Affichage des articles dont le libellé est COUSSEAU Alex. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est COUSSEAU Alex. Afficher tous les articles

samedi 15 avril 2017

Les trois vies d’Antoine Anacharsis


Au début, dans le ventre de sa mère, bercé par ses mélopées lui racontant l’océan, son île, les baleines, les tortues, son histoire et son trésor (de pirate), il est Taan. Il n’est pas encore né, il est témoin. Il aurait pu naître à Madagascar, esclave sur un bateau négrier mais ce sera par magie.
 Sa seconde vie démarre dans l’océan. Le Docteur Blind le découvre en Afrique, l’adopte, lui l’enfant Antoine. Ils partent ensemble à la recherche du trésor de son ancêtre. Il leur faut des indices, une aide, celle d’Edgar Allan Poe peut-être, qui semble expert dans sa nouvelle du « Scarabée d’or ». Ils partent vers l’Amérique et se perdent en chemin. Esclave, voleur, fuyard, rattrapé et mutilé, Antoine perd goût au trésor, aux amis, à la famille et devient baleinier.
Sa troisième vie coïncide avec l’invention de son nom de famille, Anacharsis. Il déambule maintenant sans but ou si, un retour, vers ses origines, son histoire

Alex COUSSEAU propose un roman dit de formation. 
La formation est effective, un héritage oral, la lecture, l’écriture, voir ici, la conscience des peuples. L’initiation est proposée au héros et au lecteur : d’enfant poursuivant un fantasme vers un responsable de famille.
L'auteur embarque son lecteur avec une multitude de vies, mêlant ce qui peut plaire (chasse au trésor, expérience forte de baleinier), du fantastique réel ou fictif (spiritisme, Phileas Gage, Edgar Allan Poe) et des cartes géographiques.

Il s’agit d’un magnifique roman d’aventures mêlant le réel et l’imaginaire. C’est érudit sans être un roman pédagogique. Nous parcourons le monde en poursuivant le vrai cryptogramme du pirate La Buse et découvrons une époque, le IXème siècle (esclavagisme, baleiniers, ruée vers l’ouest américain, avancées technologiques – chemin de fer, daguerréotype). L’océan apporte sa magie avec sa faune fantastique, tortue, cachalot ou kraken. Le récit apporte péripéties et symboles forts.
Aussi, l’auteur permet une réflexion, sans être pesante, sur l’esclavagisme, la colonisation et les différences entre les peuples.

jeudi 16 février 2017

Oukiok - Je suis le chapeau


"A cette époque, lorsqu'une mère mourait avant les deux ans de l'enfant, et si aucune femme ne se décidait à l'allaiter, on supprimait l'enfant. Le père hésitait. Sa sœur, elle-même jeune maman, a les seins gonflés de lait. Mais cette femme n'a aucune envie d'adopter le nouveau-né. Et comme le père tarde à réagir, c'est elle, la tante, qui ramasse une pleine poignée de neige et s'apprête à l'enfouir dans la gorge du nouveau-né pour l'étouffer. Pressentant le danger, ce dernier tourne la tête dans tous les sens. D'une main, la tante l'immobilise et lui ouvre la bouche. De l'autre main, elle approche la neige. Ses doigts tremblent. La grand-mère, qui vient de perdre sa fille, se met à pleurer bruyamment. Les enfants joignent leurs pleurs au chahut, dehors les chiens aboient, le vent gémit, mais à la surprise de tous c'est la tante qui braille le plus fort. Tous ces hurlements n'en font qu'un seul, glacial, épouvantable, qui résonne gravement entre les parois de l'iglou. Les yeux révulsés, la tante s'écarte brusquement du nouveau-né et recule en maudissant Aterangui, qui lui mord à pleines dents la fesse gauche. Rien à faire, les hommes ont beau s'y prendre à plusieurs, Aterangui ne desserre pas sa mâchoire d'un millimètre. Une minute entière. Jusqu'à ce que la tante s'évanouisse.

Alors le nouveau-né, un garçon, recrache le peu de neige qui lui encombre la bouche,, la grand-mère arrête de pleurer, et les autres enfants font silence. Ils le regardent, lui, le nouveau. Tout le monde dévisage cet enfant miraculé, qui vient d'échapper à une mort programmée.
[....]
Pittattaritseq, le père, tarde à donner un nom au garçon. [....] [il] hésite encore. A force d'hésiter, il abandonne, et c'est Aterangui qui se charge de choisir un nom pour son frère. D'un doigt, elle trace ce nom dans la neige: Oukiok (ce qui signifie "hiver"). Elle le grave sur la pierre, elle le dessine sur le front de son frère. OUKIOK.
Car Aterangui est muette. Définitivement muette."
(extrait de "Je suis le chapeau" d'Alex COUSSEAU, éditions du Rouergue; illustration extraite de "Apoutsiak" de Paul-Emile VICTOR)

mardi 16 septembre 2014

Je n'en ai pas encore parlé

... mais qu'est-ce que j'attends pour le faire ?!

Voici un petit état des dernières lectures. Il en manque certaines et, oui, j'ai aussi triché un peu avec d'autres de plus longue date mais que je comptais billeter.


Lectures jeunesse/ ado:
- "Méto 1, La maison" d'Yves GREVET. Le second tome est dans ma pile de lectures prévues sous peu, j'arriverais peut-être ainsi à vous en reparler. Une prison éducative où il n'existe que des garçons et dès qu'ils sont adolescents, ils partent ailleurs... mais où?
- "Je suis l'idole de mon père" d'Arnaud CATHRINE ou comment un adolescent trouve son identité ailleurs que sous les écrits de son père écrivain.
- "Terrienne" de Jean-Claude MOURLEVAT. Une très belle approche de l'au-delà, de cet espace géographique et temporel des morts mais où la sœur d'Anne est parti contre son gré. Coup de cœur!
- "Le cas Jack Spark, saison 2: automne traqué" de Victor DIXEN: un second tome plus sombre encore de ce magnifique conteur de fé(e)s et d'ignobles personnages. Une magnifique lecture adolescente ou adulte de ce qui fait un être fantastique, bon ou méchant.
- "Les trois vies d'Antoine Anacharsis" d'Alex COUSSEAU, lu il y a déjà longtemps mais j'avais tellement envie de vous emmener vers cette aventure de pirate, entre autre. J'en parle ici
- "Aldabra, La tortue qui aimait Shakespeare" de Sylvana GANDOLFI sur la filiation, la vieillesse et les âges de la femme. J'en parle ici
- "Les pierres qui brûlent, qui brillent, qui bavardent" de Martial CAROFF, illustré par Marion MONTAIGNE et Matthieu ROTTELEUR. Une très belle entrée en matière sur la géologie mais aussi l'histoire de la Terre.


Adulte:
- "Les filles de l'ouragan" de Joyce MAYNARD sur ce difficile équilibre de la filiation et de la fratrie, sur le devenir féminin aussi.
- "Idaho Winter" de Tony BURGESS fait d'épouvantes, de cauchemars, de cruauté. D'un enfant qui se venge.

lundi 8 avril 2013

"Ceci est ma tête"


" J'apprends à penser. Docteur Blind dit qu'il faut que je structure ma pensée comme on construit un feu. D’abord on ramasse le bois. On entasse les mots et les connaissances. C'est long mais nécessaire. Petits bois, gros bois, tendre ou cassant. Chaque morceau aura son utilité. La bûche a besoin de la branche, la branche de la brindille, et la brindille ne s’enflammera que si le tas de feuilles mortes a eu le temps de sécher. Ce qui compte, prétend Docteur Blind, ce n'est pas la matière, le mot, la chose ou l'idée, mais l'usage qu'on en fera. Alors avec lui je glane ici et là, des herbes et des paroles."
(extrait de "Les trois vies d'Antoine Anacharsis" d'Alex COUSSEAU, édition Rouergue, j'en parle ici; photographie d'une œuvre de land art de Nils UDO, "Nid")

lundi 10 décembre 2012

Requin-baleine

"Requin-baleine ou comment naissent les petits frères, les petites sœurs et les étoiles filantes" d'Alex COUSSEAU et illustré par Aurélie GRANDIN est encore une magnifique proposition de la collection Trimestre des éditions Oskar. Je vous ai dit tout le bien que je pensais de ces tous petits livres et c'est rare qu'ils ne rejoignent pas la maison, surtout quand en plus c'est Alex COUSSEAU qui régale.

© Alex COUSSEAU et Aurélie GRANDIN/ Oskar

Maud est chez sa grand-mère. Ses parents l'y ont laissée parce que sa maman va accoucher cette nuit. Maud est pétrie de toute sorte d'émotions. En regardant un documentaire sur le requin-baleine, une capture, un sauvetage et un enfermement dans un aquarium, elle est anxieuse, curieuse et attentive. Comme pour l'arrivée de sa petite sœur ou de son petit frère. Elle ne veut pas manger, ne veut pas aller dormir. Sa grand-mère lui propose de passer cette nuit d'été dehors.
C'est alors un partage générationnel d'émotions. Cette peur de la vie fragile mais aussi toutes ces questions dont on ne connait pas la réponse... et ses réponses qui donnent le sourire aux lèvres.

© Alex COUSSEAU et Aurélie GRANDIN/ Oskar

Comme à chaque fois, le parti-pris de cette collection trimestre est de ne pas illustrer les paroles comme pour un album jeunesse normal. C'est ainsi qu'Aurélie GRANDIN offre là plus des dessins croqués, mis en couleur mais aussi abordables avec plus de temps par les plus jeunes. Qu'à cela ne tienne, ce bleu de l'eau, de la nuit qui vient, offre avec ces emmêlages de Maud, de sa grand-mère et du requin-baleine, des moments d'onirisme.

Magnifique "album" émouvant et questionnant.

mercredi 26 septembre 2012

Charles, prisonnier du cyclope

Nous attendions avec impatience le second volet des aventures de Charles dragonnet poète. "Charles, prisonnier poète" d'Alex COUSSEAU et illustré par Philippe-Henri TURIN nous ramène à Charles maintenant dragon libre et maitrisant le vol après des débuts difficiles. Il est pourtant un peu seul, il recherche l'amitié.

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse

Oui, il y avait bien la mouche mais elle est morte. Il lui faut trouver un ami, un qui vit longtemps, un qui est grand et non minuscule. Charles part à la recherche au pôle nord... puis aux terres chaudes.

Dans cette aventure, Charles est beaucoup plus avenant... avec presque tout le monde mais dénigre bien les petites coccinelles. Elles meurent trop vite, ils les pleurerait trop longtemps... mieux vaut chercher un autre animal, plus grand... mais il va aller de refus en refus jusqu'à rencontrer le cyclope Polyphème (oui, oui le même que celui rencontré par Ulysse lors de son odyssée).
Et là, le danger gronde aussi...

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse 

L'amitié apparait dans l'entraide et le choix réciproque. Et Charles (oh, menteurs d'auteur/ illustrateur! ;) ), apprend enfin à cracher du feu...
Il y a toujours une gouaille des plus agréables entre les pages et des références, mythologique là mais aussi dans l'humour... comme une ombre de Chaplin (dans le perdu et gaffeur peut-être). Charles a l'esprit toujours alerte et en vers. Nous prenons énormément de plaisir à suivre son festin et à découvrir les états d'esprit de ce petit insatisfait.

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse 

Le travail de Philippe-Henri TURIN est encore plus abouti. Charles est toujours aussi chenapan et détaillé... écailles par écailles, ailes souples et plantes de pied. Mais c'est encore plus les attitudes du dragon et surtout les luminosités qui restent même après la fermeture du livre. Dont un magnifique contre-jour!!!!

jeudi 5 avril 2012

Charles à l'école des dragons

"Charles à l'école des dragons" d'Alex COUSSEAU et illustré par Philippe-Henri TURIN a mis du temps pour arriver à la maison. Le format sûrement: superbe, immense, mais difficilement intégrable dans une bibliothèque. Et voilà: j'ai laissé le seul inconvénient cacher les merveilleuses propositions. Alors ne faites pas comme moi, ne vous en préoccupez pas. Ce livre est fabuleux!

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse

Charles est un dragonnet qui vient de naître... il est magnifique, fait la fierté de ses parents et grandit bien. C'est le temps de l'école, sa maîtresse va lui apprendre à cracher du feu et à voler.

Mais voilà, Charles n'est pas n'importe quel dragonnet, il est poète et ne sait pas se comporter comme un dragon: les cahiers, qui servent normalement à exercer le souffle, le feu par éruption vocale, sont pour lui le support déversoir de son esprit. Parce que oui, il écrit de la poésie, et il écrit beaucoup.
Et puis il est un peu encombrant: grand pieds pouates, immenses ailes, bizarre dans son coin immobile courbé sur ses cahiers. Avec ces extrémités, il tombe de l'arbre sans pouvoir s'élancer, il se prend dans ses ailes, marchent sur les pieds...

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse

Comment faire pour devenir un dragon en ne sachant qu'écrire? Avec un coup de pouce de la vie, une amitié particulière peut-être...

La différence, les défis de vie sont présentés mais ce livre est magnifique plutôt sur la philosophie de vie.
Charles est poète, un poète pessimiste, allergique à la beauté conventionnelle de la nature accueillante et colorée du printemps. Charles est né le même jour que son double réel, le poète Charles BAUDELAIRE. Le spleen est bien là, la vie misérable aussi,... jusqu'à ce qu'elle apporte un renouveau, une place pour Charles sans pour autant le changer.

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse

Les illustrations de Philippe-Henri TURIN sont grandioses. Elles fourmillent de détails dragonnesques. Les couleurs ne limitent pas ce sentiment de solitude, de dégout, de spleen. Les paysages magnifiques marquent une apposition bienvenue entre les émotions de Charles et le réel.

C'est Gaëlle qui m'a confirmé que je devais absolument le lire.

lundi 20 septembre 2010

Dans moi

C'est souvent que l'envie me prends de parler d'un des livres de Kitty CROWTHER, auteure ou illustratrice, et je me retiens... le nuage de libellés sur la droite montre déjà mon admiration. Et puis quand il arrive que quelqu'un parle d'elle et me rappelle ma sensibilité, alors je ne peux plus y échapper. Malice m'a donné envie d'en ouvrir un autre où Kitty CROWTHER illustre juste, peut-être un peu moins connu... quoique.

© Alex COUSSEAU et Kitty CROWTHER / Memo

"Dans moi" de Alex COUSSEAU et illustré par Kitty CROWTHER est un livre dérangeant, encore que.
Dérangeant par la réflexion d'origine qui démarre le livre: "Je n'ai pas toujours été moi. Avant d'être moi, je n'étais pas dans moi. J'étais ailleurs. Ailleurs, c'est tout sauf moi." Dérangeant aussi pour certains parents (peut-être plus que pour les enfants), par les représentations du corps, des muscles, du squelette, des vaisseaux sanguins, du sang, très clairement présentés ou simplement évoqués dans le décor.
Et c'est peut-être cela que j'adore, des sujets sensibles, difficiles, à la limite entre l'âge adulte et l'enfance mais toujours dans leurs préoccupations et angoisses.

© Alex COUSSEAU et Kitty CROWTHER / Memo

Alex COUSSEAU offre une introspection dans le corps et l'esprit d'un enfant. Il se sent étranger à lui-même et à ce corps. Un jour il le rencontre, avec sa matérialité, ses os, ses nerfs, ses viscères mais aussi ce cœur. Il est dans un univers où il n'est pas le maître: un ogre qui lui ressemble règne là sans parole. L'enfant se voit contrait de subir la réalité "Il y avait trop de choses vraies pour que je sois en paix". Tout est froid en lui, trop viscéral, il tente d'y mettre de belles choses mais n'arrive pas à être entier et joyeux "Je voulais être le roi pour décider des choses impossibles. Je voulais des oiseaux partout, des feux d'artifice."
C'est un affrontement contre la dure réalité, le mutisme, le mur du quotidien... c'est aussi la quête d'une identité, d'une conscience, d'une parole. Une autodestruction pour naître, pour se libérer de ses propres entraves. C'est un discours intérieur qui ne laisse pas indemne.
Est-ce alors une manière de voir le passage de l'enfance à un être plus construit, séparé de ses parents ou une manière de mettre des mots et des images sur le labyrinthe intérieur des enfants muets ou autistes par exemple ? A relire!

© Alex COUSSEAU et Kitty CROWTHER / Memo

Kitty CROWTHER offre encore plus au texte, très fort, sensible, poétique et pertinent. Des détails viscéraux mais aussi des blancs, noirs et rouges, des mises en abîme et des monstres intérieurs. Un enfant encapuchonné dans ses angoisses et dans cet espace étranger... jusqu'à adoption, apprivoisement de ses pensées et de son corps.

Simplement superbe! Et pour peut-être mieux vous aiguiller, lisez donc l'avis de Gawou ici et celui très très construit de Du9 ou de Paddyland très philosophique (et magnifique)