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jeudi 21 juin 2018

"Il lui vint soudain à l'esprit que la cabane de Vola ressemblait à un nid. [...] Oui. Un nid secret, à l'abri, entouré d'arbres. Loin de tout." - Pax et le petit soldat

"La gentillesse inattendue de Vola déstabilisait toujours Peter. Parfois, elle lui ordonnait sèchement d'exécuter une dizaine de tractions, ou mimait une explosion devant son visage pour lui déconseiller de s'approcher. Dans ces sas-là, il se sentait dans son élément, comme chez lui. Mais de temps en temps, elle massait ses épaules endolories avec un onguent, ponçait les échardes de ses béquilles, ou abandonnait ses corvées pour lui préparer une tasse de chocolat chaud; il comprenait alors combien elle faisait d'efforts pour qu'il devienne fort et indépendant, et il se sentait coupable.
Il se sentit coupable tandis qu'il enveloppait les crosses dans le tissu doux; il lui dit donc ce qu'il supposa qu'elle voulait entendre:
- Vos nièces devaient être très contentes d'avoir de si beaux cadeaux.
Mais il en doutait. Ses nièces avaient probablement jeté à la poubelle ces marionnettes aux yeux morts, squelettiques comme des rats, le soir même où elles les avaient reçues. Pas de cauchemars.
Vola haussa les épaules, mais Peter se rendit compte que ses mots lui avaient fait secrètement plaisir, et sa culpabilité se dissipa un peu."
(extrait de "Pax et le petit soldat" de Sara PENNIPACKER, Gallimard Jeunesse; dessin de Jon KLASSEN non extrait de ce livre qu'il illustre pourtant)

dimanche 10 juin 2018

"Pleure encore un peu, tu veux?" - La piscine


"Le printemps disparut en un clin d’œil, et soudain il y eut la pluie tous les jours. Une pluie faible comme le bruit d'ailes d'un insecte, qui trempait la végétation du jardin de l'institut. [...] Depuis le commencement des pluies, toutes sortes de moisissures envahissaient le réfectoire au sous-sol de l'institut. Le petit pain du goûter que quelqu'un avait laissé se retrouva le lendemain parsemé de bleu, tandis que la tarte aux pommes faite par la cuisinière fut couverte de blanc au bout de trois jours. Ces nourritures d'aspect grotesque jetées dans les poubelles en plastique réveillèrent ma tendance à la cruauté. Si j'enfermais Rie dans la poubelle, hurlerait-elle encore de frayeur comme la dernière fois? Allait-elle pleurer et pleurer encore jusqu'à être trempée de larmes, de transpiration et de morve et qu'au bout d'un moment ses cuisses veloutées se couvrent de moisi comme un duvet teint avec une poudre colorée? Chaque fois que j'apercevais la poubelle au sous-sol, j'imaginais des moisissures se développant sur ses cuisses."
(extrait de "La piscine" de Yôko OGAWA)

vendredi 4 mai 2018

Le Tunnel du Silence - Voyage à Zorgamazoo


""Tais-toi! dit-elle tout bas. Pas un bruit, pas un son!
Et puis au moindre pas surtout fais attention.
On est presque arrivés, mais le dernier morceau...
Pourrait s'avérer le passage le plus costaud.

La carte signale ici une forêt d'aiguillons,
De cornes et d'épines suspendus au plafond.
(Le plan dit "stalactites"... mais moi je me demande:
S'il n'y aurait pas eu un problème de commande...)
Alors, pour avancer sans se faire scalper,
Il faudra de courage et de cran nous armer!
Ces pointes sont fragiles, c'est précisé ici,
Elles se décrocheront au plus infime bruit!
Entendu, Mortimer? Je te fais confiance!
Nous allons traverser... le Tunnel du Silence."

Dans le fameux passage, il n'y avait pas un son...
Mais un drôle d'effet d'insonorisation:
Pas un bruit ne filtrait dans l'étrange corridor...
Le Tunnel du Silence était calme comme la mort.

Alors, à pas de loup, ils avancèrent tout droit,
Un oeil sur le plafond, source de leur effroi.
Ces effrayants piquants, pointus et menaçants,
Ressemblaient à des doigts dans un terrible gant.

La peu gagnait Morty... Il ne scrutait qu'en l'air,
Oubliant de penser à regarder par terre...
Or jonchant le chemin, juste devant ses pieds,
Plusieurs branches de ronces étaient enchevêtrées.

Le malheureux Morty, quelle ne fut sa surprise,
Quand son pied se coinça, jambe et botte comprises.
Il faut lui reconnaître néanmoins cette prouesse:
Il n'émit pas un son en tombant sur les fesses.
Il tomba, en effet, lourdement en arrière...
Mais la chute produisit comme un bruit de tonnerre."
(extrait de "Voyage à Zorgamazoo" de Robert Paul WESTON)

***

Ce roman pour préadolescents est une petite pépite de bonne humeur et d'intelligence.
Katrina, enfant abandonnée à sa nourrice, se rend compte qu'elle sera la victime d'un docteur lobotomisateur. Elle fuit et rencontre Mortimer, un zorg, bête entre un porc, un ours et un chat, munie de petites cornes et d'une cravate. L'une rêve d'intrigue, d'enquête et d'aventure, l'autre de son logis et de sa quiétude.
Par un concours de circonstance fâcheux, enfin pas tant que cela vu la suite, Mortimer gagne à la loterie le gros lot, un cadeau dont il sera le responsable, la cible, la victime: une grande aventure, des plans, une boussole, pour retrouver les zorgs des campagnes disparus depuis peu.
Tous deux partent et vont (re)découvrir un bestiaire fabuleux, des envies, de l’allégresse, de l'émerveillement mais aussi l'ennui, le désespoir, le gris du monde.

Le tout est poétique, en plus d'être en rimes, et surprend à chaque page, par la police, par le narrateur qui interpelle le lecteur mais aussi par ce déluge de vocabulaire rocambolesque, les fantaisies de l'histoire, les soubressauts.
Le roman peut se lire tel quel mais est aussi bonifié par ses références à toute sorte d'autres contes et légendes. Le monde serait plus beau avec des yeux d'enfant, toujours curieux et émerveillé.


samedi 21 avril 2018

Tatiana - Songe à la douceur





"Or, quand Tatiana réfléchit à voix haute, elle le fait souvent (c'est une drôle d'habitude) en posant un insecte sur le dos de sa main
une coccinelle, une fourmi, un scarabée,
n'importe quoi:
elle s'empare mécaniquement des bestioles qui passent,
et elle parle, concentrée, en les regardant trottiner,
passant de main en main, la peau, la peau
toujours recommencée.
Eugène regarde Tatiana regarder l'insecte, se demande ce qu'elle trouve à ce minuscule marathon,
à la chatouille de ces toutes petites pattes;
peut-être que cette opiniâtreté,
ce fonçage en ligne droite,
cette éternelle et rectiligne décision,
l'aide à tracer la route de ses idées à elle?
Ses idées,
ce sont celles de quelqu'un qui ne pense pas
à l'implosion du soleil,
 et il y a donc des choses qu'elle espère
et qui l'apeurent;
Eugène aime sa manière cahotante de les présenter." [...]


" Il se dit: "C'est une gamine".
Gamine est un terme pratique. Gamine égale
mignon, gamine égale enfant et sœur.
Gamine est raide; gamine exclut les courbes
lourdes, les seins en poire;
Gamine est fraîche; gamine n'a pas l'attrait brûlant
des aventures;
Gamine est lisse; gamine n'a pas d'escarpements
ni d'encoignures.
Gamine on la borde. On lui lit des histoires
édifiantes pour la faire dormir.
Gamine on lui fait son éducation.
Eugène se sent comme investi d'une grande mission.
Il sait ce qu'il va lui répondre; il compose dans sa tête une réponse pleine
de ces trois années qu'il a vécues de plus qu'elle;
de ces dizaines de livres qu'il a lus de plus qu'elle;
de ces nombreuses amours qu'il a eues de plus qu'elle." 
(extraits de "Songe à la douceur" de Clémentine BEAUVAIS, éditions Sarbacane)

jeudi 5 avril 2018

"Princesse de la rue, soit la bienvenue dans mon coeur blessé* " - Pablo de la Courneuve


"- J'ai besoin de toi, tu vas me laver les cheveux, je n'y arrive pas toute seule...
Pablo respire un grand coup. Il avance, passe la porte, pousse un lambeau de tulle, puis un autre. Ce sont des costumes de danseuse, du temps où la vieille femme était une star et pas la Goule. Punaisés au plafond par leurs bretelles, ils dessinent un labyrinthe de fantômes. La poitrine serrée, Pablo le traverse. Pour se protéger des mauvaises choses, il ne doit pas marcher sur les joints du carrelage. Un pied sur un carreau blanc, un pied sur un carreau noir. Au fond de la pièce, il devine la femme dans son baquet, elle fredonne. Un dernier voile blanc, Pablo baisse les yeux. Elle est là, nue devant lui. Elle frotte ses bras avec une grosse éponge jaune. Sa peau laiteuse absorbe la lumière autour d'elle, comme le halo d'une étoile très loin dans le ciel. Ses seins très blancs, petits et ronds, bougent sur sa poitrine. [...] 
- Ah, tu es gêné, dit la vieille femme en se retournant vers le mur, tu n'as pas l'habitude. Excuse-moi."

J'aurais pu vous décrire ce roman jeunesse, vous parlez de Pablo, colombien venu se réfugier en France avec sa famille, vous mettre sur la voie en parlant d'être transparent, de ne pas faire de vague, de n'être plus là-bas mais pas d'ici, d'être le vaurien d'un autre.
J'aurais pu vous parler des émotions, de l'amitié.
Mais les larmes aux yeux je les ai eu dans cette rencontre, entre cette vieille femme, la Goule, et Pablo. De leurs silences, de leur pudeur, de ce quart de folie, de la bonne humeur, de cette retenue, du moment où ce n'est pas le moment. "Dans son corps de vieille femme, la Goule a plus de vie que bien des gens que Pablo croise dans les rues."
Et puis de marche, encore et encore, plus loin, vers les sommets où l'oxygène se raréfie, où juste plus loin vers le ciel d'où les autres partent. De vélo qui roule aussi, loin, encore, pour laisser ce qui ne peut se comprendre là sur le bas-côté. Du médicament contre la maladie des mots.
Oui, à chaque fois, même dans le plus court texte ou dans un récit de moins de 100 pages comme ici, Cécile ROUMIGUIERE distille des pépites.
(extrait de "Pablo de la Courneuve", Seuil jeunesse; *"La complainte de la Butte", paroles de Jean Renoir)

"[...] on trouve à peu près partout ce qu'on appelle par exemple des rituels d'ensauvagement, autrement dit la possession par l'esprit de l'animal qu'on va chasser." - Selon Vincent


"Deux ans se sont écoulées entre cette ligne et la précédente. Il y a eu du vent, de la pluie, du soleil, des multitude d'oiseaux, quelques baleines, des renards, des conversations muettes, des légumes qui ont poussé, un peu de pêche, un peu de chasse, la tonte des moutons, quelques allers-retours à Rio Verde, le troc, la vente, l'achat de denrées, le vent, la pluie, le soleil et ainsi de suite. Et la belle lenteur des jours, la triste lenteur des jours, des silences qui enserrent les tempes, des silences massifs et lointains qui enveloppent tout, des silences cristallins qui font pleurer la nuit, des fracas de tempêtes comme des combats de géants, la beauté violente du monde, la tristesse infinie du monde, et puis un voyage à Punta Arenas où j'ai acheté quelques cartes topographiques et plusieurs livres, dont un trop encombrant qui m'a lancé un signe datant de plus d'un siècle."

"Rosario [...] pensait à tous les lieux qu'il avait parcourus depuis des années, dans lesquels il ne savait plus s'il avait eu la sensation de se dissoudre, ou de se dilater dans l'espace, de consolider ou d'épuiser ainsi son être et son esprit [...] L'apparition de la complexité avec la première cellule, puis les protozoaires, les organismes pluricellulaires, les plantes, les insectes, les vertébrés, l'homme avec sa conscience de soi, sa capacité à analyser, nommer, complexifier le réel, le réduire, le maîtriser, le démultiplier [...]."
(extraits de "Selon Vincent" de Christian GARCIN, Babel, Actes sud)

mardi 27 mars 2018

"Ainsi, les créatures qui peuplent la Terre ne sont pas des dragons complets. Il faut les voir comme des reflets; il leur manque quelque chose." - La Malédiction d'Old Haven


"- Tes ancêtres ont domptés un dragon. Elles ont marqué son âme à jamais. Mais, si l'animal a rejoint notre Terre, il a tout oublié. Tu n'as aucune chance de chevaucher en unité si ta monture ne se souvient pas de toi, de ton sang, précisa-t-il en exhibant le flacon qui pendait autour de son cou.
[...]
Ce dragon-ci était plus grand que les autres, plus élancé aussi. Tous arboraient la même apparence translucide, fantomatique, et la même couleur noirâtre, mais tous aussi étaient différents. Certains étaient à peine plus grand qu'un homme. D'autres atteignaient cinquante pieds. La forme de leurs gueules variait également. Les pattes étaient plus ou moins arquées, robustes et courtes, petites et griffues. Les ailes portaient de fines membranes ou bien étaient cartilagineuses. Les queues étaient fourchues, divisées, ressemblant à des serpents. Les épines dorsales: couvertes de piquants ou lisses comme du marbre.
Tous uniques.
Tous magnifiques, endormis, irréels.
Le temps passait. Le temps ne passait pas. Je frôlais les carcasses alanguies. Aurais-je avancé la main que je n'aurais rien ressenti. Ces bêtes étaient des fantômes, des songes superbes - songes de guerre et de voyages sans fin, mais des songes tout de même.
Et puis...
Ce museau. Ces moustaches fines. Ce corps replié, ces pattes.
Je frémis.
Celui-ci avait les yeux entrouverts. Il semblait... Non, c'était absurde.
Il semblait sourire."

(extrait de "La Malédiction d'Old Haven" de Fabrice COLIN, édition Albin Michel, dont je parle là; peinture de Jean-Baptiste MONGE)

mardi 30 janvier 2018

"Les tulipes ont eu leur heure de gloire et se meurent, elles laissent tomber leurs pétales un à un, comme des dents." - La servante écarlate


"Bon. Puis nous avons eu les iris, dressés superbes et dignes sur leurs hautes tiges, comme du verre soufflé, comme de l'eau pastel momentanément gelée en éclaboussures de couleur, bleu pâle, mauve pâle, et les plus sombres, velours et pourpres, oreilles de chats noires au soleil, ombre indigo, et les cœurs de Jeannette, de forme si féminine que c'est surprenant qu'on ne les ait pas arrachés depuis longtemps. Il y a quelque chose de subversif qui se dégage du jardin de Serena, l'impression que des choses enterrées remontent et éclatent, sans paroles, à la lumière, comme pour montrer du doigt, et dire: Tout ce qui est réduit au silence clamera pour être entendu, même en silence. Un jardin à la Tennyson, lourd de senteurs, languide, le retour du mot pâmoison. La lumière du soleil se répand sur lui, certes, mais la chaleur monte aussi des fleurs elles-mêmes, on la sent: c'est comme si l'on tenait la main à deux centimètres au-dessus d'un bras, d'une épaule. Le jardin respire dans la chaleur, hume ses propres effluves. Le traverser, ces jours-ci, à l'époque des pivoines, des mignardises et des œillets, me fait tourner la tête.
Le saule a revêtu son plus beau plumage, et n'aide guère, avec ses murmures insinuants Rendez-vous, dit-il, terrasses; les sifflantes me remontent l'échine comme un frisson de fièvre. La robe d'été bruisse contre la chair de mes cuisses, l'herbe pousse sous mes pieds, aux coins de mes yeux il y a des mouvements dans les branches: plumes, volettements, trilles, arbre devenant oiseau, métamorphose devenue délire. Les déesses peuvent exister et l'air exsude le désir. Même les briques de la maison s'adoucissent, deviennent tactiles. Si je m'appuyais contre elles elles seraient chaudes et élastiques. C'est surprenant, ce que la frustration peut faire."
("La servante écarlate" de Margaret ATWOOD, éditions Robert Laffont; tableau de John William WATERHOUSE)

dimanche 24 décembre 2017

Souhait de Noël


"J'aimerais être une musique, une chanson
que tout le monde connaîtrait, sifflerait, fredonnerait,
que chacun aurait en tête quand il serait amoureux.
J'aimerais que quelqu'un,
m'entendant soudain quelque part,
s'arrête, écoute jusqu'à ce que j'aie terminé,
puis ferme les yeux, pousse un profond soupir
et poursuive son chemin.
Et se souvienne toujours de moi.
Oui, toujours."

(extrait de "J'aimerais" de Toon TELLEGEN et portraits d'Ingrid GODON; éditions Joie de Lire)

jeudi 7 décembre 2017

"Son problème, c'était l'excès de pensée" - Lumikko


"Quand il regardait au loin, il voyait que le monde était rempli de gens qui cherchaient à mourir parce qu'ils ne supportaient pas le poids de leurs pensées. Au début, on trouve ça amusant, de penser, on devient facilement accro, d'autant qu'on nous y encourage dans les écoles et dans diverses activités de loisir. Et pourtant, en fin de compte, on n'y gagne que du malheur.
Talvimaa ne connaissait guère d'écrivains allant autrement que mal - et il connaissait beaucoup d'écrivains. La plupart d'entre eux souffraient d'alcoolisme, de problèmes psychiques et d'anxiété. L'excès de pensée les dévorait de l'intérieur. [...]
L'alcool rendait la pensée humaine encore plus profonde et ténébreuse, quoiqu'il procurât également de brefs instants d'apparent soulagement. Le salut se trouvait donc dans la nourriture.
Talvimaa s'était avisé de quelque chose d'important: les gens les plus heureux n'étaient guère plus que des appareils digestifs, vaguement conscients, et qui avaient parfois des orgasmes.
L'intelligence et la pensée n'étaient utiles, à tout prendre, que pour se procurer de la nourriture. Quand l'homme avait la panse pleine et un stock de nourriture à portée de main, la pensée se réduisait à la portion congrue, les soucis et les besoins tombaient peu à peu dans un parfait oubli.
Talvimaa fuyait le monde et l'excès de pensée dans son réfrigérateur, son petit monastère à lui. Pourvu qu'il mangeât avec ardeur, il n'aurait plus à se préoccuper de rien - romans non écrits, chiens, femmes, nature de l'univers, sens de la vie...
Et il savait qu'en fin de compte, il ne pleurerait plus ses doigts boudinés, ni même son pénis, qui était en voie de disparaître de l'autre côté de son bedon."
(extrait de "Lumikko" de Pasi Ilmari JÄÄSKELÄINEN, éditions 10/18; illustration extraite de "Blast" de Manu LARCENET)

- personnage impressionnant la lecture tel un ogre de conte, un assassin cousin de Prétextat Tach de NOTHOMB ou de Polza Mancini de LARCENET -

mardi 14 novembre 2017

La patience, fleur de distraction ou sphère de mousse


"La maman rêvait souvent des fleurs qu'elle planterait au retour du printemps. Elle les dessinait sur le pourtour intérieur de la fenêtre nord. Chaque fois qu'elle s'y asseyait pour regarder la mer, elle traçait une nouvelle fleur, tout en pensant à autre chose. Parfois, elle était surprise elle-même par ses fleurs, comme si elles avaient poussé toutes seules. Et elles devenaient de plus en plus jolies.
[...] elle était assise dans la fenêtre du sud où elle dessinait une tige fleurie.  [...] Sa tige devenait chevrefeuille, une belle fleur compliquée.
[...]  - J'aurais bine besoin d'un peu de peinture bleue, se dit la maman.
Elle avait laissé son chevrefeuille déborder l'embrasure de la fenêtre et sur le mur blanc s'épanouissait une fleur audacieuse au dessin exquis."
(extrait de "Papa Moumine et la mer" de Tove JANSSON, Nathan)

Passer d'une "fleur de distraction" à un petit noyau de patience incarnée:


"A un moment, mon père s'est retourné vers moi, mi-exaspéré, mi-amusé, pour m'expliquer quelque chose. Il m'a expliquer le mot patience. Il m'a dit que la chose la plus importante dont je devais me souvenir, c'était que, si l'on voulait vraiment voir quelque chose, il fallait parfois rester immobile, sans bouger, au même endroit, et se rappeler à quel point on voulait la voir, cette chose - en un mot, être patient. "[...] Si tu veux voir des faucons, tu dois être patiente, toi aussi." Ce qu'il faisait, c'était de me transmettre une "vérité de grande personne". Moi, je hochais la tête, l'air boudeur, le regard fixé sur mes pieds. J'avais l'impression d'entendre un sermon, pas un conseil, et je n'ai pas compris alors ce qu'il essayait de me dire.
On finit toujours par comprendre. Aujourd'hui, me suis-je dit, n'ayant plus neuf ans, ne m'ennuyant plus, j'ai été patiente et les autours sont venus. Je me suis levée lentement, les jambes un peu engourdies d'être restées si longtemps immobiles, et j'ai découvert que je tenais une touffe de mousse des rennes, une petite sphère de ce lichen arborescent gris-vert pâle, qui peut survivre à tout ce que le monde lui fait subir. Un petit noyau de patience incarnée que l'on peut garder dans l'obscurité, congeler, ou dessécher à l'en rendre cassant, mais qui refuse de mourir. Il entre en dormance en attendant que la situation s'améliore. Impressionnant. J'ai soupesé cette pelote de brindilles qui ne pesait presque rien[...]."
(extrait de "M pour Mabel" d'Helen MacDONALD, 10/18; source illustration Kops Janus, Flora Batava, Amsterdam,1853)

mardi 17 octobre 2017

"Manon, vingt ans, les cheveux aile de corbeau, préfère la méchante reine à cette cruche de Blanche-Neige" - Les hommes meurent les femmes vieillissent


"Dans mon école d'esthétique, on nous a donné un dépliant avec les dix commandements de la beauté, c'est un peu crétin. Je les ai montrés à Alice et avec un crayon elle a écrit dessus: On dit aux petites filles qu'il faut souffrir pour être belle, on devrait leur apprendre la volupté. Arrêter avec la petite sirène. Il y a d'autres moyens de trouver un prince qu'en y laissant ses écailles."
(extrait de "Les hommes meurent les femmes vieillissent" d'Isabelle DESESQUELLES, éditions Belfond; illustration d'Arthur RACKHAM)

jeudi 28 septembre 2017

"Je n'étais peut-être rien" - Le loup des sables




- [...] Vous étiez partis faire du vélo et dormir sous la tente et je n'ai même pas eu le droit de venir!

- Mais c'était avant que tu sois là! expliqua son papa.
Avant qu'elle soit là? Zackarina observa plus attentivement la photo. Une tente, deux vélos. La forêt, le ciel et la pluie. Deux personnes heureuses, sans Zackarina, qui n'existait pas encore...
"Je n'étais nulle part", songea-t-elle, et elle se sentit incroyablement seule.
[...]
"Mais non, ce n'est pas possible", se reprit-elle. Ça semblait si triste et décevant de ne pas exister, puis soudain de se trouver dans le ventre de sa maman, de naître et de devenir enfin un bébé.
Un volcan peut-être? Une pierre?
"Non, pas moi, se dit-elle. Pas une pierre..."
[...]
J'étais le vent, pensa-t-elle. Le vent dans le ciel a soufflé sur la pluie, et la pluie est tombée pendant des centaines de jours, et tous les gens étaient fâchés car ils étaient trempés jusqu'aux os. Mais, dans une tente sous la pluie, deux personnes étaient heureuses. C'est comme ça que j'ai trouvé maman, et que maman m'a trouvée, puis ensemble nous avons trouvé papa."
- Et voilà comment je suis devenue ce que je suis, conclut Zackarina, songeuse.
- Comment?
- La photo dans la tente sous la pluie.
- Je l'aime bien, cette photo, souffla rêveusement son papa.
- Moi aussi, dit Zackarina."
(extrait de "Le loup des sables" de Asa LIND et illustré par Violaine LEROY, je vous disais là tout le bien que j'en pensais; Bayard jeunesse)

mercredi 27 septembre 2017

"Alors, les yeux sur la caméra, elle parle" - Mariages de saison




"On est ce type de couple là. Celui qui ne retient pas l'attention. Celui dont on se demande s'il est venu à la soirée ou pas. [...] On a découvert cette fluidité qui est si rare autour de nous. Le mieux, c'est qu'ils ne nous envient pas. Ils ne sont pas jaloux. Je crois même qu'ils nous prennent en pitié parce que nous ne sommes pas flamboyants, que nous ne nous consumons pas dans les plaisirs, que nous ne sommes pas des feux d'artifice qu'ils pourraient admirer. Et nous les laissons nous regarder avec commisération parce que ça n'a aucune importance, n'est-ce pas? Discrètement, nous ferons le tour de notre monde, et nous irons plus loin qu'eux."

(extrait de "Mariages de saison" de Jean-Philippe BLONDEL; source photo, détail)

dimanche 3 septembre 2017

"Tout ce qu'exige une vie avec des petits enfants est pour nous une contrainte" - La mort d'un père


"Tous les enfants sont naturellement pleins de vie et aspirent à la joie, et pour peu qu'on ait l'énergie de les prendre du bon côté, ils oublient en quelques minutes caprices et colères. Ce qui me mine c'est de savoir qu'il suffirait effectivement de les prendre du bon côté mais d'en être profondément incapable quand la situation l'exige, comme si j'étais embourbé dans un marécage de frustration. Une fois tombé dedans, chaque pas ne fait que m'enfoncer davantage. Et ce qui me mine au moins autant, c'est de savoir que j'ai affaire à des enfants. Que ce sont des enfants qui me coulent. Il y a là quelque chose de profondément indigne. C'est dans ces situations-là que je ressemble le moins à l'être humain que je voudrais être. Je n'avais pas la moindre idée de tout cela avant d'avoir des enfants. Je croyais qu'il suffisait d'être bon avec eux pour que tout aille bien. Et, certes, c'est vrai aussi, mais rien de ce que j'avais vu jusque-là ne m'avait averti de la véritable intrusion que représentent les enfants dans une vie. L'incomparable proximité qu'on a avec eux et l'interaction de nos tempéraments, de nos humeurs font que nos pires défauts, ceux qu'on avait soigneusement gardés pour soi, ressortent et nous reviennent en pleine figure. La même chose vaut évidement pour nos qualités."
(extrait de "Mon combat, livre 1 La mort d'un père" de Karl Ove KNAUSGAARD; source photographie de Linda Mc Cartney où l'on aperçoit Paul Mc Cartney anxieux...)

mercredi 21 juin 2017

" - Les messagers de Wolf sauront où et comment vous trouver. Ils viendront vers vous. Si vous êtes vigilant, vous ne pourrez pas les rater." - Hôtel Receptor


"Mais lorsque Igor entra dans sa chambre, une grosse tache noire obstruait la fenêtre. [...] à y regarder de plus près, Igor distingua des touffes de plumes écrasées contre la vitre. Lorsqu'il effleura le carreau, la masse noire se mit à remuer et une tête d'autruche apparut, tordant son long cou derrière son dos. L'oiseau essayait de pousser la fenêtre de son front, et comme la vitre lui résistait, l'animal s'irrita et se mit à frapper avec son bec. Igor ouvrit. Il mit du temps à saisir ce que l'oiseau lui voulait: Igor devait monter sur son dos. Déjà l'autruche montrait des signes d'impatience, elle étirait ses longues pattes l'une après l'autre pour montrer à quel point cette position assise lui était inconfortable. Igor revêtit son manteau, grimpa sur le rebord de la fenêtre et s’agrippa à l'oiseau. Sans attendre, l'autruche se dressa sur ses pattes et s'élança du toit. Elle se laissa tomber à pic. Les étages de Receptor défilèrent à toute vitesse. Igor et l'oiseau aux membres mal dégrossis allaient s'écraser sur le tapis en caoutchouc devant l'entrée quand, soudain, à l'approche du cinquième étage, l'autruche se mit à battre des ailes de toutes ses forces. Elle se maintint à une altitude égale. Puis elle se mit à voler à grands battements d'ailes.
[....]
Dans ses efforts, l'autruche soufflait fort. Elle émettait de petits sons, comme un murmure. Depuis le début du voyage, elle semblait répéter une même formule mal articulée, à peine audible. L'oiseau atterrit de l'autre côté du canyon. Emporté par son élan, il courut à toute vitesse sur le sol rocailleux, ralentit, freina, et s'effondra d'un seul coup. Igor se releva. L'autruche ne remuait plus. Il secoua l'oiseau, en vain. C'est alors que sa main rencontra une mince chaîne autour du cou de l'autruche, à laquelle un message était accroché. Igor s'en saisit:
"J'espère que vous avez passé un agréable voyage. Maintenant, à vous de poursuivre la route par vos propres moyens. [....] Ne vous occupez plus de moi, nous autres, autruches, devons récupérer plusieurs jours après un tel effort." "
(extrait de "Hôtel Receptor" de Raia DEL VECCHIO, Phébus; source photo)

samedi 10 juin 2017

"- Ah oui ? C'est quoi la vie? C'est où?" - Kinderzimmer

Je ne fais plus d'avis de lecture. Plus le temps. Non, c'est faux. Le temps je pourrais l'avoir, le prendre d'ailleurs et retrouver le plaisir de parler d'un livre opportun.
Je n'en ai plus le courage, cela reviendra ou pas.

Il y a tout de même des lectures que je ne peux pas taire, de celles qui vous chamboulent, qui seront bien dans une pile de livres à relire. "Kinderzimmer" de Valentine GOBY fait partie de ces livres, un coup de poing dans le plexus.
Une descente aux enfers, les camps de la mort pendant la seconde guerre mondiale, des moments de présent pur où la vie doit prendre le dessus. Une morsure d'un chien de SS évitée, et voilà l'espoir. Il est si ténu. Mila arrive au camp avec sa cousine et enceinte. Elle décrit ses corps décharnés, ce manque d'humanité, ces squelettes ambulants plus proches de la mort, de la pourriture, de la décomposition que d'un semblant de vie. Et il y a ce pincement au corps, ce ventre dur, ce foetus qui sera sa perte ou son bonheur. L'Allemagne ne peut pas perdre dans le camp, mais elle ne peut pas vraiment gagner, un concert d'ongles, des pianos offerts aux vents et à la pluie, des épingles coincées dans l'entre-jambe, des morceaux de savon... Il y a un scintillement d'humanité, là, juste là... dans un brossage de dents.


"- Tu ne brosses plus tes dents. Tu ne peignes plus tes cheveux avec tes doigts. Tu ne laves plus ton visage. Les coutures de ta robe grouillent de poux. Tu t'écorches. Tes vêtements sont tachés. Tu pues.
Assise sur la paillasse, Mila ne répond pas.
- Deux nuits que je dors avec toi. Je t'ai vue au début, quand tu es arrivée. Tes cheveux blonds et lourds et ta peau de lait. Tu avais la nuque droite. Regarde-toi.
Teresa passe la main sur les cheveux de Mila, mèches crépues en boules d'algues mortes [...]
- Tu ne te mouches plus qu'avec les manches de ta veste. Tes ongles sont dégoutants. Moi je suis ici depuis trois ans. Vois mes dents. Mes ongles. Mes cheveux. J'ai fait raser ma tête pour éviter les poux. [...]
Mila essaie de dégager sa tête, de décrocher la main de la Polonaise en soulevant ses doigts un à un mais la fille serre, enfonce les joues de Mila entre les mâchoires comme on force la gueule d'un chien. De la bouche de Mila ne sort plus qu'un borborygme.
- Je ne te lâche que si tu y vas, que si tu te jettes contre les barbelés.
[...]
- Non? Tu n'as pas envie? Je t'ai vue quand ton amie est morte, j'ai vu comme tu te palpais le corps, ça te soulageait que la mort l'ait prise, elle. Je t'ai vue lui enlever son sac et lui arracher ses chaussures, des chaussures meilleures que les tiennes, et tu as tout de suite mangé son pain. Tu voulais vivre. Tu n'iras pas te jeter contre les barbelés. Mourir maintenant ou plus tard ça ne t'est pas égal. Alors debout, va te laver les dents!"

(extrait "Kinderzimmer" de Valentine GOBY, Babel Actes sud; source photographie)

mercredi 10 mai 2017

"Et elle a tendance à être triste et solitaire [...]. Je peux comprendre ça chez un adulte..." - Une vie après l'autre


" "La réincarnation, lui avait dit le Dr Kellet. En as-tu déjà entendu parler?" Ursula, âgée de dix ans, secoua la tête. Elle avait entendu parler de très peu de chose. [...] [Le Dr] portait un costume trois-pièces en tweed auquel était attachée une grosse montre de gousset en or. Il sentait le clou de girofle et la pipe et avait un air pétillant comme s'il s'apprêtait à faire griller des muffins ou à lui lire une excellente histoire [...].

Il lui offrit du thé qu'il prépara à l'aide d'une chose appelée samovar installée dans un coin de la pièce. [....] Le thé était noir et amer et n'était buvable qu'à l'aide de tonnes de sucre et du contenu de la boîte de biscuits Marie de marque Huntley and Palmer qui se trouvait entre eux sur la petite table.
[....]
"La réincarnation est au cœur de la philosophie bouddhiste", dit le Dr Kellet en tétant sa pipe en écume de mer. Toutes les conversations avec le Dr Kellet étaient ponctuées par cet objet, soit par la gestuelle - il la pointait beaucoup en la tenant soit par l'embout soit par le fourneau sculpté d'une tête de Turc (fascinant à lui seul) - soit par le rituel consistant à la vider, la bourrer, la tasser, l'allumer etc. "As-tu entendu parler du bouddhisme?" Non.
"Quel âge as-tu?
- Dix ans.
- Encore toute jeune. Peut-être que tu te rappelles une vie antérieure. Bien sûr, les disciples de Bouddha ne croient pas qu'on revienne sous les traits de la même personne dans les mêmes circonstances, comme tu en as l'impression. On avance, vers le haut, vers le bas, de biais à l'occasion, je suppose. Le but est d'atteindre le nirvana. Le non-être pour ainsi dire." A dix ans, il semblait à Ursula que le but devrait être l'être. " La plupart des religions anciennes, continua-t-il, adhèrent à l'idée d'une circularité - le serpent qui se mord la queue, etc."

(extrait de "Une vie après l'autre" de Kate ATKINSON, édition Livre de poche; Photo Altinok)

jeudi 4 mai 2017

"L'arbre dansait pour elle" - Une vie après l'autre


"Le premier printemps d'Ursula s'était déployé. Couchée dans son landau sous le hêtre, elle avait regardé les jeux de lumière dans les feuilles vert tendre lorsque la brise faisait délicatement osciller les branches. Les branches étaient des bras et les feuilles comme des mains. L'arbre dansait pour elle. Fais dodo, mon bébé, tout en haut de l'arbre, lui fredonnait Sylvie.
J'avais un petit arbre qui ne voulait donner qu'une noix de muscade argent et une poire d'or, chantant Paméla en zézayant.
[...]
Des branches nues, des bourgeons, des feuilles - le monde tel qu'elle le connaissait défila sous les yeux d'Ursula. Elle observa les changements de saison pour la toute première fois. Elle était déjà née avec l'hiver dans les os, puis vint la promesse vive du printemps, les bourgeons qui gonflent, la chaleur indolente de l'été, la moisissure et le champignon de l'automne. Elle vit tout cela du point de vue limité de sa capote de landau. Sans parler des embellissements quelque peu aléatoires apportées par les saisons - le soleil, les nuages, les oiseaux, une balle de cricket égarée dessinant silencieusement une courbe au-dessus de sa tête, un arc-en-ciel une ou deux fois, la pluie trop souvent à son goût. (On tardait parfois à la sauver des éléments.)
[...]
Le landau était dehors par tous les temps car Sylvie avait l'obsession de l'air frais, héritée de sa propre mère, Lottie, qui avait dans sa jeunesse séjourné dans un sanatorium suisse, passé ses journées assise dehors sur une terrasse, emmitouflée dans une couverture, à contempler passivement les cimes enneigées des Alpes."

(extrait de "Une vie après l'autre" de Kate ATKINSON, édition Livre de poche; peinture d'Akseli Gallen-Kallela)

dimanche 16 avril 2017

"Habituellement, je n'aime pas les concours car je suis affreusement déçu si je ne gagne pas, mais j'aime toujours chercher des oeufs." - Les mémoires de papa Moomin


"- Cher peuple! Chers sujets loufoques, écervelés et turbulents! Vous avez reçu ce qui vous convient le mieux. Vous ne méritiez ni plus ni moins. Dans Notre sagesse centenaire, Nous avions réparti les œufs dans trois sortes de cachettes: premièrement dans les endroits qu'on rencontre obligatoirement si l'on court ça et là ou si l'on est trop paresseux pour chercher. Ces prix-là sont bons à manger. Deuxièmement dans des endroits que l'on trouve à condition de chercher calmement, avec méthode et science. Ces prix-là sont utiles à quelque chose. Mais, troisièmement, nous avions choisi des cachettes qu'on ne peut découvrir sans être doué d'imagination. Et ces prix-là ne servent strictement à rien. Écoutez-moi bien, chers sujets incorrigibles! Qui d'entre vous a cherché avec le plus de fantaisie: sous les pierres, dans les ruisseaux, à la cime des arbres, dans les bourgeons de fleurs, dans ses propres poches ou près des fourmilières? Qui donc a trouvé les œufs 67, 14, 890, 999, 223 et 27?
- Moi! criai-je si fort que je sursautai, confus. Une toute petite voix se joignit à la mienne:
- 999.
- Avance, pauvre troll, dit le Souverain. Voici les lots inutiles du fantaisiste. Aimes-tu cela?
- Énormément, Votre Majesté, dis-je dans un soupir de bonheur en voyant, émerveillé, ce que j'avais gagné."
(extrait de "Moomin, les mémoires de Papa Moomin" de Tove JANSSON, Le petit lézard)