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samedi 27 août 2016

Les éditions Notari!

Juste un petit message pour vous inviter à lire l'interview du couple éditeurs Notari. Vous savez à quel point j'aime leurs choix!


Pour qu'ils continuent à fureter, à offrir des mots et des images, une sorte de surréalisme de la beauté... pour enfants et adultes.
Merci à eux.

dimanche 12 juin 2016

L'inconnu - Montagnes - Une parfaite journée

Les mois passent et je ne prends plus le temps de vous parler des livres jeunesse. De ceux préparés, concoctés spécialement pour les plus jeunes. Le rapport délicat entre illustration, texte et pouvoir d'extrapolation m'intéresse beaucoup plus qu'une simple lecture distraction. Spécial nouveautés jeunesse des éditions Notari (parce que oui, décidément j'aime leur idée du livre jeunesse)

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© Luca TORTOLINI et Daniela Iride MURGIA/ Notari

La biche a vu l'inconnu la première mais, apeurée, elle est allée chercher les autres. Tour à tour, certains vous parle de leur premier contact avec la bête sauvage.
Cachés derrière les buissons, ils s'approchent peu à peu. Ce sont des animaux au regard doux, à la fourrure soyeuse et aux habits et breloques soignés. Ils ont, pour certains, l'air effrayé par cette créature bien bruyante. Leur univers semble, lui, ouaté. Ils oscillent selon leur caractère entre frayeur et curiosité. L'inconnu semble bien étrange. Faut-il l'accueillir? Certains plus téméraires s'attendrissent et veulent même le protéger.

© Luca TORTOLINI et Daniela Iride MURGIA/ Notari
 
L'autre dans tout ce qu'il a d'étrange et les prémices d'une nouvelle relation sont au coeur de cet album, "L'inconnu" de Luca TORTOLINI et Daniela Iride MURGIA, destiné aux plus jeunes auditeurs. Il y a l'angoisse puis les efforts à fournir pour passer le cap de l'observation. C'est bon, c'est doux.

© Luca TORTOLINI et Daniela Iride MURGIA/ Notari

Les illustrations de Daniela Iride MURGIA apportent une étrangeté et une idée de la sophistication moelleuse. Le monde des animaux semble tranquille et amical. L'angoisse est dans le non visible, jusqu'à la dernière page.

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© Antonio LADRILLO/ Notari

"Montagnes" d'Antonio LADRILLO est un exercice de style. Ces formes arrondies donnent à voir le monde différemment.

© Antonio LADRILLO/ Notari

L'attendrissant rebondi d'un ventre mais aussi lieu de découvertes, tour à tour pente pour grimper, roche et fontaine pour se rafraichir, terre pour planter ou amortir les cabrioles...

© Antonio LADRILLO/ Notari

Ce ne sont que des propositions de découvertes, de jeux, d'enthousiasme ou de questionnements futurs.

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© Jennifer YERKES/ Notari

"Une parfaite journée" de Jennifer YERKES offre un regard contemplatif sur la nature. Une journée d'été, les animaux sont là, tranquilles, et profitent... bruissement d'air, frôlement des feuilles, musique animale. Tout est calme et mélodieux jusqu'à ce coup de tambour et la percussion continue avec l'orage. Puis c'est fini.

© Jennifer YERKES/ Notari

L'album propose une langueur chaleureuse au plus près des animaux et une douche de fraicheur. Le tout est agréable à souhait.

© Jennifer YERKES/ Notari

Merci aux éditions Notari pour leur confiance.

vendredi 16 octobre 2015

Octobre

Et si l'automne n'était pas qu'une saison mais un personnage. Et si Octobre était une silhouette bleutée qui prend son travail à cœur et offre de petits bonheurs à qui sait les regarder.

© Sandra BESSIERE et illustré par Cristina SITJA RUBIO/ Notari


"Octobre" de Sandra BESSIERE et illustré par Cristina SITJA RUBIO est un livre impression. Pas d'histoire en tant que telle mais une atmosphère.
Octobre se lève, s'habille de son pantalon de brouillard et sort pour saupoudrer de givre la nature. Il saute et fait craquer les feuilles sous ses pas. Il s'amuse de la buée. Et puis l'hiver arrive, il prépare ses provisions de brouillard et de givre. Quand il a fini le printemps est là.
Octobre semble toujours avoir le nez gelé même pendant ses vacances d'été passées sur la plage et dans l'eau. Une année, il était si bien qu'il a oublié l'automne.

© Sandra BESSIERE et illustré par Cristina SITJA RUBIO/ Notari

Oui des feuilles, aux arbres ou tombées, oui des citrouilles mais surtout un frima et des animaux. Octobre est accompagné par son chat nonchalant, qui rentre à la maison se mettre au chaud, mais aussi par les oiseaux bien proches, les lapins, le renard ou l'écureuil.
L'hiver et le printemps sont comme des bulles d’impressions. Spectateur pour ces deux saisons-ci, Octobre profite par contre de l'été... admirateur.

© Sandra BESSIERE et illustré par Cristina SITJA RUBIO/ Notari

Les illustrations de Cristina SITJA RUBIO mêlent une faune joueuse à de multiples détails... du thé chaud, des glaces, un bonnet, des chaussettes, un quartier de pomme coupée, des tongs, des coquillages... cela sent bons les partages et le cocooning (même en extérieur).
L'automne est ma saison préférée... oui toujours.


vendredi 2 octobre 2015

Livre clap

Je suis profondément convaincue que la littérature jeunesse est une vraie merveille. Parce qu'elle offre une évasion, une part d'imaginaire à prolonger, à investir, à personnaliser. Mais aussi parce que les livres jeunesse sont déjà une manière de concevoir son univers et de préparer un contact aux choses, aux perceptions, aux sensibilités. Il faut être exigeant quand à la qualité d'un livre à mettre entre de petites mimines.
Je suis contre les histoires au rabais,  les adaptations mal fichues, les illustrations à la va vite. Je prend autant de plaisir à découvrir une histoire qu'à entrer dans une prise de position.

© Madalena MATOSO/ Éditions Notari

"Livre clap" de Madalena MATOSO est une invitation au mouvement, à la rythmique, à l’effleurement. Les onomatopées, petites phrases et, même un mot italien, accompagnent des gestes de partage, de rire, de connivence. Nous nous rencontrons, nous embrassons, jouons de la musique, regardons derrière la porte, déjeunons. Tout est suggérer par des personnages aux bouilles rondes et gestes très stylisés. C'est court, interactif et bon!

© Madalena MATOSO/ Éditions Notari

L'illustration presque géométrique est tonique et attrayant pour les plus jeunes. Quelques illusions de gommettes sont soulignées par des sourires, des clins d’œil et des rires et un point rouge que nous aimons suivre d'une page à l'autre, à gauche poignée de porte, à droite barrette à cheveux, puis dans la suivante, à gauche, à droite...

© Madalena MATOSO/ Éditions Notari

Merci aux éditions Notari.


lundi 9 mars 2015

Un pas à la fois

En ouvrant le dernier album illustré par Joanna CONCEJO, j'avais envie de reprendre ces anciens, suivre aussi son fil poétique, surréaliste, déconcertant souvent.

© Nicole Blanche MEZZADONNA et Joanna CONCEJO/ Notari

Dans "Un pas à la fois" de Nicole Blanche MEZZADONNA, l'illustratrice offre ainsi une seconde lecture, quadrillée, raisonnée, comptable mais aussi pleine d'une poésie auquel le personnage ne succombe pas encore.
Julot vit dans l'appartement de sa tante décédée. Il compte bien suivre ses directives même après sa mort. Toute sa vie est réglée. Entre tocs mais aussi raisonnements sur la meilleure utilisation du cerveau, du corps, l'optimisation des déplacements, l'homme à la tête de chien se réveille et suit son quotidien agencé au pas près.

© Nicole Blanche MEZZADONNA et Joanna CONCEJO/ Notari

Ses choix sont définis par d'autres, le chien de sa sœur validant l’habillement, la tante la permanence d'un habitat sans modification possible, la mère sa manière d'être poli et réservé ou encore sa nièce amenant les rapports familiaux.
La volonté de Julot semble choisir le développement personnel à chaque instant mais sans joie, sans saveur. Il y a bien ses oiseaux, sur le tapis, dans les illustrations de Joanna CONCEJO, le vélo ou ce petit jouet tricoté. Un jour, une maille se défait et c'est le début du changement.

© Nicole Blanche MEZZADONNA et Joanna CONCEJO/ Notari

Nicole Blanche MEZZADONNA offre là un album aux nombreuses lectures. Les plus jeunes lecteurs seront peut-être un peu déboussolés par cet homme chien et son comportement. Mais au fur et à mesure, ce sont de nombreux points de vue philosophiques et psychologiques qui prennent sens. Une rigidité de la vie se délite peu à peu. Même peut-être une forme de handicap, au moins une autre façon d'être au monde.
Joanna CONCEJO a ainsi tout le loisir d'offrir à son personnage des imageries pleines de détails, de quadrillage, de méticulosité feuillue. Ces feuilles de ficus qui prennent tant de place dans les appartements, qu'il faut mettre dans les escaliers, partie commune de l'immeuble, et qu'il faut hypnotiser pour les tailler.


lundi 2 mars 2015

Le Petit Chaperon rouge

Mais bien-sur tout le monde connait le petit Chaperon rouge. Cette enfant partie seule dans la forêt pour amener des victuailles à sa grand-mère là-bas. Oui, cette petite innocente rencontre le méchant loup qui ne pense qu'à la manger.
Oui tout le monde connait l'histoire, enfin d'histoire il y en a plusieurs. De quel conte parlons-nous? De celui de Charles PERRAULT ou de celui des frères GRIMM?

© Charles PERRAULT, Jacob et Wilhelm GRIMM, Joanna CONCEJO/ Notari

Ce "oui bien-sûr!" devient juste une accroche que l'album de Joanna CONCEJO défile encore. Elle fait le choix de séparer les deux versions, l'une après l'autre, et pourtant ses illustrations se font suite, continuent une même trame.
Charles PERRAULT offre la belle enfant à dévorer sans punir le loup. Les frères GRIMM, eux, emportent la petite et sa grand-mère mais les font revivre après engloutissement grâce au chasseur. Ces deux versions d'un conte oral présentent une petite fille, assez grande pour partir de l'autre côté du village, à travers les méandres d'une forêt immense, sombre et merveilleuse. L'enfant se dévoile presque grâce à son habit de femme, le chaperon: au masculin d'ailleurs, pas la petite chaperonne rouge. Rouge, véritable point de mire dans une forêt, véritable ligne directrice.

© Charles PERRAULT, Jacob et Wilhelm GRIMM, Joanna CONCEJO/ Notari

Joanna CONCEJO laisse parler les textes mais nous convie à bien plus que la moralité du danger. Un loup en veut à la vie de la mère-grand et de l'enfant. Mais la poésie des illustrations offre une toute autre lecture, ce jeu entre eux deux. Ils se cherchent, jouent à se faire peur un peu, beaucoup. Il y a comme une complicité, une initiation au danger. Le loup tire le fil rouge, le ruban des cheveux, la piste des empreintes, le sillage des odeurs et lie, délie, enroule et tire à nouveau.

© Charles PERRAULT, Jacob et Wilhelm GRIMM, Joanna CONCEJO/ Notari

En prenant le partie de la deuxième version, l'illustratrice apporte aussi une autre approche, celle de la vie, du chasseur sauveur mais aussi de ces femmes qui se sont fait flouées une fois et pas deux. Le chaperon rouge parle encore avec le loup mais l'attend avec astuce. La vieille femme et la jeune qui rentre dans l'âge adulte se partagent une sorte de féminité dégourdie.

© Charles PERRAULT, Jacob et Wilhelm GRIMM, Joanna CONCEJO/ Notari

Mais les illustrations sont encore plus troubles, avec grand délice. Nous sommes tour à tour, elle, l'enfant, puis nous sommes loup. Et puis ils sont plusieurs, toujours tapis dans la forêt. Et dire qu'elle en rêve aussi, qu'elle se joue aussi de lui...

Quel bonheur de redécouvrir ces contes dans les textes d'origine, après celle orale avec l'habit de fer blanc. Puis, quel plaisir de retrouver ce loup dangereux, cruel ou aguicheur, par exemple avec Fabrice GARNUNG ou encore un autre loup.

lundi 15 décembre 2014

Le parc de Marguerite


 © Sara STEFANINI/ Notari

L'album de Sara STEFANINI est un appel au vert. Marguerite est une enfant vive. Elle déambule dans le parc voisin et s'arrête par moment pour observer les gens qui passent. Les promeneurs et leur chien. C'est drôle, ils se ressemblent. Et elle revient chez elle. Elle rêve d'un parc intime, pour elle et pour sa mère. Elle va le créer.


 © Sara STEFANINI/ Notari

Entre les lignes, il y a ce rapport à l'extérieur de la maison, aux autres, à la vie et à la société. Les hommes et leurs chiens, ce lien tenu mais aussi cette forme d'amitié.

© Sara STEFANINI/ Notari

Marguerite semble isolée avec sa mère, bloquée à la maison. La verdure apparaissant dans le foyer, c'est aussi une invitation aux contacts extérieurs, aux nouvelles rencontres après ce temps sans rien.
L'album parle effectivement d'un manque que peut combler le rapport aux autres. Une intimité, une confiance qui veut aussi s'ouvrir aux autres.

© Sara STEFANINI/ Notari

Les illustrations de Sara STEFANINI sont belles, fraiches et pleine d'humour avec ces caricatures de chiens et d'hommes.

jeudi 27 novembre 2014

Prendre soin de nos maisons d'édition jeunesse 2/2: Notari

Je vis sur Paris mais je n'irais pas au Salon du livre jeunesse de Montreuil cette année, ce week-end. Des occupations et un dos vacillant ne me le permettent pas. J'aurais pourtant bien apprécié faire le tour des stands prenant sur moi d'y voir que les magnifiques opportunités de partage et non la promiscuité non voulue des files d'attente. J'aurais aimé suivre mes auteurs favoris et mes maisons d'édition de prédilection.
Alors n'hésitez pas, vous, à en profiter. Déambulez entre les grandes maisons d'édition, parce que l'offre est importante, bien-sûr mais faites un petit passage à une autre petite que j'aime particulièrement: les éditions Notari (stand C7 au 1er étage). Pour qu'elle puisse continuer à nous offrir des livres de qualité!
Voici un panel des livres chez nous (il en manque). Je n'ai pas parlé de tous les livres. Oui je sais, je vais y remédier, peu à peu.


lundi 12 mai 2014

"A vue d'oeil" ou "Nappe comme neige"....

J'ai souvent eu du mal avec les livres pour les tous petits. Je leur trouvais quelque fois tous les torts: images pas intéressantes, histoire sans saveur et si texte il y avait, pas de sensibilité (contrairement à sensiblerie). Mouais, je devais être d'une mauvaise foi profonde, il me fallait tout: ne pas prendre l'enfant pour un attardé et appâter, en plus, sa curiosité.

Je crois ne pas être totalement guérie et pourtant certains livres pour les tous petits me plaisent énormément. Bon, faut-il confirmer qu'ils viennent d'une maison d'édition pour le choix éditorial de laquelle j'ai beaucoup d'affinité. La collection "L'oiseau sur le rhino", sélection "Les hirondelles", des éditions Notari nous offre ainsi de petits livres au vrai parti-pris artistique et d'étonnement.

© Jennifer YERKES et Marion FAYOLLE/ Notari

"A vue d'oeil" de Jennifer YERKES est un petit album sans texte et même sans histoire. Ce sont des doubles pages d'illustrations stylisées.

© Jennifer YERKES/ Notari

La première page présente sur fond blanc une forme colorée géométrique. Et juste après, la seconde permet la surprise d'une insertion dans une illustration. La forme devient quelque chose, une partie d'un tout. L'intérêt du livre est justement dans cette apposition.

© Jennifer YERKES/ Notari
Jennifer YERKES ne se contente pas de reprendre l'aspect géométrique et d'y trouver une vue qui va de soi, le rond n'est pas un ballon mais un bouton aux quatre trous de fil. Elle demande une pause, une seconde pour comprendre, pour retourner le livre. La surprise de retrouver la forme initiale est alliée à une construction nouvelle du réel.

"NAPPE comme NEIGE" de Marion FAYOLLE joue aussi sur le visuel avec cet abécédaire humoristique.
Chaque lettre bénéficie d'une double page (ou plus pour certaines). La première offre les premiers abords d'un abécédaire conventionnel: A comme aubergine, B comme bouteille ou O comme oeuf. Mais juste après la lettre correspond à un autre mot et l'illustration de ce second reprend aussi le premier. C'est un choc visuel et un étonnement garanti.

© Marion FAYOLLE/ Notari

Et puis les illustrations racontent maintenant des histoires loufoques et drolatiques: des crottes de cailloux, des déluges de diamants.

© Marion FAYOLLE/ Notari
C'est ainsi une autre proposition de mise en perspective, de pause sur le réel. Cela peut même être une porte ouverte sur quelques questions d'actualité et de quoi les mettre à distance.

Merci aux éditions Notari pour toujours, encore, me faire confiance.

lundi 20 janvier 2014

Où va-t-on quand on disparaît ?

L'auteure Isabel Minhos MARTINS, dont les livres étaient au début destinés pour de très jeunes enfants, nous offre depuis quelques années de petites pépites pour tous les âges.

© Isabel MINHOS MARTINS et Madalena MATOSO/ Éditions Notari

"Où va-t-on quand on disparaît?" illustré par Madalena MATOSO parle de changements. L'eau s'évapore et monte au ciel, les nuages sont comme des fantômes et reviendront en pluie, les chaussettes restent toujours perdues une par ici, l'autre par là dans des endroits incroyables. Les doubles pages nous parlent du soleil, de son départ qui n'en est pas un mais bien 1 petit tour et puis revient, ou des roches qui, elles aussi, disparaissent.
Ce sont des leçons de chose avec en soi une belle poésie. Mais bien plus que cela, la mort est le sujet principal de ce livre. Elle est intrinsèque à la vie, pour tous, même pour les choses les plus pérennes dans son caractère de disparition. Elle ne se manifeste ou ne se comprend pas de la même manière, ne se vit pas non plus pareil en fonction de la situation. Ce manque, cette petite mort, est aussi celui de l'autre partit, ailleurs, sans soi mais pas forcément décédé.
Le propos est délicat, parle de religion sans jamais les indiquer. Ce sont des "idées" qui amènent à croire que nous allons tous quelque part, revenons, partons loin au paradis ou ailleurs, restons fantômes.
Il est question de cette absence de l'autre, où va-t-il?, mais aussi de ce manque à celui qui reste.
"Si on disparait sans que personne ne s'en rende compte, on ne disparait pas vraiment: pour que quelque chose disparaisse, il faut que quelqu'un l'ait d'abord vu et s'aperçoive ensuite de son absence.
Pour disparaitre, il faut toujours être deux." Avec l'absence il y a la solitude, marquée par les illustrations, et beaucoup de questions, si difficiles, sans réponse... comme une pelote de laine à démêler... quelque fois l’opération est possible avec de la patience, d'autre fois, il ne reste que soi, qu'un "écho". 

© Isabel MINHOS MARTINS et Madalena MATOSO/ Éditions Notari

Les illustrations assez géométriques pour certaines apportent un côté labyrinthique au propos, même si une ligne noire nous aide à trouver le chemin, vers l'après. Ce sont des pelotes de laine, des tables dont la perspective ne s'arrêtent pas, des branches d'arbres qui n'en finissent pas. Ce sont aussi des personnages en attente.

© Isabel MINHOS MARTINS et Madalena MATOSO/ Éditions Notari

Il y a des disparitions d'enfants sous la table pour nous faire sourire, des hommes transis avec leurs bouquets de fleurs ne voyant pas arriver l'être tendre, il y a des plages qui se créent là parce que leur sable est parti de là-bas mais il y a aussi le plus douloureux et ce livre permet d'en parler. Le livre est loin d'être triste pourtant.

© Isabel MINHOS MARTINS et Madalena MATOSO/ Éditions Notari

Et même dans le propos, nous partirons oui, mais en s'imaginant danser.
"Nous pouvons aller dormir ou danser. Ou danser pendant que nous dormons.
C'est mieux que rien...
Le rien est un endroit trop vide pour que quelqu'un puisse s'y trouver. Et si tout le monde finissait par y aller, il cesserait rapidement d'être le rien. (Et on ne peut pas lui faire une chose pareille.)"

Livre sacrément recommandable! Merci aux éditions Notari, continuez vos propositions touchent toujours juste!

lundi 30 septembre 2013

La mer et lui

Le duo Henri MEUNIER et Régis LEJONC avait déjà fait des merveilles, leur nouvelle proposition aux éditions Notari nous emmène encore dans une poésie fine.

© Henri MEUNIER et Régis LEJONC/ Notari

"La mer et lui" nous parle d'un amour, d'une aventure, d'une vie, d'une solitude: celle d'un marin et de la mer. Le capitaine part à la retraite, il descend sur terre et fait une demande folle à la mer, de le suivre. Toute guillerette, elle accepte, se vide et remplit un verre.

D'une solitude en mer, la retraite amène au marin un dialogue. La mer raconte tous les exploits que les hommes ont fait sur son dos, elle parle aussi de son intimité, les abysses et les trésors enfouis, mais aussi de sa curiosité. Le capitaine la fascine par la mythologie inventée sur elle et par le récit de sa vie à son bord.
Tous les deux forment un couple, vivent une vie, y mettent leur "sel". Mais la mer manque, aux autres marins, aux enfants épris de baignades. Elle était aussi tout ou beaucoup pour eux.

© Henri MEUNIER et Régis LEJONC/ Notari

"Dans un meublé modeste il est un petit verre qui contient toute la mer, la mer et ses fidèles, poissons, moutons, tempêtes, vagues et hauts-fonds, étoiles, alizés, phares, brumes et sirènes en grande conversation avec le capitaine."

Le texte d'Henri MEUNIER est poétique à souhait, nous suggère plus qu'il nous dit les merveilles, les légendes, les mystères et cette complicité entre les deux.

© Henri MEUNIER et Régis LEJONC/ Notari

Les illustrations de Régis LEJONC, véritables petits tableaux, parlent d'une autre voix. Peu de mer et d'océan en fait mais beaucoup de paysages et d'urbanité, de ce que l'homme a construit, avant d'y réintégrer ce qui était avant lui, qui nous manque... la nature dans ce qu'elle a d'indomptable, de fascinant et de réconfortant.
Une autre lecture peut aussi se faire, écrite en dernière page : une ouverture picturale à l'art, à d'autres œuvres de HOPPER, BOUDIN, HOKUSAI ou DE CHIRICO et j'en passe. Ce qui fait une magnifique ouverture à cet amour de la mer!

"La mer est brave fille. Romantique et naïve, on lui doit de gentilles trouvailles comme la vie ou l'horizon."

Merci infiniment aux éditions Notari.

lundi 10 juin 2013

Une étoile dans le noir

Je voulais en parler il y a déjà quelques mois. Je voulais aller vite parce qu'il s'agit d'un petit trésor et puis je n'ai pas su quoi écrire. Je n'en parlerais peut-être pas mieux maintenant, tant pis, ce sera à vous de découvrir à quel point le livre va loin.

© Lucia TUMIATI et Joanna CONCEJO/ Editions Notari

"Une étoile dans le noir" de Lucia TUMIATI et illustré par Joanna CONCEJO est un livre jeunesse sans en être un. Il en a le format, presque les illustrations (encore que) mais le texte est dense, profond et les mots ont une sagesse.

Le narrateur, un jeune berger s'occupant des chèvres de la famille, nous parle de sa rencontre avec un autre enfant. Un garçon solitaire, avec des frères, vivant dans le même coin mais laissant perplexe, déstabilisant. Mais au fond, c'est un garçon comme lui, non?! Et bien non! Cet enfant semble un peu sot, plus lent, plus "distrait" à moins que ce soit dû à des préoccupations, une gravité d'adulte dans un corps d'enfant.
"Ce garçon qui parle comme un petit vieux me ferait presque rire, si ce n'étaient ces larmes qui lui coulent soudain et me laissent sans voix.
"Salut, je dois partir".
Il ne me répond pas. Il reste sous l'arbre à regarder dans le lointain."

A travers le quotidien du narrateur et ses discussions avec l'autre, un décalage devient flagrant. Les gestes du quotidien n'ont plus cette spontanéité du présent mais semblent juste une étape.
L'injustice de l'enfance, l'obéissance dû aux parents, le rôle parental sont ici sortis de leur résonance singulière pour prendre une autre plus universelle. La temporalité ne semble plus la même. Les actes n'ont plus les mêmes conséquences.

 © Lucia TUMIATI et Joanna CONCEJO/ Editions Notari

Le narrateur est juif, heureux de l'être, de fêter, de suivre les enseignements des rabbins. Il aimerait tout de même un décloisonnement mais son ami, lui, remet même en question l’œuvre de Dieu, parle de la loi juive, la respecte, mais semble vouloir la comprendre et évaluer ses erreurs, ses lacunes, les manquements de l'éducateur religieux.

La rencontre des deux enfants est un choc, une prise de conscience mutuelle.
Le narrateur est insouciant, juste dans l'instant et ces fragilités, situations ou frustrations. L'autre garçon semble responsable de plus que de lui, il est soucieux, sérieux. Il réfléchit à la justice, à la culpabilité, aux victimes et aux autres, au don, à l'amour exempt de souffrance, à l'obéissance attendu des enfants, au cycle de la vie, aux multiples vérités et au chemin guidé par les étoiles.
En observant la vie d'un enfant, l'autre garçon avance dans sa réflexion. Le narrateur lui semble être ici comme un garde fou, il est le témoin du désespoir de son ami et arrive, tant bien que mal, juste une fois à le faire devenir un enfant, juste un enfant, le temps d'un déguisement.
Le narrateur est témoin des fulgurances que son ami a sur l'avenir, d'une certaine omniscience mais aussi de ses premières paroles de sagesse voire même de ses premiers "miracles". Il entrevoit aussi le sacrifice, de Marie sa mère épouvantée, désespérée devant cet acte attendu du Père, de ce fils, conscient de la souffrance et du sacrifice qu'il endurera plus tard...

"Je repense à ses quelques mots et j'essaie de comprendre ce qu'ils voulaient dire vraiment, mais j'ai peur de trop bien comprendre, et donc de grandir trop vite."

© Lucia TUMIATI et Joanna CONCEJO/ Editions Notari

Le travail de Joanna CONCEJO est celui d'un impressionniste, ce sont des gestes, des détails,  des instants. Ils ne peuvent être que cela et plus encore comme le début d'une réflexion personnelle. Ces petits papiers collés avec les dessins monochromes ne sont juste que des pauses, avant de reprendre.
***
Bien-sûr il s'agit d'une enfance particulière, celle d'un homme destiné à être l'étoile dans le noir de beaucoup d'autres, vous l'aurez compris.

Merci infiniment aux éditions Notari pour votre confiance.

jeudi 6 décembre 2012

La rue qui ne se traverse pas

"La rue qui ne se traverse pas" d'Henri MEUNIER et illustré par Régis LEJONC est un livre très grand format, comme un gratte-ciel, mais même s'il a du mal à rentrer dans la bibliothèque, faites-lui une place.

© Henri MEUNIER et Régis LEJONC/ Notari

"Elle habitait au cœur de la rue qui ne se traverse pas, fenêtre sur rue. Lui vivait juste en face, fenêtre sur elle." Dans cet urbanisme qui prive les hommes de communication, elle et lui se regardent, ne font presque que cela et rêvent de l'amour.

"Est-il possible de s'aimer pour l'éclat d'un regard?
Est-il possible de s'aimer quand le vide et les rêves vous séparent?"

Sont-ils amoureux? Peut-être. Ce n'est pas le plus important. Les moineaux sont nourris par elle, ils parlent de liberté à lui. Par leur vol d'une fenêtre à l'autre, des rêves d'amour, des rêves de complicité, des rêves de partage.

Il est question de ce sentiment amoureux, de ce frisson qui attire même si l'on ne se connait pas. Mais bien plus que cela, il parle de liberté et de rêve. La ville, agglomérée, sans nature, est vide de sens et de partage. Les rêves des enfants ne sont pas encore cloisonnés, ne répondent pas encore au dictat sociétal. Il leur est impossible de se parler... bah, ils vont faire mieux, s'aimer.... peut-être se retrouver.
Entre les lignes, c'est un peu de tolérance qui se tricote... ne pas se connaître, ne pas se ressembler et pourtant être sûr qu'il a partage possible.

© Henri MEUNIER et Régis LEJONC/ Notari

Les illustrations de Régis LEJONC sont comme ouatées. Des grattes-ciel, une ville grise, noire et marron. Les appartements semblent plus réconfortants mais même si les fenêtres sont grandes ouvertes, les intérieurs restent sombres. La lumière est celle de début et de fin de journée, l'heure de leurs échanges. Les illustrations sont magnifiques, surtout les enfants, surtout leurs sourires timides et leurs rêves.

Et puis un détail, ce livre redonne leurs "ailes" de noblesse aux moineaux, oiseaux ingrats des villes.

jeudi 15 novembre 2012

Les deux routes

Les éditions Notari proposent de très belles nouveautés en ce moment, mais avant de vous parler d'un autre de mes coups de cœur du moment, je reviens sur un plus ancien... parce qu'il ne faudrait pas passer à côté, tout de même.

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO n'en sont pas à leur première collaboration et à chaque fois la magie opère. Je les connaissais pour des propositions pour lectorat plus jeune, ici, ils nous offrent avec "Les deux routes" une magnifique invitation au voyage.

La première route est la bleue. Le papa, le fiston et la grand-mère la prennent. C'est l'autoroute, la route la plus rapide. La seconde est la rouge. La maman, l'autre fiston et la sœur prennent l'ancienne route. Bien-sûr ils sont partis plus tôt, avec des casses-croutes à cas où. Chaque route est une histoire autonome, pour lire l'autre il faut prendre le livre en sens inverse... mais même à la lecture de l'une, l'illustration de l'autre apporte une relativité du propos.

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

La bleue est rapide. Le trajet sera court, ils le savent. Ils ont hâte d'arriver. De toute façon, le voyage n'est pas très agréable, il faut déchiffrer des chiffres et des panneaux, longer des murs d'isolation (de la circulation), se contenter d'un arrêt repas pas très bon, se faufiler dans la file d'attente.
C'est une route encore urbaine même en pleine campagne: le paysage ne forme presque que des traits, pas le temps de voir autre chose avec la vitesse.
La bleue est une invitation à profiter de l'arrivée, une route vers le futur mais aussi empreinte de passé: "On en profite pour penser au passé. On en profite pour rêver au futur. On essaie d'imaginer ce qui nous attend à la fin de la route. Ça ne va pas tarder, nous allons arriver... Qui sera là pour nous attendre?"

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

La rouge est lente, sinueuse. Elle déambule dans les quartiers oubliés de la ville avant d'en sortir puis direction la campagne et ses habitants, de la ferme comme des maisons.
Elle est longue, il faut prendre le temps (son temps), ne pas se frustrer à chaque imprévu, savoir s'arrêter pour demander le chemin. C'est aussi profiter du voyage, des jeux, du vent et des arrêts spontanés et non chronométrés, pour un pic-nique, pour un baby-foot.
"Le soir commence à tomber. Nous traversons un vieux pont. Tout en bas, là, il y a une rivière où des gamins se baignent. "On peut s'arrêter juste un petit peu? Allez...""
La rouge est aussi un voyage en soi.

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

Nous pourrions croire à première lecture que la rouge est la plus mise en valeur. Oui, bien-sûr, mais Isabel MARTINS n'oublie pas les désagréments, non pas de la lenteur, mais l'irritation, les erreurs de parcours, comme aussi un arrêt de la climatisation. Les enfants sont fatigués et énervés.
Ils arrivent tard, les enfants derrière dorment... mais c'est aussi ça le voyage avec un grand bol de liberté!

© Isabel MINHOS MARTINS et Bernardo CARVALHO/ Éditions Notari

Les illustrations de Bernardo CARVALHO ont toujours cette clarté de propos. La bichromie rouge/bleue est bien-sûr là pour suivre les histoires. Mais encore plus  ce sont les routes qui apportent la fluidité. Nous voyageons avec eux... lignes droites et larges, lignes sinueuses, paysages ou absence de paysage et puis les personnages de la famille avec beaucoup de tendresse.