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mardi 13 mai 2014

Ma mère est une sirène où les mots sont parfois comme les poissons, difficiles à pêcher

La collection "Trimestre" des éditions Oskar propose des ouvrages toujours aussi justes. Par année, ce sont quatre albums aux textes courts mais riches et aux illustrations très particulières d’aplats de couleurs et de dessins, donnant à chaque fois un style gravure ou croquis et une belle bichromie.
© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

"Ma mère est une sirène où les mots sont parfois comme les poissons, difficiles à pêcher" de Benoît BROYARD et illustré par Laurent RICHARD est une tranche d'émotion.
Thomas se demande où est partie sa maman. Luc, son père, n'est pas bavard. En rentrant de sa journée de pêche, il prend son temps pour réparer les filets. Il faut le laisser travailler, ne pas le déranger. Oui mais l'enfant veut savoir et le papa ne veut pas montrer ses larmes, ce serait trop dur pour son fils.
Alors Thomas imagine sa maman redevenue sirène par malédiction à sa naissance. Il va aller lui parler, au fond de l'eau, elle va le cajoler et lui expliquer. L'enfant imagine des retrouvailles, une rencontre. Ce ne sera pas dangereux, la maman est sirène, il est donc à demi-poisson et puis en plus, elle viendra vite à sa rencontre.

© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

L'album présente ce manque de communication entre le père et le fils, une difficulté à dire l'indicible, une envie de ne pas culpabiliser, de ne pas amener plus de malheur. Le silence n'est pas un manque d'amour
A travers cette métaphore, l'eau est l'inconnu et l'attente pour l'enfant mais aussi le lien avec ses parents, le déclic. Un filet de pêche peut peut-être attraper une sirène et dénouer les larmes et les mots.
© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

Le travail de Laurent RICHARD est lui aussi une fantasmagorie. Le réel et l'imaginaire sont ainsi repris avec des croquis, des découpages bruts et des dessins à l'encre d'une science naturelle, d'une imagerie féérique ou de dessins industriels. 

samedi 6 avril 2013

La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer

J'ai pris l'habitude de suivre la collection "Trimestre" avec beaucoup d'intérêt, au point de commander des livres que j'ai déjà. Cette dernière proposition est encore un coup de coeur!

© Benoit BROYART et Donatien MARY/ Oskar

"La bouche de l'ogre, où l'on s'aperçoit qu'une lettre peut tout changer" de Benoit BROYART et illustré par Donatien MARY est un uppercut.

Nathan part chercher du pain à la boulangerie du coin. Ce n'est pas anodin. Son papa est au chômage et même un détail comme l'absence de la baguette serait un drame... comme ceux qu'il lit dans le journal, comme ceux qu'il a dans la tête. Allez comme d'habitude Nathan joue, il baisse la tête ne regarde que le trottoir, s'il ne rencontre personne il aura gagné. Mais aujourd'hui... en remontant le regard, il a perdu... son chemin. Il se retrouve dans un quartier inconnu. Mais en plus, rien ne va, beaucoup de personnes se pressent dans la rue comme un jour de semaine mais nous sommes samedi, et personne ne lui répond quand il demande son chemin. Il est devenu transparent.
Perdu, seul, frigorifié, il se love dans un parc et une grosse dame l'aperçoit. Elle lui propose de venir au chaud, de dormir une nuit chez elle. En arrivant, une odeur de gaufres, un lit bien chaud. C'est trop beau. La nuit, une dispute réveille Nathan... il y a un ogre.

Ce très court récit nous parle de la parentalité. De ce père irrité et de ce quotidien aux situations angoissantes. Mais aussi chaque adulte du récit semble apporter une touche de ce qui fait le parent... préoccupé, l'enfant peut être transparent, mais non pouvons aussi être rassurant, maternant comme la dame qui l'accueille.
Alors oui, la dame n'est autre que la femme de l'ogre. Mais cette référence au conte du "Petit poucet" n'est pas simple copie. L'ogre n'est autre que le parent en prise avec ses frustrations et ses manquements. Le parent hurle, vocifère, veut manger l'enfant... ou plutôt se débarrasser de cette responsabilité, de cette charge, de cette image peut-être d'une certaine insouciance.
Cette histoire m'a parlé de moi! Comme toutes les propositions "Trimestre", ce n'est pas un texte a laissé à l'enfant seul, il constitue une porte ouverte au dialogue, pour exprimer des émotions lourdes de sens, pour proposer des échappatoires.

Donatien MARY offre l'illustration d'un cauchemar. La nuit dans une chambre et l'ogre sont magnifiquement terrifiants. Je vous mets des photos dès que je récupère mon appareil utilisable.