dimanche 30 janvier 2011

Tu verras


"Tu verras" de Nicolas FARGUES est un livre coup de poing. Il retrace l'après-drame d'un père perdant son fils unique de 12 ans dans un accident de métro.
Colin a une quarantaine d'années et, après le divorce d'avec la maman, il vivait seul avec son fils Clément. La mort de son enfant le bascule dans le chaos. Il fait le point sur sa vie. Devenu père par accident, il se rend compte que sa raison d'être était son fils.

Il est bien question là du deuil de l'enfant et de la continuité de la vie tout autour. Les désillusions sont aussi là, dans cet entourage décevant, si peu altruiste, si égoïste, en plein malaise. Mais c'est aussi une focalisation sur l'avant et le juste après drame: reprendre les détails de la vie de ce fils pré-adolescent, retrouver ses comportements et sa façon d'être au monde.
Parce que le livre est bouleversant dans la description cynique mais non moins pertinente des relations parentales. Colin reprend tous les fondements de sa parentalité. Il était père aimant, exigeant, colérique mais aussi empli de valeurs, de son temps, de sa propre éducation bourgeoise. Se décrit alors tout le quotidien du jeune homme avec ce père, conflit de générations. Ces remontrances sur une époque, une mode, ces injonctions pour l'avenir. Clément si poli, si docile, si aimant, si bien élevé parti avant même d'avoir vécu. Ce Clément s'habillant à la mode du rap, écouteurs aux oreilles, dénigrant le bon orthographe qu'il maitrise pour se mettre à la hauteur des gars qui ont la côte.
La pré-adolescence est rendue crue. Le livre dévoile un jeune garçon trop tendre pour cette société. Un fils en perte de confiance, en déroute. Un jeune perdu entre ce père trop intransigeant, le fantasmant adulte, et une norme trop sexuée pour ses premiers désirs. Ce père découvre le monde dans lequel vivait son fils, avec ses communications, ses inspirations, ses premiers émois et ces attaques. La mort n'apparait plus que comme un symptôme de société, une souffrance à être comme les autres.

Le deuil apporte son lot de ruminations et de remises en cause. Remise en cause d'une manière d'être père, avec toutes les valeurs, la responsabilité et la culpabilité. Un éclatement aussi des conforts intellectuels: ne pas se positionner face aux femmes, resté dans le consensus mou et séducteur et aussi un non-investissement dans les questions de société, de ce racisme quotidien de la négligence.
La vie, après le deuil, offre aussi son lot de dangers, ses solutions de fortune que peut être la drogue. Il y a peut-être un espoir de vie et pas seulement en tant que spectateur, l'espoir de ne pas qu'être un père qui n'a pas su profiter de son fils.

Ce livre est sélectionné pour le Prix Landerneau 2011. Merci à Fait&Gestes.

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