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mardi 15 mai 2018

Le rire d'Epicure

© Yan MARCHAND et Jérémie FISCHER/ Les petits Platons

"Le rire d’Épicure" de Yan MARCHAND et illustré par Jérémie FISCHER provient de la maison d'édition Les petits Platons. C'est toujours un plaisir de la suivre même si je n'en parle pas assez.
Le parti-pris est toujours le même: proposer une biographie sélective d'un philosophe. Sélective car la collection n'est pas encore complète mais aussi car ce n'est pas forcément toute la vie de l'homme (ou de la femme) qui est présenté. Les dates apparaissent sur les rabats de couverture, le texte, lui, se concentre sur ce qui, dans la vie et les actions de cet homme, va l'amener à réfléchir différemment.
Le lectorat cible est la jeunesse, bien avant leur première approche de la philosophie au lycée. Cependant, toutes les propositions ne sont pas aussi accessibles que celle-ci. Est-ce parce qu'elle mêle la philosophie avec des références de mythologie grecque?  Peut-être.

© Yan MARCHAND et Jérémie FISCHER/ Les petits Platons
Épicure passe son enfance baigné par les superstitions maternelles. Mais curieux, lecteur des œuvres philosophiques de la bibliothèque paternelle, il émet des doutes.

          ZEUS
Que se passe-t-il, Apollon? Ton visage est bien sévère!

            APOLLON
Je viens d'entendre la voix du destin: l'heure n'est plus aux disputes ni aux plaisanteries, car notre fin est proche.

             HÉRA
Les Titans reviennent?

             APOLLON
Pire, bien pire: dans l'île de Samos, un mortel vient de naître.

Le couple royal se met à rire à l'unisson des autres dieux. Un mortel! Un petit brin de paille qu'un simple coup de vent suffit à coucher!

              ZEUS
Mon pauvre Apollon, tu auras fait un excès de nectar! Comment un mortel pourrait-il nous menacer?

              APOLLON
Il supprimera la crainte des dieux de toute poitrine humaine."
Yan MARCHAND a la bonne idée de mettre en scène les dieux de l'Olympe pour parler de ce jeune homme. Les dieux se liguent pour prouver leur présence et contredire Épicure au fur et à mesure de son influence sur les autres hommes. Zeus, Poséidon, Arès, Hermès, mais aussi Aphrodite, Peithô, déesse de la persuasion ou Éris, déesse de la discorde envoient les obstacles, douleurs, drames.

Épicure est envoyé au service militaire pour contrecarrer ses premières approches philosophiques mais rien n'y fait. Ni la guerre dans sa ville natale, Samos, et la destruction de sa maison. Ni la famine ou les désastres en mer. En écoutant Nausiphane, philosophe, il s'assume critique et croit que les phénomènes naturels sont des conséquences physiques et non divines. Le principal est la matière, les grains de poussières, les atomes.
Et puis même le trop, le luxe ou les actes ou sentiments de ses proches ne peuvent l'atteindre. Épicure prône le plaisir mais aussi le principe de se satisfaire de ce que nous avons, vivre dans la mesure et ne pas croire en l'offense.

La philosophie apparait comme une réflexion critique sur la foi et les superstitions: les dieux ont été créés pour effrayer. Ils sont dits "bienheureux", si tel est le cas, ils ne connaissent aucun souci donc ne sont pas à même d'arbitrer la vie humaine ou sinon ne sont pas des dieux. Même les aptitudes d’Épicure sont voulues par eux, alors il est libre de penser, ainsi n'a-t-il pas besoin d'eux pour dicter ses actes.

© Yan MARCHAND et Jérémie FISCHER/ Les petits Platons

Le choix iconographique de cette collection est toujours d'offrir des illustrations réalistes au récit mais avec une fantaisie dans la représentations, un début d'abstraction. Jérémie FISCHER joue beaucoup avec la démesure des dieux. L'architecture et les phénomènes naturels forment un tout. Et les hommes, souvent de profils, se manifestent dans leur interactions: encadrées, détourées, ancrées dans les murs. C'est lisible et intriguant.

Merci aux éditions Les petits Platons et à l'opération Masse critique de Babelio. Et je ne peux que vous encourager à vous offrir les coffrets, regroupant 5 titres (plus accessibles si vous souhaitez acquérir toute la collection).
tous les livres sur Babelio.com

vendredi 15 avril 2016

Égypte

En cherchant des livres sur l’Égypte et sa mythologie, je n'ai pu que m’arrêter un peu plus sur ce grand livre découverte, mi documentaire mi-livre d'art. "Égypte" de Pascale ESTELLON et Anne WEISS (textes et illustrations) est magnifique.

© Pascale ESTELLON et Anne WEISS/ Mila éditions

Au cœur des dessins et des rabats d’extérieur de page, des textes donnent quelques clefs de compréhension.

© Pascale ESTELLON et Anne WEISS/ Mila éditions

La part géographique et le maitre absolu qu'est le Nil ouvrent le thème avec une chronologie bienvenue. Puis la société est hiérarchisée avec un focus sur les artisans et les scribes. La vie des pharaons est présentée dans sa magnificence: les tenues, leurs rituels mythologiques (ou religieux), leur mort et leur temple et pyramide à leur gloire.

© Pascale ESTELLON et Anne WEISS/ Mila éditions

Que trouverez-vous de plus dans ce livre? Le soin qu'ils se portent, l'art splendide d’Égypte ancienne et une explication de la taille des détails ou des personnages, le rôle important des femmes même si peu sont devenues reines, le rôle de l'écriture, une galerie de portraits. Et la chronologie en affiche à la fin.
De quoi ne pas bouder son plaisir en fait!

© Pascale ESTELLON et Anne WEISS/ Mila éditions


vendredi 8 avril 2016

Sur les traces des Dieux d'Égypte

Se délecter d'un livre sortie de la bibliothèque municipale... le lutin lit les légendes, je lis les focus documentaires... et je m'émerveille des illustrations.

© Olivier TIANO et Christian HEINRICH/ Gallimard jeunesse

"Sur les traces des Dieux d’Égypte" d'Olivier TIANO et illustré par Christian HEINRICH vous permettra d'entrer doucement dans l'univers mythologique. Le Dieu Rê (sous ses trois formes: Khépri au soleil levant, Rê au zénith et Atoum au couchant) mais aussi Isis cherchant à rendre la vie à son frère et mari Osiris, Seth l'épris de pouvoir et assassin ou encore Anubis et la mort. Quelques autres légendes s'insinuent comme celle du roi Chéops, de la bataille de Qadech ou du livre de Thot.

© Olivier TIANO et Christian HEINRICH/ Gallimard jeunesse

Grâce à ces histoires, assez courtes, au vocabulaire explicitée en marge, l’Égypte ancienne prend des couleurs, de part ses croyances mais aussi ses coutumes, l'écriture et les scribes, la momification, les rois devenus pharaons, le commerce ou l'armée.

© Olivier TIANO et Christian HEINRICH/ Gallimard jeunesse 

Une idée de la sagesse apparait aussi avec ce livre des savoirs à ne pas ouvrir mais aussi le rituel du jugement à la mort. Les éléments matériels mais aussi la pesée du coeur, l'existence de la Dévorante.

© Olivier TIANO et Christian HEINRICH/ Gallimard jeunesse

Le livre rassemble tout ce que j'aime: des histoires au vocabulaire riche et pas trop superficielles et des encarts plus détaillés pour s’immerger encore plus.


mercredi 23 mars 2016

Singes

J'aime beaucoup rencontrer dans les documentaires jeunesse l'illustration d'un propos technique ou scientifique. Il a le même poids que le texte. J'adore ainsi les schémas ou les coupes. Je dois dire aussi que, de plus en plus, je me tourne vers des visuels plus designés.

© Owen DAVEY/ Gallimard jeunesse

"Singes" d'Owen DAVEY est de ces petits albums qui ne paient pas de mine. Il est très beau mais est-il pertinent? La réponse est oui!
Sous l'appellation singe, de nombreux animaux se côtoient. Le focus est mis ici sur les petits singes, singes à queue. L'auteur présente ainsi une classification des primates, nécessaire et précieuse. Il reprend la théorie de l'évolution de manière simple mais resitue l'homme (du genre homo) par rapport aux autres primates, les ancêtres et les cousins contemporains (et éloignés), l'homme et les grands singes.

© Owen DAVEY/ Gallimard jeunesse

Les petits singes se dévoilent alors. Les formes stylisées des illustrations d'Owen DAVEY ne perturbent pas les identifications.
Dans leur morphologie commune à tous ou distinctive par catégorisation. De l'Ancien monde ou du nouveau. C'est simple et pourtant d'une efficacité redoutable. Le singe-lion, le cercopithèque, le colobe guéréza même si inconnus pour vous retrouveront vite leur continent. Tout est histoire de nez, de queue ou de fesses.
Bien sûr leur habitat, leur alimentation ou leur comportement social seront précisés mais vite nous laissant profiter de portraits plus complets.

© Owen DAVEY/ Gallimard jeunesse

Le ouistiti pygmée si petit, amateur de sève et potentiel menu d'une harpie féroce (et rien à voir avec la mythologie), le mandrill aux canines plus longues que celles d'un lion, le gélada aux lèvres retroussées sur les gencives, le macaque japonais dans les eaux thermales chaudes en plein hiver.

Le singe montre son intelligence, ses exploits (aventurier de l'espace porté volontaire). Certains ont des caractéristiques incroyables. Une double page est aussi ouverte sur les croyances et la mythologie, avec Hanuman par exemple.

© Owen DAVEY/ Gallimard jeunesse

Le tout forme un très beau documentaire, sur l'animal mais ouvrant aussi la porte à une réflexion sur l'homme.


samedi 12 mars 2016

"Ce beau marin à la barbe douce et aux yeux de ciel et de mer, je le veux pour moi!" - Le feuilleton d'Ulysse


"Tu es assurément la plus belle, ô Calypso. Je n'y avais pas songé, mais oui, bien sûr, le visage de Pénélope a dû vieillir. Son corps aussi. C'est une femme, pas une déesse comme toi. Pour autant, ne le prends pas mal, je préfère la retrouver, elle. Chacune de ses rides me racontera une histoire, celle de la vie. Ses rides me parleront de son immense douleur et de la mienne à vivre séparés l'un de l'autre; certaines auront été creusés par ses larmes. Sans doute me croit-elle mort. Je veux que d'autres rides se creusent sur ses joues, avec les larmes de joie qu'elle versera à mon retour. Oui, je veux que mes doigts caressent les plis de sa vie et qu'elle caresse les miens. Car nos cœurs, eux, sont sans rides. Personne ne me connaît mieux qu'elle. Pénélope comprend tout de moi, sait tout de moi, aime tout de moi. Elle est la mémoire de moi-même, ma seconde peau. Toi, tu chantes et tissent divinement, déesse, mais elle chante et tisse mon histoire et ma renommée. C'est infiniment plus précieux pour moi. Et puis, tu sais, l'immortalité que tu m'offres en restant ici à jamais avec toi est une autre manière de mourir... Si personne ne porte la mémoire de ce que je suis, je suis mort. Pénélope, elle, le fait jour et nuit. Elle est mon autre moi-même, ma moitié d’orange."

(extrait du "Feuilleton d'Ulysse" de Murielle SZAC, Bayard jeunesse; source photo AWTB)

mardi 16 février 2016

Devant la tente, le regard d'Ulysse se posa sur le bouclier d'Achille - Le feuilleton d'Ulysse


"Héphaïstos s'était surpassé, jamais on n'avait vu ouvrage plus finement sculpté. Son regard fut attiré d’abord par une scène cruelle: la Mort tirait un cadavre par les pieds. Juste à côté, plusieurs berges tombaient sous les coups d'ennemis. Une ville semblait en proie aux attaques d'une armée d'assaillants. Ulysse ne pouvait plus détacher ses yeux des scènes représentées sur le bouclier. A côté de cette ville en guerre, une cité en paix surgissait du bronze. Un splendide champ était en train d'être labouré, des moissonneurs au travail fauchaient les céréales avec habilité, dans le champ voisin un immense vignoble était chargé de lourdes grappes. Des jeunes gens emportaient le raisin dans de grands paniers d'osier. Et voilà un vallon où des troupeaux de moutons paissaient paisiblement. "C'est cela, murmura Ulysse, c'est bien cela le bonheur. La vie et la paix. Héphaïstos nous indique le chemin..." C'est alors que surgit une grande farandole. C'était une scène de noces! Les filles qui dansaient portaient des couronnes en or. Les garçons qui leur tenaient la taille avaient de beaux habits. Le travail du dieu forgeron était si fin qu'Ulysse eu l'impression de voir la danse villageoise s'animer!
"Tu aimes ce bouclier, valeureux Ulysse, n'est-ce pas?" Perdu dans sa contemplation, Ulysse n'avait pas vu Agamemnon arriver. "Par ton courage au combat, par la manière vaillante dont tu n'as pas laissé le corps d'Achille aux ennemis, tu as mérité que ce bouclier te revienne." Ulysse, ému, accepta en silence ce précieux héritage. "C'est un bouclier de paix, murmura-t-il. Les quatre saisons et le bonheur de vivre y sont gravés..."

(extrait du "Feuilleton d'Ulysse" de Murielle SZAC, Bayard jeunesse; source image)

dimanche 14 février 2016

Troie, la guerre toujours recommencée

En profitant du "Feuilleton d'Ulysse" de Murielle SZAC avec le lutin, j'avais envie de relire la proposition d'Yvan POMMAUX sur l'Ililiade. De la mythologie grecque, il s'agit bien de la partie qui me plait le moins. Moins de bestiaires fabuleux, peut-être des héros que je n'appréhendais que peu. Lire différentes versions de la guerre de Troie ne me tentait pas. Et puis voilà, Murielle SZAC a déclenché l'envie de revenir à Yvan POMMAUX, comme "Troie, la guerre toujours recommencée" provoquerait le même effet.
Je vous rappelle que les bandes-dessinées mythologiques de cet auteur sont maintenant en format poche et à prix mini: aucune raison de s'en passer. Je vous parlais là d'"Oedipe, l'enfant trouvé" et de "Thésée, comment naissent les légendes". Vous trouverez aussi en version poche "Ulysse aux mille ruses".

© Yvan POMMAUX/ École des loisirs

Yvan POMMAUX met en situation: gros plans sur les personnages importants, cartes et petite explicitation aux néophytes. Et à Troie de nombreux chefs de guerre sont rassemblées. Nous connaissons plus facilement ceux acquis à la cause grecque - Agamemnon, Ménélas, Achille, Nestor ou Ulysse - mais beaucoup moins le camp des Troyens - Priam bien-sûr, ses deux fils Hector et Pâris mais aussi les Thraces, Pandare -.

© Yvan POMMAUX/ École des loisirs

Troie est une ville dans l'actuelle Turquie où va se dérouler une guerre de 10 ans. Le prétexte est amoureux: Hélène la femme de Ménélas, roi de Lacédémone, a été kidnappée par Pâris, fils du roi de Troie. Fidèle en honneur, les guerriers grecs partent demander justice avec le roi bafoué. Mais cette guerre n'est en fait qu'un désir de conquête pour les hommes et une revanche pour les dieux.
Une déesse aigrie, n'est pas conviée à une fête des dieux. Elle décide de se venger auprès des trois plus grandes déesses, Héra, Aphrodite et Athéna, en proposant une pomme à la plus belle. Mais il faut un juge, ce sera Pâris, un humain. Aphrodite gagne par tricherie en offrant au juge l'amour de la plus belle femme du monde, Hélène.
A partir de là se joue une guerre sans merci entre la mer Égée et la ville de Troie. Des duels, Pâris et Ménélas ou Hector et Achille. Des ruses, espionnages, renforts, magouilles des dieux. Pâris, Achille, Agamemnon, Hector prennent ici de la consistance. Ulysse n'est ici qu'un participant, sa ruse finale n'arrivant qu'après la fin de l'Iliade.

© Yvan POMMAUX/ École des loisirs

Ce "roman graphique" présente l'envie d'en découdre des hommes et des dieux. Ils leur faut du sang, de l'honneur et de la vengeance, chacun de manière assez égoïste. Le tout est fourni, plein de détails sur les costumes, les armes, les navires. Les caractères sont trempés, les actions très réactives aux présages des dieux.
L'auteur nous offre 10 ans en 70 pages. C'est assez succinct tout en proposant les différents revirements des dieux et des hommes. Pari réussi!

jeudi 28 janvier 2016

Herakles

Vous connaissez maintenant mon amour pour la mythologie grecque (parce qu'il va bien falloir me l'avouer maintenant : posséder 3 à 5 versions d'un même mythe est de l'amour... ou même de la rage!). Ainsi une autre version de la vie d'Herakles (connu aussi sous son nom latin Hercule).

© Édouard COUR/ Akileos

"Herakles" d’Édouard COUR est une bande-dessinée pour adolescents et adultes. Nous pourrions nous dire que l'intérêt est limité s'il s'agit juste de l'accumulation des douze travaux. Mais quelle joie, l'auteur nous livre bien les exploits de ce grand gaillard mais surtout les indices du contexte, du destin qui se brise sous les yeux. Mais pas que. Trois tomes pour suivre Herakles dans sa solitude, ses pulsions, ses cauchemars.

© Édouard COUR/ Akileos

Herakles est maudit. Venu au monde en même temps que son cousin Eurysthée, il ne sera pas roi. Et puis, Alcide, son nom d'homme, est orgueilleux. Marié et père il veut tout de même se faire reconnaitre comme un dieu, fils de Zeus. Héra ne lui pardonne pas, il deviendra Herakles le guerrier, sauveteur et tueur à la gloire d'Héra. Il devra se mettre au service d'Eurysthée pour 10 travaux, non 12 tiens parce que deux ne sont pas validés.

© Édouard COUR/ Akileos
 
L'on se joue de lui. Héra, les dieux, son cousin, les rois auxquels il rend service. Dans les deux premiers tomes, il avance, il ne renâcle pas. Il anéantit les bêtes, capture d'autres, tue les hommes sur son passage. Il est seul, parfois accompagné par cette ombre aux cornes recourbées. Est-ce sa conscience? Non, son premier cauchemar surement, ce premier crime, un indice de ce passé qui a tout déclenché. Il y a bien les femmes, elles passent ou sont tuées, le plus souvent. Il y a bien quelques amis Abdéros ou Hylas, son frère Iphicles. Mais Herakles n'a pas la clémence des dieux. Orgueilleux, pas très finaud, il provoque les situations, se met les dieux à dos... seul, il sera seul.
Le troisième tome offre le mystère du crime principal, la folie d'Herakles, celle qui met en danger ses proches. C'est aussi la raison de ses années de service à Eurysthée et ce que l'on sait moins d'autres années au service de la reine de Lydie, Omphale. Encore là, une chance de sérénité, quelques années de répit. Mais Herakles a une destinée et les dieux n'ont pas fini de rire ou s'épouvanter de ses réactions jusqu'à la libération finale.

© Édouard COUR/ Akileos

Le mythe est classique. L'auteur ne se contente pas, pourtant, des combats de son héros. Il lui apporte une âme, des chagrins, des désespoirs, des regrets. Grand gaillard, fort, puissant, il est de moins en moins précis dans ses traits au fur et à mesure des planches. Il passe de ce guerrier connu, de cet homme, à une silhouette objet des dieux, esclave perpétuel de ses démons et des hommes ou femmes qui l'utilise. La vie "normale" aux couleurs passées, ocres, sépia, terre ou vert de gris tranche avec les moments de pulsion, très texturées, sombres ou les détails se brouillent dans une atmosphère.
Les couleurs, les hachures, les ombres, les traits, accentuent les coups, la force, les giclures, la foudre. Une violence mise en scène avec un dynamisme saisissant où le lecteur perd son sens de l’orientation.
La modernité de cette trilogie est apportée, aussi, par le mordant des dialogues, par un cynisme et un humour bien présent. Les dieux jouent avec leur héros... et nous aussi.

© Édouard COUR/ Akileos

mercredi 6 janvier 2016

Le feuilleton de Thésée, la mythologie grecque en 100 épisodes

Nous avons les trois feuilletons "commis" par Murielle SZAC (et avec quel bonheur reçus). Et après avoir lu le premier tout en lui donnant aussi une dimension scolaire, nous avons dévoré le second sans y ajouter quoique ce soit (ou presque). Ce fut donc une lecture orale, offerte par les parents au petit d'homme et quelques fois en sens inverse.

© Murielle SZAC et Rémi SAILLARD/ Bayard jeunesse

"Le feuilleton de Thésée" de Mureille SZAC et illustré par Rémi SAILLARD est plus facile d'accès que celui d'Hermès. Les épisodes mettent en scène des héros mieux connus ainsi que des défis identifiables rapidement: Thésée et le minotaure, Dédale et Icare, Héraclès et ses 12 travaux, Œdipe et le Sphinx, les jeux olympiques.

Thésée est un tout jeune garçon, né d'une union entre une princesse, Aethra, et un roi, à moins que cela soit Poséidon qui en soit le père. Il bénéficie de la pédagogie et des conseils de son précepteur, Connidas et découvre grâce à lui comment devenir un homme aux valeurs morales et aux aptitudes physiques. Mais Thésée est admiratif de son grand cousin de Héraclès.
Envieux de cette force de la nature, demi-dieu puisque fils de Zeus, Thésée souhaite suivre ses exploits. Il découvre aussi la rage, la folie qu'Héra lui a insufflé et les meurtres que ce grand héros commet autour de lui. Les douze travaux se succèdent mais s'accompagnent aussi des violences d'Héraclès, mort de sa famille sous l'emprise de la déesse des déesses mais aussi de ses méprises aussi irrévocables, par exemple la mort des centaures, ennemis comme amis.
Connidas met en garde Thésée. Il va devenir un jeune homme, puissant, courageux et peut-être violent. Encore faut-il qu'il soit responsable de ses actes. Et effectivement, après le mystère de sa naissance, Thésée veut lui aussi ses exploits et peu à peu va à la rencontre de son père, le roi d’Athènes, Égée. Il souhaite être digne de la couronne et se portera volontaire pour suivre les jeunes hommes et femmes envoyés pour être sacrifiés dans le labyrinthe en Crète, tuera le Minotaure, emportera Ariane tout en ne la ramenant pas avec lui et fera mourir de douleur son père.

© Murielle SZAC et Rémi SAILLARD/ Bayard jeunesse

Oui, mais Thésée est devenu roi et cette partie-là du livre est aussi importante. Il érige la convention grecque d'être un bon hôte à celle d'accueillir tous les laissés pour compte. Il change le mode de gouvernement pour une démocratie. Il devra tout de même subir les conséquences de ses actes, gérer les liens avec le roi Minos ou sa descendance, accueillir Œdipe et Antigone tout en donnant une complète liberté à cette dernière. Et puis Thésée devient amoureux, prends femme et se perd... jusqu'à devenir aussi monstrueux que son cousin Héraclès.

© Murielle SZAC et Rémi SAILLARD/ Bayard jeunesse

"Le feuilleton de Thésée" nous parle de la fougue de la jeunesse, éblouie par la force et l’héroïsme. Elle parle aussi des actes insensés, violents, fous et la responsabilité que peut avoir l'homme même manipulé par les dieux. Le livre parle de rédemption aussi, ou presque. De la sagesse d'un individu pris dans les feux de l'amour et dans la douleur de la perte.
Tout le long, nous pouvons comparer Héraclès et Thésée, le dernier grandit avec sagesse et pourtant.Il deviendra un autre, un mauvais père, un homme de parole mais aux actes intolérables... jusqu'à reprendre ses esprits. Et nous saurons comment Héraclès finit.
Autant à la naissance du monde et des dieux, thème du "Feuilleton d'Hermès", les focus sur les autres intervenants ou les flashbacks dépendaient des pouvoirs de ses nourrices, ici ce sont les oracles qui donnent le la. Thésée est ainsi témoin inactif de la vie d'Oedipe par exemple. Les femmes ont aussi un rôle plus complexe avec par exemple le très beau portrait d'Antigone.

© Murielle SZAC et Rémi SAILLARD/ Bayard jeunesse

L'auteure ne déçoit pas. Le propos est complexe, la thématique mythologique, évidemment puits sans fond de délices et de péripéties, offre son lot de cruauté, de sang, de peur, de dégoût ou de passages fantastiques avec des créatures fabuleuses. Mais les réflexions amenées par les constants dialogues entre Thésée et son maitre ou son ami Iolaos sont de très belles ouvertures à la réflexion.
Le vocabulaire est riche, les épisodes addictifs. Le jeu d'appel du prochain est haletant et c'est avec énormément de plaisir que nous suivons, non plus un dieu joyeux et hyperactif Hermès, mais un jeune homme à l'éducation parfaite en prise avec la vie, le pouvoir et les émotions.
Murielle SZAC a travaillé avec un autre illustrateur, Rémi SAILLARD. Le résultat est toujours entre l'abstrait, le symbolique et le figuratif. Les doubles pages évoquent les défis sans jamais totalement les illustrer. Il y a aussi un soupçon de surréalisme, un peu DE CHERICO quelques fois. Les petits dessins ponctuant le texte apportent eux une respiration.
C'est bon, très bon!

lundi 28 septembre 2015

L'Odyssée d'Homère pour réfléchir

J'hésitais... je pensais faire un billet groupé afin de mettre en valeur la collection "Des mots pour réfléchir" des éditions Oskar. J'en ai beaucoup (et j'en commande encore). Et puis non, ce ne sera pas pour cette fois-ci.

© Isabelle WLODARCZYK et Marie De MONTI/ Oskar


"L'Odyssé d'Homère pour réfléchir" d'Isabelle WLODARCZYCK et illustré par Marie De MONTI permet de reprendre les moments forts de ce retour vers Ithaque avec de brefs résumés et offre de belles réflexions en double page juste après.
Mais quel intérêt de proposer une énième version de la mythologie grecque ? Justement. L'auteure, Isabelle WLODARCZYK, entraîne le jeune lectorat dans les us et coutumes de la Grèce antique. Les défis lancés par les dieux à Ulysse se conçoivent alors plus comme des règlements de compte et une obligation de la part du héros de s'y soumettre. Il doit suivre une ligne de conduite, en tant qu'homme, en tant que croyant et en tant que héros.

© Isabelle WLODARCZYK et Marie De MONTI/ Oskar

En décryptant les rencontres avec le cyclope Polyphème, avec Circé ou Calypso, en reprenant les erreurs de ses compagnons avec l'outre des vents, le troupeau de l'Ile du soleil ou les massacres des créatures fantastiques que sont Charybde et Scylla, les sirènes ou les Lestrygons, nous avançons dans une éthique de vie. L'Odyssée suit les grandes qualités que l'homme (et d'autant plus un héros) doit avoir à cette époque: le sens de l'hospitalité, la reconnaissance de la patrie ou l'héroïsme d'une vie.
Le livre se veut aussi interactif. Il propose une mise en situation pour les plus jeunes lecteurs et une question

© Isabelle WLODARCZYK et Marie De MONTI/ Oskar

Grâce à cela, une géographie se dévoile (au lecteur de retrouver certains lieux), une mentalité mais aussi des travers humains comme l'hubris condamnée (démesure ou vouloir plus que ce qui nous revient), l'orgueil ou la prétention d'un Ulysse qui ne veut pas être "Personne", la justice par soi-même, la fidélité (pas vraiment réciproque d'ailleurs). Nous découvrons ainsi qu'Ulysse a un fils autre que Télémaque, Télégonos, conçu avec Circé.
Nous entrevoyons aussi d'autres points de vue sur des concepts encore bien d’actualité: la barbarie, la manipulation qui flatte l'ego (les sirènes).

Encore une fois: une proposition de "Philo: des mots pour réfléchir" à mettre entre toutes les mains!

lundi 22 juin 2015

Râ & Cie, 3ème pyramide à droite

La couverture me tentait bien. Et puis les premières pages mais j'avais besoin d'une confirmation, attente de la lecture de mon libraire.

© Matthieu RODA/ Sarbacane

"Râ et Cie, 3ème pyramide à droite" de Matthieu RODA est une très belle proposition.
Au début il n'y avait rien, rien qu'un océan immense sans vie et immobile puis Râ est né. Le roi du soleil va créer la vie sur terre. De sa morve et de sa goutte au nez apparaitront ses enfants, Shou et Tefnout. De Râ découle la création de l'univers, les hommes et la confrontation avec le mal, incarné en Apopis, dieu de la destruction. Tefnout et Shou vont devenir aussi parents, ensemble, de Nout et Geb. Le monde s'agrandit, les hommes se prosternent devant le dieu soleil mais sont aussi source d'angoisse. Nous laissons Râ et Apopis en plein duels répétés avec une Tefnout bien changée.

© Matthieu RODA/ Sarbacane

La mythologie égyptienne est présentée ici de manière extrêmement simple. Le premier tome apporte les origines en marquant les événements. Elles sont présentées dans une histoire très burlesque et à même d'être facilement intégrée avec ses textes très courts accompagnés d'un arbre généalogique.

© Matthieu RODA/ Sarbacane

L'inceste primordial de Shou et Tefnout n'est pas passé sous silence. Cela pourrait être un côté dérangeant, pourtant le fait de les voir se smacker à tout bout de champ en fait un effet comique de plus, suivi de beaucoup d'autres.

 © Matthieu RODA/ Sarbacane

Le tout est désopilant (premier degré mais c'est bon aussi). Le texte d'une part avec ce dieu du soleil au tic de langage bien à propos "raaaa" mais aussi les très nombreuses références culturelles (de chansons, de langage).
Les images très colorées présentent les héros de profil et simplifient les gestes: le tout est caricatural et peut-être un peu représentatif des fresques, à la sauce enfantine.
Quel dommage que cela soit si court. J'aurais adoré avoir le double de pages. C'est peut-être le seul reproche que je ferais: une histoire qui peut être lue par les plus jeunes et que l'on aimerait à rallonge.

Monsieur RODA, si vous passez par là, sachez que mon lutin de 8 ans 1/2 connaît vos textes et vos images par cœur et qu'il me les ressert façon théâtre comique: c'est fantastique!
Et puis il redessine presque tout l'album...

vendredi 19 juin 2015

Constellations, une livre phosphorescent à lire sous les étoiles

Pourquoi avoir choisi ce livre plutôt qu'un autre sur le sujet. "Constellations, une livre phosphorescent à lire sous les étoiles" d'Anne JANKELIOWITCH et illustré par Sarah ANDREACCHIO a peut-être ce plus poétique que j'attendais.

© Anne JANKELIOWITCH et Sarah ANDREACCHIO/ De la Martinière jeunesse

Il s'agit d'une invitation à se coucher dans l'herbe, les yeux tournés vers le ciel une nuit sans nuage. Tout y est: l'inventaire du matériel à avoir pour être confortablement installé et préparé, une explication de notre vision nocturne et de comment faire pour mieux voir les étoiles (et lire le livre) et une description de 15 constellations visibles dans l’hémisphère Nord sur les 42 apparentes.
L'auteure, ingénieure, nous décrit ce que nous pouvons voir la nuit, à quelle distance de nous et la vitesse de leur mouvement. Et ce ne sont pas que les étoiles. Les rapaces et chauves-souris, les météores, les avions, les satellites, la lune, les planètes, les étoiles, les comètes, la voie lactée (oui, oui visible à l’œil nu) et les ovnis (bah oui il faut laisser le mystère grand ouvert).

© Anne JANKELIOWITCH et Sarah ANDREACCHIO/ De la Martinière jeunesse

Nous apprenons ainsi que l'étoile du berger n'en est pas une, d'étoile, mais bien une planète, Vénus. Qu'elle est visible à l'aube et au crépuscule et servait aux bergers pour sortir et rentrer leurs bêtes. Que le clair de Lune est trop lumineux et qu'il faut choisir entre observer la lune ou les étoiles. Que la trainée des comètes n'indique pas leur direction. Entre autres.
Puis quelques constellations sont présentées, celles qui sont au centre de notre ciel de l'hémisphère Nord. Elles apparaissent avec leur fiche d'identité, la période la plus adéquate pour la voir, les pistes pour la repérer et son histoire. Les constellations ont des noms en référence aux mythes grecs, donnés par les premiers observateurs du pourtour méditerranéen, des astronomes de l'Antiquité. La légende d'Andromède, la lyre d'Orphée, le dragon pour tous les dragons gardiens de trésors et même la grande ourse et la petite.

© Anne JANKELIOWITCH et Sarah ANDREACCHIO/ De la Martinière jeunesse
 
Anne JANKELIOWITCH donne ainsi des détails qui permettent une bonne compréhension sans alourdir la lecture. Elle permet aussi de vouloir en savoir plus... pourquoi une grande ourse quand nous voyons une casserole et aussi une première indication de la forme aplatie des constellations quand elles sont bien dans un espace 3D. A suivre ici avec nous.

© Anne JANKELIOWITCH et Sarah ANDREACCHIO/ De la Martinière jeunesse

Le ciel lui est magnifiquement illustré. Il prend des couleurs et les personnages passent au second plan avec des teintes bleutées quand nous ne parlons plus d'eux. Le ciel est dessiné dans une certaine immobilité, même si en réalité la voute céleste bouge dans la nuit. Sarah ANDREACCHIO offre une immobilité à ses personnages en toute mobilité: ils n'ont pas bougé de place mais changent leurs gestes, certains détails. Bien-sûr le plus est aussi cette surimpression de jaune fluo sur les dessins, au niveau des étoiles principales des constellations. Après une bonne exposition à la lumière, et là dans le noir, la constellation apparait dans toute sa forme simplifiée par phosphorescence.

samedi 16 mai 2015

"Si vous êtes capables de parler à une rivière, allez lui poser la question" - Parva

*source Amruta PATIL

Pour connaître les premières pages de "Parva, L'éveil de l'océan" de Amruta PATIL... une approche de l'épopée mythologique Mahabharata. (En ce moment, les légendes indiennes me tentent...)


 

mercredi 13 mai 2015

Sita's Ramayana

*Samhita ARNI

(en attendant que cette version féminine de la légende indienne et fabuleuse Ramayana sorte en français)

lundi 20 avril 2015

Où le petit Thésée s'attaque à un lion - Le feuilleton de Thésée


"Thésée allait abattre son arme sur le fauve lorsque trois hommes firent irruption dans la salle du banquet. Les cris et les appels au secours des enfants les avaient alertés. Au lieu de se jeter sur l'animal, ils éclatèrent de rire. L'un d'entre eux, un homme immense aux muscles énormes, attrapa la hache de Thésée au vol avant qu'elle ne frappe le lion. " Hé, mon gars, arrête, tu vas abîmer mon manteau!", s'exclama-t-il. Étonné, Thésée laissa retomber son bras. Le grand homme se pencha vers le lion, le saisit par la peau du cou, comme il l'aurait fait avec un petit chat, et le jeta sur ses épaules. La tête du lion retomba comme un capuchon sur celle de l'homme!"

(extrait du second épisode intitulé "Où Thésée rencontre son cousin Héraclès", "Le feuilleton de Thésée, la mythologie grecque en cent épisodes" écrit par Muriel SZAC et illustré par Rémi SAILLARD, Bayard jeunesse)

mercredi 8 avril 2015

NonNonBâ

Je me plonge volontiers dans des bandes dessinées ou romans graphiques autobiographiques. Il y a souvent du contenu. "NonNonBâ" n'était pourtant pas une lecture où je comptais y retrouver une vraie vie et pourtant Shigeru MIZUKI nous parle de lui enfant dans ce japon rural.

©  Shigeru MIZUKI / Cornélius

NonNonBâ est la grand-mère paternelle. Femme d'un moine bouddhiste vivant de la générosité des habitants, elle devient veuve et d'une extrême pauvreté. Elle est accueillie chez son fils et en échange du gite et du couvert, pour ne pas manquer de respect à cette vieille dame, s'occupera de la maison et des trois fils, dont Shige-san l'auteur.
Shige-san appartient à une bande de gamins. Des bagarres, des prises de pouvoir se succèdent avec des défis surhumains. Mais c'est aussi un garçon émotif et rêveur: il dessine tout le temps et est très impressionnable. Par ses relations aux copains, aux frères mais aussi aux petites voisines, Shige-san grandit.

©  Shigeru MIZUKI / Cornélius

"NonNonBâ" présente l'enfance du môme. Ses occupations, ses émotions et ses prises de position. D'un trouillard, il devient courageux. D'un garçon pour qui la présence des filles rend faible, il devient leur confident et ami. La différence sexuelle, mais aussi une certaine séduction et puis une compréhension de l'autorité et de la place des femmes dans la société.
Ce très gros manga apporte une vue du Japon très particulière. Le parti-pris éditorial de garder les onomatopées en japonais (avec traduction en dessous) et de nous livrer un index approfondi, offre une impression d'authenticité. La société se voit dans ses rapports de force, dans sa bienveillance aux pauvres mais aussi cette charité ordonnée, contre service. La ruralité mais aussi le rapport aux religions, aux système éducatif, aux nouvelles technologies, aux traditions, aux apports d'autres nations et à la culture se vivent avec des yeux d'enfants. Le père échange sa vie bien rangée contre une autre offerte à la distribution de la culture cinématographique de son pays.
Et puis il y a NonNonBâ. Cette vieille femme, prieuse, offre ses prières contre obole, ses services contre gite. Elle est l'âme de cette enfance. La part de tradition et de folie. Elle est l'incarnation de la mythologie japonaise: elle croit dans l'existence des yokaï, ces esprits de la nature ou des situations. Tout le récit est alors parsemé de rencontres fantastiques et impressionnantes. Shige-san se pétrifie, apprend à les reconnaitre, à les dissuader de le perturber ou les dessine.

©  Shigeru MIZUKI / Cornélius

Le tout donne un manga jubilatoire, plein d'humour et de fantaisie mais qui ne laisse pas les belles réflexions de côté... par exemple l'émotion due au deuil d'une des amies du héros: le voyage dans le dix mille milliardième monde.

©  Shigeru MIZUKI / Cornélius

Le trait est vif et très stylisé: l'auteur se dessine en garçon grassouillet, il prend plaisir à un détail des architectures et des intérieurs (beaucoup de scène aux bains baquets, du peut-être à la présence du yokaï Akaname, "Lèche-crasse") et nous montre tout son pouvoir de sensationnel dans les esprits dessinés. Et après quelques pages un peu déconcertée par cette vieille femme ridée et toujours grimaçante, je confirme: je l'adore!

©  Shigeru MIZUKI / Cornélius

J'avais envie de le lire depuis très longtemps sans même connaître l'auteur, sans même savoir qu'il était question des yokaï. Et pourtant nous nous sommes penchés sur eux, amateurs que nous sommes de dessins animés japonais et de leur mythologie. Les êtres de la nature... dans la forêt de Miyori, dans les bois de la princesse Mononoké (ou autre Miyazaki), dans l'eau avec le kappa Coo.
Et puis c'est faux: je connaissais l'auteur par ses illustrations d'un dictionnaire des yokaï où nous pouvons les voir... même leur intérieur.


*le kappa selon Shigeru MIZUKI