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samedi 22 juillet 2017

Portraits de héros de la Renaissance

Incarner l'histoire pour la rendre plus vivante. C'est vers cet objectif que je vais de plus en plus et ce documentaire est une très belle proposition. Elle date un peu mais n'hésitez pas à vous la procurer.

© Anne JONAS, Rozen BRECARD, Olivier CHARPENTIER, Marianne MAURY et Lucile PRACHE/ Mila éditions

"Portraits de Héros de la Renaissance" d'Anne JONAS et illustré par Rozen BRECARD, Olivier CHARPENTIER, Marianne MAURY et Lucile PRACHE présente quelques personnages célèbres de cette période. Certains sont plus détaillés que d'autres, ainsi Michel-Ange, Léonard de Vinci occupent une double page. D'autres portraits entrainent un focus sur un pan de l'histoire: Henri le navigateur et succinctement abordés Christophe Colomb, Vasco de Gama, Magellan (l'exploration), François Ier (et sa salamandre) et Henri VIII, Charles Quint (les royautés), Martin Luther et Jean Calvin (la religion), une invention (l'imprimerie, la gravure avec Gutemberg ou Dürer, la chirurgie avec Ambroise Paré), l'art (l'architecture, la littérature, la poésie), l'astronomie avec Nicolas Copernic ou Galilée.

© Anne JONAS, Rozen BRECARD, Olivier CHARPENTIER, Marianne MAURY et Lucile PRACHE/ Mila éditions

De très belles illustrations entrainent la lecture: une portrait en couleurs du personnage principal puis sur la page en regard ceux qui ont en commun son originalité ou sa nouveauté. Un petit état de la politique en rigueur, de l'influence de la religion mais aussi des avancées dans l'art et la littérature. Le tout apporté par des similis gravures, des schémas.

© Anne JONAS, Rozen BRECARD, Olivier CHARPENTIER, Marianne MAURY et Lucile PRACHE/ Mila éditions

A travers ces portions de vie résumée, la Renaissance apparait, curieuse, exploratrice, toute juste sortie du Moyen-Age mais inventive. Une géographie et un début de chronologie apparaissent.
Ce n'est qu'une mise en bouche, il est vrai, le texte n'est pas très long (encore moins pour la page de droite) mais le livre harponne par ses iconographies (et références et clins d’œil aux parents qui reconnaitront les tableaux célèbres revisités ici), sa légèreté de ton, ces quelques citations et une dose d'humour (comme Pantagruel urinant du haut de Notre-Dame) qui n'en donnent pas moins des éléments historiques fiables.
Ce n'est pas tant un livre d'histoire qu'une rencontre avec certains personnages et leur contexte. Parfait pour donner envie de reconsidérer la période plus sérieusement tout en la considérant chatoyante.

dimanche 19 février 2017

J'ai lu - Une activité respectable


"Ma chambre sous les toits, peinte en vert translucide, était remplie de livres et de petits papiers - les livres, ma mère les y avait entassés l'été précédant mon entrée à l'école primaire, et je me souviens de comment nous nous tenions ensemble face au monument de pages qu'elle avait amassées dans la pièce. A ce moment, il y avait quelque chose dans ses yeux qui suppliai et qui s'en voulait de supplier, quelque chose qui ne voulait rien imposer à une si petite fille mais qui redoutait pourtant de ne plus rien avoir à faire avec elle si elle ne passait pas l'épreuve. C'était la première fois que je voyais ma mère être seulement elle, être tellement vulnérable que je l'ai gravée dans ma mémoire, blonde, enceinte de ma sœur, bouleversante, devant le butin qu'elle avait rassemblé pour me dire qui elle était, en réalité. Un monument identique de livres l'avait sauvée, elle, trente ans auparavant, d'une enfance complètement ratée, alors elle étalait son secret devant moi, elle m'expliquait ce qu'elle aimait le plus au monde, dans un mouvement qui était aussi un potlatch, une offre de richesse démesurée, et à laquelle il s'agirait peut-être de répondre un jour par un don encore plus considérable."
(extrait de "Une activité respectable" de Julia KERNINON, édition du Rouergue; illustration de Kitty CROWTHER)

vendredi 6 janvier 2017

"Brisé et presque voleur de vie, je m'enfuis avec mon amour de cendres enfermé dans leurs boîtes" - Poussière d'homme


"Noter, annoter, légender, décrire tous les détails de notre vie ensemble. Mon obsession. Du premier jour au dernier, rechercher les rires, m'accrocher à ces instants perdus comme à un radeau quand la mer de ma tristesse se déchaîne, renfiler les mailles de l'étoffe de notre histoire, sentir à nouveau la caresse d'une fin de journée ensemble et la douceur d'un réveil, rassuré par le regard de l'autre posé sur soi. Je voudrais que me chahutent sans fin les couleurs, les odeurs, les mots, les sensations, les frôlements, les frissons de ce temps vécu ensemble, hier. Ne rien égarer. De ces émotions rondes, lisses et lumineuses, je ferais un chapelet de perles de verre multicolores que je tiendrais au chaud, au fond de ma poche. Je l'égrènerais à loisir, à la manière des hommes d'Orient, alanguis et dilettantes."
(extrait de "Poussière d'homme" de David LELAIT-HELO; édition Anne Carrière; source photo komboloï (tronquée))

mercredi 16 novembre 2016

Carnet d'un imposteur


Ma lecture est partie de rien. Je n'avais pas lu "Le petit prince cannibale", récit de cette maman aux prises avec son fils autiste, encore uniquement dans son monde, et la société incapable de les aider. Je n'avais pas lu "L'empereur c'est moi", le récit de ce même enfant devenu adulte sur son enfance.
Je commence ainsi "Carnet d'un imposteur" d'Hugo HORIOT avec juste ce qu'offre là cet homme, dans les médias et sous la plume.

Hugo se dévoile par courts chapitres.
De cet enfant "atypique", qui ne parle pas. De celui que sa maman traine pour être parmi les autres, à la crèche, au parc, à l'école. De celui qui subit un monde qu'il ne comprend pas.
De ce jeune homme qui se construit une face, multiple mais surtout belle et aimable pour mieux se préserver et prêt à sortir les crocs si besoin est. De cet homme cherchant la maîtrise, de son art d'acteur, de cette couverture médiatique mais aussi de séducteur au monde et aux femmes. De cette sensibilité accrue, de ce désir qui n'accepte pas l'attente.
De cette faille nouvelle qu'est la paternité. Une possible blessure, une prise de risque, un nouveau défi pour découvrir son monde et ne pas jouer.

Mais ce n'est pas juste un témoignage. C'est une prise de position. Forte. L'homme est en réaction permanente, aux aguets, sur la défensive ou à l'attaque. Il a dû tuer l'enfant qu'il était, Julien. Il en est l'assassin, cet enfant sans parole, qui ne trouvait qu'incompréhension dans le regard des experts et pour qui le monde n'était pas déchiffrable. Sa naissance s'est fait par la violence. Il a choisi son entrée au monde ennuyeux des neurotypiques. Ne pas juste parler mais maîtriser le langage pour s'adapter. Refuser de s'intégrer mais forcer les autres à faire avec lui. Il parait sûr de lui, peut-être même affable mais c'est juste pour mieux nous observer. Cela peut être violent à entendre pour nous, autour d'enfants ou d'adultes comme lui, mais c'est tellement salvateur, pour eux.
"A Hugo maintenant de s'inventer une image, de porter un discours et de devenir une personne digne d'intérêt en adéquation avec la comédie sociale. Suffisamment dangereux et invisible: un monstre d'adaptation. Un monstre que personne n'enfermera et qui, un jour lointain, te protégera. Julien. Lui qui voulait juste rester un monstre aux yeux du monde.
Julien se rêvait en dragon. Hugo se rêve en homme. Ni Julien ni Hugo ne voulaient être un enfant."

Ce fut dur de parler de ce livre intense. Trop de choses à dire. Intense car de voyeur(s) que nous aurions pu être, nous devenons confident(s) interposé(s) et aussi presque dindon(s) de la farce.
Non, ce n'est pas un livre coup de poing, juste une claque pour ne pas avoir pris en compte la différence.

Merci aux éditions L'iconoclaste et à l’opération Masse critique de Babelio.
tous les livres sur Babelio.com

jeudi 31 mars 2016

L'auteur, l'autorité - Jules Verne, l'enchantement du monde


"Comment définir l'autorité? Le mot latin autor a donné en français "auteur" et cet autor vient du verbe latin augeo qui veut dire augmenter [...] 
Qu'est-ce donc, maintenant, qu'un auteur? Quelqu'un qui augmente: celui qui vous augmente, qui fait grandir le lecteur ou qui enrichit la matière sur laquelle il travaille: l'augmentateur. Jules Verne m'a augmenté. La seule chose que je puisse dire avec autorité sur lui, c'est qu'il a été pour moi un auteur; de la lecture de ses livres, je suis sorti grandi, adulte. Mieux savant et enthousiaste du monde. Jetez par la fenêtre toute œuvre qui ne vous augmente pas. Refusez toute autorité à qui n'augmente rien ni personne. D'où, chez lui, tant de récits où le héros se révolte contre l'autorité abusive, l'impérialisme britannique aux Indes, par exemple."
(entretiens de Michel SERRES répondant à Jean-Paul DEKISS, "Jules Verne, l'enchantement du monde"; Le pommier)

mardi 22 mars 2016

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

© Jean REGNAUD et Émile BRAVO/ Gallimard jeunesse

"Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill" de Jean REGNAUD et illustré par Émile BRAVO nous entraine dans les souvenirs de l'auteur.

Le premier jour de classe dans une nouvelle école, Jean répond aux questions de la maîtresse: que font tes parents? Il panique et brode. Mais il se fait aussi un nouvel ami, Alain. En rentrant à la maison avec Yvette la gouvernante, il retrouve Paul le petit frère et enfin le père seul. La maman est absente et personne n'en parle.
Il y a bien cette gouvernante, toujours là, affectueuse, les garçons seraient presque tentés de l’appeler maman. Oui mais elle n'est pas une maman. Sans enfant, pas l'amoureuse du papa, elle partira peut-être.
Michelle, la voisine avec qui Jean joue, quand elle n'est pas occupée à ses jeux de grande, s'étonne qu'il ne soit pas au courant. Mais elle est partie en voyage. Tiens d'ailleurs elle a reçu une carte postale chez elle avec Jean comme destinataire, parce qu'il ne faut prévenir personne. Jean ne sait pas encore lire, pas de problème, Michelle la lui lit. La maman de Jean est en Espagne. Une autre carte postale arrive, elle est maintenant en Amérique et a rencontré Buffalo Bill, puis en Afrique.

© Jean REGNAUD et Émile BRAVO/ Gallimard jeunesse

Jean vient juste de rentrer au CP, lui et son frère ne sont pas bien vieux. Ils ne veulent que s'amuser et avoir maman avec eux. L'arrivée d'un psychologue à l'école marque aussi les angoisses. S'il prend un enfant en entretien, il l'envoie aux SS des nazis et déclenche comme il se doit les cauchemars des enfants. Surtout qu'Alain est convoqué... puis Jean.

Pendant une année scolaire, Jean va grandir et découvrir ce que sont les parents, la famille. Une ulcérée et hurlante, comme celle de sa voisine Michelle. Une atypique, tellement peu conventionnelle et pourtant passionnante qu'est celle d'Alain.
Il y a bien les grands-parents. Les parents de la maman, tristes, chez qui les deux enfants s'ennuient ferme. Ou Mamie Edyth, la grand-mère paternelle au "oui, bien sûr!" au bord des lèvres offrant une liberté totale si elle n'est pas dérangée.
Et puis il y a ces amis, les Ossard, un couple de vieux. Ils sont attendris mais Jean et Paul ne comprennent pas ce qu'ils font là. Les occupations proposées sont automatiquement contrecarrées.


© Jean REGNAUD et Émile BRAVO/ Gallimard jeunesse

Toute l'atmosphère d'une enfance de petit garçon dans les années 70 est retranscrite dans cette bande-dessinée. La télé, les premiers dessins-animés, les jeux, l'ennui.
Cette année sera charnière, l'enfance insouciante laisse place à une compréhension et sa forme de désillusion. Jean croyait encore au Père-Noël, confondait les SS et les Séss éducatifs. Il ne comprenait pas les adultes si graves et ne recherchait que le réconfort des adultes et le visage maternel qui s'efface de son souvenir.
C'est émouvant et très emprunt de vérité!


mardi 12 janvier 2016

Mon ami Dahmer

Je n'avais pas parlé de "Blast" de Manu LARCENET, ni de "From Hell" d'Alan MOORE et dessiné par Eddie CAMPBELL (normal, je ne l'ai pas fini celui-là!) et pourtant l'immersion dans une part de folie m'interpelle. Encore ici, "Mon ami Dahmer" de Derf BACKDERF parle d'un tueur en série. Avec Blast, nous étions conviés à une immersion dans le ressenti de ce tueur fictif, dans ce dégoût progressif et j'avais beaucoup aimé cette somptueuse quadrilogie même en dehors de quelques à-côté un peu glauques sans être sordides. Jack l'éventreur se présentait à travers ses crimes dans le second (à reprendre pour tout de même finir un monument de la bande dessinée).

© Derf BACKDER/ Cà et Là

Derf BACKDERF nous ramène à son adolescence, jusqu'au premier crime. Il était l'ami d'un futur tueur en série, Jeff Dahmer. L'auteur a apparemment mis du temps à réaliser cette bande-dessinée. Présente comme simple catharsis sans volonté d'être publiée, elle s'est vue reprise, peaufinée pour voir le jour bien après les faits et la mort du tueur.
"Mon ami Dahmer" met le doigt où le bas blesse. "C'était un être insignifiant. Un de ces gamins timides qui, submergés par la masse adolescente, se transforment en handicapés sociaux, se résignent à leur sort et deviennent invisibles. Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis la rentrée sans même que je le remarque. Et ceux qui remarquaient Dahmer... n'avaient que mépris pour lui."
Non, ce ne fut pas un ami. L'auteur retrace ces années passées à côté de ce jeune homme en marge: du vécu, de l'amitié, de la famille, sa ville natale et ses préoccupations d'adolescent. Il a mis du temps à faire cette version longue pour se détacher émotionnellement des choix d'adultes de Dahmer, proposant en plus des souvenirs personnels des éléments repris dans les papiers du FBI et les interviews du tueur incarcéré.

© Derf BACKDER/ Cà et Là

S'apposent ainsi l'adolescence de Derf et celle de Jeff. Et puis Derf et ses copains, ados plein d'hormones et fans de musiques, assez dans la norme, s'entichent de l'adolescent bizarre. D'insignifiant, il est devenu étrange en imitant des crises d'épilepsie. Ils l'entourent et créent un groupe autour de lui, comme mascotte. Jeff se met en scène, les autres l'utilisent pour faire rire mais jamais il n'est intégré. Pas inclus dans les sorties, pas inclus dans les invitations.

Jeff n'a pas une vie comme les autres, quand il rentre chez lui, sa mère et son père sont là au départ avec son petit frère. Mais le père est assez absent par son travail puis quitte le domicile conjugal. Il est spectateur de la séparation de ses parents, spectateur de la maladie de sa mère et peu à peu, seul, semble-t-il terrifié, et devient alcoolique.
"Comment a-t-il pu s'en tirer alors qu'il empestait l'alcool en pleine journée? Je n'en reviens toujours pas. Tous les lycéens étaient au courant de ce que faisait Dahmer... mais pas un seul prof, pas un surveillant ne remarqua quoi que ce soit. Pas un seul."

© Derf BACKDER/ Cà et Là

Il fait déjà un peu peur, par ses lubies déjà, aimant liquéfier dans l'acide les chairs de petits animaux morts. Puis en les tuant. Puis il ne parlait pas, peu, restait sous un masque de pierre sans exprimer ses sentiments. Il ne trahissait son désarroi que par les mimiques d'un handicap mental inexistant.
Il peut être force de proposition et tente de se fondre une ou deux fois dans le moule mais il est déjà distant, seul il boit encore plus.

© Derf BACKDER/ Cà et Là

La descente aux enfers s'accélère une fois que sa mère part de la maison avec son petit frère, le laissant seul à ses démons. Seul dans la maison, seul avec ses occupations, seul avec cette orientation sexuelle difficilement prononçable dans les années 70. Mais plus qu'homosexuel, il les aimerait morts.
Pas de garde-fou, pas d'amis, pas d'adultes référents, ni même d'adultes le recadrant à l'école. Puis le collège se termine, les autres même si peu présents, juste dans son cercle flou, vont partir à la fac, plus loin.

L'auteur ne se ménage pas, il décrit son aveuglement et cela rend l'histoire encore plus singulière. Il parle de ses émotions, de son indifférence d'alors, de sa surprise aussi, lui et pas un autre.
Un goût amer de gâchis apparait. Aurait-il été différent si accompagné? Aurait-il pu passer ses pulsions comme de simples fantasmes jamais assouvis?
Le style de l'auteur, au trait ressemblant à celui de Crumb, est lisible, rectiligne. J'ai eu tout de même un peu de mal à distinguer les personnages hormis Dahmer mais le froid de son visage est alors plus accentué. La forêt environnante aurait pu lui être charmante et reste le seule témoin de sa déchéance, seul lieu plus doux, plus souple. La dernière partie dans le noir apporte le passage à l'acte, le premier, suggéré plus que montré.
C'est fort! C'est aussi glaçant!


dimanche 13 décembre 2015

Marzi, la Pologne vue par les yeux d'une enfant

Bande dessinée découlant d'une rencontre, celle d'un français Sylvain SAVOIA, et d'une polonaise, Marzena SOWA. Il écrit et dessine de la bande dessinée, elle lui parle de son enfance et Marzi nait. La couverture de ce premier recueil, comprenant les quatre premiers tomes de l'aventure, ne me donnait pas forcément envie. Une ruée historique et politique, mouais. Mais en l'ouvrant, la bande dessinée est extrêmement addictive, autant pour les jeunes lecteurs que pour les adultes.

© Sylvain SAVOIA et Marzena SOWA/ Dupuis

Marzi est fille unique d'un couple habitant un immeuble dans une ville ouvrière de Pologne. Nous découvrons son enfance par bribes. Des moments de classe, de jeux d'enfants pas vraiment sages mais que nous ne pouvons pas détestés. Qui n'a pas appelé l’ascenseur juste pour embêter un adulte à un autre étage? Marzi se raconte, la famille chez qui elle va, les cadeaux offerts par le tonton, les premières boucles d'oreilles, la télévision, les jouets de pauvres ou de riches, les jeux d'extérieur.
Un enfance un peu comme toutes les autres. Et bien non, elle ne connait que sa vie mais le quotidien d'une petite polonaise des années 1980 est bien différent du notre. Les priorités ne sont pas les mêmes: se nourrir en Pologne communiste en ce temps-là, c'était ravitaillement primaire, tickets de rationnement, files d'attente pour acheter un produit unique (de quelques heures à une nuit, voire même à quelques semaines en se montrant tous les matins pour l'appel des clients). Nous nous émouvons devant un réfrigérateur, des oranges ou un collier de papier toilette. Certaines rencontres la déstabilisent, une cousine née en France venue au pays en vacances, tellement différente avec son paquet de mouchoir en papier.

© Sylvain SAVOIA et Marzena SOWA/ Dupuis

Et puis il y a la politique et son actualité. Présente en filigrane mais à demi-mots. Les adultes n'en parlent pas dehors, juste chez eux et les parents de Marzi ne lui disent rien. Il y a la télévision mais la gamine ne comprend pas. La guerre est déclarée le 13 décembre 1981, les tanks défilent, les "zomos" chassent les grévistes des usines, il faut des papiers d'autorisation de circulation dans la région. Marzi en saisit la tension, la peur de se faire massacrer ou de devenir une petite espionne. Mais elle reste dans le flou.
Ce qui transpire plutôt ce sont les astuces des polonais pour faire face. A la pénurie alimentaire en ramenant des provisions de la campagne, en cultivant un petit jardin même le week-end, en organisant un mini-marché noir "au prix des voisins", en se donnant le mot d'une nouvelle livraison au magasin, en se reléguant dans les files d'attentes. La religion prime aussi, un chemin balisant la semaine, la vie même. La messe, la première communion, des carpes en aquarium de baignoire, une certaine forme de communication.
Le plus fort reste la solidarité, les amis et la famille. Dans des appartements minuscules, ils accueillent, préparent des festins, partagent, discutent, déplument les oies, prient, chantent et chantent encore.

En suivant le regard de cette enfant, tout en pan de petits bonheurs apparait. Une vie est dure mais accompagnée. Et Marzi est pleine de vie.

"Ma mère se plaint toujours que je suis une rêveuse incorrigible, que je m'intéresse pas aux choses de ce monde, que la réalité c'est pas mon truc. Mais je sais qu'elle a tort. Je regarde les petites bêtes qui vivent dans l'herbe, je fais des gâteaux de boue, je m'occupe du jardin quand il faut. Tout ça, c'est terrestre. Et si j'aime bien monter dans les arbres, c'est pour m'éloigner de la terre, c'est juste pour mieux observer la vie qui s'y déroule."
© Sylvain SAVOIA et Marzena SOWA/ Dupuis

Un quotidien trivial mais aussi empli de poésie, de réflexion. Marzi petite gamine grandit. Ses premiers intérêts comme les jouets, la décoration de sa chambre, deviennent plus complexes, jalousie, solitude, peur pour sa famille.

"C'est injuste de n'avoir personne à qui parler! Mes voisines, Monika et Ania sont deux, même trois avec la petite Magda. Ania et Andrzej sont deux aussi! Tout le monde vit en tandem! Moi, je suis seule avec les histoires qui naissent dans ma tête, avec mon lapin qui me regarde avec pitié! C'est plus facile quand on est deux. On peut se rassurer et rigoler, on peut confronter nos idées et trouver des réponses.Alors que là, je me moque de mes propos et j'en pleure, je m'autocritique, j'ai peur..."
© Sylvain SAVOIA et Marzena SOWA/ Dupuis

"Marzi" est une magnifique proposition. Dans ses souvenirs d'enfance, il y a bien sûr une autobiographie mais la Pologne se découvre dans ce qui fait sa chaleur. Peu à peu nous comprenons quelques éléments de son contexte politique et surtout les moyens mis en avant par ses habitants. La résistance électrique à la boutonnière comme résistance politique, la nuit et les bougies contre la vision imposée d'une seule communication propagandiste. Et Lech Waleza arrive: le second recueil "Marzi, 1989" semble être plus tourné vers l'actualité de ce pays. A suivre!

Ce premier intégral comprend: Petite carpe, Sur la terre comme au ciel, Rezystor, Le bruit des villes.

mercredi 8 avril 2015

NonNonBâ

Je me plonge volontiers dans des bandes dessinées ou romans graphiques autobiographiques. Il y a souvent du contenu. "NonNonBâ" n'était pourtant pas une lecture où je comptais y retrouver une vraie vie et pourtant Shigeru MIZUKI nous parle de lui enfant dans ce japon rural.

©  Shigeru MIZUKI / Cornélius

NonNonBâ est la grand-mère paternelle. Femme d'un moine bouddhiste vivant de la générosité des habitants, elle devient veuve et d'une extrême pauvreté. Elle est accueillie chez son fils et en échange du gite et du couvert, pour ne pas manquer de respect à cette vieille dame, s'occupera de la maison et des trois fils, dont Shige-san l'auteur.
Shige-san appartient à une bande de gamins. Des bagarres, des prises de pouvoir se succèdent avec des défis surhumains. Mais c'est aussi un garçon émotif et rêveur: il dessine tout le temps et est très impressionnable. Par ses relations aux copains, aux frères mais aussi aux petites voisines, Shige-san grandit.

©  Shigeru MIZUKI / Cornélius

"NonNonBâ" présente l'enfance du môme. Ses occupations, ses émotions et ses prises de position. D'un trouillard, il devient courageux. D'un garçon pour qui la présence des filles rend faible, il devient leur confident et ami. La différence sexuelle, mais aussi une certaine séduction et puis une compréhension de l'autorité et de la place des femmes dans la société.
Ce très gros manga apporte une vue du Japon très particulière. Le parti-pris éditorial de garder les onomatopées en japonais (avec traduction en dessous) et de nous livrer un index approfondi, offre une impression d'authenticité. La société se voit dans ses rapports de force, dans sa bienveillance aux pauvres mais aussi cette charité ordonnée, contre service. La ruralité mais aussi le rapport aux religions, aux système éducatif, aux nouvelles technologies, aux traditions, aux apports d'autres nations et à la culture se vivent avec des yeux d'enfants. Le père échange sa vie bien rangée contre une autre offerte à la distribution de la culture cinématographique de son pays.
Et puis il y a NonNonBâ. Cette vieille femme, prieuse, offre ses prières contre obole, ses services contre gite. Elle est l'âme de cette enfance. La part de tradition et de folie. Elle est l'incarnation de la mythologie japonaise: elle croit dans l'existence des yokaï, ces esprits de la nature ou des situations. Tout le récit est alors parsemé de rencontres fantastiques et impressionnantes. Shige-san se pétrifie, apprend à les reconnaitre, à les dissuader de le perturber ou les dessine.

©  Shigeru MIZUKI / Cornélius

Le tout donne un manga jubilatoire, plein d'humour et de fantaisie mais qui ne laisse pas les belles réflexions de côté... par exemple l'émotion due au deuil d'une des amies du héros: le voyage dans le dix mille milliardième monde.

©  Shigeru MIZUKI / Cornélius

Le trait est vif et très stylisé: l'auteur se dessine en garçon grassouillet, il prend plaisir à un détail des architectures et des intérieurs (beaucoup de scène aux bains baquets, du peut-être à la présence du yokaï Akaname, "Lèche-crasse") et nous montre tout son pouvoir de sensationnel dans les esprits dessinés. Et après quelques pages un peu déconcertée par cette vieille femme ridée et toujours grimaçante, je confirme: je l'adore!

©  Shigeru MIZUKI / Cornélius

J'avais envie de le lire depuis très longtemps sans même connaître l'auteur, sans même savoir qu'il était question des yokaï. Et pourtant nous nous sommes penchés sur eux, amateurs que nous sommes de dessins animés japonais et de leur mythologie. Les êtres de la nature... dans la forêt de Miyori, dans les bois de la princesse Mononoké (ou autre Miyazaki), dans l'eau avec le kappa Coo.
Et puis c'est faux: je connaissais l'auteur par ses illustrations d'un dictionnaire des yokaï où nous pouvons les voir... même leur intérieur.


*le kappa selon Shigeru MIZUKI

vendredi 6 février 2015

Annie Sullivan & Helen Keller

Cela fait longtemps que je voulais lire cette bande dessinée. Parce qu'elle parle d'un sujet qui me touche, j'avais peur d'être déçue. Et bien non!

 © Joseph LAMBERT/ Cambourakis

"Annie Sullivan et Helen Keller" de Jospeh LAMBERT raconte les premières années d'éducation d'Helen, enfant de 6 ans, sourde et aveugle à la fin du 19ième siècle. Il s'agit d'une histoire vraie très célèbre aux États-Unis.
Helen a perdu la vue et l'ouïe avant ses 2 ans. Elle s'enferme dans la confrontation, l'isolement tactile et la non communication. Annie Sullivan est embauchée pour l'éduquer et va s'investir complètement.

En parallèle des efforts et progrès d'Helen, nous découvrons le passé chaotique d'Annie. Laissée avec son frère dans un hospice à l'âge de 10 ans, elle y vit dans des conditions déplorables et y perd son frère. A 14 ans, presque aveugle d'un œil, elle intégrera l'Institut Perkins, pour enfants aveugles, sans savoir écrire ou lire même son nom et en sortira la meilleure de sa promotion. Les avancées d'Annie éclairent celles d'Helen et inversement.


 © Joseph LAMBERT/ Cambourakis

Cette bande dessinée tout public est un magnifique hommage aux enfants victimes de handicap. Joseph LAMBERT illustre avec énormément de finesse le flou dans lequel Helen vit avant de rencontrer Annie.
Ne se vivant que tache grise informe dans un néant, elle a à peine des bras, les éléments qu'elle touche n'ont aucune importance, aucune existence, seules la nourriture et les bras réconfortants, roses, de sa maman semblent y avoir une place. Et puis les bras bleus d'Annie, du professeur. Les bras puis les doigts. Helen ne supporte pas le contact physique, la frustration, les contraintes. Elle mange avec les doigts, casse, tape. Et puis Annie arrive. Il s'impose immédiatement, l'enfant doit se servir de couverts, demander les choses. Annie utilise la langue des signes. Alors l'imitation des noms apparait mais pas encore la notion des objets.
Le passage du vide à la conscience du monde est très émouvant. Helen va apprendre à désigner les objets, à les demander, à communiquer, à questionner. La relation de crise, d'agression, de violence, devient une relation de confiance, d'apaisement et d'éveil.

© Joseph LAMBERT/ Cambourakis

Les prises de position d'Annie sont vues de l'intérieur grâce à ses compte-rendus au directeur de l'Institut Perkins qui l'a recommandé auprès des parents d'Helen. Sa rage, son impuissance, son envie de contrôle sans atteinte des libertés d'Helen. "Mon défi le plus pressant consiste à la discipline sans briser sa volonté. Je dois exiger d'elle un minimum d'obéissance, mais je ne dois pas la contrôler uniquement par la force. J'ai besoin de gagner son amour." Elle utilise des supports de communication créés et mis à sa disposition par l'Institut: le langage des signes (ici le mot est épelé et ne peut pas être "signé" par un geste qui impliquerait le visuel), une bibliothèque énorme de livres en braille...

© Joseph LAMBERT/ Cambourakis

Il y a aussi de l'instinct dans cette jeune femme. Elle même sujette à l'isolement communicatif (fait de paroles insensées), elle veut ouvrir son élève au monde. Ne pas la subir et pour l'enfant, ne pas subir le monde. Cette éducation sur le tas, sans possibilité de programmer ou d'organiser, est fabuleuse. "J'ai décidé de ne pas lui donné de leçons régulières pour l'instant. Au lieu de quoi, je traite Helen exactement comme une enfant de deux ans. Partant du principe qu'elle a une capacité normale d'assimilation et d'imitation, je parle dans sa main comme on parlerais dans l'oreille d'un bébé qui entend. Je fais des phrases entières quand je lui parle, même si elle ne comprend qu'un seul mot. La phrase entière, répétée de nombreuses fois, va s'imprimer dans son cerveau. Peu à peu, elle l'emploiera elle-même." Cette bande dessinée est toujours d'actualité. A l'heure actuelle le handicap est encore trop souvent assimilée à une déficience, Annie Sullivan partait, elle, du principe que son élève était une enfant normale, pas un tyran qu'il ne faut pas contrarier mais bien un potentiel en éveil! Et puis, elle se confronte au réel, ne bride pas les questionnements de sa protégée, apprends en se trompant.

© Joseph LAMBERT/ Cambourakis

La part belle est donnée ainsi à cet épanouissement de l'enfant différent mais la bande dessinée offre aussi les affrontements d'idéaux, les préjugés d'une société, les orgueils d'adultes et les retombées médiatiques et financières d'une avancée dans la prise en charge des enfants. Par exemple la scission entre l'Institut Perkins et Annie Sullivan. 

mardi 16 décembre 2014

Marya, une vie

"A ces moments-là Marya jouissait de son anonymat; elle se sentait invisible. Elle murmurait des réponses, donnait des conseils, le consolait, l'approuvait, sympathisait avec lui. Alors il ne la voyait pas - il ne la jugeait pas. Elle n'avait pas besoin d'être brillante, vive, impitoyable, de jouer un rôle comme au cinéma, elle pouvait se détendre dans ses bras, se laisser embrasser, caresser, l'écouter poursuivre des discussions éternelles avec les autres - son père, ses amis - par son intermédiaire."

"Les murs étaient ornés de dessins au fusain qu'elle avait faits, des croquis de personnages imaginaires et quelques autoportraits; quand elle était trop tendue ou excitée pour dormir après des heures d'étude ou après un examen, elle prenait un crayon et dessinait ce qui lui passait par la tête - les doigts animés d'une énergie étrange, sporadique. Les murs lui renvoyaient le reflet austère de son propre visage. Les pommettes marquées, les yeux noirs, les sourcils touffus... Elle s’enlaidissait volontairement; c'était une consolation, une forme de vanité inversée. Qui est-ce? demanda une fois l'une des filles de l'étage. Un homme? Une femme?"

(extraits de "Marya, une vie" de Joyce Carol OATES)

mercredi 5 novembre 2014

Sophie Scholl, "Non à la lâcheté"

Le défi de cette collection de petits romans historiques est de présenter au jeune lectorat des personnages importants d'une cause: ceux qui ont dit non à l'homophobie, à l'appartheid, à la colonisation etc...

Jean-Claude MOURLEVAT s'attaque au symbole de l'Allemagne résistante de la seconde guerre mondiale avec "Sophie Scholl: "Non à la lâcheté"". L'adolescente Sophie est déjà engagée quand nous la retrouvons. Elle fait passer en douce les tracts écrits et imprimés par son frère. Elle est jeune, assez passe-partout, elle se porte volontaire pour acheter les timbres en quantité.
Dans cette dictature allemande, leur action est encore secrète. Mais le mouvement étudiant dont elle fait partie veut aller plus loin, veut faire bouger les consciences. Cette nouvelle étape de distribution active des tracts, en plein jour, au sein de l'université, sera leur dernière activité. Ce mois de février 1943 est le dernier de sa vie.
L'image est violente, connue, ces tracts sur les marches des escaliers, sur la rambarde au deuxième étage, envoyés dans le vide et s'éparpillant à la vue de tous. Sophie et son frère Hans sont arrêtés, condamnés à morts et guillotinés.

Sophie est courageuse, même prise, elle répond avec aplomb à l'inspecteur qui l'interroge. Elle n'aura pas la force de s'insurger contre le juge comme le fera son frère mais elle aura tout de même quelques réparties.
Le roman nous laisse entrevoir qu'elle aura pu avoir une sanction plus douce, sans vendre ses amis, juste dire qu'elle était entrainée par les plus grands, par les hommes. Mais elle refuse, elle souhaite rester "droite", consciente.

"Et voilà qu'il nous lâche cette énormité: Vous feriez mieux de donner des enfants au Führer au lieu de perdre votre temps à étudier! Indignation, tu penses bien." Oui les femmes aussi comme représentantes de l'esprit critique.

La peur est latente mais la conscience politique, de liberté, est encore plus forte. L'accent est mis, dans ce documentaire, entre la partie romancée et la présentation des autres résistants encore aujourd'hui de part le monde, sur la jeunesse des activants. Ils se sacrifient, ont de l'audace.
Encore plus pour ces jeunes allemands, éduqués par les jeunesses hitlériennes, où le sport, la nature, le compagnonnage donnent une image de vitalité et de fierté tout en sclérosant les esprits.
Le livre se termine par la chronologie de la jeune femme et ses photos, pour bien ancrer nos mémoires.

Lily vous propose un magnifique billet, merci à elle pour cette lecture.

vendredi 3 octobre 2014

Pilules bleues


© Frédérik PEETERS/ Atrabile

Une bande dessinée comme une confession. Un pendant de vie croqué pour l'auteur lui-même presque plus que pour les lecteurs. Et puis non, il y a aussi ce magnifique message qui nous atteint. "Pilules bleues" de Frédérik PEETERS est l'histoire autobiographique d'un amour naissant. Le croisement amoureux de notre narrateur et d'une femme pâle et frêle mais si intense qu'est Caty.
Ils se côtoient un peu, se perdent de vue, se revoient. Elle aimante l'esprit du jeune homme et un jour la petite musique de l'amour commence. Douce, tranquille, sans accroc. Ou presque.
Parce qu'ils veulent du sérieux, elle dévoile sa face noire, la maladie: elle est séropositive comme son fils de 4 ans.

© Frédérik PEETERS/ Atrabile

Ce sont tous ses sentiments à lui qui arrivent par soubresauts... des demi-secondes incluant tous les extrêmes, possession, pitié, fuite, passion, désir, punition, rejet, tristesse, abus; de bonnes doses de courage, d'admiration aussi. Leur amour physique est sous la pesante contrainte de la transmission possible, cette camisole. La bande dessinée présente l'intimité d'une union, d'une compréhension, d'un besoin de soutien. Elle marque son temps aussi dans les interactions aux autres, à la famille, aux amis.
La maladie reste toujours effrayante avec ce traitement, ces pilules bleues, ces inspections personnelles de toutes les plaies, ces passages à l'hôpital du petit garçon. Mais elle y gagne un visage, un avenir; surtout depuis la réédition de cette BD dix ans plus tard avec un "épilogue" sur la vie qui continue des protagonistes. Elle dépeint aussi une énorme bulle de compréhension de la part du médecin.
Un rhinocéros n'est pas souvent rencontré dans la rue, un mammouth l'est beaucoup plus dans les réflexions existentielles de l'auteur. Ce côté fantastique ne déstabilise pas et donne à penser aussi à nous lecteurs. Puis Caty est dévoilée dans ce qu'elle croit être sa culpabilité, puis son courage, sa force, son enthousiasme.

Ce récit est bouleversant de sincérité, d'amour et aussi de fraicheur. La spontanéité des sentiments et ce défi sur la vie est un message salvateur, pour eux... et pour nous.

mercredi 19 mars 2014

Le mystérieux trésor de Barbe-Noire

Chouette: une aventure pour comprendre l'histoire, un récit pour emmener les plus jeunes dans les méandres et les découvertes passés. Pour répondre à un petit homme aux envies d'aventure, de héros, de duels et de récits qui font peur, rien de mieux que de suivre un pirate célèbre!


"Le mystérieux trésor de Barbe-Noire" de Pascale PERRIER avec illustration de couverture de Sébastien MOURRAIN est une petite ouverture sur le monde intrépide des pirates.
Paul et Jules veillent auprès de leur grand-père Louis. Ce dernier, malade, décide à la demande des deux garçons de dévoiler un bout de sa vie, celui passé sur les eaux avec le sanguinolent Barbe-Noire. Louis était mousse sur un navire français transportant de l'or et des esclaves. Il avait envie d'aventures et en même temps que la crainte d'une attaque de pirates, il avait envie de confronter son courage et encore plus de découvrir leur lien entre eux. Et c'est le célèbre Barbe-Noire qui les aborde.
Il se trouve enrôler de force et vit ainsi quelques années avec les pirates. Il découvre la cruauté mais aussi la joie de cette troupe, les débordements à terre et les stratégies du "commodore". Ancien corsaire de la reine, Barbe-Noire est impitoyable pourtant tous ne perdent pas la vie à le rencontrer et il sait aussi prendre soin de son équipage. Grâce aux confidences du vieux Louis, les jeunes garçons découvrent les aller et venus de Barbe-Noire pour déposer un butin. Ils ont aussi envie d'aventure.

Ce livre est assez court mais présente une histoire captivante. Elle donne des indications sur la vie de pirate, les règles de vie, les rapports de force, l'abandon marron, l'étonnante mise en scène de Barbe-Noire mais aussi la fin de ces hommes de mer. Les pirates étaient quelques fois soutenus sur les côtes par le gouvernement ou les habitants et pouvaient quelque fois réintégrer la légalité.
Un petit documentaire présente d'autres éléments dont les pavillons, certains autres pirates célèbres et un lexique approprié.
Très belle première approche.

mercredi 12 mars 2014

T'étais qui, toi? Sitting Bull

C'est avec beaucoup de plaisir que je lis les multiples propositions de cette collection "T'étais qui, toi?" dirigé par Vincent CUVELLIER dont je vous parlais là.

© Claude CARRE et Ronan BADEL/ Actes sud junior

"Sitting Bull" de Claude CARRE et illustré par Ronan BADEL est ainsi une toute petite biographie de ce chef indien siou.
Il est attrapé par des hommes de la police indienne et ne veut pas se rendre. Son peuple, enfin ceux qui ne sont pas passé à l'ennemi, est avec lui, il combattra pour lui, le chef le sait mais quand il meurt sous les balles, c'est le dernier des remparts de la noblesse indienne qui tombe.
Mais Sitting Bull, "le bison qui s'assoit avant de se rouler dans la poussière" n'a pas toujours été un chef. Et c'est cette humanité que Claude CARRE met en avant. De l'enfant lent, au chasseur, au sage chef fédérateur jusqu'au voyant guérisseur et à l'homme épris de victoire acerbé par la violence des blancs.
Enfant, il suit le nomadisme de la communauté mais il doit devenir bon chasseur et guerrier courageux. "Pour les Indiens des Plaines, ce n'est pas le profit des batailles qui importe, ce n'est pas le plaisir de tuer un adversaire qui prime; non, ce qui prime, c'est d'être capable de le défier et de prouver sa valeur!" Et le jeune adolescent va montrer son courage. Il devient même chef des chefs et continue d'explorer les nouveaux territoires et de régler les conflits inter-clans.
Il se retrouve rattrapé par l'histoire des colons blancs venus aux Etats-Unis. Le Nord et le Sud règlent leur conflit et les habitants partent plus volontiers vers l'ouest, vers le territoire des Indiens. Les chercheurs d'or doivent être protégés ainsi que les chargements nécessaires à cette ruée vers l'ouest. Une guerre s'enclenche. Des clans signent des traités de paix et perdent leur âme (et leur terre), d'autres, menés par Sitting Bull, persévèrent. Puis un répit, des traités, des lieux préservés et un certain Custer, boucher, assassin, qui va exacerber les tensions.
 Les batailles sont expliquées, dont la victoire de Little Big Horn par les Indiens qui effraie tant les blancs. Mais aussi les tensions, les manigances, les massacres en règle.
Cette petite biographie montre un des symboles du peuple indien: entre coutumes, guerres, alliances, politique des blancs et aussi burlesque de la situation avec un Buffalo Bill, ancien chasseur de bison, prenant Sitting Bull comme participant d'un show ridicule. Et le tout avec énormément d'humour!

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© Claude CARRE et Ronan BADEL/ Actes sud junior

Nous retrouvons les illustrations rondes de Ronan BADEL que j'aime particulièrement dans l'univers du petit masculin. Et non, le livre n'est pas réservé aux garçons: j'adorais les indiens étant petite et je jouais aux cowboys et aux indiens, sans les cowboys.
La bichromie continue de marquer la collection. Ici le orange domine.On aime!


mercredi 29 janvier 2014

Une littérature qui ne veut pas penser, pour quoi faire, la vie est quand même trop courte - Instinct primaire

"Je ne supporte plus d'être limitée à la maternité. C'est aussi ma liberté d'écrivain qui est en jeu. Si la femme n'a pas la vision du monde en dehors d'elle-même et de ses propres problèmes, que tout ce qui n'est pas elle ou sa famille ne la concerne pas, que tout ce qu'elle recherche, c'est son double et qu'elle se targue de prescrire les lignes directrices de l'interprétation du monde selon des idées arrêtées, comment alors poser des questions au futur, à ce qui est à venir? N'est-ce pas là une diminution de la liberté créatrice? Comment écrire le monde qui vient si l'on ne peut pas sortir de son propre jardin?"

(extrait d'"Instinct primaire" de Pia PETERSEN, Nil éditions; source photographie)

mardi 10 décembre 2013

Moi, Stevenson, l'aventure de ma vie

Il y a encore quelques années, je vous aurais dit ne lire aucune biographie. C'est, en fait, avec la littérature jeunesse que j'en ai découvert l'intérêt. J'avais lu avec beaucoup de plaisir quelques propositions des éditions Au Diable Vauvert, collection "A 20 ans". D'ailleurs, il me faudra y revenir. J'avais découvert que la trame d'une vie donnait à lire et à relire encore mieux leur œuvre (à regarder aussi pour les artistes). Ce n'est pas un scoop mais jusqu'à présent le livre pris seul (l’œuvre) était un objet suffisant pour moi. Depuis, vous l'aurez compris, je prends plaisir à suivre les vies des auteurs, surtout quand le lectorat ciblé est la jeunesse: le texte n'est alors pas grandiloquent et ce n'est qu'une porte ouverte proposant ainsi d'avoir encore le choix subjectif d'une autre vie qui n'est finalement pas toute la réalité mais romancée.


"Moi, Stevenson, l'aventure de ma vie" de Jean RENÉ et quelques illustrations de Zaü (dont la couverture) est une belle proposition pour les jeunes lecteurs.
 Ce livre part d'une invention, celle que RLS, comme il aime signer, aurait laissé un journal intime à sa mort. "A toi qui rêves d'être un vagabond, un voyageur, un écrivain." offrirait ainsi une page ouverte sur certains moments de sa vie.
RLS est un enfant chétif, malade. Il ne peut pas suivre l'école et est très solitaire. Il trouve cependant un réconfort dans les livres, il se créé ses propres aventures imaginaires. L'aventure en suivant Alexandre DUMAS mais bien avant sa nurse Cummy qui chante et raconte les légendes d’Écosse. Pour sa santé, il partira en France, momentanément, comme tous ses voyages sauf le dernier. Sa jeunesse est faite de cela, de départs, de lectures et d'écritures.
Il ne souhaite pas devenir constructeur de phare comme son père ni avocat comme ce dernier le voudrait. Il veut dès le début être écrivain mais suit des études scientifiques puis de droit. Toute sa vie, il va chercher à être reconnu pour son écriture, à subvenir aussi aux besoins de sa famille et ne plus être redevable à son père.
Sa vie est liée à celle de Fanny OSBOURNE, américaine mariée et mère. Pour elle, il part à Paris puis aux États-Unis. Pour son fils qu'il finira par adopter, il écrit "L’ile au trésor".
C'est aussi du voyage, thérapeutique, déménagement mais aussi pour le voyage lui-même. "Celui qui a aussi respiré la poussière de la route, eu mal au dos en portant son sac à dos, celui-ci avancera peut-être jusqu'à découvrir son île au trésor." Mais souvent, ses textes parlent de son Écosse natale.
Il finira sa vie dans les îles Samao, soutenu par le roi Mataafa, qu'il soutiendra à son tour lors de la guerre civile entre les blancs, Anglais, Allemands, Américains, et les Samoans.

Cette courte biographie permet d'entrevoir sous le caractère littérature jeunesse une plus grande profondeur aux œuvres de STEVENSON. Il reste un romancier d'aventure mais qui peut aussi prendre position, par exemple pour les Samoans, et a une réflexion poussée sur le voyage, l'exotisme (voir ici son île Ulufanua), la vie et aussi la place si important des livres "seuls professeurs" pour lui.
"Et ce que [Walt WHITMAN] dit dans ses poèmes va diriger ma vie à venir: il dit que réussir sa vie, c'est la mettre en danger. C'est remettre en question ce qu'on a appris, ne faire la révérence devant personne, vivre libre avec la nature, mépriser la richesse."

Je ne peux qu'encourager la maison d'édition Bulles de savon pour nous fournir d'autres biographies. Merci d'ailleurs à elle et à l'opération Masse critique de Babelio.

"Tusitala", le raconteur d'histoires ou RLS


" "Ulufanua est une île imaginaire, et son nom est un très beau mot des Samoa qui désigne les cimes d'une forêt. Ulu veut dire "feuilles" ou "cheveux", et fanua "terre". Le sol, ou le pays des feuilles. "Ulufanua, the isle of the sea", Ulunfanua l'île de la mer, lisez ce vers en respectant la longueur des syllabes et son rythme apparaît. Les "u" sont à prononcer comme nos doubles "oo". Avez-vous jamais entendu plus joli mot?"
Je tiens à ce que, dans mes histoires, le lecteur en vienne à découvrir l'esprit des mers du Sud, c'est ça qui m'intéresse. Je doute cependant que le public soit prêt pour cela, peut-être n'attend-il simplement que de l'exotisme."
(extrait de "Moi, Stevenson, l'aventure de ma vie", de Jean RENE dont je parle là, illustration de Newell Convers Wyeth, couverture de "L'île au trésor", l'île la plus connue de RLS)

mardi 22 octobre 2013

T'étais qui, toi? Léonard De Vinci

Je cherche toujours. Je slalome entre les livres jeunesse, je peux me perdre dans une librairie, j'y reste des heures et pourtant je ne lis pas les livres. La quatrième de couverture mais aussi la recherche par maison d'éditions. Et puis il y a les centres d’intérêt qui grandissent avec le lutin du foyer (7 ans maintenant). Moins d'albums sauf sur les contes, la mythologie (et encore cela dépend beaucoup de la qualité du texte) et pour suivre certains auteurs favoris. Plus de documentaires et plus de livres romans adolescents.
Dans la veine des livres "culturels", je parle aussi beaucoup à mon libraire (ma petite adorée est partie vers un autre horizon professionnel). Je pioche ainsi des documentaires différents où je tente d'y trouver de l'humour et de l'enthousiasme. La collection "T'étais qui, toi?" des éditions Actes Sud junior répond ainsi à mes attentes historiques. Bon, j'aurais aussi pu m'en douter un peu en sachant qu'elle est dirigée par Vincent CUVELLIER. J'aime d'ailleurs beaucoup sa manière de présenter la collection.

 © Olivier LARIZZA et Nikol/ Actes sud junior
 
"T’étais qui, toi? Léonard de Vinci" de Olivier LARIZZA et illustré par Nikol est une biographie décalée. Bien-sûr l'histoire de sa vie nous est dévoilée.

Enfant, il était dans le village de sa maman et profitait d'un précepteur mais surtout de ses multiples balades en plein nature. C'est un grand observateur de la flore, de la faune et il découvre, expérimente, se questionne. Un grand curieux, bagarreur et très actif.
A 13 ans, son grand-père adoré meurt et lui, le fils illégitime d'un notable va le retrouver en ville, à Florence, cœur de la Renaissance, des savoirs et des arts. Il entre dans la bottega (atelier d'artistes) tenue par Andrea Verrochio. Grâce aux travaux commandés au maître, ce sont les techniques de dessins, de peinture mais aussi une ingénierie au service des seigneurs qui se pratiquent.
Puis Léonard se met à son compte, laisse des œuvres inachevées au profit d'autres. Il collabore avec Zoroastre, fréquente les garçons et se fait de plus discret concernant sa vie amoureuse. Il déménage aussi et va se mettre au service du pouvoir en place (en tant qu'artiste ou conseiller militaire), en restant opportuniste et espère la reconnaissance.
Tout le parcours apparait, jusqu’à sa mort. Léonard semble plus intéressé par la construction d'engins ou de sculptures de décors de manifestations somptueuses. Il est propre à un orgueil surdimensionné.

 © Olivier LARIZZA et Nikol/ Actes sud junior

Là où la biographie prend toute sa saveur est pourtant dans des détails: la puanteur de la bottega de Verrochio (des poules vaquent à leurs occupations partout, le jaune d’œuf étant un élément essentiel à la peinture à l'huile), les expériences biologiques de Léonard mais aussi sa mauvaise humeur. Léonard apparait dans ses parts d'ombre et restera un éternel insatisfait.

 © Olivier LARIZZA et Nikol/ Actes sud junior

Les illustrations de Nikol en bleu turquoise et noir apportent une image d'un garnement et d'une érudition. Le fourmillement de la Renaissance mais aussi des savoirs de De Vinci. Très belle mise en valeur.

Il s'agit bien là d'une biographie à relire comme un petit roman et toujours savoureux et drôle. Il parait que toute la collection est comme cela: pas forcément tournée vers les personnages gentils tout plein mais bien épatants à d'autres égards. A suivre donc!

mercredi 12 juin 2013

La véritable histoire de Diego le jeune mousse de Christophe Colomb

Je suis très sensible aux pédagogies alternatives. Quel lien avec ce livre, me direz-vous? Et bien j'aime la notion de "living books" présentée par Charlotte MASON, enseignante britannique du début du XXème siècle et dont la philosophie de l'éducation est très répandue dans les famille en homeschooling (école à la maison). Les living books sont des livres écrits par un expert du domaine traité, un scientifique pour de la physique etc... mais aussi comporte une dose de vie. Les biographies font ainsi parti du lot.
La collection "Les romans images doc" de Bayard jeunesse répond en partie à cette attente. Les courts romans peuvent faire partie des premières lectures à partir de 8 ans et présentent la vie réelle, quoique bien réduite pour le format d'un personnage rentré dans la grande histoire par une petite porte. A travers les pages de cette histoire qui permet une vraie identification de l'enfant, il trouvera des focus documentaires succincts mais très clairs, avec des cartes et les dates importantes de la grande histoire concernée.

© Corinne VANDELET et Philippe MUNCH/ Bayard jeunesse

"La véritable histoire de Diego le jeune mousse de Christophe Colomb" de Corinne VANDELET et illustré par Philippe MUNCH nous entraine à la suite de ce fils d'aubergiste embarqué sur le navire de Colomb lors de son premier voyage à la découverte des Indes par l'Ouest et l'océan en 1492.
© Corinne VANDELET et Philippe MUNCH/ Bayard jeunesse

Diego découvre la vie de marin, à la dure mais protégé, vit aussi le manque de confiance en Colomb en étant témoin du complot contre lui. Puis, avec le célèbre explorateur, il découvre  les îles des Bahamas, San Salvador en particulier, puis Hispaniola (Haïti).
Ce ne sont pas des Indiens d'Inde, le choc des culture est évident: les espagnols veulent des richesses et les Taïnos, indigènes vivant en autarcie, sont pacifiques. Diego se fait un ami pendant l'aventure, Miguel le mousse de l'Amiral Colomb. Avec lui il découvre un peu plus du peuple autochtone grâce à Taïna, une jeune Taïnos.

© Corinne VANDELET et Philippe MUNCH/ Bayard jeunesse

L'intérêt est aussi ailleurs que dans le récit. L'exploration de Christophe Colomb est explicitée dans le texte mais les encarts sont très engageants, ils permettent d'aller plus loin dans le contexte historique mais aussi dans les connaissances de l'époque et la présentation des personnages célèbres.
Les explorations espagnoles et portugaises, les caravelles et une description du navire de Colomb, les instruments de navigation ou les indiens. Quelques mots explicatifs mais surtout des éléments complétant la vie du grand personnage et ouvrant la part d'histoire sur d'autres perspectives.
C'est un parfait compromis entre un léger documentaire très ciblé et une première biographie.