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mercredi 30 juin 2010

Le colis Swap jeunesse 2010 ouvert : nature et philosophie

Bien-sûr que j'ai déjà ouvert mon colis Swap jeunesse 2010. En effet, nous l'avions ouvert l'une devant l'autre avec Thalie, dans le parc.


Mais pour vous, le voilà:
Thalie a axé le colis sur la nature, le biologique et la philosophie... elle a bien vu. De quoi partir des produits que l'on utilise et revenir aux origines et à l'explication avec le lutin.

Déjà les objets:
- un gel lavant fait maison aux produits biologiques et naturels, un délice d'onctuosité, de parfum doux aux huiles essentielles et pas du tout chimique et à la douceur... une vraie découverte pour moi qui n'utilisais plus de gel lavant ou de savon mais juste le pain d'aleph... malheureusement la miss m'a juste indiqué en gros les ingrédients (dont le superbes produits que je connais séparément: millepertuis, He de lavande et de Tea tree, entre autres) sans le dosage. En tous cas, je suis ravie d'être une autre victime ! Mon tiroir d'huiles essentielles, d'huiles végétales, a envie d'être à nouveau ouvert et pas seulement pour de l'aromathérapie... quelques expériences et lutinages suivront....
- un photophore avec sa passiflore à faire germer... j'adore les fleurs de la passion, en espérant que la découverte du jardinage et des plantations par le lutin pousseront la maman à des attentions plus poussées... vous l'aurez image par image...

La gourmandise blanche douce et fondante: des guimauves maison qui n'ont malheureusement (heureusement) fait qu'une heureuse: moi, en quelques heures... oui mais bon, c'était tellement bon et elles fondaient... et puis Thalie nous a mis la recette là.

Et parce que le Swap est littérature jeunesse, de quoi lire et expliquer plein de choses:
- dans la collection "Les goûters philo" que je voulais absolument découvrir: "La nature et la pollution" de Brigitte LABBE et Michel PUECH et illustré par Jacques AZAM: de nombreux thèmes abordés, une mise en place sous forme de dialogue mais aussi en fin de livre des portes ouvertes pour de vrais goûters philosophiques avec les enfants (à partir de 8 ans disent-ils mais nous allons commencer à découvrir à deux dès maintenant sur certains sujets).
- une nouvelle édition qui me tentait énormément sans que je puisse mettre la main dessus, "Les petits platons" avec cette superbe proposition "Le meilleur des mondes possibles d'après G.W.LEIBNIZ" de Jean-Paul MONGIN et illustré par Julia WAUTERS. Je suis ravie, parce que je reprendrais ainsi mes bases de philosophie universitaire de manière je crois beaucoup plus didactique et parce que je vais pouvoir proposer au petit d'homme de vraies réflexions. J'en parlerais c'est sûr.

Oui, oui j'avais proposé cette voie sur les questionnements philosophiques des enfants et Thalie est allée encore plus loin! Merci encore. Merci aussi aux organisatrices d'avoir pris le relais pour cette nouvelle cuvée, merci Oriane et Charlotte.
Et de mon côté, le colis qui leur était réservé est ouvert chez elle là.

samedi 26 juin 2010

La Galette et la Grande Ourse

© Anne HERBAUTS/ Casterman

Et voilà, un autre Anne HERBAUTS, une merveille, plus accessible aussi que "Lundi" : que demander de plus pour foncer l'acheter, bah rien! C'est fait!
Nous suivons un groupe d'amis à la tombée de la nuit, au clair de lune. Mais justement, de la lune pas de croissant juste un cil, les amis sont inquiets. Que peut-il se passer? Mais bien-sûr c'est la grande ourse, cette constellation dans le ciel (animal fait d'étoiles), prise de gloutonnerie. Il leur faut alors trouver une solution.© Anne HERBAUTS/ Casterman

Tout est beau: la présentation des personnages, où la description est elle-même une aventure, une poésie... Une sensibilité comme du Arnold LOBEL avec en particulier son hibou Hulul bien-sûr (c'est un hommage officiel) mais aussi semblable à cette nouvelle génération d'illustrateurs et de poètes, les personnages de Kitty CROWTHER (Jérémie la grenouille, Jim la mouette) ou ceux de Mélanie RUTTEN (Mitsu, Öko). Ainsi les personnages ont un physique, un habit et une maison qui donnent une idée de leur conception de la vie. Les détails ont leur saveur, le bric-à brac aussi.

© Anne HERBAUTS/ Casterman

L'histoire est toute douce. Tialouli le merle, Quenouille le crapaud, Anton le gourmand, Domino le domino et Crabistouille le "paquet de sucre" aiment dire au revoir au jour et bonjour à la nuit... et tous les soirs la lune leur répond de son œil rond. Mais dans cette obscurité, pas moyen de se laisser aller à la nuit. C'est une solution conviviale, respectueuse, poétique et lente (comme les moments de vie intenses et les partages tous doux) qui est choisie.

© Anne HERBAUTS/ Casterman

L'arrivée de la nuit après le jour, la recherche de moments d'amitié, de petits bonheurs... il y a de la chaleur humaine (euh animal ou bricàbracesque) dans l'histoire d'Anne HERBAUTS. Le dialogue entre les êtres imaginaires et la lune, personnifiée pour l'occasion, a toujours la saveur des moments avant les rêves, entre la réalité et le féérique. On retrouve "Hulul et la lune" d'Arnold LOBEL bien-sûr mais surtout cette récupération poétique et imaginaire des éléments extérieurs animant les enfants: la nuit, le jour, la lune (ou l'hiver de Hulul)... et une chaise rouge. Du miel dans l'étincelant des étoiles, des crêpes imaginaires comme autant d'astres...

Et puis les illustrations sont toujours une merveille: des aquarelles "piquetées de sel", des rajouts de texture... J'aime. A chaque fois, c'est comme une nouvelle expérience de texture que cette artiste nous propose.

Gaëlle propose un billet enthousiaste. Malice vous entraine dans l'univers de l'artiste.

23/24

jeudi 24 juin 2010

Swap littérature jeunesse 2010, une rencontre

*source photo de Philip GENDREAU

Hier c'était la date limite d'envoi du colis Swap littérature jeunesse. Et oui Oriane et Charlotte, les organisatrices, nous l'avaient rappelé mais nous avons préféré nous remettre les colis en main propre, aujourd'hui (parce qu'hier le lutin avait une fièvre assez inexpliquée).
Quoi, je ne vous l'avez pas dit, mais si, sur la colonne de droite, je m'étais inscrite in extremis à ce Swap mettant en avant la littérature jeunesse. J'avais été repêchée après désistement, autant dire qu'il a eu du succès. Alors ce fut dur de gâter (comme toujours j'ai l'impression d'être passée à côté). J'espère que Thalie, c'est elle ma swappée-swappeuse à qui j'ai pensé, à elle et ses deux trésors, a aimé...
Le principe du Swap a toujours cela de fabuleux: une découverte d'un nouvel univers. Thalie nous offre un monde très attachant, de couture, de cuisine, d'amour, de petits et grands moments. Il y a de la créativité dans l'air.

Alors nous nous sommes rencontrées, les lutins aussi... un beau moment dans un parc parisien, à l'ombre, près du sable et des manèges. Nous avons partagés des réflexions sur la maternité, la parentalité, l'éducation... mais là n'est pas le sujet. Et nous avons échangé les paquets et j'ai été gâtée, beaucoup, mais je vous en dirais plus le mercredi 30 juin. Un indice: la gourmandise était blanche et délicieuse!

mardi 22 juin 2010

Le ballon de Zébulon

© Alice BRIERE-HAQUET et Olivier PHILIPPONNEAU/Auzou

Un nouveau coup de cœur! Un de plus me direz-vous! Oui bien-sûr un de plus et quel bonheur de découvrir ici et là de petites merveilles pour tous les lecteurs (tous les âges devrais-je dire). "Le ballon de Zébulon" d'Alice BRIERE-HAQUET et illustré par Olivier PHILIPPONNEAU est de ces livres pour les plus jeunes qui peuvent suivre l'évolution et ne se démodent pas avec l'âge du lecteur. Du direct mais aussi beaucoup de poésie, un propos non bêtifiant mais juste, entre autre.

© Alice BRIERE-HAQUET et Olivier PHILIPPONNEAU/Auzou

Zébulon est ce petit animal, mi-chien mi-"souriceau zébré", qui joue avec son ballon de baudruche: un superbe ballon rouge, un ballon qui l'accompagne partout, un ballon doudou. Mais il s'envole laissant Zébulon seul dans le noir. Et là, trompé par manque de luminosité et la couleur rouge, il part à sa recherche pour découvrir le rouge ailleurs. Ce rouge aussi important pour les autres occupants des lieux. De cette perte, des rencontres, des soutiens et réconforts, Zébulon cherche, se fait câliner, va de l'avant... pour découvrir qu'il n'a plus peur de la nuit et que avancer amène à rencontrer des amis.
Le texte d'Alice BRIERE-HAQUET est comme une comptine "Petit Zébulon, arrête de pleurer, ton ballon, on va le chercher. Un de perdu, dix de retrouvés!" Par la répétition douce, ce va et vient des yeux (en-haut, en bas) et ces animaux, rencontrés par hasard offrant leur affection, la lecture est douce et permet de regarder l'obscurité et l'aventure de la vie, la nouveauté, comme une étape toute en sensibilité.

© Alice BRIERE-HAQUET et Olivier PHILIPPONNEAU/Auzou

Sans oublier que le contact avec les autres apparait là rassurant et soutenant dans les étapes de vie: chouette, colombes, escargots ou asticots, tous ensemble.
Le travail de cette auteure est à suivre .

© Alice BRIERE-HAQUET et Olivier PHILIPPONNEAU/Auzou

Les gravures d'Olivier PHILIPPONEAU sont de véritables merveilles: du noir, du blanc et du rouge. Le résultat est stylisé et permet aussi vraiment une approche de la nuit, une approche des contours, des matières, des illusions d'optique. La ligne directive (ou le rond rouge directeur) permet aussi d'entrer dans une image, de découvrir les autres par un point reconnu, rassurant.
Qu'est-ce que ces gravures sur bois sont belles... allez donc voir le travail de cet artiste à suivre sur son blog.

*source blog d'Olivier PHILIPPONEAU

Le superbe billet d'Emmyne
Celui non moins intéressant de Papier de soie ici
22/24

lundi 21 juin 2010

Under ground

© Shimako OKAMURA/La joie de lire

"Under ground" de Shimako OKAMURA est arrivé bien grâce à internet. C'est Kimiko contes qui m'avait donner envie et c'est vrai que j'ai acheté les yeux fermés (le goût de la demoiselle est sûr!). Ce livre est l'histoire d'une taupe et de ses galeries en sous-sol.
Le livre n'a pas de parole, pas de commentaire. Nous suivons une par une les illustrations pleine page (voir double ou quadruple). La taupe avec sa lampe frontale creuse ses galeries et nous invite à un voyage dans le temps, un voyage géologique, un voyage parmi les trésors enfouis: trésors archéologiques, trésors de savoirs, trésors écologiques aussi.

© Shimako OKAMURA/La joie de lire

Elle semble insensible et continue son travail continuellement, même si des situations inattendues l'amène à tout recommencer... entre les racines de l'arbre, encore plus profond, plus profond. Un voyage au cœur du silence... en perpétuelle et mystérieuse recherche.

© Shimako OKAMURA/La joie de lire

Certains détails sont très accrocheurs: un squelette de dinosaure, des pierres précieuses mais aussi deux rabats à ouvrir, comme un circuit à recontruire. Grâce à ce livre, la géologie prend forme et provoque des explications sur le cœur de la terre... un éternel recommencement.
"La taupe est considérée par bien des hommes comme un ravageur de cultures. C'est un tout autre rôle que lui attribue Shimako Okamura dans "Under ground". En suivant ce mammifère fouisseur dans les galeries souterraines qu'il creuse, l'illustratrice nous offre une visite géologique des plus intéressantes : vestiges antiques, squelettes de dinosaures, grottes souterraines dont les cristaux aux mille couleurs scintillent sous la lampe frontale et autre couche magmatique sont les merveilles que l'on découvre au détour des galeries que creuse notre petite taupe besogneuse. Mais gare à l'eau ! ou tout est à recommencer. Derrière cette balade géologique, on notera la symbolique de la naissance. En effet, l'histoire de cette petite taupe qui creuse le giron de la Terre pour s'en faire chasser à grandes eaux relève bien d'une naissance, et même d'une naissance obligée car la petite taupe semble bien décidée à retourner " sous la Terre "." (extrait du site du Museum de Genève sur une exposition en 2007/2008)
Une version de ce livre est très colorée. Nous avons, pour notre part, la version aux couleurs ocres et terres, très ombrées. Les couches géologiques ont vraiment une "matière", encre et couleur, la texture est presque grattée et le papier de qualité offre une lecture presque mystérieuse. © Shimako OKAMURA/La joie de lire

Cette visite souterraine donne envie d'aller rejoindre les spéléologues, de faire des carottes géologiques ou une collection de terres à la manière de Koichi Kurita.

Avis très argumenté dans le Quoi de neuf dans les livres pour les tout-petits n°48/49

21/24

mardi 8 juin 2010

Le voyage d'Henry

Je ne suis pas toujours conquise par les livres que le lutin ramène de l'école en prêt. Il faut avoué qu'ils conviennent plus à son âge mais je les trouve plus "binaires". Ce n'est pas tant péjoratif qu'une autre vision de l'enfant, en devenir mais qui serait en demande d'une histoire simple. Enfin la question de la littérature jeunesse, et de quelle littérature jeunesse, fera l'objet de bon nombres de billets sur ce média.

© D.B. JOHNSON/Casterman

Là, j'ai failli passé à côté, cela aurait été dommage, d'une part pour l'illustration et d'autre part pour cette sagesse dans l'histoire. "Le voyage d'Henry" de D.B.JOHNSON est l'histoire d'Henry, ours sage et taquin qui propose à son ami d'aller à Fitchburg (l'histoire est tirée du livre "Walden" de Henry David THOREAU, citée ici). Henry marchera et son ami travaillera pour s'acquitter du prix du billet de train et arriver par ce moyen de locomotion.

Henry marche, prend le temps de regarder la nature (faire un herbier ou regarder les oiseaux), d'aller au rythme des paysages (traverser, naviguer, grimper) et de jouir des moments offerts (récolte de miel ou cueillette de mûres). De l'autre côté, l'ami d'Henry travaille, pour la mairie, la poste ou les particuliers ( de menues besognes mais utilisation d'un temps) et arrive bien-sûr avant Henry.© D.B. JOHNSON/Casterman

Autant la temporalité est au centre du livre, comme succession d'actes mais aussi utilisation de ce temps, jouissance d'un moment. Le travail semble quelque chose de subalterne, pourquoi donc pourvoir à des besoins en travaillant pour en avoir les moyens financiers, quand la satisfaction d'autres, peut-être plus insignifiants pour certains, offre de vrais moments de bonheur. Je soupçonne les illustrations de nous offrir tout de même des activités rémunérées joyeuses quand le texte pourrait être plus tranché!
Bien-sûr c'est aussi une fable écologique, la nature a une place de choix et les détails véridiques sur les randonnées d'Henry David THOREAU sont un plus: "Il adorait se promener dans les bois et dans les champs : les plantes et les animaux qu'il croisait au cours de ses balades étaient ses meilleurs sujets d'inspiration. Dans ses poches, il y avait en permanence un crayon et du papier, un couteau, de la ficelle, une lunette d'approche, une loupe et une flûte. Il parcourait facilement cinquante kilomètres par jour, un vieux livre de musique sous le bras pour lui servir d'herbier et un bâton à encoches pour mesurer les choses."
(postface de l'édition Casterman, les albums Duculot). Cela donne envie d'aller lire l'original.

"Le voyage d'Henry" n'est qu'une des propositions sur ce thème offert par Henry David THOREAU, ainsi D.B.JOHNSON nous offre la cabane en forêt et d'autres passages. Ce que j'ai aimé aussi ce sont les multiples références mises dans les illustrations et les textes l'air de rien. Des références à des auteurs amis ou penseurs sympathisants : Ralph Waldo EMERSON (la bibliothèque déménagée lui appartient), Nathaniel HAWTHORNE (le jardin désherbé est à lui), Bronson ALCOTT (petit bois rentré dans sa cuisine)...
Les illustrations sont magnifiques. Des couleurs en demi-teintes, la nature ou l'urbanité sous des aspects plus géométriques, un peu cubiques. Vraiment une découverte à confirmer.

20/24

vendredi 14 mai 2010

Ma maman à nous

© Gerda DENDOOVEN/ Être

C'est vrai que ce n'est pas par actualité des fêtes que je me suis ruée sur ce livre. La fête des mères approche et ce livre répond tout à fait à la demande. Mais c'est pour me procurer les livres des éditions Être (qui ferment, je vous l'indiquais là), que je l'ai vraiment regardé.

"Ma maman à nous" de Gerda DENDOOVEN est une très belle proposition.

Un petit garçon facétieux nous présente sa maman. Loin de la consensuelle jolie, douce et organisée maman des contes, ici la maman est dans la spontanéité, la joie et non l'apparence.
Elle n'a peur de rien, se joue des facéties de son fils et du papa, s'acharne à bricoler, porte "ses" hommes pour les convier à prendre l'air et marcher. Ce n'est pas du doux, du moelleux, c'est de la passion, la joie d'être ensemble, la "rage" de vivre.
"Elle rêve de sauvage, de féroce. Alors, je grogne des Grrr, des Rouaaaarrrh, des Crrrrr. Effrayée, elle se cache en bousculant tout et hurle: VOILA LA BÊTE QUE J'AIME LE PLUS!"

© Gerda DENDOOVEN/ Être

Elle n'est ni la plus belle ni la plus douce "Ma maman est grande et douce et chaude", même si c'est sur sa forte poitrine que le garçon se sent le plus en sécurité... il imagine aussi ce qu'elle peut bien faire la nuit quand lui et son papa dorment. Il souhaite lui faire plaisir mais qu'est-ce donc que les fleurs de la passion? Sont-elles roses ? Ou sont-elles les baisers qu'elle envoie à son papa ? © Gerda DENDOOVEN/ Être

Autant dire que je m'y retrouve assez (il est aussi question de thé ;)) et que les mamans ont une corpulence si proche de la mienne, un peu de néerlandais et de (ré)confort : pas la plus belle et échangeable... juste un jour ou deux !).

© Gerda DENDOOVEN/ Être

Mais ce n'est pas pour cela que le livre est bien. Les illustrations me plaisent (même si au début j'étais sur la réserve), c'est ce texte, cette prise de position, plus brute sur la parentalité, qui a eu mon aval le plus complet (au point de commander les autres livres de cette auteure). Une sorte de versant à "Max et les Maximonstres" de Maurice SENDAK : une maman mangeant son enfant, aimant les sauvages etc...

"J’ai conscience que ce n’est pas un livre pour enfants mais surtout un livre pour les mamans. J’ai fait ce livre car ce n’est pas évident d’être une maman." nous dit Gerda DENDOOVEN dans ce long interview fabuleux aux livres au trésor. Oui mais c'est si authentique que les enfants seraient bien à même de le lire.

19/24

mercredi 12 mai 2010

Inuk est amoureux

© Carl NORAC et Martine BOURRE/ Pastel

"Inuk est amoureux" de Carl NORAC et illustré par Martine BOURRE est arrivé doucement à la maison. Je l'avais déjà regardé et reposé, pensant avoir affaire à une histoire jolie mais simple... et c'est vrai que mes choix de livres jeunesse sont aussi des choix d'adulte.
Et puis j'aime beaucoup ces univers de glace, alors pensant y retrouver comme un conte, je l'ai ramené. Inuk est amoureux de Lucy. Elle a le don de lui parler d'une manière qui le remplit de bonheur, de chaleur. Mais Lucy est née avec un bec de lièvre et la société se rit d'elle. Inuk change de vie et pour rendre la confiance à sa belle, lui prouver sa beauté, va jusqu'à la montrer à la face du monde avec ses sculptures. Quelle belle idée du bonheur comme une vie en adéquation avec ses sentiments.

© Carl NORAC et Martine BOURRE/ Pastel

Carl NORAC fait encore mon bonheur. Le texte n'est pas simpliste, il est fin, sensible et toujours avec des nuances thématiques. Ici la culture inuit est reprise aussi dans la description de la neige: "Les flocons sont si gros qu'ils font ploc. On dit ici qu'il tombe des peaux de lièvres." L'histoire douce se remplit de ces nuances tactiles, sensibles: l'amour comme de la chaleur dans la tête, l'amour comme une extrapolation de l'avenir, ces mots comme de émerveillement.
Et puis ces sculptures, une approche de tout l'art inuit par un biais, ce biais d'une femme mais aussi des personnages sacrés: Sedna déesse sirène, homme oiseau... Je ne peux aussi qu'approuver à cette vision de la beauté autrement, avec d'autres critères, pas l'esthétique pure mais bien ce que cette personne a avec tous ses qualificatifs (avec de telles lèvres, ses mots semblent plus doux). Mais c'est un peu faux aussi, l'esthétique est là : les formes sculptées de la femme prouvent bien qu'à chaque morphologie, unité corporelle, il suffit de changer son regard pour y découvrir une beauté que l'on redemande.

© Carl NORAC et Martine BOURRE/ Pastel

Les illustrations de Martine BOURRE sont très belles, de ces teintes bleues, jaunes et blanches comme les miroitements de la lumières sur la neige. Les personnages sont presque flous comme si la luminosité nous imposait de cligner les yeux. Les formes arrondies sont faites de lignes lisses et d'autres pellucheuses de fourrure. C'est une superbe illustratrice du froid et elle le prouve dans "La femme phoque" dont je vous parlerez plus tard. "Je m'inspire souvent des formes lisses et rondes de ces belles sculptures inuit qui expriment si bien l'imbrication du monde des hommes avec celui des animaux." nous dit-elle, c'est réussi!
J'aime aussi ces paysages, eux, plus coupés au couteau, une horizon neigeux presque brumeux et des habitations nettes, brutes.

© Carl NORAC et Martine BOURRE/ Pastel

Ce livre a aussi un très beau prétexte: un hommage au sculpteur Johnny INUKPUK, amoureux d'une femme au bec de lièvre qui sculpta toutes ces femmes avec cette "difformité".

*source Johnny INUKPUK

18/24

mercredi 5 mai 2010

Les corbeaux de Pearblossom

© Aldous HUXLEY et Beatrice ALEMAGNA/ Folio Benjamin

« Les corbeaux de Pearblossom » de Aldous HUXLEY et illustré par Beatrice ALEMAGNA est une lecture classique pour enfants. Classique, au sens que ce texte, seul écrit pour la jeunesse de cet auteur, mérite le détour même s'il est plus ardu dans ses phrases et dans la peinture de moeurs.

Mr et Mme Corbeau vivent sur les branches d'un arbre. Voisin caché vit un serpent qui profite des sorties quotidiennes de Mme Corbeau à l'épicerie pour manger l'oeuf pondu du jour. Mme Corbeau s'en rend compte par hasard.
« Monstre ! s’exclama-t-elle. Que faites-vous là ?
- Je prends mon petit-déjeuner, rétorqua le serpent la bouche plein, avant de regagner son trou. »

© Aldous HUXLEY et Beatrice ALEMAGNA/ Folio Benjamin

Effrayée, elle en parle à son mari dès son retour du travail. Mr Corbeau va demander conseil à Vieux hibou, un voisin plus sage (quoique). Ensemble ils vont jouer un mauvais tour à cet odieux serpent.

Ce texte a été écrit pour une enfant de la famille de l'auteur. Et c'est assez marquant de voir un quotidien, de classe, présenté de la sorte: jours travaillés, répartition des tâches, décision prises par les hommes. Il semblerait aussi que le lieu géographique soit le lieu de vie réelle de cette petite fille. Il y a toute une satyre dans ce petit conte. Il fait grincer des dents sur cette mise à l'écart de Mme Corbeau (qui parle trop et à qui on demande de fermer le bec), juste bonne à pondre et tenir le nid, et ce Corbeau, Mr, qui lui décide et s'accorde un temps privilégié, entre "hommes", avec son ami.

© Aldous HUXLEY et Beatrice ALEMAGNA/ Folio Benjamin

Ce n'est pas un texte simple, presque pas pour enfant, il est long et "plein". Mais même avec cette difficulté et même si l'égalité homme/femme (enfin Mr et Mme Corbeau) n'est pas une évidence, l'histoire offre une ingéniosité de la solution trouvée. Et nous rirons des effets comiques (peut-être de grands) et des petits détails : le serpent « se lécha les babines (sa maman ne l’avait pas très bien élevé)», les "hommes" dinent et papotent autour du journal sans faire attention à Mme Corbeau, ils peaufinent leur vengeance et se rient des affects de la belle aux plumes noires, le hibou se rase . La morale de l'histoire, pour le serpent, est aussi assez cynique mais permet de bien se venger des "tracas" de la vie.
Les illustrations de ALEMAGNA, toujours en "puzzle" et en patchwork de texture, proposent une vision moins serrée de l'action. Elles sont toujours une raison d'aimer encore plus le texte accompagné.

17/24

Ici l'avis d'Eolune
un autre avis plus complet sur la forme et le contexte

L'atelier des papillons

©Gioconda BELLI et Wolf ERLBRUCH / Etre

« L’atelier des papillons » de Gioconda BELLI et illustré par Wolf ERLBRUCH est une petite histoire plus complexe qu’elle en a l’air.
« Il y a très longtemps, les papillons n’existaient pas. Comme nombre de plantes et d’animaux, ils attendaient d’être créés. C’était là le travail des Inventeurs de Toutes Choses. Mais le règlement de la Création était formel : ils devaient créer la végétation nouvelle et les bêtes encore inconnues sans jamais mêler la faune et la flore. »
Nous découvrons ainsi le monde des inventeurs, la Vénérable, les Maîtres inventeurs et les différents groupes d’inventeurs orientés vers une spécificité. Rudolfo, jeune inventeur utopiste, veut mêler la beauté dans ces créations et cherche à inventer un « être qui volerait comme un oiseau et serait aussi délicat qu’une fleur ». Avec ses amis, il est attribué à la création des insectes, un département un peu empoussiéré, peu avenant et mal reconnu. Mais Rudolfo est têtu, en plus des autres insectes inventés, il cherche encore et toujours à inventer son œuvre la plus magistral.
Les régions sont si particulières pour que les inventeurs soient en condition pour inventer (le froid pour inventer la fourrure de l’ours polaire). La beauté est toujours là pour inspirer. Les détails de la faune et de la flore prennent ici d’autres significations.

©Gioconda BELLI et Wolf ERLBRUCH / Etre

Il est aussi question de beauté : beauté des choses ou philosophie de vie comme beauté. Rudolfo veut offrir plus de beauté au monde. Les choses créées, une chèvre, un chien, ou les éléments le vent, la foudre, lui prouvent l’éphémère du beau, la beauté dans l’instant. Mais Rudolfo persiste pour inventer même quelque chose d’éphémère mais une beauté pour tous. « Ce que j’aime avec la beauté, c’est qu’elle ne renonce jamais ; voilà pourquoi elle est immortelle ».

©Gioconda BELLI et Wolf ERLBRUCH / Etre

Et puis les illustrations de Wolf ERLBRUCH apportent toujours ces nuances de matières, une manière de mettre le réalisme comme une recréation. J’ai aimé cette faune et flore avec des matières d’humain (papier journal écrit, trame de tissu) et ce sceau asiatique qui apparait sur certaines planches. Le texte étant assez dense, les illustrations ont leur légende pour retrouver l’extrait qu’ils accompagnent.

Livre lu dans le cadre du Challenge Lectures d'école.

lundi 3 mai 2010

Petit lapin Hoplà

"Petit lapin Hoplà" de Elzbieta est arrivé chez nous par un concours de circonstance. Encore en raison de cette vie trop courte que nous avons rencontrée et puis parce qu'une bloggeuse m'avait mise sur la piste. J'avais envie. En regardant de plus près son univers m'avait déjà attirée : "Petit mops", "Le petit navigateur illustré" etc...

©ELZBIETA / Pastel

Petit lapin Hoplà s'est fait renverser par une voiture et va mourir de l'accident. Sous une forme simple, comme une comptine, les animaux nous disent ce qu'ils font pour lui: celui qui l'habille, celui qui voit ses yeux se fermer, celui qui l'accompagne... et tous ceux qui pleurent sa mort.

©ELZBIETA / Pastel

Le texte reprend le parcours de la mort: l'accident, l'hôpital, la mort, la mise en bière, l'enterrement. Les sentiments ne sont pas exprimés, si ce n'est par la douceur des illustrations sur papier aquarelle artisanal (avec la fibre, la différence de texture et de couleur). Les illustrations, en face du texte, passent d'une situation réaliste à de plus en plus d'indices de nature, d'abstraction, comme si elles accompagnaient le début du deuil où juste la pensée reste, l'absence... et plus la corporalité du mort.
Une première approche très concrète des faits à mettre en œuvre après la mort et le début du deuil. Le texte très court et pourtant très clair permet aux plus jeunes lecteurs d'être dans l'histoire et cela laisse une porte ouverte à toutes réflexions enfantines et parentales derrière.

16/24

L'éphémère

J'avais craqué pour cet album il y a quelques mois et je l'avais reposé dans les bacs de ma librairie préférée de proximité. J'attendais un prétexte. La vie m'en a donné un, malheureusement.


© Stéphane SENEGAS / Kaléidoscope

"L'éphémère" de Stéphane SENEGAS est un très beau livre, d'une approche très douce sur un fait plus difficile. Deux frères trouvent par hasard un insecte bizarre chez eux. Naturellement curieux, ils cherchent qui il est sur internet (cela me rappelle des choses, entre autres celle-là): un lucanidae, non! un chrysochroa, non plus... c'est un éphémère.

© Stéphane SENEGAS / Kaléidoscope

Avec sa description la terrible vérité: après des années en état larvaire, il ne va vivre qu'une journée à ce stade d'adulte. C'est tellement triste que les deux garçons vont lui proposer des activités pour jouir de sa courte vie: cow-bows, pirates, ciné etc... tout l'univers de jeune garçon se trouve présenté et en une double page unique prend tout son souffle.

© Stéphane SENEGAS / Kaléidoscope

Un immense hymne à la vie, qui pousse à croquer dans tout ce qu'elle propose et une belle proposition de la mort comme fin d'une vie extrêmement remplie. Et qu'il est beau cet insecte, intrigué puis captivé.
Les illustrations sont belles et les thèmes de l'univers du garçon et des insectes semblent récurrents chez cet auteur, à suivre donc.

15/24

l'avis d'Eolune, elle aussi conquise