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mardi 3 janvier 2017

L'ours qui n'était pas là

Une de mes résolutions pour cette année 2017, si je poursuis encore ce blog, est de ne plus laisser trainer mes billets en brouillon. Soit je les termine, mal mais au moins j'en parle, car ma volonté est de partager une lecture et de vous donner envie, pas forcément de faire une critique aussi exigeante que je l'aimerais. Soit je les supprime.

Un voici un qui attend sagement que je parle de ces grifouilles, patouilles et errements.

***
© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Je sais que quand j’achète un livre illustré par Wolf ERLBRUCH, le parti pris est poétique, empli de réflexion. Oren LAVIE, auteur, compositeur, interprète, offre ici avec son premier livre une quête de soi. "L'ours qui n'était pas" n'était pas. Pas là, pas présent, inexistant. Et puis il est apparu, de presque rien, d'une sensation, et puis il a grandit.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Un ours, c'est sûr qu'il est bien un ours. Mais un autre doute, dans sa poche une feuille de papier avec la question "Es-tu bien moi?" et des indices. Il va alors chercher s'il est bien lui. A travers la forêt, à travers les rencontres. Il se découvre, découvre les autres mais aussi les sensations, les réflexions.
Qu'est-ce qui fait soi? Le regard des autres, la reconnaissance, une étrange sensation dans le ventre? Qu'est-ce qui fait l'autre? Le fait d'en prendre conscience?


© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Cet album grand format est extrêmement poétique et plein d'humour mais pas que. Il part d'une question existentielle, soi, pour nous amener sur le chemin d'une redécouverte de ses sens, de ses sensations.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Et puis il y a derrière ces questionnements le chemin parcouru, lent, chaleureux, bienheureux. Chaque page offre de petits détails de bonheur, chaque page est un poème en soi.
Et je ne me lasse pas des illustrations de ERLBRUCH.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire


vendredi 25 mars 2016

La gratouille - L'ours qui n'était pas là



"Il était une fois une gratouille.

Ce n'était pas une grosse gratouille.
Ce n'était pas une petite gratouille.
C'était une moyenne gratouille.
Et cette gratouille voulait se gratter.

Il était une fois.

Un peu plus tard, environ un quart d'heure après Il était une fois, la gratouille vit un arbre, et elle alla se gratter contre lui. C'est alors qu'il arriva une chose vraiment bizarre: la gratouille se mit à grandir. Et plus elle se grattait, plus elle grandissait.

"C'est curieux", pensa la gratouille en se grattant de plus belle. Une minute après, une fourrure commença à recouvrir le gratouillement. Puis la fourrure fabriqua des bras et des jambes et un nez... Peu après, la gratouille ressembla presque exactement à ... un ours."

(extrait de "L'ours qui n'était pas là" d'Oren LAVIE et illustré par Wolf ERLBRUCH, La joie de lire)
Ceci n'est pas un poème mais le début de ce fabuleux petit album (grand par le format) et pourtant, il aurait pu, aussi, se suffir à lui même. Je vous parle de l'album

lundi 11 mai 2015

Moi, Dieu et la création

*Wolf ERLBRUCH

Juste pour ne pas oublier l'une des créations et le livre écrit par Bart MOEYAERT...

dimanche 10 mai 2015

Un paradis pour Petit Ours

J'aime suivre les collaborations de l'illustrateur Wolf ERLBRUCH, il s'agit souvent de livres pour enfants avec des thèmes d'adultes. J'aime, j'aime. J'aime ne pas prendre les petits lecteurs, auditeurs, pour des petits naïfs.

© Dolf VERROEN et Wolf ERLBRUCH/ Milan jeunesse

"Un paradis pour Petit Ours" de Dolf VERROEN et illustré par Wolf ERLBRUCH est un court album. Papi Ours vient de mourir, Petit Ours est inconsolable. Maman Ourse a beau lui dire qu'il était vieux et fatigué, qu'il sera mieux au paradis, rien n'y fait. Et puis le monde ici bas est moche, gris, sans attrait, il veut retrouver son grand-père et aller dans ce paradis si fabuleux.
Petit Ours part ainsi à la recherche du paradis. Très pragmatique, il va demander aux prédateurs de le manger. Mais ce n'est pas si simple. Le crocodile ne veut pas déguster ses pattes, le serpent a trop froid pour penser à manger, la girafe ne veut pas croquer d'ours et, comble du comble, le tigre a déjà mangé.

© Dolf VERROEN et Wolf ERLBRUCH/ Milan jeunesse
 
Quelle poisse! Même d'en haut la terre est moche, le ciel et ses constellations sont d'ici bien fades. Petit Ours cherche encore... et il va trouver son paradis.

© Dolf VERROEN et Wolf ERLBRUCH/ Milan jeunesse

Cet album parle du deuil, de cette tristesse qui atteint tout. Il parle de cette solitude qu'il faut dépasser et reconsidérer la beauté du moment. C'est doux, chaleureux malgré le thème. L'auteur se place bien dans la peau d'un enfant. Les illustrations sont toujours aussi intemporelles, des collages, peu de décors et pourtant le propos est tenu et l'essentiel est dit.


jeudi 25 août 2011

L'Ogresse en pleurs... et Cuisine de Sorcière

Je succombe toujours devant un livre illustré par Wolf ERLBRUCH. En plus de ces images si spécifiques j'ai souvent l'impression de suivre un choix de texte précieux, éclairé, souvent autant pour adulte (voire plus?) que pour enfant, à la limite aussi du non-sens quelques fois.

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

"L'Ogresse en pleurs" de Valérie DAYRE illustré donc pas ERLBRUCH ne déroge pas à la règle et c'est un coup de cœur.
Une femme méchante, une ogresse, veut faire encore pire que toutes ses actions jusque là: elle souhaite manger un enfant. Elle est difficile et fait le tour des villages pour trouver le bon, celui qui sera le plus appétissant.
Mais à force d'être exigeante, elle se fait repérer et les enfants vivent cachés. Elle se fâche et décide d'en manger plus d'un, milles et un, sans y parvenir. Elle dépérit jusqu'à en croquer un.

Le propos est grinçant. L'ogresse fait peur et elle mange l'enfant. Cependant ce n'est pas un livre si effrayant. Elle menace mais les astuces des enfants et des parents apportent une touche d'humour: les petiots se font plus grands en taille, se costument, restent chez eux.
C'est encore plus une histoire de parents:
"- N'importe lequel! gémissait maintenant l'affamée. Donnez-moi le plus maigrichon, le plus couillon! (elle avait abaissé ses prétentions).
Dans les maisons, on se taisait. Des couillons? Des maigrichons? Si on en avait, on se les gardait."

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

Le texte de Valérie DAYRE joue sur les termes: un enfant "à croquer". Et c'est bien la parentalité et l'amour le sujet du livre. L’ogresse a des yeux "brillants-gourmands" et cherche l'enfant idéal. D'ailleurs j'aime cette réplique "- Celui-là est trop futé, je ne veux pas avoir à lutter." Au fil des pages, les enfants, les nôtres, apparaissent les plus tendres à nos yeux, les plus à même d'être aimés. C'est de son enfant que l'on s'éprend et dont nous souhaitons être parent.
Je ne vous livre pas la plainte finale de l'ogresse mais qu'elle est belle!
Le vocabulaire nous propose mille et une manière de nommer l'enfant et ces jeux de mots exquis donnent envie d'aimer par gourmandise.

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

Les illustrations de ERLBRUCH sont toujours si particulières. Des aplats de tissus, comme des pochoirs, des tampons japonisants, des lieux lunaires et très proches de DE CHIRICO. Le repas de l'ogresse est magnifique d'épouvante (à regarder même avec des enfants!).
Et que ces lunes, astre protecteur, sont belles en témoins de notre parentalité.
***

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

"Cuisine de Sorcière" de Johann Wolfgang GOETHE et illustré par Wolf ERLBRUCH est un petit en-cas au doux goût de je n'y comprends rien mais j'aime.
Ici la quatrième de couverture nous apporte plus de sens que le texte du livre: "La sorcière prépare pour Faust le breuvage de rajeunissement et Goethe lui faire dire une formule magique qui n'est qu'un jeu turbulent de chiffres stimulant l'imagination et, en particulier, celle du grand illustrateur Wolf Erlbruch." Et c'est ainsi qu'il faut le prendre, comme une parenthèse dans l'initiation aux pièces "Faust" de l'auteur.

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

Ici la recette de la sorcière est très mystérieuse, ce qui apporte un plus est le pied de nez graphique de l'illustrateur. Il donne à vivre les chiffres, il cartographie les formes et fait des nombres des textures. Ci-dessous le fabuleux: "Le quatre perd"

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

Le rajeunissement ou l'éloignement de la mort (déambulant sur l'infini du huit)... j'aime son personnage... récurrent.

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

samedi 20 novembre 2010

Le roi et le livre

©Heinz JANISCH et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

"- Comment vas-tu ? demanda le roi au livre.
- C'est ce que je n'arrête pas de te demander, dit le livre."

(extrait de "Le Roi et la mer" de Heinz JANISCH et illustré par Wolf ERLBRUCH)

samedi 4 septembre 2010

La grande question

©Wolf ERLBRUCH / Etre

J'ai une tendance à aimer les réflexions, une certaine philosophie, et je goûte mon plaisir quand je trouve ce genre de lecture pour mon lutin de 4 ans. J'aime beaucoup le graphisme de WolfERLBRUCH et je confirme que quand il écrit aussi le rendu est magnifique... et presque sérieux. La mort avec "Le canard, la mort et la tulipe" dont je vous parlais là, ici nous avons la vie : être en vie.

Une question est posée, par un enfant sûrement, celui de la couverture peut-être. Qu'elle est-elle ? Ce que nous faisons sur terre, qu'est-ce que la vie? Le grand pourquoi... Les intervenants sont nombreux, de touts les règnes, animal, végétal, minéral. Les réponses sont multiples... des objectifs de vie ©Wolf ERLBRUCH / Etre

" Le pilote, lui: "Tu es là pour embrasser les nuages" "

la vie comme conséquence d'autres vies ou une certaine fatalité, pour profiter d'un moment de bonheur mais aussi pour surmonter les obstacles, cheminer.

©Wolf ERLBRUCH / Etre

Le petit frère, la sœur, les parents, l'aveugle, la mamie, le soldat, le chien, la pierre, le boxeur, le jardinier, le boulanger... jusqu'à la maman. Chacun y va d'une sagesse qu'il a faite sienne. C'est doux, chaud, poétique, espiègle mais aussi sérieux, ce sont chaque fois des états d'esprit qu'un enfant peut vivre tout au long de sa vie. D'ailleurs la fin du livre comporte un carnet de notes vierge... pour noter nos propres réponses à la question.
C'est un livre à offrir à un enfant qui se pose ses premières questions existentielles, pour avoir des réponses mais surtout pour qu'il se les créé. Et puis, une autre raison pour se précipiter: les éditions Être ferment...

Et j'ai aimé retrouver le canard et la mort...
L'avis de Malice sur ce livre pour tout enfant

Ajout du 17/01/2013:  l'album a été réédité par les éditions Thierry Magnier! Chouette!

mercredi 5 mai 2010

L'atelier des papillons

©Gioconda BELLI et Wolf ERLBRUCH / Etre

« L’atelier des papillons » de Gioconda BELLI et illustré par Wolf ERLBRUCH est une petite histoire plus complexe qu’elle en a l’air.
« Il y a très longtemps, les papillons n’existaient pas. Comme nombre de plantes et d’animaux, ils attendaient d’être créés. C’était là le travail des Inventeurs de Toutes Choses. Mais le règlement de la Création était formel : ils devaient créer la végétation nouvelle et les bêtes encore inconnues sans jamais mêler la faune et la flore. »
Nous découvrons ainsi le monde des inventeurs, la Vénérable, les Maîtres inventeurs et les différents groupes d’inventeurs orientés vers une spécificité. Rudolfo, jeune inventeur utopiste, veut mêler la beauté dans ces créations et cherche à inventer un « être qui volerait comme un oiseau et serait aussi délicat qu’une fleur ». Avec ses amis, il est attribué à la création des insectes, un département un peu empoussiéré, peu avenant et mal reconnu. Mais Rudolfo est têtu, en plus des autres insectes inventés, il cherche encore et toujours à inventer son œuvre la plus magistral.
Les régions sont si particulières pour que les inventeurs soient en condition pour inventer (le froid pour inventer la fourrure de l’ours polaire). La beauté est toujours là pour inspirer. Les détails de la faune et de la flore prennent ici d’autres significations.

©Gioconda BELLI et Wolf ERLBRUCH / Etre

Il est aussi question de beauté : beauté des choses ou philosophie de vie comme beauté. Rudolfo veut offrir plus de beauté au monde. Les choses créées, une chèvre, un chien, ou les éléments le vent, la foudre, lui prouvent l’éphémère du beau, la beauté dans l’instant. Mais Rudolfo persiste pour inventer même quelque chose d’éphémère mais une beauté pour tous. « Ce que j’aime avec la beauté, c’est qu’elle ne renonce jamais ; voilà pourquoi elle est immortelle ».

©Gioconda BELLI et Wolf ERLBRUCH / Etre

Et puis les illustrations de Wolf ERLBRUCH apportent toujours ces nuances de matières, une manière de mettre le réalisme comme une recréation. J’ai aimé cette faune et flore avec des matières d’humain (papier journal écrit, trame de tissu) et ce sceau asiatique qui apparait sur certaines planches. Le texte étant assez dense, les illustrations ont leur légende pour retrouver l’extrait qu’ils accompagnent.

Livre lu dans le cadre du Challenge Lectures d'école.

vendredi 12 mars 2010

De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête

©Werner HOLZWARTH et Wolf ERLBRUCH/ Milan jeunesse


Le pop up « De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête » de Werner HOLZWARTH et Wolf ERLBRUCH est arrivé jusqu’à nous pour répondre à une demande de formulation du style pipi-caca.


Katell m’avait inspirée. La petite taupe fait le tour de ses voisins animaux pour savoir à qui appartient la grosse crotte qu’elle a sur la tête… la chèvre, la vache, le lièvre, le pigeon etc…
Les déjections se suivent et ne se ressemblent pas : couleurs, textures, tailles et même, noms. Cette petite enquête va l'emmener retrouver le brigand fauteur et la vengeance sera sévère.

C'est une suite de fous rires garantis, le pop up offre en plus une interaction fabuleuse qui permet à l'enfant de déclencher la "coulée". Que dire des toujours sublimes illustrations de ERLBRUCH: une forme de stylisme, de douceur, de malice. Les fonds presque blancs, sauf le sol où se déverse "Moi je fais comme ça!" ramènent bien au sujet. Un vrai délice de lecture permettant d'ailleurs de peaufiner le vocabulaire de la crotte comme je vous l'indiquais là avec d'autres références pour l'organique et le compostage.

C'est aussi une manière de réclamer vengeance de manière plus polie (ou presque).


©Werner HOLZWARTH et Wolf ERLBRUCH/ Milan jeunesse

vendredi 8 janvier 2010

Le canard, la mort et la tulipe


J’aime ces livres « pour enfants » qui parlent de thème fort et offrent une autre perspective, un regard si ce n’est neuf tout du moins poétique et stimulant. La mort est un sujet qui m’interpelle et que j’aime retrouver.
Quand j’avais parlé du « Kimono blanc » et de « La visite de la petite mort », je savais déjà que le livre dont j’ai envie de vous parler était une merveille.


« Le canard, la mort et la tulipe » de Wolf ERLBRUCH est de ces livres qui vous poussent à suivre un auteur. Envoutant !


Il est question de ce canard qui un jour découvre que la mort le suit. Mais depuis quand ? Est-ce son tour de mourir ? La mort apparait comme un personnage squelettique mais pas désagréable. Le canard et la mort deviennent amis, ils se baignent ensemble ou grimpent à l’arbre. Ils sont l’un pour l’autre attentifs, à la surprise de cette mort peu habituée à être réchauffée.



J’aime beaucoup cet album pour cette vision de la mort, pas glauque, pas mièvre, un peu taquine, qui remet les choses en place : elle sait parler de l’acte de mourir « Elle parlait si facilement du sujet » et rappelle les lois de la vie. C’est la vie qui se charge des accidents, la mort, elle, annonce juste le déclic. Aux questions du canard, elle ne répond presque pas par des mots, lui laisse ses illusions, paradis, enfer, solitude. Oui bien-sur l’étang sera seul ou plutôt ils n’existeront plus l’un pour l’autre. En fait, son attitude moqueuse en dit plus.
Le graphisme est magnifique, ERLBRUCH donne vie à sa mort : un crâne, presque mutique si ce n’était la ligne du sourire et du contentement. Mais est-ce que la mort peut parcourir autant de temps avec chaque préposé. Pas si sûr, elle est presque triste quand le moment est venu. Le canard par son attitude corporelle marque nos différentes appréhensions de l’acte de mourir : un étonnement, un dégoût ou une réticence, une reconnaissance, un partage, un laisser-aller.


Cette histoire amène le sujet, délicat mais si fondateur d’une sagesse de vie : celle d’appréhender la mort comme une autre forme de vie, comme toujours là comme notre ombre, avec son présent: une tulipe. Sylvie nous offrait une très belle approche de cet apprivoisement là .