livre parle d'amour filial, du regard d'autrui et de la différence. Superbe!

© Béatrice ALEMAGNA/ Autrement jeunesse

Les illustrations de Béatrice ALEMAGNA sont toujours aussi déroutantes, du collage, des croquis, des aplats de matière. Il est presque question d'impressionnisme. Les traits du héros sont superbes, assez sauvages... je le mets en relation avec les illustrations de Dave McKEAN, déstructurés et au style très brut.

Gaëlle a aimé aussi pour cette justesse du propos

14/24

mardi 9 mars 2010

La maison du crocodile amoureux

©Daniela KULOT/ Autrement jeunesse


« La maison du crocodile amoureux »
de Daniela KULOT est un épisode d'une série concernant ces deux héros si disproportionnellement amoureux: une girafe et un petit crocodile. Ici le couple veut emménager ensemble et se trouvent confronter à des problèmes pratiques. Comment faire pour la vie commune avec des objets du quotidien pas à sa hauteur. Ce livre apporte l'ordre de grandeur experimenté. Nous avons cette différence de grandeur axée sur l’environnement immédiat.

©Daniela KULOT/ Autrement jeunesse


Des tables trop hautes, des plafonds trop bas etc…

©Daniela KULOT/ Autrement jeunesse


En effet, par cette histoire d’un couple un peu disproportionné choisissant leur lien de vie, nous suivons les désagréments de l’espace à vivre quand il n’est pas adapté.

©Daniela KULOT/ Autrement jeunesse


En passant de la maison du petit crocodile à la maison de la grande girafe, le jeune lecteur (ou auditeur) retrouve des repères et heureusement le couple trouve une solution, très originale. J’aime beaucoup l’idée de la porte à trois accès !

Et puis, en plus de cette histoire de grandeur, c'est toute la différence de l'autre et pourquoi pas l'accès des lieux aux handicapés qui apparait. Une très belle proposition et ouverture vers un autre regard sur notre environnement commun.