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jeudi 21 juin 2018

"Il lui vint soudain à l'esprit que la cabane de Vola ressemblait à un nid. [...] Oui. Un nid secret, à l'abri, entouré d'arbres. Loin de tout." - Pax et le petit soldat

"La gentillesse inattendue de Vola déstabilisait toujours Peter. Parfois, elle lui ordonnait sèchement d'exécuter une dizaine de tractions, ou mimait une explosion devant son visage pour lui déconseiller de s'approcher. Dans ces sas-là, il se sentait dans son élément, comme chez lui. Mais de temps en temps, elle massait ses épaules endolories avec un onguent, ponçait les échardes de ses béquilles, ou abandonnait ses corvées pour lui préparer une tasse de chocolat chaud; il comprenait alors combien elle faisait d'efforts pour qu'il devienne fort et indépendant, et il se sentait coupable.
Il se sentit coupable tandis qu'il enveloppait les crosses dans le tissu doux; il lui dit donc ce qu'il supposa qu'elle voulait entendre:
- Vos nièces devaient être très contentes d'avoir de si beaux cadeaux.
Mais il en doutait. Ses nièces avaient probablement jeté à la poubelle ces marionnettes aux yeux morts, squelettiques comme des rats, le soir même où elles les avaient reçues. Pas de cauchemars.
Vola haussa les épaules, mais Peter se rendit compte que ses mots lui avaient fait secrètement plaisir, et sa culpabilité se dissipa un peu."
(extrait de "Pax et le petit soldat" de Sara PENNIPACKER, Gallimard Jeunesse; dessin de Jon KLASSEN non extrait de ce livre qu'il illustre pourtant)

vendredi 4 mai 2018

Le Tunnel du Silence - Voyage à Zorgamazoo


""Tais-toi! dit-elle tout bas. Pas un bruit, pas un son!
Et puis au moindre pas surtout fais attention.
On est presque arrivés, mais le dernier morceau...
Pourrait s'avérer le passage le plus costaud.

La carte signale ici une forêt d'aiguillons,
De cornes et d'épines suspendus au plafond.
(Le plan dit "stalactites"... mais moi je me demande:
S'il n'y aurait pas eu un problème de commande...)
Alors, pour avancer sans se faire scalper,
Il faudra de courage et de cran nous armer!
Ces pointes sont fragiles, c'est précisé ici,
Elles se décrocheront au plus infime bruit!
Entendu, Mortimer? Je te fais confiance!
Nous allons traverser... le Tunnel du Silence."

Dans le fameux passage, il n'y avait pas un son...
Mais un drôle d'effet d'insonorisation:
Pas un bruit ne filtrait dans l'étrange corridor...
Le Tunnel du Silence était calme comme la mort.

Alors, à pas de loup, ils avancèrent tout droit,
Un oeil sur le plafond, source de leur effroi.
Ces effrayants piquants, pointus et menaçants,
Ressemblaient à des doigts dans un terrible gant.

La peu gagnait Morty... Il ne scrutait qu'en l'air,
Oubliant de penser à regarder par terre...
Or jonchant le chemin, juste devant ses pieds,
Plusieurs branches de ronces étaient enchevêtrées.

Le malheureux Morty, quelle ne fut sa surprise,
Quand son pied se coinça, jambe et botte comprises.
Il faut lui reconnaître néanmoins cette prouesse:
Il n'émit pas un son en tombant sur les fesses.
Il tomba, en effet, lourdement en arrière...
Mais la chute produisit comme un bruit de tonnerre."
(extrait de "Voyage à Zorgamazoo" de Robert Paul WESTON)

***

Ce roman pour préadolescents est une petite pépite de bonne humeur et d'intelligence.
Katrina, enfant abandonnée à sa nourrice, se rend compte qu'elle sera la victime d'un docteur lobotomisateur. Elle fuit et rencontre Mortimer, un zorg, bête entre un porc, un ours et un chat, munie de petites cornes et d'une cravate. L'une rêve d'intrigue, d'enquête et d'aventure, l'autre de son logis et de sa quiétude.
Par un concours de circonstance fâcheux, enfin pas tant que cela vu la suite, Mortimer gagne à la loterie le gros lot, un cadeau dont il sera le responsable, la cible, la victime: une grande aventure, des plans, une boussole, pour retrouver les zorgs des campagnes disparus depuis peu.
Tous deux partent et vont (re)découvrir un bestiaire fabuleux, des envies, de l’allégresse, de l'émerveillement mais aussi l'ennui, le désespoir, le gris du monde.

Le tout est poétique, en plus d'être en rimes, et surprend à chaque page, par la police, par le narrateur qui interpelle le lecteur mais aussi par ce déluge de vocabulaire rocambolesque, les fantaisies de l'histoire, les soubressauts.
Le roman peut se lire tel quel mais est aussi bonifié par ses références à toute sorte d'autres contes et légendes. Le monde serait plus beau avec des yeux d'enfant, toujours curieux et émerveillé.


jeudi 5 avril 2018

"Princesse de la rue, soit la bienvenue dans mon coeur blessé* " - Pablo de la Courneuve


"- J'ai besoin de toi, tu vas me laver les cheveux, je n'y arrive pas toute seule...
Pablo respire un grand coup. Il avance, passe la porte, pousse un lambeau de tulle, puis un autre. Ce sont des costumes de danseuse, du temps où la vieille femme était une star et pas la Goule. Punaisés au plafond par leurs bretelles, ils dessinent un labyrinthe de fantômes. La poitrine serrée, Pablo le traverse. Pour se protéger des mauvaises choses, il ne doit pas marcher sur les joints du carrelage. Un pied sur un carreau blanc, un pied sur un carreau noir. Au fond de la pièce, il devine la femme dans son baquet, elle fredonne. Un dernier voile blanc, Pablo baisse les yeux. Elle est là, nue devant lui. Elle frotte ses bras avec une grosse éponge jaune. Sa peau laiteuse absorbe la lumière autour d'elle, comme le halo d'une étoile très loin dans le ciel. Ses seins très blancs, petits et ronds, bougent sur sa poitrine. [...] 
- Ah, tu es gêné, dit la vieille femme en se retournant vers le mur, tu n'as pas l'habitude. Excuse-moi."

J'aurais pu vous décrire ce roman jeunesse, vous parlez de Pablo, colombien venu se réfugier en France avec sa famille, vous mettre sur la voie en parlant d'être transparent, de ne pas faire de vague, de n'être plus là-bas mais pas d'ici, d'être le vaurien d'un autre.
J'aurais pu vous parler des émotions, de l'amitié.
Mais les larmes aux yeux je les ai eu dans cette rencontre, entre cette vieille femme, la Goule, et Pablo. De leurs silences, de leur pudeur, de ce quart de folie, de la bonne humeur, de cette retenue, du moment où ce n'est pas le moment. "Dans son corps de vieille femme, la Goule a plus de vie que bien des gens que Pablo croise dans les rues."
Et puis de marche, encore et encore, plus loin, vers les sommets où l'oxygène se raréfie, où juste plus loin vers le ciel d'où les autres partent. De vélo qui roule aussi, loin, encore, pour laisser ce qui ne peut se comprendre là sur le bas-côté. Du médicament contre la maladie des mots.
Oui, à chaque fois, même dans le plus court texte ou dans un récit de moins de 100 pages comme ici, Cécile ROUMIGUIERE distille des pépites.
(extrait de "Pablo de la Courneuve", Seuil jeunesse; *"La complainte de la Butte", paroles de Jean Renoir)

mardi 21 novembre 2017

J'offre des livres jeunesse... pas vous? 3/... Spécial garçons

Je reprends mes billets idées cadeaux, les fêtes approchent.

Oui encore une différenciation de genre qui n'en est pas une. Parce que souvent nous cherchons par catégorie et que c'est bien pratique. Voici des suggestions que les aventurières en herbe voleront à leur frère ou cousin.

Parce que les garçons peuvent se lover dans un fauteuil et partir découvrir le monde et leur monde intérieur. Ils ont le droit aux aventures, aux monstres qui ne sont pas juste sur les écrans, aux bastons, aux coquards mais aussi à de la sensibilité.

Des liens sur des billets entiers ou une très brève description.

****

Pour les plus jeunes:
- des albums



"Charles à l'école des dragons", "Charles prisonnier du cyclope" et "Charles amoureux d'une princesse" d'Alex COUSSEAU et illustrés par Philippe-Henri TURIN, je parlais du premier ici, du second
La série des "Émile" de Vincent CUVELLIER et illustrée par Ronan BADEL, j'en parle ici et ... facétieux, inconvenant, tout bonnement à adopter
La série des "Sales histoires de Félicien Moutarde" de Fabrice MELQUIOT et illustré par Ronan BADEL dont je parlais ici
"L'été de Garmann", "La rue de Garmann" et "Le secret de Garmann" de Stian HOLE
"L'ile aux trésors" de Robert Louis STEVENSON, adapté par Stéphane FRATTINI et illustré par Sébastien MOURRAIN dont je parlais ici
"Jo singe garçon" de Béatrice ALEMAGNA

- des bandes dessinées


La série des "Billy Brouillard" de Guillaume BIANCO: les aventures (ici la première), les encyclopédies curieuses et bizarres (bestiaire, ici sur les chats), les comptines malfaisantes
"Esteban" de Matthieu BONHOMME, en 5 tomes, où une aventure en mer d'un jeune indien sur un baleinier.
"Le sauvage" de David ALMOND et illustré par Dave McKEAN dont je parle ici
"Ralph Azham" de Lewis TRONDHEIM et ce lapin mis au banc de son village pour sa capacité à découvrir les femmes enceintes (fidèles ou non) et qui deviendra rebelle et sauveur de son peuple.
Tous les Snoopy de Charles Monroe SCHULZ parce que ces enfants, seuls au centre des histoires, sans adulte, parle de l'enfance mais aussi des réflexions de vie.
"Calvin et Hobbes" de Bill WATTERSON: un très jeune garçon et sa peluche tigre qui prend vit quand ils sont seuls. Des aventures, du fantastiques, des réflexions d'un petit cancre rêveur.
"Kitaro le repoussant" de Shigeru MIZUKI pour entrer dans l'univers des monstres et des fantômes japonais avec un humour un peu pipi caca (exemple le vainqueur du concours de natation est un kappa péteur)


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Pour les pré-adolescents


"Moby Dick" adapté d'Herman MELVILLE et illustré par James PRUNIER (les deux couvertures correspondent au même album) dont je parle ici
"Le garçon qui voulait devenir un être humain" adapté de Jorn RIEL et illustré par Christel ESPIE dont je parlais ici
"Méto" d'Yves GREVET un garçon d'une maison d’éducation comprend qu'il y a plus que cet univers, trois tomes fabuleux!
"Les aventures de Tom Sawyer" de Mark TWAIN dont je vous parlais ici ou "Les aventures de Huckleberry Finn" avec la traduction plus proche de l'original de Bernard HOEPPNER
"La grande épopée des chevaliers de la table ronde" de Sophie LAMOUREUX et illustré par Olivier CHARPENTIER, je parle du tome 1 ici.
"Harold et les dragons" de Cressida COWELL à l'origine du dessin animé "Dragons"
"Jonas le requin mécanique" de Bertrand SANTINI dont je parlais ici
"Hugo de la nuit" de Bertrand SANTINI où il est question de fantômes, de rêves.


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Pour les adolescents:


"Max et les Maximonstres" de Dave EGGERS dont je parle ici
"Le cas Jack Spark" de Victor DIXEN en 4 tomes, été, automne, hiver et printemps (en attente de réédition): une fabuleuse relecture des contes de fées dans un monde moderne. Les contes ne seraient que des versions enfantine d'une peur réelle. Les ogres, fées et autres deviennent ici des personnages à vous glacer le sang, ici et des extraits et je vous parle du tome 1 ici . J'attends toujours le tome 4: le printemps!
"Le chaos en marche" de Patrick NESS en 3 tomes, "La voix du couteau", "Le cercle et la flèche" et "La guerre du bruit". Magnifiques romans de science-fiction que vous pourrez trouver aussi dans les rayons adulte.
"Les trois vies d'Antoine Anacharsis" d'Alex COUSSEAU dont je vous parle

mardi 17 octobre 2017

Dans les tiroirs jeunesse

Faire du tri, pas encore de tri par le vide mais une autre manière de présenter les étagères.

*Norman Rockwell "Crackers in bed"

Ici la littérature jeunesse dont j'aime tant parler. Quelques pistes...

L'âge du lecteur:
- la catégorie "Maman ou Papa lit" : les livres lus par les parents, limite d'âge aucun et le plus tôt sera le mieux
- la catégorie "Je lis seul": à partir de 6 ans
- la catégorie "Premiers romans" : les premières propositions de lecture assez longue, à partir de 9 ans
- les "romans pour adolescents" sont un peu à part, pris seuls

Les thèmes abordés:
- L'adolescence
- L'alimentation
- L'amitié
- L'amour
- L'architecture
- L'art
- L'autisme
- L'autre
- L'aventure
- L'école
- L'écrit
- L'enfance
- L'histoire
- L'univers
- la beauté
- La communication
- La mort
- La musique
- La mythologie
- La nature
- La nuit
- La philosophie
- La propreté
- La religion
- La sagesse
- La temporalité
- La vie
- Le corps
- Le fantastique
- Le handicap
- Le monde
- Le respect
- Le voyage
- Les chats
- Les chevaliers
- les chevaux
- Les contes
- Les couleurs
- Les dangers
- Les dragons
- Les émotions
- Les filles
- Les garçons
- Les indiens
- Les légendes
- Les loups
- Les mathématiques
- Les monstres
- Les ogres
- Les parents
- Les pirates
- Les rêves
- Les sciences
- Noël

Les idées cadeaux:
- Spécial documentaires
- Spécial filles
Et j'ai aussi parlé ailleurs, voici ici quelques autres billets de littérature jeunesse

jeudi 28 septembre 2017

"Je n'étais peut-être rien" - Le loup des sables




- [...] Vous étiez partis faire du vélo et dormir sous la tente et je n'ai même pas eu le droit de venir!

- Mais c'était avant que tu sois là! expliqua son papa.
Avant qu'elle soit là? Zackarina observa plus attentivement la photo. Une tente, deux vélos. La forêt, le ciel et la pluie. Deux personnes heureuses, sans Zackarina, qui n'existait pas encore...
"Je n'étais nulle part", songea-t-elle, et elle se sentit incroyablement seule.
[...]
"Mais non, ce n'est pas possible", se reprit-elle. Ça semblait si triste et décevant de ne pas exister, puis soudain de se trouver dans le ventre de sa maman, de naître et de devenir enfin un bébé.
Un volcan peut-être? Une pierre?
"Non, pas moi, se dit-elle. Pas une pierre..."
[...]
J'étais le vent, pensa-t-elle. Le vent dans le ciel a soufflé sur la pluie, et la pluie est tombée pendant des centaines de jours, et tous les gens étaient fâchés car ils étaient trempés jusqu'aux os. Mais, dans une tente sous la pluie, deux personnes étaient heureuses. C'est comme ça que j'ai trouvé maman, et que maman m'a trouvée, puis ensemble nous avons trouvé papa."
- Et voilà comment je suis devenue ce que je suis, conclut Zackarina, songeuse.
- Comment?
- La photo dans la tente sous la pluie.
- Je l'aime bien, cette photo, souffla rêveusement son papa.
- Moi aussi, dit Zackarina."
(extrait de "Le loup des sables" de Asa LIND et illustré par Violaine LEROY, je vous disais tout le bien que j'en pensais; Bayard jeunesse)

jeudi 24 août 2017

Littérature estivale

En vacances, encore. Une semaine et hop une bronchite carabinée! Encore heureux que j'avais prévu de lire un peu... entre les quintes de toux et les états d'intense fébrilité,



Metin ARDITI "L'enfant qui mesurait le monde", un architecture s'exile dans une île grecque, celle où sa fille est morte. Il cherche la solitude et pourtant le village l'accueille et un couple mère-fils l'intrigue. Il revient à la vie en découvrant la beauté du paysage, en s'investissant auprès de ce garçon un peu particulier. Les actes des villageois pour cet enfant autiste épris de chiffres et de rituels et les reprises de l'amitié et de l'amour en font un beau roman.
Thomas LAVACHERY " Björn le morphir"*, après avoir lu le premier tome de la version BD dessinée par Thomas GILBERT, revenir à l'original. Une aventure incarnée par un héros qui ne paye pas de mine, Björn, timide, mou, pas très doué pour les armes dans ce monde de vikings courageux. Une "larve" emprisonnée avec les siens, famille, amis et serviteurs, dans la maison familiale. La tempête de neige bat son plein à l'extérieur. Et puis dans les moments les plus délicats, Björn rêve et se découvre un talent de combattant hors paire, c'est un morphir, un viking d'exception venant de nul part. Une belle aventure qui se poursuit dans d'autres tomes où les légendes nordiques se mêlent à une magnifique et fantastique ennemie: la neige, incarnée elle fait vraiment peur.
Jeanne BENAMEUR "Profanes", un médecin de 90 ans choisit de mettre de la distance entre lui et la mort, pas un discours médical, pas un discours sentimental. Seul dans sa grande maison, il s'entoure de quatre personnes qui viendront à son service sans s'effacer mais sans obligation de dialogue. Ce sont les profanes, chacun apportant son malaise à vivre, son appétit pourtant. Chacun en prise avec une langueur et le vieil homme avec ses souvenirs. Il se prépare à mourir et pourtant l'alchimie de ce magnifique quintet lui réapprend la vie.Sublime roman plein de poésie sur l'amour, la culpabilité à être en vie, la pulsion vitale, les souvenirs et le partage.


Malorie BLACKMAN "Entre chiens et loups tome 1"*, les rapports de pouvoir sont inversés, le monde est gouverné par la population noire, les primas, reléguant les blancs, les nihils, aux basses œuvres, aux éducations de mauvaises qualités et aux habitations mal famées. Mais Séphy aime Callum, son ami d'enfance. Elle noire, fille du premier ministre, lui blanc fils de la gouvernante. Et puis année après année la situation se dégrade, le racisme primaire laisse la place à une haine farouche, le fatalisme à du terrorisme. Comment faire quand tout vous sépare? Choisir les seules options convenues, choisir la révolution? Est-ce que l'amour survivra a ses conditions de vie? Une belle proposition pour les adolescents.
Victor DIXEN "Animale tome 1, La Malédiction de Boucle d'or", Blonde vit recluse dans un monastère. Elle est toute chétive, blanche comme transparente, ses lunettes aux carreaux bleus la mettant à l'abri de l'intensité de la lumière. Elle est la sous-fifre des autres pensionnaires qui ne font que passer ici avant d'être destinées à un mari. Blonde restera enfermée toute sa vie et pourtant. Une visite nocturne l'interpelle, des écrits la secouent, des compagnons artisans l'intriguent. Cette adolescente à la chevelure d'or n'est qu'une chrysalide qui s'ouvre sous nos yeux. Victor DIXEN est un talentueux auteur revisitant les contes de fées. Je l'ai suivi avec enthousiasme dans "Le cas Jack Spark", ici c'est la mièvrerie de Boucle d'or et les trois oursons qui vole en éclat. En s'appuyant sur des contes et légendes nordiques, Blonde se révèle femme et animale, puissante et condamnée. Encore une version à dévorer, ce premier tome se suffit à lui-même mais il est suivi d'une version de la reine des neiges.
Christelle DABOS "La Passe Muraille tome 1, Les fiancés de l'hiver"* (* quoiqu'il existe en format adulte avec le texte inchangé). Ophélie est une héroïne toute ordinaire, mal fagotée, très maladroite, pas engageante, avec aucune ambition autre que de rester tranquillement chez elle. Sauf qu'elle est une liseuse, ses mains savent lire l'histoire des objets et une impression du vécu des humains qui les ont utilisés. Par un mystère incroyable elle est choisie pour devenir la princesse d'une autre contrée, elle aussi terre-espace flottant autour du noyau du monde. Chaque parcelle est gouverné par un esprit, elle va devoir suivre son fiancée Thorn le dragon au Pôle.
Ce roman est foisonnant d'inventivité, de fantaisie. Ophélie est prise au piège de mœurs complètement farfelues et d'intrigues où sa vie ne vaut pas grand chose, ou peut-être que si justement. Chaque page vous entraine dans les stratégies perverses de ces êtres pas si humains aux pouvoirs étranges et effroyables. C'est bien mené!
Timothée de FOMBELLE "Tobie Lolness tome 1"*, un adolescent pas plus gros qu'une punaise vit dans un grand chêne avec sa famille. Son père est un scientifique et intellectuel reconnu jusqu'au jour où ses recherches le poussent à plus de vigilance: la vie sur l'arbre serait en danger et une vie existerait en dehors de l’arbre: hérésie. Ils sont exilés et le gouvernement de l'arbre se durcit, une dictature se met en place et le danger est encore plus grand, à long terme pour tous les habitants et à court terme, il faut enfermés les Lolness, découvrir leur dernière invention et les faire taire. Tobie Lolness se sauve et découvre un pan de la vérité. Cela donne vraiment envie du second tome!

Oui beaucoup de mes lectures sont destinées à la jeunesse ou pour les ado mais il n'empêche, ce fut bon! (Je leur ai mis un astérix!)
***

Il manque les bandes dessinées, elles suivront...

dimanche 16 avril 2017

"Habituellement, je n'aime pas les concours car je suis affreusement déçu si je ne gagne pas, mais j'aime toujours chercher des oeufs." - Les mémoires de papa Moomin


"- Cher peuple! Chers sujets loufoques, écervelés et turbulents! Vous avez reçu ce qui vous convient le mieux. Vous ne méritiez ni plus ni moins. Dans Notre sagesse centenaire, Nous avions réparti les œufs dans trois sortes de cachettes: premièrement dans les endroits qu'on rencontre obligatoirement si l'on court ça et là ou si l'on est trop paresseux pour chercher. Ces prix-là sont bons à manger. Deuxièmement dans des endroits que l'on trouve à condition de chercher calmement, avec méthode et science. Ces prix-là sont utiles à quelque chose. Mais, troisièmement, nous avions choisi des cachettes qu'on ne peut découvrir sans être doué d'imagination. Et ces prix-là ne servent strictement à rien. Écoutez-moi bien, chers sujets incorrigibles! Qui d'entre vous a cherché avec le plus de fantaisie: sous les pierres, dans les ruisseaux, à la cime des arbres, dans les bourgeons de fleurs, dans ses propres poches ou près des fourmilières? Qui donc a trouvé les œufs 67, 14, 890, 999, 223 et 27?
- Moi! criai-je si fort que je sursautai, confus. Une toute petite voix se joignit à la mienne:
- 999.
- Avance, pauvre troll, dit le Souverain. Voici les lots inutiles du fantaisiste. Aimes-tu cela?
- Énormément, Votre Majesté, dis-je dans un soupir de bonheur en voyant, émerveillé, ce que j'avais gagné."
(extrait de "Moomin, les mémoires de Papa Moomin" de Tove JANSSON, Le petit lézard)

mardi 7 février 2017

L'île du temps perdu

C'est avec plaisir que je retrouve cette auteure italienne. "L'île du temps perdu" de Silvana GANDOLFI est un court roman plein de douceurs et de vivacité.


Deux enfants, Giulia et son amie Arianna, se perdent dans une mine lors d'une sortie scolaire. Dans le noir, puis sur l'île. Un volcan expulse sur ces pentes tout ce qui a été perdu sur terre. Elles comme les objets, elles comme les monuments, elles comme les musiques pas encore écrites, elles comme les émotions.
Elles rencontrent les enfants habitant l'île. Passablement gentils jusqu'à ce qu'ils poussent dans une crevasse un vieux grand-père désorienté lors d'une sortie de sa maison de retraite. Comment choisissent-ils ceux qui ont le droit de vivre et les autres? Il faudrait avoir envie de rester sur ce lieu magique, ne pas souhaiter retrouver sa vie d'avant. Mais ce n'est peut-être qu'un qui-pro-quo. Jour après jour, elles découvrent tous les habitant, les enfants, les adultes, les perdus pour tous même pour l'humanité et l'existence des atolls d'îles par zone géographique de lieux de perte.
Les repères temporels sont différents, pas de véritable nuit, pas d'heure mais les grondements irréguliers du volcan. Cela ressemble à un pays merveilleux. Sur cette île, ceux qui se sont perdus, ceux qui sont à même de paresser, de rêver, de perdre du temps, de perdre le temps. Il y a même dans les trouvailles autour du volcan des magnifiques émotions (espoir, patience, courage, mémoire) à se masser sur le corps contenus dans du plancton ou des lapilli volcaniques. Prendre soin de ses rêveries, de soi.
Le lieu est magique mais il est aussi voué à se détériorer. N'existe-t-il pas derrière le marais des cannibales? Humains perdus comme tous mais ayant respiré près de fumerolles toxiques, le temps noir. Apathiques, se mangeant les uns, les autres, même eux-même. Le gaz ne serait-il pas en train de se répandre? Le marais les séparera-t-il toujours? Mais le monde réel est le pire dans ce désastre annoncé.
"[...] toutes ces fumerolles correspondent à du temps perdu, mais pas celui des insouciants, pas celui qui nous fait vivre. En face jaillit le temps que les gens perdent sur Terre par stupidité, par manque d'initiative. Le temps gâché à cause de bureaucratie, des embouteillages. Tu comprends? C'est un temps destructeur, noir, qui dévore celui qui le subit."
Il faudra prendre ses responsabilités, choisir l'action, vivre sur l'île ou retourner à la vraie vie... pour ceux qui peuvent.

Et puis le livre est un roman, l'auteure le précise mais elle ajoute aussi qu'il s'agit d'une histoire racontée par Giulia: ce seraient ses souvenirs d'enfance. mais comment croire une telle chose? C'est trop merveilleux et angoissant? Silvana envoie des lettres à son amie, l’héroïne, pour l'informer de son avancée dans la rédaction de l'histoire. Elle doute, la questionne et rêve que l'île est vraie.

A travers ce conte, l'enfance se dévoile dans sa spontanéité, son indolence, son oisiveté (cf extrait), comme des qualités à préserver. Les adultes, qui les conservent, eux, sont encore des rêveurs, des découvreurs ou des mal adaptés. Le livre tente de faire un pont entre le merveilleux et le monde adulte, la paresse comme construction de soi, retour à soi et la vraie vie. C'est doux et chaud!


L'oisiveté - L'île du temps perdu




"Chère Giulia,

[....]
Au fait, est-ce que tu trouves que je me fais bien comprendre quand je parle d'"oisiveté"? Ou bien, à sa parution, y aura-t-il des adultes pour interdire ce livre à leurs enfants, en prétextant qu'il ne faut jamais rester à ne rien faire et que l'oisiveté est la mère de tous les vices; que qui ne fait rien n'a rien et que, même dans Pinocchio, il est dit que c'est une très vilaine habitude dont il faut se débarrasser dès le plus jeune âge!
Bien entendu, l'oisiveté de l'île, c'est autre chose: c'est réussir à se confronter avec soi-même sans s'ennuyer, s'intéresser à des choses insignifiantes, comme le vol d'un moustique, pour y découvrir la mélodie du soleil et les lois de l'univers.
Mais c'est aussi décider que si l'on veut faire quelque chose, quoi que ce soit, alors cela vaut la peine de le faire avec énergie et passion pour que ça réussisse. Sans oublier, cependant, que l'action est juste l'une des manières de vivres, et non la seule.
Pour résumer, l’oisiveté est l'art de faire en ayant l'air de ne rien faire.
Tu es d'accord avec ça?
[....]
S."
(extrait de "L'île du temps perdu" de Silvana GANDOLFI, éditions Les Grandes Personnes - j'en parle là; source photo de Kate T.PARKER)

jeudi 2 février 2017

Sally Jones

Hum, hum, une narratrice gorille, une belle couverture. Oui, j'étais déjà presque conquise avant de lire "Sally Jones" de Jakob WEGELIUS.

© Jakob WEGELIUS/ Thierry Magnier

Nous le savons tout de suite, Sally Jones, d'un seul tenant pour l'interpeller - parce que les gorilles n'ont pas un prénom et un nom mais un seul patronyme -, est douée. Elle comprend le langage humain, sait lire et écrire - mais pas parler - et a de sacrées compétences en mécanique. Ce roman est son histoire, sa quête de la vérité après que son employeur et ami, Henry Koskela dit le Chef, se soit fait incarcérer à tort pour meurtre.
Ils sont arrivés à Lisbonne sur le bateau de Chef, une escale pour trouver une cargaison à transporter afin de renflouer les caisses. Un homme à la moustache fine leur propose le cheminement de carreaux de faïence, azulejos. Mais ce travail entrainera la perte du Chef. Il est arrêté et Sally Jones doit s'enfuir. Elle s'enfuit à travers une ville où personne ne veut d'elle, où elle fait peur. Elle est recueillie par Ana et Mr Fidardo.

© Jakob WEGELIUS/ Thierry Magnier

Son ami emprisonné pour 25 ans, elle décide de l'attendre, de lui rendre la vie plus douce et de prouver son innocence. Au fil des chapitres son enquête l'amène à se cacher pour ne pas risquer d'être enfermée dans le zoo de la ville, tuée, vendue... Et là voilà qui part en Inde avant d'être capturée.

Ce gros roman de plus de 500 pages se lit d'une traite. L'aventure est au rendez-vous, par les toits, par bateaux, trains ou avions, dans des conditions de bête incarcérée, de travailleuse ou de luxe. Parce que oui, Sally Jones est une bosseuse: elle est mécanicienne marine mais se voit aussi repriser des chaussettes, éplucher des oignons, réparer des accordéons, espionner un harem.
Elle nous enchante en jouant aux échecs, en luthier improvisé, en animal impulsif et affectueux.
Les personnages sont truculents, l'atmosphère sensorielle (colorée mais aussi musicale avec le fado, gustative avec quelques spécialités portugaises dont les pâtisseries pastei de nata ou les boissons d'homme). Les tribulations de ce gorille nous entrainent dans des enjeux politiques et commerciaux mais aussi dans des jeux de pouvoir, d'intimidation, d'amitié et de tendresse entre humains et entre humains et animal.

Le choix anthropomorphique est un parti-pris bien mené: Sally Jones comprend les hommes, se lie d'amitié, vit avec eux et même travaille mais elle reste ce grand singe un peu effrayant, déroutant les individus et entrainant une autre manière de voir les situations.
L'auteur, Jakob WEGELIUS, illustre aussi ses pages avec le portrait des personnages principaux, dessins de début de chapitre ou carte des voyages de Sally Jones entre le Portugal et l'Inde jusqu'au Pendjab.
Cela donne envie découvrir la première partie de la vie de Sally Jones, avant qu'elle ne rencontre le Chef, soit "Sally Jones, la grande aventure".

dimanche 22 janvier 2017

Les parfumeuses - Warren 13


"- Inutile de t'inquiéter des parfumeuses, répondit Annaconda. Le village le plus proche est à une demi-journée de voyage. Jamais elles ne nous trouverons ici.
- Pardon, Votre Obscurité, mais qu'appelle-t-on une parfumeuse?"
Annaconda gémit.
" D'accord! Discutons-en."
Elle baissa les yeux vers le manuel et frissonna comme si un souvenir oublié lui revenait. L'image montrait une belle femme aux bras et aux jambes couverts de tatouages floraux.
"S'il l'arrive de rencontrer une parfumeuse - c'est très improbable -, tu ma reconnaîtras d'emblée à ces tatouages. Elle gagne une fleur à chaque sorcière qu'elle capture. Les meilleures parfumeuses en ont des centaines.
- Mais pourquoi nous capturent-elles?
- Parce qu'elles sont soi-disant de bonnes sorcières, adeptes de la magie blanche et désireuses d'aider. Ridicule! Pourquoi voudrait-on aider? Ces ignobles créatures flairent la magie noire. Elles sont capables de détecter une sorcière par l'odorat.
- Affreux! dit l'apprentie.
- Pire encore, continua Annaconda, elles savent que nous sommes vulnérables quand nous jetons des sorts, c'est donc dans ces instants qu'elles frappent. Elles nous attirent dans des flacons de parfums où nous demeurons à jamais enfermées."
(extrait de "Warren 13" de Tania DEL RIO et illustré par Will STAEHLE, édition Grafiteen)

lundi 2 janvier 2017

La grande épopée des chevaliers de la Table Ronde

Je l'attendais depuis longtemps celui-ci. Nous avions bien abordé ce thème mais avec des livres où les personnages n'avaient que quelques pages pour s'illustrer. Ici ils ont le temps de prendre de la couleur et une réputation.

© Sophie LAMOUREUX et illustré par Olivier CHARPENTIER/ Actes sud junior


Ce premier volet de 50 chapitres, "La grande épopée des chevaliers de la table ronde, Arthur et Merlin" de Sophie LAMOUREUX et illustré par Olivier CHARPENTIER, nous présente Arthur avant la Table Ronde. Élevé par ce couple de seigneurs partis dans une province reculée et tranquille. Petit frère de Keu, soumis aux mêmes apprentissages pour devenir chevalier mais trop jeune. S'entrainant seul dans la forêt. Arthur a été élevé avec le respect de l'éducation chevaleresque et les récits des héros, dont ceux du roi Uther Pendragon ou de ce mystérieux Merlin.
La situation politique se fracture, le roi a été tué, il lui faut un successeur au trône de Bretagne, un chevalier qui se démarque par son courage et ses qualités aux jeux. Et non, Merlin demandé à l'aide indique que le roi sera élu par dieu. Il suffit d'attendre un signe divin, ce sera la fameuse épée coincée dans le rocher.

© Sophie LAMOUREUX et illustré par Olivier CHARPENTIER/ Actes sud junior

Arthur découvre alors qu'il sera roi et accepte pour prouver sa valeur de se mettre à l'épreuve et part de part son pays (et en Normandie) vaincre les méchants. Ce seront les combats du chevalier au papegau, car Arthur laisse de côté son nom pour n'être reconnu que par ses actes et est accompagné depuis peu par ce perroquet en cage tenue par un nain muet.
La destinée d'Arthur est en avant, le jeune garçon devient un jeune homme, part de chez lui, découvre sa vraie identité, rencontre dragons rouge et blanc, ogre, géant, Chevalier poisson, Lancelot mais aussi de belles créatures, une inconnue qu'il reconnaitra et Guenièvre bien-sûr.
Le courage, la force, la tactique mais aussi d'énormes doutes ravivent le jeune Arthur. Merlin et Morgane apparaissent dans toute leur complexité.

© Sophie LAMOUREUX et illustré par Olivier CHARPENTIER/ Actes sud junior

Les illustrations d'Olivier CHARPENTIER sont faites de pages très colorées et utilisant le noir comme couleur, les personnages sont presque aussi flous que le fond, délimités par des aplats de couleurs et quelques détails graphiques. Il saisit une atmosphère, propose comme des gravures sur fond mouillé.


Que dire: nous attendons la suite avec impatience! En attendant, nous lisons d'autres versions, "Merlin" de T.A.BARRON mais aussi ce très bon livre à picorer par thèmes "Arthur, roi d'hier et d'aujourd'hui" de Kevin CROSSLEY-HOLLAND et illustré par Peter MALONE (que je recommande vu la profusion de références historiques, légendaires et littéraires qu'il fournit). "Au pays du Roi Arthur" de Nicolas CAUCHY et illustré par Aurélia FRONTY comme de petites mises en bouche sur Arthur, Lancelot ou Perceval ou le dernier magazine Contes et légendes.


jeudi 24 novembre 2016

"Il parlait anglais aux personnes, français aux chats et latin aux oiseaux." - Le ciel nous appartient

"Imaginez la nuit dotée d'une voix. Ou bien le clair de lune s'adressant à vous. Ou imaginez encore que l'encre ait des cordes vocales. Donnez à ces choses un visage fin aux traits aristocratiques et aux sourcils en pointe, de longs bras et de longues jambes, et vous saurez ce que la fillette aperçut quand elle fut extraite de son étui à violoncelle pour être mise à l'abri. Charles Maxim - ainsi se prénommait son sauveur - décida, en soulevant l'enfant de ses grandes mains, les bras tendus comme s'il s'agissait d'un pot de fleurs percé, qu'il la garderait."
(extrait de "Le ciel nous appartient" de Katherine RUNDELL, éditions Les grandes personnes; source Victorian Star Wars Picture de Terry FAN)
... ou comment faire un portrait (aide CM2)

mardi 22 novembre 2016

"Chaque mois, c'est quand même un peu casse-pieds..." - Quatre soeurs, Bettina


"- Quand une fille a ses règles pour la première fois, une mère est censée dire certaines choses.
- Quoi par exemple?
- Eh bien, il convient de dire : "tu es une femme, ma fille" ou "tu es grande maintenant, fais attention avec les garçons."
- Mais ce n'est pas ça que tu vas me dire?
- Ah si! Ce genre de propos peut encore avoir cours. Mais il y a ce qu'on dit plus rarement. Pour moi c'est comme porter, quatre ou cinq jours par mois, un diamant caché, même si tu es fringuée comme une voleuse de poules. C'est porter un objet précieux à l'insu de tout le monde, une plaisanterie très privée, rien qu'entre toi et toi.
- Une plaisanterie? Ah, tu trouves?
- Ce que je préférais quand j'étais encore de ce monde, c'était marcher sur la plage ces jours-là. J'avais la sensation que personne, sauf moi, ne pouvait comprendre avec une telle perfection les vagues et leur mouvement.
- Chaque mois, c'est quand même un peu casse-pieds...
- Ça dépend. Parfois tu penseras quelle idée! Quelle idiotie! Quel fardeau! Quel ennui! Et d'autres fois, tu diras quelle idée (mais sur un ton différent), quelle surprise, quelle chose étonnante! Parfois tu te sentiras délicate. ... d'autres fois incassable."
(extrait de "Quatre soeurs 3, Bettina" de Malika FERDJOUKH et mis en scène par Cati BAUR; édition Rue de Sèvres)

dimanche 13 novembre 2016

Le Chevalier au Papegau découvre la véritable identité du Chevalier Poisson - La grande épopée des chevaliers de la Table ronde

Attention extrait spoiler ou divulgâcheur... mais juste un chouilla, je vous laisse d'innombrables découvertes!


"Était-ce vraiment un chevalier? Arthur n'avait jamais rien vu d'aussi horrible! Le cheval était aussi gros qu'un éléphant, le cavalier aussi énorme qu'un géant! [....]
Arthur recula devant le Chevalier Poisson. Sa seule chance contre un adversaire si terrible était de le fatiguer et de le pousser à la faute. Rendu fou furieux par la résistance d'Arthur, le voilà qui sr démenait comme un ours pris dans un filet. C'était chose la plus stupéfiante au monde, car en tournoyant dans tous les sens et en frappant à l'aveugle, il avait abattu autour de lui une dizaine d’arbres et plus encore, si grands qu'il aurait bien fallu cent bœufs pour les tirer! [....] Les cris de ce terrible ennemi se changeaient en plaintes déchirantes, puis en gémissements bouleversants. Arthur en était ému. Tout à coup, homme et cheval s'écroulèrent, faisant une dernière fois trembler la terre. [....] Il se dirigea lentement vers les corps inertes. [....]
- Ce cheval n'a pas de tête!
Il voulut voir le visage de l'homme. Il saisit le heaume pour lui enlever.
- Voilà qui est étrange! Il est chaud!
Arthur tenta de l'arracher, mais c'était impossible! Il ne faisait qu'un avec la tête! Arthur examina le mort d'encore plus près. La peau était noire et pleine d'écailles comme celle d'un serpent.Et soudain, Arthur comprit: ce n'était là qu'une seule et même créature! Arthur avait entendu parler des centaures, ces êtres à corps de cheval, à buste d'homme. Peut-être celui-là était-il un centaure de la mer?"
(extrait de "La grande épopée des chevaliers de la Table ronde" de Sophie LAMOUREUX et illustré par Olivier CHARPENTIER, éditions Actes sud junior; j'en parle ici)

samedi 17 septembre 2016

La "Alice" - Alice aux pays des merveilles

"Est-ce que, par hasard, on m'aurait changée au cours de la nuit ? Réfléchissons : étais-je identique à moi-même lorsque je me suis levée ce matin ? Je crois bien me rappeler m'être sentie un peu différente de l'Alice d'hier. Mais, si je ne suis pas la même, il faut se demander alors qui je peux bien être ? Ah, c'est là le grand problème !"

(extrait de "Alice au pays des merveilles" de Lewis CARROLL, illustration de Floor RIEDER présente dans la version néerlandaise des aventures d'Alice, hâte qu'elle sorte en poche!)... ce sera l'occasion de replonger dans notre bibliothèque...


dimanche 28 août 2016

Oeuf de mouette - Charlie et la chocolaterie


"Et puis, il a une méthode secrète pour faire de beaux œufs d'oiseaux bleus, tachetés de noir, et si on en prend un dans la bouche, il devient de plus en plus petit jusqu'à ce que, soudain, il ne vous en reste qu'un minuscule bébé oiseau tout rosé, en sucre, perché au bout de la langue."
(extrait de "Charlie et la chocolaterie" de Roald DAHL et illustré par Quentin BLAKE; Folio)

mardi 16 août 2016

La conspiration d'Anubis



"Accroupi devant la corbeille dont il a retiré le linge, Pharaon ne bouge plus. Le serpent noir est dressé devant lui, prêt à frapper.
- L'uræus d'or me protège, murmure Ramsès.
Il parle au cobra, posément, sans accroc de peur dans le ton. Il lui parle du vent, des nuages de sable qui filent d'une dune à l'autre, du chaud des pierres et de l'ombre salvatrice. Il lui parle du bleu du ciel, pur comme une faïence, et de la montagne thébaïne laquée de silence. Bercé par les mots et la musique de la flûte, l'animal se met à dodeliner de la tête, les yeux fixés sur l'uræus. Un son discordant - la voix de canard de Pentaour - rallume brutalement une étincelle mortelle dans don regard."

(Extrait de "La conspiration d'Anubis" d'Alain SURGET, Auzou édition)

lundi 14 mars 2016

"La chaleur rendait nerveux les amis de Moomin le Troll, et ils commençaient à se chamailller." - Moomin, le chapeau de Magicien


"- Maman, demanda Moomin, invente quelque chose à faire pour nous! Nous nous disputons tout le temps et il fait tellement chaud!
- Oui, mon chéri, répondit la maman. Je l'ai remarqué. Je serais contente d'être débarrassée de vous un petit moment. Vous ne pourriez pas aller habiter dans la grotte pendant quelques jours? Il y fait bien plus frais, et vous pourriez passer la journée dans l'eau, si vous vouliez, ça vous calmerait.
- On dormirait dans la grotte? demanda Moomin ravi.
- Mais bien sûr! dit Maman Moomin. Ne revenez pas avant d'être redevenus de bonne humeur!

Quelle aventure d'aller habiter dans la grotte pour de bon! Ils posèrent la lampe à pétrole au beau milieu et chacun se prépara un creux dans le sable, correspondant au mieux à sa forme propre et à sa façon de dormir. Ensuite ils y firent leurs lits. Les provisions furent partagés en six parts égales. Il y avait du gâteau de riz aux raisins de Corinthe, de la purée de potiron, des bananes, des bonbons à la menthe, et une grosse crêpe pour le petit déjeuner."

(extrait de "Moomin, le chapeau de Magicien" de Tove JANSSON, éditions Le petit lézard)

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Oh et Pénélope BAGIEU nous offre d'ici peu une proposition aux éditions Gallimard, Tove JANSSON, à voir ici en grand, entourée d'autres femmes de cran... à suivre