Affichage des articles dont le libellé est La temporalité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est La temporalité. Afficher tous les articles

mercredi 13 mars 2013

L'arbre généreux

De Shel SILVERSTEIN nous connaissons ses poèmes dans ""Le bord du monde" dont la "recette du sandwich à l'hippopotame". Avec "L'arbre généreux", il nous offre un court récit plein de sagesse.

© Shel SILVERSTEIN/ École des loisirs

Le garçon aime l'arbre et ce dernier le lui rend bien... grimper, se balancer, manger ses pommes. Mais l'enfant grandit et néglige cette amitié. Il ne pense plus autant à l'arbre et il le retrouve ses occupations ne sont plus à l'émerveillement et au jeu mais tournées vers des considérations bien matérielles. Et l'arbre généreux tente, encore, de satisfaire le jeune homme et l'homme plus âgé que le garçon est devenu.
Mais que peut bien offrir un arbre à son ami?

© Shel SILVERSTEIN/ École des loisirs

Shel SILVERSTEIN dépeint son garçon comme un petit insatisfait, dès lors qu'il a quitté l'enfance et nous réconcilie avec lui à son grand âge.
Cette histoire est belle et, oui, généreuse. J'aime aussi que l'auteur nous propose ses croquis émaillant le texte, surtout les chaussures et les trognons de pommes au pied de l'arbre...

© Shel SILVERSTEIN/ École des loisirs

lundi 10 décembre 2012

L'été de Garmann

"L'été de Garmann" de Stian HOLE est un album magnifique à mettre aux pieds du sapin. Et, quelle chance, il a des suites "La rue de Garmann" et "Le secret de Garmann".

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Garmann a peur de rentrer au CP. C'est la fin de l'été et les tantines sont de visites. Elles sont vieilles et apportent avec elles leurs petits et moyens maux et leurs joie de vivre.
Lors de cet après-midi d'été, le garçon se rend compte que les enfants ne sont pas les seuls à avoir peur. Les tantes pensent à la mort et à la vieillesse avec poésie et sans rancœur... le papa parle de ses absences professionnelles et de son trac de musicien, la maman de ses peurs pour Garmann mais aussi d'autres plus frivoles.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

La vie apporte là de petits instants précieux et taquins, un dentier dans un verre d'eau, un skate comme déambulateur mais surtout de très beaux moments de poésie à qui sait regarder... des poils sur le menton d'une vieille tante mais aussi une veine bleue que l'on peut suivre comme un aveugle du bout du doigt.
Les préoccupations enfantines, perdre une dent de lait, ne pas savoir nager, rentrer au CP, deviennent comme des moments précieux, d'étape dans une vie.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Les illustrations de Stian HOLE sont déconcertantes. Des photographies retouchées et des dessins mettent en scène de manière assez surréaliste la vie de Garmann, comme monter dans un bus scolaire accompagné de sa maman Grace de Monaco et y retrouver Elvis Presley entre autres musiciens et autres personnages "culturels". Le jardin, avec ses plantes, ses oiseaux et ses insectes a une part importante dans l'album, presque comme tableau de la temporalité... la fragilité de la vie d'un moineau ou d'une guêpe, des feuilles qui tombent.

Cet album est magnifique. Plein de poésie, il parle de questions sensibles sans mièvrerie et surtout donne un sacré entrain pour la vie et cette part de l'enfance aux multiples découvertes.

jeudi 15 novembre 2012

Les deux routes

Les éditions Notari proposent de très belles nouveautés en ce moment, mais avant de vous parler d'un autre de mes coups de cœur du moment, je reviens sur un plus ancien... parce qu'il ne faudrait pas passer à côté, tout de même.

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO n'en sont pas à leur première collaboration et à chaque fois la magie opère. Je les connaissais pour des propositions pour lectorat plus jeune, ici, ils nous offrent avec "Les deux routes" une magnifique invitation au voyage.

La première route est la bleue. Le papa, le fiston et la grand-mère la prennent. C'est l'autoroute, la route la plus rapide. La seconde est la rouge. La maman, l'autre fiston et la sœur prennent l'ancienne route. Bien-sûr ils sont partis plus tôt, avec des casses-croutes à cas où. Chaque route est une histoire autonome, pour lire l'autre il faut prendre le livre en sens inverse... mais même à la lecture de l'une, l'illustration de l'autre apporte une relativité du propos.

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

La bleue est rapide. Le trajet sera court, ils le savent. Ils ont hâte d'arriver. De toute façon, le voyage n'est pas très agréable, il faut déchiffrer des chiffres et des panneaux, longer des murs d'isolation (de la circulation), se contenter d'un arrêt repas pas très bon, se faufiler dans la file d'attente.
C'est une route encore urbaine même en pleine campagne: le paysage ne forme presque que des traits, pas le temps de voir autre chose avec la vitesse.
La bleue est une invitation à profiter de l'arrivée, une route vers le futur mais aussi empreinte de passé: "On en profite pour penser au passé. On en profite pour rêver au futur. On essaie d'imaginer ce qui nous attend à la fin de la route. Ça ne va pas tarder, nous allons arriver... Qui sera là pour nous attendre?"

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

La rouge est lente, sinueuse. Elle déambule dans les quartiers oubliés de la ville avant d'en sortir puis direction la campagne et ses habitants, de la ferme comme des maisons.
Elle est longue, il faut prendre le temps (son temps), ne pas se frustrer à chaque imprévu, savoir s'arrêter pour demander le chemin. C'est aussi profiter du voyage, des jeux, du vent et des arrêts spontanés et non chronométrés, pour un pic-nique, pour un baby-foot.
"Le soir commence à tomber. Nous traversons un vieux pont. Tout en bas, là, il y a une rivière où des gamins se baignent. "On peut s'arrêter juste un petit peu? Allez...""
La rouge est aussi un voyage en soi.

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

Nous pourrions croire à première lecture que la rouge est la plus mise en valeur. Oui, bien-sûr, mais Isabel MARTINS n'oublie pas les désagréments, non pas de la lenteur, mais l'irritation, les erreurs de parcours, comme aussi un arrêt de la climatisation. Les enfants sont fatigués et énervés.
Ils arrivent tard, les enfants derrière dorment... mais c'est aussi ça le voyage avec un grand bol de liberté!

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

Les illustrations de Bernardo CARVALHO ont toujours cette clarté de propos. La bichromie rouge/bleue est bien-sûr là pour suivre les histoires. Mais encore plus  ce sont les routes qui apportent la fluidité. Nous voyageons avec eux... lignes droites et larges, lignes sinueuses, paysages ou absence de paysage et puis les personnages de la famille avec beaucoup de tendresse.

jeudi 25 novembre 2010

Je mange, je dors, je me gratte, je suis un wombat

"Je mange, je dors, je me gratte, je suis un wombat" de Jackie FRENCH et illustré par Bruce WHATLEY est une belle petite proposition pour les petits.

© Jackie FRENCH et Bruce WHATLEY

Nous suivons un wombat dans son quotidien très chargé: sieste, repas, bêtise, repas, grattage, repos... Oui vous savez ce marsupial australien, un vombatidé (ce qui nous aide pour la prononciation;) ). Les illustrations très douces de Bruce WHATLEY offrant un marsupial nounours et des humains ahuris et cette répétition des actes du quotidien très "enfantins" et spontanés le rendent de suite très sympathique. Cette boule de poils sauvage va au fil des pages s'approcher d'une famille humaine voisine. Elle découvre à sa manière à quoi sert un paillasson, une corde à linge, des tuyaux d'arrosage ou un jardin et va prouver qu'elle sait retenir toute l'attention de ses nouveaux amis, quelques peu lents à comprendre tous ses désirs...

© Jackie FRENCH et Bruce WHATLEY

Ce journal intime au texte court reprend le déroulement d'une journée et d'une semaine et offre de beaux moments de rire avec les bêtises et les demandes "très claires" du wombat. Ce livre peut aussi se lire en imitant la "gym" nonchalante du marsupial. Une manière d'appréhender la temporalité, la succession des jours et des actes du quotidien mais aussi une manière de rire de la différence entre animal et humain. De quoi avoir envie de suivre ses nouvelles aventures, à présenter parallèlement au développement d'un enfant d'homme, "Je joue, je saute, je creuse, je suis un bébé wombat".

© Jackie FRENCH et Bruce WHATLEY

Un beau coup de cœur des enfants!

jeudi 9 septembre 2010

Pomelo grandit

© Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD /Albin Michel Jeunesse

J'ai tout de suite aimé ce Pomelo, un coup de cœur graphique en fait: petit éléphant miniature, rose, à la trompe si grande, si grande... Et c'est par ce grand format, "Pomelo grandit", que le lutin est entré dans cette atmosphère créée pour la série par Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD.

Je ne vous parlerais pas de la série ici, j'y reviendrais. Pomelo est confronté dans cet album à des questions existentielles sur l'acte de grandir: "Sur son chemin du matin, Pomelo croise une fourmi, des patates, un caillou, des fraises, un pissenlit... Un pissenlit étonnamment petit." Il a grandit. Avec enthousiasme, fébrilité, énergie, Pomelo se pose les questions et à chaque page l'illustration de Benjamin CHAUD offre une solution visuelle.
Grandir pour faire en grand... mais qu'est-ce que grandir? " Et puis d'abord, est-ce qu'il ne faut pas être moyen avant d'être grand? Oui mais... moyen moyen, moyen grand, grand moyen ou simplement moyen?" Les questions des petits, comme des grands, sont ici posées avec énormément de poésie et d'humour: l'acte physiologique, la peur de devenir un géant, de ne pas grandir "uniformément", © Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD /Albin Michel Jeunesse

le processus long, le chamboulement interne, les nouveaux goûts, les droits, les rêves et les devoirs. C'est aussi une première approche de l'enfance, de l'adolescence, un début de départ vers la grande aventure. Grandir, c'est aussi prendre des forces, se construire, affronter ses peurs.
Les questions sont en suspend, la réponse inconnue, la proposition visuelle déroutante et amusante, grandir apparait être un questionnement, une aventure, du doux, du piquant, de l'envie. Aucun doute, sous des aspects de livre pour enfant, le petit éléphant rose continue à nous faire réfléchir et philosopher.

© Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD /Albin Michel Jeunesse

Les illustrations sont toujours aussi réjouissantes, décalées, très réalistes et aussi en abstraction, jouant sur la mise en page, la grandeur de l'album mais aussi les indices papier, de quoi vraiment attirer l'œil des plus petits. Un coup de cœur!

Les avis de Gawou et de Clarabel qui m'ont donnée envie de me ruer sur cet album.

samedi 26 juin 2010

La Galette et la Grande Ourse

© Anne HERBAUTS/ Casterman

Et voilà, un autre Anne HERBAUTS, une merveille, plus accessible aussi que "Lundi" : que demander de plus pour foncer l'acheter, bah rien! C'est fait!
Nous suivons un groupe d'amis à la tombée de la nuit, au clair de lune. Mais justement, de la lune pas de croissant juste un cil, les amis sont inquiets. Que peut-il se passer? Mais bien-sûr c'est la grande ourse, cette constellation dans le ciel (animal fait d'étoiles), prise de gloutonnerie. Il leur faut alors trouver une solution.© Anne HERBAUTS/ Casterman

Tout est beau: la présentation des personnages, où la description est elle-même une aventure, une poésie... Une sensibilité comme du Arnold LOBEL avec en particulier son hibou Hulul bien-sûr (c'est un hommage officiel) mais aussi semblable à cette nouvelle génération d'illustrateurs et de poètes, les personnages de Kitty CROWTHER (Jérémie la grenouille, Jim la mouette) ou ceux de Mélanie RUTTEN (Mitsu, Öko). Ainsi les personnages ont un physique, un habit et une maison qui donnent une idée de leur conception de la vie. Les détails ont leur saveur, le bric-à brac aussi.

© Anne HERBAUTS/ Casterman

L'histoire est toute douce. Tialouli le merle, Quenouille le crapaud, Anton le gourmand, Domino le domino et Crabistouille le "paquet de sucre" aiment dire au revoir au jour et bonjour à la nuit... et tous les soirs la lune leur répond de son œil rond. Mais dans cette obscurité, pas moyen de se laisser aller à la nuit. C'est une solution conviviale, respectueuse, poétique et lente (comme les moments de vie intenses et les partages tous doux) qui est choisie.

© Anne HERBAUTS/ Casterman

L'arrivée de la nuit après le jour, la recherche de moments d'amitié, de petits bonheurs... il y a de la chaleur humaine (euh animal ou bricàbracesque) dans l'histoire d'Anne HERBAUTS. Le dialogue entre les êtres imaginaires et la lune, personnifiée pour l'occasion, a toujours la saveur des moments avant les rêves, entre la réalité et le féérique. On retrouve "Hulul et la lune" d'Arnold LOBEL bien-sûr mais surtout cette récupération poétique et imaginaire des éléments extérieurs animant les enfants: la nuit, le jour, la lune (ou l'hiver de Hulul)... et une chaise rouge. Du miel dans l'étincelant des étoiles, des crêpes imaginaires comme autant d'astres...

Et puis les illustrations sont toujours une merveille: des aquarelles "piquetées de sel", des rajouts de texture... J'aime. A chaque fois, c'est comme une nouvelle expérience de texture que cette artiste nous propose.

Gaëlle propose un billet enthousiaste. Malice vous entraine dans l'univers de l'artiste.

23/24

jeudi 24 juin 2010

Hulul et la lune

© Arnold LOBEL/École des Loisirs

"Hulul et compagnie" d'Arnold LOBEL est dans notre bibliothèque familiale depuis bien 1 an. Ce livre, recueil compilant des histoires toutes douces "Sept histoires de souris", "Porculus", "Ranelot et Bufolet", "La soupe à la souris", "Oncle Eléphant" et "Hulul" bien-sûr, est une référence en littérature jeunesse. Une de celles qui se transmettent de génération en génération, une de celles qui restent en mémoire.
Ce sont des histoires courtes, pour les plus jeunes, avec une dose de poésie autant dans les illustrations que dans les textes.

"Hulul" est peut-être mon préféré. Ce petit hibou solitaire, un peu naïf ou tout du moins d'une curiosité sur les choses très émouvante. Ou ses moments très poétiques, avec son thé aux larmes par exemple. Des larmes venues en pensant aux objets cassés pour déguster cette boisson chaude et salée, un peu nostalgique mais si chaude au cœur. "Hulul et la lune" est aussi une belle conversation sur la nature, la nuit, la solitude et l'amitié...

© Arnold LOBEL/École des Loisirs

voici une vidéo vous présentant cette histoire.

dimanche 13 juin 2010

La vie bercée

"La vie bercée" de Hélène DORION et illustré par Janice NADEAU est un livre riche. Un livre jeunesse pas forcément, un livre sur la jeunesse, un livre à offrir à un enfant qui en sort, à relire aussi quand nous attendons une autre vie à naître, pour se rappeler ce don de vie, ce don d'angoisses et de grands bonheurs.

© Hélène DORION et Janice NADEAU/Les 400 coups

Le texte emprunt de poésie n'est pas simple. Il demande un effort mais si vous le faites, l'enfance et l'adolescence, comme étapes, sont décrites dans ce qu'elles ont de majeures.
Il s'agit presque d'une lettre ouverte à tout enfant à naître, des mots pour réconforter, des mots pour expliquer l'indicible mystère des premières années, des mots pour prévenir les grandes peurs. Le texte s'adresse à lui et déroule le fil du temps qui là, avec l'aide de l'illustratrice, prend différents états: corde à linge où la layette sèche, vague de bercement, fil de laine, boule de neige et fil d'équilibriste.
"D'abord tes yeux s'ouvriront,
un visage s'approchera du tien,
amour et peur, pour la première fois..."
La naissance, cette première fois (et non la dernière) : "cela passera très vite, tu verras" laisse la place aux premières années floues, au bercement, à cet amour parental.
Hélène DORION propose un décryptage tendre, lucide et parfois cinglant des premières fois, amenant vers les désirs et ce que la vie en fait. Il est beau de s'imaginer être adulte avec une profession correspondant aux valeurs de cœur d'un enfant: docteur contre la douleur, avocate pour la justice et la vérité. Il est plus difficile de poser ses ambitions de vie pour aller de l'avant... dans la vraie vie, celle qui offre les merveilles mais aussi les désillusions.
Le petit enfant, dans la joie des premiers apprentissages, des jeux. © Hélène DORION et Janice NADEAU/Les 400 coups

Ce beau moment de la découverte de la lecture, aussi "Le petit prince". Cet émerveillement de la nature, ce goût de l'enfance pour le sport... et tout le développement physique et psychologique.© Hélène DORION et Janice NADEAU/Les 400 coups

Mais aussi les grandes angoisses, le corps qui change, les passions, l'amour comme des papillons (presque une référence à "Un million de papillons" de Edward VAN DE VENDEL).

"Puis la mer sera trop salée,
les vagues trop puissantes,
tu tourneras plus de sept fois
dans sa bouche, mais sur le rivage,
tu échoueras."
Et puis cette enfance, prise dans un généalogie, une enfance veut dire aussi des parents, une famille, des non-dits, des jalousies, de la solitude, du partage mais aussi des silences, des manques, des portes qui claquent, qui se ferment, de l'absence et de la distance... pour revenir.

Ce livre n'est pas simple car je pense qu'il doit être lu et relu, offert et lu encore, parce qu'il offre beaucoup d'allusions. Il ne donne pas de clef aux peurs, aux peines, aux deuils, si ce n'est que la vie reprendra son cours et qu'elle est faite de promesses, de rêves, de flux et de reflux... de mémoire mais aussi de passion.

© Hélène DORION et Janice NADEAU/Les 400 coups

Les illustrations de Janice NADEAU offrent une fraicheur, une lecture enfantine mais pas dénuée de sens aux allusions et désillusions. Les aquarelles sont magnifiques, fines et ensoleillées. Elles donnent aussi un autre sens à l'écrit et permet de voir de l'espoir. Le texte, ainsi paré, peut s'offrir aux nouvellement parents comme aux enfants.

Pour vous faire une idée, je vous incite à lire le billet de Clarabel et du ressenti de sa pitchoune

mardi 8 juin 2010

Le voyage d'Henry

Je ne suis pas toujours conquise par les livres que le lutin ramène de l'école en prêt. Il faut avoué qu'ils conviennent plus à son âge mais je les trouve plus "binaires". Ce n'est pas tant péjoratif qu'une autre vision de l'enfant, en devenir mais qui serait en demande d'une histoire simple. Enfin la question de la littérature jeunesse, et de quelle littérature jeunesse, fera l'objet de bon nombres de billets sur ce média.

© D.B. JOHNSON/Casterman

Là, j'ai failli passé à côté, cela aurait été dommage, d'une part pour l'illustration et d'autre part pour cette sagesse dans l'histoire. "Le voyage d'Henry" de D.B.JOHNSON est l'histoire d'Henry, ours sage et taquin qui propose à son ami d'aller à Fitchburg (l'histoire est tirée du livre "Walden" de Henry David THOREAU, citée ici). Henry marchera et son ami travaillera pour s'acquitter du prix du billet de train et arriver par ce moyen de locomotion.

Henry marche, prend le temps de regarder la nature (faire un herbier ou regarder les oiseaux), d'aller au rythme des paysages (traverser, naviguer, grimper) et de jouir des moments offerts (récolte de miel ou cueillette de mûres). De l'autre côté, l'ami d'Henry travaille, pour la mairie, la poste ou les particuliers ( de menues besognes mais utilisation d'un temps) et arrive bien-sûr avant Henry.© D.B. JOHNSON/Casterman

Autant la temporalité est au centre du livre, comme succession d'actes mais aussi utilisation de ce temps, jouissance d'un moment. Le travail semble quelque chose de subalterne, pourquoi donc pourvoir à des besoins en travaillant pour en avoir les moyens financiers, quand la satisfaction d'autres, peut-être plus insignifiants pour certains, offre de vrais moments de bonheur. Je soupçonne les illustrations de nous offrir tout de même des activités rémunérées joyeuses quand le texte pourrait être plus tranché!
Bien-sûr c'est aussi une fable écologique, la nature a une place de choix et les détails véridiques sur les randonnées d'Henry David THOREAU sont un plus: "Il adorait se promener dans les bois et dans les champs : les plantes et les animaux qu'il croisait au cours de ses balades étaient ses meilleurs sujets d'inspiration. Dans ses poches, il y avait en permanence un crayon et du papier, un couteau, de la ficelle, une lunette d'approche, une loupe et une flûte. Il parcourait facilement cinquante kilomètres par jour, un vieux livre de musique sous le bras pour lui servir d'herbier et un bâton à encoches pour mesurer les choses."
(postface de l'édition Casterman, les albums Duculot). Cela donne envie d'aller lire l'original.

"Le voyage d'Henry" n'est qu'une des propositions sur ce thème offert par Henry David THOREAU, ainsi D.B.JOHNSON nous offre la cabane en forêt et d'autres passages. Ce que j'ai aimé aussi ce sont les multiples références mises dans les illustrations et les textes l'air de rien. Des références à des auteurs amis ou penseurs sympathisants : Ralph Waldo EMERSON (la bibliothèque déménagée lui appartient), Nathaniel HAWTHORNE (le jardin désherbé est à lui), Bronson ALCOTT (petit bois rentré dans sa cuisine)...
Les illustrations sont magnifiques. Des couleurs en demi-teintes, la nature ou l'urbanité sous des aspects plus géométriques, un peu cubiques. Vraiment une découverte à confirmer.

20/24

mercredi 2 juin 2010

Super (- super) gloupi

© Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DE WEEL/ Être

Il a suffit que je m'intéresse aux éditions Être pour que cet auteur que je connais pourtant pour "Un million de papillon" illustré par Carll CNEUT... et après pour "Petit lapin stupide" illustré par Gerda DENDOOVEN pour que j'ai envie de suivre quelques autres propositions. Et que ne fut pas ma surprise de découvrir des poèmes en prose, frais et pour enfants, qui mériteraient de faire partie de toutes lectures redondantes, au sens positif du terme (pour prévenir un dysfonctionnement) et dans notre cas pour pérenniser une douceur de vivre. J'avais expliqué là en quoi je recherchais une transmission des lectures jeunesse et j'aimerais vraiment partager aussi (si accord) ce ton humoristique tendre et intelligent avec notre lutin, en faire une référence. © Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

"Super gloupi" et "Super super gloupi" de Edward VAN DE VENDEL et illustrés par Fleur VAN DER WEEL sont de vrais petits bijoux. Chaque recueil propose 51 et 49 petites histoires, de la poésie de vie. Gloupi est un poisson dans un bocal mais ce ne sont pas ses histoires, il s'agit bien de celles de son propriétaire, un petit chien en maillot marin, coquin, taquin et curieux.
Le langage est précis, le vocabulaire parfois pointu, les histoires sont intelligentes et quelque fois un peu philosophiques. Alors pour certains ce serait une lecture adolescente et adulte. Mais ce serait dommage car là, ce petit chien nous propose la vie à hauteur de Tom pouce et des préoccupations de petit garçon avec une philosophie d'adulte.© Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

Des activités en plein air et de l'émerveillement autour de la nature ("La neige dépose un flocon dans mon oreille. Trop facile de glisser de nouvelles pièces dans la machine!"), © Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

des bêtises assumées où les ustensiles du quotidien changent de fonction, © Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

des détails d'une vie d'enfant qui prennent un air d'autre monde ("on entend les ascenseurs. Ils soufflent et respirent. J'entends leurs chants tristes, graves et lents de baleines captives."). Entre les histoires, une philosophie de vie, quelques ironies: © Edward VAN DE VENDEL et Fleur VAN DER WEEL/ Être

piquer à la fourchette les bruns et blondes qui cuisent au soleil, être heureux d'avoir de l'argent de poche encore à son âge quand l'homme assis mendie dans la rue sans que personne ne le voit. Et puis il y a aussi toutes les petites et grandes émotions (être malheureux d'une dépouille de merle sans sépulture) et une vision de la vie et de la vieillesse.
Un délice de lecture!!! Je vous mettrais une ou deux histoires plus tard.

Mais ces petites scènettes ne seraient rien sans les illustrations de Fleur VAN DER WEEL. Elles apportent un pendant à l'action, une manière de constater ce qui se passe vraiment quand les mots, eux, rappellent une vision d'enfant. Et puis ce chien a une gueule, une esthétique, il est lui-même très drôle avec pourtant si peu de traits de la face (visage). J'aime aussi beaucoup le parti-pris de ne montrer que l'action et d'opter pour une bichromie... le chien toujours noir, le décor noir et blanc et le détail de l'histoire surligné par une couleur. Verte pour le premier recueil (Super gloupi) et bleu pour le second (Super super gloupi).

dimanche 14 mars 2010

Lundi

©Anne HERBAUTS/Casterman

« Lundi » d’Anne HERBAUTS est un superbe livre très poétique. Lundi est un pingouin, il a ses activités prenantes mais pense aux jours de la semaine constamment. Ses amis sont une théière et « deux mains », chaque personnage est et fonctionne comme son propre nom… un lundi, une théière pour faire le thé et un ami pour se serrer la main.

©Anne HERBAUTS/Casterman

Grâce à Lundi nous rencontrons les saisons/ personnages, le printemps pour rire et s’étirer, l’été d’odeurs et de couleurs, l’automne pour s’envoler et l’hiver où tout s’immobilise. Au fil des saisons, Lundi se sent si petit, il en vient à disparaitre. Ses amis vont le chercher.
Les illustrations d’Anne HERBAUTS sont très poétiques, comme des crayonnés d’enfant pour le fond, des aplats de couleurs et énormément d’effets de graphisme et de typologie : papier gaufré, page blanche, effets de couleurs.

©Anne HERBAUTS/Casterman

Cette histoire est très poétique et capte l’attention pour nos petits un peu plus grands. L’histoire n’est qu’un prétexte aux sensations. Une très belle lecture après la compréhension de la temporalité : des saisons et de la semaine. De quoi aussi faire la différence entre un nom, une fonctionnalité et une façon d’être : nous ne sommes pas que ce que nous faisons.


Challenge "Je lis aussi des albums (jeunesse)" 2/24

lundi 16 novembre 2009

J'ai grandi ici

© Anne CRAUSAZ/ Mémo

« J’ai grandi ici » d’Anne CRAUSAZ
, simple dans son texte, propose de nombreuses autres lectures et quel plaisir !

Une graine va affronter tous les temps et toutes les saisons pour devenir un arbre fruitier.

© Anne CRAUSAZ/ Mémo

Le style est graphique et clair. Le vent est puissant, l’eau et la neige vivantes même sans dynamique, les bestioles abondantes et comme aussi en arrêt.

© Anne CRAUSAZ/ Mémo

Une vie d’arbre comme des diapos avec une coupe de la terre qui permet de savoir ce qui se passe au-dessus et en-dessous… Une histoire poétique, qui offre aussi une vision de nos rapports à la nature et à ses aliments.

© Anne CRAUSAZ/ Mémo

Le fil du temps évoqué est aussi à l’origine d’une découverte des saisons et des différents éléments de l’arbre caractéristiques de chaque (les branches nues, les feuilles, les fleurs, les fruits et la notion de maturité).