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vendredi 17 juillet 2015

La chaise numéro 14

Maria Salün n'a pourtant pas fait grand chose. Juste tomber amoureuse d'un homme. Qu'il soit lieutenant allemand en période de guerre n'est qu'un détail. Non. Aux départs des occupants ennemis, Frantz s'en va, la laisse seule sans promesse. Et les français demandent réparation. Sur une chaise numéro 14, empruntée au restaurant paternel, Antoine va officier la tonte.
Elle aurait pu arriver honteuse, penaude sur son échafaud. Non, elle n'a pas trahi. Seuls leurs cœurs (français et allemand) ont réagi et seul le contexte leur donnait tord. Elle arrive dans la robe de mariage de sa défunte mère, cheveux roux tombant sur ses épaules. Cette apparition trouble même ceux venus se rincer l'oeil.
Et puis Maria dit non, à l'injustice de cet acte mais aussi à cette honte qu'elle serait obligée de porter dorénavant. Elle va réclamer sa dignité, un pardon, en procession puis en silence, yeux dans les yeux. Ils sont sur sa liste. Dans sa quête, Maria trouvera des amis, des soutiens, des pardons.

"Toutes les tondues n'appartiendraient donc pas à la même espèce? Il y aurait, parmi elles, des fleurs sans pétales et tout en tige, d'autres telles de grandes herbes, des folles avoines, des blés, des oiseaux à tête déplumée? Serait-on oiseau, herbe ou fleur selon sa nature ou bien selon son degré de compromission avec l'Allemand?" L'écriture de Fabienne JUHEL ne se contente pas de nous proposer le thème des tondues mais celui des convenances, des prises de décisions faciles et des à-priori.
Maria est magnifique, auréolée de sa chevelure de feu, mais aussi sans, le crane chauve et les yeux fougueux de vengeance. Elle est le charme, la sensualité, la femme non atteignable, l'innocence de celle qui n'a pas perdu à la guerre sans jamais sacrifier les autres. Elle est le symbole de frustrations.
Les tondues sont les victimes d'un acte de rébellion après-coup. Les réactions à la guerre, la haine, la peur ou la passivité prennent des formes d'agressions gratuites variées. Avec une héroïne sans culpabilité, l'auteure nous parle de cette injustice des discriminations (de traitements en fonction de la couleur de peau aussi).
Maria ne demande pas le pardon aux seuls acteurs ou spectateurs consentants de l'acte d'épuration, elle va chercher ceux qui alimentent la haine quotidienne ou qui restent passifs.
Et puis il y a cette réflexion sur le pardon, sur la honte. Ce cheminement aussi sur ce que nous subissons des autres et les blessures que nous choisissons de refermer.

Comme toujours Fabienne JUHEL offre avec ce nouveau livre "La chaise numéro 14" un roman fort et une écriture charnelle, sensitive et impressionniste magnifique.

Merci aux éditions Rouergue et à l'opération Masse critique Babélio.
tous les livres sur Babelio.com

dimanche 5 juillet 2015

"Un "non" singulier, telle une onde de choc qui essaimait, se démultipliait au passage." - La chaise numéro 14

"Parce que le coiffeur n'avait pas osé dire "non", lui. Elle, si. Elle avait dit "non" de tout son corps et de tout son poids, le dos droit, le corps ancré au sol.
Elle avait dit "non" avec ses yeux grands ouverts qui voyaient le ciel - personne ne pouvait l'en empêcher -, les goélands, les nuages et, à travers le battement de ses cils, les fourmis sur le pavé, d'autres insectes caparaçonnés dont elle ignorait le nom mais qui, à cet instant, la passionnaient follement parce qu'ils l'emportaient dans leur monde minéral et souterrain. Un monde où un grain de poussière pouvait provoquer de véritables éboulis tandis que les catastrophes humaines devenaient, à l'échelle de ces insectes, des mythes.
Elle avait dit "non", mâchoire serrée, entre ses dents. Elle avait dit "non" adossée à sa chaise avec la barre cintrée qui lui sciait les omoplates, imprimait un sillon dans ses chairs.
Surtout, Maria Salaün avait dit "non" avec la robe blanche de fiançailles de sa mère.
Parce qu'on pouvait dire "non" de toutes ses forces, sans crier."

(extrait de "La chaise numéro 14" de Fabienne JUHEL, éditions Rouergue)

mardi 2 septembre 2014

La Verticale de la lune

J'aime l'écriture de Fabienne JUHEL: elle est suave, sensuelle, grave, terrienne. Alors quand un autre de ses romans est arrivé en poche, je me suis ruée dessus. "La Verticale de la lune" est pourtant son premier roman.


Elle est encore une enfant et pourtant elle n'a pas vraiment d'âge. Elle, c'est la narratrice. Cette gamine intelligente passe son temps à déambuler entre la maison et le vaste terrain aux multiples arbres. Son monde est là: dans le végétal des troncs, des écorces, à la lumière de la lune. Son monde est aussi auprès de Teresa, la bonne mexicaine, trop grosse pour être aimée des hommes mais si pleine d'affection et d'amour.
Sa mère, Marie, est un feu follet. Présente, et pourtant distante, ou complètement absente, aux prises avec des amoures féminines. Elle n'est que de passage.
"Si je veux savoir de quelle humeur est maman, avant même de la voir, je n'ai qu'à observer le petit félin.
Qu'il se frotte à ses jambes en ronronnant comme un damné: elle est accommodante. Qu'il ronronne à distance, des ratés dans le moteur : elle est agacée. Qu'il grimpe dans l'escalier pour l'observer de loin, les oreilles couchées presque à l'horizontale, sa tête de lynx : elle est de très mauvaise humeur. Enfin, qu'il coure vers la première sortie accessible, le poil hérissé, la queue rase, le ventre à terre, en feulant hystériquement: maman a ses règles. Il déteste le sang des menstrues, elle aussi. Moi, non." 

Il y a aussi Nadine. "J'ai jeté Nadine dans le puits." L'histoire commence bien par ce geste symbolique de l'enfant, par sa colère ou sa tristesse. Elle ne parle de ses rêves ou de ses envies à quiconque, sauf aux arbres, témoins de ces escapades nocturnes, confidents et même partenaires de jeux sensuels.
Mais un jour l'Indien arrive, un sac de marin sous le bras et des armes de tueur. Il est bucheron. Cet homme est le perturbateur, l'agresseur, dans cet univers féminin. Il ne s'en prends pas aux humains, pas aux femmes ou aux filles, mais aux arbres. Des arbres vont tomber et la narratrice ne le laissera pas faire.

Ce petit roman suit cette enfant dans sa colère. Elle a tué et elle est prête à recommencer.
Elle espionne sa mère et cet Indien qui détruit son monde. Les arbres tombent mais pas tous (voir l'extrait de l'Indien). L'homme semble les respecter. Les uns sont déjà morts, les autres malades. Et puis lui aussi a ce rapport charnel avec eux. La nature sauvage pourrait être adoptée, soignée, la vie comprise et les cauchemars capturés.
Les corps féminins, adultes, sont ici palpitants. Aussi. La petite découvre l'onanisme et regarde ce qu'il se passe dans la tête des ainées. Le corps change et les fantasmes aussi. La connaissance fonctionnelle du corps et de la reproduction n'y changera rien.
Et puis il y a cette culpabilité. La sauvageonne a tué Nadine. Personne ne semble être offusqué. L'enfant s'est vengée mais de qui, de Nadine, de sa mère.
Au fil du récit, la vie se décrypte. La vraie vie, celle de cette enfant aimée par deux parents. Le mystère de la jeune héroïne en devient encore plus attendrissant. Entre les mensonges, entre les créations fantasmagoriques, tout l'univers de l'enfance apparait dans sa complexité, dans sa sensualité, son envie de possession de l'autre, son besoin intransigeant d'amour exclusif.

Vous pouvez suivre une très intéressante interview de Fabienne JUHEL concernant son écriture et ce roman, en deux parties, ici et là.

dimanche 31 août 2014

Un Indien sur le pied de guerre - La Verticale de la lune


"L'Indien donnait de grands coups de hache contre un hêtre mort. Je l'avais reconnu: les arbres morts attendent l'hiver pour passer inaperçus. Pas lui.
Celui-là, repérable entre tous, était le fief d'une colonie de corbeaux qui s'y logeait à la tombée de la nuit. A l'aube, ils rameutaient leurs petits mal réveillés et tout ébouriffés, entre deux cris et un lissage de plumes. Puis, la troupe s'élançait dans un bruit de bois sec pour sa besogne sanitaire, prospectant sur les chemins à découverts, à la recherche des petits animaux que la lumière des phares avait surpris et épinglés en plein course, avant que le bloc optique ne les projette sr les bas-côtés dans un bruit mat d'os frais.
Les branches basses étaient maculées de fientes blanches qui coulaient tout le long du tronc en s'y enroulant, jour après jour, alimentées par les déjections plus récentes, alourdies encore par les naissances annuelles de dizaines de petits corbeaux. Le hêtre s'était ainsi paré de signes belliqueux, avec sa coiffure de plumes noires et mobiles sur le chef et ses marques blanches sur tout le corps. Un Indien sur le pied de guerre."

(extrait de "La verticale de la lune" de Fabienne JUHEL, Actes Sud; dessin de Cyrille CHATELAIN)

mercredi 29 janvier 2014

A l'angle du renard

Cela fait longtemps qu'il est dans la bibliothèque, je n'avais pas osé le lire pendant longtemps, j'avais même lu le roman suivant de Fabienne JUHEL, "Les homme sirènes", avant. Et puis "A l'angle du renard" m'a fait de l'oeil, et en le voyant orné d'une nouvelle couverture dans les librairies (sortie poche), je me suis précipitée dessus. Et je n'ai rien écrit, un brouillon, juste un brouillon.
Et puis je l'ai relu.



Et comme à chaque fois avec cette auteure, je suis là, tenue, conquise. Nous ne nous aventurons pas dans son univers sans y laisser des plumes.

Arsène Le Rigoleur est un fermier, vieux garçon, terrien et sauvage. Il regarde ses nouveaux voisins arriver. A la place du vieux Morvan, une petite famille, le père, la mère et leurs deux enfants, Louis rouquin et solitaire, Juliette, la petite dernière de 5 ans.
La môme va traverser la rue et accompagner le fermier dans toutes ses activités de "soin" aux bêtes. Arsène décrit alors cet apprivoisement, entre lui le "tonton" et ce "feu-follet" de 5 ans. Le grand frère est toujours dans les parages, il est curieux et protecteur. A moins qu'il ai envie lui aussi d'avoir un ami. Et Arsène aimerait tant l'amadouer aussi. Et puis il y a cette mère, qui sent bon la violette et qui dans les yeux a ses éclats de roux qu'elle n'a pas dans les cheveux: éclats d'animalité, de ruse, de pertinence. Parce que oui, Monsieur Le Rigoleur n'a pas la tête de son patronyme et on ne sait jamais, il n'est peut-être pas du tout fréquentable.

Et effectivement, Fabienne JUHEL nous offre l'âme d'un tueur. Un ogre enfant, en prise avec ce que sont le sauvage, la peur, la frustration. Un enfant qui se venge, un adulte qui ne supporte pas ceux détroussant l'enfance. Une dévergondée moqueuse, un loup aux myrtilles ou une faiseuse d'anges, laveuse de corps sans vie.
Arsène est un tueur en série mais est-ce que l'innocence prend un risque avec lui? Il magnifie pourtant l'enfance, les émotions si souvent niées, occultées, ces silences, ces dessins, ces rires. Oui mais il y a aussi l'autre enfant, oublié. Qui lui parle? Qui joue avec lui?

Cet ogre moderne rend la pareil aux contes ancestraux. Ce n'est pas un loup pour le chaperon rouge mais bien un renard, parmi les autres. Un renard avec le museau plein de cette terre bretonne. Un animal sauvage, amadoué plus qu'apprivoisé, n'en déplaise au Petit Prince. Un renard qui se prend les pattes dans la plus pur des beautés, l'enfance, et qui pourtant est déjà pris au piège.

Les couvertures apportent une ligne... un invisible renard pris dans les phares d'une voiture... une enfant insouciante, libre, spontanée pas encore attrapée par l'ogre.
Mirontaine en parle très bien là.


mardi 28 janvier 2014

"Un jour, j'ai attrapé comme ça un jeune renard" - A l'angle du renard


"Obligé d'être le méchant dans l'histoire pour se rendre intéressant. C'est simple: il nous en veut.
La haine d'un môme, c'est quelque chose de terrible. Y a pas pire. Et je sais de quoi je parle.

Et puis voilà le gosse qui entre dans notre champ de vision. Culottes courtes, bottes de caoutchouc, pull à grosses côtes. Un véritable petit gars de ferme. Solide et brave. Il s'amuse à tracer des sillons dans la boue avec le talon de sa botte.
A le guetter, deux contre un, lui, les mains dans les poches, les pieds dans ses bottes, j'ai un pincement au coeur. J'ai eu tort de construire ce piège. C'est pas avec ça que je vais m'attirer les bonnes grâces du rouquin. J'aurais pas dû écouter Juliette. Il me plaît ce gosse, moi. C'est sûr, il est pas venu me chercher en premier, il m'a jamais adressé la parole non plus, et alors? J'étais pas très liant non plus à son âge. Pas un rigolo, ah ça non! Faut pas pousser mémé dans les orties quand même.
Mais y a Juliette, l'odeur de ses cheveux. Mon petit lot tiré au pigeon d'argile. Et je suis dans son camp.
Sans elle, je me retenais plus. J'ouvrais la fenêtre et je hélais le gamin. J'ai du chocolat, des madeleines ou des Traou Mad si tu préfères. Y a qu'à demander, Louis. On a là de quoi tenir un siège. On va monter un camp, faire du feu et on se racontera des histoires après. On se barricadera dans la maison et on inventera des ennemis. Des ennemis mortels, invisibles mais bien réels, qu'on battra à plate couture et qu'on enfermera dans les placards, dans le cagibi sous l'escalier. Dans le congélateur si y a plus de place. On sera plus forts à trois. Toi, moi,  Juliette. Forts ensemble. Viens, Louis, tu seras mon pote, un copain pour la vie. Croix de bois, croix de fer, si je mens, j'irai en enfer!"

(extrait de "A l'angle du renard" de Fabienne JUHEL, Rouergue, j'en parle ici; source de la magnifique photo rawpleasures, via feralkid)

mercredi 26 décembre 2012

Dans la bibliothèque adulte

... juste un petit état des lectures depuis septembre, de quoi me dire que oui, je lis de l'adulte, aussi, de quoi aussi noter les livres que je n'ai pas billetés, les livres aussi qui ne m'ont pas trouvée, pour un temps ou pour toujours... en attente de billets.


quelques livres me sont tombés des mains:
- "Demande à la poussière" de John FANTE... et pourtant, pourtant, dès que je le reprends j'aime certains passages, mais le début a été difficile... il me faut le reprendre du début.
- "La Complainte des enfants frivoles" d'Alexandre VIALATTE... je n'arrive pas à rentrer dedans
- "L'histoire d'une solitude" de Milan FÜST, lu d'un bout à l'autre sans être touchée
- "La question Finkler" d'Howard JACOBSON, bah, je ne sais pas pourquoi

D'autres qui m'ont laissé une forte impression, très émotionnelle, dont il me faudra parler mais une fois que la lecture sera moins troublée par mon propre ressenti. IL y a aussi, entre autre, cette relation à la transmission, à la valeur du partage, de l’interrogation, de la critique.
- "G229" de Jean-Philippe BLONDEL
- "Chagrin d'école" de Daniel PENNAC

Et puis ceux aussi dont je parlerais plus tard...
- "La folle allure" de Christian BOBIN magnifique souffle d'air pur
- "L'Année de la pensée magique " de Joan DIDION, autobiographie d'une année de deuil, entre ressenti, ressources neurologiques, psychologiques, sociologiques et littéraires et très belle mise en lumière de la souffrance, de la douleur, du deuil, de l’apitoiement et de l'affliction.
- "L’histoire de Pi" de Yann MARTEL (lu en format jeunesse mais même texte qu'en version adulte) sur l'animalité et la religion (les religions: hindoue, musulmane et chrétienne) comme ressource.
- "A l'angle du renard" de Fabienne JUHEL, auteur qui me donne toujours un frémissement de l'échine...

samedi 5 février 2011

Les hommes sirènes


"Les hommes sirènes" de Fabienne JUHEL nous emmène dans la férocité des contes et des ogres réels.
L'homme a une quarantaine d'années, une femme, un fils mais aussi un goût de sang dans la bouche et un caillot près du cœur. Poète fourbu de comptines et perdu dans son monde, se mettant au chômage, se bousculant pour être en marge toujours, il prendra le prétexte d'une mention sur une palissade publique pour tout quitter. Il part voir la mer, cette immensité qu'il a côtoyée enfant sans jamais la regarder, toujours image ou paysage derrière un couple, ses parents adoptifs : Eve et Eli ECKERT.

C'est vrai qu'il faut avoir envie, qu'il faut s'efforcer de commencer ce roman. Le style n'est pas si simple avec cet individu, le héros, à la troisième personne mais toujours appelé "l'homme". Mais ce même style offre de la poésie, de la noirceur, de la vigueur, de l'ardeur, des "tripes" à chaque page. Alors à la troisième page, on entre dans ces courts chapitres. Mais surtout, la lecture ne laisse pas indemne, il faut vouloir s'embourber, sentir venir la sueur sur la nuque. Non pas de peur mais de cette abomination des cauchemars. L'homme, au fil des pages, retrouve une identité: civile, Antoine (ou Abhra de son vrai nom indien); historique, enfant adopté par un couple survivant des camps de concentration; mais aussi une enfance, une trame éducative qui en a fait un homme barbare et humain.

Le lecteur entre images après images dans l'enfance. Un petit indien acheté à son père mais surtout élevé avec des valeurs suintantes de "monstruosités". La survivance aux camps de concentration laisse là une marque indélébile, une envie de maîtrise, de contrôle mais aussi de transmission de la souffrance. L'enfant revit dans les histoires inventées, dans les confidences réelles et dans l'apologie de "méchants" de contes pour enfant toute la douleur que les hommes peuvent infliger aux autres. Aucune image ne lui est épargnée, elle est même mise en avant, théâtralisée pour donner encore plus de résultat. L'homme est alors un amas de chairs, d'os, de points d'impact, de lignes de souffrance. La vie n'est possible que dans cette culpabilité à être une chair pourrie, morte sans l'être, sans envie, sans joie, sans amour.

Et puis il y a cet homme, l'adulte devenu. L'adulte qui n'a plus peur des contes pour faire peur, mais à quel point? Il reprend de la vie, de la liberté, en jouant aux jeux d'enfant, en suivant un parcours de hasard, d'impressions. Il revient sur cette transmission de la torture. Cette souffrance si importante qu'elle ne peut finir que mal.

Mais que dire encore de cette éducation! Elle est scotchante, ahurissante. L'enfant est un jouet d'adulte, soumis à une manipulation, un façonnage. Et les livres ont leur place. Une place de choix, même. L'adulte n'est pas devenu poète pour rien. Les histoires sont choisies pour être représentatives de la noirceur humaine, pour appeler le cri, les gémissement,s l'abandon.
Encore heureux que d'autres adultes, représentants d'une certaine humanité, se retrouvent sur son passage: une cuisinière, un sorcier mais aussi une vieille dame, en fin de parcours, au métier si salvateur. Le livre est cela: du chaos, du vide, l'adulte va apprendre à ne plus être un déchet... à se libérer d'une forme d'humanité pour en trouver d'autres, belles, douces, passionnelles, spontanées et amoureuses.
Le livre est à relire, parce que sous ses images peut-être fictives, ses cauchemars de loups, de meurtriers du règne animal, de bourreau des plus fragiles (chaperon-rouge mais aussi enfant, ou dans sa forme domestiqué pour, l'homme démuni) il y a un espoir, un loup multiple. Et puis il y a la mer, l'océan, ce liquide engluant où l'on peut se perdre, revenir, où l'on peut mourir mais aussi se laver, être ingurgité et recraché avec le bois flotté, être un "homme sirène" prêt pour la Rédemption, la sienne, celle d'une famille, celle d'une douleur humaine.

Un très bel avis, très pertinent et argumenté ici, un autre là.
Ce livre est sélectionné pour le prix Landerneau 2011. Merci à Faits&Gestes.
Je n'avais pas réussi à entamer profondément son autre livre "A l'angle du renard", sélectionné pour le prix Landerneau 2009. Ce livre me donne envie d'y revenir.