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mercredi 14 décembre 2011

Lancer un livre comme s'il s'agissait d'une vie

... et quelle vie, une vie de bohème, de fripon... une vie d'artiste, de fou.

*source affiche du livre et indication de la soirée

Lancer un livre en y mettant son cœur, en offrant de la musique, de la joie, des scénettes bien-sûr avec les comédiens de sa troupe qui a élu domicile dans son théâtre: le Théâtre d'Aleph.
"La nébuleuse vie de José Miranda" avec Oscar CASTRO et son ami Adel HAKIM.

La nébuleuse vie de José Miranda from Anai Castro on Vimeo.


Un lancement avec les effluves d'empanadas du Chili. Un lancement avec de l'amitié, de la chaleur humaine, beaucoup d'atmosphère dans ce lieu mythique qu'est le Musée des arts forains. Nous y avons été bien, choyées. Mr Oscar CASTRO offrant de lui indéniablement.

Par amitié, le fondateur du Musée, Jean-Paul FAVAND, nous a emmené pour une visite privée... une visite de ces salles immenses où même si vous y avez passé deux après-midi avec des loulous ici et là,

vous vous rendez compte que le charme opère toujours, que les mystères sont nombreux, que les objets vous interpellent et qu'il y en a d'autres que vous n'aviez pas encore vus. Et puis il y a des animations sonores qui vous emmènent encore ailleurs.

Nous avons même failli nous laisser entrainer dans la danse, sur cette musique... (mais vous aurez une idée n suivant Lily (plus bas).
"Le cabaret de la dernière chance" chanté par Yves MONTAND

Alors oui, le livre donne envie, envie de retrouver de cette fougue, de cette vie. "Après l'oubli, le souvenir" d'Oscar CASTRO présage du bon, du très bon, une certaine "oralité" parait-il. J'en reparlerais mais, en attendant, Lily nous y emmène par étapes avec beaucoup plus de talent.

Merci Lily, merci Anne V pour ce magnifique moment.

vendredi 9 décembre 2011

Salon du livre jeunesse Montreuil 2011

Juste avant le week-end, se remémorer celui qui vient de se passer.

Un dimanche en sortant du métro suivre la cohue... se dire que les marches pour entrer ce n'est pas l'idéal, se trouver heureuses de ne pas être sous la pluie.
Être agréablement surprise d'arriver juste à côté de l'Atelier du poisson soluble sans oser, bien-sûr leur dire le bien que je pense de leurs éditions.

S'arrêter pourtant aux éditions Le Pommier et malgré la lassitude de l'"hôtesse" s'arrêter, regarder, expliquer... se laisser aller à entamer une autre collection, celle de la philosophie, par un titre prometteur "Aimer" de Michel PUECH et illustré par Nathanaël MIKLES. Oser même une dédicace de ce dessinateur aussi intimidé que moi.
Continuer la collection des minipommes avec "A la chasse aux insectes" de Luc PASSERA et illustré par Edwige de LASSUS.

(oui oui il y a certains livres que j'ai déjà à la maison... mais)

Se mettre dans des files d'attente pour des écrivains que je ne connais pas, pour l'accompagner, elle, aux dédicaces.
Retrouver Mélanie RUTTEN, sa gentillesse, sa timidité... lui dire encore quel bien cela fait de suivre son histoire, attendre impatiemment son quatrième volet et racheter pour la peine le troisième, "Eliott et Nestor, l'heure du matin", déjà à la maison pourtant... juste pour le plaisir d'être en sa compagnie encore un peu.

Parler avec le monsieur des éditions Notari si accueillant, enthousiaste et généreux. Exprimer toute la joie de découvrir les albums italiens, en acheter un pour ce même enthousiasme, "La rue qui ne se traverse pas" de Henri MEUNIER et illustré par Régis LEJONC.
Lui parler de Joanna CONCEJO et en profiter pour rencontrer l'illustratrice dans le stand d'à côté aux éditions OQO. Racheter un album déjà adoré, illustré par elle, "La maison où tu n'arrives jamais" de Paloma SANCHEZ IBARZABAL, juste pour le prétexte de lui communiquer un peu de mon bonheur à la suivre d'une maison d'éditions à l'autre.

Se dire que les dos ont tenu, quoique... que manger un sandwich avec un mince filet d'air frais était tout de même bien... qu'il y avait beaucoup, beaucoup de monde... de quoi espérer encore pour ce secteur du livre. En être même ravies, ravie même de faire des doublons, ravie à l'idée d'offrir les autres.
Et rentrer épuisées. Et heureuse de cette journée passée avec elle, de cette amitié par les livres, à travers et bien au delà.

Rajout du 06/12/2012: un an plus trad, je vous parle enfin de "La rue qui en se traverse pas" ici et oui j'avais aussi parlé de "La maison où tu n'arrives jamais" là.

dimanche 5 décembre 2010

Salon du livre jeunesse de Montreuil

Ce fut une journée chargée, éreintante... moins pour nous que pour les auteurs en dédicace mais tout de même. Journée plein de belles rencontres mais qui nous a mises à l'épreuve: fatigue, faim... et quelques déceptions.

Un grand merci à ces auteurs/éditeur qui ont donné de leur temps et échangé avec nous.
Mélanie RUTTEN, si généreuse en échanges, avec ses animaux si attachants que l'on retrouve personnages principaux ou secondaires dans ses livres... automne avec "Mitsu un jour parfait" et hiver avec "Öko un thé en hiver" dont je n'ai pas encore parlé mais que vous pouvez retrouvez ici chez Lily et là chez Gaëlle. Une sensibilité à fleur de peau, de l'émotion dans chaque livre, gageons que les deux autres tomes saisonniers nous offrent à leur tour autant de bonheur. Ce sont des livres jeunesse qui ne perdent pas à la lecture adulte, des livres jeunesse qui ne perdent pas à la relecture... un seul mot: foncez!
Fabrice COLIN (oui oui), abondant dans cette joie du partage, de la découverte, de l'échange, livres ou musique. Une très belle rencontre donnant encore plus envie de se pencher sur les dernières propositions de lectures offertes: des nouvelles autour du "Petit prince" de Saint-Exupéry, son dernier livre "La vie extraordinaire des gens ordinaires" ou de fureter vers un autre ovni "Comme les fantômes"... entre autres
Clément LEFEVRE et son "Voleur d'enfants" si fantastique: quel beau parti-pris graphique... cette texture, ces couleurs, cette atmosphère!
Cécile ROUMIGUIERE qui nous accompagne dans les lectures du soir... Kalaman est là dans "Le secret du soir". Mais c'est aussi dans une lecture plus personnelle: les blues cerises, formidable traviail de 4 auteurs autour d'une histoire en toile d'araignée, Lily parle ici de la genèse ou le très précieux "L'enfant silence"
Bruno GIBERT que je découvre, pour continuer à le suivre dans "L'histoire du cochon renifleur de sommeil", une prose et des illustrations savoureuses.
Et puis rencontre à nouveau avec l'homme des éditions "Être". Monsieur, quel partage, quelle envie de se délecter des livres que vous avez choisis, choyés, offerts à la lecture. Quel plaisir de vous voir jubiler en nous provoquant une autre découverte ! Ma lecture de "Tous ses petits canards" de Christian DUDA et Julia FRIESE aura toujours le halo de vos yeux pétillants. Rappelez-vous, les éditions Être ferment au 31 décembre, courrez, grimpez, escaladez, foncez: leurs livres vont disparaitre...

Des achats restreints par manque de moyen et non d'envie: "Tous ses petits canards" de Christian DUDA et Julia FRIESE et "La vie extraordinaire des gens ordinaires" de Fabrice COLIN donc, "Où est maman?" de Gerda DENDOOVEN et "Tifortou et Touforti" de Anne BOZELLEC (éditions Être), "Rouge Bala" de Cécile ROUMIGUIERE et illustré par Justine BRAX et "Le dernier des Mohicans" de CATMALOU et CROMWELL.

Et puis quelques frustrations: j'ai été vexée et suis devenue agressive et même très peu tolérante suite à quelques désagréments. Une dédicace annulée après une très très (très) longue attente, un chapeau très chaud perdu en cours de route et surtout une politique de Salon du livre d'un mercantilisme assez insupportable.
Passons sur les détails comme peu de collations possibles, comme les pertes... ou même ce cher Monsieur L donnant pourtant du cœur à l'ouvrage l'après-midi mais absent remarqué le matin.
La grande frustration reste la politique officiellement présente dans le salon et sur quelques stands d'éditeurs: vous ne pouvez pas venir dédicacer votre livre préféré (et d'actualité récente, voire brûlante), les stands veulent être rémunérés de leur investissement, il vous faut acheter un ouvrage pour oser montrer votre exemplaire maison chéri, lu et relu, de votre auteur favori.
L'explication: certains stands sont tenus par des libraires et non par les éditeurs eux-même, alors même si vous avez l'ouvrage de Mr X entre vos mains, bien acheté, bien nouveau, les libraires n'acceptent pas votre présence dans la file.
Allez on va dire que c'était une anecdote et non un consensus! Restons serein(e) et préparons la contre-attaque: oui aux dédicaces des auteurs qui nous touchent, nous interpellent (et pas juste pour cumuler le nombre ou les trophées), oui aux dédicaces sur nos exemplaires maison, achetés quelques mois auparavant mais d'actualité... il n'y a pas de raison de laisser nos ouvrages blancs de partage si telle est notre envie!

Et puis un dernier clin d'œil de ma lectrice d'"Une page lue chaque soir", qui s'est invitée sur quelques petites cartes. Journée partagée, avec passion et amitié, avec Lily et ses livres (So many books), en attente de son billet donc...


vendredi 17 septembre 2010

Librairie Neverland en danger

J'ai été à son inauguration. Ce lieu était comme un rêve pour sa propriétaire... et je l'enviais de cet esprit d'entreprise et de ce culot dans les choix "de distribution".
La librairie Neverland a comme un goût de partage, de passion, d'envie... son hôtesse, ancienne blogueuse, offrait plus qu'une prescription de livres. Je n'ai pu y aller que deux fois (voici ce que j'avais amené la seconde), je n'ai pu profité que rarement du partage et des échanges sur le canapé du fond avec un thé et des gourmandises.

Et voilà que sa librairie vacille sous le poids d'une vision binaire et bancaire. Et pourtant l'enjeu, de taille, a été mené à bien: ouvrir une librairie dans une petite ville de la grande couronne parisienne, offrir des choix en littérature jeunesse, fantastique/féerique ou victorienne (mais pas que), mais aussi proposer des occasions pour les petites bourses... entre autre. Je vous laisse lire le billet de la libraire elle-même.

Alors il ne nous reste plus qu'à l'aider, faire des commandes ou venir nombreux au rendez-vous "Sauver le soldat Neverland" le samedi 25 septembre 2010 avec des dédicaces de Nathalie DAU, Karim BERROUKA, Jacques MUCCHIELLI, Stéphane BEAUVERGER, Leni CEDRE, MélanieFAZI, Isabelle GUSO et Jeanne A-DEBATS.

lundi 7 juin 2010

Jorn RIEL, rencontre qui donne envie d'autres

La semaine dernière, un soir avait été volé au quotidien. Une rencontre avec un auteur, ce n’était pas la première fois, même si, seule celle-ci était officielle. J’étais arrivée dans ce café un peu branchouille et bruyant. Au fond, dans cet espace sombre, pas encore très calme, se trouvaient Jorn RIEL, sa femme et Béatrice des éditions Gaïa.

*source blog Mollat

Pour l’occasion j’avais découvert cet auteur. Et pourtant, souvent, j’avais eu ses livres entre les mains sans tenter.
Sa version illustrée de « Le garçon qui voulait devenir un être humain » m’avait enchantée l’œil et j’attends encore le prétexte de quelques années de plus du lutin pour l’acheter. J’avais aussi beaucoup pris ses trilogies fictives incluant aussi des détails sur le peuple inuit, les reposant parce que justement trilogie et que, jusqu’à peu, un livre de plus de 300 pages me faisait fuir.
Mais quelle perte de temps, cet auteur rassemble bon nombre d’éléments qui m’interpellent, me donnent envie de lire et surtout me séduisent : une certaine ethnologie d’un peuple que j’apprécie beaucoup, de l’humour (beaucoup) et une certaine sagesse.

Mais ce rendez-vous alors ? Très bon-enfant (même un peu trop…). Mr RIEL patiemment attendait nos réactions. Il semblait impassible ou plutôt rêveur et regardait une à une les interlocutrices.
Bon nombre d’entre elles avaient lu son dernier écrit « Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars », moi pas. Je n’ai pu lire avant cette rencontre que « La maison de mes pères, tome 1: un récit qui donne un beau visage ». Le premier tome d’une saga sur cet enfant élevé par 5 hommes. J’en parlerais plus dans un billet précis. Elles avaient en tête ses racontars en priorité, moi sa plume d’une histoire complète, dont je n’avais lu que le premier tome.
En effet, l’auteur propose deux sortes d’écrits : ses romans au long court présentant une épopée et ses nouvelles très courtes, les racontars, sur le ton très humoristique et anecdotique.

Un écrivain (au même titre que n’importe quel artiste), qui donne de son temps et s’investit auprès de ces lecteurs/spectateurs, m’attendrit. Ce moment pris au quotidien et au rythme de la création est vraiment un honneur. Intimidée je n’ai pas osé poser toutes les questions que j’avais en tête. Le faux bond de la traductrice m’a ramené à des questions plus « rudimentaires », moins argumentées ou presque dépourvues de sens sorties de leur contexte non explicables avec si peu de mots. Merci encore aux traductrices improvisées !
Ces écrits fictifs et pourtant nimbés dans un contexte très ethniques me parlent. Je pensais, à tort, que ce monsieur était parti au Groenland pour apprendre un peu plus de ce peuple, les Inuits mais la formation, esquimaulogie, a précédée. Le départ a suivi comme une évidence, suite d’une éducation très emprunte de navigation maritime et de pilotage d’avion, pour explorer avec des compétences en navigation et en télégraphie… Pour des raisons professionnelles (entre autres) il y est resté. 16 ans de rapports scientifiques pour les expéditions internationales.
Le seul récit lu m’avait laissé une peinture de la femme très délimitée. La promiscuité est souvent décrite et le premier tome de « La maison de mes pères » présentait une femme très libérée, s’offrant aisément, très sexuée, et une autre, plus vieille, la nounou, humble et réservée aux tâches domestiques (et sauvages : elle est capable de tuer un ours en préparant la soupe). J’avais voulu connaître le vrai du faux, était-ce une représentation des traits de femmes Inuits ou juste une réinterprétation de l’auteur. La question est restée en suspend, seule cette promiscuité, l’absence d’inhibition et de pudeur et liberté sexuelle ont été confirmées et aussi la présence de peu de femmes dans ses livres. Mr RIEL indiquant même que pour avoir des racontars au féminin ou parlant de femmes, il fallait une femme écrivain.
L’auteur ne souhaite faire aucune concession à ses envies : ces moments, anecdotes de vie, moments vrais ou vrais mensonges, sont pour lui des évidences, des moments vécus réinterprétés (sûrement) qui poussent à la porte de sa plume. Jorn RIEL expliquait aussi n’avoir aucune censure. Ses lecteurs choisissent de le lire alors il ne s’arrête nulle part, même quitte à choquer.
Entre les mots, il confirme se reconnaitre plus dans le peuple inuit qu’au sein des européens et même s’il n’a plus de contact avec ce peuple et ce pays, il ne serait pas surpris de se retourner et de les voir apparaître derrière lui. De ses racontars, il se sent le plus proche de Valfred et Anton, son alter-ego. De quoi me donner envie de lire… La spiritualité des Inuits apparait encore le suivre, le fantôme ce grand tout, mais aussi cette idée de liberté (le peuple inuit n’a pas de chef, la liberté est totale avec des règles pourtant strictes : pas d’incestes, ni de meurtre au risque d’être banni !).
Jorn RIEL nous a parlé aussi de ses écrivains favoris. Des français, BALZAC et PROUST côtoient SIMENON et aussi ANDERSEN (autre que conteur), BLIXEN et CONRAD. Sa nouvelle préférée est « Au cœur des ténèbres » de CONRAD, un lent éloignement de la civilisation…
Je ne peux qu’être heureuse de sa mise à l’honneur en France, à Caen, Cherbourg, dans quelques temps à Colmar, de savoir qu’un 13ième livre de racontars sortira (le dernier : chiffre fétiche du 13) et qu’il n’a pas fini de proposer des écrits pour enfants. Nous pourrons aussi le retrouver en film chez ISUMA, allez donc regarder ici leur actualité très documentaire.

J’aurais tant aimé apprendre plus. La dédicace n’était qu’un trait, qu’une éraflure quand sa présence était si propice aux discussions. Le temps fera peut-être les choses : plus de livres lus, des questions plus fines, une traduction et l’honneur de recevoir ce don de temps. En attendant, j’écoute, lis et regarde les interviews plus poussés faits ailleurs :
Son autoportrait lu par Dominique PINON : « Jorn RIEL, par lui-même »
L’interview de Lire m’avait harponnée : de l’ethnologie mais aussi de l’humour même dans la vie, un moment très intense
L’interview d’Evene est elle, plus tournée vers ce dernier livre « Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars »
La lettrine, bloggeuse présente à cette rencontre, nous proposait un interview fait il y a deux ans, cela vous donnera une idée de ses réponses et de sa disponibilité.

Merci en tous cas à Mr Jorn RIEL de sa disponibilité et à Béatrice des éditions Gaïa pour cette fabuleuse rencontre. En espérant que les autres bloggeurs nous offriront leur regard sur cette rencontre...

mercredi 12 mai 2010

Edition "Être" en train de mourir et envie de promouvoir la littérature jeunesse "engagée"

Le monde de la littérature jeunesse m'interpelle depuis assez peu en fait. Enfant je n'ai pas eu beaucoup de livres spécifiquement jeunesse. Avec la parentalité, la bibliothèque jeunesse s'est mise à gonfler et puis des lectures, des écrits, des illustrations et encore des lectures plus tard je me suis prise d'affection pour ces livres destinés à notre force vive, au potentiel humain, aux enfants. J'aime les livres où l'enfant est considéré comme un être source de réflexion, en devenir certes, mais pas idiot.
Au Salon du livre de Paris 2010, j'avais acheté certains livres des éditions Être... avec admiration, j'avais rencontré et écouté l'éditeur me parler avec fougue et passion de ses livres. Je vous recommande "L'atelier des papillons" par exemple et tous les livres de cette maison d'éditions, j'en billeterais d'autres sous cette catégorie Être.

"Le risque ou dormir

C’était l’anagramme de mon ancienne maison d’édition
Le Sourire qui mord

Invité à débattre sur le thème « Résister, à quel prix ? » lors de la journée professionnelle organisée le 7 mai 2010 par la Fête du Livre de Villeurbanne, j’ai d’emblée, à la demande de Gérard Picot qui venait de l’apprendre, annoncé publiquement l’arrêt prochain des éditions Être.

Éditer depuis plus de trente-cinq ans, sans capital, des albums jeunesse singuliers plutôt exigeants a toujours relevé de l’aventure. Et sans le soutien attentif de nombre des partenaires de la chaîne du livre, les lois du marché auraient eu raison plus tôt de cet équilibrisme.

En des temps qui ne sont faciles que pour quelques nantis, qu’un léger fléchissement de la vigilance professionnelle puisse nous être fatal a pourtant suscité l’émotion. J’ai été très touché, sur place et depuis, par les nombreux encouragements à tenir et par l’engagement de ceux qui ne pouvaient se résoudre à ce que la présence de nos livres dans le paysage éditorial aux côtés des lecteurs jeunes et moins jeunes, ne soit pas assurée. Que faire ?

Je ne peux que vous inciter, les uns et les autres, à vous précipiter dans vos librairies préférées pour vous procurer les albums d’Être éditions pendant qu’il en est encore temps. Si une vague d’achats ne garantit peut-être pas la poursuite de l’activité, elle assurera un destin à des livres qui considèrent les enfants comme des lecteurs à part entière méritant des points de vue non altérés sur le monde. Qu’ils puissent encore, ces albums, susciter de libres interprétations et la résistance à l’ordre des choses, je nous le souhaite. Et nous le devons aussi aux créateurs qui ont partagé le risque de ces aventures littéraires et humaines....

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience » écrit René Char.
Je vous remercie de la vôtre.
Et je n’ai pas sommeil…

Christian Bruel
10 mai 2010
contact@etre-editions.com

Être éditions
56, rue Ramus
75020 Paris
http://www.etre-editions.com/

Rejoignez le groupe de soutien à Christian Bruel sur facebook :
http://www.facebook.com/group.php?gid=120683554618391&v=wall "
via la boite à thé

... et que dire de ces auteurs/illustrateurs qui n'arrivent plus à vivre de leur autonomie créatrice, de leur envie d'une littérature jeunesse différente et intelligente, Thierry DEDIEU m'avait vraiment sensibilisée et stupéfaite aussi par ce manque de vente... J'avais envie de le rencontrer par ses pages interposées, alors j'ai vite commandé "Dieux" créé avec son compère Thierry MURAT.

Achetez de la littérature jeunesse, ne vous arrêtez pas aux grandes lois du marché et de la publicité!

lundi 26 avril 2010

Le Salon du livre de Paris, angle jeunesse et éditeurs écolo-compatibles (il y a 1 mois)

Cela fait quoi ? 1 Mois? Oui bien cela, mes pas m’avaient amenée dans les couloirs de ce salon rempli de livres avec énormément d’envie.
Certains disent que nombres d’éditeurs ont séché par manque d’intérêt pour ce salon qui, en prenant de très grandes dimensions et de l’assurance, nargue la convivialité et les petits budgets des éditeurs. Moi, neuve d’une année à lire, à acheter, à découvrir la littérature jeunesse, je me suis régalée.

Je n’ai pas été aux dédicaces. J’ai pour cet exercice une certaine aversion. J’aime énormément d’écrivains, d’illustrateurs. J’aime leur travail, j’aime aussi leur investissement à nous faire plaisir individuellement dans ce gri-gri sur la page de garde. Mais je suis en manque. En manque de vraie proximité, de partage. En lisant leurs œuvres, ils m’offrent leur univers, leur imaginaire, leur humour. Je n’ai pas assez de temps pour en parler dans les deux minutes de signatures… parce que ce qui m’intéresse n’est pas la signature, ce serait une discussion réelle. J’en avais parlé là.
J’avais déambulé avec une ligne directrice : la littérature jeunesse. Furetant ici et là devant les stands des maisons d’éditions. Deux choses m’ont attirée plus précisément. Le stand du collectif Les éditeurs écolo-compatibles et la conférence « Littérature jeunesse, une littérature à part entière ».

Les éditeurs écolo-compatibles me sont sympathiques. Ils partent sur la voie d’une sensibilisation du public.
Je ne peux qu’être très, très contente de l’engouement des lecteurs pour la littérature jeunesse. J’aime cette profusion, j’aime les partis-pris de certains éditeurs offrant vraiment une autre approche du livre jeunesse, divertissement mais aussi ouverture sur une autre manière de voir le monde, de l’appréhender, de le saisir, de jouir d’un objet, de lire ou de regarder une image.
Mais il est vrai que nous ne connaissons pas le cycle de vie du livre, de sa fabrication à sa destruction (quelque fois fulgurante). Leur défi d’écologie éditoriale est donc important. Ils veulent même nous amener à nous questionner sur l’achat d’impulsion… pile pour moi, non ?!

En plus les éditeurs regroupés offrent de très belles propositions, je suis cliente de bien d’entre eux : Plume de carotte, Pour penser à l’endroit et La plage…La plage est très présente dans ma bibliothèque culinaire dont je parle ici et Pour penser à l’endroit est une des maisons d’édition qui m’interpelle beaucoup en ce moment. Leur ligne éditoriale est toujours d’ouverture vers une façon d’être, même pour les plus jeunes…
La conférence « Littérature jeunesse, une littérature à part entière » a été aussi un bon moment. Animée par Johanna LUYSSEN et avec Philippe DELERM (PDE), Anne ROBILLARD (AR), Marie DESPLECHIN (MD) et Timothée de FOMBELLE (TF) en participation, c’était déjà une bonne proposition, dommage qu’elle n’ai pas duré plus longtemps. Le public était assez présent, même au fond les personnages des "Chevaliers d'Emeraude".

La ligne directrice était bien la différence entre lecture jeunesse, littérature jeunesse et littérature adulte.
1/ Quelles sont les lectures de jeunesse de ces écrivains ?
Des livres ouvertement pour les enfants, des collections vertes ou roses, mais aussi des lectures foncièrement pour adultes, des documentaires, des romans ardus, des bibliographies ou même des catalogues commerciaux preuves d’un autre hémisphère.
PDE : "Le club des cinq" d'Enid BLYTON, Fred et Sully, "Crin blanc" de René GUILLOT (la lecture étant la métaphore de la vie)
MD : Historia, oui-oui, les mémoires de POUCHKINE, "Le lion" de Joseph KESSEL, "Mon bel oranger" de José Mauro de VASCONCELOS (des émotions qui touchent physiquement)
TF : documentaires nature, catalogue Manufrance relié par ce que expatrié en Afrique, "Tom Sawyer" de TWAIN, "Mon bel oranger", "Arsène Lupin" de Maurice LEBLANC (auteur très secondaire par rapport aux personnages)
AR : "Bob Morane" de Henri VERNES, documentaire sur la guerre et l’histoire

2/ Quels sont, pour eux adultes, les chefs d’œuvres de la littérature jeunesse ?
Pour bon nombre d’entre eux, ce sont des lectures faites adultes qui emportent leur suffrage.
MD : « Peter Pan » de JM.BARRY, les Lewis CARROLL, HANDERSEN, André DHOTEL, SEGUR
PDE : André DHOTEL, DICKENS sans édulcoration, « L’ile au trésor » de STEVENSON, Lewis CARROLL (cherche des ambiances et pas seulement une histoire comme quand il était enfant)
TF : « Les trois mousquetaires », « Le Comte de Monte-Cristo » d'Alexandre DUMAS, les livres que se partagent les générations
Chacun a marqué cette différence entre ce qu’ils recherchaient enfant dans la lecture et ce qu’ils en attendent maintenant pour les enfants. La magie de leurs lectures d’enfant reste comme préservée car peu ont tenté de les relire pour garder cette passion, cette fougue, cet intérêt pour l’action et les personnages et beaucoup moins pour le style.

3/ Quelle mode d’écriture jeunesse est choisie par les écrivains qui écrivent pour adulte et pour enfant ? Quelles sont les limites que ces écrivains s’imposent ?
PDE : tous les romans se devaient d’être pour adulte, « La première gorgée de bière » a eu une première version pour enfants… la littérature jeunesse qu’il écrit garde une part d’enfance. Le style est différent, pas de tournures syntaxiques, pas de vocabulaires compliqué (mais avec cette panoplie de vocabulaire plus réduite offrir la même sensation, la même atmosphère). « La recherche du temps perdu » de PROUST redonne le gout de l’enfance mais n’est pas un livre pour enfant.
TF : pas de limite de complexité, de l’ampleur et de la densité. Le théâtre pour adulte, le roman pour enfant (le roman est ainsi vécu comme lieu de liberté totale, pour enfant).
AR : préparer une histoire et ne pas se focaliser sur les personnages, besoin de magie et d’échappatoire.
MD : pas de connivence, de références avec d’autres textes, un lexique choisi avec comme offrande d’un nouveau mot.
Là, la différence entre enfance et enfant a encore été reprise. Là où l’adulte cherche une écriture, des références, l’enfant cherche à être capté, a rentré dans l’histoire. L’enfant n’est pas naïf dans sa lecture et le texte ne doit pas être bête mais pourtant la littérature de l’enfance et bien loin de la littérature jeunesse.

Je me suis régalée aussi de détails, de ces détails qui attirent l’œil, intéressent une ribambelle d’enfants,
(des héros)(des expériences)(de l'exotisme disparu) (des contes racontés)
des détails qui vont agglutiner des amoureux d’art, des estampes (gravures, lithographies ou eaux-fortes).... plutôt lithographie en cours là, non?! Pour savoir faire la différence, suivez donc ce lien)... là aucune idée si ce n'est que c'était d'Europe de l'est

...amoureux de beaux livres J’ai adoré ne pas suivre les foules, juste admirer les queues, par les pieds…
et voir quelques petites surprises, le livre de ma tante par exemple… A quand le notre ? Les miens ?
... j'avais ramené ces livres-là, que j'ouvre sur ce blog-ci.

Rajout du 12/05/2010: c'est vrai aussi, mais je l'avais passé sous silence... je ne sais pas pourquoi... j'avais rencontré Christian BRUEL fondateur de la maison d'édition Être. Je venais pour acheter "L'atelier des papillons" de Gioconda BELLI et illustré par Wolf ERLBRUCH et j'étais repartie avec d'autres en espérant m'offrir encore et encore de ses petites merveilles d'impertinence, d'intelligence et de sens.
Avec beaucoup, beaucoup de plaisir je l'avais écouté me parler de la version de"Peter Pan" de James Matthew BARRIE, illustré par Susanne JANSSEN qu'il propose. Il avait stupéfait ma tante qui n'avait jamais cru que derrière l'image mièvre reflétée par les simplissimes versions arrivées jusqu'à nous, l'histoire était aussi riche, intense et complexe sur l'enfance et l'acte de grandir. J'avais une pensée pour Holly Golightly bien-sûr.
J'avais aussi été admirative du travail d'édition de l'abécédaire de ce pédagogue pour qui la lecture était indispensable à l'acte de grandir et d'éduquer: "Le nouvel abécédaire" de Karl Philipp MORRITZ, illustré par Wolf ERLBRUCH.
Je viens d'apprendre que cette maison d'édition meurt... horreur!

Pour les Chroniques littéraires