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dimanche 24 décembre 2017

Souhait de Noël


"J'aimerais être une musique, une chanson
que tout le monde connaîtrait, sifflerait, fredonnerait,
que chacun aurait en tête quand il serait amoureux.
J'aimerais que quelqu'un,
m'entendant soudain quelque part,
s'arrête, écoute jusqu'à ce que j'aie terminé,
puis ferme les yeux, pousse un profond soupir
et poursuive son chemin.
Et se souvienne toujours de moi.
Oui, toujours."

(extrait de "J'aimerais" de Toon TELLEGEN et portraits d'Ingrid GODON; éditions Joie de Lire)

mardi 3 janvier 2017

Histoire vraie


"Ce matin, j'ai sauté sur mon bon cheval gris
Et nous voilà partis, tous deux, nous promener.
J'ai été pris en chasse par de fiers bandits
Qui m'ont tiré dessus: aïe, pan, dans mon côté!
Un trou de chat sauvage m'a servi d'abri.
J'ai dû ramper, glisser, afin de m'y cacher.
Des pirates m'ayant trouvé là endormi,
Je me suis vu, d'un coup, d'un seul coup, ligoté
A un poteau - et le feu avait pris
Sous mes pieds : sans mentir, j'ai bien failli crier.
Mais, chance, une sirène, ayant soudain surgi,
A coupé tous mes liens, disant désirant m'épouser.
Alors, j'ai dit : "C'est bon, je reviens mercredi."
Ça, c'était un mensonge, il me faut l'avouer.
Pénétrant dans la jungle en un marais pourri,
Sans un seul guide, hélas, pour pouvoir m’orienter,
Dans les sables mouvants, je me suis trouvé pris.
J'avais beau essayer, ressayer, m'acharner,
Pas moyen d'en sortir. C'est alors qu'a surgi
Une grosse couleuvre appelée Dorothée
Qui à des cannibales bientôt m'a remis
En vue de me rôtir ou de me fricasser.
Mais un aigle opportun, survenant, m'a ravi
Et dans les airs, ô joie, très haut m'a emporté.
Las, dans un lac bouillant il m'a lâché, ahi,
Un lac large d'au moins dis fois dis milles pieds
Où, que pouvais-je faire, à part, perdant la vie -
Eh oui, FINIR NOYÉ."

(extrait de "Le bord du monde" de Shel SILVERSTEIN; éditions Memo)

vendredi 23 septembre 2016

Le lion

"
Le lion, on le sait, de viande est friand.
Rien n’est pour lui plus alléchant.
Demandez donc au roi des animaux,
Quel est pour lui le plus tendre morceau.
Ce n’est pas le gigot d’agneau,
La bavette, le bœuf marengo.
Ce n’est pas le petit cochon,
Ni le ragoût de mouton.
Mais peut-être voudra-t-il d’une grosse poule bien dodue ?
Non vraiment, non merci.
Que veut-il, le têtu ?
"Lion, je suis ton ami : es-tu en appétit,
Et d’un excellent steak ne serais-tu ravi ?
Un pâté en croûte ou un lièvre à la bière,
Te feraient-ils enfin sortir de ta tanière ?"
Avec un fin sourire il hocha la tête,
Et s’approchant de moi tout bas il déclara :
"Le plus tendre morceau n’est rien de tout cela.
Ne te creuse plus la tête : mon déjeuner,
c’est TOI !"
"
(poème de Roald DAHL, illustration Quentin BLAKE)

vendredi 1 avril 2016

Non, merci ! - Cyrano de Bergerac


"Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !"

(extrait de "Cyrano de Bergerac" d'Edmond ROSTAND;  illustration de Rébecca DAUTREMER, issue de "Cyrano" raconté par Taï-Marc LE THANH, livre dont je ne connais rien)

jeudi 31 mars 2016

La p'tite loco bleue


Je l'aime ce poème extrait du "Bord du monde" de Shel SILVERSTEIN dont je vous parlais ici. Le voici comme je l'offre au lutin, ici au chat dont on voit une oreille.



vendredi 25 mars 2016

La gratouille - L'ours qui n'était pas là



"Il était une fois une gratouille.

Ce n'était pas une grosse gratouille.
Ce n'était pas une petite gratouille.
C'était une moyenne gratouille.
Et cette gratouille voulait se gratter.

Il était une fois.

Un peu plus tard, environ un quart d'heure après Il était une fois, la gratouille vit un arbre, et elle alla se gratter contre lui. C'est alors qu'il arriva une chose vraiment bizarre: la gratouille se mit à grandir. Et plus elle se grattait, plus elle grandissait.

"C'est curieux", pensa la gratouille en se grattant de plus belle. Une minute après, une fourrure commença à recouvrir le gratouillement. Puis la fourrure fabriqua des bras et des jambes et un nez... Peu après, la gratouille ressembla presque exactement à ... un ours."

(extrait de "L'ours qui n'était pas là" d'Oren LAVIE et illustré par Wolf ERLBRUCH, La joie de lire)
Ceci n'est pas un poème mais le début de ce fabuleux petit album (grand par le format) et pourtant, il aurait pu, aussi, se suffir à lui même. Je vous parle de l'album

mardi 22 mars 2016

Facéties de chats

 © Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE/ Margot

Benjamin LACOMBE nous a habitués à des albums magnifiquement illustrés. Celui-ci est le pendant plein d'humour et de drôlerie de "Destins de chiens" du même duo (Sébastien PEREZ aux textes) dont parlait si bien Lily. Il ressortira ce printemps, d'ailleurs.

© Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE/ Margot

Ainsi "Facéties de chats" présente quelques histoires de chats au caractère bien trempé. Un portrait encadré où le félin se met en valeur puis dans la double page suivante un moment de vie sous la forme d'un poème.
Maxwell n'est pas un chat de salon, non, non, il vise plus haut. Il est en pleine ascension, du cerisier japonais pour regarder le ciel, ou ascension sociale ?!... Il a raison c'est pile la saison des sakura!
Aristide est bougon, si, si, il a pas l'air très heureux et sa passion est de faire ses griffes sur les lits... au point de suivre un homme juste pour sa propension à acheter un bon matelas.
Hippolyte le sphinx remplacé dans le cœur de sa maîtresse par un barbu ou chevelu.

© Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE/ Margot

Les chats sont espiègles, joueurs, ils passent là où il ne faudrait pas: les touches de piano (parce que non, celui-ci n'a pas d'oreille), un jeu de dominos, près du berceau ou dans une vitrine de restaurant japonais. Ils nous enchantent, par leurs facéties, leur narcissisme, leur égoïsme.
Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE proposent de sacrés animaux de compagnie. Pas toujours les plus adorables mais c'est ce qui nous plait à nous, amoureux des chats: les voir dans des postures affligeantes, sourire de leur mauvaise humeur, s'émouvoir de leur esprit joueur et câlin.

© Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE/ Margot

C'est avec délice que les thèmes de prédilection du dessinateur sont épanouis par l'auteur. Des références culturelles (musicale, cinéphile, romantisme littéraire), un peu de monstres de foire, freaks, pas pour le dégoût mais plus par étrangeté. L'univers de l'un est parfaitement abouti par l'autre. C'est pelucheux sans être doucereux.


© Sébastien PEREZ et Benjamin LACOMBE/ Margot

L'album est très rythmé. Chaque histoire a son quiproquo ou sa chute amusante. C'est délectable jusqu'au bout... et tiens il y a bien les deux chiens du dessinateur... pourquoi donc la dame n'apprécierait pas de mettre ses mains dans son pelage à lui aussi ?

lundi 14 mars 2016

Je pense


"Penser ressemble à une mer, à l'intérieur de ma tête - toujours en train de clapoter, tourbillonner; se déchaîner; parfois secouée de vagues moutonneuses aussi hautes que des maisons, parfois lisse comme un miroir ou scintillante au clair de lune - toujours changeante, toujours pareille, avec le même horizon derrière lequel se cache peut-être la terre, ou peut-être pas.
Et moi? Je suis le vent qui se lève puis retombe, se lève de nouveau et se transforme en ouragan, soulevant mes pensées et me faisant écumer de rage, puis retombe de nouveau.

Et je pense que le savoir est l'eau qui reste sur le sable à marrée basse."

(extrait de "Je pense" de Toon TELLEGEN et illustré par Ingrid GODON; La joie de lire)

samedi 31 octobre 2015

J'aimerais - Un an, dix jours, six heures et dix-neuf minutes


"Voici mon dernier souhait.
Après ma mort, je veux que l'on vérifie
pendant combien de temps on pensera à moi.
Pour cela, il faudra un appareil.
Il n'existe pas encore.
Mais, quand je serai morte, oui.
Écoutez bien.
Ce sera un immemoriamphone.
Après un an, dix jours,  six heures et dix-neuf minutes:
dring dring, dring dring.
Ce sera fini, personne ne pensera plus à moi.
Je serai oubliée pour de bon. Effacée, comme on dit.
Et si plus tard on pense encore à moi
au hasard d'une photo,
et que quelqu'un me montre du doigt et demande: qui est-ce?
et qu'une autre personne se souvienne toujours de moi,
ça ne comptera plus.
Quand on est parti, on est parti.

Alice"

(extrait de "J'aimerais" illustré par Ingrid GODON et mis en mots par Toon TELLEGEN, éditions Joie de Lire)

mardi 3 mars 2015

Le bord du monde

Il s'agit d'un livre que nous avons dans la bibliothèque depuis bien longtemps, nous piochons à loisir et pourtant je ne vous en parle pas... mince alors: vous ne pouvez pas vous ruer dessus.

  © Shel SILVERSTEIN/ Editions Mémo

"Le bord du monde" poèmes et dessins de Shel SILVERSTEIN est une pépite. Il s'agit de prose, ou non, armé de beaucoup d'humour, d'absurde et de surréalisme américain. Vous êtes bercés aussi par les dessins de l'auteur, un peu noirs et bizarres.
Il vous faudra du souffle, des relectures immédiates, pour offrir à voix haute, avec le timing adéquat l'une des petites histoires. Elles sont courtes, voire extra-courtes, mais rythmées à souhait. C'est évident, l'homme est auteur, compositeur, chanteur. Cela sonne.
C'est sûr il faudra aussi vous faire au phrasé, un peu alambiqué, quelque fois déroutant. Bah oui, il a bien fallu traduire le gars et Françoise MORVAN a dû s'arracher les cheveux quelque fois.

 © Shel SILVERSTEIN/ Editions Mémo

Alors oui, nous l'ouvrons souvent, pour un, deux ou trois poèmes. Nous suivons des pirates Cap'taines, des ogres, des brontosaures Isidor qui, après l'apparition de brontosaurounets, deviendraient Ginette. Des animaux normaux deviennent au hasard d'une histoire savoureux, un hippopotame, des rats contre des chats, un lion qui écrit (Ah bah non, c'est pas lui!),

"Instructions:

Si vous voulez envers et contre tout
Donner un bain à un petit tatou,
Il vous faudra un pain de savon noir,
Un paquet bien tassé de bon espoir
Et soixante-dix-huit gratounettatous."

Vous aurez des barbes, des chapeaux, des maisons hantées. Des trucs pas tout à fait normaux, oui un chien à deux queues, un étourdi assis sur sa tête, une ombre lavée.

Alors je pourrais vous en dire plus mais il nous faut du temps pour savoureux ce livre bien épais, 170 pages environ. Alors qu'une possibilité, faire comme nous, l'ouvrir, siroter un verre de lait de fraise et lire en rigolant, en relisant pour tout comprendre aussi, et relire encore pour y mettre le peps... et appuyer encore la chute de toutes les histoires...

 © Shel SILVERSTEIN/ Editions Mémo

"Le chien à deux queues:

[...]
Il ne mord pas, ne grogne pas et jamais n'aboie.
Grattouillez-lui les queues, ça y est, il est en joie.
Il vous faudra sortir l'animal
Deux fois plus qu'un toutou genre banal,
Mais ça, ça va de soi, vous devinez pourquoi."

Pour l'instant nos préférés sont "La p'tite loco bleue" essoufflée à souhait, je vous la ferais peut-être un jour en document audio (la voici), "Boa constrictor", "Le crocodile a mal aux dents", "Avertissement" pour les doigts dans le nez. Mais vous en trouverez tellement d'autres.

Voici "Avertissement" en version originale, voix de l'auteur, extrait du livre audio "Where the Sidewalk Ends":



Et puis un jour je vous parlerais d'un lion chasseur, encore une histoire loufoque.

* appareil photo en réparation d'où ces images avec version originale.

jeudi 4 juillet 2013

Le chat et le soleil

"Le chat et le soleil

Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta.

Voilà pourquoi, le soir
Quand le chat se réveille,
J'aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil."

Maurice CARÊME
(et Elora, ses yeux me manquent dans la nuit)

dimanche 23 juin 2013

Jeu

L'été est là...


"Jeu

Au bout de la plage,
des hommes âgés
sont penchés
sur des boules argentées.
Grand-père a gagné le point.
Il fait des gestes en l'air.
Il y a des éclats de voix,
du soleil
et de la lenteur.
De la lenteur?
Non.
Une vitesse de grand-père."

(extrait de "Super gloupi" d'Edward VAN DE VENDEL et illustré par Fleur DER WEEL dont je parle là et pour la suite duquel j'espère une traduction et édition française)

lundi 10 juin 2013

Les vers à soie


Toute leur vie dans une boite! Des maîtres sans cruauté,
Des générations, au seul fruit de leur labeur
Attachés, leur apprirent si bien à patienter
Que jamais ils ne bougent. Silencieux ils demeurent,
Fantômes de papillons, même quand sur leur prunelle
De jais tombe le soleil, ou la lune sur leur aile.

Regarde, c'est un jouet d'enfant! Et même pas fermé!
Qu'ils grimpent, qu'ils volent, leur arbre serait le monde entier;
Mais taisons-nous! se disent-ils, nous sommes prisonniers.
Comme personne ne vient leur parler de liberté
Ils ne sont pas libres, mais liés par des voix d'antan,
Dans un rêve trop profond pour des mots, ou le vent.

Même aux jeunes, pareils à de petits dragons verts
Qui rampent si pleins de vie sur leurs feuilles de mûrier,
On dirait que la voix a parlé: ils se terrent
Où ils ont à manger, où ils sont en sûreté,
File, file ton cocon, leur murmure la voix,
Dors, dors, tu seras bientôt enroulé en moi.

Quand du long sommeil vient le moment de sortir
Un dessin de feuilles orne leurs pâles ailes incurvées,
L'ombrage des arbres, de la lune un blanc soupir;
Et quand le lilas leur offre, par les nuits d'été,
Son nectar pour célébrer leurs noces, imaptients
Ils s'en enivrent, d'une si longue attente tout vibrants.

Ils s'agitent, songent à s'échapper, puis se rappellent:
Il est interdit, interdit de fuir jamais;
Les Mains veillent au dehors. Et tel le feu du ciel,
La voix ancestrale dit Non! Chacun se soumet.
La nuit appelle bien d'indicibles régals,
Mais la terreur est partout, immense, abyssale,

Et la tribu est là, où ils n'ont rien à craindre,
Ils vivent ensemble, doux et gentils, bien à l'abri
Tout trouve sa réponse au moment de s'éteindre
A l'orée de la mort, amants, amantes s'apparient,
Ce pincement de joie - les papillons convolent,
Leurs ailes duveteuses bourdonnent, ils rêvent qu'ils s’envolent.

Poème de Douglas STEWART 
(extrait de "L'homme qui court" de Michaël Gerard BAUER dont je parle là, traduit par David CAMUS et Dominique HAAS)
(source image: Gravure de l'Encyclopédie de Diderot et de Jean le Rond D'Alember, montrant les étapes de la sériciculture)

mardi 2 avril 2013

Le rêveur

"Le rêveur" de Pam MUNOS RYAN et illustré par Peter SIS est un petit ovni. Sous un format de roman, nous découvrons un conte proposant une belle proposition pour entrer dans l'univers du poète Pablo NERUDA.

Neftali est un garçon malingre, bègue et rêveur. Il est souvent malade et son comportement devient vite un sujet de colère paternelle.
Neftali rêve de partages avec son père. Peut-être pendant cette journée en forêt avec son travail, peut-être pendant les vacances à la mer... il siffle au cours du trajet, c'est pourtant bon signe. Entre ce père, souhaitant des fils forts, aux métiers convenables et valorisants, et ce second fils toujours dans la lune et dans ses livres, une tension nait. Elle ne partira pas de la maison familiale. Neftali va par contre réussir à grandir, toujours collectionneur invétéré, mais aussi maintenant lecteur assidu et poète. Il s'épanouira même dans l'écriture et dans la révolte contre le gouvernement de son pays, le Chili, et l'oppression faite aux autochtones, les Mapuches.

" Bien qu'il eût changé de nom, il ne pouvait pas se détacher de son histoire personnelle, et celle-ci imprégnait ses écrits. Certaines suites de mots évoquaient le rythme de la pluie qui avait baigné son enfance; ses souvenir d la grande forêt explosaient en phrases lyriques, aussi poisseuses que la résine de pin, aussi craquantes qu'une carapace de scarabée. Certains vers s’étiraient lentement, d'autres s'arrêtaient net, fidèles à l'alternance des vagues fortes ou faibles qui déferlaient sur le rivage; d'autres encore, semblables aux notes plaintives d'un harmonica solitaire, se balançaient doucement."

Le récit est émaillé d'envolées lyriques et de petites illustrations de Peter SIS presque surréalistes. Il demande peut-être une seconde lecture pour mieux interpréter les signes, découvrir toute la poésie que le jeune Neftalí Reyes (Ricardo Eliecer Neftalie Reyes Basoalto) entrevoit dans sa vie, dans la nature, la météo ou les objets témoins d'une vie fabuleuse.
J'aime les onomatopées qui rythment le récit et les détails de cette nature... comme le scarabée, la pomme de pin ou le chucao, devin des forêts. Et le choix de ponctuer l'histoire par un poème de Pam MUNOS RYAN et de proposer des voix de compréhension de poèmes de Pablo NERUDA est fort agréable. Cependant la police de caractère, l'espacement des lignes, le format, et quelque part, le récit m'ont laissé perplexe.A relire donc pour entrer dans le rythme.

mardi 19 février 2013

Bashô, le fou de poésie

Quand un livre, et encore plus un album dit jeunesse, est estampillé du nom de Frédéric CLEMENT, j'ai du mal à résister. Et cet album est venu chez nous d'autant plus vite qu'il parle de la culture japonaise, d'encre, de pinceau et de poésie.

© Françoise KERISEL et Frédéric CLEMENT/ Albin michel

"Bashô, le fou de poésie" de Françoise KERISEL et illustré par Frédéric CLEMENT nous présente la vie de ce japonais. Bashô, qui n'a pas encore ce nom, est un fils de samouraï et il se pose la question de sa vie future. Il deviendra poète comme son ami d'enfance.

© Françoise KERISEL et Frédéric CLEMENT/ Albin michel

A la mort de ce dernier, il quitte sa vie fastueuse et va vivre dans un monastère bouddhiste. Il se veut le messager de cet esprit de bonté, de pauvreté et voyage à travers le pays pour communiquer et partager l'art poétique. Il fonde une école et devient maître Bashô. Il souhaite rendre l'art du haïku populaire. Tous sont les bienvenus, de toutes classes sociales, hommes, femmes et enfants. Ainsi un enfant va devenir familier de l'école, Kikaku. Il deviendra le disciple le plus connu de Bashô.
Des années et des années de formations se succèdent mais un jour un incendie détruit l’école de Bashô. Il décide de partir, de voyager à travers le pays pour partager en nomade les haïkus. Il part seul, sera retrouvé par ses disciples et continuera seul... en rencontrant d'autres personnages de la poésie comme la poétesse au kimono blanc, Sono-Jo.
Dans la lignée, les haïkus deviennent une forme d'éducation du peuple dans la ville d'Edo et dans les campagnes.

© Françoise KERISEL et Frédéric CLEMENT/ Albin michel

Françoise KERISEL offre là une biographie de ce maître du haïku mais plus encore donne à comprendre sa manière d'être. Proche des gens, à la bonté permanente et pourtant exigeant. La méditation en zazen est aussi présentée comme une forme de présence à la nature et aux sentiments.
Le texte devient alors un peu plus complexe qu'une simple histoire mais apporte ainsi une seconde lecture très très intéressante, tournée sur le cycle de la vie, des saisons et de la présence aux autres.
La poésie est aussi très bien amenée au cœur du texte, comme par exemple cette éducation au respect de la nature, même à travers les haïkus.

J'ai été très perturbée par les peintures de Frédéric CLEMENT, illustrant cette biographie /conte. J'imaginais une certaine simplicité derrière l'éventail très chargé de la couverture. Et pas d'huile mais de l'aquarelle, de l'utilisation de l'encre.
Je l'ai donc lu, laissé de côté, longtemps, très longtemps... et repris.
Et puis la poésie des œuvres graphiques de CLEMENT est arrivée. Des peintures à l'huile offrent de multitudes de détails, des différences de textures, des dessins mais aussi des aplats de végétaux, de graines, de feuilles, de petits insectes. La part belle est aussi faite aux saisons.

© Françoise KERISEL et Frédéric CLEMENT/ Albin michel

NB: Matsuo Bashô (né Kinsaku Matsuo et, adulte, devient Munefusa Matsuo) est un personnage important autant que Takarai Kikaku (ou Enomoto Kikaku), son disciple dont on suit ici la progression jusqu’à la mort de son maître. Bashô veut dire bananier, comme celui offert par ses disciples et planté devant son école.

lundi 18 février 2013

Autour d'une libellule... (haïku de Kikaku et de Bashô)

"Alors Kikaku lance:

Une libellule rouge
Tirez sur ses ailes
C'est un piment

Quand il s'est mis à rire, personne ne l'a suivi. Les poètes sont respectueux de la nature. Toujours ils protestent contre la souffrance du moindre animal. Quel couac! Va-t-on chasser Kikaku? De sa voix sévère, Maître Bashô retourne les mots cruels de l'enfant.

Un piment
Offrez-lui des ailes
Une libellule rouge
"
(extrait de "Bashô, le fou de poésie" de Françoise KERISEL et illustré par Frédéric CLEMENT)

samedi 15 septembre 2012

Le lièvre et la tortue


Rien ne sert de courir; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Si tôt que moi ce but. Si tôt ? Êtes-vous sage ?
Repartit l'Animal léger.
Ma Commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux.
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire;
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des Chiens, les renvoie aux calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire;
Tient la gageure à peu de gloire;
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. À la fin, quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

Fable de LA FONTAINE (illustration d'Arthur RACKHAM, bien-sûr)

mercredi 5 septembre 2012

Le cartable rêveur

Pendant que tu étais
Sur la plage, cet été,
Ou bien dans la forêt,
As tu imaginé
Que ton cartable rêvait ?
Il rêvait d'avaler
Des crayons, des cahiers,
Puis d'aller comme on vole,
Sur le chemin de l'école.

Carl NORAC (illustration de Jean-Jacques SEMPE du "Petit Nicolas")

samedi 18 août 2012

Triste chose


Mon chat qui léchait sa queue,
se dit, ronronnant comme un dieu :
Si je devenais cor de chasse !
et il souffla au bout de sa queue :
Chat gonfla,
Queue s’ébouriffa,
Tout éclata,
Même le chat

Paul FORT (Illustration de Matte STEPHENS)

mardi 14 août 2012

Si

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être que penseur;
Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils !

Rudyard KIPLING (et tableau de Costa DVOREZKY, source, qui a chaque fois me donne cette impression de spontanéité et de vie)