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vendredi 9 janvier 2015

Pour ou contre: l'actualité en débat

J'en ai des tonnes, des billets commencés et pas terminés. Mais il me faudra, cette année 2015, vous les fournir plus méthodiquement, sinon à quoi bon continuer à vouloir partager si certaines prises de parole écrites restent muettes.
Je laisserais peut-être encore les prises de parole personnelles, mes humeurs, justement, au placard, au brouillon, je ne sais plus si c'est ce que j'attends de ce média mais parler des référents, des ouvrages qui ouvrent la voix, qui portent l'esprit critique, il faut que je les publie. Et tant pis si mon billet n'a pas la teneur, la rigueur de mes ambitions.

© Sophie LAMOUREUX, Loïc LE GALL et Clément CHASSAGNARD/ Gallimard jeunesse

Ce livre est impressionnant. Il donnera aux adolescents toutes les clefs pour comprendre l'actualité. Et autant dire que c'est fondamental. Se questionner, se positionner, se renseigner, ne pas rester coi. 

"Pour on contre: l'actualité en débat" de Sophie LAMOUREUX, illustré par Loïc LE GALL et Clément CHASSAGNARD est en effet très complet. Il aborde une quarantaine de débats sous les thèmes d'éthique, d’institutions, d'environnement, de culture, d'immigration, de laïcité, d'économie.
A chaque fois les notions sont définies, le traitement dans les médias présenté, la position des partis politiques indiquée, de nombreuses références et indications d'appartenance sont proposées avant de plonger plus directement dans les arguments pour ou contre, mis sur un plan d'égalité et au code couleur bien clair. 

© Sophie LAMOUREUX, Loïc LE GALL et Clément CHASSAGNARD/ Gallimard jeunesse

Pour chaque débat, la précision des termes apporte pertinence et esprit critique. Les droits de l'homme, les droits de l'individu. La laïcité, le laïcisme. L'assimilation et le multiculturalisme. La Recherche et le principe de précaution. ...
Le plus est aussi dans les encadrés où sont notés rapidement les chiffres, les affaires connues, les personnages importants ou les débats internationaux.
Il manquerait une contextualisation mais pour le reste, les arguments permettent de se faire un opinion argumentée: en vrac, pour ou contre le libre-échange, la discrimination positive, l'euthanasie, les impôts, la limitation de la liberté d'expression, le non-cumul des mandats, le nucléaire, la remise de peine, le clonage etc...

© Sophie LAMOUREUX, Loïc LE GALL et Clément CHASSAGNARD/ Gallimard jeunesse

Ce livre donnera des pistes pour mieux lire les informations données par les médias, pour les décrypter, les digérer, rester critique. Avec bien-sûr le merveilleux luxe de vivre dans un pays de livre expression!!!!!


jeudi 25 mars 2010

Ferme les yeux

"Ferme les yeux" de Victoria PEREZ ESCRIVA et illustré par Claudia RANUCCI est aussi un livre à part.
©Victoria PEREZ ESCRIVA et Claudia RANUCCI/ Syros

Deux frères discutent de leur manière de voir le monde et leur entourage. Ils ne sont jamais d'accord.
"- Papa, c'est un grand monsieur avec un chapeau.
- Pas du tout! Papa, c'est un bisou qui pique et qui sent la pipe."

©Victoria PEREZ ESCRIVA et Claudia RANUCCI/ Syros

A part le fait que la seconde version est exactement ce que je pense de mon papa (mort quand j'avais 1 an 1/2), tout est dit dans cet extrait. Le premier frère parle du monde avec les mots et le sens conventionnel. Le second offre une autre approche, par LES sens où étrangement la vue n'a pas sa place. La cécité n'est jamais nommée, elle est entre les lignes.
Le premier petit garçon n'a jamais faux dans ses descriptions, elles sont belles et douces. Son frère propose plus de poésie mais aussi une autre approche, une approche plus lente et aussi plus spontanée (par expérience).
Les deux versions se mêlent et sont aussi réelles l'une que l'autre. Entre les lignes aussi, c'est toute une vision de la communication et de la fratrie. Un brin de jalousie (savoir qui a raison devant maman) puis surtout la différence comme partage, communication de visions alternées et pourtant qui marquent le monde. L'enfant peut ainsi se mettre à la place de son frère, fermer les yeux. C'est une proposition à réfléchir à la situation et au regard que portent les autres.

©Victoria PEREZ ESCRIVA et Claudia RANUCCI/ Syros

Que ce soit vraiment une allusion à la cécité ou juste une porte ouverte sur les sensations de l'autre, j'ai aimé que les illustrations soient colorées, stylisées bien-sûr mais le ferme les yeux final est un véritable arc-en-ciel. Des couleurs, optiques, aux couleurs du monde intérieur.

12/24

mercredi 24 mars 2010

Monsieur cent têtes

Quand j’ai acheté « Monsieur cent têtes » de Ghislaine HERBERA, mon compagnon m’a dit « tu ne peux pas prétexter que c’est pour le loupiot, ce livre est vraiment pour toi ! ». C’est un peu vrai.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo _ Musée du quai Branly

Monsieur « sans tête » se lève ce matin là et se prépare à un rendez-vous galant. IL se veut le mieux possible : une tête bien faite, qui lui correspond et correspond aussi à son humeur. Dans son dressing que des boites, à chapeaux ? Mais non : à masques, à têtes ! Ainsi ce petit être, monstre, animal ou homme, part dans un essayage de toutes ces têtes, ces 100 têtes. Le tout pour plaire à sa douce.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo

Ici Ghislaine HERBERA propose un panel extrêmement fourni de masques ethniques, de vrais masques à valeur symbolique ou rituel, et nous offre de les découvrir comme une ouverture sur des émotions, des peurs et des doutes. Loin de suivre la signification exacte du masque, nous accompagnons monsieur sans tête dans l’expression de ses émotions.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo

Le test a été fait avec le loupiot 3 ans ½ : la lecture marche à merveilles. Des pages et des pages de masques et d’attitudes bien campées de monsieur animal, une déclaration subjective permettant de passer dans tous les états possibles d’un enfant dans une journée mais aussi de rire, de sourire, de masque ou d’expressions qui auraient pu lui faire peur.
Les émotions faciales ne sont pas une réalité mais une relativité : ici un masque peut nous faire éclater de rire quand il s’agit presque d’un vieil homme mourant.

J’ai retrouvé aussi cette fascination que j’ai des masques. Kitty CROWTHER nous les offrait comme une porte ouverte sur nos vérités de la mort.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo

Alors pourquoi un livre plus pour moi ? Bien-sûr je vais l’ "utiliser" avec le lutin, ouvrir les pages et le faire rire d’une décomposition du visage, d’une recomposition, d’un assemblage. Une sorte d’approche d’un méli-mélo (voir les billets de Ribambelles ) du visage.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo

Mais plus que tout, je vais regarder ce livre avec un autre, « Masques, chefs-d’œuvre des collections du musée du quai Branly », le premier, plus spontané, offre en dernières pages un lexique regroupant les origines géographiques et ethniques, l'autre nous emmenant dans la symbolique et les rituels précis

©Ghislaine HERBERA/ MeMo _ Musée du quai Branly

l’un et l’autre se répondent, entre émotions, formes enfantines et découvertes subjectives, entre ethnologie et découverte des différences de faciès émotifs selon les pays.

©Ghislaine HERBERA/ MeMo _ Musée du quai Branly

De quoi aussi donner envie de masques africains à découper chez Ribambelle (encore elle ;)) ) .

11/24

Les mots du coeur

J’aimais déjà cette petite maison d’édition avant même d’acheter mes premiers livres chez eux. « Pour penser à l’endroit » me plait pour cette offre aussi sur des thèmes sensibles mais aussi ces textes sur une certaine spiritualité.

© Katia BELSITO/ Pour penser à l'endroit

« Les mots du cœur » de Katia BELSITO offre une lecture de cette incompréhension entre génération ou plutôt de notre manque d’intérêt des mots et émotions des enfants. Cécile est une enfant en manque de communication. Elle aimerait tellement dire ce qu’elle a sur le cœur mais les adultes sont indifférents voire hostiles.

© Katia BELSITO/ Pour penser à l'endroit

Quelle place fait-on aux enfants ? Le manque de temps, de respect, les conventions peuvent bloquer une enfant. Encore plus si les mots sont difficiles à exprimer.
Cécile est une enfant silencieuse, pas au même titre que « l’enfant silence » dont parle Cécile ROUMIGUIERE, mais plus une enfant dans son monde. En demande de communication mais blottie en elle. Ces mots deviennent des couleurs, des émotions, des mots dits avec les yeux, la bouche, le cœur, des mots bloqués.

© Katia BELSITO/ Pour penser à l'endroit

Ce conte propose vraiment de mettre la parole de l’enfant à sa juste place : respectée et aidée, soutenue, pour que l’enfant puisse être lui-même. Les illustrations offrent ces fonds pleins, emplis, rugueux, aux textures différentes comme une multitude de petits détails encore à dire.

10/24

mardi 23 mars 2010

L'histoire du lion qui ne savait pas écrire

« L’histoire du lion qui ne savait pas écrire » de Martin BALTSCHEIT et illustré par Marc BOUTAVANT offre une approche de la communication à travers la lecture et l'écriture.

©Martin BALTSCHEIT et Marc BOUTAVANT/ P'titGlénat

Un lion heureux dans sa jungle, où il est le roi et fait sa loi, découvre un beau jour que savoir écrire lui offrirait des merveilles, une lionne qui lit : « Une lionne qui lit, c’est une dame. Et à une dame, on écrit des lettres. Avant de l’embrasser. ». Il décide donc d’ordonner à ses esclaves animaux l’écriture de la chère lettre. Mais là catastrophe, chaque animal a des conditions de vie différentes et faire du charme pour un bousier, un hippopotame ou autre, est à distinguer d’une belle proposition faite par un lion : parfumer de bouse, manger des algues etc… Le lion se rend compte aussi que même les animaux plus proches de son chainon alimentaire n’offre pas la lettre dont il a envie. Il a envie de dire des choses tendres, que seul lui peut exprimer.

©Martin BALTSCHEIT et Marc BOUTAVANT/ P'titGlénat

Ce livre est une belle manière d’expliquer ce handicap majeur qu’est l’analphabétisation à l’âge adulte (ou l’illettrisme, apprentissage effectué mais perte de ses compétences pour des raisons quelques fois psychologiques ou sociales). Il montre aussi que même des personnes aux pensées similaires ne proposeront pas forcément la même communication, la même action. Je dois dire tout de même que ce livre parle de la chaine alimentaire des animaux : le crocodile mange la girafe (et un bout reste sur la page) et le vautour parle de cadavres à dévorer avec passion. Si vous ne voulez pas installer cette discussion, attendez encore un peu que votre enfant grandisse !
Cet album est aussi fabuleux pour ces illustrations. Marc BOUTAVANT propose des aplats de couleurs, des passages où la pénombre (et les personnages juste en ombre) est pertinente. Les attitudes des animaux de la jungle dépendent du lion : la fuite, se cacher, être interpellé…

©Martin BALTSCHEIT et Marc BOUTAVANT/ P'titGlénat

et j’aime beaucoup le visage du lion, qui devient expressif au fur et à mesure, de stupéfaction, de colère, de tristesse. A l’inverse des photos que je vous propose là, les illustrations sont très colorées : du rouge et du rose très souvent, du noir aussi…

lundi 22 mars 2010

L'enfant silence

« L’enfant silence » de Cécile ROUMIGUIERE et illustré par Benjamin LACOMBE est arrivé vite dans notre bibliothèque. Ce sujet, ce trouble, forme un grand thème dans le choix de mes livres.

©Cécile ROUMIGUIERE et Benjamin LACOMBE/ Seuil jeunesse

Il s’agit de cette enfant que la psychologue aimerait aider. Son comportement laisse envisager que chez elle, les gestes sont maltraitants. Mais que faire face à un enfant silence et que pourrait-elle dévoiler ?
L’histoire ne nous parle que peu des violences : des cris, une ceinture qui fouette. L’histoire met en avant le ressenti de la fillette. Calme, trop calme, silencieuse, isolée dans son monde, dans cette comptine sans fin « A avec l’alouette, B berce le bébé, C comme un cygne… » qui l’aide à trouver des repères affectueux, des gestes tendres, une atmosphère rassurante, berçante.
La maison, son foyer, est alors une prison, pourpre et noire, aux pensées comme des alouettes en cage, aux cygnes/signes parentaux si majestueux qui peuvent aussi devenir des loups. L’autorité parentale, le besoin d’amour, l’envie de bien faire, d’être reconnue, de plaire, apparait entre les lignes.

©Cécile ROUMIGUIERE et Benjamin LACOMBE/ Seuil jeunesse

Mais aussi, et là est toute la subtilité, cette culpabilité de l’enfant et son amour authentique pour ses parents maltraitants. « Lui raconter la tanière qu’elle aime par-dessus tout ? Lui décrire ses loups et leur chaleur poivrée ? » Elle se sent responsable des comportements irrespectueux de ses parents, responsable aussi de la rupture potentielle de la famille, comme si, elle séparée de ses parents, le couple, la maisonnée se déliterait. Bien-sûr qu’elle a tord de prendre tout ce poids sur les épaules, que c’est elle la victime. Le silence de la dame qui sent bon le chocolat est d’autant plus précieux.

©Cécile ROUMIGUIERE et Benjamin LACOMBE/ Seuil jeunesse

Tout apparait à travers les sens : la couleur très bien retranscrite par Benjamin LACOMBE, l’odeur, le toucher et la chaleur humaine, pourquoi pas suivie de la glace et de l’éclair… La maison n’est pas rassurante mais c’est chez elle et les jours bleus succèdent aux jours rouges… Mais la fillette a besoin d’aide.

Les illustrations de Benjamin LACOMBE mettent très bien en relief cette pesanteur, silence lourd de sens mais aussi maisonnée aimée et prison. Les alouettes, les cygnes, les loups ou encore la poupée offrent le panel des émotions de la fillette.
Très beau livre, à conseiller aux petits et aux grands.

Lily m’avait vraiment donné envie là.
9/24

samedi 13 mars 2010

Lilo

©Bernard FRIOT et Ilya GREEN/Albin Michel Jeunesse


« Lilo » de Bernard FRIOT et illustré par Ilya GREEN
n’est pas venu tout seul à la maison. C’est ma libraire qui m’a dit de mieux le regarder, au cas où. Et effectivement, sous des aspects de livre pour tous petits il y a de la subtilité.

Ma notion « pour tous petits » est extrêmement subjective bien sûr. Ce sont souvent des lectures « juste » divertissantes (et c’est déjà beaucoup), avec une histoire linéaire, de belles illustrations mais pas forcément différents niveaux de lecture ou des extrapolations possibles.

Nous suivons Lilo dans 7 histoires courtes, 7 petits moments de vie repris avec les émotions et la sensibilité enfantine. Ce qui est le plus touchant reste cette écriture, très proche des mots d’enfants, très « lisible ». D’ailleurs le texte est écrit en gros, comme paragraphé pour une lecture aisée, les mots de Lilo écrits dans une autre couleur que celle de l’ensemble du texte, des gros points pour marquer la fin de l’histoire, un gros titre, une préface attractive avant chaque histoire et un gros sommaire.

©Bernard FRIOT et Ilya GREEN/Albin Michel Jeunesse


Et puis cette sensibilité dans les historiettes. Lilo est un enfant joueur, taquin mais aussi « dans son monde ». Je ne sais pas si la volonté était de proposer un enfant un peu « différent », peut-être aux comportements sociaux à tendance autistique, mais la communication de l’enfant par rapport à son entourage est très bien posée. Bernard FRIOT a d’abord écrit avec les enfants et cela se voit. Beaucoup d’imaginaire et de réalité emmêlés, de nombreux aspects psychologiques retranscrits. Appréhender la descente d’un arbre, facilité par l’imaginaire, apprendre la politesse du bonjour différemment, jouer dans l’imaginaire avec un chien, s’imaginer sans membres pour ne pas s’habiller, faire des collections sensibles, lire et réinventer la lecture et les histoires…
J’aime aussi, souvent, les réponses maternelles.

©Bernard FRIOT et Ilya GREEN/Albin Michel Jeunesse


Les illustrations d’Ilya GREEN m’avaient au début déroutée. Les objets du quotidien de l’enfant ressemblent à de la publicité pour magazine fashion de design bobo. Mais en fait, en le lisant, le rendu est bien différent. Ce sont de détails qui ont une place de choix dans la vie de l’enfant : des jouets, une cabane, un arbre (et surtout ses branches), une grille comme des barreaux de prison. J’aime bien aussi, après coup ce mélange entre dessins d’adulte et dessins d’enfants, cela apporte au mélange de sensibilité compris dans le texte.