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mardi 15 mai 2018

Le rire d'Epicure

© Yan MARCHAND et Jérémie FISCHER/ Les petits Platons

"Le rire d’Épicure" de Yan MARCHAND et illustré par Jérémie FISCHER provient de la maison d'édition Les petits Platons. C'est toujours un plaisir de la suivre même si je n'en parle pas assez.
Le parti-pris est toujours le même: proposer une biographie sélective d'un philosophe. Sélective car la collection n'est pas encore complète mais aussi car ce n'est pas forcément toute la vie de l'homme (ou de la femme) qui est présenté. Les dates apparaissent sur les rabats de couverture, le texte, lui, se concentre sur ce qui, dans la vie et les actions de cet homme, va l'amener à réfléchir différemment.
Le lectorat cible est la jeunesse, bien avant leur première approche de la philosophie au lycée. Cependant, toutes les propositions ne sont pas aussi accessibles que celle-ci. Est-ce parce qu'elle mêle la philosophie avec des références de mythologie grecque?  Peut-être.

© Yan MARCHAND et Jérémie FISCHER/ Les petits Platons
Épicure passe son enfance baigné par les superstitions maternelles. Mais curieux, lecteur des œuvres philosophiques de la bibliothèque paternelle, il émet des doutes.

          ZEUS
Que se passe-t-il, Apollon? Ton visage est bien sévère!

            APOLLON
Je viens d'entendre la voix du destin: l'heure n'est plus aux disputes ni aux plaisanteries, car notre fin est proche.

             HÉRA
Les Titans reviennent?

             APOLLON
Pire, bien pire: dans l'île de Samos, un mortel vient de naître.

Le couple royal se met à rire à l'unisson des autres dieux. Un mortel! Un petit brin de paille qu'un simple coup de vent suffit à coucher!

              ZEUS
Mon pauvre Apollon, tu auras fait un excès de nectar! Comment un mortel pourrait-il nous menacer?

              APOLLON
Il supprimera la crainte des dieux de toute poitrine humaine."
Yan MARCHAND a la bonne idée de mettre en scène les dieux de l'Olympe pour parler de ce jeune homme. Les dieux se liguent pour prouver leur présence et contredire Épicure au fur et à mesure de son influence sur les autres hommes. Zeus, Poséidon, Arès, Hermès, mais aussi Aphrodite, Peithô, déesse de la persuasion ou Éris, déesse de la discorde envoient les obstacles, douleurs, drames.

Épicure est envoyé au service militaire pour contrecarrer ses premières approches philosophiques mais rien n'y fait. Ni la guerre dans sa ville natale, Samos, et la destruction de sa maison. Ni la famine ou les désastres en mer. En écoutant Nausiphane, philosophe, il s'assume critique et croit que les phénomènes naturels sont des conséquences physiques et non divines. Le principal est la matière, les grains de poussières, les atomes.
Et puis même le trop, le luxe ou les actes ou sentiments de ses proches ne peuvent l'atteindre. Épicure prône le plaisir mais aussi le principe de se satisfaire de ce que nous avons, vivre dans la mesure et ne pas croire en l'offense.

La philosophie apparait comme une réflexion critique sur la foi et les superstitions: les dieux ont été créés pour effrayer. Ils sont dits "bienheureux", si tel est le cas, ils ne connaissent aucun souci donc ne sont pas à même d'arbitrer la vie humaine ou sinon ne sont pas des dieux. Même les aptitudes d’Épicure sont voulues par eux, alors il est libre de penser, ainsi n'a-t-il pas besoin d'eux pour dicter ses actes.

© Yan MARCHAND et Jérémie FISCHER/ Les petits Platons

Le choix iconographique de cette collection est toujours d'offrir des illustrations réalistes au récit mais avec une fantaisie dans la représentations, un début d'abstraction. Jérémie FISCHER joue beaucoup avec la démesure des dieux. L'architecture et les phénomènes naturels forment un tout. Et les hommes, souvent de profils, se manifestent dans leur interactions: encadrées, détourées, ancrées dans les murs. C'est lisible et intriguant.

Merci aux éditions Les petits Platons et à l'opération Masse critique de Babelio. Et je ne peux que vous encourager à vous offrir les coffrets, regroupant 5 titres (plus accessibles si vous souhaitez acquérir toute la collection).
tous les livres sur Babelio.com

dimanche 14 février 2016

Faire l'amour - Aimer

Non, non, je ne saute pas d'étapes...



"L'expression " faire l'amour" ne désignait pas, il y a quelques siècles, la relation sexuelle, mais le fait de courtiser, de faire la cour : de belles déclarations et de grands serments d'amour, des poèmes, des chansons le soir sous le balcon de sa fiancée...
Le fait de parler, le langage de l'amour avec des mots et aussi le langage des gestes d'amour, ce sont les actions qui donnent un contenu actif au verbe aimer. Presque toujours, aimer commence vraiment... quand on se le dit.
[...]
Parce que c'est le commencement de l'engagement de la volonté."
(extrait de "Aimer" de Michel PUECH, éditions Le Pommier; illustration de Sergio TOPPI extraite de "Sharaz de", interprétation des Milles et une nuits)

Ceci est de circonstance: je vous enjoins à faire l'amour, pour les plus jeunes à découvrir les papillons dans le cœur (ici petite sélection) et pour les plus grands à aboutir l'action du verbe aimer, par les paroles, les intentions, les gestes.
Pour les plus grands, suivre quelques versions exotiques, sensuelles et amenant le désir des "Mille et une nuits", du "Kamashastra" (et son fameux kamasutra) ou du tantrisme... avec quelques images, des shunga ou des Ai Yang Hua... Mais c'est vous qui voyez...

vendredi 12 février 2016

Des histoires de chevaliers - Des pirates et corsaires (- pour réfléchir)

Je vous présente deux autres titres de la collection "Des mots pour réfléchir" des éditions Oskar. Si vous me suivez depuis quelques temps, vous savez que je vous les recommande tous! Je vous parlais ici des "Mythes grecs" et de "L'odyssée d'Homère", par exemple.

© Isabelle WLODARCZYK, Christine RICHARD, Manu BOISTEAU et Yann AUTRET/ Oskar

"Des histoires de chevaliers pour réfléchir" d'Isabelle WLODARCZYK et illustré par Yann AUTRET met en avant Lancelot, le Cid, Don Quichotte Myamoto Musashi mais encore un autre chevalier "des temps modernes" Dark Vador.

© Isabelle WLODARCZYK et Yann AUTRET/ Oskar
 
"Des pirates et corsaires pour réfléchir" de la même Isabelle WLODARCZYK, Christine RICHARD et illustré par Manu BOISTEAU présente Barbe-Noire, La Buse, John King ou des fictifs comme le Capitaine Crochet et même des pirates tout à fait contemporain, les cyber pirates.

Comme à chaque fois, les personnages fictifs ou réels sont le prétexte à se poser des questions. Ce sont de petits livres très accessibles.

© Isabelle WLODARCZYK et Yann AUTRET/ Oskar

Vous pouvez ne lire que les histoires des chevaliers ou des pirates ou choisir d'aller plus loin. En effet, une mise en scène du personnage et une illustration comique et décalée précèdent deux pages de questionnements. Une question philosophique qui pourrait être très abstraite est ici lue à travers l'exemple célèbre puis dans un quotidien d'enfant. C'est toujours une argumentation présentée puis son pendant permettant de ne pas être aussi catégorique. Enfin l'enfant peut se positionner, ensuite arrive un petit jeu, une devinette, une interaction.
Ces deux propositions offrent des références culturelles (et pas seulement occidentales), des histoires et aussi de quoi se poser des questions en connaissance de cause.

© Isabelle WLODARCZYK et illustré par Yann AUTRET/ Oskar

Il y a bien-sur les thèmes attendus: la bravoure, les causes, la mise au service d'autrui, la mise en danger pour le premier livre; l'appel du trésor, l'aventure et la liberté pour le second.

 © Isabelle WLODARCZYK, Christine RICHARD et Manu BOISTEAU/ Oskar

Oui mais il y a aussi d'autres approches bien plus difficiles à appréhender: la peur de vieillir, de changer en grandissant, le passage à l'âge adulte, la méchanceté ou le rôle de l'éducation.

© Isabelle WLODARCZYK et illustré par Yann AUTRET/ Oskar

Mais aussi l'esclavage, la féminisation ou l'obéissance civile.

© Isabelle WLODARCZYK, Christine RICHARD et Manu BOISTEAU/ Oskar

Bon, un bémol tout de même, je ne suis pas si friande que ça des illustrations, elles sont volontairement caricaturales et aux traits acerbes. Je comprends qu'elles sont aussi là pour tenir le lecteur en éveil avec des images vives. Les illustrations sont efficaces même si je les préfère presque comme alerteurs d'actualité.

lundi 28 septembre 2015

L'Odyssée d'Homère pour réfléchir

J'hésitais... je pensais faire un billet groupé afin de mettre en valeur la collection "Des mots pour réfléchir" des éditions Oskar. J'en ai beaucoup (et j'en commande encore). Et puis non, ce ne sera pas pour cette fois-ci.

© Isabelle WLODARCZYK et Marie De MONTI/ Oskar


"L'Odyssé d'Homère pour réfléchir" d'Isabelle WLODARCZYCK et illustré par Marie De MONTI permet de reprendre les moments forts de ce retour vers Ithaque avec de brefs résumés et offre de belles réflexions en double page juste après.
Mais quel intérêt de proposer une énième version de la mythologie grecque ? Justement. L'auteure, Isabelle WLODARCZYK, entraîne le jeune lectorat dans les us et coutumes de la Grèce antique. Les défis lancés par les dieux à Ulysse se conçoivent alors plus comme des règlements de compte et une obligation de la part du héros de s'y soumettre. Il doit suivre une ligne de conduite, en tant qu'homme, en tant que croyant et en tant que héros.

© Isabelle WLODARCZYK et Marie De MONTI/ Oskar

En décryptant les rencontres avec le cyclope Polyphème, avec Circé ou Calypso, en reprenant les erreurs de ses compagnons avec l'outre des vents, le troupeau de l'Ile du soleil ou les massacres des créatures fantastiques que sont Charybde et Scylla, les sirènes ou les Lestrygons, nous avançons dans une éthique de vie. L'Odyssée suit les grandes qualités que l'homme (et d'autant plus un héros) doit avoir à cette époque: le sens de l'hospitalité, la reconnaissance de la patrie ou l'héroïsme d'une vie.
Le livre se veut aussi interactif. Il propose une mise en situation pour les plus jeunes lecteurs et une question

© Isabelle WLODARCZYK et Marie De MONTI/ Oskar

Grâce à cela, une géographie se dévoile (au lecteur de retrouver certains lieux), une mentalité mais aussi des travers humains comme l'hubris condamnée (démesure ou vouloir plus que ce qui nous revient), l'orgueil ou la prétention d'un Ulysse qui ne veut pas être "Personne", la justice par soi-même, la fidélité (pas vraiment réciproque d'ailleurs). Nous découvrons ainsi qu'Ulysse a un fils autre que Télémaque, Télégonos, conçu avec Circé.
Nous entrevoyons aussi d'autres points de vue sur des concepts encore bien d’actualité: la barbarie, la manipulation qui flatte l'ego (les sirènes).

Encore une fois: une proposition de "Philo: des mots pour réfléchir" à mettre entre toutes les mains!

lundi 13 juillet 2015

Apprendre à s'aimer - Le beau selon Ninon


"[...]
- Si la beauté est dans le regard, l'important, c'est surtout le regard qu'on a sur soi-même.
- Comment ça?
- Il faut apprendre à se trouver beau, sans attendre les autres.
- Facile à dire.
- Tu te trouves belle, toi?
- Ça dépend des jours.
- Et tu ne trouves pas ça étrange? Tu ne changes pas tout le temps!
- Parfois mes cheveux ne se mettent pas bien... quand j'ai mal dormi.
- C'est aussi que quand tu as mal dormi, tu es de mauvaise humeur!
- Oui, c'est vrai.
- Tu vois, ta vision est influencée par ton état d'esprit.
[...]"

(extrait de "Le beau selon Ninon" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Delphine PERRET; Autrement)

dimanche 1 février 2015

Petites et grandes questions philo de Piccolo

Je suis toujours très friande des livres permettant de nous mettre sur la voie de la philosophie, surtout quand ils ont pour cœur de cible les enfants. J'aime l'idée de faire réfléchir les plus jeunes, de les faire réagir et de les aider à appréhender le monde.

© Michel PIQUEMAL et Thomas BAAS/ Albin Michel jeunesse

Alors bien-sûr je me suis ruée sur celui-ci: "Petites et grandes questions philo de Piccolo" de Michel PIQUEMAL et illustré par Thomas BAAS est en fait le recueil de toutes leurs propositions Piccolophilo éditées auparavant: "C'est pas juste!", "C'est à moi!", "Achète-moi la moto rouge!", "C'est quoi la mort?", "Non, c'est pas moi!" et "Mais je suis déjà grand!".

© Michel PIQUEMAL et Thomas BAAS/ Albin Michel jeunesse

Par le biais d'histoires courtes, très claires et pour les enfants très jeunes (dès 4 ans), des thèmes de philosophie sont abordées tranquillement, l'air de ne pas y toucher.
Ne pas faire tout ce que l'on veut, enfant ou adulte, et c'est déjà parler d'autorité, de désir, de besoin, de loi. Parler de la mort, de la possession, du désir et des frustrations.
Se confronter aux autres, à l'amitié, à la possession et aux partages. Et des jeux coopératifs ou à deux.
Se sentir frustré, être tenté, surconsommer et des indices de manipulations des grands surfaces.
Parler de la mort comme un élément de vie avec une mise en perspective de la durée de vie d'animaux.
Commencer à se responsabiliser, ne pas mentir et tout ce que le manque de confiance induit, tout ce que le malaise provoque.
Grandir comme une étape, ni en avoir peur, ni la devancer.

© Michel PIQUEMAL et Thomas BAAS/ Albin Michel jeunesse

Une page pour les adultes, enseignants ou parents, suit avec le "petit grain de sel philo". Elle reprend ce qui se passe pour l'enfant, les lois, les règles de la vie. Les thèmes sont alors plus explicités avec les multiples voies de réflexions.

© Michel PIQUEMAL et Thomas BAAS/ Albin Michel jeunesse

Puis des jeux amènent les enfants à faire l'expérience avec à chaque fois un focus parent pour expliquer les objectifs Les bambins sont ensuite accompagnés et poussés à répondre à des questions et à reformuler peut-être différemment avec "L'atelier en savoir plus" leur étant destiné. Cette dernière partie apporte une ouverture vers la compréhension des notions.

J'aime beaucoup les explications sur la consommation ou sur le mensonge (des médias aussi). Je mets toutefois un bémol sur certains chapitres que je trouve un brin péremptoires et assez moralisateurs. Mais le livre a le mérite d'expliciter et d'accompagner beaucoup. Parfait aussi pour entamer des discussions en famille quand ce n'est pas évident.
Ce recueil regroupe à prix intéressant une première partie des propositions Piccolophilo, ce serait dommage de ne pas en profiter!

 

jeudi 25 décembre 2014

Vivre ensemble, La liberté, ( -, c'est quoi?)

J'en avais parlé au moment des élections présidentielles. Ces deux ouvrages de la collection Philozenfants de Nathan, écrits par Oscar BRENIFIER, ciblant les plus de 7 ans, ne sont que deux exemples que je compléterais au fur et à mesure tant ces propositions sont excessivement bien faites et interactives.

  © Oscar BRENIFIER, Frédéric BENAGLIA et Frédéric REBENA/ Nathan
"Vivre ensemble, c'est quoi?" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Frédéric BENAGLIA permet d'aborder la solitude, l'entente, l'égalité, le respect, le travail et l'autorité. A ces 6 thèmes sont associés 6 questions. 
 © Oscar BRENIFIER et Frédéric BENAGLIA/ Nathan
Mais le point fort de ces propositions philosophiques pour enfants est là: à chaque question le débat est ouvert car les réponses multiples sont oui et non! Plusieurs oui, plusieurs non, et à chaque fois quelques arguments "caricaturés" par les illustrations dans une situation explicite. 
© Oscar BRENIFIER et Frédéric BENAGLIA/ Nathan
"Doit-tu toujours être d'accord avec les autres?
- non (...)
- non (...)
- non (...)
- oui (...)
- non, car j'ai le droit d'avoir mon opinion.
oui mais: (...)? (...)? Existe-t-il des opinions supérieures aux autres? (...)?"
En fin de thème, un récapitulatif et ce que permet cette question comme réflexion plus large.

***

" La liberté, c'est quoi?" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Frédéric REBENA propose d'aborder les thèmes sont la volonté, autrui, grandir, prisonnier, droit et utilité . Les questions sont: Peux-tu faire tout ce que tu veux ? Les autres t'empêchent-ils d'être libre ?
 © Oscar BRENIFIER et Frédéric REBENA/ Nathan
As-tu besoin de grandir pour devenir libre ? Un prisonnier peut-il être libre ? A-t-on tous le droit d'être libre ? À quoi peut te servir ta liberté ? 
  © Oscar BRENIFIER et Frédéric REBENA/ Nathan

mardi 25 novembre 2014

L'amour selon Ninon

Pourquoi avoir attendu autant de temps pour découvrir cette collection. Pourtant j'aime beaucoup ce que propose Oscar BRENIFIER. Je pensais à tort avoir affaire là à une bande dessinée facile. Bon, j'avais aimé sa collection Philozidées, par exemple "La question de dieu", une version simplifiée d'un thème. Mais mon coup de cœur allait vraiment à ses débats guidés de la collection Philozenfants: par exemple "Vivre ensemble c'est quoi" dont je parlais là.
Et Ninon dans tout ça! Et bien j'adore!

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse


"L'amour selon Ninon" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Delphine PERRET est un album très complet. Ninon semble être amoureuse et grâce à ses proches, toutes ses questions auront des réponses.
Le livre peut se lire comme une histoire, du début à la fin, une sorte de pièce de théâtre en bande dessinée. Bien-sûr peu d'actions mais de nombreuses réflexions et petites humeurs d'enfant.
Il peut aussi se lire chapitre par chapitre. Chacun offrant une ligne de réflexion. Cela passe du sentiment amoureux, de l'affection plus poussée qu'une amitié ou une sympathie aux gens, mais aussi la jalousie, le respect, le bonheur d'autrui, le besoin d'être aimé, la passion, l'acte sexuel etc...
© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse

L'album fait la part belle aussi aux références culturelles sur l'amour: mythologie avec Narcisse ou les androgynes, la bible et le jugement de Salomon, "Dom juan" ou "Roméo et Juliette".
Bien-sûr l'interaction n'est pas aussi naturelle que lors d'une séance de réflexion philosophique orale. Bien-sûr l'histoire amène les réponses peut-être même avant que l'enfant se pose les questions. Mais cette histoire est très bien faite car les interventions sont multiples. Ninon se pose des questions enfantines (mais pas que), les parents répondent sur les sentiments, la maîtresse sur la beauté de l'amour empirique, le voisin sur les références et le cochon, animal de compagnie, permet à Ninon de digérer avec des réflexions d'enfant ce qu'elle a découvert. Et puis la réflexion est un apport de petites touches, une à la fois: des phrases courtes, claires, des reprises pour expliciter.

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse


Je dois dire aussi que la clarté des illustrations de Delphine PERRET aide beaucoup. Les personnages détourés au feutre fin, les couleurs juste sur les vêtements et la séparation bien précise des vignettes (même sans pourtour) et des prises de parole allège.
Son cochon est aussi sympathique à souhait.

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse

L'album est ainsi très lisible et se lit, se relit et s'approprie facilement à partir de 8 ans. Parfait!




vendredi 8 août 2014

Les p'tits philososphes 2

Il n'y a pas d'âge pour commencer à philosopher. Si vous lisez ce média, vous savez déjà que ce thème me tient à coeur. Demain je revois ma vieille amie, pas vieille par l'âge non mais une amie de 20 ans, et surtout je revois ma filleule que je n'ai pas vu depuis... pfiou près de 2 ans. Bah oui je ne suis pas fière surtout que la miss est toute petite encore. Alors pour l'instant, ce ne sont pas encore de grandes conversations téléphoniques, ni de grandes correspondances (même si elle possède déjà des petites cartes un peu longues). Pour l'instant, je lui offre des cadeaux, des jouets et bien-sûr des livres. Voici celui qu'elle recevra donc demain.

© Sophie FURLAUD, Jean-Charles PETTIER et Dorothée de MONFREID: Bayard jeunesse

"Les p'tits philosophes 2" de Sophie FURLAUD, Jean-Charles PETTIER et illustré par Dorothée de MONFREID est le résultat d'un choix éditorial des petits "Pomme d'Api". Dans ce second tome sont ainsi reprises les petits bandes-dessinées sur les thèmes abordés à chaque sortie avec un suivi de réflexion.
Au fil des pages, 18 questions sont présentées. A chacune: 3 pages de BD, une double page de prolongement. Et le fini est convainquant pour cette tranche d'âge (3-6 ans).
- Pourquoi y a-t-il des méchants? - Pourquoi on aime bien rire? - Pourquoi c'est moi qui suis né? - Pourquoi on ne peut pas se promener tout nu? - La mort, ça dure combien de temps? sont des exemples de questions traitées.

© Sophie FURLAUD, Jean-Charles PETTIER et Dorothée de MONFREID: Bayard jeunesse

 Les petites histoires sont celles du quotidien de l'enfant. Mais à chaque fois, l'un des personnages se pose la question tout en proposant avec ses copains des réponses. Une double page offre une parenthèse pour que le lecteur s'arrête et se questionne puis quelques pistes sont offertes et des mots d'enfants, et à nouveau des prises à parti du petit lecteur. Le propos est simple et les réponses sont proposées en quelques lignes claires. Elles permettent une réflexion douce. La jalousie, la naissance, le choix, les idées, la famille, les goûts. Souvent le propos reste à teneur des enfants, de leur quotidien, d'une explication des émotions ou d'une incitation à aller en parler à un adulte. Vous ne trouverez pas là matière à débattre en société. Mais est-ce vraiment ce que l'on attend pour l'âge cible? Vous trouverez juste matière à réfléchir sur le moment avec un autre regard ou à se mettre à la place des autres. C'est déjà pas si mal.

© Sophie FURLAUD, Jean-Charles PETTIER et Dorothée de MONFREID: Bayard jeunesse

A voir donc avec le premier tome!

mercredi 11 juin 2014

Mythes grecs pour réfléchir

Avec la collection "Philo, des mots pour réfléchir" des éditions Oskar, ce sont toutes nos références culturelles qui reviennent, des plus évidentes au plus éloignées mais à même de nous permettre de débattre dans nos vies de tous les jours.
"Mythes grecs pour réfléchir" d'Isabelle KORDA et illustré par Yann AUTRET reprend plusieurs épisodes connus. Ce n'est pas tant leur brève présentation qui enchante mais bien la double page qui suit.

© Isabelle KORDA et Yann AUTRET/ Oskar

Le mythe explicité amène le pendant langagier, présenté, "le talon d'Achille" prend de la fragilité, "la toile de Pénélope" revient sur le travail etc... Puis le mythe fait place à un débat philosophique sur la position de l'homme face aux autres, aux émotions, aux manières de vivre et de s'épanouir.
Des thèmes sont délimités comme la patience distincte de l'obstination, le voyage distinct de la fuite, l'orgueil, la faiblesse ou la force et la connaissance de soi, la confiance, la curiosité distincte de l'indiscrétion, la prise de risque avec sa prise de conscience des dangers, la méthode avec tout de même un peu de spontanéité. Avec toujours une prise de position de l'enfant face au mythe et face aux deux exemples concrets et repris du quotidien des jeunes, pendants de l'argumentaire pour et contre.

© Isabelle KORDA et Yann AUTRET/ Oskar

"Icare est mort car il a négligé les conseils de son père et il s'est cru assez fort pour ne pas avoir à les respecter. Il a été puni pour son orgueil. Ce mythe incite donc à la modération, mais il a aussi fait la célébrité d'Icare: celui-ci n'aurait pas connu cette gloire s'il n'avait pas tenté de dépasser ses limites. A ton avis, doit-on prendre des risques pour s'affirmer?"

Les illustrations de Yann AUTRET apportent un décalage décapant: nous ne sommes pas forcément sur la beauté de ses héros mais plus sur une caricature quelque fois bien anachronique. Vivifiant!

© Isabelle KORDA et Yann AUTRET/ Oskar

mardi 9 avril 2013

Le loup des sables (-, encore lui !)

"Le loup des sables" d'Asa LIND et illustré par Violaine LEROY a été distribué dans les écoles primaires suédoises à tous les enfants de 6 ans. Et même si je ne m'aligne que rarement aux choix du plus grand nombre, j'avais envie de m'y plonger. Le tome 1 et le tome 2 "Le loup des sables, encore lui!" ne formant à la base qu'un seul livre, je me suis ruée sur les 2! Et je ne suis pas déçue.

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Zackarina est une enfant. Elle vit avec ses parents dans une petite maison près de la mer. A la première frustration, et elle en a, enfant unique, en demande constante d'attention, la fillette court à la plage pour ruminer sa colère ou son chagrin. Mais sur la plage, dans le sable, dans ce trou fait à la main... une truffe noire accompagnée du reste du corps d'un animal: un loup des sables, un animal fantasmé de grains de sables, se nourrissant de rayons de soleil et de clairs de lune. Et le loup va devenir le confident mais aussi la source de discussions et de réflexions.
Avec fantaisie, lucidité et poésie, le loup des sables rebondit sur les peurs de Zackarina. En revenant de la plage, elle est plus sereine, plus à l'écoute.

Même si le procédé est effectivement très répétitif: la fille part de chez elle en colère, retrouve le loup des sables sur la plage et revient chez elle avec une solution, il n'en reste pas moins que les 30 histoires du premier tome et les 15 du second apportent justement une pertinence à des questions existentielles. Il y a de l'explication et aussi, surtout une poésie propre à l'enfance.
Le propos n'est pas tant de savoir si le loup est réel mais bien qu'il apporte un soutien et des pistes pour grandir. Des manières de ne pas laisser la solitude nous prendre, de presque récompenser les actes d'espièglerie et d'aventure enfantine, de ne pas oublier ce qu'est l'enfance. Des explications sur les faits incompréhensibles.

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Il s'agit d'un conte initiatique. Les français semblent le rapprocher du "Petite prince" de SAINT-EXUPERY, il y a effectivement de belles vérités et de subtiles réflexions. L'auteure nous apprend plutôt s'être inspirée d'une autre forme de poésie amenée par les Moomins du duo JANSSON et plus précisément par le personnage de Renaclerican (ou Pipo).

Ce livre est revigorant. Zackarina est toute malicieuse et garde son énergie. Elle bouge, roule, hurle, se défend.
C'est aussi un très beau livre sur la parentalité et ce soit-disant devoir d'autorité. La maman part de la maison pour travailler, le père semble travailler à la maison. Ils sont débordés, pris par leur occupation puis attentionnés et patients... un peu parents modèles tout de même.
Et puis il y a cette liberté de mouvement, les portes sont ouvertes. Zackarina sort toute seule, va sur la plage, peut même "partir en randonnée". C'est une ode à la nature, à la respiration du dehors, un hymne au mouvement spontané des enfants.
Le(s) livre(s) mérite(nt) lecture et relectures...

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Vous pouvez retrouvez ici l'interview d'Asa LIND.
Et ces deux livres m'ont inspiré les illustrations précédentes: le loup des sables suédois, les illustrateurs des contes lus par la maman de Zackarina ou dont parle le loup des sables.

jeudi 24 janvier 2013

Pomelo (- est amoureux - rêve - s'en va de l'autre côté du jardin)

Je ne vous ai pas encore parlé de la collection des Pomelo. Erreur. Alors oui je vous avais présenté un album grand format, "Pomelo grandit", en sachant qu'à leur actuel un autre grand format est sorti mais là je voudrais vous présenter ceux qui reviennent chaque soir. Ce sont les petits formats à couverture souple, ils présentent à chaque livre trois histoires dont une éponyme.

© Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD/ Albin Michel jeunesse

"Pomelo est amoureux" n'est pas le premier mais en fait cela n'a pas beaucoup d'importance. Les personnages sont toujours les mêmes et reviennent. Et puis les histoires ne sont que des moments de vie qui ne se suivent pas forcément. Les références aux autres sont là, bien-sûr, mais dans un sens ou dans l'autre, ce n'est pas tant un souvenir qu'une autre forme de l'anecdote.
Pomelo est ce minuscule éléphant rose à la trompe immense et expressive. Ce petit habitant du potager dort sous un pissenlit et nous fait découvrir des moments de vie, plein de questionnements et de poésie.

Dans "Pomelo est amoureux" de Ramona BADESCU et illustré par Benjamin CHAUD, nous découvrons que Pomelo peut confondre allègrement le sentiment amoureux et l'affection pour une chose ou une situation. Mais ce sont aussi les saisons qui le perturbent, les changements dans le potager. Pour finir par découvrir en quoi Pomelo est un éléphant fantastique.

"Il est amoureux de la pluie du soir, parce que c'est inexplicable."
© Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD/ Albin Michel jeunesse

Dans "Pomelo rêve", le potager devient surréaliste, une sorte de patate arrive dans le jardin et pour lui faire plaisir chacun y va de sa solution. Et le quotidien peut prendre une saveur nouvelle si Pomelo décrète que c'est carnavaaaaal!

© Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD/ Albin Michel jeunesse

Dans "Pomelo s'en va de l'autre côté du jardin", le petit éléphant a comme une mélancolie, tout est différent, il se sent mis de côté et décide de partir, découvre ainsi le potager la nuit et après le potager, un autre jardin complètement différent tout en lui étant presque familier.

© Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD/ Albin Michel jeunesse

Au cours de ces 6 histoires, comme dans toute la collection, les situations de Pomelo dans le potager sont comme des anecdotes d'enfants, assez surréalistes aussi et toujours décalées. Pomelo est le lien, l'ami, le bout en train, le poète et le philosophe. Ce sont des moments de vie, de bonheur. Même si Pomelo est en mauvaise passe, la bonne humeur revient.
Le texte de Ramona BADESCU est court mais plein de finesse. A chaque double page, c'est un questionnement qui peut paraître anodin mais renvoie à d'autres interrogations du jeune lecteur. Toutes les histoires permettent une ouverture sur d'autres possibles, sur une autre réalité.
La collection est un succès, aussi parce que les dessins de Benjamin CHAUD apportent une vraie plus-value, pas seulement miroir du texte mais bien une lecture à part entière, un contrepoint. Les illustrations de ce petit éléphant rose et de ses amis sont magnifiques. Mais plus encore, elles sont décalées par rapport au texte en amenant l'aspect comique ou perplexe du héros. Les tiges agrippent les pieds, queue de Pomelo, la trompe est souvent dans une situation coimplexe ou les questionnements très philosophiques amènent des dessins cubistes, des labyrinthes, des déformations.
Le tout est un régal pour rêver, se questionner doucement, amener la distanciation et trouver la part belle des choses.

vendredi 16 novembre 2012

La question de Dieu

J'aime beaucoup le travail d'Oscar BRENIFIER. Ce praticien de la philosophie offre des livres destinés aux enfants, de maternelle et de primaire avec la collection "les petits philozenfants", sorte de petits albums aux réponses multiples dont je parlais là. Il propose une collection encore plus aboutie avec les "Philozenfants", pour le primaire et plus, sans histoire juste avec un questionnement aux réflexions multiples et offrant à chaque fois des pour et des contres laissant l'enfant être seul le décideur. J'en reparlerais mais vous pouvez vous faire une première idée lors d'un billet où je parlais de la politique.

 © Oscar BRENIFIER et Jacques DESPRES/ Nathan

"La question de Dieu" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Jacques DESPRES parle bien-sûr du thème de la religion mais comme toujours avec cet auteur, les réflexions sont plurielles.
Qu'est-ce que Dieu? Un homme, une idée, unique, pluriel ? Est-il lié à une tradition, à des textes sacrés et relégués grâce à des "experts" ou diffus dans la vie entière, dans le cœur de chacun?
Ce ne sont là que des positions mises l'une à côté de l'autre offrant là une réflexion sur la présence divine, notre responsabilité par rapport à la vie, celle d'un Dieu, la rationalité ou la foi, le mal et le bien découlant de lui ou inhérent à la vie humaine. Par une phrase aussi une ouverture sur les oppositions religieuses, les guerres.

 © Oscar BRENIFIER et Jacques DESPRES/ Nathan (sur cette illustration, le respect de la tradition sur la page de gauche et sur la droite, le choix personnel!)

Ce livre est destiné aux plus petits mais permet une ouverture totale sur le sujet. C'est un magnifique outil pour démarrer la philosophie "religieuse".

 © Oscar BRENIFIER et Jacques DESPRES/ Nathan

Les illustrations de Jacques DESPRES sont déstabilisantes, au début: images virtuelles, paysages très simplifiés, présence d'objets de mobilier ou high tech et des individus, sûrement enfants, asexués, non-communicants et comme en tenue de cosmonaute. Ses personnages au regard étonné apportent pourtant une plus-value impensée: leurs comportements en situation mettent en lumière la réflexion, le vivre en société, ils sont attentifs, curieux, contemplatifs avec les mains derrière le dos et ont la spontanéité des enfants en attendant les bonbons ou en tirant à la corde en nous prenant à témoin.

samedi 19 février 2011

Le oui de Paul Ricoeur

© Olivier ABEL et Eunhwa LEE/ Les petits Platons

"Le oui de Paul Ricoeur" d'Olivier ABEL illustré par Eunhwa LEE est une autre superbe proposition de cette maison d'édition "Les petits Platons" dont je vous parlais là.
J'ai pris beaucoup de temps avant d'en parler, négligeant mes engagements, parce que ce livre recèle bien plus que l'histoire de ce philosophe contemporain. Les réflexions me sont chères. Je ne voulais pas amoindrir son impact par un billet sans saveur. Mais il faut bien que j'en parle et je décide, à regret, le faire en espérant offrir à ce livre un second billet.

Paul RICOEUR, à la fin de sa vie, reçoit la visite d'une chouette et reprend en dialogue avec elle la trame de ses réflexions philosophiques. L'homme a vécu une vie riche et dramatique où se sont côtoyés la mort, la barbarie humaine et la richesse des partages, le bonheur des amitiés.
La chouette, matérialisation de ses objets de décoration nichés dans son intérieur mais aussi symbole de la sagesse, partant en retrait, offre ainsi la possibilité d'un échange entre cette vie ancrée et dure et les réflexions optimistes sur la vie humaine en général.
Les livres, en tant qu'écrits anciens ou témoignages d'une vie, preuves d'une existence, ont eu une valeur profonde pour l'homme. Il s'en entoure, se délecte de ces paroles écrites, les retranscrit, les traduit. Paul RICOEUR s'échine à proposer des nuances, à expliciter les discours pour améliorer la compréhension, délier les partages, anéantir dans l'œuf les futurs massacres historiques.
C'est aussi une philosophie de vie, une manière d'être au monde, de se construire, de se reconnaitre. "La question n'est pas d'accepter de mourir, mais d'accepter d'être né: se dire oui à soi-même." Cette présentation en fait un philosophe presque intimiste, pour plus de compréhension de l'homme, au plus près de notre volonté, de nos refus, de nos engagements et de notre existence dans un monde avec ou sans dieu.
Paul RICOEUR apparait humble, s'abreuvant des autres, des livres, cherchant des ponts entre chaque réflexion, chaque position.

Le texte d'Olivier ABEL est explicite, complet, clair. Il reprend des termes de philosophie mais aussi les inscrits dans une réflexion accessible. Les illustrations de Eunhwa LEE offrent une métaphore d'un voyage la nuit, un vol entre le passé et le présent, les hommes et leurs écrits. C'est doux et entrainant.

Ce livre mérite de nombreuses lectures. Il s'agit d'une proposition pour les (pré-)adolecents mais les adultes se pencheront avec délice dans ce texte, y reviendront pour repartir aussitôt chercher dans leurs bibliothèques d'autres livres.

© Olivier ABEL et Eunhwa LEE/ Les petits Platons

Une très belle présentation ici, en attendant que je revienne sur ce livre.