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vendredi 1 avril 2016

Non, merci ! - Cyrano de Bergerac


"Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !"

(extrait de "Cyrano de Bergerac" d'Edmond ROSTAND;  illustration de Rébecca DAUTREMER, issue de "Cyrano" raconté par Taï-Marc LE THANH, livre dont je ne connais rien)

lundi 16 mars 2015

Alice aux pays des merveilles

*source Rébecca DAUTREMER

Oui, je n'ai pas pu résister: "Alice aux pays des merveilles" de Lewis CARROLL est sorti en format presque poche, à prix mini... Quel sourire, Monsieur chat du Cheshire!

mercredi 13 juin 2012

Journal secret du Petit poucet

 © Philippe LECHERMEIER et Rébecca DAUTREMER/ Gautier Languereau

"Journal secret du Petit poucet" écrit par Philippe LECHERMEIER et illustré par Rébecca DAUTREMER est une version superbe du conte retranscrit par Charles PERRAULT.

Petit Poucet note tous les jours les événements de la journée, enfin presque. Grâce à sa voisine Mme Marigoult qui sait tout, il y ajoute aussi la fête des Saints qui souvent donnent une couleur à l'humeur de la journée.
Bien-sûr entre les pages nous y retrouvons le conte... des parents qui abandonnent dans la forêt leurs enfants, une fratrie de 7 garçons. Le petit dernier, Petit Poucet pas plus grand qu'un pouce, a été témoin des préparatifs macabres et trouve la solution pour rentrer à la maison. Des petits cailloux et la seconde fois des petites miettes de pain. Mais le pain est mangé, les enfants vraiment perdus en forêt.
Ils trouveront tout de même une chaumière accueillante, habité par un ogre, sa femme et ses sept filles et aussi possesseur des Bottes de 7 lieux.

Petit Poucet est inventif, intelligent, il ponctue son quotidien de petits soupçons de poésie mais aussi des dessins. Des détails marquants la misère, les conditions de vie,la ville et la forêt dangereuses. Il est aussi plein d'humour et de tendresse.
Il reste le héros de l'histoire et en plus de celle déjà explicite, ici, l'auteur lui offre encore plus de profondeur: un petit frère moqué mais pas seul, un petit meneur aux idées rocambolesques et pleine de saveurs.
Les frères prennent de la texture, ils ont un nom, une particularité et apportent avec les garnements voisins une atmosphère d'enfants, batailleurs, renifleurs mais force en puissance.
Les comportements, les batailles, les moqueries, les amourettes et le manque d'hygiène de certains, amènent aussi une lecture de l'enfance et d'autres légendes (par certains prénoms).
Les méchants sont ici différents: à deux parents abandonneurs potentiels, ici seule une marâtre aux manigances autoritaires, Popotte. Le papa est victime aussi et l'image dans les rêves de la vraie maman, partie trop tôt, apporte la chaleur humaine et familiale que le conte d'origine n'a pas.
L'ogre est magnifique, encore, et est aussi accompagnée par sa femme, ogresse aussi, et par toutes les terreurs enfantines.
© Philippe LECHERMEIER et Rébecca DAUTREMER/ Gautier Languereau

Mais le grand personnage est bien la Grande Privation. Cet état de faim, de misère. Petit Poucet en parle tous les jours, dans les menus (soupe aux cailloux blancs, soupe au mou) mais aussi dans les rêves de goinfrerie. Les cauchemars sont aussi des manques de repas.
Les méchants n'en prennent pas vraiment pour leur grade

Le travail de Rébecca DAUTREMER est impressionnant. Près de 200 pages sont illustrées, d’annotations en marge, de découpages, de peintures, d’écritures, de collages, de déchirures.
Les croquis de Petit Poucet sont accompagnés par les grandes pages illustrant l'histoire, les personnages...
© Philippe LECHERMEIER et Rébecca DAUTREMER/ Gautier Languereau

L'humour du texte est ici amplifié par ces imageries de nourriture et de non-sens. Les détails sont fabuleux, très précis au style photographique pour le réel. Des croquis aussi très détaillés sur des machines, des éléments importants comme le corset de Popote, les Bottes de 7 lieux, apportent un côté presque scientifique à l'histoire et les cartes, les plans amplifient cette impression de grande aventure. Il reste cependant des pages ouatées, magnifiques de douceur, pour les moments de liberté, d'attente. Et les personnages sont magnifiques, avec bien-sûr une mise en avant de la beauté du Petit Poucet et de Maricrotte, la petite voisine...


Rébecca Dautremer - Journal Secret du Petit Poucet par Librairie_Mollat

jeudi 11 février 2010

Swing café


J’étais déjà conquise rien qu’à lire la quatrième de couverture alléchante : ce fabuleux Carl NORAC s’associant à une créatrice de bel univers, Rébecca DAUTREMER. "Swing café" de Carl NORAC et Rébecca DAUTREMER.

Carl NORAC nous propose une découverte du jazz. Oui des extraits de grands standards du jazz se faufilent ça et là et nous mettent en joie, oui la voix de Jeanne BALIBAR offre un défilement doux, rythmé, elle est à la fois nonchalante, chaloupée et très séduisante.

Mais… et surtout, ce sont les mots de NORAC qui me portent. Une cigale chanteuse, zazou, veut partir en Amérique mêler sa voix aux musiques jazzies. Nous la suivons dans ses pensées et ses rencontres. Une aventure d’insectes dans le monde des hommes jusqu’à un café, le Swing café, milieu des musiciens.


Je suis sous le charme, de cette histoire pouvant s’adresser aux plus jeunes par une lecture souple mais aussi pour tous ces détails, ces approches, ces accroches. Des indices d’entomologiste, une finesse des situations et de caractères typés et des moments de vie à la musicalité enfin perceptible.

Les métaphores scintillent, les jeux de mots apportent une touche de poésie supplémentaire : « A la batterie, la seule abeille qui a horreur des fleurs. Quand elle frappe, l’air est fouetté. Après, c’est du miel. » Le parfum d’une cigale, le vol d’un insecte, la danse entre les gouttes d’eau ou encore ce Chinatown sous la pluie et ces nouilles comme des serpents mous. J’en redemande, je mets en boucle, je dévore, note et continue à m’émerveiller à chaque lecture/écoute. Oh oui ces extraits mis à propos au rythme fou, ce phrasé anglophone parfois qui interpellent. Une leçon de swing, une leçon de chose aussi. « « Piano édenté, pour jouer une note sur deux. » C’est bien assez. Un piano pour moi toute seule. Je ne sais pas jouer. »

Et puis il y a ces illustrations. Rébecca DAUTREMER sublime le texte. Là les insectes ressemblent à des humains et ce sont les humains, qui eux ressemblent à des fantômes de papier. Le monde est onirique même si la chaleur, la tristesse, la misère ou l’ambiance chaude d’une musique de jazz se dégagent. Une ombrelle de doryphore, un chapeau fleuri que j’aimerais porter etc…. Les teintes sont sombres, presque feutrées, de celles que l’on rencontre dans un café mal éclairé, des couleurs chaudes, presque couleurs café et des collages de photos d'époque… j’aime beaucoup, comme un rappel aussi aux couleurs de peau chocolats des premiers jazz(wo)mans.

Nous en ressortons avec des rythmes, des intonations et des sonorités, phonologies plein la tête. L'interview de Carl NORAC et de Rébecca DAUTREMER vous donnera peut-être encore plus envie. Vous n'aviez pas encore la volonté de vous jeter dessus... allez, allez l'atterrissage est bien doux!