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mercredi 15 octobre 2014

"Bien, où en êtes-vous avec l'Effacement?" - L'étrange vie de Nobody Owens




"Bod avait espéré qu'il ne lui poserait pas cette question.

- Pas mal, dit-il. Enfin. Vous voyez, quoi.
- Non, maître Owens. Je ne vois pas. Faites-moi donc une petite demonstration.
Bod se sentit accablé. Il inspira un grand coup et fit de son mieux, les yeux mi-clos, pour essayer de disparaitre.
Mr Pennyworth ne fut pas ravi de sa prestation.
- Nul. Vous n'y êtes pas. Vous n'y êtes pas du tout. Flotter et s'effacer, mon garçon, ainsi que font les morts. Flotter entre les ombres. S'effacer de la conscience. Essayez encore.
Bod essaya plus fort.
- On vous voit comme le nez au milieu de la figure, s'énerva Mr Pennyworth. Et votre nez est particulièrement visible. Tout comme le reste de votre visage, jeune homme. Tout comme vous. Au nom de tous les saints, videz votre esprit. Maintenant. Vous êtes un chemin désert. Vous êtes une porte ouverte sur le néant. Vous n'êtes rien. Les yeux ne vous voient pas. Les âmes ne vous perçoivent pas. Là où vous êtes, il n'y a rien ni personne.
Bod fit encore un effort. Il ferma les yeux et s'imagina disparaîre dans la maçonnerie tachée du mur du mausolée, devenir une ombre dans la nuit et rien de plus. Il éternua.
- Lamentable, soupira Mr Pennyworth. Absolument lamentable."

(extrait de "L'étrange vie de Nobody Owens" de Neil GAIMAN, illustration de Dave McKEAN pour le livre)

jeudi 31 octobre 2013

American Gods



"Il était assez près pour qu'Ombre voit son visage: vieux mais satisfait, le visage d'un homme ayant goûté le vinaigre de la vie et constaté qu'il s'agissait essentiellement de whisky - de bon whisky."

(extrait de "American Gods" de Neil GAIMAN, source photographie d'un sans-abri, indien natif Cherokee)

mardi 29 septembre 2009

Le guerrier pacifique


J’ai lu avec beaucoup de plaisir « Le guerrier pacifique » de Dan MILLMAN.


J’ai suivi cette fiction aux brins d’autobiographie dans cette initiation à l’illumination, au chemin vers le statut de guerrier pacifique. Dan rencontre un vieil homme, surnommé Socrate à l’occasion, dans une station service un soir. De nuit en nuit, une relation amicale, de maître à élève, s’installe… vers une appréciation différente du réel, une victoire sur ses peurs, ses utopies de vie, ses lâchetés. Ou comment devenir le guerrier (actif) pacifique de sa vie quand nous sommes pourtant un champion de sport accompli.

Je ne pouvais que me sentir concernée dès le début : « Tu comprends beaucoup de choses, mais tu n’as pratiquement rien réalisé. »… « (…) la valeur d’un secret ne réside pas dans ce que tu sais, mais dans ce que tu fais. »
Par des voyages télépathiques, fictifs, Dan se remet en cause, devient plus attentif à lui-même et à son fonctionnement, cérébral et physique.
D’une part, le mal-être dû aux pensées négatives est une conséquence du bavardage du mental. « Le mental est une excroissance illusoire des processus cérébraux fondamentaux. Il ressemble à une tumeur. Il comprend toutes les pensées aléatoires et incontrôlées qui, surgies du subconscient, font surface dans notre conscient comme des bulles. La conscience n’est pas le mental ; l’attention n’est pas le mental. Le mental est une obstruction, une aggravation. Il s’agit d’une sorte d’erreur dans l’évolution de l’être humain, une faiblesse de base de l’expérience humaine. » Un carnet permet à Dan de se rendre compte de la multitude de ses pensées et de leur négativité. La pensée serait une réaction inconsciente à la vie : une demande de rééquilibrage physique mais aussi psychique. En temps de trouble, il faudrait laisser nos pensées et s’occuper de notre esprit. Une des premières approches d’un jeûne de l’esprit est la méditation : « le silence est l’art du guerrier… et la méditation est son sabre. » Ma lecture date de quelques mois et pourtant je suis ravie de constater que l’approche du livre, loin d’être dans les modèles extrêmes, exploits de la méditation, renvoit plus à une pratique régulière, un souffle, une énergie et non une activité pseudo-spirituel montrée comme un étendard pour se faire beau. En cela, la lecture de « L’art de la méditation » de Matthieu RICARD est attendue. La méditation est un acte de rééquilibrage de l’esprit, l’action de l’inaction. Un petit bémol cependant : Socrate accroche l’attention de Dan en sautant par-dessus la station service. Là il ne faut pas voir de réelles aptitudes à la ninja mais plus une métaphore et une accroche spirituelle.


*source de l'Homme volant du Cirque du Soleil, spectacle Allégria

Et par des circonstances douloureuses mais aussi de nombreux exercices vus comme une hygiène de vie, Socrate entraîne Dan à ne plus être victime de sa vie mais acteur, guerrier. La colère des situations devient une colère maîtrisée et dirigée, pour prendre place de la peur ou la tristesse. L’alimentation est aussi un point principal des méthodes de recentrage (pour se trouver). Dans ce livre, après un jeûne purificateur et des exercices physiques, l’alimentation devient végétarienne, vivante et très crudivore. Ainsi la vraie force de l’homme serait nous de savoir se battre mais bien plus de se connaître et retrouver un équilibre, santé et esprit. La même application est donnée au traitement de la douleur et du corps, dans tous ses muscles… un massage jusqu’à l’os pour acquérir cette aptitude des chats à avoir des muscles « fondants ».
Ce livre permet aussi de reprendre goût à nos envies, formes détournées d’un accès au satori (bien-être zen).

Il est bien dur de parler de ce livre. Il nous parle ou nous laisse de marbre. Il se lit à plusieurs niveaux. J’avais été enthousiasmée et angoissée. Ce livre n’est pas une méthode mais pour peu que vous commenciez un chemin spirituel il apporte des réponses, des envies, des intuitions positives. Maintenant faire le chemin d’ascète que Dan, un sportif, a fait, cela devient difficile… mais très instructif : la vraie santé physique et spirituelle n’est pas l’apanage des plus grands sportifs ou des plus grands praticiens de la méditation et d’une alimentation vivante… il faut être conscient à chaque instant de chacun de nos gestes.

Une lecture, relecture à faire, refaire, à exploiter, à mettre en application le plus possible pour voir derrière les mauvais jours un simple mauvais jour et non une cause de désespoir. J’aime beaucoup cette idée de guerrier et cette injonction de vie, ici vous pourrez lire le modèle du guerrier dans ce qu’il prévoit d’action et d’harmonie du corps et de l’esprit.
Une très belle relativité des choses est proposée par Dan MILLMAN lui-même. Et ici vous lirez le pourquoi du livre. Et pour vous faire une idée de ce que propose Dan MILLMAN c’est aussi ici.
La p'tite nénette me rappelait aussi qu’il y a eu un film tiré du livre, « Peaceful warrior ». A voir, c’est sûr ! En attendant, le premier pas du guerrier est la désillusion, voyez plutôt.

mercredi 23 septembre 2009

Du vent dans mes mollets, Roman et BD

Ils sont arrivés tous les deux en même temps et je les ai dévorés coup sur coup. « Du vent dans mes mollets » de Raphaële MOUSSAFIR et sa version illustrée par Mam’zelle Roüge. J’ai commencé par le roman.

Quel plaisir que de suivre les dix rendez-vous de Rachel, petite fille de 9 ans, et de sa psychologue, Mme TREBLA. Non pas que sa vie soit belle et lisse mais bien pour tous ses travers, ses questionnements d’enfants, ses situations ambigües avec le monde des adultes.
En parlant de son quotidien et surtout de ces prises de position, Rachel se moque, s’interroge, se cabre.


Nous pourrions y voir juste une virée dans cette enfance que quelques uns ont connus (et dont ils se reconnaissent), des blagues téléphoniques pas drôles sauf pour des gamins, des envies de faire partie du groupe, des jouets chargés de souvenir (Barbie et Ken, Musclor), les coupes de cheveux imposées. Et c’est vrai que l’auteur a un vrai talent pour nous inclure dans cette époque souvenir, ressenti.
Mais le plus important reste pour moi ce qui fait la fragilité de l’enfant. Par la parole de Rachel, par ces envies aussi de provoquer sa psychologue, le malaise de l’enfance trouve toute sa place : un manque d’autonomie provoqué par les peurs de la maman, une non-affirmation d’un corps à soi. Son corps lui appartient, n’appartient qu’à elle, souligne Mme TREBLA. Un dégoût aussi d’un corps dont on ne maîtrise pas la représentation, des avis si adultes que la situation n’en devient pas plus facile. « Et moi je sais très bien qu’un physique spirituel, c’est un physique qui a plus d’esprit que de beauté et que si j’avais eu un physique plus beau que spirituel, on n’aurait pas été deux à mon goûter d’anniv’. » Une honte de ses parents, du physique d’une mère trop enveloppée, des propos non écoutants d’un père avec son penchant à la violence, sur soi et sur les parents. Quand il y a malaise, les bases de la vie quotidienne de l’enfant se veulent anéanties : être orpheline, se venger…


Toute l’éducation se trouve aussi cristallisée : un emploi de terme affectueux quand le parent assène des méchancetés et jugements sur son enfant, un pouvoir absolu sur la bienséance, une violence des propos et des allusions imagées pour arrivées à leur fin (des vers de terre trouveraient domicile derrière les oreilles sales des enfants), une écoute parentale non attentive voire même indifférente « […] l’embêtant avec les parents, c’est qu’on a pas le choix : on est obligé de penser comme eux, sinon, on va dans sa chambre immédiatement. » des activités enfantines imposées à l’école comme une occupation et pas forcément un éveil ou une construction de soi (autoportrait argumenté et dénigré), des amitiés fortuites et non gratuites.

Rachel parle de la politique en ne prenant que les jugements premiers assénés par les adultes, de la mort comme d’un état, le plus important de la vie, le plus dur aussi parce qu’il est le seul moment où nous ne sommes pas conscient de notre situation réelle, de la différence comme d’une notion fugace mais bien réelle, historique et aussi présente au quotidien, de la sexualité naissante comme d’un malaise des sensations, comme d’une gène et d’une envie, de la mémoire des adultes comme de petits moments égarés sur des photos en prise avec une phrase comme un épitaphe. Une acuité et une innocence, une pertinence du regard et une méconnaissance, le tout servi par une impertinence du langage (voire du propos pour certains bien-pensants).



(ce passage me rappelle bien des souvenirs aussi... relation sexuée entre Barbie et Ken, violence d'un malentendu entre enfance et adulte retranscrit aussi en violence sexuelle et pourtant quasi voulue)

Je me rappelle que c’est Cathulu qui m’avait interloquée là et le billet de Lily n’a fait que me convaincre ici.

La version illustrée ne m’a pas interpellée de la même manière, et pourtant c’est la même histoire (ou presque), à quelques simplifications et personnages près. Quelques détails plus sombres n’y sont pas relatés, le rapport à la mort y reste une image et non une situation tactile. Ce livre/BD avait-il la volonté d’être aussi pour les enfants ? Peut-être pour accueillir les lecteurs encore plus jeunes. C’est possible et cela expliquerait les quelques petites simplifications. Mais l’atmosphère est là.
Les dessins, découpages, mises en scène de Mam’zelle Roüge offrent même une autre vision de l’histoire. Comme une porte ouverte sur les images de l’enfance. Des paper doll, poupées en carton à découper et à habiller, mettre en situation…. Si vous en avez la nostalgie Ribambelles vous ouvre ses tiroirs là et vous invite à la découpe. Du papier peint qui marque un lieu, un tissu qui soutient un état d’esprit. Des amalgames imagiers surprenants. Nous retrouvons aussi tout ce qui peut nous interpeller en tant qu’adulte, un imaginaire, des jeux de vue, des rébus, des caricatures de points de vue pour ouvrir la lecture (portrait d’inculpés, podium, décor de rue comme du carton pâte… tout ce qui peut rendre cette lecture aussi intéressante à un second niveau. Au final, les émotions sont là. Ce livre illustré est pour moi la porte d’entrée au roman. Plus de pages ouvertes ici.


C’est intéressant de savoir que cette histoire était une pièce de théâtre, est passée à l’écriture comme un roman et se poursuit en images enfantines comme de multiples facettes d’une réalité : les mêmes mots et pourtant des visions sensiblement différentes. Pour vous faire une idée, n’hésitez pas à visionner ces extraits de la pièce de théâtre interprétée par Raphaële MOUSSAFIR elle-même et à suivre le parcours de cette œuvre chez Lily… la page ouverte à l’auteur, celle ouverte pour la collaboration avec l’illustratrice en suivant ce lien là et en allant sur le blog de Mam'zelle Roüge ici.


Du vent dans mes mollets
envoyé par Productions_Illimitees


Merci encore Lily pour ses lectures. Douces et amères comme j’aime. Ce malaise dans l'amitié enfantine, ce sentiment de n'être pas belle, forment un pont avec des lectures jeunesse magnifiques, entre autre "Pas belle", "Le nuage" de Claude K.DUBOIS ou encore "Cassandre" illustré par cette auteur et écrit par Rascal ou encore les collaborations avec NORAC (j'en reparle bientôt).