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lundi 4 mai 2015

La grande dame et le petit garçon

Une belle proposition que cet album grand format, "La grande dame et le petit garçon" de Geert De KOCKERE et illustré par Kaatje VERMEIRE.

© Geert De KOCKERE et Kaatje VERMEIRE/ Rouergue

Une grande dame habite dans la même ville que celle du petit garçon, il passe devant chez elle.C'est une géante, une ogresse c'est sûr! Elle a toujours un énorme sac avec elle dans lequel peut être captif un enfant, une robe très longue capable de cachés deux enfants. L'enfant se dit: "Elle sort sur son balcon et, d'un grand mouvement du bras, les attrape au passage. Avec son ombrelle. Comme ça se présente. Au petit bonheur. Puis elle les enferme dans une grande cage à oiseaux. Jusqu'à l'heure du repas". C'est sûr c'est une ogresse et puis un bruit monstrueux s’échappe quelques fois par sa fenêtre ouverte.

Il y a quelque chose en elle de pas normal. Le petit garçon se sent attiré: c'est sûr, c'est une ruse. Mais quand elle finit par lui parler, sa voix est douce et elle lui offre une carte à jouer avec un chat dessus.
Quelle est donc cette ogresse et pourquoi ne revient-elle plus au marché?

© Geert De KOCKERE et Kaatje VERMEIRE/ Rouergue

L'album décline un thème de conte, l'ogresse. La vieille dame est grande et solitaire. Ses gestes sont mystérieux. Elle amplifie certaines peurs du garçon, comme celle de traverser la ville ou de rencontrer des adultes seul.
C'est aussi une certaine forme de partage et d'échange intergénérationnel qui s'offre là.

© Geert De KOCKERE et Kaatje VERMEIRE/ Rouergue

Les illustrations de Kaatje VERMEIRE offrent un plus avec un côté désuet et presque poussiéreux. Ses devantures de maisons, les habits faits de tissus rigides, les empreintes de cordelettes ou les ombres des oiseaux sont tous dans des teintes grises, noires, terres. Le garçon a seul un tee-shirt rouge, comme les cœurs sur la carte de jeu.

jeudi 27 février 2014

Petits romans de Bernard FRIOT pour lecteur débutant

Les lutin commence ses lectures de petits romans. La collection "éclats de rire" de Milan poche cadet répond tout à fait à la demande: une quarantaine de pages écrites en gros et toujours beaucoup d'illustrations. Nous avons succomber aux propositions de Bernard FRIOT, bien-sûr.

© Bernard FRIOT et Aurélie GUILLEREY/ Milan Jeunesse

"Les pieds de Pierre" illustré par Aurélie GUILLEREY est une histoire avec trois fins possibles.
Pierre se lève un jour en découvrant que ses pieds ont grandi. Sa mère est énervé, il exagère, il faut aller le rechausser. Et puis à l'école, les camarades se moquent de lui, avant de découvrir l'horreur: il ne s'est pas déguisé mais a bien des immenses, longs, plats, énormes pieds.
Certains racontent qu'il a grandit de tous ses membres encore et encore, d'autres qu'il a choisi de s'évaporer dans l'océan et il se pourrait même qu'il ai disparu, pfiou, il ne restait de lui que ses pieds.

© Bernard FRIOT et Aurélie GUILLEREY/ Milan Jeunesse

L'(es) histoire(s) recèle(nt) des finesses. Oui Bernard FRIOT joue avec des situations burlesques mais aussi avec les émotions, la honte, la solitude.
Le sentiment de trouver sa place est au cœur du livre. Il y a ainsi plusieurs fins possibles, des heureuses, des solitaires, des remarquées, des mystérieuses mais aussi des drôles ou tragiques. Jusqu’à ce que l'on ne s'intéresse plus à ce qu'il est devenu.
Tout n'est pas forcément doucereux. C'est aussi cela que j'aime chez cet auteur. il reprend des thèmes qui peuvent embarquer les enfants mais ne laisse pas de côté la réflexion. Est-si drôle?

© Bernard FRIOT et Aurélie GUILLEREY/ Milan Jeunesse

Les illustrations d'Aurélie GUILLEREY apportent une poésie de plus, des ambiances et paradoxalement des visages expressifs.

***
"Tomaso et les trois ogresses" illustré par Eric GASTE est une histoire qui fait peur. Cela commence comme un conte de fée.
© Bernard FRIOT et Eric GASTE/ Milan Jeunesse

"Il était trois fois une ogresse très laide et très cruelle.
Non, reprenons.
Il était une fois trois ogresses très laides et très cruelles."
"Rassurez-vous: ces horreurs appartiennent au passé. Cela fait des années et des années que Sislafa, Chouignagna et Tricatra n'ont pas goûté à la chair fraîche d'un bambin bien nourri. Eh oui, les enfants d'aujourd'hui ne s'égarent plus dans la forêt."
Enfin c'est sans compter sur Tomaso, un garçon vif, aventureux. Il n'arrive même pas à rester en place dans sa chambre, dans l'appartement, il veut voir dehors. Et bien-sûr avec leur chanson pour ensorceler les enfants, il est vite pris au piège. Les ogresses, mises au régime sans bambin depuis si longtemps, s'en remettent à la recette maternelle. Avec des carottes, des choux ou des navets? Elles ont oublié. Reste le livre de cuisine... mais elles ne savent pas lire.
"Et le repas fini, elles rotent à répétition et pleurent à chaudes larmes."

© Bernard FRIOT et Eric GASTE/ Milan Jeunesse

L'histoire de Bernard FRIOT est truculente. N'est pas piégé qui semble l'être. Alors oui, elles mangent, se goinfrent. Mais Tomaso est courageux et astucieux. Et la relève n'est pas celle que l'on croit.
Une petite merveille!

© Bernard FRIOT et Eric GASTE/ Milan Jeunesse

Les illustrations d'Eric GASTE jouent sur le rire plus que sur la peur et elles sont vraiment moches les trois soeurs.

 

samedi 6 avril 2013

La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer

J'ai pris l'habitude de suivre la collection "Trimestre" avec beaucoup d'intérêt, au point de commander des livres que j'ai déjà. Cette dernière proposition est encore un coup de coeur!

© Benoit BROYART et Donatien MARY/ Oskar

"La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer" de Benoit BROYART et illustré par Donatien MARY est un uppercut.

Nathan part chercher du pain à la boulangerie du coin. Ce n'est pas anodin. Son papa est au chômage et même un détail comme l'absence de la baguette serait un drame... comme ceux qu'il lit dans le journal, comme ceux qu'il a dans la tête. Allez comme d'habitude Nathan joue, il baisse la tête ne regarde que le trottoir, s'il ne rencontre personne il aura gagné. Mais aujourd'hui... en remontant le regard, il a perdu... son chemin. Il se retrouve dans un quartier inconnu. Mais en plus, rien ne va, beaucoup de personnes se pressent dans la rue comme un jour de semaine mais nous sommes samedi, et personne ne lui répond quand il demande son chemin. Il est devenu transparent.
Perdu, seul, frigorifié, il se love dans un parc et une grosse dame l'aperçoit. Elle lui propose de venir au chaud, de dormir une nuit chez elle. En arrivant, une odeur de gaufres, un lit bien chaud. C'est trop beau. La nuit, une dispute réveille Nathan... il y a un ogre.

Ce très court récit nous parle de la parentalité. De ce père irrité et de ce quotidien aux situations angoissantes. Mais aussi chaque adulte du récit semble apporter une touche de ce qui fait le parent... préoccupé, l'enfant peut être transparent, mais non pouvons aussi être rassurant, maternant comme la dame qui l'accueille.
Alors oui, la dame n'est autre que la femme de l'ogre. Mais cette référence au conte du "Petit poucet" n'est pas simple copie. L'ogre n'est autre que le parent en prise avec ses frustrations et ses manquements. Le parent hurle, vocifère, veut manger l'enfant... ou plutôt se débarrasser de cette responsabilité, de cette charge, de cette image peut-être d'une certaine insouciance.
Cette histoire m'a parlé de moi! Comme toutes les propositions "Trimestre", ce n'est pas un texte a laissé à l'enfant seul, il constitue une porte ouverte au dialogue, pour exprimer des émotions lourdes de sens, pour proposer des échappatoires.

Donatien MARY offre l'illustration d'un cauchemar. La nuit dans une chambre et l'ogre sont magnifiquement terrifiants. Je vous mets des photos dès que je récupère mon appareil utilisable.

mercredi 13 juin 2012

Journal secret du Petit poucet

 © Philippe LECHERMEIER et Rébecca DAUTREMER/ Gautier Languereau

"Journal secret du Petit poucet" écrit par Philippe LECHERMEIER et illustré par Rébecca DAUTREMER est une version superbe du conte retranscrit par Charles PERRAULT.

Petit Poucet note tous les jours les événements de la journée, enfin presque. Grâce à sa voisine Mme Marigoult qui sait tout, il y ajoute aussi la fête des Saints qui souvent donnent une couleur à l'humeur de la journée.
Bien-sûr entre les pages nous y retrouvons le conte... des parents qui abandonnent dans la forêt leurs enfants, une fratrie de 7 garçons. Le petit dernier, Petit Poucet pas plus grand qu'un pouce, a été témoin des préparatifs macabres et trouve la solution pour rentrer à la maison. Des petits cailloux et la seconde fois des petites miettes de pain. Mais le pain est mangé, les enfants vraiment perdus en forêt.
Ils trouveront tout de même une chaumière accueillante, habité par un ogre, sa femme et ses sept filles et aussi possesseur des Bottes de 7 lieux.

Petit Poucet est inventif, intelligent, il ponctue son quotidien de petits soupçons de poésie mais aussi des dessins. Des détails marquants la misère, les conditions de vie,la ville et la forêt dangereuses. Il est aussi plein d'humour et de tendresse.
Il reste le héros de l'histoire et en plus de celle déjà explicite, ici, l'auteur lui offre encore plus de profondeur: un petit frère moqué mais pas seul, un petit meneur aux idées rocambolesques et pleine de saveurs.
Les frères prennent de la texture, ils ont un nom, une particularité et apportent avec les garnements voisins une atmosphère d'enfants, batailleurs, renifleurs mais force en puissance.
Les comportements, les batailles, les moqueries, les amourettes et le manque d'hygiène de certains, amènent aussi une lecture de l'enfance et d'autres légendes (par certains prénoms).
Les méchants sont ici différents: à deux parents abandonneurs potentiels, ici seule une marâtre aux manigances autoritaires, Popotte. Le papa est victime aussi et l'image dans les rêves de la vraie maman, partie trop tôt, apporte la chaleur humaine et familiale que le conte d'origine n'a pas.
L'ogre est magnifique, encore, et est aussi accompagnée par sa femme, ogresse aussi, et par toutes les terreurs enfantines.
© Philippe LECHERMEIER et Rébecca DAUTREMER/ Gautier Languereau

Mais le grand personnage est bien la Grande Privation. Cet état de faim, de misère. Petit Poucet en parle tous les jours, dans les menus (soupe aux cailloux blancs, soupe au mou) mais aussi dans les rêves de goinfrerie. Les cauchemars sont aussi des manques de repas.
Les méchants n'en prennent pas vraiment pour leur grade

Le travail de Rébecca DAUTREMER est impressionnant. Près de 200 pages sont illustrées, d’annotations en marge, de découpages, de peintures, d’écritures, de collages, de déchirures.
Les croquis de Petit Poucet sont accompagnés par les grandes pages illustrant l'histoire, les personnages...
© Philippe LECHERMEIER et Rébecca DAUTREMER/ Gautier Languereau

L'humour du texte est ici amplifié par ces imageries de nourriture et de non-sens. Les détails sont fabuleux, très précis au style photographique pour le réel. Des croquis aussi très détaillés sur des machines, des éléments importants comme le corset de Popote, les Bottes de 7 lieux, apportent un côté presque scientifique à l'histoire et les cartes, les plans amplifient cette impression de grande aventure. Il reste cependant des pages ouatées, magnifiques de douceur, pour les moments de liberté, d'attente. Et les personnages sont magnifiques, avec bien-sûr une mise en avant de la beauté du Petit Poucet et de Maricrotte, la petite voisine...


Rébecca Dautremer - Journal Secret du Petit Poucet par Librairie_Mollat

dimanche 20 mai 2012

Le Yark


© Bertrand SANTINI et Laurent GAPAILLARD/ Grasset Jeunesse

"Le Yark" de Bertrand SANTINI et illustré par Laurent GAPAILLARD est un magnifique petit roman illustré. Il nous parle d'un monstre et offre ici une lecture délicieuse pour jeunes et moins jeunes. Les monstres ne sont plus aussi gentils qu'avant, à moins que ce soient les enfants!

"Parmi tous les types de Monstres qui grouillent sur la terre, l'Homme est l'espèce la plus répandue.
Il y en a une autre, cependant, plus rare et moins connue.
C'est le Yark." Cet ogre mange les enfants. Ils représentent un met délicieux, sucré et fondant. Et aucun rejeton n'est à l'abri, le Yark sait ouvrir les serrures et déjouer les pièges.
Enfin presque, parce qu'il ne peut manger que les enfants sages. Les autres passent bien dans son estomac mais sont tellement difficiles à digérer que les périodes aux toilettes sont de véritables cauchemars pour le Yark.

© Bertrand SANTINI et Laurent GAPAILLARD/ Grasset Jeunesse

Il ne peut que chercher à tous prix les gentils. Mais les temps ont changé. Auparavant les enfants étaient naïfs et pour la plupart assez sages. Maintenant les chenapans pullulent et le Yark a peu de bons petits à se mettre sous la dent. Parce que oui, le Yark est difficile: un enfant sage, propre et bien portant, pas trop gras non plus sous la dent.
Il a une idée, se fier aux connaisseurs, par exemple le Père Noël a une liste des enfants gentils. Il part la lui chiper et s'offrir les enfants inscrits en guise de déjeuner.

Mais voilà, le Yark n'est pas au bout de ses peines, la vie va lui jouer de sacrés tours. Les enfants ont des ressources pour se prémunir des monstres. Oui, oui Charlotte ou Lewis sont pourtant des enfants sages. Et pourtant...
Le Yark repartira avec un mal de ventre, des pets, une diarrhée, de quoi le "rendre fusée". Il rencontre la mort, "boule de lumière froide" et vitrée. A son réveil Madeleine est là. Pile une enfant sage!

© Bertrand SANTINI et Laurent GAPAILLARD/ Grasset Jeunesse

Bertarnd SANTINI nous offre là une magnifique histoire de monstre. L'ogre est complexe, subtil. Il réfléchit et est prêt à s'émouvoir. Ses anecdotes sont jouissives et hilarantes pour les petits et les plus grands: des délices d'un enfant, ses doigts, sa cervelle, son goût, son odeur, sa texture aux méandres digestifs des pets, des feux de derrière.
Mais c'est aussi une histoire plus spirituelle. Les à priori alimentaires amènent à se poser des  questions, à agir par tolérance. Et puis l'amitié est là, au bout de la route, une amitié qui peut demander des sacrifices et de se dépasser.
Une lecture pour les plus grands peut vraiment être sur l'éducation de nos petites têtes plus ou moins sages et sur ce qui est monstrueux: le monstre, l'ogre, l'humain.

Les illustrations de Laurent GAPAILLARD sont magnifiques. Ces encrés offrent tout le panel d'ombres prêt à nous mettre dans l'ambiance: un Yark gigantesque, poilu et presque dissimulé même s'il est de plein pied. Puis une ville de nuit, des vues du ciel. Et des duels avec les enfants, des détails qui font peur et leur pendant réconfortants. Le Yark monstrueux semble apeuré et seul.

jeudi 25 août 2011

L'Ogresse en pleurs... et Cuisine de Sorcière

Je succombe toujours devant un livre illustré par Wolf ERLBRUCH. En plus de ces images si spécifiques j'ai souvent l'impression de suivre un choix de texte précieux, éclairé, souvent autant pour adulte (voire plus?) que pour enfant, à la limite aussi du non-sens quelques fois.

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

"L'Ogresse en pleurs" de Valérie DAYRE illustré donc pas ERLBRUCH ne déroge pas à la règle et c'est un coup de cœur.
Une femme méchante, une ogresse, veut faire encore pire que toutes ses actions jusque là: elle souhaite manger un enfant. Elle est difficile et fait le tour des villages pour trouver le bon, celui qui sera le plus appétissant.
Mais à force d'être exigeante, elle se fait repérer et les enfants vivent cachés. Elle se fâche et décide d'en manger plus d'un, milles et un, sans y parvenir. Elle dépérit jusqu'à en croquer un.

Le propos est grinçant. L'ogresse fait peur et elle mange l'enfant. Cependant ce n'est pas un livre si effrayant. Elle menace mais les astuces des enfants et des parents apportent une touche d'humour: les petiots se font plus grands en taille, se costument, restent chez eux.
C'est encore plus une histoire de parents:
"- N'importe lequel! gémissait maintenant l'affamée. Donnez-moi le plus maigrichon, le plus couillon! (elle avait abaissé ses prétentions).
Dans les maisons, on se taisait. Des couillons? Des maigrichons? Si on en avait, on se les gardait."

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

Le texte de Valérie DAYRE joue sur les termes: un enfant "à croquer". Et c'est bien la parentalité et l'amour le sujet du livre. L’ogresse a des yeux "brillants-gourmands" et cherche l'enfant idéal. D'ailleurs j'aime cette réplique "- Celui-là est trop futé, je ne veux pas avoir à lutter." Au fil des pages, les enfants, les nôtres, apparaissent les plus tendres à nos yeux, les plus à même d'être aimés. C'est de son enfant que l'on s'éprend et dont nous souhaitons être parent.
Je ne vous livre pas la plainte finale de l'ogresse mais qu'elle est belle!
Le vocabulaire nous propose mille et une manière de nommer l'enfant et ces jeux de mots exquis donnent envie d'aimer par gourmandise.

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

Les illustrations de ERLBRUCH sont toujours si particulières. Des aplats de tissus, comme des pochoirs, des tampons japonisants, des lieux lunaires et très proches de DE CHIRICO. Le repas de l'ogresse est magnifique d'épouvante (à regarder même avec des enfants!).
Et que ces lunes, astre protecteur, sont belles en témoins de notre parentalité.
***

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

"Cuisine de Sorcière" de Johann Wolfgang GOETHE et illustré par Wolf ERLBRUCH est un petit en-cas au doux goût de je n'y comprends rien mais j'aime.
Ici la quatrième de couverture nous apporte plus de sens que le texte du livre: "La sorcière prépare pour Faust le breuvage de rajeunissement et Goethe lui faire dire une formule magique qui n'est qu'un jeu turbulent de chiffres stimulant l'imagination et, en particulier, celle du grand illustrateur Wolf Erlbruch." Et c'est ainsi qu'il faut le prendre, comme une parenthèse dans l'initiation aux pièces "Faust" de l'auteur.

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

Ici la recette de la sorcière est très mystérieuse, ce qui apporte un plus est le pied de nez graphique de l'illustrateur. Il donne à vivre les chiffres, il cartographie les formes et fait des nombres des textures. Ci-dessous le fabuleux: "Le quatre perd"

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

Le rajeunissement ou l'éloignement de la mort (déambulant sur l'infini du huit)... j'aime son personnage... récurrent.

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

mardi 16 novembre 2010

Ogrus, histoires à digérer

© Grégoire KOCJAN et Pauline COMIS/ L'Atelier du poisson soluble

"Ogrus, histoires à digérer" de Grégoire KOCJAN et illustré par Pauline COMIS est un recueil d'histoires grinçantes. L'auteur utilise les méchants des histoires pour enfants pour nous décrire des monstruosités humaines. Il est question de manger des hommes bien-sûr mais, pour la plupart, ce sont des satyres sociales sur la guerre, l'alimentation, la santé (et ses médecins) et les fast-food, l'écologie, les règles de vie en société, l'éducation ou l'univers des affaires, l'utilité de nos "vieux".
Le ton est percutant et l'on se prend à rire, rire jaune, car ces ogres sont bien trop proches de nous-même. Notre bêtise, notre goinfrerie, notre volonté de pouvoir, notre égoïsme aussi.

© Grégoire KOCJAN et Pauline COMIS/ L'Atelier du poisson soluble

Dans quelques histoires, aussi, ces monstres de la littérature enfantine prennent leur revanche de courage, de spontanéité, de malice, de générosité et de finesse. Le propos devient plus poétique encore, très chaleureux. Les ogres deviennent tendres, nous aident à grandir en liberté, nous aide à rire de bon cœur ou nous offrent des rêves... et non pas que des cauchemars d'enfants dévorés.
Un ogre a qui le sérieuzigum ne fait rien et qui continue à faire rire les enfants, les faire grandir avec émerveillement, malice et petits pets dans la fontaine. Des rêves d'enfants qui proposent aux ogres mis aux rebuts une fin de vie toute en douceur dans le monde des hommes...

Ces méchants de fiction prennent la parole, quelque fois déçus d'être utilisés sans savoir... alors ce sont les à-priori, l'imaginaire, l'acte d'écrire et toute l'enfance qui nous apparaissent... que dire: ce sont mes histoires préférées!
"Que vont-ils te faire? Te couper en morceaux? Te vider de ton sang? Te manger, en commençant par tes jolis yeux?
Ils approchent dans la pénombre. Ils sont énormes, assoiffés de sang, cruels et sadiques. Voici l'ogre qui arrive... Il veut t'avaler! Non? On dirait qu'il veut me dire quelque chose...
L'ogre: Hé! Ça ne va pas la tête de parler de nous comme ça! Mais pour qui il se prend, ce écrivain? Pendant que tu y es, on est moches, abrutis et puants. Tu as oublié de signaler ça à tes lecteurs!
Le vampire: C'est pour les enfants qu'il écrit, en plus!"

© Grégoire KOCJAN et Pauline COMIS/ L'Atelier du poisson soluble

Petit bémol tout de même: j'adore le format du livre mais c'est dommage pour les illustrations de Pauline COMIS qui sont magnifiques. Pour se consoler, n'hésitez pas à aller directement chez elle là.

"- Quand on écrit des livres pour les enfants, on le les mange pas. Il faut savoir ce que l'on veut dans la vie."

Ogrus Gregoire Kocjan
envoyé par lucb13. - Gag, sketch et parodie humouristique en video.

jeudi 4 novembre 2010

Le voleur d'enfants

Depuis que je l'ai vu sur le blog de son illustrateur, "Le voleur d'enfants" de Mickaël ESCOFFIER et illustré par Clément LEFEVRE, je suis intriguée. Alors après "Le pitou" du même duo, le voici dans notre bibliothèque. Et ce livre est un coup de coeur pour nos chères petites têtes.

© Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Chocolat jeunesse

Le voleur d'enfants a "de longues dents pointues, comme des couteaux". Il part la nuit dérober dans les maisons les enfants endormis. Il se confond aux ombres du soir, il a une hotte mais pas pour offrir des cadeaux mais bien pour transporter les enfants. Des garçons et des filles...
et le lendemain l'ogre a faim...
L'histoire est belle, décalée et offre ce mystérieux dans la peur, le cauchemar et l'espoir. J'aime beaucoup ce personnage. "On ne sait pas d'où il vient. Qui il est, encore moins. Mais on imagine le pire." La transmission et le passage sont aussi présents comme une continuité, une belle vision. Quel dommage que Mickaël ESCOFFIER ne nous ai pas offert encore plus de pages, j'aurais aimé le suivre dans un ou deux périples supplémentaires et profiter de ces lignes comme une comptine...

© Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Chocolat jeunesse

Les illustrations de Clément LEFEVRE sont toujours une merveille. Des harmonies de couleurs forment une atmosphère étrange et frissonnante. Des détails sont de vrais cauchemars: des couteaux aiguisés, des dents pointues, des oiseaux de mauvaises augures, des cages à cadenas... © Mickaël ESCOFFIER et Clément LEFEVRE/ Chocolat jeunesse

Ses personnages sont à chaque fois très fouillés en imaginaire faune/flore et humain : le voleur est superbe avec ce masque/arbre sur les yeux, ses plumes/duvet en guise de cheveux. J'aime aussi les pages où les animaux sont dans le mouvement et le cri. Et j'ai l'impression de voir le pitou sur un rebords de fenêtre...

Et plus tard un accompagnement pédagogique autour du livre sera proposé sur le site des éditions Chocolat.