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vendredi 9 octobre 2015

Brindille

Il en a fallu du temps pour lire cet album primé. J'ai presque tous les autres de Rémi COURGEON et pourtant j'avais laissé celui-ci de côté. Pas parce qu'il ne me faisait pas de l’œil mais parce que beaucoup en avait parlé... alors j'ai attendu qu'il ne soit plus d'actualité.

© Rémi COURGEON/ Milan Jeunesse

Brindille est la dernière d'une famille de garçons. Elle aime jouer du piano. Son père est chauffeur de taxi, de nuit. "Il avait été mineur, là-bas, en Russie. Ses yeux étaient bordés d'ombre. Il disait que c'était le charbon qui était resté incrusté dans sa peau."
La journée, ses frères la chahutent et les corvées se jouent aux bagarres. Brindille perd tout le temps. Et puis son prénom est bien plus jolie: Pavlina.
Un jour, elle en a assez. Assez d'être secouée, assez d'être sous-estimée par les hommes de la famille, assez d'être Brindille. Elle veut faire de la boxe. Une gauchère ne se refuse pas, la voici entrainée. A la maison aussi, elle fait ses preuves d'agilité et de frappe... moins de tâches ménagères, plus de boxe. Elle est prête pour son premier match.

© Rémi COURGEON/ Milan Jeunesse

Cet album parle des choix à faire pour trouver une place au sein d'une famille un peu perdue. Une place de fille parmi les garçons, peut-être.
Il aborde aussi le thème de la souffrance, du deuil dans l'indifférence mais aussi l'appel de la violence, de la force brute pour se défendre.
C'est beau et, comme toujours avec cet auteur, l'histoire recèle bien des réflexions possibles.

© Rémi COURGEON/ Milan Jeunesse

La patte de Rémi COURGEON est toujours aussi reconnaissable. Des couleurs flashy, des aplats avec une forme étrange... ici une forme blanche en point d'interrogation (la queue du chat) mais aussi cette bandelette, ce biceps. C'est une atmosphère et en même temps assez pêchu!


mardi 28 avril 2015

Bouche au vent

Oui, j'aime le travail de Rémi COURGEON! J'ai retrouvé un de ses anciens albums et, comme à chaque fois, le charme opère. Gageons qu'il soit réédité, pourquoi pas à prix doux ou avec d'autres histoires.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Giacomo suit son père sur les chantiers. Son père est artiste-peintre-en bâtiment. Comme bon artiste italien, il chante aussi ou plutôt il siffle de l'opéra. Giacomo n'y arrive pas. Il faut sûrement qu'il attendent d'avoir les dents d'adulte. Mais non, rien.

Il lui faudra une émotion (voir extrait) pour que le vent lui ouvre la voie. Giacomo sait qu'il veut vivre avec et de la musique. Puis il rencontrera les autres bouches au vent pour poursuivre sa vie, fonder sa famille, inspirer son humeur et son quotidien.

"Puis il y eut d'autres voyages, sous d'autres vents. Blizzard, föhn, tramontane, simoun, sirocco, alizé, melteme, autan."

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Rémi COURGEON proposait là un album sur deux de ses thèmes favoris.
La musique comme pratique rigoureuse d'un instrument mais aussi expression de soi, chrysalide complète. Grâce à ce son de souffle, de vent, Giacomo grandit, se découvre, pratique une profession et trouve un sens à sa vie.
Le partage intergénérationnel n'est jamais loin non plus. Le père de Giacomo veut partager et transmettre sa passion, son fils le fera aussi en vivant.

Et puis j'adore le vent!

"Giacomo n'avait jamais vu la mer. " - Bouche au vent



- Rassure-toi, la mer ne t'a jamais vu non plus, plaisantait sa grand-mère.
La blague faisait rire tout le monde, sauf Giacomo. Pour ses sept ans, ses parents lui firent la surprise. Il l'emmenèrent en Normandie, les yeux bandés. Il faisait un froid de mouette. Quand il eut droit de regarder: merveille! Il n'avait jamais rien vu d'aussi grand... Giacomo resta bouche bée devant toute cette eau que le sable n'arrivait pas à boire. Le vent en profita pour souffler dans sa bouche comme le goulot d'une bouteille. Un long sifflement puissant. Un soufflement."

(extrait de "Bouche au vent" de Rémi COURGEON, Mango jeunesse, dont je parle là)

dimanche 12 avril 2015

Les cheveux de Léontine

Vous pouvez retrouver "Les cheveux de Léontine" de Rémi COURGEON dans son album recueil dont je vous parlais là, en plus de cet album cartonné grand format.

© Rémi COURGEON/ Nathan

Une enfant porte un prénom qu'elle n'aime pas, "Léontine la honte", et se cache derrière ses cheveux. Noirs, ils sont magnifiques mais pourquoi donc les garder aussi longs et quel visage cache-t-elle derrière? Elle doit justement en avoir honte, c'est sûr!

© Rémi COURGEON/ Nathan

Mais Léontine les garde car elle les tient de son père mort et reste derrière parce que trop timide. "Ce rideau séparait Léontine des autres. Cela les agaçait et parfois les rendait méchants." Chahutée, elle tombe et se fait rattraper par... ses cheveux. Ils ont une vie propre. Ils lui apportent liberté et force et frémissent quand la garçon chanteur de la classe d'à côté passe près d'elle.

© Rémi COURGEON/ Nathan

Rémi COURGEON nous offre là une ode à la liberté d'être soi. Bousculés par les autres, les enfants sensibles apprennent à s'assumer et à vivre pleinement. Cela donne de la poésie dans le comportement et dans les frémissements des premières émotions.

dimanche 5 avril 2015

J'aime pas les clowns

Une nouveauté que nous devons à Vincent CUVELLIER avec aux crayons Rémi COURGEON, deux que j'aime suivre séparément, cela ne se refuse pas.

© Vincent CUVELLIER et Rémi COURGEON/ Gallimard jeunesse

"J'aime pas les clowns" fait partie d'une œuvre plus complète sur la Seconde Guerre Mondiale. Il n'est pourtant pas besoin de lire les deux premières propositions de Vincent CUVELLIER, "L'histoire de Clara" et "Je suis un papillon", pour savourer celle-ci.
Une grand-mère traine son petit-fils au cirque pour voir un spectacle de clowns. Mais il n'aime pas les clowns. La grand-mère ne les aimait pas non plus. Mais celui-là est un bon, un bon clown.
Pourquoi donc a-t-elle changé d'avis? C'est arrivé une soirée d'été, à la fin de la guerre. "La guerre? On l'avait perdue. On l'avait même perdue plusieurs fois. Je sais pas qui a eu l'idée... ma mère, j'imagine... je me souviens de sa voix douce, elle m'a dit, viens, ce soir, on va au cirque, y aura des clowns... ça m'avait surprise, je me souviens que ça m'avait surprise... je pensais que les clowns aussi avaient perdu la guerre."



© Vincent CUVELLIER et Rémi COURGEON/ Gallimard jeunesse

A travers cette sortie, nous suivons cette grand-mère enfant dans Berlin. Des fleurs jaunes, de belles chevelures, une sortie dehors même le soir. Un cirque d'après guerre, des animaux blessés comme les hommes. Ces clowns font rire toute l'assemblée sauf elle. Et puis elle aurait pu aller sur la piste et c'était presque drôle avec l'autre petite fille. Après le spectacle, la maman sort en direction des roulottes. La petite aux tresses avait un peu peur mais elle n'était pas bien maligne... comme son petit-fils.

© Vincent CUVELLIER et Rémi COURGEON/ Gallimard jeunesse

Vincent CUVELLIER nous offre une vue de la vie d'après-guerre des vaincus et plus particulièrement des enfants. Des privations, des pères partis en guerre et pas forcément revenus. A travers quelques détails l'enfance apparait dans sa candeur mais aussi l'ambiguïté de ses sentiments.
Le rire aussi est une ligne directrice. Rire de des clowns "... leur pif, leurs pieds, leurs fleurs en plastoc". Ce lâcher-prise après de grands chamboulements, cette impulsion salvatrice qui pourtant n'est pas toujours accessible à certains enfants. Rire cela s'apprend, se réapprend.
Et bien-sûr Rémi COURGEON propose de magnifiques illustrations aux teintes orangées et sépia. Des scènes dans la pénombre, des ombres bien présentes.
Il s'agit d'une toute petite porte ouverte mais avec pudeur le voile se lève sur cette période.


lundi 4 août 2014

Le Nougaro

Il s'agit d'un album particulier: une biographie, une présentation du "sélectionneur" d'oeuvre et de l'illustrateur et en avant pour la découverte d'un chanteur auteur... sans musique.

 © Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

"Le Nougaro" avec les textes de Claude NOUGARO, sélectionnés par Camille MEYER et illustrés par Rémi COURGEON est une mise en scène qui aurait pu être biaisée. Aucun CD n'est délivré avec le livre et pourtant la magie opère.
Tout d'abord les textes de NOUGARO sont des pépites de jeux de mots, de nuances et d'esprit. Se focaliser sur les mots donnent ainsi une visibilité, une appréhension plus facile.
Bien-sûr l'on retrouve le chanteur jazzi, avec "Le jazz et la java", "Amstrong" et toutes les nuances chaudes qu'il a su y mettre comme dans "La locomotive d'or".

 © Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

D'autres très connues suivent avec "Toulouse", "Nougayork", "Ma fille Cécile" mais quel plaisir d'y trouver aussi mes préférés "Une petite fille en pleurs", "Le coq et la pendule", "Le petit taureau" ou "Quatre boules de cuir"... "Rimes" "Je suis sous". Bon oui j'aime Claude Nougaro.

 © Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Les textes sont toujours aussi riches de sens et de finesse. Nougaro aime les femmes, l'amour mais aussi l'intensité et la vie. La sélection n'a pas éludée les fragilités, le désespoir et la sensualité même pour un jeune lectorat. Bravo!

 © Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Et puis la "lecture" et l'écoute de Rémi COURGEON sont belles. Des courbes féminines, des silhouettes rythmées, des lignes de sens. Un beau répondant.


mercredi 9 juillet 2014

L'Oizochat

J'aime le travail de Rémi COURGEON. "L'Oizochat", son dernier album, n'est pas forcément mon préféré mais il correspond tout à fait à celui qui permet de rentrer dans son univers.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Il est tombé un jour dans cette forêt de Cécédille, du ciel. Oui l'Oizochat est comme un oiseau ou presque. En fait, les habitants de la forêt ne savent pas qui il est, l'étrange animal ne parle pas leur langue. Des ailes, dont une blessée, comme les volatiles mais un minois de chat. Que faire de lui? Qui va le considérer comme de sa communauté? Les habitants demandent l'aide du sage grand-duc mais rien n'y fait, il sera juste toléré et pour faire parti du groupe, exploité et nourri de ce qui reste. Il chante pourtant de manière si envoutante mais les habitants trouvent plus judicieux de ne pas tenter le comprendre.
L'Oizochat n'est pas heureux. Il tente de fuir. Mais un jour, une vache devient son amie. Elle parle sa langue, elle le réconforte. L'amitié est belle et redonne du baume au cœur de l'Oizochat, qui a enfin pu dire son nom. Mais un jour la vache est partie. L'Oizochat est à nouveau seul.

"Épuisé par l'effort, il se posa en catastrophe aux pieds d'une belle grosse vache. LOizochat jura dans sa langue:
- Kratchoup! Kokoï! Novik katapo!
- Kiritcho mataki? Tchoup grotzi moï! lui répondit la vache.
Elle parlait oizochat avec un charmant accent italien."
© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

L'album parle de l'étranger, de cet autre qui ne nous ressemble pas tout à fait, avec du poil ou des plumes, volant ou terrien. Même s'il tente de communiquer, le plus facile est de ne pas faire d'effort.
Il y a bien la vache mais elle connaissait la langue.
L'isolement, l'amitié ou l'amour dépendrait de cette connaissance ou de cette sensibilité à la différence. Non?! Oui?! L'espoir est là, un premier plus accessible aux jeunes lecteurs donne un happy end, le second nous propose de nous mettre dans la peau plumée d'un petit corbillot curieux, attentif.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Rémi COURGEON peut traiter d'un thème souvent abordé par d'autres mais vous êtes sûr que ce ne sera jamais pareil. C'est sensible, plein de sagesse et ouvert à une lecture plus réfléchie, pour les plus grands.

mercredi 7 mai 2014

La colo

Pas moyen de publier ce billet pendant les vacances, bah tant pis! Je profite de ce dernier long week-end de mai! Allez, un petit tour dans les aventures enfantines ou adolescentes s'impose! "La colo" de Rémi COURGEON vous mettra dans l'ambiance.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

"C'est en déménageant que je l'ai trouvé, au fond de la bibliothèque: mon journal de colo.  En l'ouvrant, un parfum d'enfance a envahi la pièce. J'entrais par effraction dans les secrets de ce petit Moi oublié. L'été de mes neuf ans courait sur le papier, s'échappait d'entre les fautes d'orthographe et éclatait dans ma tête en fines bulles de mémoire."

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Page après page, ce sont des anecdotes, des jeux idiots ou dangereux. Le garçon y décrit ses aventures, ses exploits avec effectivement de ses petits secrets à dévoiler à son propre enfant (le risque, le rapport à la vie et la mort) mais aussi les premières sensations émoustillantes.
Les pré-adolescents apparaissent dans leur quintessence avec leur surnom, les rapports de force sans trop en faire et leurs fabulations.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Rémi COURGEON prouve, s'il en avait encore besoin, qu'il maitrise cette évocation des émotions frétillantes de l'enfance. C'est réjouissant, avec un chouïa de frissons à même de finir la lecture et de partir dans le jardin retrouver les copains et les jeux de la vie.
Et puis il y a la pâte colorée de cet illustrateur: des postures vivantes, du comique de situation, des effets de sens. C'est graphique, reconnaissable et toujours très actuel!
De quoi ne pas se priver de cet album disponible en petit format à prix tout doux.

mardi 12 novembre 2013

Le grand arbre et autres histoires

Je vais vous parler d'un livre que je n'ai pas. Parce qu'il ne faut surtout pas passer à côté. Il s'agit d'une compilation de 4 histoires écrites et illustrées par Rémi COURGEON:  "Le grand arbre", "Invisible mais vrai", "Trois jours en plus" et "Les cheveux de Léontine". Et il ne faut pas bouder son plaisir quand nous pouvons retrouver 4 récits d'une sensibilité fine pour un prix raisonnable. Les deux premières histoires étaient sorties en petit format souple et peu cher mais là, retrouver aussi deux grands albums déjà édités c'est comme un cadeau.
Alors pourquoi me permettre d'en parler: parce que si vous ne connaissez pas encore Rémi COURGEON, après les prix reçus par son album "Brindille", je ne peux que vous convier à son univers et parce que sur les quatre histoires, j'en ai tout de même 3!

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Je ne vous parlerais donc pas de ce fabuleux "Trois jours en plus", mon avis est ici, ni de "Invisible mais vrai" avis là mais du "Grand arbre".

 © Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Un riche monsieur est en voyage d'affaires et survole un magnifique arbre. C'est décidé, il le veut près de sa piscine. Il peut tout acheter alors voici tout un groupe de personnes et de machines en train de déraciner le grand arbre. Oui mais voilà, une de ses racines est soudée à une autre, celle d'un petit arbre, planté chez la voisine, une vieille dame. Pas de souci, on coupe. Non ce n'est pas possible disent les jardiniers. Le secrétaire de l'homme riche tente d'intercéder pour récupérer le second arbre mais pas moyen. L'homme riche se déplace alors lui-même chez la voisine. Il était attendu, elle lui offre le thé et les tuiles aux amandes.
Et l'homme est déstabilisé. Personne ne prend soin de lui. La parole de la femme a coupé la dynamique de vie de l'homme. Pourquoi, comment? Peu importe, c'est l'anniversaire de la dame et l'homme lui demande ce qui lui ferait plaisir: de ré-enraciner le grand arbre. L'homme congédie son personnel et se met à la tâche.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Il y a dans cette histoire un rêve de gosse, inassouvi, un manquement qui, sûrement à force d'être répété, amène une manière de vivre. L'homme riche peut tout acheter mais il semble que le regard de la vieille femme le laisse démuni, désorienté, prêt à nouveau au contact, à l'échange.
Ce pourrait être un conte écologique: le grand arbre est soudé à un autre, il ne sera pas déraciné mais restera dans sa terre d'origine. Au début cela fait un peu penser à "Mia et les Migou" mais non.
C'est une tâche longue, dure, un labeur quotidien, qui pourrait être trivial mais qui n'est là pas, ne l'est plus. Il y a du partage, de la vie. L'homme s'enracine dans ce qu'il aime. Et le dernier coup de fil est magnifique.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Je n'ai pas lu "Les cheveux de Léontine" mais je suis sûr d'y trouver de cette sensibilité aux autres, à la différence, un retour à certaines valeurs. Non, rien de moralisateur, juste un petit encart sur du réactif.
Rajout du 16/04/2015: voici "Les cheveux de Léontine" lu ici.

dimanche 5 mai 2013

Invisible mais vrai

Très bonne nouvelle, certains albums de Rémi COURGEON sont republiés sont un format tout petit, souple et peu onéreux. Il ne faut pas s'en priver. Dans cette collection "mini-albums" de Mango jeunesse, il y a pour l'instant trois de ses livres. Je commencerais pas "Invisible mais vrai" mais dans tous, la pâte de l'auteur/illustrateur est là, une très forte sensibilité.

© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Émile est le fils d'une professeur de piano. Mais il ne pense qu'à devenir "l'homme invisible", héros  littéraire, et n'a que faire des espoirs de sa mère. Un jour, l'accordeur de piano est appelé. Émile rencontre alors Monsieur Fressinet, aveugle de naissance.
Pour l'un, le garçon est invisible, pour l'autre, les couleurs le sont. Commence une amitié et une découverte des sens.

© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Je peux toujours faire confiance en l'auteur pour nous parler de thèmes pourtant peu simples. Ici l'amitié nait entre l'enfant et l'adulte grâce à une déficience visuelle mais aussi à un rêve d'enfant. Mais outre la découverte des moyens pour appréhender la vie chez les aveugles, braille ou auditeur, mais aussi l'utilisation extrême des autres sens, c'est le partage d'une émotion qui rend le livre vivifiant.
Les couleurs ne sont rien pour Mr Fressinet, rien comme la vue pour des genoux. Le garçon cherche alors des moments, des situations, des expériences sensitives à même d'appréhender les couleurs. Et son ami lui répond et partage sa manière de vivre la couleur, en musique.
La notion d'invisibilité, de transparence mais aussi de visibilité de phénomènes juste sensibles est aussi très incarnée.

© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Rémi COURGEON marque encore là un livre dans la droite file des rêves de garçon tout en finesse et délicatesse... et c'est encore plus flagrant avec "La colo", je vous en parle bientôt, en attendant n'hésitez pas à lire ses autres propositions sans oublier "Brindille" plus féminin pépite 2012 du Salon du livre jeunesse, dont je vous parlerais, aussi, plus tard.

vendredi 13 avril 2012

Pas de ciel sans oiseaux

Alors comment dire? Cet exemplaire était dans la vitrine, le seul exemplaire de la librairie jeunesse. Comment dire, je ne l'ai même pas feuilleté... et pourtant cela devient une de mes priorités pour ne plus trop accumuler les livres, pour ne choisir que des coups de cœur, je vais même jusqu'à lire l'album jeunesse entier dans les rayonnages.

© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Je l'ai sorti de sa présentation de verre et l'ai payé en espérant... et voilà, j'ai reçu... : par son "Pas de ciel sans oiseaux", Rémi COURGEON m'atteint encore une fois...

Il s'agit de bricolage, mieux de mécanique. Augustin est un vieil homme extrêmement serviable, se rendant disponible pour tous les bricolages de son village. Il aime faire plaisir. Il répare tout, en artisan, en artiste.
Victor, un enfant, frappe à sa porte et lui présente la dépouille d'un oiseau en lui demandant de le réparer... Réparer un service de cristal avant un mariage, oui, mais là, réparer un rouge-gorge:
"- Quand Victor reviendra, je lui expliquerai que tout ne se répare pas, que la vie s'arrête et tout ça..."
© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Et pourtant, Augustin se prend au jeu et le cœur de l'oiseau se remet à battre. Rêve ? Réalité ? Qu'importe...
Le lendemain, le ciel est silencieux, pas d'oiseau, plus d'oiseau. Depuis quand? Augustin se remémore les oiseaux d'hier et se met au travail. A chaque nouvel emplumé, il grave ses initiales sur l'une des pattes. Il est maintenant trop occupé pour se livrer à d'autres réparations... il créée des oiseaux. Après 5 ans, Augustin et Victor se retrouvent, l'enfant n'a rien oublié, le vieillard lui montre son secret. Et les voilà tous les deux repeuplant le ciel de ces oiseaux disparus.

© Rémi COURGEON / Mango jeunesse

Il y a de la magie dans ce livre. D'une part, bien-sûr dans le propos avec ces créateurs de vie, parce que les oiseaux ne sont pas mécaniques mais bien de chair, de sang et de plumes, tout à fait comestibles pour un chat. D'autre part, parce qu'entre les lignes, il est question de cette nature autour de nous... ce ciel avec ces oiseaux, cette mer avec ces poissons etc...
Bien-sûr, aussi, il est question du cycle de la vie...

mercredi 8 juin 2011

Trois jours en plus


© Rémi COURGEON/ Mango Jeunesse

"Trois jours en plus" de Rémi COURGEON est un très très bel album pour aborder la mort avec les enfants, mais pas que. C'est vrai que je suis preneuse de ces livres qui parlent de sujets forts en y mettant la poésie et surtout pas de mièvrerie.

Touneuf est un jeune lapin et tous les jours après l'école il va retrouver Ordage son grand-père. Ensemble ils s'occupent du potager et sans parole, le plus vieux enseigne beaucoup au plus jeune. Mais Touneuf se demande pourquoi Ordage est si usé, cassé, quand lui court très vite. Et Ordage lui confie son secret, sa longévité, pour aussitôt décider de la refuser.

© Rémi COURGEON/ Mango Jeunesse

La vieillesse prend dans ses pages une lecture pleine de poésie. Une vie avec l'éclair de la jeunesse (comme une course), ce sens de la présence et surtout après l'envie de culture, de connaissance, de partage.
La transmission apparait toujours active: sans mots en action puis avec des paroles, encore et encore. Parler de soi, parler de ce qui nous construit, de ce qui nous lie et de notre lecture aux autres par la culture. J'ai beaucoup aimé, aussi, cet héritage culturel mis en avant: les livres, les films, les musiques comme des parts de chacun, une vision de la société, une ouverture vers le monde.
Et puis il y a la mort. Une mort désirée, une mort de vieille personne qui a vécu pleinement sa vie. Le deuil est aussi une passation. Le cycle continue et se construit de ce qu'était l'autre, à jamais absent dorénavant.

© Rémi COURGEON/ Mango Jeunesse

Les couleurs fluo de cet album m'avaient énormément surprises au départ. Non, pas une réticence, juste un univers différent. Et au final, après lectures et lectures, ce parti-pris coloré est vraiment très agréable. C'est jeune, revigorant, plein de vie. Sous la terre, le terrier est sombre mais l'extérieur est "vivifiant".
Merci Mr COURGEON pour cet autre superbe album, bien personnel lui aussi. Je ne pouvais qu'être en confiance après ma lecture de "Dans sa tête".

lundi 22 novembre 2010

Dans sa tête

"Dans sa tête" de Rémi COURGEON vaut le détour: c'est une merveille! Ne vous fiez pas aux couleurs froides de la couverture et de quelques pages à l'intérieur, le propos est plein d'espoir et de chaleur.

© Rémi COURGEON/JBZ et Cie

Pik est un enfant comme les autres, il va à l'école et grandit. Dans sa tête son cerveau ne s'arrête pas, le jour comme la nuit. Et dans sa tête, un bonhomme travaille dans une petite pièce au fond du cerveau. Il ressent par procuration et engrange tous les éléments de vie de Pik, ce qu'il voit, entend, sent. Le petit homme écrit tout le jour et, le soir au coucher de Pik, il appuie sur "play": il a inventé tous les rêves de Pik en reprenant son vécu... des rêves où Pik vole, devient aventurier, et des cauchemars où Pik est mangé par ses parents. Les réveils en sursaut peuvent alors être très perturbants.
L'intervention d'un docteur va aider Pik à trouver la solution pour que les rêves soient les plus beaux possibles.
© Rémi COURGEON/JBZ et Cie

Ce livre est fort et pertinent. Il fait la part belle aux rêves, ce sont les pages colorées. Des rêves étranges, bizarres, flous mais "constituants" et partie intégrante de l'acte de grandir. Mais surtout par le biais de ces expressions enfantines, il reprend l'enfance, ses peurs et son élan vital. Les illustrations apportent aussi cette immersion dans le garçon, nous sommes dans sa bouche quand il parle, dans sa tête, dans ses songes. Le propos est aussi très ancré pour nos bambins modernes: la machine à rêves du bonhomme est un ordinateur.

© Rémi COURGEON/JBZ et Cie

L'intervention d'un spécialiste des enfants (aux tests de Rorschach sur le mur) amène vers cette part de mystère de l'enfance, cette part que l'on aime "encadrer" nous adultes/parents. Mais ici la solution de Pik pour diminuer les cauchemars est créative, personnelle, presque intime et pérenne, et même un adulte préparé ne peut pas tout comprendre. Cette idée de dynamique positive, constructive, pleine d'humour et d'histoires en perspectives le suivra d'enfant à adolescent.
Ce serait une autobiographie... et cela parait évident!

Je découvre cet auteur, Rémi COURGEON mais une chose est sûr, je ne le suivrais et en premier point voici son blog. Merci aux éditions Hugo et Cie, département JBZ et Cie.