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mercredi 25 mars 2015

Thésée et le Minotaure

Encore une version me direz-vous! Oui, une autre mais une version presque plus adulte. (Et puis, entre nous soit dit, vous en trouverez encore et encore sur ce média!!)

© Pan BOUYOUCAS et Stéphane JORISCH/ Les 400 coups

"Thésée et le Minotaure" de Pan BOUYOUCAS et illustré par Stéphane JORISCH inclut le duel entre le héros et le monstre dans un contexte plus complet.
L'ambitieux roi de Crête, Minos, souhaite conquérir les mers mais n'est pas suivi de son peuple. Il demande l'aide de Poséidon pour convaincre. Le dieu lui offre un magnifique taureau blanc à sacrifier. Mais Minos est orgueilleux et provoque la fureur du dieu de la mer. Astérion naît. Fils de sa femme, ce bébé a la tête d'un taureau.

© Pan BOUYOUCAS et Stéphane JORISCH/ Les 400 coups

Minos l'enferme et va lui fournir de quoi vivre. Le Minotaure est dans sa prison, le labyrinthe, et attend la chair humaine. Le roi d'Athènes, Égée, est vieux et plus intéressé par l'éducation de son peuple et le partage culturel. Minos en profite et lui ordonne 14 jeunes gens. Mais Thésée est là. Fils d’Égée élevé par sa mère, il est à la recherche de son père, cet inconnu. A son double apprentissage, physique et intellectuel, il ajoutera un courage et une férocité avant d'arriver à la cour de son père.
Thésée embarque pour tuer le Minotaure, averti par Dédale. Il sera aidée par Ariane, la fille du roi Minos.
Le récit va jusqu'aux remords de Thésée.

© Pan BOUYOUCAS et Stéphane JORISCH/ Les 400 coups

Le propos amène les parts d'ombre de l'homme, orgueil, férocité, désespoir, animalité. L'ambiguïté est partout, le malaise aussi. Médée l’empoisonneuse, Ariane amante, Thésée brutal, le Minotaure effroyable et censé.

© Pan BOUYOUCAS et Stéphane JORISCH/ Les 400 coups

Le texte est servi par les illustrations de Stéphane JORISCH extrêmement modelées. Les corps sont anguleux, sensuels, en mouvement, dénudés sans outrance. Les visages sont émaciés, expressifs et quelque fois avec un soupçon de surréalisme... ce Minotaure de couverture! Les couleurs sont comme passées et avec l'encre et le crayon, nous aurions presque l'impression d'avoir des fresques un peu défraichies.
Le livre est presque trop court: cet album avec du texte aurait mérité d'être un court roman illustré.


vendredi 20 avril 2012

Cassandre

"Cassandre" de Rascal et illustré par Claude K.DUBOIS est une petit livre plein de poésie. Mais c'est vrai que je n'en attendais pas moins de ce duo: tout en sensibilité.

© Rascal et Claude K.DUBOIS/ Les 400 coups

Cassandre est la meilleure amie de Marie-Paule. Elle est très jolie, la plus gâtée par le Père Noël. Mais elle n'est jamais satisfaite.
Sur les bords de mer, Marie-Paule monologue. Elle parle de son prénom, de l'affection familiale, de la transmission et aussi de ces cadeaux chargés de sens.
L'enfant est seule, avec son poupon Martin, quelques fois le chien. Elle réfléchit. A Cassandre bien-sûr, elle (nous) parle de leur échange de poupées pour un week-end: une "pipi-caca" qui ne sait dire que "papa", "maman", faire pipi et possède toute une panoplie d'habits, contre Martin, aux habits faits maison mais aussi aux conversations infinies.
Marie-Paule parle de son amitié, de celle portée à Martin, de celle portée à Cassandre.

© Rascal et Claude K.DUBOIS/ Les 400 coups

Toutes les pages entourent le sentiment d'amitié. Une amitié enfantine mais vraie. De celle qui remplit d'affection, de tendresse, de dévouement, de don.
Il est aussi question du sens des cadeaux, des échanges, des transmissions familiales.

© Rascal et Claude K.DUBOIS/ Les 400 coups

Sur fond de marrée basse, l'enfant déambule dans l'estuaire et les illustrations de Claude K.DUBOIS nous montre sa solitude, mais pas la morose, l'assumée peut-être même souhaitée... la nature, les laisses de mer, les châteaux de sable ont autant de valeur que sa chambre.
Les crayonnés aquarellés sont ici plus flous, moins précis que dans certains livres de cette illustratrice. Les émotions ne viennent pas forcément des expressions du visage mais plus du vent, de la distance, de l'humidité avec du grain, comme du sable.

dimanche 13 juin 2010

La vie bercée

"La vie bercée" de Hélène DORION et illustré par Janice NADEAU est un livre riche. Un livre jeunesse pas forcément, un livre sur la jeunesse, un livre à offrir à un enfant qui en sort, à relire aussi quand nous attendons une autre vie à naître, pour se rappeler ce don de vie, ce don d'angoisses et de grands bonheurs.

© Hélène DORION et Janice NADEAU/Les 400 coups

Le texte emprunt de poésie n'est pas simple. Il demande un effort mais si vous le faites, l'enfance et l'adolescence, comme étapes, sont décrites dans ce qu'elles ont de majeures.
Il s'agit presque d'une lettre ouverte à tout enfant à naître, des mots pour réconforter, des mots pour expliquer l'indicible mystère des premières années, des mots pour prévenir les grandes peurs. Le texte s'adresse à lui et déroule le fil du temps qui là, avec l'aide de l'illustratrice, prend différents états: corde à linge où la layette sèche, vague de bercement, fil de laine, boule de neige et fil d'équilibriste.
"D'abord tes yeux s'ouvriront,
un visage s'approchera du tien,
amour et peur, pour la première fois..."
La naissance, cette première fois (et non la dernière) : "cela passera très vite, tu verras" laisse la place aux premières années floues, au bercement, à cet amour parental.
Hélène DORION propose un décryptage tendre, lucide et parfois cinglant des premières fois, amenant vers les désirs et ce que la vie en fait. Il est beau de s'imaginer être adulte avec une profession correspondant aux valeurs de cœur d'un enfant: docteur contre la douleur, avocate pour la justice et la vérité. Il est plus difficile de poser ses ambitions de vie pour aller de l'avant... dans la vraie vie, celle qui offre les merveilles mais aussi les désillusions.
Le petit enfant, dans la joie des premiers apprentissages, des jeux. © Hélène DORION et Janice NADEAU/Les 400 coups

Ce beau moment de la découverte de la lecture, aussi "Le petit prince". Cet émerveillement de la nature, ce goût de l'enfance pour le sport... et tout le développement physique et psychologique.© Hélène DORION et Janice NADEAU/Les 400 coups

Mais aussi les grandes angoisses, le corps qui change, les passions, l'amour comme des papillons (presque une référence à "Un million de papillons" de Edward VAN DE VENDEL).

"Puis la mer sera trop salée,
les vagues trop puissantes,
tu tourneras plus de sept fois
dans sa bouche, mais sur le rivage,
tu échoueras."
Et puis cette enfance, prise dans un généalogie, une enfance veut dire aussi des parents, une famille, des non-dits, des jalousies, de la solitude, du partage mais aussi des silences, des manques, des portes qui claquent, qui se ferment, de l'absence et de la distance... pour revenir.

Ce livre n'est pas simple car je pense qu'il doit être lu et relu, offert et lu encore, parce qu'il offre beaucoup d'allusions. Il ne donne pas de clef aux peurs, aux peines, aux deuils, si ce n'est que la vie reprendra son cours et qu'elle est faite de promesses, de rêves, de flux et de reflux... de mémoire mais aussi de passion.

© Hélène DORION et Janice NADEAU/Les 400 coups

Les illustrations de Janice NADEAU offrent une fraicheur, une lecture enfantine mais pas dénuée de sens aux allusions et désillusions. Les aquarelles sont magnifiques, fines et ensoleillées. Elles donnent aussi un autre sens à l'écrit et permet de voir de l'espoir. Le texte, ainsi paré, peut s'offrir aux nouvellement parents comme aux enfants.

Pour vous faire une idée, je vous incite à lire le billet de Clarabel et du ressenti de sa pitchoune

mardi 9 mars 2010

Le grand voyage de monsieur caca & Le nouveau voyage de monsieur caca

Et puis parce que le caca humain est aussi des plus intéressants, « Le grand voyage de monsieur caca » et « Le nouveau voyage de monsieur caca » de Angèle DELAUNOIS et Marie LAFRANCE sont arrivés. J'en parlais là dans un billet où la lecture est plus exploitée.
A chaque fois un loup entre à l'intérieur du corps humain ou des canalisations pour suivre soit la fabrication, soit son compostage. Ces livres sont très instructifs et restent des roads movies très ludiques, comme de petits histoires.


©Angèle DELAUNOIS et Marie LAFRANCE/ Les 400 coups


Le premier reprend le parcours interne d’une pomme vers la fabrication du caca.

©Angèle DELAUNOIS et Marie LAFRANCE/ Les 400 coups


Je trouve ce petit livre explicite et très bien fait. Toutes les étapes sont là : la salive et le travail des dents, les enzymes et acides dans l’estomac,

©Angèle DELAUNOIS et Marie LAFRANCE/ Les 400 coups


le supermarché dans l’intestin grêle pour les globules rouges et l’amalgame ainsi formé : œsophage, estomac, foie, intestin grêle, colon et rectum sont présents.

©Angèle DELAUNOIS et Marie LAFRANCE/ Les 400 coups


Et plouf !

©Angèle DELAUNOIS et Marie LAFRANCE/ Les 400 coups



Le second part de la brasse coulée dans les toilettes,

©Angèle DELAUNOIS et Marie LAFRANCE/ Les 400 coups


va dans les égouts, dans l’usine de traitement des déchets et vers sa nouvelle vie… de compost. Katell en parle très bien là. Les différentes étapes pour assainir les eaux usées sont présentées, avec différents bacs de dépôts. Elles sont claires et aident à mieux saisir le processus.

©Angèle DELAUNOIS et Marie LAFRANCE/ Les 400 coups


Et ce qui est encore plus amusant et instructif c’est l’utilisation finale : monsieur caca encore présent sans être vu, le cycle de la matière nutritive.

Le très beau billet, comme toujours, de Stéphanie DUMAS là