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lundi 21 juin 2010

Under ground

© Shimako OKAMURA/La joie de lire

"Under ground" de Shimako OKAMURA est arrivé bien grâce à internet. C'est Kimiko contes qui m'avait donner envie et c'est vrai que j'ai acheté les yeux fermés (le goût de la demoiselle est sûr!). Ce livre est l'histoire d'une taupe et de ses galeries en sous-sol.
Le livre n'a pas de parole, pas de commentaire. Nous suivons une par une les illustrations pleine page (voir double ou quadruple). La taupe avec sa lampe frontale creuse ses galeries et nous invite à un voyage dans le temps, un voyage géologique, un voyage parmi les trésors enfouis: trésors archéologiques, trésors de savoirs, trésors écologiques aussi.

© Shimako OKAMURA/La joie de lire

Elle semble insensible et continue son travail continuellement, même si des situations inattendues l'amène à tout recommencer... entre les racines de l'arbre, encore plus profond, plus profond. Un voyage au cœur du silence... en perpétuelle et mystérieuse recherche.

© Shimako OKAMURA/La joie de lire

Certains détails sont très accrocheurs: un squelette de dinosaure, des pierres précieuses mais aussi deux rabats à ouvrir, comme un circuit à recontruire. Grâce à ce livre, la géologie prend forme et provoque des explications sur le cœur de la terre... un éternel recommencement.
"La taupe est considérée par bien des hommes comme un ravageur de cultures. C'est un tout autre rôle que lui attribue Shimako Okamura dans "Under ground". En suivant ce mammifère fouisseur dans les galeries souterraines qu'il creuse, l'illustratrice nous offre une visite géologique des plus intéressantes : vestiges antiques, squelettes de dinosaures, grottes souterraines dont les cristaux aux mille couleurs scintillent sous la lampe frontale et autre couche magmatique sont les merveilles que l'on découvre au détour des galeries que creuse notre petite taupe besogneuse. Mais gare à l'eau ! ou tout est à recommencer. Derrière cette balade géologique, on notera la symbolique de la naissance. En effet, l'histoire de cette petite taupe qui creuse le giron de la Terre pour s'en faire chasser à grandes eaux relève bien d'une naissance, et même d'une naissance obligée car la petite taupe semble bien décidée à retourner " sous la Terre "." (extrait du site du Museum de Genève sur une exposition en 2007/2008)
Une version de ce livre est très colorée. Nous avons, pour notre part, la version aux couleurs ocres et terres, très ombrées. Les couches géologiques ont vraiment une "matière", encre et couleur, la texture est presque grattée et le papier de qualité offre une lecture presque mystérieuse. © Shimako OKAMURA/La joie de lire

Cette visite souterraine donne envie d'aller rejoindre les spéléologues, de faire des carottes géologiques ou une collection de terres à la manière de Koichi Kurita.

Avis très argumenté dans le Quoi de neuf dans les livres pour les tout-petits n°48/49

21/24

vendredi 11 juin 2010

Lectures du lutin à 4 ans

Et bien voilà, après 9 mois d'ouverture officielle de ce blog (sachant que certains billets présents ici ne sont que des archivages d'autres faits depuis 2007 sur mon blog principal), j'inaugure une autre catégorie... peut-être plus consensuelle mais aussi peut-être plus pertinente pour ceux qui cherchent des lectures ciblées (et vendues) pour un certain âge.

J'avais réparti différemment: la catégorie "Maman ou papa lit" sont bien les livres que je propose au lutin depuis ses 3 ans comme je le disais là.
Je vous mettrais toutes les lectures choisies en lecture du soir par le lutin en fonction de son âge. Se rajouteront aussi bien-sûr mes propres choix qui sont plébiscités par lui. Commençons donc les "lectures du lutin à 4 ans" !

jeudi 20 mai 2010

Fais (- toi rire, - pas le singe, -pas le clown, -toi peur, -ci fais pas ça)

Christian GUIBBAUD présente une collection de "livres-surprise à taper, embrasser, chatouiller, crier".

© Christian GUIBBAUD/ Milan jeunesse

Christian GUIBBAUD propose des livres à volets, sur chaque double page un personnage complice indique la consigne et montre l'action, la page en face montre le changement opéré après ouverture du volet. Les références aux contes sont nombreuses (les trois petits cochons, le chaperon rouge, la belle au bois dormant, boucle d'or, Ali baba...) et les fous rires, cris et gesticulations garantis. Dans la collection totale les actions se répètent (crier pour faire peur, tendre la main ou le doigt, caresser, gratter, chatouiller, grimacer, dire au revoir) mais les effets diffèrent alors la répétition n'apparait pas et la satisfaction arrive même après la lecture des 5 livres.
Les graphismes simples et ludiques apportent aussi leur touche de fraicheur et les provocations adorées (nous sommes empuantis par l'effluve d'un putois, rouge de voir des fesses d'un macaque, en sursaut de se faire arroser...).

"Fais-toi rire"
met l'accent sur l'effet comique des situations, il lui faire faire rire, être surpris, faire des grimaces, changer les animaux.

"Fais-toi peur" parle des petites frayeurs, des sursauts et montre les méchants (ogre, loup, sorcière, fantôme) sous un jour différent. Il lui est demandé aussi de faire peur.


© Christian GUIBBAUD/ Milan jeunesse

"Fais pas le singe" permet de faire des actes répréhensibles en toute permission (crier, gratter, chatouiller, faire des grimaces).


© Christian GUIBBAUD/ Milan jeunesse

"Fais pas le clown" reprend beaucoup de référence et lui demande de réciter quelques phrases pour déclencher le changement.

"Fais ci fais pas ça" joue sur les contraires, une action implique un changement.


© Christian GUIBBAUD/ Milan jeunesse

Le résultat est une lecture assidue, peu silencieuse, très gaie. Les enfants peuvent ainsi faire la différence pratique et tactile du contact (chatouiller, gratter, frotter, caresser, taper), du niveau sonore (pour faire peur, pour parler) et aussi, par mimétisme et lecture du schéma corporel du complice, comprendre les consignes et agir. Une très belle proposition de théatralisation et de développement de leur confiance en eux.

vendredi 14 mai 2010

Ma maman à nous

© Gerda DENDOOVEN/ Être

C'est vrai que ce n'est pas par actualité des fêtes que je me suis ruée sur ce livre. La fête des mères approche et ce livre répond tout à fait à la demande. Mais c'est pour me procurer les livres des éditions Être (qui ferment, je vous l'indiquais là), que je l'ai vraiment regardé.

"Ma maman à nous" de Gerda DENDOOVEN est une très belle proposition.

Un petit garçon facétieux nous présente sa maman. Loin de la consensuelle jolie, douce et organisée maman des contes, ici la maman est dans la spontanéité, la joie et non l'apparence.
Elle n'a peur de rien, se joue des facéties de son fils et du papa, s'acharne à bricoler, porte "ses" hommes pour les convier à prendre l'air et marcher. Ce n'est pas du doux, du moelleux, c'est de la passion, la joie d'être ensemble, la "rage" de vivre.
"Elle rêve de sauvage, de féroce. Alors, je grogne des Grrr, des Rouaaaarrrh, des Crrrrr. Effrayée, elle se cache en bousculant tout et hurle: VOILA LA BÊTE QUE J'AIME LE PLUS!"

© Gerda DENDOOVEN/ Être

Elle n'est ni la plus belle ni la plus douce "Ma maman est grande et douce et chaude", même si c'est sur sa forte poitrine que le garçon se sent le plus en sécurité... il imagine aussi ce qu'elle peut bien faire la nuit quand lui et son papa dorment. Il souhaite lui faire plaisir mais qu'est-ce donc que les fleurs de la passion? Sont-elles roses ? Ou sont-elles les baisers qu'elle envoie à son papa ? © Gerda DENDOOVEN/ Être

Autant dire que je m'y retrouve assez (il est aussi question de thé ;)) et que les mamans ont une corpulence si proche de la mienne, un peu de néerlandais et de (ré)confort : pas la plus belle et échangeable... juste un jour ou deux !).

© Gerda DENDOOVEN/ Être

Mais ce n'est pas pour cela que le livre est bien. Les illustrations me plaisent (même si au début j'étais sur la réserve), c'est ce texte, cette prise de position, plus brute sur la parentalité, qui a eu mon aval le plus complet (au point de commander les autres livres de cette auteure). Une sorte de versant à "Max et les Maximonstres" de Maurice SENDAK : une maman mangeant son enfant, aimant les sauvages etc...

"J’ai conscience que ce n’est pas un livre pour enfants mais surtout un livre pour les mamans. J’ai fait ce livre car ce n’est pas évident d’être une maman." nous dit Gerda DENDOOVEN dans ce long interview fabuleux aux livres au trésor. Oui mais c'est si authentique que les enfants seraient bien à même de le lire.

19/24

lundi 3 mai 2010

L'éphémère

J'avais craqué pour cet album il y a quelques mois et je l'avais reposé dans les bacs de ma librairie préférée de proximité. J'attendais un prétexte. La vie m'en a donné un, malheureusement.


© Stéphane SENEGAS / Kaléidoscope

"L'éphémère" de Stéphane SENEGAS est un très beau livre, d'une approche très douce sur un fait plus difficile. Deux frères trouvent par hasard un insecte bizarre chez eux. Naturellement curieux, ils cherchent qui il est sur internet (cela me rappelle des choses, entre autres celle-là): un lucanidae, non! un chrysochroa, non plus... c'est un éphémère.

© Stéphane SENEGAS / Kaléidoscope

Avec sa description la terrible vérité: après des années en état larvaire, il ne va vivre qu'une journée à ce stade d'adulte. C'est tellement triste que les deux garçons vont lui proposer des activités pour jouir de sa courte vie: cow-bows, pirates, ciné etc... tout l'univers de jeune garçon se trouve présenté et en une double page unique prend tout son souffle.

© Stéphane SENEGAS / Kaléidoscope

Un immense hymne à la vie, qui pousse à croquer dans tout ce qu'elle propose et une belle proposition de la mort comme fin d'une vie extrêmement remplie. Et qu'il est beau cet insecte, intrigué puis captivé.
Les illustrations sont belles et les thèmes de l'univers du garçon et des insectes semblent récurrents chez cet auteur, à suivre donc.

15/24

l'avis d'Eolune, elle aussi conquise

samedi 24 avril 2010

Jo singe-garçon

© Béatrice ALEMAGNA/ Autrement jeunesse

Sur lequel de mes blogs prescripteurs de livre jeunesse j'ai vu que "Jo singe-garçon" de Béatrice ALEMAGNA était LE livre de l'année 2010 (sans même attendre les autres sorties ;) ...) ? Je l'ai donc commandé. Je ne dirais jamais assez, sur ce blog comme sur les autres, que mon partage ne se veut que portes ouvertes... je m'enrichis des autres ressentis, des autres blogs,
...des autres lectures, des autres cuisines, des autres apprentissages
... grâce à cet émulation, je reste en vie, je reste en mouvement (un peu consumériste aussi c'est vrai) mais si plein d'envies et de folie relative.

Et donc ce livre: un bijou, je confirme. J'avais tant aimé "Gisèle de verre". Il s'agit de Jo qui se prend pour un singe. Par quiproquo, par désinvolture ou mauvais fantasme maternel (elle voulait un beau bébé, il est arrivé avec un physique un peu ingrat), Jo s'est imaginé être autre qu'un petit garçon.

" Elle l'appelait "mon gorillon, mon babouin, mon sapajou", en se penchant chaque soir pour l'embrasser. Voilà pourquoi cette idée s'était glissée dans sa tête comme une feuille dans une enveloppe ouverte et avait, par la suite, formé sa pensée et ses gestes."© Béatrice ALEMAGNA/ Autrement jeunesse

Jo se comporte comme un enfant sauvage, sans éducation et sans famille, avec ce qu'il connait des singes: il se balance, se gratte les fesses, mange avec les deux mains, hurle, épouille sa mère. Il est scolarisé et accepté comme "différent". Les parents désœuvrés font tout de même appel à un psychologue. En suivant son conseil, ils le laissent vivre sa différence et ne lui passent pas les caprices. Jo va mieux, arrive à rentrer dans le moule jusqu'au jour où il n'en peut plus et va retrouver sa famille singe. Là d'autres mœurs, d'autres fonctionnements.

Il est question de cette enfance qui ne rentre pas dans la norme. Jo ne correspondait pas au physique d'un nourrisson, Jo n'avait pas le comportement adéquat, ne voulait pas se conformer aux amitiés sans affinité. Il a cherché sa place, a pris son temps pour faire avec le regard des autres, des adultes, des enfants plus "conventionnels". Il a pratiqué la vie plus sauvage et, de lui-même, réadapte sa façon d'être.
Ce livre parle d'amour filial, du regard d'autrui et de la différence. Superbe!

© Béatrice ALEMAGNA/ Autrement jeunesse

Les illustrations de Béatrice ALEMAGNA sont toujours aussi déroutantes, du collage, des croquis, des aplats de matière. Il est presque question d'impressionnisme. Les traits du héros sont superbes, assez sauvages... je le mets en relation avec les illustrations de Dave McKEAN, déstructurés et au style très brut.

Gaëlle a aimé aussi pour cette justesse du propos

14/24

mercredi 24 mars 2010

Monsieur cent têtes

Quand j’ai acheté « Monsieur cent têtes » de Ghislaine HERBERA, mon compagnon m’a dit « tu ne peux pas prétexter que c’est pour le loupiot, ce livre est vraiment pour toi ! ». C’est un peu vrai.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo _ Musée du quai Branly

Monsieur « sans tête » se lève ce matin là et se prépare à un rendez-vous galant. IL se veut le mieux possible : une tête bien faite, qui lui correspond et correspond aussi à son humeur. Dans son dressing que des boites, à chapeaux ? Mais non : à masques, à têtes ! Ainsi ce petit être, monstre, animal ou homme, part dans un essayage de toutes ces têtes, ces 100 têtes. Le tout pour plaire à sa douce.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo

Ici Ghislaine HERBERA propose un panel extrêmement fourni de masques ethniques, de vrais masques à valeur symbolique ou rituel, et nous offre de les découvrir comme une ouverture sur des émotions, des peurs et des doutes. Loin de suivre la signification exacte du masque, nous accompagnons monsieur sans tête dans l’expression de ses émotions.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo

Le test a été fait avec le loupiot 3 ans ½ : la lecture marche à merveilles. Des pages et des pages de masques et d’attitudes bien campées de monsieur animal, une déclaration subjective permettant de passer dans tous les états possibles d’un enfant dans une journée mais aussi de rire, de sourire, de masque ou d’expressions qui auraient pu lui faire peur.
Les émotions faciales ne sont pas une réalité mais une relativité : ici un masque peut nous faire éclater de rire quand il s’agit presque d’un vieil homme mourant.

J’ai retrouvé aussi cette fascination que j’ai des masques. Kitty CROWTHER nous les offrait comme une porte ouverte sur nos vérités de la mort.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo

Alors pourquoi un livre plus pour moi ? Bien-sûr je vais l’ "utiliser" avec le lutin, ouvrir les pages et le faire rire d’une décomposition du visage, d’une recomposition, d’un assemblage. Une sorte d’approche d’un méli-mélo (voir les billets de Ribambelles ) du visage.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo

Mais plus que tout, je vais regarder ce livre avec un autre, « Masques, chefs-d’œuvre des collections du musée du quai Branly », le premier, plus spontané, offre en dernières pages un lexique regroupant les origines géographiques et ethniques, l'autre nous emmenant dans la symbolique et les rituels précis

©Ghislaine HERBERA/ MeMo _ Musée du quai Branly

l’un et l’autre se répondent, entre émotions, formes enfantines et découvertes subjectives, entre ethnologie et découverte des différences de faciès émotifs selon les pays.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo _ Musée du quai Branly

De quoi aussi donner envie de masques africains à découper chez Ribambelle (encore elle ;)) ) .

11/24

mardi 23 mars 2010

L'histoire du lion qui ne savait pas écrire

« L’histoire du lion qui ne savait pas écrire » de Martin BALTSCHEIT et illustré par Marc BOUTAVANT offre une approche de la communication à travers la lecture et l'écriture.

©Martin BALTSCHEIT et Marc BOUTAVANT/ P'titGlénat

Un lion heureux dans sa jungle, où il est le roi et fait sa loi, découvre un beau jour que savoir écrire lui offrirait des merveilles, une lionne qui lit : « Une lionne qui lit, c’est une dame. Et à une dame, on écrit des lettres. Avant de l’embrasser. ». Il décide donc d’ordonner à ses esclaves animaux l’écriture de la chère lettre. Mais là catastrophe, chaque animal a des conditions de vie différentes et faire du charme pour un bousier, un hippopotame ou autre, est à distinguer d’une belle proposition faite par un lion : parfumer de bouse, manger des algues etc… Le lion se rend compte aussi que même les animaux plus proches de son chainon alimentaire n’offre pas la lettre dont il a envie. Il a envie de dire des choses tendres, que seul lui peut exprimer.

©Martin BALTSCHEIT et Marc BOUTAVANT/ P'titGlénat

Ce livre est une belle manière d’expliquer ce handicap majeur qu’est l’analphabétisation à l’âge adulte (ou l’illettrisme, apprentissage effectué mais perte de ses compétences pour des raisons quelques fois psychologiques ou sociales). Il montre aussi que même des personnes aux pensées similaires ne proposeront pas forcément la même communication, la même action. Je dois dire tout de même que ce livre parle de la chaine alimentaire des animaux : le crocodile mange la girafe (et un bout reste sur la page) et le vautour parle de cadavres à dévorer avec passion. Si vous ne voulez pas installer cette discussion, attendez encore un peu que votre enfant grandisse !
Cet album est aussi fabuleux pour ces illustrations. Marc BOUTAVANT propose des aplats de couleurs, des passages où la pénombre (et les personnages juste en ombre) est pertinente. Les attitudes des animaux de la jungle dépendent du lion : la fuite, se cacher, être interpellé…

©Martin BALTSCHEIT et Marc BOUTAVANT/ P'titGlénat

et j’aime beaucoup le visage du lion, qui devient expressif au fur et à mesure, de stupéfaction, de colère, de tristesse. A l’inverse des photos que je vous propose là, les illustrations sont très colorées : du rouge et du rose très souvent, du noir aussi…

samedi 20 mars 2010

La batterie de Théophile

Malice m’avait bien dit de regarder les albums de cet auteur et c’est vrai que sa sensibilité à la musique est perceptible et communicative.

© Jean CLAVERIE/ Folio Benjamin

« La batterie de Théophile » de Jean CLAVERIE est le premier à être arrivé chez nous. Théophile est un petit africain bricoleur mélomane. Il fabrique avec ce qu’il a sous la main une contrebasse et part en forêt pour jouer de sa musique. IL n’a la tête qu’à ses compositions et à sa pratique musicale sans voir les animaux sauvages qu’ils dérangent et qui lui veulent du mal. Théophile va leurs trouver des utilités, musicales. Dong, Klek, Ksiss, Toub.

© Jean CLAVERIE/ Folio Benjamin

Cette petite histoire offre une belle approche aux initiatives manuelles, créatrices. Théophile fonctionne à l’oreille et nous offre la musique uniquement sensitive, sorte d’improvisation de jazz ou de blues, avec un retour sur du plus conventionnel. La passion de Jean CLAVERIE pour ces musiques intuitives est évidente. Son dessin ne surcharge pas le propos : il est efficace et les illustrations sont toutes douces.

© Jean CLAVERIE/ Folio Benjamin

C’est vrai que la lecture avec cette association contrebasse/batterie/saxophone doit être magnifique. Notre lecture a manqué de cette capacité à donner du rythme à ces onomatopées si auditives et très vite intégrées par les plus jeunes lecteurs. Cela donne une autre approche des tonalités de la batterie (cymbale, caisse claire, grosse caisse), de la contrebasse et du saxophone qui devient lui aussi très mystérieux.



7/24

vendredi 19 mars 2010

Le pitou

Pour le Noel de l’année dernière, je cherchais une histoire un peu en dehors de celles du Père Noël mais le faisant intervenir. C’est comme ça que je suis arrivée à ce livre : « Le pitou » de Mickaël ESCOFFIER et illustré Clément LEFEVRE.

©Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Frimousse

Ce petit pingouin est à la recherche de son jouet, son pitou. Il demande à la baleine puis à l’ours blanc, avec un peu d’appréhension tout de même. L’ours blanc lui fait la morale et lui parle de chaine alimentaire et de ne pas déranger les adultes et pire les personnes qu’il ne connait pas. Pour s’en débarrasser il lui indique où trouver le Père Noël ! Ce pingouin bien naïf qui croit tout ce qu’on lui dit va retrouver un pitou. Est-ce celui offert en remplacement par le Père Noël ? Ce totoro par exemple ?

©Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Frimousse

L’histoire apporte une touche de fantastique dans ces comportements d’adulte : ne pas être déranger, dire n’importe quoi pour être tranquille ou vouloir faire plaisir sans vraiment savoir ce que l’enfant attend. Et puis le retournement de situation est adoré par chez nous. Cela permet de faire passer la précaution : prendre soin de ne pas côtoyer un adulte étranger en riant.

©Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Frimousse

En plus le livre, grand format et papier épais fait la part belle aux illustrations de Clément LEFEVRE. Une topographie particulière et des pages pleines sans parole juste pour se fondre dans le décor. Ce travail au pastel laisse beaucoup de place aux textures, de plume,s de poils, de peaux, de moustaches mais aussi de vent, de neige. Il nous offre aussi une très belle représentation de ce Père Noël et de son chariot tiré par les rennes.

©Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Frimousse
6/24

samedi 13 mars 2010

Coeur de maman


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©Isabel MARTINS et Bernardo CARVALHO/éditions Notari


J'ai récidivé avec un autre livre de ce duo pour les mêmes raisons, ce côté graphique et une poésie de situation, cette fois-ci tourné vers la maman et avec un peu plus de texte. "Cœur de maman" d'Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO émerveille encore. Le duo défile le fil entre la maman et son enfant: "Le coeur d'une maman, ce n'est pas simplement un muscle qui bat sans arrêt. C'est un lieu magique dans lequel se produisent les choses les plus extraordinaires."

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©Isabel MARTINS et Bernardo CARVALHO/éditions Notari

Le cœur d'une maman quand l'enfant est malade, quand il se perd dans la foule, en vacances. Ce ne sont que petits instants de poésie qui délimitent bien les émotions vécues. L'amour filial y est décrit avec pudeur, le retour des enfants aussi (dans leur absence ou leur reconnaissance). Et l'amour grandit à chaque enfant sans rétrécir.


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©Isabel MARTINS et Bernardo CARVALHO/éditions Notari

Le texte plus fourni d'Isabel MARTINS touche juste (même si certaines pages me semblent un peu pesantes pour l'enfant devenu adulte), les illustrations de Bernardo CARVALHO elles sont toujours aussi graphiques.

Lilo

©Bernard FRIOT et Ilya GREEN/Albin Michel Jeunesse


« Lilo » de Bernard FRIOT et illustré par Ilya GREEN
n’est pas venu tout seul à la maison. C’est ma libraire qui m’a dit de mieux le regarder, au cas où. Et effectivement, sous des aspects de livre pour tous petits il y a de la subtilité.

Ma notion « pour tous petits » est extrêmement subjective bien sûr. Ce sont souvent des lectures « juste » divertissantes (et c’est déjà beaucoup), avec une histoire linéaire, de belles illustrations mais pas forcément différents niveaux de lecture ou des extrapolations possibles.

Nous suivons Lilo dans 7 histoires courtes, 7 petits moments de vie repris avec les émotions et la sensibilité enfantine. Ce qui est le plus touchant reste cette écriture, très proche des mots d’enfants, très « lisible ». D’ailleurs le texte est écrit en gros, comme paragraphé pour une lecture aisée, les mots de Lilo écrits dans une autre couleur que celle de l’ensemble du texte, des gros points pour marquer la fin de l’histoire, un gros titre, une préface attractive avant chaque histoire et un gros sommaire.

©Bernard FRIOT et Ilya GREEN/Albin Michel Jeunesse


Et puis cette sensibilité dans les historiettes. Lilo est un enfant joueur, taquin mais aussi « dans son monde ». Je ne sais pas si la volonté était de proposer un enfant un peu « différent », peut-être aux comportements sociaux à tendance autistique, mais la communication de l’enfant par rapport à son entourage est très bien posée. Bernard FRIOT a d’abord écrit avec les enfants et cela se voit. Beaucoup d’imaginaire et de réalité emmêlés, de nombreux aspects psychologiques retranscrits. Appréhender la descente d’un arbre, facilité par l’imaginaire, apprendre la politesse du bonjour différemment, jouer dans l’imaginaire avec un chien, s’imaginer sans membres pour ne pas s’habiller, faire des collections sensibles, lire et réinventer la lecture et les histoires…
J’aime aussi, souvent, les réponses maternelles.

©Bernard FRIOT et Ilya GREEN/Albin Michel Jeunesse


Les illustrations d’Ilya GREEN m’avaient au début déroutée. Les objets du quotidien de l’enfant ressemblent à de la publicité pour magazine fashion de design bobo. Mais en fait, en le lisant, le rendu est bien différent. Ce sont de détails qui ont une place de choix dans la vie de l’enfant : des jouets, une cabane, un arbre (et surtout ses branches), une grille comme des barreaux de prison. J’aime bien aussi, après coup ce mélange entre dessins d’adulte et dessins d’enfants, cela apporte au mélange de sensibilité compris dans le texte.