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dimanche 28 août 2016

Skim



"J'ai rêvé que je plongeais mes mains dans ma poitrine pour attraper mon cœur et tacher de la calmer."
("Skim" de Mariko TAMAKI et illustré par Jillian TAMAKI; casterman)

samedi 2 mai 2015

Habibi

Ouvrir cet énorme pavé pourrait faire peur mais Craig THOMPSON avec son "Habibi" offre une aventure et le fourmillement de détails proche d'un documentaire.

© Craig THOMPSON/ Casterman

Habibi, mon chéri ou ma chérie, affectueux comme pour un enfant. Dodola a été vendue en mariage par ses parents, à l'âge de la puberté. Son mari, un scribe, lui apprend à lire et à écrire et lui raconte des histoires. Le Coran, les "Mille et une nuits", La Bible, les poèmes deviennent des mots, des lignes.
© Craig THOMPSON/ Casterman

Son mari est tué, elle est captive et s’échappera avec Zam, un petit garçon. Elle en prend soin, il devient son enfant, son protégé, elle lui raconte des histoires, aussi. Et leur relation change petit à petit avec les années et les situations. Ils n'ont qu'une envie, être l'un près de l'autre. Ils se perdent de vue, se retrouvent, pareils mais différents.

© Craig THOMPSON/ Casterman

Dodola et Zam survivent en se protégeant l'un l'autre mais le récit ne défile pas chronologiquement. Les histoires orales prennent autant de place que leur réalité, les sauts dans le temps apportent aussi une certaine fébrilité. Comme leur vie, tout est instable, dangereux. Ils sont victimes des adultes, de l'esclavagisme, de la luxure.

© Craig THOMPSON/ Casterman

Habibi, mon chéri ou ma chérie, je t'aime. Dodola devient une femme et Zam grandit, victime aussi de ses premiers émois. La sensualité devient un autre personnage du récit. La féminité dans ce qu'elle a de matricielle, de fantasmé.

La bande dessinée est un acte de dessin mais aussi de calligraphie, cette calligraphie arabe qui ne se contente pas d'écrire des mots mais symbolisent mais dessinent une forme. L'encre a une place de choix ici: encre de vie, source d'eau. L'encre aussi dans les motifs géométriques de l'art arabisant.
Craig THOMPSON offre là aussi un condensé de culture maghrébine, le Coran mais aussi certains us, les légendes, les écrits des poètes et les histoires sensuelles.

© Craig THOMPSON/ Casterman

Il y appose avec finesse la Bible, des philosophes ou scientifiques, quelques peintures de notre culture (Jean-Louis GEROME, les odalisques, INGRES, ROSSETTI... ou... le chat de Cheshire?!). Ce n'est pas de l'Orientalisme ou de l’exotisme féerique mais une ouverture sur un monde incroyable, de a langue et de la spiritualité pourtant mise à mal par la réalité fictive de l'auteur
Dodola devient ainsi un Bouraq, sorte de sorcière, monture des prophètes, témoin des écrits sains. Grande sœur, maman, amante et passeuse d'histoires. (cf extrait ici)

A ce récit épique, dans le désert, les hammams, le sultanat, se mêle aussi étrangement des éléments de sur-industrialisation, de toxicité apportée par les humains. L'eau devient une denrée encore plus que rare, les détritus prennent toute la place et l'humanité ne montre pas son meilleur jour.
Sur 700 pages, l'homme et la femme se présentent dans leur trivialité et leur mauvais fond. Rares sont les personnages qui s'en sortent. L'auteur apporte aussi des thèmes plus tabous dans cette culture.

© Craig THOMPSON/ Casterman

Là est peut-être le bémol à ce magnifique ouvrage: l'auteur propose de la magie, du graphisme, du symbolisme, un récit d'amour avec ses deux héros mais aussi d'autres détails plus lourds, plus glauques (le violence sexuelle est un élément de pouvoir et la personne n'est qu'une chose). Le propos sur la masculinité, le désir, l'enfantement et la volonté de parenté aurait pu se suffire. Peut-être une volonté de l'auteur de proposer à son lecteur de revenir pour y lire une autre trame, à chaque étape de notre vie.

"Zam avait douze ans quand nous avons été arrachés l'un à l'autre" - Habibi

© Craig THOMPSON/ Casterman

"La tradition mystique dit que 70 000 voiles de lumières et de ténèbres nous séparent du Créateur. Les bébés pleurent à la naissance car l'âme sait qu'elle est séparée d'ALLAH. Et quand un enfant pleure dans son sommeil, c'est l'âme qui se rappelle un partie ce qui a été PERDU. [...]

© Craig THOMPSON/ Casterman

A 3 ans, je racontais à Zam des histoires pour l'aider à s'endormir. [...]
A 4 ans, je racontais à Zam des histoires pour nous rapprocher. [...]
A 5 ans, je racontais à Zam des histoires pour nourrir son imaginaire. [...]
A 6 ans, je racontais à Zam des histoires pour le distraire de la faim. [...]
A 7 ans, je racontais à Zam des histoires pour l'encourager à m'aider. [...]
A 8 ans, je racontais à Zam des histoires pour lui donner des leçons de morale. [...]
A 9 ans, je racontais à Zam des histoires pour  lui montrer que la vie es plus complexe que les leçons de morale veulent le faire croire. [...]
A 10 ans, je racontais à Zam des histoires pour le distraire des études.[...]
A 11 ans, je racontais à Zam nos expériences de manière à peine voilée. [...]
A 12 ans, nous avons été arrachés l'un à l'autre."

(extrait, sur 11 pages, de "Habibi" de Craig THOMPSON, Casterman; j'en parle là)

mardi 24 mars 2015

Féroce

Les loups sont depuis longtemps des présences dans ma vie. Des angoisses peut-être au début mais très vite des compagnons, des sauvages qu'il est difficile d'amadouer, des bêtes fières et sans regret. J'ai même eu la chance d'en côtoyer un, légèrement domestiqué.
J'ai un lien aussi avec les bouleaux. Bien-sûr moins passionnant, quoique. Mes premières siestes de bébé, de tout petit enfant. J'aime l'écorce qui se déchire, se délite mais ne saigne pas. J'aime les tons noir et blanc que l'argent et l'or des feuilles révèlent.
Alors un loup dans une forêt de bouleaux était un thème à ne pas laisser de côté.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

"Féroce" de Jean-François CHABAS et illustré par David SALA est un bel objet aux rabats immenses, aux reflets gaufrés et aux magnifiques illustrations.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

"Quand Fenris naquit, il n'était, comme tous les louveteaux, qu'une petite boule de poils gluante, que sa mère lécha afin de la nettoyer. Mais dès qu'il écarquilla les yeux et ouvrit la bouche pour bâiller, il eut l'air tout à fait sanguinaire, épouvantable et cruel. C'était certes une qualité indéniable pour un loup, mais point trop n'en faut: ses frères eux-même furent effrayés."

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Fenris grandit mais toujours avec sa gueule si impressionnante qu'il fait peur. A force d'effrayer sans rien faire, à force d'être seul, il le devient, c'est si simple. Féroce dans cette forêt. Féroce au point d'être annoncé partout où il passe. "Plus il était redouté, plus sa cruauté augmentait ; la solitude aggravant les choses, le loup rouge devint légendaire. Il était désormais Fenris le Féroce. Celui qui faisait se coucher les fleurs, et ployer les herbes des champs."

Mais qu'est-ce donc? Une fillette perdue? Que fait-elle là toute seule dans la forêt? Elle ne sait pas encore à qui elle a affaire. Il va lui montrer. Elle sera gober toute crue ou au mieux déguerpira devant tant de férocité.
"On ne l'avait pas touché depuis des années.
 - Ah ! on est timide ! dit la petite fille. On s'effarouche facilement ! Remarquez que je ne vous jette pas la pierre. Il m'a souvent été répété, à moi-même, de ne pas adresser la parole aux étrangers. Vous avez des parents autoritaires ?"

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Ce loup mis de côté, réduit à son apparence, à qui on ne laisse aucune chance, devient lui-même ce que l'on attend de lui. Dans cet album, c'est le devenir de chacun qui est en jeu, le choix d'être ce que nous souhaitons.
Il y a aussi cette référence au chaperon rouge... face, cette fois, au loup rouge. Un loup qui fait peur ou une enfant qui fait peur.
C'est une histoire d'amitié, de partage, de choix de vie.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

mercredi 11 mars 2015

Le coffre enchanté


Une illustration de ce petit conte pour les plus jeunes lecteurs. "Le coffre enchanté" de Jean-François CHABAS et illustré par David SALA est une mise en bouche.
Un coffre merveilleux, sublime, que personne ne peut ouvrir. Un coffre offert (à contre-cœur souvent) à l'Empereur. Mais qu'il y a-t-il dedans? Tous sont appelés à la cour pour l'ouvrir... ici le serrurier vient tenter sa chance...
David SALA proposait déjà ses reflets, ses éclats, ses touches de lumières. C'est beau (inspiration Gustav KLIMT et peut-être Kay NIELSEN pour le chevalier de la couverture) mais depuis, l'illustrateur a poussé son style encore plus loin sur les autres albums faits avec son compère auteur, "Le bonheur prisonnier" ou "La colère de Banshee" (et le texte est lui aussi plus dense).

lundi 6 mai 2013

Le pays de Jade (ou un peu de l'Atlas d'Orbae... avant le Secret)

Je n'ai pas encore acheté "Le secret d'Orbae" de François PLACE et pourtant je suis tentée... j'aime beaucoup les propositions de cet écrivain. J'avais un doute aussi: est-ce la réédition de son "Atlas des géographes d'Orbae", une suite, un extrait? Je suis encore dans le doute. En attendant, et parce que je n'ai pas encore parlé de cet atlas, en voici un extrait qui avait été publié seul...
L'atlas est en fait le résultat de 26 présentations de monde, de pays, de cultures. A chaque lettre une histoire et une géographie. Le livre est en fait constitué de 3 tomes: "Du pays des Amazones aux îles Indigo", "Du pays de Jade à l'île Qinookta" et " De la Rivière Rouge au pays des Zizotls". "Le pays de Jade" correspond donc à la géographie du "J". Je n'ai que les deux derniers pour l'instant.

© François PLACE/ Casterman

L’Empereur du pays de Jade est en séjour dans son pavillon d'été et, une nouvelle fois, la pluie l'indispose. Les astrologues responsables du choix des régions ensoleillées ont failli et se retrouvent punis. Le troisième astrologue de la cour, Han Tao, le plus jeune, est dépêché pour trouver la raison de leurs erreurs et ainsi sauver sa tête et celles de ses anciens maitres.
Il part dans les contrées du pays de Jade aidé d'un domestique. Ils parcourent la forêt des pins rouges et se font guider par les moines Boules de feu, passent le Col des cinq grimaces et ainsi découvrent peu à peu ce qui est arrivé.

Le voyage dans ce pays aux traits infiniment asiatiques est très plaisant. Nous pouvons y retrouver certains codes, vestimentaires, d'autorité des dignitaires mais aussi culturelles (le thé juste dans une illustration... pour que vous l'imaginiez mieux j'ai dû faire un zoom, vous comprendrez au "chapitre illustration", mais aussi des lettrés avec ce vieux peintre potentiellement influencé par le Moine Citrouille amère).

© François PLACE/ Casterman

Dans cette quête, presque une enquête, Han Tao le jeune astrologue agit avec raison, sans dispersion ni précipitation. En cela il est serein comme un disciple des spiritualités asiatiques mais aussi concentré et montre les relations que les hommes ont avec la nature et l'harmonie à préserver.
Et bien-sûr la fonction de "Chercheur de soleil", lecteur du vol des oiseaux-soleil, est une pure merveille.

Comme toujours les illustrations de François PLACE sont à l'encre et rehaussées de couleur. Il y a une sorte d'influence asiatique concernant le choix de ses pages entières: ce sont à chaque fois des paysages, magnifique tableau ancrant le récit dans une flore et une géologie, où les personnages sont tout petits et sans réel expression faciale. J'y retrouve aussi des influences des peintres botanistes ou explorateurs, gageant sur l'ensemble et presque une réalité du rendu.

© François PLACE/ Casterman

François PLACE a toujours le pouvoir de nous faire voyager, ici comme dans d'autres propositions, nous suivons par l'histoire les traces d'une civilisation. J'aime ce côté spatiogène ("Les récits d’espace créeraient les espaces dans lesquels se meuvent les protagonistes et les personnages secondaires. Les récits seraient donc spatiogènes si l’on me permet ce néologisme bâti à partir du nom latin spatius/étendue, espace et du mot latin et grec genesis / naissance, formation [...] hypothèse intéressante, théorisée par Michel de Certeau" extrait du blog Les territoires de l'album, proposition écrite autour des géographes d'Orbae). Il créé ainsi une aventure, un voyage et une exploration presque scientifique (un peu d'ethnologie fictive et de botanique ou zoologie par exemple).
Magique!

N'hésitez pas à acquérir l'atlas, comme de petites nouvelles d'aventure... en attendant le secret. Et à relire "Les derniers géants" qui, depuis, a reçu un prix.

lundi 15 avril 2013

Teri Hate-Tua, l'épouvantable tortue rouge!

Bon, la couverture et les illustrations au cœur du récit sont de Kitty CROWTHER (et vous connaissez mon admiration). Bon, il parait qu'elle choisit les textes qu'elle illustre. Bon, Jean-François CHABAS n'est pas non plus un écrivain inconnu chez nous. Alors récupérer "Teri Hate-Tua, l'épouvantable tortue rouge!" dans la bibliothèque jeunesse des cousins devenus trop grands et le lire allait ainsi de soi.

© Jean-François CHABAS et Kitty CROWTHER/ Casterman

Le vieux Bébert est accosté au comptoir d'un troquet, un jeune loup de mer à ses côtés. Il se pavane et va même jusqu'à dire qu'il a tué Teri Hate-Tua un monstre marin. Bien-sûr son voisin ne veut pas le croire. Bébert est un vieux marin un trop trop tourné sur la boisson.
Et pourtant Bébert a 20 ans n'est pas le même, sur le baleinier La Joyeuse Cocotte. Fringant, il est le seul survivant d'un naufrage, témoin de l'apéritif que font ces copains pour les requins. Il se réveillera avec une magnifique vision, Hana, une jeune fille merveilleuse habitante de l'île de Bwaga.
Il est sain et sauf et pourtant les habitants de cette tribu sont cannibales: bah oui, Bébert a encore les cheveux blonds à cette époque.
"Nous sommes navrés, mais il va nous être absolument impossible de vous manger. J'espère que vous nous ferez la grâce de pardonner cette grossièreté."
Mais il ne faut pas les titiller avec la langue et leur religion: ils vouent un culte à un bon orthographe et à la tortue rouge.
" "Nous v'là bien", que je me dis. "Manquait plus que ça. J'ai le choix entre mourir à coup de dictée et finir transformé en napperon de dentelle de Bruges par l'aut' rougeaude. Ah! elle est belle, la vie! Merci maman!"

Le récit est court mais très attirant. En peu de pages, l'aventure est là et l'humour aussi. Ce sont des jeux de mots, des références et le texte peut tout à fait se lire à haute voix. Parfait pour entrer dans l'univers des explorateurs, des pirates et des aventuriers.

vendredi 2 décembre 2011

Le bonheur prisonnier

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

"Le bonheur prisonnier" de Jean-François CHABAS et illustré par David SALA est un album grand format magnifique. Comme pour le premier que j'avais lu du duo, "La colère de Banshee", ils revisitent un conte du monde en nous invitant en Chine cette fois-ci.

Le narrateur, Liao, revient sur son enfance... à l'aube de ses 7 ans. Dans sa maison où les générations se côtoient et où les ancêtres ont aussi leur place, le bonheur est vivant. Un petit insecte choyé et adoré, un grillon du foyer retenu dans une cage en or dans la cuisine, chante pour les habitants.
Oui mais un soir, il interpelle l'enfant de la maison pour lui demander de l'aide.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

La place des traditions et des croyances est décrite avec poésie. Le bonheur est déterminé et est aussi une affaire de famille. Le geste enfantin devient au cours du récit un geste raisonné, une prise de position à la fois sur un bonheur vécu au dépend d'un autre mais encore plus sur une responsabilisation et non une culpabilisation.

La relation entre l'arrière-grand-mère, Na, et ce petit garçon apporte la chaleur humaine, la transmission aussi de cette responsabilisation et de la croyance bouddhiste.
D'ailleurs le conte de fée n'est pas où on l'attend: l'incarnation en être humain n'est peut-être pas la plus réussie... hum une réflexion aussi bouddhiste, non!?

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Les illustrations sont toujours aussi colorées, pleines et lumineuses. A chaque fois, ce sont des formes décoratives assez art déco et végétales. Les fonds, les paysages et les habits prennent une dimension graphique entière. Elles apportent une atmosphère, chargée certes mais onirique. J'y retrouve encore du Klimt avec aussi cette présence des rides si superbes, par exemple de cette main, par rapport aux visages lisses des plus jeunes personnages...
La présence du chat bleu mais aussi le fond plus épuré de la salle du Bouddha sont d'autres portes ouvertes sur le livre.

L'avis de Libouli (et cette main)

mercredi 24 novembre 2010

1001 activités autour du livre

©Philippe BRASSEUR/ Casterman

« 1001 activités autour du livre » de Philippe BRASSEUR est arrivé par chez nous avant même que le lutin soit lecteur. Hum, je reprends, presque avant même que le lutin soit "demandeur de lectures" (il a 4 ans!).
Livre référence par excellence, il reprend des idées pour attirer l’imaginaire autour du livre. Et il fait bien de reprendre les dix droits du lecteur de Daniel PENNAC : de ne pas lire, de sauter des pages, de ne pas finir un livre, de relire, de lire n’importe quoi, au bovarysme (s’identifier au personnage), de lire n’importe où, de grappiller, de lire à voix haute et de nous taire.
Un livre fabuleux à mettre entre les mains de ceux qui veulent initier les bambins au plaisir, de lecture entre autre, mais surtout de l’imaginaire, de la création et de la communication…
Il se découpe en 8 chapitres aussi bien construits les uns que les autres avec des objectifs, une méthode et des références pour aller encore plus loin.
Soit :
Créer un climat qui donne envie de lire
Lire une histoire « pour le plaisir »
Animer la lecture d’un livre
Explorer la forêt des livres
Jouer avec les mots des livres
Jouer avec les images des livres
Dessiner, bricoler, inventer au départ des livres
Mettre un livre en scène


Un vrai bonheur d'idées mises en évidence ici : utiliser une mascotte pour amener l'enfant du réel à l'imaginaire avant et après avoir lu à voix haute,

©Philippe BRASSEUR/ Casterman

lire à voix haute (même aux adultes), mettre un décor dans la pièce de lecture, lire ou « comptiner » n'importe où, utiliser son corps, provoquer des cadavres exquis ou choisir de regarder la vie du méchant…

©Philippe BRASSEUR/ Casterman

Ce livre permet d’aller encore plus loin : de déclarer ouverte l’envie de lire, d’imaginer et de créer… Je ne suis pas étonnée de retrouver Yak RIVAIS , l’univers comique et déroutant de Philippe CORENTIN…
…chaque page propose de créer, nous aussi, d’autres terrains d’explorations.

Mon petit loup mettait les idées déjà en pratique: il m'indiquait déjà quelle page vous photographier...

©Philippe BRASSEUR/ Casterman

samedi 26 juin 2010

La Galette et la Grande Ourse

© Anne HERBAUTS/ Casterman

Et voilà, un autre Anne HERBAUTS, une merveille, plus accessible aussi que "Lundi" : que demander de plus pour foncer l'acheter, bah rien! C'est fait!
Nous suivons un groupe d'amis à la tombée de la nuit, au clair de lune. Mais justement, de la lune pas de croissant juste un cil, les amis sont inquiets. Que peut-il se passer? Mais bien-sûr c'est la grande ourse, cette constellation dans le ciel (animal fait d'étoiles), prise de gloutonnerie. Il leur faut alors trouver une solution.© Anne HERBAUTS/ Casterman

Tout est beau: la présentation des personnages, où la description est elle-même une aventure, une poésie... Une sensibilité comme du Arnold LOBEL avec en particulier son hibou Hulul bien-sûr (c'est un hommage officiel) mais aussi semblable à cette nouvelle génération d'illustrateurs et de poètes, les personnages de Kitty CROWTHER (Jérémie la grenouille, Jim la mouette) ou ceux de Mélanie RUTTEN (Mitsu, Öko). Ainsi les personnages ont un physique, un habit et une maison qui donnent une idée de leur conception de la vie. Les détails ont leur saveur, le bric-à brac aussi.

© Anne HERBAUTS/ Casterman

L'histoire est toute douce. Tialouli le merle, Quenouille le crapaud, Anton le gourmand, Domino le domino et Crabistouille le "paquet de sucre" aiment dire au revoir au jour et bonjour à la nuit... et tous les soirs la lune leur répond de son œil rond. Mais dans cette obscurité, pas moyen de se laisser aller à la nuit. C'est une solution conviviale, respectueuse, poétique et lente (comme les moments de vie intenses et les partages tous doux) qui est choisie.

© Anne HERBAUTS/ Casterman

L'arrivée de la nuit après le jour, la recherche de moments d'amitié, de petits bonheurs... il y a de la chaleur humaine (euh animal ou bricàbracesque) dans l'histoire d'Anne HERBAUTS. Le dialogue entre les êtres imaginaires et la lune, personnifiée pour l'occasion, a toujours la saveur des moments avant les rêves, entre la réalité et le féérique. On retrouve "Hulul et la lune" d'Arnold LOBEL bien-sûr mais surtout cette récupération poétique et imaginaire des éléments extérieurs animant les enfants: la nuit, le jour, la lune (ou l'hiver de Hulul)... et une chaise rouge. Du miel dans l'étincelant des étoiles, des crêpes imaginaires comme autant d'astres...

Et puis les illustrations sont toujours une merveille: des aquarelles "piquetées de sel", des rajouts de texture... J'aime. A chaque fois, c'est comme une nouvelle expérience de texture que cette artiste nous propose.

Gaëlle propose un billet enthousiaste. Malice vous entraine dans l'univers de l'artiste.

23/24

mardi 8 juin 2010

Le voyage d'Henry

Je ne suis pas toujours conquise par les livres que le lutin ramène de l'école en prêt. Il faut avoué qu'ils conviennent plus à son âge mais je les trouve plus "binaires". Ce n'est pas tant péjoratif qu'une autre vision de l'enfant, en devenir mais qui serait en demande d'une histoire simple. Enfin la question de la littérature jeunesse, et de quelle littérature jeunesse, fera l'objet de bon nombres de billets sur ce média.

© D.B. JOHNSON/Casterman

Là, j'ai failli passé à côté, cela aurait été dommage, d'une part pour l'illustration et d'autre part pour cette sagesse dans l'histoire. "Le voyage d'Henry" de D.B.JOHNSON est l'histoire d'Henry, ours sage et taquin qui propose à son ami d'aller à Fitchburg (l'histoire est tirée du livre "Walden" de Henry David THOREAU, citée ici). Henry marchera et son ami travaillera pour s'acquitter du prix du billet de train et arriver par ce moyen de locomotion.

Henry marche, prend le temps de regarder la nature (faire un herbier ou regarder les oiseaux), d'aller au rythme des paysages (traverser, naviguer, grimper) et de jouir des moments offerts (récolte de miel ou cueillette de mûres). De l'autre côté, l'ami d'Henry travaille, pour la mairie, la poste ou les particuliers ( de menues besognes mais utilisation d'un temps) et arrive bien-sûr avant Henry.© D.B. JOHNSON/Casterman

Autant la temporalité est au centre du livre, comme succession d'actes mais aussi utilisation de ce temps, jouissance d'un moment. Le travail semble quelque chose de subalterne, pourquoi donc pourvoir à des besoins en travaillant pour en avoir les moyens financiers, quand la satisfaction d'autres, peut-être plus insignifiants pour certains, offre de vrais moments de bonheur. Je soupçonne les illustrations de nous offrir tout de même des activités rémunérées joyeuses quand le texte pourrait être plus tranché!
Bien-sûr c'est aussi une fable écologique, la nature a une place de choix et les détails véridiques sur les randonnées d'Henry David THOREAU sont un plus: "Il adorait se promener dans les bois et dans les champs : les plantes et les animaux qu'il croisait au cours de ses balades étaient ses meilleurs sujets d'inspiration. Dans ses poches, il y avait en permanence un crayon et du papier, un couteau, de la ficelle, une lunette d'approche, une loupe et une flûte. Il parcourait facilement cinquante kilomètres par jour, un vieux livre de musique sous le bras pour lui servir d'herbier et un bâton à encoches pour mesurer les choses."
(postface de l'édition Casterman, les albums Duculot). Cela donne envie d'aller lire l'original.

"Le voyage d'Henry" n'est qu'une des propositions sur ce thème offert par Henry David THOREAU, ainsi D.B.JOHNSON nous offre la cabane en forêt et d'autres passages. Ce que j'ai aimé aussi ce sont les multiples références mises dans les illustrations et les textes l'air de rien. Des références à des auteurs amis ou penseurs sympathisants : Ralph Waldo EMERSON (la bibliothèque déménagée lui appartient), Nathaniel HAWTHORNE (le jardin désherbé est à lui), Bronson ALCOTT (petit bois rentré dans sa cuisine)...
Les illustrations sont magnifiques. Des couleurs en demi-teintes, la nature ou l'urbanité sous des aspects plus géométriques, un peu cubiques. Vraiment une découverte à confirmer.

20/24

vendredi 19 mars 2010

La colère de Banshee

« La colère de Banshee » de Jean-François CHABAS et illustré par David SALA m’avait fait de l’œil avec sa couverture aux reflets d’or mais ce sont les mots de Mirontaine qui ont fait le reste.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Je l’ai acheté et le lis avec beaucoup de plaisir (et de théâtralité) à notre loupiot. Il faut bien le dire, quelques crises sont survenues dernièrement. Des sentiments très forts l’empoignent tout entier et il ne sait pas encore comment contrôler l’absence des êtres aimés. Les colères sont alors très très violentes.

Banshee est une enfant princesse : cheveux dorés, yeux étincelles, robe miroitante. Elle est en colère et ne supporte pas de voir le monde autour d’elle ne pas en être ému. D’une démarche électrique, au sens propre carbonisante, elle va ordonner aux éléments de se déchainer. Le temps calme ne dure pas, le vent devient tempête, la mer houleuse fait peur aux marins experts de la mer, le requin est obligé de se sauver aussi. Mais quelle est la raison de la colère de Banshee ?

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Outre cette anecdote, j’ai beaucoup aimé les éléments naturels qui prennent de l’ampleur, de la puissance, devenant source de frayeur. Et que dire de cette enfant qui ne conçoit pas être extérieur au monde, pas en son centre.
L’émotion, elle aussi, est très bien amenée. Une émotion si forte, si oppressante, si englobante, qu’il faut le crier au monde entier. Une banshee, sorcière, n’a pas la convenance de société de se murer dans le silence, le défoulement est visible et aux proportions extraordinaires. La petite a peut-être exagéré mais comment vraiment se rendre compte des frustrations d’un enfant…

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Les illustrations de David SALA sont magnifiques. Effectivement les fonds ressemblent à du Gustav KLIMT comme l’indiquait Mirontaine. J’ai cru y voir aussi une sorte de préraphaélisme dans la peinture de ces deux femmes, la fille et sa mère. Et puis, mais est-ce vraiment cela, un peu de John BAUER dont je montrais là quelques illustrations et que l'on peut retrouver sur ce blog aussi en cherchant par son nom… une enfant blonde dans une nature haute et sauvage, marchant, se précipitant.
Les couleurs sont très belles et ces effets dorés offrent vraiment un plus, féérique, enfin de sorcière, quoi !

Bauchette a aussi beaucoup apprécié et vous offre un très beau billet là
5/24

dimanche 14 mars 2010

Lundi

©Anne HERBAUTS/Casterman

« Lundi » d’Anne HERBAUTS est un superbe livre très poétique. Lundi est un pingouin, il a ses activités prenantes mais pense aux jours de la semaine constamment. Ses amis sont une théière et « deux mains », chaque personnage est et fonctionne comme son propre nom… un lundi, une théière pour faire le thé et un ami pour se serrer la main.

©Anne HERBAUTS/Casterman

Grâce à Lundi nous rencontrons les saisons/ personnages, le printemps pour rire et s’étirer, l’été d’odeurs et de couleurs, l’automne pour s’envoler et l’hiver où tout s’immobilise. Au fil des saisons, Lundi se sent si petit, il en vient à disparaitre. Ses amis vont le chercher.
Les illustrations d’Anne HERBAUTS sont très poétiques, comme des crayonnés d’enfant pour le fond, des aplats de couleurs et énormément d’effets de graphisme et de typologie : papier gaufré, page blanche, effets de couleurs.

©Anne HERBAUTS/Casterman

Cette histoire est très poétique et capte l’attention pour nos petits un peu plus grands. L’histoire n’est qu’un prétexte aux sensations. Une très belle lecture après la compréhension de la temporalité : des saisons et de la semaine. De quoi aussi faire la différence entre un nom, une fonctionnalité et une façon d’être : nous ne sommes pas que ce que nous faisons.


Challenge "Je lis aussi des albums (jeunesse)" 2/24

samedi 26 septembre 2009

Le gourmet solitaire

« Le gourmet solitaire » de Jiro TANIGUCHI et Masayuki KUSUMI est une BD sans action apparente, nous suivons un homme d’affaires, célibataire la plupart du temps, qui, à la moindre occasion, entre dans les restaurants de quartier…il aime la gastronomie de tous les jours.



« Il faut un sacré courage pour entrer la première fois dans un restaurant inconnu, quand on y pense. Et je ne parle pas d’entrer dans un de ces restaurants hyper chic dans un pavillon traditionnel aux murs passés au brou, ni dans un de ces restaurants français qui vous refusent l’entrée si vous n’êtes pas en smoking-cravate.
Non, je veux parler d’entrer dans un de ces restos tout ce qu’il y a de plus banal. Enfin, « banal »…Les tenanciers n’apprécieraient sans doute pas qu’on traite leur établissement de « banal », mais je veux dire un de ces petits bistrots comme il y en a partout avec un plat du jour tel foie de porc à l’ail à la poêle à 680 yens, salade de tofu froid inclus, ou une de ces gargotes de soupe de nouilles ramen plus demi-portion de riz cantonnais à 600 yens. Ce genre d’endroit devant lequel, la première fois, vous vous posez la question : « Entrerai-je ? N’entrerai-je pas ? »
(…)
Provoquer une certaine appréhension, en fait, c’est le premier critère pour qu’un restaurant soit « bon ». Un restaurant doit conserver une part d’ombre, des recoins peu clairs, une atmosphère plus ou moins tendue, une aura mystérieuse et sombre. Même dans un bistrot sans prétention, il faut que les clients restent suffisamment sur leurs gardes pour qu’en cas de mauvaise cuite ce ne soit pas là qu’ils aillent se sentir mal, se battent ou fassent du grabuge. Une sorte de système de contrôle automatique de l’inconscient des clients.
Cela fait dix ans que je prends plaisir à rechercher les bons bistrots et les bons restos, ceux qui me plaisent à titre personnel, pas parce qu’on en parle dans les magazines ou à la télé. Quand j’en découvre un, vite je veux parler de ce plaisir, même si je sais très bien que ce plaisir est aussi lié à cette appréhension qu’il m’a fallu affronter, en frissonnant. Je veux le recommander à tout le monde..et je ne veux en parler à personne. Ce sentiment, est-ce que vous croyez que ces abrutis qui vont faire la queue devant un restaurant parce qu’un guide gastronomique en a parlé peuvent le comprendre ? »



Si vous êtes de ceux-là et que la cuisine japonaise (un peu familial) vous tente, n’hésitez plus. Vous en aurez l’eau à la bouche…



Unagi-don (bol d’anguilles grillées sur riz)



" Oeuf de saumon à la sauce de soja, marinés à la sauce de soja, les oeufs de saumon bien gros, belle quantité. Pousse de ginembre rose. Navet. Algues nori des rochers: ce sont des nori cuites à la sauje de soja, là encore c'est copieux. Peau de tofu crue à la kyôtoïte: fourrée à la ciboulette, servie avec une sauce "ponzu" vinaigre et agrume sauvage. Le riz a l'air un peu lourd. Bol d'anguille grillée sur du riz (servi vec un bouillon clair au foie de poisson et légumes confits au sel): tronçon d'anguille plutôt court, joli aspect glacé, bien gonflé."


Manjû (petit gâteau cuit à la vapeur)

Shumai (bouchée vapeur à la viande)


Mamekan (haricots noirs sucrés en gelée)


"Les haricots noirs: bruns, à gros grains, appétissants et vraiment fondants. Sauce au miel noir mais sans goût entêtant, plus léger; doux sans être trop sucré. La gelée: translucide avec effet moiré."



Bol de riz garni "à la ENOSHIMA"

"Turbo cornu cuit dans sa coquille. Pré-découpé sans assaisonnement. Légumes confits au sel: deu légumes différents; aucun commentaire particulier. A vue de nez ça a l'air d'être un bol de riz "oyako" (avec poulet et oeuf) dans un bol très évasé, beaucoup de lamelles d'algue "nori "et peu de riz. Soupe miso au crabe: une moitié de crabe trempé dans la soupe. Ca fait de l'effet mais le miso est plutôt fade."



Je ne peux qu’encourager Lu Fanni à continuer sur sa lancée et nous proposer encore d’autres « gourmande solitaire », le 1 et le 2 .

Il ne faut pas oublier que dans ce manga, en suivant ce solitaire, nous déambulons dans le Japon populaire, nous nous mêlons à la foule et le voyage culinaire en devient aussi sociologique. Vous pouvez lire le billet très bien fait de Pollanno ici .