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mercredi 12 juillet 2017

Le bébé tombé du train ou quand l'amour d'une mère est plus fort que tout

Mettre la main sur une proposition de la collection Trimestre des éditions Oskar est toujours une belle expérience. Un des seuls que je n'ai pas. A chaque fois, les titres sont à rallonge. A chaque fois, c'est une petite soupape de sensations.

© Jo HOESTLANDT et Andrée PRIGENT/ Oskar

"Le bébé tombé du train (ou quand l'amour d'une mère est plus fort que tout)" de Jo HOESTLANDT et illustré par Andrée PRIGENT est un court album proposant un texte fort et une illustration très stylisée - parti-pris de la collection. Comme à chaque fois il faut patienter pour comprendre la seconde partie du titre. Ici la maman est absente... ou presque.
Anatole a 60 ans, est solitaire, grincheux et aigri. De sa vie, nous ne savons pas grand chose sauf qu'il ne rencontre jamais personne, n'ouvre sa porte à personne, n'a besoin de personne, ne rend service à personne. Son monde est sa maison sans grand chose à l'intérieur, son jardin avec le potager nécessaire et une ligne comme un mur, le chemin de fer. Des trains passent mais cela n'intéresse pas Anatole. D'ailleurs rien ne l'intéresse.

© Jo HOESTLANDT et Andrée PRIGENT/ Oskar

Et puis il le prend pour un déplacement de crapaud, ce mouvement dans le potager. C'est un bébé qui rampe. Il appartient bien à quelqu'un mais dans ses yeux, une lueur brille, une étoile "comme s'il le reconnaissait". Anatole le garde, et "tout ce que jusqu'ici, il faisait pour lui tout seul, il le fit pour deux. Et cela changeait considérablement les choses." Il prends soin du bébé, qui grandit, lui nomme les choses quand c'est en fait l'enfant qui lui apprend à les regarder. Leur monde est cette maison, ce jardin/monde.

Il y a ce lien, cet attachement, cette responsabilité. "Alors ce regard d'enfant, posé sur lui comme un papillon sur une fleur, c'était un sentiment étrange pour le vieil homme, étrange vraiment... Presque intimidant..." Et puis l'ouverture au monde. La mère revient et l'histoire s'éclaire différemment, dans un grand ensemble.
Les illustration en noir, blanc et jaune, laissent beaucoup de place au texte. Elles apportent aussi leur part de poésie, tableau du concrêt, figuratif et pourtant tournant vers l'abstrait et le symbolisme (couleur et chemin formé).

© Jo HOESTLANDT et Andrée PRIGENT/ Oskar


vendredi 12 février 2016

Des histoires de chevaliers - Des pirates et corsaires (- pour réfléchir)

Je vous présente deux autres titres de la collection "Des mots pour réfléchir" des éditions Oskar. Si vous me suivez depuis quelques temps, vous savez que je vous les recommande tous! Je vous parlais ici des "Mythes grecs" et là de "L'odyssée d'Homère", par exemple.

© Isabelle WLODARCZYK, Christine RICHARD, Manu BOISTEAU et Yann AUTRET/ Oskar

"Des histoires de chevaliers pour réfléchir" d'Isabelle WLODARCZYK et illustré par Yann AUTRET met en avant Lancelot, le Cid, Don Quichotte Myamoto Musashi mais encore un autre chevalier "des temps modernes" Dark Vador.

© Isabelle WLODARCZYK et Yann AUTRET/ Oskar
 
"Des pirates et corsaires pour réfléchir" de la même Isabelle WLODARCZYK, Christine RICHARD et illustré par Manu BOISTEAU présente Barbe-Noire, La Buse, John King ou des fictifs comme le Capitaine Crochet et même des pirates tout à fait contemporain, les cyber pirates.

Comme à chaque fois, les personnages fictifs ou réels sont le prétexte à se poser des questions. Ce sont de petits livres très accessibles.

© Isabelle WLODARCZYK et Yann AUTRET/ Oskar

Vous pouvez ne lire que les histoires des chevaliers ou des pirates ou choisir d'aller plus loin. En effet, une mise en scène du personnage et une illustration comique et décalée précèdent deux pages de questionnements. Une question philosophique qui pourrait être très abstraite est ici lue à travers l'exemple célèbre puis dans un quotidien d'enfant. C'est toujours une argumentation présentée puis son pendant permettant de ne pas être aussi catégorique. Enfin l'enfant peut se positionner, ensuite arrive un petit jeu, une devinette, une interaction.
Ces deux propositions offrent des références culturelles (et pas seulement occidentales), des histoires et aussi de quoi se poser des questions en connaissance de cause.

© Isabelle WLODARCZYK et illustré par Yann AUTRET/ Oskar

Il y a bien-sur les thèmes attendus: la bravoure, les causes, la mise au service d'autrui, la mise en danger pour le premier livre; l'appel du trésor, l'aventure et la liberté pour le second.

 © Isabelle WLODARCZYK, Christine RICHARD et Manu BOISTEAU/ Oskar

Oui mais il y a aussi d'autres approches bien plus difficiles à appréhender: la peur de vieillir, de changer en grandissant, le passage à l'âge adulte, la méchanceté ou le rôle de l'éducation.

© Isabelle WLODARCZYK et illustré par Yann AUTRET/ Oskar

Mais aussi l'esclavage, la féminisation ou l'obéissance civile.

© Isabelle WLODARCZYK, Christine RICHARD et Manu BOISTEAU/ Oskar

Bon, un bémol tout de même, je ne suis pas si friande que ça des illustrations, elles sont volontairement caricaturales et aux traits acerbes. Je comprends qu'elles sont aussi là pour tenir le lecteur en éveil avec des images vives. Les illustrations sont efficaces même si je les préfère presque comme alerteurs d'actualité.

lundi 28 septembre 2015

L'Odyssée d'Homère pour réfléchir

J'hésitais... je pensais faire un billet groupé afin de mettre en valeur la collection "Des mots pour réfléchir" des éditions Oskar. J'en ai beaucoup (et j'en commande encore). Et puis non, ce ne sera pas pour cette fois-ci.

© Isabelle WLODARCZYK et Marie De MONTI/ Oskar


"L'Odyssé d'Homère pour réfléchir" d'Isabelle WLODARCZYCK et illustré par Marie De MONTI permet de reprendre les moments forts de ce retour vers Ithaque avec de brefs résumés et offre de belles réflexions en double page juste après.
Mais quel intérêt de proposer une énième version de la mythologie grecque ? Justement. L'auteure, Isabelle WLODARCZYK, entraîne le jeune lectorat dans les us et coutumes de la Grèce antique. Les défis lancés par les dieux à Ulysse se conçoivent alors plus comme des règlements de compte et une obligation de la part du héros de s'y soumettre. Il doit suivre une ligne de conduite, en tant qu'homme, en tant que croyant et en tant que héros.

© Isabelle WLODARCZYK et Marie De MONTI/ Oskar

En décryptant les rencontres avec le cyclope Polyphème, avec Circé ou Calypso, en reprenant les erreurs de ses compagnons avec l'outre des vents, le troupeau de l'Ile du soleil ou les massacres des créatures fantastiques que sont Charybde et Scylla, les sirènes ou les Lestrygons, nous avançons dans une éthique de vie. L'Odyssée suit les grandes qualités que l'homme (et d'autant plus un héros) doit avoir à cette époque: le sens de l'hospitalité, la reconnaissance de la patrie ou l'héroïsme d'une vie.
Le livre se veut aussi interactif. Il propose une mise en situation pour les plus jeunes lecteurs et une question : 

© Isabelle WLODARCZYK et Marie De MONTI/ Oskar

Grâce à cela, une géographie se dévoile (au lecteur de retrouver certains lieux), une mentalité mais aussi des travers humains comme l'hubris condamnée (démesure ou vouloir plus que ce qui nous revient), l'orgueil ou la prétention d'un Ulysse qui ne veut pas être "Personne", la justice par soi-même, la fidélité (pas vraiment réciproque d'ailleurs). Nous découvrons ainsi qu'Ulysse a un fils autre que Télémaque, Télégonos, conçu avec Circé.
Nous entrevoyons aussi d'autres points de vue sur des concepts encore bien d’actualité: la barbarie, la manipulation qui flatte l'ego (les sirènes).

Encore une fois: une proposition de "Philo: des mots pour réfléchir" à mettre entre toutes les mains!

vendredi 13 juin 2014

La farandole - Colères de dinosaures


"Étrangement, les squelettes ne bougent pas ni pour eux ni pour les visiteurs ni pour les gardiens. Mais moi, je les vois, comme mes cousins. Alors? En quoi sommes-nous différents des autres humains? Folie familiale ? Hallucinations? Ou privilège inouï ? Je préfère la troisième solution."

"Colères de dinosaures" de Viviane KOENIG, illustrations intérieures de l'auteure et de couverture de Daniel BLANCOU; Oskar éditions)

mercredi 11 juin 2014

Mythes grecs pour réfléchir

Avec la collection "Philo, des mots pour réfléchir" des éditions Oskar, ce sont toutes nos références culturelles qui reviennent, des plus évidentes au plus éloignées mais à même de nous permettre de débattre dans nos vies de tous les jours.
"Mythes grecs pour réfléchir" d'Isabelle KORDA et illustré par Yann AUTRET reprend plusieurs épisodes connus. Ce n'est pas tant leur brève présentation qui enchante mais bien la double page qui suit.

© Isabelle KORDA et Yann AUTRET/ Oskar

Le mythe explicité amène le pendant langagier, présenté, "le talon d'Achille" prend de la fragilité, "la toile de Pénélope" revient sur le travail etc... Puis le mythe fait place à un débat philosophique sur la position de l'homme face aux autres, aux émotions, aux manières de vivre et de s'épanouir.
Des thèmes sont délimités comme la patience distincte de l'obstination, le voyage distinct de la fuite, l'orgueil, la faiblesse ou la force et la connaissance de soi, la confiance, la curiosité distincte de l'indiscrétion, la prise de risque avec sa prise de conscience des dangers, la méthode avec tout de même un peu de spontanéité. Avec toujours une prise de position de l'enfant face au mythe et face aux deux exemples concrets et repris du quotidien des jeunes, pendants de l'argumentaire pour et contre.

© Isabelle KORDA et Yann AUTRET/ Oskar

"Icare est mort car il a négligé les conseils de son père et il s'est cru assez fort pour ne pas avoir à les respecter. Il a été puni pour son orgueil. Ce mythe incite donc à la modération, mais il a aussi fait la célébrité d'Icare: celui-ci n'aurait pas connu cette gloire s'il n'avait pas tenté de dépasser ses limites. A ton avis, doit-on prendre des risques pour s'affirmer?"

Les illustrations de Yann AUTRET apportent un décalage décapant: nous ne sommes pas forcément sur la beauté de ses héros mais plus sur une caricature quelque fois bien anachronique. Vivifiant!

© Isabelle KORDA et Yann AUTRET/ Oskar

mardi 13 mai 2014

Ma mère est une sirène où les mots sont parfois comme les poissons, difficiles à pêcher

La collection "Trimestre" des éditions Oskar propose des ouvrages toujours aussi justes. Par année, ce sont quatre albums aux textes courts mais riches et aux illustrations très particulières d’aplats de couleurs et de dessins, donnant à chaque fois un style gravure ou croquis et une belle bichromie.
© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

"Ma mère est une sirène où les mots sont parfois comme les poissons, difficiles à pêcher" de Benoît BROYARD et illustré par Laurent RICHARD est une tranche d'émotion.
Thomas se demande où est partie sa maman. Luc, son père, n'est pas bavard. En rentrant de sa journée de pêche, il prend son temps pour réparer les filets. Il faut le laisser travailler, ne pas le déranger. Oui mais l'enfant veut savoir et le papa ne veut pas montrer ses larmes, ce serait trop dur pour son fils.
Alors Thomas imagine sa maman redevenue sirène par malédiction à sa naissance. Il va aller lui parler, au fond de l'eau, elle va le cajoler et lui expliquer. L'enfant imagine des retrouvailles, une rencontre. Ce ne sera pas dangereux, la maman est sirène, il est donc à demi-poisson et puis en plus, elle viendra vite à sa rencontre.

© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

L'album présente ce manque de communication entre le père et le fils, une difficulté à dire l'indicible, une envie de ne pas culpabiliser, de ne pas amener plus de malheur. Le silence n'est pas un manque d'amour
A travers cette métaphore, l'eau est l'inconnu et l'attente pour l'enfant mais aussi le lien avec ses parents, le déclic. Un filet de pêche peut peut-être attraper une sirène et dénouer les larmes et les mots.
© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

Le travail de Laurent RICHARD est lui aussi une fantasmagorie. Le réel et l'imaginaire sont ainsi repris avec des croquis, des découpages bruts et des dessins à l'encre d'une science naturelle, d'une imagerie féérique ou de dessins industriels. 

mardi 6 mai 2014

Lieux de mémoire, lieux d'espoir...

Encore consommer des produits culturels, encore contribuer à éveiller la conscience, la mienne comme celle du plus jeune. Au même titre que la philosophie, à aborder très tôt, le débat et l'actualité sont à envisager avec des livres de très bonne tenue. "Lieux de mémoire, lieux d'espoir..." de Karine TOURNADE et illustré par Yann AUTRET est une ouverture sur notre histoire, au choix volontairement réduit et subjectif.

© Karine TOURNADE et Yann AUTRET/ Oskar

Quatorze lieux sont présentés sur quatre pages, des villes mais aussi des monuments, des régions. De nombreux lieux sont symboliques d'intolérance, de massacres, de guerres, d'atteinte à l'humanité. Et pourtant oui, ils peuvent être chargés d'espoir, au moins celui de ne pas reproduire les mêmes situations.

© Karine TOURNADE et Yann AUTRET/ Oskar

Les exemples nous amènent à une conception du monde géographique avec les explorateurs, découvertes des continents avec le San Salvador, la conquête spatiale avec la lune, historiques avec l'avancée de l'homme sur terre (son plus ancien ancêtre trouvé dans le désert de Djourab) et dans ses accomplissements (l'écriture arrivée en Mésopotamie, les nouvelles technologies à la Silicon Valley).
Quelques lieux nous entrainent sur aussi ce qui fait les rapports humains, les alliances et les conflits, les guerres comme le pire du pire, (la colonisation pour l'humain, Sarajevo, Auschwitch), que les avancées scientifiques ont empiré (Hiroshima).
Et puis la barrière de corail emporte le sujet aussi sur la nature, la vie autour.

© Karine TOURNADE et Yann AUTRET/ Oskar

Ce n'est pas pompeux mais instructif: un bref résumé de la situation, les causes dans les décisions humaines, les alliances et les retombées encore actuelles.

mercredi 19 mars 2014

Le mystérieux trésor de Barbe-Noire

Chouette: une aventure pour comprendre l'histoire, un récit pour emmener les plus jeunes dans les méandres et les découvertes passés. Pour répondre à un petit homme aux envies d'aventure, de héros, de duels et de récits qui font peur, rien de mieux que de suivre un pirate célèbre!


"Le mystérieux trésor de Barbe-Noire" de Pascale PERRIER avec illustration de couverture de Sébastien MOURRAIN est une petite ouverture sur le monde intrépide des pirates.
Paul et Jules veillent auprès de leur grand-père Louis. Ce dernier, malade, décide à la demande des deux garçons de dévoiler un bout de sa vie, celui passé sur les eaux avec le sanguinolent Barbe-Noire. Louis était mousse sur un navire français transportant de l'or et des esclaves. Il avait envie d'aventures et en même temps que la crainte d'une attaque de pirates, il avait envie de confronter son courage et encore plus de découvrir leur lien entre eux. Et c'est le célèbre Barbe-Noire qui les aborde.
Il se trouve enrôler de force et vit ainsi quelques années avec les pirates. Il découvre la cruauté mais aussi la joie de cette troupe, les débordements à terre et les stratégies du "commodore". Ancien corsaire de la reine, Barbe-Noire est impitoyable pourtant tous ne perdent pas la vie à le rencontrer et il sait aussi prendre soin de son équipage. Grâce aux confidences du vieux Louis, les jeunes garçons découvrent les aller et venus de Barbe-Noire pour déposer un butin. Ils ont aussi envie d'aventure.

Ce livre est assez court mais présente une histoire captivante. Elle donne des indications sur la vie de pirate, les règles de vie, les rapports de force, l'abandon marron, l'étonnante mise en scène de Barbe-Noire mais aussi la fin de ces hommes de mer. Les pirates étaient quelques fois soutenus sur les côtes par le gouvernement ou les habitants et pouvaient quelque fois réintégrer la légalité.
Un petit documentaire présente d'autres éléments dont les pavillons, certains autres pirates célèbres et un lexique approprié.
Très belle première approche.

samedi 15 mars 2014

Les idées qui changent le monde

La nouvelle collection "Le monde en marche" des éditions Oskar nous promet de beaux supports pour aider les jeunes lecteurs à devenir pertinents et comprendre la formation de notre monde. 

© Isabelle WLODARCZYK et Zelda ZONK/ Oskar


"Les idées qui changent le monde" d'Isabelle WLODARCZYK et illustré par Zelda ZONK s'intéresse à 24 idées qui sous-tendent notre société moderne.
Chaque thème est abordé sur une double page avec ce qu'il se passait avant, de qui est venu l'idée, dans quel contexte et ensuite les conséquences actuelles de cette réflexion. Le parti-pris est excellent! L'écriture, l'imprimerie, l'argent ou internet sont mis en situation mais là où le livre marque vraiment une plus-value est dans le décryptage des idées comme la nation, la laïcité, le racisme, les Droits de l'homme ou de l'enfant.

© Isabelle WLODARCZYK et Zelda ZONK/ Oskar


Bien plus que d'expliquer le concept, l'idée évolue avec son temps et l'auteur met en avant ce qui pourrait être évident et qui ne l'est pas. Il permet aussi de comprendre que l'idée n'est pas partagée par tous les pays de la même manière et que les conséquences légales ne sont pas toutes instituées et/ou appliquées. Les débats actuels prennent ainsi plus de sens et les anecdotes étonnantes donnent une touche d'humour.
Le tout est très bien écrit, clair et d'une lecture très agréable. Les plus jeunes lecteurs peuvent se contenter presque des extraits pris du cœur du texte et affiner ensuite.

© Isabelle WLODARCZYK et Zelda ZONK/ Oskar


Les illustrations de Zelda ZONK apportent, elles aussi, une vision fine. Elles appuient le propos et quelques fois même propose une réflexion similaire mais pas exprimée: l'évolution par exemple.


vendredi 28 juin 2013

C'est ta vie, l'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants

Je cherchais depuis quelques temps déjà un documentaire sur la vie, l'amour et la sexualité, adapté aux enfants. Je ne trouvais jamais mon bonheur, le propos était, pour moi, évasif, trop prude, "bien pensant". J'ai porté mon dévolu sur une proposition des éditions Oskar. Le contenu est un peu plus "franc du collier" mais que cela ne vous arrête pas!

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

"C'est ta vie, l'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants" de Thierry LENAIN et illustré par Benoit MOREL est un documentaire qui ne se limite pas à expliquer ce qu'est l'amour, la sexualité et la naissance. Enfin si mais avec tout ce qu'il y a autour. Je n'avais d'ailleurs aucun doute: pour avoir suivi les propositions de Thierry LENAIN dans la collection "Trimestre", je pensais bien trouver là des nuances, de la réflexion et du fond.

Le livre est répartit en plusieurs chapitres.
Les liens parlent du lien social, des relations entre les gens, de la simple politesse à la relation de cœur. Puis l'auteur distingue l'amitié et l'amour, cette apposition ou fusion des cœurs, et présente l’hétérosexualité et l’homosexualité. L'amour est alors le début d'un lien plus fort, une envie de profiter l'un de l'autre, de vivre ensemble (ou non), de partager tous les loisirs (ou non) et d'être parent (ou non).
Les contacts définissent le niveau de promiscuité des corps, de la bousculade au toucher réel, du geste de politesse, de consolation ou du manque de gestes (même si les sentiments sont présents). Puis les câlins sont définis dans leur rapport d'affection et distingués des câlins sexuels.
Les interdits reprennent les lois contre la pédophilie, l'inceste mais aussi le respect des enfants, le consentement mutuel (entre adultes) et les relations sexuelles des adultes dans l'intimité et cachées aux enfants. Une très belle explication est offerte aussi sur les dérives de l'internet, sur cette accessibilité exacerbée des intimités: pas de porte fermée, pas de disposition difficile d'accès... la sexualité est placardée et le contrôle parental installé pas pour surveiller l'enfant mais le protéger.
Le corps est un chapitre plus conventionnel, biologique, quoique. La puberté est expliquée, l'anatomie montrée mais il est aussi question de masturbation, comme prise de conscience de soi mais aussi premier plaisir non-coupable (si seul avec son intimité).
Le bébé est la reproduction sexuelle humaine expliquée mais aussi tous les aléas de la vie, l'impossibilité d'en avoir, les solutions, la volonté de ne pas être parent. Et bien-sur cela finit par la naissance.
Un épilogue suit avec des questions réponses assez enfantines mais justement décomplexantes.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Le propos est presque politique: extrêmement tolérant (et c'est parfaitement ma priorité) sur le métissage, l'homosexualité, l'avortement, la fécondation in vitro et l'adoption mais aussi sur une certaine froideur des sentiments (une émotion retranscrite différemment) ou une frivolité apparente. Attention cependant il n'est pas ici question du débat politisé du moment: mariage pour tous ou de procréation médicalement assistée pour les homosexuels.
Tout est dit avec finesse et beaucoup de respect. Thierry LENAIN se positionne toujours sur le droit de chacun à être ce qu'il est, dans les limites de la loi et du respect des enfants.
Au fil des pages, l'auteur propose aussi des numéros de téléphones pour ne pas laisser l'enfant lecteur dans une situation difficile.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Les illustrations de Benoit MOREL sont, ici, assez déconcertantes. Elles ont pourtant la qualité de mettre derrière le propos un peu de couleurs et de ne pas aseptiser les informations. Un schéma internes des organes génitaux mais aussi une manière sexuée de se regarder l'intimité sont présents. Quelque part dérangeant et pourtant, mais oui bien-sûr, une part importante de la connaissance de soi.
L'imbrication des corps, lui, est juste évoquée mais pour le reste, Benoit MOREL montre la différence dans les relations, dans les gestes. Beau dialogue entre le texte et les dessins!

Maintenant reste à savoir à quel jeune lectorat il est destiné. Bah, je ne sais pas. En tous cas bien avant que la reproduction humaine soit au programme scolaire. Bah, dès que l'enfant se pose des questions et sait lire seul certains chapitres!

Et l'avis de Gaëlle très pertinent ici, présentant aussi ce parti-pris réel des auteurs de proposer une autre vision de la sexualité, la présentation presse.

jeudi 2 mai 2013

Le loup sous le lit ou quand une petite fille sait ce que les adultes ne savent plus

J'aime les loups, j'aime cette part de sauvagerie, d'inconnu, de cauchemar aussi sur fond de nuit noire ou de pleine lune. J'avais ainsi acheté "Le loup sous le lit ou quand une petite fille sait ce que les adultes ne savent plus" de Stéphane SERVANT et illustré par Benoit MOREL dès sa parution et l'avais lu dans la foulée. Alors pourquoi attendre pour en parler. Peut-être justement pour que le charme du loup opère encore, peut-être pour ne pas limiter la portée du livre, aussi.

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Derrière l'école un loup est blotti apeuré. Elle va tenter le réconforter. Puis se comprenant, ils vont faire découvrir l'un à l'autre les beautés de leur monde, la forêt et la ville. Mais tout n'est pas beau dans ce monde d'adultes. Les oiseaux de la volière ont été libérés: un loup, une jeune fille avec un masque de loup? Dans le doute, les adultes s'arment pour combattre le loup.

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Bien-sûr il est question d'amitié et de tolérance, une écharpe montre l'attachement, le lien, entre le loup et elle, entre elle et la forêt. La force est dans cet amour avec l'esprit sauvage, le loup. Il apparait dans toute ses impulsions. Mais je trouve que le plus beau est cet amour de la liberté, de l'instant présent.
"Quand j'étais fatiguée, le loup m'apprenait les taches de soleil, la langue secrète des arbres, la saveur de la boue, les morsures du froid et la douceur du ventre des crapauds."

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Le loup et la petite fille étaient libres, spontanés, près de la nature et de leur rêve. L'enfant a grandi mais il lui reste son loup, l'esprit libre.

Bien-sûr le choix du rouge et du noir pour les illustrations de Benoit MOREL est magnifique, salvateur presque comme les couleurs de la passion et du sang. Mais nous sommes loin du chaperon rouge. C'est vrai: ce loup n'est pas celui des contes.
"C'était le premier loup que je rencontrais. Je veux dire: pas un loup de dessin animé ou de conte de fées.
Non, c'était un loup pour de vrai: dents jaunes, grands yeux, oreilles  pointues et queue touffue."

samedi 6 avril 2013

La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer

J'ai pris l'habitude de suivre la collection "Trimestre" avec beaucoup d'intérêt, au point de commander des livres que j'ai déjà. Cette dernière proposition est encore un coup de coeur!

© Benoit BROYART et Donatien MARY/ Oskar

"La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer" de Benoit BROYART et illustré par Donatien MARY est un uppercut.

Nathan part chercher du pain à la boulangerie du coin. Ce n'est pas anodin. Son papa est au chômage et même un détail comme l'absence de la baguette serait un drame... comme ceux qu'il lit dans le journal, comme ceux qu'il a dans la tête. Allez comme d'habitude Nathan joue, il baisse la tête ne regarde que le trottoir, s'il ne rencontre personne il aura gagné. Mais aujourd'hui... en remontant le regard, il a perdu... son chemin. Il se retrouve dans un quartier inconnu. Mais en plus, rien ne va, beaucoup de personnes se pressent dans la rue comme un jour de semaine mais nous sommes samedi, et personne ne lui répond quand il demande son chemin. Il est devenu transparent.
Perdu, seul, frigorifié, il se love dans un parc et une grosse dame l'aperçoit. Elle lui propose de venir au chaud, de dormir une nuit chez elle. En arrivant, une odeur de gaufres, un lit bien chaud. C'est trop beau. La nuit, une dispute réveille Nathan... il y a un ogre.

Ce très court récit nous parle de la parentalité. De ce père irrité et de ce quotidien aux situations angoissantes. Mais aussi chaque adulte du récit semble apporter une touche de ce qui fait le parent... préoccupé, l'enfant peut être transparent, mais non pouvons aussi être rassurant, maternant comme la dame qui l'accueille.
Alors oui, la dame n'est autre que la femme de l'ogre. Mais cette référence au conte du "Petit poucet" n'est pas simple copie. L'ogre n'est autre que le parent en prise avec ses frustrations et ses manquements. Le parent hurle, vocifère, veut manger l'enfant... ou plutôt se débarrasser de cette responsabilité, de cette charge, de cette image peut-être d'une certaine insouciance.
Cette histoire m'a parlé de moi! Comme toutes les propositions "Trimestre", ce n'est pas un texte a laissé à l'enfant seul, il constitue une porte ouverte au dialogue, pour exprimer des émotions lourdes de sens, pour proposer des échappatoires.

Donatien MARY offre l'illustration d'un cauchemar. La nuit dans une chambre et l'ogre sont magnifiquement terrifiants. Je vous mets des photos dès que je récupère mon appareil utilisable.

lundi 10 décembre 2012

Requin-baleine

"Requin-baleine ou comment naissent les petits frères, les petites sœurs et les étoiles filantes" d'Alex COUSSEAU et illustré par Aurélie GRANDIN est encore une magnifique proposition de la collection Trimestre des éditions Oskar. Je vous ai dit tout le bien que je pensais de ces tous petits livres et c'est rare qu'ils ne rejoignent pas la maison, surtout quand en plus c'est Alex COUSSEAU qui régale.

© Alex COUSSEAU et Aurélie GRANDIN/ Oskar

Maud est chez sa grand-mère. Ses parents l'y ont laissée parce que sa maman va accoucher cette nuit. Maud est pétrie de toute sorte d'émotions. En regardant un documentaire sur le requin-baleine, une capture, un sauvetage et un enfermement dans un aquarium, elle est anxieuse, curieuse et attentive. Comme pour l'arrivée de sa petite sœur ou de son petit frère. Elle ne veut pas manger, ne veut pas aller dormir. Sa grand-mère lui propose de passer cette nuit d'été dehors.
C'est alors un partage générationnel d'émotions. Cette peur de la vie fragile mais aussi toutes ces questions dont on ne connait pas la réponse... et ses réponses qui donnent le sourire aux lèvres.

© Alex COUSSEAU et Aurélie GRANDIN/ Oskar

Comme à chaque fois, le parti-pris de cette collection trimestre est de ne pas illustrer les paroles comme pour un album jeunesse normal. C'est ainsi qu'Aurélie GRANDIN offre là plus des dessins croqués, mis en couleur mais aussi abordables avec plus de temps par les plus jeunes. Qu'à cela ne tienne, ce bleu de l'eau, de la nuit qui vient, offre avec ces emmêlages de Maud, de sa grand-mère et du requin-baleine, des moments d'onirisme.

Magnifique "album" émouvant et questionnant.

mardi 3 avril 2012

La dernière année

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

"La dernière année ou pourquoi et comment le Père Noël décida d'arrêter - et pourquoi il ne recommença jamais" de Thierry LENAIN et illustré par Benoit MOREL est là aussi une pépite. A croire que cette maison d'édition, Oskar, et cet auteur, Thierry LENAIN, sont porteurs de sens.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains (mais non, mais non): il vous faut ne plus croire au Père Noël ou croire en un certain réalisme de la chose, il vous faut aussi un esprit critique... Mais aussi il vous faut de la poésie dans l'acte de don. Vous avez tout cela, vous êtes déjà plus vieux qu'un jeune bambin, alors courrez le lire!

Rayer le nom des enfants qui ne croient plus en lui... inscrire les nouveaux rêveurs. Une petite pièce s'est cassée ce soir-là.
La désillusion le prend. Pourquoi donc autant d'enfants qu'il délaisse, ceux qui ne croient plus en lui, ceux que la poste a décidé de laisser de côté. Parce que oui, le Père Noël ne décide pas de ses déplacements.

Jusqu'à ce soir, il a préféré regarder le beau côté de sa charge. Mais ces jours-ci tout le reprend et il ne sait plus faire avec: cette multitude de faux pères-noëls qui font peur aux plus petits et rire les plus grands. Ces faux qui s'étalent devant les vitrines quand lui reste caché.
Les jouets choisis par des enfants conditionnés. Son rôle qui ne devient que de la distribution et plus ni de la correspondance, ni de la fabrication.
C'est cet acte de conscience qui le prend cette année là... la dernière. Il ouvre son esprit à un autre partage.

Ce livre est magnifique, pour parler du don, des cadeaux, de l'industrialisation des désirs... de l'acte de partage et de présence...

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

C'est chez elle que je l'avais vu... Gaëlle, chez cette autre, Clarabel, qu'il m'avait déjà parlé avant d'être lu et là qu'on en parle bien.

vendredi 2 décembre 2011

Lali l'orpheline

© Thierry LENAIN et Olivier BALEZ/ Oskar

"Lali l'orpheline, où l'on se demande si l'on peut faire du mal en croyant faire du bien" de Thierry LENAIN et illustré par Olivier BALEZ est un roman graphique court, pour tous, jeunes ou grands, un coup de cœur!

Marion est née ici, de ce côté du continent, et décide jeune adulte d'offrir 3 mois de sa vie à un orphelinat, là-bas, de l'autre côté, en Inde.
Le papa parle à sa fille dans ces quelques pages, reprend le malaise. Marion arrivait dans ce lieu de don de soi, personne ne lui parlait, par manque de temps, par scepticisme quand aux objectifs de le jeune occidentale peut-être aussi.

Là des orphelins et des infirmières démunis, un lieu qui contraste avec ce pays coloré et odorant:
"- [...] Tu sens, papa? Tu sens toutes ces odeurs, tous ces parfums? Ça fait tourner la tête... Tu sens, papa?
- Mais... Marion...
- Tous ces gens partout... Regarde, papa! Et toutes ces couleurs partout, regarde! ...
- Mais, Marion, tu es là-bas, de l'autre côté de la terre! ... Et je suis au téléphone!"
Et là Marion rencontre Lali, une enfant muette qui ne marche toujours pas malgré son âge. Marion se prend d'affection pour elle mais une infirmière se fâche.

© Thierry LENAIN et Olivier BALEZ/ Oskar

Tout l'art du livre réside dans les actes de cette jeune femme... des gestes beaux, tendres, généreux... affectueux, maternants. De ce parti-pris tendre, de ce que Marion reproduit des signes d'affection de son père quand elle était petite enfant. C'est tout cet amour filial qui transpire, cette affection devenue connivence... de cet aveu d'impuissance après.
Parce que oui on peut faire du mal en voulant faire du bien... ou presque. Mais là Marion doit prendre sur elle, offrir d'elle et de la pertinence, de la vérité.

Les illustrations en or, noir et blanc d'Olivier BALEZ offrent une modernité et comme une abstraction à l'histoire. Très beau parti-pris.

Magnifique histoire d'affection, de limite, mais aussi de ce qu'un geste peut apporter.

Gaëlle en parle là
Sophie Van der Linden là
Œil d'ailleurs là