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dimanche 13 février 2011

Le Prix Landerneau 2011 a été décerné


Cette année encore, j'ai eu le privilège d'être contactée pour la remise du Prix Landerneau. Il s'agit d'un petit prix littéraire qui monte: les espaces culturels LECLERC en sont à leur 4ième édition et c'est vrai que, chaque année, les découvertes en romans français de la saison sont intéressantes.
D'un autre côté, le fait qu'il s'agisse du travail de sélection de libraires/lecteurs apporte une panoplie de lectures belle, très sensible et argumentée. L'objectif du prix est de mettre en avant des auteurs encore peu connus et de leur offrir une visibilité autre que saisonnière. Les sujets sont aussi très ancrés, actualité ou faille de l'humanité.
Grâce à ce prix j'ai eu le plaisir de découvrir des auteurs que je souhaite suivre: Jérôme FERRARI (et dire que je n'ai pas encore parlé de lui!) et Tatiana ARFEL (même si je n'ai pas l'humeur pour lire son 2nd livre sur la violence de l'entreprise), entre autres.

Cette année les sélectionnés étaient nombreux:
"La blessure la vraie" de François BEGAUDEAU
"Une lointaine Arcadie" de Jean-Marie CHERVRIER dont je parle là
"Samba pour la France" de Delphine COULIN
"Tu verras" de Nicolas FARGUES dont je parle ici
"Les hommes sirènes" de Fabienne JUHEL dont je parle là
"Un homme ébranlé" de Pascale KRAMER
"L'homme de Lyon" de François-Guillaume LORRAIN
"Une langue venue d'ailleurs" de Akira MIZUBAYASHI dont je parle bientôt
"Les champs de Paris" de Yann SUTY
"Corps mêlés" de Marvin VICTOR
"Le Barbaresque" de Olivier WEBER


Le jury, composé de libraires des établissements E.LECLERC, de Monsieur Michel-Edouard LECLERC et présidé par le médecin romancier, Jean-Christophe RUFIN, a choisi "Samba pour la France" de Delphine COULIN. "Le jury a été particulièrement séduit par la double dimension, à la fois littéraire et humaine de ce roman." En effet, le livre est engagé. J'aime cette prise de position très conforme à la vocation du président. Et comme chaque année, le lauréat est un livre que je n'ai pas encore lu.
De mon côté, j'ai eu d'autres coups de cœur : FARGUES en premier, CHEVRIER... puis JUHEL et MIZUBAYASHI. Quatre livres qui m'ont beaucoup interpellée et j'aime cela.
Et quel plaisir de pouvoir parler de cette pertinence de l'éducation avec Mr FARGUES, conversation trop courte malgré la grande disponibilité de cet auteur. Merci encore.

La remise du prix s'est faite à la Maison de l'Amérique latine, toujours aussi belles pièces et bon buffet. Malheureusement le changement de saison de la sélection ne nous a pas permis d'aller dehors. Et il manque encore, à mon goût, les livres. Aucune page écrite, aucun livre ouvert, aucune possibilité de partager un extrait même si quelques auteurs s'étaient déplacés.

dimanche 30 janvier 2011

Tu verras


"Tu verras" de Nicolas FARGUES est un livre coup de poing. Il retrace l'après-drame d'un père perdant son fils unique de 12 ans dans un accident de métro.
Colin a une quarantaine d'années et, après le divorce d'avec la maman, il vivait seul avec son fils Clément. La mort de son enfant le bascule dans le chaos. Il fait le point sur sa vie. Devenu père par accident, il se rend compte que sa raison d'être était son fils.

Il est bien question là du deuil de l'enfant et de la continuité de la vie tout autour. Les désillusions sont aussi là, dans cet entourage décevant, si peu altruiste, si égoïste, en plein malaise. Mais c'est aussi une focalisation sur l'avant et le juste après drame: reprendre les détails de la vie de ce fils pré-adolescent, retrouver ses comportements et sa façon d'être au monde.
Parce que le livre est bouleversant dans la description cynique mais non moins pertinente des relations parentales. Colin reprend tous les fondements de sa parentalité. Il était père aimant, exigeant, colérique mais aussi empli de valeurs, de son temps, de sa propre éducation bourgeoise. Se décrit alors tout le quotidien du jeune homme avec ce père, conflit de générations. Ces remontrances sur une époque, une mode, ces injonctions pour l'avenir. Clément si poli, si docile, si aimant, si bien élevé parti avant même d'avoir vécu. Ce Clément s'habillant à la mode du rap, écouteurs aux oreilles, dénigrant le bon orthographe qu'il maitrise pour se mettre à la hauteur des gars qui ont la côte.
La pré-adolescence est rendue crue. Le livre dévoile un jeune garçon trop tendre pour cette société. Un fils en perte de confiance, en déroute. Un jeune perdu entre ce père trop intransigeant, le fantasmant adulte, et une norme trop sexuée pour ses premiers désirs. Ce père découvre le monde dans lequel vivait son fils, avec ses communications, ses inspirations, ses premiers émois et ces attaques. La mort n'apparait plus que comme un symptôme de société, une souffrance à être comme les autres.

Le deuil apporte son lot de ruminations et de remises en cause. Remise en cause d'une manière d'être père, avec toutes les valeurs, la responsabilité et la culpabilité. Un éclatement aussi des conforts intellectuels: ne pas se positionner face aux femmes, resté dans le consensus mou et séducteur et aussi un non-investissement dans les questions de société, de ce racisme quotidien de la négligence.
La vie, après le deuil, offre aussi son lot de dangers, ses solutions de fortune que peut être la drogue. Il y a peut-être un espoir de vie et pas seulement en tant que spectateur, l'espoir de ne pas qu'être un père qui n'a pas su profiter de son fils.

Ce livre est sélectionné pour le Prix Landerneau 2011. Merci à Fait&Gestes.