et à voix haute s'il vous plait !
... pour adultes, pour enfants... pour réfléchir, pour se divertir, pour s'éveiller, pour les apprentissages de vie...
"Quand j'allais à l'école, au collège Saint-Bede, mon professeur Mme Scullery me disait que je ne devrais rien écrire tant que je n'aurais pas fait un plan, et préparé, organisé ce que je voulais écrire.
Quelle absurdité!
Est-ce que je prépare ma phrase avant de la dire?
BIEN SÛR QUE NON!
Est-ce qu'un oiseau prépare son chant avant de chanter?
BIEN SÛR QUE NON!
Il ouvre son bec et il
CHANTE, JE VAIS DONC CHANTER, MOI AUSSI!
Je voulais être sage, comme on dit, alors j'ai essayé."
(extrait de "Je m'appelle Mina" de David ALMOND, Folio junior; source photographie)
Dans cette famille, il ne reste que 2 personnes: la fille, Lizzie, et le père. La mère est morte mais nous n'en saurons pas plus. Dans cette famille, c'est Lizzie le pilier, elle soutient son père, l'aide à vivre le jour présent: manger, (mâcher, avaler), se vêtir, se laver. Et ce père se laisse aller. Il n'est que l'ombre de lui-même tout en voulant redevenir fantastique pour sa fille. Alors il décide de se transformer en homme-oiseau, il se fabrique des ailes, recrache sa tartine pour déglutir des vers de terre. Le Concours de l'Homme Volant arrive à point nommé. Il va pouvoir prouver à sa fille sa valeur.
Les thèmes de David ALMOND sont encore bien là: une éducation alternative où l'imaginaire, l'amour filial et parental ont beaucoup plus de place que le conventionnel. Oui pourquoi pas prendre le défi d'un concours pour apprendre autrement, de la nature par exemple, de ces oiseaux qui reviennent encore dans les rêves (comme pour "Skellig"). Il y a aussi tout ce rapport au rôle des parents dans l'éducation, pas seulement tournée vers l'école. Le travail d'équipe père-fille, l'imaginaire construit à deux, l'émulation pour un projet plus finalisé.
Il y a aussi ce respect de l'homme dans sa fragilité, dans sa fébrilité temporaire. Le père de famille, qui pourrait perdre presque la garde de son enfant aux dires des autres, de cette tante par exemple, est ici décrit dans tout son amour pour sa fille, dans son exigence d'être fabuleux. "- Mais Papa, dit-elle avec douceur en lui prenant le bras gentiment. Je te demande juste d'être mon papa. Papa réfléchit un instant. Il plongea ses yeux dans ceux de Lizzie. - C'est vrai? On aurait dit que cette idée ne lui avait jamais traversé l'esprit."
Ce livre est plein d'amour, de poésie de la vie. Et les illustrations de Ponny DUNBAR apportent par de douces touches de textures de la poésie dans ces images pastelles.
Je connais David ALMOND par son livre magnifique"Le sauvage" illustré par Dave McKEAN. Je m'attendais à de la finesse du propos dans "Skellig". Je n'ai pas été déçue même si la part fantastique est un peu plus présente dans ce roman là. Mickaël a déménagé avec sa famille dans une nouvelle maison anciennement habitée par un vieux monsieur. Tout est à refaire, la maison, le jardin et aussi la garage. C'est aussi une étape de vie, la famille s'est agrandie, une petite sœur est arrivée, elle n'a pas encore de nom et se bat pour vivre. La maman est souvent avec elle à l'hôpital et le papa bricole pour que la maison soit prête pour leur retour. Le jeune garçon n'a aucune envie d'être là, dans cette maison en ruine et ce garage qui tombe en miettes. Il lui est défendu d'aller le visiter d'ailleurs mais l'envie est trop forte: dans les décombres, les débris, les toiles d'araignées, il découvre une ombre, un homme, décharné, peut-être mort ou mourant, blanc, qui gobe les mouches.
Il faut que cet habitant parte, tout va s'écrouler sur lui et le garage va être refait. Mickaël veut l'aider... mais qui est-il? Qu'est-il? Il trouvera en sa jeune voisine, Mina, une alliée de choix.
"- [...] Moi, je suis malade comme un chien. Elle lui effleure les mains. Elle remonte les manches crasseuses pour palper les poignets enflés. Elle murmure: - Calcifiés. L'os durcit comme de la pierre. Le corps entier se change en pierre. Il glousse. - Pas aussi sotte qu'elle en a l'air. - En même temps, reprend Mina, l'esprit aussi durcit. Il arrête de penser, d'imaginer. Il devient comme de l'os. Ce n'est plus un esprit. C'est un bloc d'os dans une coque de pierre. C'est l'ossification."
Derrière cet étrange personnage se faufile des thèmes comme la mortalité, la vieillesse mais aussi la naissance et les accidents ou la fragilité de la vie. La relation frère/sœur est aussi à ses débuts, entre jalousie, émotion et envie d'être le sauveur.
Et puis comment ne pas être sensible à la pédagogie. Mickaël est scolarisé. Il est accompagné par ses copains, joue au foot et, en cours, réponds à des questions fermées et est très dirigé. Mina, elle, fait l'école à la maison, avec sa maman. Elle est souvent perchée dans un arbre de son jardin, ou sur une couverture au pied de l'arbre, elle dessine, peins, écrit son journal, modèle et observe, écoute la nature.
"- Tu fais des sciences nat ? Elle rit.
- Tu vois comme l'école t'enferme! Des sciences nat, pas du tout. Je dessine, je peins, je regarde, je lis. Je sens le soleil et l'air sur ma peau. J'écoute le merle. Je m'ouvre l'esprit. L'école, tu parles! Elle saisit un livre sur sa couverture, l'ouvre et me dit: - Écoute. Elle s'assied bien droit, toussote pour s'éclaircir la voix et lit:
Mais aller à l'école par un matin d'été, Oh! Voilà qui tue toute joie; Par un œil cruel harcelés, Les petits passent la journée
A soupirer de désarroi.
Elle referme le livre. - William Blake. Encore. Tu as entendu parler de lui, au moins?
- Non.
- Il était peintre. Graveur, aussi. Et il écrivait des poèmes, en plus. Les trois-quarts du temps, il ne portait pas de vêtements. Il voyait des anges dans son jardin."
Les notions d'ornithologie ponctuent le texte, lui donne une ligne et une ampleur. Skellig ressemble un peu à l'un d'eux, peut-être, et puis les omoplates sont là, signes d'anciennes ou futures ailes humaines. Les rêves de Mickaël suivent la réalité de sa vie et s'entremêlent avec la vie des oiseaux, sa petite sœur comme l'un d'entre eux. Le livre ouvre la voie sur d'autres choses encore.
Une petite merveille! Et puis je suis tellement d'accord avec beaucoup de propos sur l'enseignement et la découverte de William BLAKE cité souvent est d'un bonheur constant. Pour le plaisir, je vous laisse la représentation de Perséphone de Dante Gabriel ROSSETTI... personnage secondaire du récit, ramenant l'énergie après l'hiver.
En très bonne compagnie, au rayon jeunesse, nous avons craqué l’une et l’autre sur deux livres différents. J’avais vu une couverture, lu la quatrième de couverture, et pris l’exemplaire sûr d’y trouver mon compte.
« Le sauvage » de David ALMOND, illustré par Dave McKEAN est un coup de fouet, un coup de hache, un coup de cœur. Le propos est dur (mais pas tant), l’illustration extrême mais il faut oser lire page après page.
Blue est un garçon qui vient de perdre son père d’un arrêt cardiaque. La psychologue scolaire demande alors à l’enfant d’écrire ce qu’il ressent face à ce deuil. Rien ne sort, ni par la bouche ni par la main. Blue est dans une famille à la sensibilité sans faille. Ses parents l’aident, le soutiennent, lui apportent réconfort et amour. La mère, restée seule, est toujours aussi présente et attentionnée.
Mais les mots ne viennent pas pour décrire cette horreur, cette « p. d’horreur ». Un jour, Blue se met à écrire une histoire (quelques morceaux présents avec l’orthographe et la grammaire d’origine). Pas de celles qui n’ont aucun lien avec la réalité, trop mièvres : « Moi, ce que je voulais, c’était du sang, des tripes et de l’aventure, et c’est ce que j’avais imaginé. » Le sauvage nait de sa plume, un enfant vivant dans les bois, de rapines, de liberté, de meurtres. Et grâce à cette histoire qui prend vie, Blue exprime son agressivité, sa haine, son envie d’être ailleurs.
Il est question de cette communication qui peut péricliter même dans une famille extrêmement attentive. Un enfant qui ne sait plus dire ou qui ne veut plus pour ne pas surcharger de peine
C’est aussi un livre sur l’agressivité des enfants. Agressivité « ordinaire » d’un petit tyran d’école ou agressivité meurtrière, de survie, de haine contre la vie et les hommes. J’ai beaucoup aimé ce regard sur l’agressivité comme une inadaptation, une faiblesse, une jalousie. J’ai aimé cette autre pour ce que l’enfant a en lui sans jamais pouvoir assouvir sa haine, sa violence, pour contrecarrer celle qui vient de la vie, celle qui peut venir des adultes (même si ce n’est pas le sujet du livre).
Le deuil est aussi, bien sûr, au centre du livre. Et avec nuances, nuance des souvenirs, présents et nombreux auxquels on peut se raccrocher, si infimes qu’ils ne seront pas une frustration. Ce deuil de l’entre-deux, d’un enfant, qui a profité de son père mais pas assez pour savoir ce qui aurait pu advenir. Ce travail de deuil, comme une reprise au goût de la vie, aux petits bonheurs. Le sauvage va découvrir la dualité des hommes et l’intérêt de certains. Un bonheur comme de la joie, un pique-nique et de la danse. Le langage a aussi beaucoup de place, avec les poèmes : « Bien sûr, le sauvage n’avait pas de mots, il bredouillait, grondait ou haletait, il ne connaissait rien aux mots. Comment il aurait pu ? Pourtant il commençait à apprendre.» Et puis enfin ce transfert, cette voix extérieure lors d’une lecture à voix haute, qui permet de dire ce que nous avons au fond de nous. Une offrande à la famille.
Et que dire des illustrations de Dave McKEAN. Il reste fidèle à lui-même. J’ai de lui de nombreux artbooks en anglais reprenant ces petits tiroirs de curiosités, ces montages photographiques, à la fois glauques, pertinents, dérangeants et si interrogateurs. Ces dessins sont aussi « chargés » de double sens adulte. Le sauvage est vraiment cruel, presque métamorphosé en cauchemars. J’avais pris quelques illustrations de cet artiste ici et là. Allez donc voir son site.