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mercredi 16 mai 2018

A qui est ce squelette?

© Henri CAP, Raphaël MARTIN et Renaud VIGOURT/ Seuil jeunesse

" A qui est ce squelette?" d'Henri CAP, Raphaël MARTIN et illustré par Renaud VIGOURT est un documentaire parlant de zoologie à partir d'un axe ludique: les os.

© Henri CAP, Raphaël MARTIN et Renaud VIGOURT/ Seuil jeunesse

Oui, ça intrigue, ça fait peur, c'est stylisé! Avec un parti-pris très coloré orange fluo, des contours et un texte bleu foncé, le livre se veut enthousiasmant avec des fenêtres à ouvrir, des textes courts mais exigeants.

© Henri CAP, Raphaël MARTIN et Renaud VIGOURT/ Seuil jeunesse

Les particularités des os sont présentés: solidité, couleur, longévité, poids, rôle, exosquelette ou endo. Il y aura des devinettes, rendre un crâne à son possesseur ou tout son squelette.
Et plus encore, l'os est distingué du cartilage (sans nerfs et vaisseaux sanguins contenu dans les oreilles ou les arêtes), des bois de cervidés, des cornes de bovins (ou girafe) et des dents... mais pas forcément des plumes (de calmar!).

© Henri CAP, Raphaël MARTIN et Renaud VIGOURT/ Seuil jeunesse

A travers les doubles pages thématiques, les premiers vertébrés sur terre apparaissent. Suivent des comparaisons: les articulations comme les pattes, les mains. Une question d'assemblage mais aussi de pousses opposables, de plantigrades ou digigrades, de combat moins déséquilibré qu'il n'y parait entre prédateur et proie.
Le documentaire offre ainsi des focus pour entrevoir l'évolution des êtres vivants vertébrés par l'exemple, la comparaison et les similitudes des os.

vendredi 4 mai 2018

Le Tunnel du Silence - Voyage à Zorgamazoo


""Tais-toi! dit-elle tout bas. Pas un bruit, pas un son!
Et puis au moindre pas surtout fais attention.
On est presque arrivés, mais le dernier morceau...
Pourrait s'avérer le passage le plus costaud.

La carte signale ici une forêt d'aiguillons,
De cornes et d'épines suspendus au plafond.
(Le plan dit "stalactites"... mais moi je me demande:
S'il n'y aurait pas eu un problème de commande...)
Alors, pour avancer sans se faire scalper,
Il faudra de courage et de cran nous armer!
Ces pointes sont fragiles, c'est précisé ici,
Elles se décrocheront au plus infime bruit!
Entendu, Mortimer? Je te fais confiance!
Nous allons traverser... le Tunnel du Silence."

Dans le fameux passage, il n'y avait pas un son...
Mais un drôle d'effet d'insonorisation:
Pas un bruit ne filtrait dans l'étrange corridor...
Le Tunnel du Silence était calme comme la mort.

Alors, à pas de loup, ils avancèrent tout droit,
Un oeil sur le plafond, source de leur effroi.
Ces effrayants piquants, pointus et menaçants,
Ressemblaient à des doigts dans un terrible gant.

La peu gagnait Morty... Il ne scrutait qu'en l'air,
Oubliant de penser à regarder par terre...
Or jonchant le chemin, juste devant ses pieds,
Plusieurs branches de ronces étaient enchevêtrées.

Le malheureux Morty, quelle ne fut sa surprise,
Quand son pied se coinça, jambe et botte comprises.
Il faut lui reconnaître néanmoins cette prouesse:
Il n'émit pas un son en tombant sur les fesses.
Il tomba, en effet, lourdement en arrière...
Mais la chute produisit comme un bruit de tonnerre."
(extrait de "Voyage à Zorgamazoo" de Robert Paul WESTON)

***

Ce roman pour préadolescents est une petite pépite de bonne humeur et d'intelligence.
Katrina, enfant abandonnée à sa nourrice, se rend compte qu'elle sera la victime d'un docteur lobotomisateur. Elle fuit et rencontre Mortimer, un zorg, bête entre un porc, un ours et un chat, munie de petites cornes et d'une cravate. L'une rêve d'intrigue, d'enquête et d'aventure, l'autre de son logis et de sa quiétude.
Par un concours de circonstance fâcheux, enfin pas tant que cela vu la suite, Mortimer gagne à la loterie le gros lot, un cadeau dont il sera le responsable, la cible, la victime: une grande aventure, des plans, une boussole, pour retrouver les zorgs des campagnes disparus depuis peu.
Tous deux partent et vont (re)découvrir un bestiaire fabuleux, des envies, de l’allégresse, de l'émerveillement mais aussi l'ennui, le désespoir, le gris du monde.

Le tout est poétique, en plus d'être en rimes, et surprend à chaque page, par la police, par le narrateur qui interpelle le lecteur mais aussi par ce déluge de vocabulaire rocambolesque, les fantaisies de l'histoire, les soubressauts.
Le roman peut se lire tel quel mais est aussi bonifié par ses références à toute sorte d'autres contes et légendes. Le monde serait plus beau avec des yeux d'enfant, toujours curieux et émerveillé.


jeudi 5 avril 2018

"Princesse de la rue, soit la bienvenue dans mon coeur blessé* " - Pablo de la Courneuve


"- J'ai besoin de toi, tu vas me laver les cheveux, je n'y arrive pas toute seule...
Pablo respire un grand coup. Il avance, passe la porte, pousse un lambeau de tulle, puis un autre. Ce sont des costumes de danseuse, du temps où la vieille femme était une star et pas la Goule. Punaisés au plafond par leurs bretelles, ils dessinent un labyrinthe de fantômes. La poitrine serrée, Pablo le traverse. Pour se protéger des mauvaises choses, il ne doit pas marcher sur les joints du carrelage. Un pied sur un carreau blanc, un pied sur un carreau noir. Au fond de la pièce, il devine la femme dans son baquet, elle fredonne. Un dernier voile blanc, Pablo baisse les yeux. Elle est là, nue devant lui. Elle frotte ses bras avec une grosse éponge jaune. Sa peau laiteuse absorbe la lumière autour d'elle, comme le halo d'une étoile très loin dans le ciel. Ses seins très blancs, petits et ronds, bougent sur sa poitrine. [...] 
- Ah, tu es gêné, dit la vieille femme en se retournant vers le mur, tu n'as pas l'habitude. Excuse-moi."

J'aurais pu vous décrire ce roman jeunesse, vous parlez de Pablo, colombien venu se réfugier en France avec sa famille, vous mettre sur la voie en parlant d'être transparent, de ne pas faire de vague, de n'être plus là-bas mais pas d'ici, d'être le vaurien d'un autre.
J'aurais pu vous parler des émotions, de l'amitié.
Mais les larmes aux yeux je les ai eu dans cette rencontre, entre cette vieille femme, la Goule, et Pablo. De leurs silences, de leur pudeur, de ce quart de folie, de la bonne humeur, de cette retenue, du moment où ce n'est pas le moment. "Dans son corps de vieille femme, la Goule a plus de vie que bien des gens que Pablo croise dans les rues."
Et puis de marche, encore et encore, plus loin, vers les sommets où l'oxygène se raréfie, où juste plus loin vers le ciel d'où les autres partent. De vélo qui roule aussi, loin, encore, pour laisser ce qui ne peut se comprendre là sur le bas-côté. Du médicament contre la maladie des mots.
Oui, à chaque fois, même dans le plus court texte ou dans un récit de moins de 100 pages comme ici, Cécile ROUMIGUIERE distille des pépites.
(extrait de "Pablo de la Courneuve", Seuil jeunesse; *"La complainte de la Butte", paroles de Jean Renoir)

mardi 6 mars 2018

Au commencement

Je prends moins le temps de partager avec vous mes découvertes littéraires mais je lis encore de nombreuses propositions enthousiasmantes. Je reviendrais en 2018 avec peut-être plus de fréquence.





© Henri MEUNIER et Vincent BERGIER/ Seuil jeunesse


Ici un documentaire sorti à la rentrée 2017, parfait pour les petits curieux. "Au commencement" d'Henri MEUNIER et illustré par Vincent BERGIER présente la vie.
Le rien, puis la chaleur, l'atmosphère et puis le premier signe de vie. Ce pourrait être un énième documentaire sur la naissance de la vie mais le parti-pris, réussi, est de personnifier chaque élément et de marquer avec humour les jeunes esprits.
Ce n'est pas une profusion d'informations mais quelques éléments, étapes clefs, du passage du bouillon de culture à nous. J'ai un coup de foudre pour les premières pages ne parlant que de l'atmosphère et des premières cellules. Pas encore d'animal, juste des bactéries, puis des eucaryotes si sympathiques, enfin des plantes, des mousses, des champignons et des méduses.
Bien-sûr vous aurez les dinosaures, les insectes géants et un mammifère qui se prend pour un tigre à dents de sabre (quand les poules n'auront plus de dents!).

© Henri MEUNIER et Vincent BERGIER/ Seuil jeunesse

Ce ne sont que des dialogues d'éléments de vie (plus une date en début de chaque double page). Ils se parlent et jouent sur les références. Alors oui le livre est destiné à un jeune public mais une seconde lecture est tout à fait possible et jouissive pour les plus grands, adultes compris. Des références de jeux (lego), cinématographiques mais aussi des idées sur la théorie de l'évolution ou même ce que nous connaissons maintenant d'elle. C'est drôle, simple et pourtant une belle ouverture sur d'autres découvertes.

© Henri MEUNIER et Vincent BERGIER/ Seuil jeunesse

Peu de texte donc et une illustration très claire en font un documentaire à lire et relire, dans l'ordre chronologique (voire même pas).

dimanche 15 janvier 2017

Les mots Oiseaux

La richesse des cultures, la richesse de notre culture. Notre langue fleurie est un bel exemple de ce que le rapports aux autres, au monde, offre de beau.

© Marie TREPS et Gwen KERAVAL/ Seuil jeunesse

"Les mots Oiseaux" de Marie TREPS et illustré par Gwen KERAVAL propose par thématique de nous emmener en voyage à travers l’étymologie de la langue française. Ici pas d'arrêt particulier pour le latin ou le grec mais des aventures plus anecdotiques. Les gourmandises, vêtements, déplacements, mobiliers de maison, fêtes, faunes, nous dévoilent ainsi des voyages.
Les mots désignant des produits ou us de pays exotiques sont souvent dépendant de leur origine: la tomate, la babouche, le cacao, le bonsaï, la karaté, le judo ou encore le kangourou. D'autres mots sont, par contre, plein de surprise.

© Marie TREPS et Gwen KERAVAL/ Seuil jeunesse

Des produits n'ont pas changé depuis leur création: le croissant de Vienne proposé après la fuite des Turcs, la baba polonais pour se remémorer la grand-mère, le bateau canoë ou canot pris l'un et l'autre des indiens arawaks ou l'exclamation italienne bravo qui a juste perdu son féminin et son pluriel (brava et bravi).
D'autres se sont modifiés légèrement: le pyjama indien, vêtement de jambes ramené par les anglais pour en faire un vêtement de nuit, le toboggan des enfants ancien traineau algonquin.

© Marie TREPS et Gwen KERAVAL/ Seuil jeunesse

Nous découvrons le dragon végétal, le baldaquin perse, le bouquin hollandais comme petit livre et bois de hêtre sur lequel les textes sacrés sont écrits, le fantôme sur lequel nous marchons, l'ambre du cachalot ou grosse tête en portugais.

Quelques indices apparaissent dans les mots, explicités aussi pour certains comme le suffixe -ille diminutif espagnol pour jonquille par exemple
Et j'adore les bambins, bandits, brigands, malandrins, camarades, chenapans, espiègles (Till Eulenspiegel)...

 © Marie TREPS et Gwen KERAVAL/ Seuil jeunesse

Le tout est un abécédaire thématique et facétieux, parfait pour donner envie de voyager et de sourire.

jeudi 23 avril 2015

Yacouba

Thierry DEDIEU est un auteur illustrateur très prolifique. Je ne parle pas beaucoup de lui car le plus souvent ses albums ont un âge de cible plus jeune que celui de mon lutin. Mais je ne passe pas à côté tout de même. Surtout que ses grands formats ressortent en petit format souple!

 © Thierry DEDIEU/ Seuil jeunesse

Avec "Yacouba", l'auteur entame ces petites morales africaines. La fête se prépare dans ce village africain, bientôt les garçons prêts à être des hommes seront initiés et prendront leur place dans la société. Il leur faut affronter la brousse seul et surtout... le lion.
"Sous un soleil de plomb, marcher, franchir les ravins, contourner les collines, se sentir rocher, forcément, herbe, bien sûr, vent, certainement, eau, très peu."
Yacouba part lui aussi et rencontre ce lion magnifique, puissant. Il tient sa lance et bande des muscles mais le lion semble fatigué.

© Thierry DEDIEU/ Seuil jeunesse

Le courage est une marque des plus sages. Est-il aussi l'attribut de tous les hommes? Est-ce que Yacouba trouvera sa place parmi les hommes.
C'est court mais fort! Et avec Thierry DEDIEU, vous serez toujours surpris et admiratif de ses illustrations. Il se joue des styles: des dessins naturalistes ici, des croquis, des encres là, des aplats de couleurs ou encore ici des traits noirs comme au charbon qui donnent une puissance et une nervosité aux visages, corps et animaux.

© Thierry DEDIEU/ Seuil jeunesse

mardi 6 janvier 2015

Frida et Diego au pays des squelettes

L'année 2014 nous a offert un magnifique dessin animé sur la fête des morts au Mexique "La légende de Manolo". Nous avions ainsi découvert une autre forme d'appréhender la vie et la mort. Ce livre illustré contribue aussi à faire connaître cette fête nationale.

© Fabian NEGRIN / Seuil Jeunesse

"Frida et Diego aux pays des squelettes" de Fabian NEGRIN est un album assez court comme une porte ouverte sur la culture mexicaine.
Toute la journée, Frida prépare avec sa famille la fête des morts et le soir venu, elle aide à rendre festif les tombes de leurs proches. Diego, son amoureux, est là aussi, il a un petit crâne en sucre dans la bouche encore mais surtout, il est en train d'embrasser sa meilleure amie. Frida n'y tient plus. Folle de jalousie, elle court à sa poursuite et tombe après lui dans une tombe vide, pile vers le pays des squelettes.

© Fabian NEGRIN / Seuil Jeunesse

Un xoloitzcuintli, petit chien mexicain sans poil, la trouve en bas. Elle découvre une fête, des jeux, des courses, de squelettes bien animés. Diego a rencontré une dame squelette et est ravi. Mais le xolo veille.
© Fabian NEGRIN / Seuil Jeunesse

Alors bien-sûr il y a l'aventure de ses deux enfants qui ne sont que les représentations de deux peintres célèbres et amants, Frida KAHLO et Diego RIVERA. Une romance mais aussi une immense affection pour la culture mexicaine: les aliments de fêtes avec ces célèbres crânes de sucre (calavera de azucar) ou la sauce au chocolat (mole poblano), puis ce fameux chien que les amis aimaient dans la réalité.

 © Fabian NEGRIN / Seuil Jeunesse

Je serais bien restée plus longtemps dans leur monde. Dommage l'album est court et sert juste de porte ouverte mais cela donne envie, grâce aux illustrations offrant aussi une belle part surréelle sous terre, de se plonger plus avant: des racines, des cactus et une nature luxuriante, une tresse sans fin.


*peinture de Frida KAHLO


mardi 4 décembre 2012

Hanouka, Fêtes des lumières

Samedi prochain sera le premier jour de la fête des lumières juives. Pendant 8 jours, des bougies seront allumées le soir sur la menorha... 8 soirs pour se rappeler la résistance juive à l'assimilation hellénique.

© Michael J.ROSEN et Robert SABUDA/ Seuil jeunesse

"Hanouka, Fête des lumières" de Michael J.ROSEN et pop-upé par Robert SABUDA propose une double page de lecture chaque soir de l'allumage des bougies.

Cet ouvrage est déstabilisant. Bien-sûr le découpage pop up de Robert SABUDA est toujours magnifique. Le texte est beau aussi. Mais il n'a pas apporté la chaleur que j'imaginais pour la fête. En fait, le propos n'est pas tant de nous émerveiller des lumières mais de faire acte de mémoire. Ici à chaque page, c'est l'histoire juive qui se délie, un pas de résistance après l'autre.

© Michael J.ROSEN et Robert SABUDA/ Seuil jeunesse

Le livre est fait de papier découpé blanc, où seules les paysages et architectures sont représentées (à part des chameaux et des dauphins). Pas de personnes, pas de couleurs, juste la ménorha spécifique à cette fête, la hanoukia, présente à une fenêtre ou sous une tente. Le fond est l'obscurité ou plutôt le coucher de soleil, le juste moment pour allumer les bougies, l'une après l'autre, en plus de cette 9ième, la chamache (le serviteur), permettant d'allumer les autres.
Entre les lignes, le miracle de ce peu d'huile servant à éclairer et purifier le temple de Jérusalem, qui se consumera en 8 jours au lieu d'1. Mais aussi et surtout une histoire du peuple juif. A chaque page, un nouveau lieu mettant en avant le nomadisme de ce peuple, ses persécutions, la recherche d'un lieu où vivre paisiblement. Puis la terre promise et ses richesses, les festivités avec les enfants et le partage des lumières.

© Michael J.ROSEN et Robert SABUDA/ Seuil jeunesse

Je vous invite à lire l'interview de l'auteur ici (en anglais). Il explique son parti-pris, ce n'est pas tant un livre pour enfant avec ces images joyeuses et insouciantes, qu'un partage intergénérationnel pour comprendre une culture, une foi et savoir qu'elle a résisté. Ce livre, fragile, semble être fait pour qu'un adulte ouvre ses pages, ainsi il perpétue cette culture de l'oralité et offre là des portes ouvertes sur des lumières, allumées pour tous, juifs et non juifs, mais aussi sur toute un peuple... à l'adulte de proposer le reste.

vendredi 9 novembre 2012

Madame Le Lapin Blanc

Et voici le second choix pour une enfant accro aux princesses et contes de fées (le premier étant celui-ci)... une entrée, décalée, dans l'univers féérique et, décalé, de Lewis CARROLL et de son Alice...

© Gilles BACHELET/ Seuil jeunesse

"Madame Le Lapin Blanc" de Gilles BACHELET nous plonge dans l'univers caché du lapin blanc courant avec sa montre à gousset dans "Alice aux pays des merveilles".
Madame Le Lapin Blanc reprend l'écriture de son journal intime. C'est une femme au foyer débordée. Pendant que son mari travaille, de mauvaise grâce, pour la Reine de Cœur et aide Alice, Madame fait le ménage, les courses et tente de comprendre les états psychologiques de sa plus grande adolescente, entre période d'opposition alimentaire et fashionista. Son intérieur regorge de menus travaux à faire et de détails permettant une autre lecture des histoires d'Alice.

© Gilles BACHELET/ Seuil jeunesse

Ainsi dans ce monde-ci, les personnages ont une vie bien différente, au quotidien plus urbain (des magasins pour dodo coquette, d'autres de sport avec bien-sûr les flamants roses et les hérissons). Ce sont aussi les élèves de la nouvelle école de la petite qui intriguent: le chapelier fou par exemple. Et cette salle de classe comme un cabinet de curiosité où le Jaberwocky est tout petit et juste en squelette.
Au fil des illustrations ce sont aussi des modes de vie français et anglais (vieil électroménager, presse féminine) et la condition féminine qui apparaissent. Une petite critique sociale en somme. Mais dans cette débâcle, le Lapin Blanc toujours en retard et pas très attentionné à sa famille va nous prouver le contraire.

© Gilles BACHELET/ Seuil jeunesse

Il ne faut pas se méprendre, derrière, la magie opère toujours... les détails laissés-là emportent. Un chat de Cheshir animal de compagnie, un chien carte faisant sa crotte cœur, la photo célèbre de la véritable Alice Liddel dans la vitrine, le pied immense d'Alice fantasmé s’offrant une entrée dans la maison du Lapin Blanc.

mercredi 26 septembre 2012

Charles, prisonnier du cyclope

Nous attendions avec impatience le second volet des aventures de Charles dragonnet poète. "Charles, prisonnier poète" d'Alex COUSSEAU et illustré par Philippe-Henri TURIN nous ramène à Charles maintenant dragon libre et maitrisant le vol après des débuts difficiles. Il est pourtant un peu seul, il recherche l'amitié.

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse

Oui, il y avait bien la mouche mais elle est morte. Il lui faut trouver un ami, un qui vit longtemps, un qui est grand et non minuscule. Charles part à la recherche au pôle nord... puis aux terres chaudes.

Dans cette aventure, Charles est beaucoup plus avenant... avec presque tout le monde mais dénigre bien les petites coccinelles. Elles meurent trop vite, ils les pleurerait trop longtemps... mieux vaut chercher un autre animal, plus grand... mais il va aller de refus en refus jusqu'à rencontrer le cyclope Polyphème (oui, oui le même que celui rencontré par Ulysse lors de son odyssée).
Et là, le danger gronde aussi...

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse 

L'amitié apparait dans l'entraide et le choix réciproque. Et Charles (oh, menteurs d'auteur/ illustrateur! ;) ), apprend enfin à cracher du feu...
Il y a toujours une gouaille des plus agréables entre les pages et des références, mythologique là mais aussi dans l'humour... comme une ombre de Chaplin (dans le perdu et gaffeur peut-être). Charles a l'esprit toujours alerte et en vers. Nous prenons énormément de plaisir à suivre son festin et à découvrir les états d'esprit de ce petit insatisfait.

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse 

Le travail de Philippe-Henri TURIN est encore plus abouti. Charles est toujours aussi chenapan et détaillé... écailles par écailles, ailes souples et plantes de pied. Mais c'est encore plus les attitudes du dragon et surtout les luminosités qui restent même après la fermeture du livre. Dont un magnifique contre-jour!!!!

jeudi 5 avril 2012

Charles à l'école des dragons

"Charles à l'école des dragons" d'Alex COUSSEAU et illustré par Philippe-Henri TURIN a mis du temps pour arriver à la maison. Le format sûrement: superbe, immense, mais difficilement intégrable dans une bibliothèque. Et voilà: j'ai laissé le seul inconvénient cacher les merveilleuses propositions. Alors ne faites pas comme moi, ne vous en préoccupez pas. Ce livre est fabuleux!

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse

Charles est un dragonnet qui vient de naître... il est magnifique, fait la fierté de ses parents et grandit bien. C'est le temps de l'école, sa maîtresse va lui apprendre à cracher du feu et à voler.

Mais voilà, Charles n'est pas n'importe quel dragonnet, il est poète et ne sait pas se comporter comme un dragon: les cahiers, qui servent normalement à exercer le souffle, le feu par éruption vocale, sont pour lui le support déversoir de son esprit. Parce que oui, il écrit de la poésie, et il écrit beaucoup.
Et puis il est un peu encombrant: grand pieds pouates, immenses ailes, bizarre dans son coin immobile courbé sur ses cahiers. Avec ces extrémités, il tombe de l'arbre sans pouvoir s'élancer, il se prend dans ses ailes, marchent sur les pieds...

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse

Comment faire pour devenir un dragon en ne sachant qu'écrire? Avec un coup de pouce de la vie, une amitié particulière peut-être...

La différence, les défis de vie sont présentés mais ce livre est magnifique plutôt sur la philosophie de vie.
Charles est poète, un poète pessimiste, allergique à la beauté conventionnelle de la nature accueillante et colorée du printemps. Charles est né le même jour que son double réel, le poète Charles BAUDELAIRE. Le spleen est bien là, la vie misérable aussi,... jusqu'à ce qu'elle apporte un renouveau, une place pour Charles sans pour autant le changer.

© Alex COUSSEAU et Philippe-Henri TURIN/ Seuil jeunesse

Les illustrations de Philippe-Henri TURIN sont grandioses. Elles fourmillent de détails dragonnesques. Les couleurs ne limitent pas ce sentiment de solitude, de dégout, de spleen. Les paysages magnifiques marquent une apposition bienvenue entre les émotions de Charles et le réel.

C'est Gaëlle qui m'a confirmé que je devais absolument le lire.

mardi 17 janvier 2012

Monstres et Dragons

Est-ce que pour Noël vos petites têtes vous ont demandé un livre? Enfin, à vous ou à cet autre en costume rouge et barbe blanche. Non? Oui? De notre côté, le lutin en a mis deux sur sa "liste".

© Matthew REINHART et Robert SABUDA/ Seuil jeunesse

"Monstres et Dragons, encyclopédie mythologique" de Matthew REINHART et mis en scène par Robert SABUDA est pile un livre cadeau. Il s'agit d'un pop-up book et, en plus, du maître en la matière, Robert SABUDA. Le livre est interactif, à chaque page, par ces monstres sortant des pages et se précipitant sur nous et ces volets recelant d'autres découvertes.

Chaque double page propose un style de monstre particulier: les monstres mythologiques, les "lézards" (dragons, serpents mythiques), les dragons d'Asie, les monstres des mers, les monstres humains légendaires ou les monstres contemporains de la faune.
Le travail de SABUDA est comme toujours extraordinaire: les découpes sont magnifiques et permettent une mise en 3D animant réellement la lecture. Au monstre mis en valeur dans la double page s'ajoutent d'autres au pop-up plus léger mais nombreux. Les dessins sont superbes, colorés et menaçants, juste ce qu'il faut.
Mais il ne faut pas oublié un élément de ce livre. Je regrette souvent que les pop-up ne soient pas aussi riches en fond. Là, le texte est important, très détaillé, et permet en plus de cette distraction de la manipulation d'avoir une réelle découverte. A chaque type, 4 à 10 monstres sont présentés dans leur histoire phare, avec leur continent d'origine et la période. Les descriptions sont réellement une porte ouverte vers le monstre, les légendes, la mythologie mais aussi l'exploration géographique et l'état des connaissances scientifiques. Autant dire que le lecteur peut être jeune, non encore lecteur, mais aussi lecteur et passionné.

© Matthew REINHART et Robert SABUDA/ Seuil jeunesse

Allez une petite idée du contenu:
"Un goût pour les dragons:
Certaines légendes prêtent à des parties du corps du dragon des pouvoirs magiques. Par exemple, on pensait que manger la mue du lindworm scandinave améliorait la connaissance de la médecine et du monde de la nature, permettant ainsi de gagner des années d'études!"

Il manquerait peut-être juste une planisphère mais bon, c'est du chipotage. Et attention tout de même: le livre est fragile et demande une manipulation douce!

jeudi 21 octobre 2010

Le maître des estampes

Je l'attendais avec impatience et le voilà: "Le maître des estampes" de Thierry DEDIEU. Et quelle merveille!

© Thierry DEDIEU/Seuil jeunesse

L'histoire n'est pas nouvelle dans l'univers des peintres asiatiques. Il s'agit d'un noble souhaitant acquérir une estampe d'un maitre. Ce dernier accepte mais demande un délai et une avance de la moitié de la somme, considérable en plus. L'intérêt scénaristique est dans ce délai, dans ces doutes de malhonnête, d'oisiveté et de vénalité du peintre. Et là, Thierry DEDIEU offre une superbe proposition... le suspens est là.

© Thierry DEDIEU/Seuil jeunesse

Les personnages animaux rappellent la faune satirique dessinée par Hokusai dans sa "Manga" ou ceux défilant dans les emaki et particulièrement les Choju-giga. Mais ici l'inspiration est plus chinoise. Les dessins reprennent un peu ces lignes asiatiques avec des traits de détails plus occidentaux... Les touches de couleurs dans cette monochromie forment aussi une syntaxe de lecture: les personnages et quelques détails choisis des maisons chinoises et du monde des lettrés... pinceaux, thés, balades en pleine nature.© Thierry DEDIEU/Seuil jeunesse

Et puis ce mystère de l'attente, de l'acte de création, est ici extrêmement bien rendu. Le travail en amont et l'état d'esprit y sont graphiquement présent.s Et je ne peux que vous convier à ouvrir le carnet d'étude à la fin de l'histoire...

© Thierry DEDIEU/Seuil jeunesse

Les sciences naturelles de Mr Tatsu NAGATA... la baleine

Juste un billet avant de vous présenter un autre coup de coeur pour cet auteur jeunesse Thierry DEDIEU... l'occasion de vous incitez à aller regarder plus avant cette collection magnifique dont je parlais là avec envie (car pour l'instant je n'en possède qu'un) :« Les sciences naturelles de Mr Tatsu NAGATA ». Ces albums présentent un animal ou un insecte de manière rapide mais pas sommaire en reprenant des éléments scientifiques. Le graphisme est stylé, sur un ton humoristique aux lectures enfantines mais avec une possibilité d’y trouver son compte adulte. C’est une collection vraiment fabuleuse, elle offre des petits détails très révélateurs de la faune et de la flore en permettant de ne pas s’attarder tout en ouvrant le champ des possibles.

© Tatsu NAGATA ;) (ou Thierry DEDIEU)/Seuil jeunesse

« Les sciences naturelles de Mr Tatsu NAGATA, la baleine » offre ainsi une présentation du mammifère avec des indices clairs, précis, d’expertise, avec comme une confidence de cet auteur fictif qui se caricature toujours au début et en fin de livre comme très proche de l’animal.

© Tatsu NAGATA ;) (ou Thierry DEDIEU)/Seuil jeunesse

Le baleineau ne sait pas nager à la naissance, les baleines ont des dents (ou non) etc…

© Tatsu NAGATA ;) (ou Thierry DEDIEU)/Seuil jeunesse

Un régal. Les sites de Tatsu NAGATA pourront vous appâter c’est sûr : c’est ici et là. Et de notre côté nous avons ouvert le livre pour aussi écouter les baleines...

samedi 17 avril 2010

Ma Soeur-Etoile

© Alain MABANCKOU et Judith GUEYFIER/Seuil jeunesse

« Ma sœur-Etoile » d’Alain MABANCKOU et illustré par Judith GUEYFIER est arrivé dans notre bibliothèque suite à une de ces nouvelles que nous réserve la vie.

Cet album au grand format est une très belle proposition. L’auteur congolais, Alain MABANCKOU, nous parle du secret de ses 10 ans : ses sorties nocturnes pour regarder le ciel et particulièrement une étoile. Il croit y reconnaitre sa grande sœur, morte une semaine après sa naissance et qui vit avec les anges aux dires de sa mère.
Il sort la nuit, raconte à cette étoile, lumineuse et « frémissante » ce qui arrive à sa famille. Et par les conversations qu’il a avec elle, toute une partie de l’Afrique nous est dévoilée. Le quotidien de la famille, avec ceux dans les habitations précaires et ceux, plus riches, qui vivent dans le dur. Cette proximité des blancs de l’hôtel, pourvoyeurs involontaires de livres pour l’enfant. Et les superstitions et légendes : les créatures maléfiques de la nuit qui effrayent les enfants, la coutume d’avoir plus d’un enfant par foyer, les sorciers et féticheurs au sein des villages.

© Alain MABANCKOU et Judith GUEYFIER/Seuil jeunesse

Cette histoire est une superbe approche de la mort d’un enfant de la famille, de cet être qui n’a pas assez vécu pour laisser des souvenirs autre que la grossesse. Un hymne à la relation silencieuse et réelle entre l'enfant mort et les survivants, frère et sœur... ou parents.

© Alain MABANCKOU et Judith GUEYFIER/Seuil jeunesse

Les références littéraires sont belles et nous entrainent. « Le petit prince » de SAINT-EXUPERY bien-sûr, la relation de ce garçon à sa sœur est intimement liée à ce symbolisme d’un être égaré, le garçon, en demande de relation, de communication, de compréhension… en demande d’un mouton dans les étoiles. « L’enfant noir » de Camara LAYE aussi par l’illustration mais aussi « Le crédit a voyagé », bar de quartier dans l’histoire, qui est en fait, l’ancien blog d’Alain MABANCKOU lui-même ou le porc-épic en référence à un de ses livres.
Et puis une philosophie de vie, de mort mais aussi d’amitié : l’autre peut apparaitre méchant dans ses comportements mais l’est-il vraiment ? N’est-ce pas une autre sorte d’incompréhension, une autre demande de communication.

© Alain MABANCKOU et Judith GUEYFIER/Seuil jeunesse

Je n’ai tout d’abord pas été très attirée par les illustrations de Judith GUEYFIER. Je ne sais pas pourquoi mais les doubles pages m’ont fait changer d’avis. L’exotisme de ce pays, le Congo, est dans les détails du quartier, quelques modes vestimentaires, quelques commerces. Les couleurs sont profondes et magnifiques et les doubles pages émerveillantes… le garçon rêve, les nuages deviennent des vagues et des dessins, le lit trempé de pluie devient la mer et les moutons apportent comme un exotisme dans cette vie africaine.

« J’ai écrit cette histoire de mon enfance parce que, même devenu adulte, je suis resté cet enfant qui court après sa Sœur-Etoile. Et c’est peut-être aussi pour cela que je suis devenu un écrivain. » Alain MABANCKOU

De quoi donner envie de lire ses œuvres pour adulte !
13/24

lundi 22 mars 2010

L'enfant silence

« L’enfant silence » de Cécile ROUMIGUIERE et illustré par Benjamin LACOMBE est arrivé vite dans notre bibliothèque. Ce sujet, ce trouble, forme un grand thème dans le choix de mes livres.

©Cécile ROUMIGUIERE et Benjamin LACOMBE/ Seuil jeunesse

Il s’agit de cette enfant que la psychologue aimerait aider. Son comportement laisse envisager que chez elle, les gestes sont maltraitants. Mais que faire face à un enfant silence et que pourrait-elle dévoiler ?
L’histoire ne nous parle que peu des violences : des cris, une ceinture qui fouette. L’histoire met en avant le ressenti de la fillette. Calme, trop calme, silencieuse, isolée dans son monde, dans cette comptine sans fin « A avec l’alouette, B berce le bébé, C comme un cygne… » qui l’aide à trouver des repères affectueux, des gestes tendres, une atmosphère rassurante, berçante.
La maison, son foyer, est alors une prison, pourpre et noire, aux pensées comme des alouettes en cage, aux cygnes/signes parentaux si majestueux qui peuvent aussi devenir des loups. L’autorité parentale, le besoin d’amour, l’envie de bien faire, d’être reconnue, de plaire, apparait entre les lignes.

©Cécile ROUMIGUIERE et Benjamin LACOMBE/ Seuil jeunesse

Mais aussi, et là est toute la subtilité, cette culpabilité de l’enfant et son amour authentique pour ses parents maltraitants. « Lui raconter la tanière qu’elle aime par-dessus tout ? Lui décrire ses loups et leur chaleur poivrée ? » Elle se sent responsable des comportements irrespectueux de ses parents, responsable aussi de la rupture potentielle de la famille, comme si, elle séparée de ses parents, le couple, la maisonnée se déliterait. Bien-sûr qu’elle a tord de prendre tout ce poids sur les épaules, que c’est elle la victime. Le silence de la dame qui sent bon le chocolat est d’autant plus précieux.

©Cécile ROUMIGUIERE et Benjamin LACOMBE/ Seuil jeunesse

Tout apparait à travers les sens : la couleur très bien retranscrite par Benjamin LACOMBE, l’odeur, le toucher et la chaleur humaine, pourquoi pas suivie de la glace et de l’éclair… La maison n’est pas rassurante mais c’est chez elle et les jours bleus succèdent aux jours rouges… Mais la fillette a besoin d’aide.

Les illustrations de Benjamin LACOMBE mettent très bien en relief cette pesanteur, silence lourd de sens mais aussi maisonnée aimée et prison. Les alouettes, les cygnes, les loups ou encore la poupée offrent le panel des émotions de la fillette.
Très beau livre, à conseiller aux petits et aux grands.

Lily m’avait vraiment donné envie là.
9/24