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mardi 6 mai 2014

Lieux de mémoire, lieux d'espoir...

Encore consommer des produits culturels, encore contribuer à éveiller la conscience, la mienne comme celle du plus jeune. Au même titre que la philosophie, à aborder très tôt, le débat et l'actualité sont à envisager avec des livres de très bonne tenue. "Lieux de mémoire, lieux d'espoir..." de Karine TOURNADE et illustré par Yann AUTRET est une ouverture sur notre histoire, au choix volontairement réduit et subjectif.

© Karine TOURNADE et Yann AUTRET/ Oskar

Quatorze lieux sont présentés sur quatre pages, des villes mais aussi des monuments, des régions. De nombreux lieux sont symboliques d'intolérance, de massacres, de guerres, d'atteinte à l'humanité. Et pourtant oui, ils peuvent être chargés d'espoir, au moins celui de ne pas reproduire les mêmes situations.

© Karine TOURNADE et Yann AUTRET/ Oskar

Les exemples nous amènent à une conception du monde géographique avec les explorateurs, découvertes des continents avec le San Salvador, la conquête spatiale avec la lune, historiques avec l'avancée de l'homme sur terre (son plus ancien ancêtre trouvé dans le désert de Djourab) et dans ses accomplissements (l'écriture arrivée en Mésopotamie, les nouvelles technologies à la Silicon Valley).
Quelques lieux nous entrainent sur aussi ce qui fait les rapports humains, les alliances et les conflits, les guerres comme le pire du pire, (la colonisation pour l'humain, Sarajevo, Auschwitch), que les avancées scientifiques ont empiré (Hiroshima).
Et puis la barrière de corail emporte le sujet aussi sur la nature, la vie autour.

© Karine TOURNADE et Yann AUTRET/ Oskar

Ce n'est pas pompeux mais instructif: un bref résumé de la situation, les causes dans les décisions humaines, les alliances et les retombées encore actuelles.

vendredi 28 juin 2013

C'est ta vie, l'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants

Je cherchais depuis quelques temps déjà un documentaire sur la vie, l'amour et la sexualité, adapté aux enfants. Je ne trouvais jamais mon bonheur, le propos était, pour moi, évasif, trop prude, "bien pensant". J'ai porté mon dévolu sur une proposition des éditions Oskar. Le contenu est un peu plus "franc du collier" mais que cela ne vous arrête pas!

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

"C'est ta vie, l'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants" de Thierry LENAIN et illustré par Benoit MOREL est un documentaire qui ne se limite pas à expliquer ce qu'est l'amour, la sexualité et la naissance. Enfin si mais avec tout ce qu'il y a autour. Je n'avais d'ailleurs aucun doute: pour avoir suivi les propositions de Thierry LENAIN dans la collection "Trimestre", je pensais bien trouver là des nuances, de la réflexion et du fond.

Le livre est répartit en plusieurs chapitres.
Les liens parlent du lien social, des relations entre les gens, de la simple politesse à la relation de cœur. Puis l'auteur distingue l'amitié et l'amour, cette apposition ou fusion des cœurs, et présente l’hétérosexualité et l’homosexualité. L'amour est alors le début d'un lien plus fort, une envie de profiter l'un de l'autre, de vivre ensemble (ou non), de partager tous les loisirs (ou non) et d'être parent (ou non).
Les contacts définissent le niveau de promiscuité des corps, de la bousculade au toucher réel, du geste de politesse, de consolation ou du manque de gestes (même si les sentiments sont présents). Puis les câlins sont définis dans leur rapport d'affection et distingués des câlins sexuels.
Les interdits reprennent les lois contre la pédophilie, l'inceste mais aussi le respect des enfants, le consentement mutuel (entre adultes) et les relations sexuelles des adultes dans l'intimité et cachées aux enfants. Une très belle explication est offerte aussi sur les dérives de l'internet, sur cette accessibilité exacerbée des intimités: pas de porte fermée, pas de disposition difficile d'accès... la sexualité est placardée et le contrôle parental installé pas pour surveiller l'enfant mais le protéger.
Le corps est un chapitre plus conventionnel, biologique, quoique. La puberté est expliquée, l'anatomie montrée mais il est aussi question de masturbation, comme prise de conscience de soi mais aussi premier plaisir non-coupable (si seul avec son intimité).
Le bébé est la reproduction sexuelle humaine expliquée mais aussi tous les aléas de la vie, l'impossibilité d'en avoir, les solutions, la volonté de ne pas être parent. Et bien-sur cela finit par la naissance.
Un épilogue suit avec des questions réponses assez enfantines mais justement décomplexantes.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Le propos est presque politique: extrêmement tolérant (et c'est parfaitement ma priorité) sur le métissage, l'homosexualité, l'avortement, la fécondation in vitro et l'adoption mais aussi sur une certaine froideur des sentiments (une émotion retranscrite différemment) ou une frivolité apparente. Attention cependant il n'est pas ici question du débat politisé du moment: mariage pour tous ou de procréation médicalement assistée pour les homosexuels.
Tout est dit avec finesse et beaucoup de respect. Thierry LENAIN se positionne toujours sur le droit de chacun à être ce qu'il est, dans les limites de la loi et du respect des enfants.
Au fil des pages, l'auteur propose aussi des numéros de téléphones pour ne pas laisser l'enfant lecteur dans une situation difficile.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Les illustrations de Benoit MOREL sont, ici, assez déconcertantes. Elles ont pourtant la qualité de mettre derrière le propos un peu de couleurs et de ne pas aseptiser les informations. Un schéma internes des organes génitaux mais aussi une manière sexuée de se regarder l'intimité sont présents. Quelque part dérangeant et pourtant, mais oui bien-sûr, une part importante de la connaissance de soi.
L'imbrication des corps, lui, est juste évoquée mais pour le reste, Benoit MOREL montre la différence dans les relations, dans les gestes. Beau dialogue entre le texte et les dessins!

Maintenant reste à savoir à quel jeune lectorat il est destiné. Bah, je ne sais pas. En tous cas bien avant que la reproduction humaine soit au programme scolaire. Bah, dès que l'enfant se pose des questions et sait lire seul certains chapitres!

Et l'avis de Gaëlle très pertinent ici, présentant aussi ce parti-pris réel des auteurs de proposer une autre vision de la sexualité, la présentation presse.

lundi 10 juin 2013

Une étoile dans le noir

Je voulais en parler il y a déjà quelques mois. Je voulais aller vite parce qu'il s'agit d'un petit trésor et puis je n'ai pas su quoi écrire. Je n'en parlerais peut-être pas mieux maintenant, tant pis, ce sera à vous de découvrir à quel point le livre va loin.

© Lucia TUMIATI et Joanna CONCEJO/ Editions Notari

"Une étoile dans le noir" de Lucia TUMIATI et illustré par Joanna CONCEJO est un livre jeunesse sans en être un. Il en a le format, presque les illustrations (encore que) mais le texte est dense, profond et les mots ont une sagesse.

Le narrateur, un jeune berger s'occupant des chèvres de la famille, nous parle de sa rencontre avec un autre enfant. Un garçon solitaire, avec des frères, vivant dans le même coin mais laissant perplexe, déstabilisant. Mais au fond, c'est un garçon comme lui, non?! Et bien non! Cet enfant semble un peu sot, plus lent, plus "distrait" à moins que ce soit dû à des préoccupations, une gravité d'adulte dans un corps d'enfant.
"Ce garçon qui parle comme un petit vieux me ferait presque rire, si ce n'étaient ces larmes qui lui coulent soudain et me laissent sans voix.
"Salut, je dois partir".
Il ne me répond pas. Il reste sous l'arbre à regarder dans le lointain."

A travers le quotidien du narrateur et ses discussions avec l'autre, un décalage devient flagrant. Les gestes du quotidien n'ont plus cette spontanéité du présent mais semblent juste une étape.
L'injustice de l'enfance, l'obéissance dû aux parents, le rôle parental sont ici sortis de leur résonance singulière pour prendre une autre plus universelle. La temporalité ne semble plus la même. Les actes n'ont plus les mêmes conséquences.

 © Lucia TUMIATI et Joanna CONCEJO/ Editions Notari

Le narrateur est juif, heureux de l'être, de fêter, de suivre les enseignements des rabbins. Il aimerait tout de même un décloisonnement mais son ami, lui, remet même en question l’œuvre de Dieu, parle de la loi juive, la respecte, mais semble vouloir la comprendre et évaluer ses erreurs, ses lacunes, les manquements de l'éducateur religieux.

La rencontre des deux enfants est un choc, une prise de conscience mutuelle.
Le narrateur est insouciant, juste dans l'instant et ces fragilités, situations ou frustrations. L'autre garçon semble responsable de plus que de lui, il est soucieux, sérieux. Il réfléchit à la justice, à la culpabilité, aux victimes et aux autres, au don, à l'amour exempt de souffrance, à l'obéissance attendu des enfants, au cycle de la vie, aux multiples vérités et au chemin guidé par les étoiles.
En observant la vie d'un enfant, l'autre garçon avance dans sa réflexion. Le narrateur lui semble être ici comme un garde fou, il est le témoin du désespoir de son ami et arrive, tant bien que mal, juste une fois à le faire devenir un enfant, juste un enfant, le temps d'un déguisement.
Le narrateur est témoin des fulgurances que son ami a sur l'avenir, d'une certaine omniscience mais aussi de ses premières paroles de sagesse voire même de ses premiers "miracles". Il entrevoit aussi le sacrifice, de Marie sa mère épouvantée, désespérée devant cet acte attendu du Père, de ce fils, conscient de la souffrance et du sacrifice qu'il endurera plus tard...

"Je repense à ses quelques mots et j'essaie de comprendre ce qu'ils voulaient dire vraiment, mais j'ai peur de trop bien comprendre, et donc de grandir trop vite."

© Lucia TUMIATI et Joanna CONCEJO/ Editions Notari

Le travail de Joanna CONCEJO est celui d'un impressionniste, ce sont des gestes, des détails,  des instants. Ils ne peuvent être que cela et plus encore comme le début d'une réflexion personnelle. Ces petits papiers collés avec les dessins monochromes ne sont juste que des pauses, avant de reprendre.
***
Bien-sûr il s'agit d'une enfance particulière, celle d'un homme destiné à être l'étoile dans le noir de beaucoup d'autres, vous l'aurez compris.

Merci infiniment aux éditions Notari pour votre confiance.

jeudi 2 mai 2013

Le loup sous le lit ou quand une petite fille sait ce que les adultes ne savent plus

J'aime les loups, j'aime cette part de sauvagerie, d'inconnu, de cauchemar aussi sur fond de nuit noire ou de pleine lune. J'avais ainsi acheté "Le loup sous le lit ou quand une petite fille sait ce que les adultes ne savent plus" de Stéphane SERVANT et illustré par Benoit MOREL dès sa parution et l'avais lu dans la foulée. Alors pourquoi attendre pour en parler. Peut-être justement pour que le charme du loup opère encore, peut-être pour ne pas limiter la portée du livre, aussi.

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Derrière l'école un loup est blotti apeuré. Elle va tenter le réconforter. Puis se comprenant, ils vont faire découvrir l'un à l'autre les beautés de leur monde, la forêt et la ville. Mais tout n'est pas beau dans ce monde d'adultes. Les oiseaux de la volière ont été libérés: un loup, une jeune fille avec un masque de loup? Dans le doute, les adultes s'arment pour combattre le loup.

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Bien-sûr il est question d'amitié et de tolérance, une écharpe montre l'attachement, le lien, entre le loup et elle, entre elle et la forêt. La force est dans cet amour avec l'esprit sauvage, le loup. Il apparait dans toute ses impulsions. Mais je trouve que le plus beau est cet amour de la liberté, de l'instant présent.
"Quand j'étais fatiguée, le loup m'apprenait les taches de soleil, la langue secrète des arbres, la saveur de la boue, les morsures du froid et la douceur du ventre des crapauds."

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Le loup et la petite fille étaient libres, spontanés, près de la nature et de leur rêve. L'enfant a grandi mais il lui reste son loup, l'esprit libre.

Bien-sûr le choix du rouge et du noir pour les illustrations de Benoit MOREL est magnifique, salvateur presque comme les couleurs de la passion et du sang. Mais nous sommes loin du chaperon rouge. C'est vrai: ce loup n'est pas celui des contes.
"C'était le premier loup que je rencontrais. Je veux dire: pas un loup de dessin animé ou de conte de fées.
Non, c'était un loup pour de vrai: dents jaunes, grands yeux, oreilles  pointues et queue touffue."

mardi 23 avril 2013

Les Willoughby

Il suffit de peu pour passer à côté: croire qu'il s'agit d'un auteur à la mode pour de mauvaises raisons, penser que ses textes sont insipides sans même avoir lu une ligne juste parce que encensée ici ou là entourée de mièvreries. Alors oui, j'ai bien failli ne pas lire du Lois LOWRY. Cela aurait été dommage parce qu'elle offre pourtant un discours différent. Mais heureusement, la petite voix d'une de mes libraires préférées était là: "C'est l'histoire de parents abjectes et d'enfants qui veulent se débarrasser d'eux!" enfin avec plus de détails et de nuances.


"Les Willoughby" de Lois LOWRY propose une histoire d'orphelins, pas si orphelins, de parents exécrables, d'une nounou qui pourrait être odieuse et d'un milliardaire triste et pouilleux.

Le ton est donné dès les premières pages. Les parents Willoughby ne connaissent pas le nom de leurs enfants et décident de partir en vacances sans leur progéniture. Ils embauchent une nounou, la énième, sans même lui parler, parce qu'il ne faut pas pousser tout de même, et mettent en vente la maison... les enfants se retrouveront à la rue, tant pis!
Tim, l'ainé, les jumeaux Barnaby A et B et la petite dernière Jane, ne voulaient plus d'eux de toute façon. Et puis quand on est élevé aussi mal c'est assez logique d'avoir des comportements pas forcément gentils. Un bébé est abandonné sur le pas de la porte, bah, il faut l'abandonner à une autre.

Les règles sont données. Tim décompte les points selon la pertinence d'une vie d'enfant: bien se comporter, être éloquent, ne pas couper la parole, être alerte. Mais avec l'arrivée de cette nounou qui n'est pas ce qu'elle semblait (beaucoup plus maternante et réconfortante que ce qu'il pensait), la vie reprend des couleurs. Des cartes postales des parents ponctuent leur "abandon" si joyeux. Ils défient la mort sans jamais y passer.
Et tous les personnages, mauvais et bons, se déclinent. L'histoire partait mal et pourtant, comme l'indiquait la quatrième de couverture, ces vies "vieux jeu" vont devenir pleine de bons sentiments.

L'impertinence des enfants mais aussi le caractère exécrable et sans excuse de certains adultes sont assez jouissifs. La parenté n'est pas évidente, le respect non plus et la famille devient le regroupement de ceux que l'on choisit. Des anecdotes sont aussi très rigolotes comme une nounou statue d'albâtre ou ces cartes postales parentales.
Et le livre finit bien. Alors non, je ne suis pas contre les happy end mais je suis restée un chouïa sur ma faim. Mais je suis sûr que les jeunes lecteurs trouveront eux tout ce qu'il faut pour réfléchir sur le respect, sur l'amour filial et parental avec assez de gentillesses pour ne pas être déstabilisés à la fin.
Le livre est aussi entouré, accompagné par des propos de l'auteur, "abominablement écrit et ignominieusement illustré" dit-elle. C'est aussi une référence à d'autres histoires d'orphelins dans la littérature jeunesse (références notées en fin de livre) et une mise en avant lexicale avec un glossaire repris avec beaucoup d'humour.

***
 

J'en ai profité pour lire le petit carnet sur l'auteur offert par les éditions l’École des loisirs: "Lois Lowry, mon auteur préféré" de Agnès DESARTHE.
J'aime ces focus, même parfois malgré une réticence pour l'écriture des auteurs en question. Là, je compte bien lire d'autres propositions de cette écrivaine américaine venue à la littérature jeunesse sur le tard.
Agnès DESARTHE nous la dévoile photographies par photographies. Les prémices d'une imagination sont là, d'une solitude aussi. En sandwich entre sa soeur et son frère qui accaparent l'attention. Il y a aussi ce manque de présence parentale, un père absent par son métier, une mère occupée à être mère des autres.
Il y a là de la curiosité, des débuts d'histoire mais aussi des retournements de vie propres à offrir ce qu'il faut d'impulsion.
Lois LOWRY apporte une écriture adulte aux plus jeunes. Les difficultés, les moments durs ne sont pas mis sous silence, même la mort et, pourtant, il semble que l'on peut retrouver sous sa plume beaucoup de tendresse et d'humour comme dans ce livre-ci.
Une belle mise en scène est aussi l'interview de certains personnages récurrents de LOWRY. C'est adulte et pourtant tout à fait intriguant pour les enfants.
Je reviendrais peut-être sur ce dévoilement de cette auteure après d'autres lectures. A suivre alors... peut-être.

mardi 9 avril 2013

Le loup des sables (-, encore lui !)

"Le loup des sables" d'Asa LIND et illustré par Violaine LEROY a été distribué dans les écoles primaires suédoises à tous les enfants de 6 ans. Et même si je ne m'aligne que rarement aux choix du plus grand nombre, j'avais envie de m'y plonger. Le tome 1 et le tome 2 "Le loup des sables, encore lui!" ne formant à la base qu'un seul livre, je me suis ruée sur les 2! Et je ne suis pas déçue.

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Zackarina est une enfant. Elle vit avec ses parents dans une petite maison près de la mer. A la première frustration, et elle en a, enfant unique, en demande constante d'attention, la fillette court à la plage pour ruminer sa colère ou son chagrin. Mais sur la plage, dans le sable, dans ce trou fait à la main... une truffe noire accompagnée du reste du corps d'un animal: un loup des sables, un animal fantasmé de grains de sables, se nourrissant de rayons de soleil et de clairs de lune. Et le loup va devenir le confident mais aussi la source de discussions et de réflexions.
Avec fantaisie, lucidité et poésie, le loup des sables rebondit sur les peurs de Zackarina. En revenant de la plage, elle est plus sereine, plus à l'écoute.

Même si le procédé est effectivement très répétitif: la fille part de chez elle en colère, retrouve le loup des sables sur la plage et revient chez elle avec une solution, il n'en reste pas moins que les 30 histoires du premier tome et les 15 du second apportent justement une pertinence à des questions existentielles. Il y a de l'explication et aussi, surtout une poésie propre à l'enfance.
Le propos n'est pas tant de savoir si le loup est réel mais bien qu'il apporte un soutien et des pistes pour grandir. Des manières de ne pas laisser la solitude nous prendre, de presque récompenser les actes d'espièglerie et d'aventure enfantine, de ne pas oublier ce qu'est l'enfance. Des explications sur les faits incompréhensibles.

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Il s'agit d'un conte initiatique. Les français semblent le rapprocher du "Petite prince" de SAINT-EXUPERY, il y a effectivement de belles vérités et de subtiles réflexions. L'auteure nous apprend plutôt s'être inspirée d'une autre forme de poésie amenée par les Moomins du duo JANSSON et plus précisément par le personnage de Renaclerican (ou Pipo).

Ce livre est revigorant. Zackarina est toute malicieuse et garde son énergie. Elle bouge, roule, hurle, se défend.
C'est aussi un très beau livre sur la parentalité et ce soit-disant devoir d'autorité. La maman part de la maison pour travailler, le père semble travailler à la maison. Ils sont débordés, pris par leur occupation puis attentionnés et patients... un peu parents modèles tout de même.
Et puis il y a cette liberté de mouvement, les portes sont ouvertes. Zackarina sort toute seule, va sur la plage, peut même "partir en randonnée". C'est une ode à la nature, à la respiration du dehors, un hymne au mouvement spontané des enfants.
Le(s) livre(s) mérite(nt) lecture et relectures...

© Asa LIND et Violaine LERO/ Bayard jeunesse

Vous pouvez retrouvez ici l'interview d'Asa LIND.
Et ces deux livres m'ont inspiré les illustrations précédentes: le loup des sables suédois, les illustrateurs des contes lus par la maman de Zackarina ou dont parle le loup des sables.

jeudi 24 janvier 2013

Pomelo (- est amoureux - rêve - s'en va de l'autre côté du jardin)

Je ne vous ai pas encore parlé de la collection des Pomelo. Erreur. Alors oui je vous avais présenté un album grand format, "Pomelo grandit", en sachant qu'à leur actuel un autre grand format est sorti mais là je voudrais vous présenter ceux qui reviennent chaque soir. Ce sont les petits formats à couverture souple, ils présentent à chaque livre trois histoires dont une éponyme.

© Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD/ Albin Michel jeunesse

"Pomelo est amoureux" n'est pas le premier mais en fait cela n'a pas beaucoup d'importance. Les personnages sont toujours les mêmes et reviennent. Et puis les histoires ne sont que des moments de vie qui ne se suivent pas forcément. Les références aux autres sont là, bien-sûr, mais dans un sens ou dans l'autre, ce n'est pas tant un souvenir qu'une autre forme de l'anecdote.
Pomelo est ce minuscule éléphant rose à la trompe immense et expressive. Ce petit habitant du potager dort sous un pissenlit et nous fait découvrir des moments de vie, plein de questionnements et de poésie.

Dans "Pomelo est amoureux" de Ramona BADESCU et illustré par Benjamin CHAUD, nous découvrons que Pomelo peut confondre allègrement le sentiment amoureux et l'affection pour une chose ou une situation. Mais ce sont aussi les saisons qui le perturbent, les changements dans le potager. Pour finir par découvrir en quoi Pomelo est un éléphant fantastique.

"Il est amoureux de la pluie du soir, parce que c'est inexplicable."
© Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD/ Albin Michel jeunesse

Dans "Pomelo rêve", le potager devient surréaliste, une sorte de patate arrive dans le jardin et pour lui faire plaisir chacun y va de sa solution. Et le quotidien peut prendre une saveur nouvelle si Pomelo décrète que c'est carnavaaaaal!

© Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD/ Albin Michel jeunesse

Dans "Pomelo s'en va de l'autre côté du jardin", le petit éléphant a comme une mélancolie, tout est différent, il se sent mis de côté et décide de partir, découvre ainsi le potager la nuit et après le potager, un autre jardin complètement différent tout en lui étant presque familier.

© Ramona BADESCU et Benjamin CHAUD/ Albin Michel jeunesse

Au cours de ces 6 histoires, comme dans toute la collection, les situations de Pomelo dans le potager sont comme des anecdotes d'enfants, assez surréalistes aussi et toujours décalées. Pomelo est le lien, l'ami, le bout en train, le poète et le philosophe. Ce sont des moments de vie, de bonheur. Même si Pomelo est en mauvaise passe, la bonne humeur revient.
Le texte de Ramona BADESCU est court mais plein de finesse. A chaque double page, c'est un questionnement qui peut paraître anodin mais renvoie à d'autres interrogations du jeune lecteur. Toutes les histoires permettent une ouverture sur d'autres possibles, sur une autre réalité.
La collection est un succès, aussi parce que les dessins de Benjamin CHAUD apportent une vraie plus-value, pas seulement miroir du texte mais bien une lecture à part entière, un contrepoint. Les illustrations de ce petit éléphant rose et de ses amis sont magnifiques. Mais plus encore, elles sont décalées par rapport au texte en amenant l'aspect comique ou perplexe du héros. Les tiges agrippent les pieds, queue de Pomelo, la trompe est souvent dans une situation coimplexe ou les questionnements très philosophiques amènent des dessins cubistes, des labyrinthes, des déformations.
Le tout est un régal pour rêver, se questionner doucement, amener la distanciation et trouver la part belle des choses.

vendredi 7 décembre 2012

Pagaille

"Pagaille" d'Edward VAN DER VENDEL et illustré par Carll CNEUT est un petit roman illustré qui fait du bien. Il apporte bonne conscience.

© Edward VAN DER VENDEL et Carll CNEUT/ Rouergue

Solal est un garçon bizarre. Il est un peu mis sur la touche, premier de la classe avec un bandeau en rééducation d'un œil paresseux. Il écrit l'histoire de cet été-là pour être lu d'une petite nouvelle à l'école, Lotus.
Solal suit souvent ses grands-parents dans le jardin potager ouvrier. Il a une cabane sous le pont de la voie ferrée et le plus souvent possible il y joue seul. Jusqu'au jour où deux enfants le trouvent. Solal sait que ses jeux et sa tranquillité sont finis. Ils vont se moquer en plus.
"L'une des mains a tapoté un des sièges.
"Moi peux?" a demandé le garçon.
"Oui, assieds-toi."
Je connais la musique: ne pas compliquer les choses, ne pas râler. Comme ça le temps passe plus vite. Comme ça on oublie tout plus vite.
[...] Peut-être que j'ai une chance de m'en tirer."
Mais ce sont les deux garçons qui ont eu peur de lui, les deux garçons noirs. Ils ont peur du rouge et du noir: "Kiko et Flamme venaient de loin. Leur pays était loin et ils étaient loin de leur pays. [...] Leur pays est noir et rouge, noir à cause de la guerre, rouge à cause du sang." Ils sont clandestins et vivent pour l'instant dans une cabane du jardin ouvrier.
Ils deviennent amis et découvrent aussi Pagaille. Elle n'existe pas, ou pas vraiment. "Elle n'existe pas pour de vrai. C'est un esprit. Un petit fantôme ou un ange. Une sorte de rêve peut-être. On ne la voyait pas, ça faisait bizarre. On entendait sa voix, ça faisait encore plus bizarre." Grâce à Pagaille, les sujets difficiles sont explicités, doucement, par des jeux, anodins ou très révélateurs. La vie de Kiko et Flamme, la différence avec celle de Solal, leur point commun, aussi.

© Edward VAN DER VENDEL et Carll CNEUT/ Rouergue

A travers les chapitres destinés à Lotus, le harcèlement des enfants apparait en filigrane mais aussi, et surtout, l'ouverture d'esprit et la tolérance d'autres enfants, leur capacité à parler aussi de l'indicible. La capacité a gardé un secret.

Le texte est porté par les illustrations toujours aussi particulières de Carll CNEUT. Au fil des pages, les jeux des enfants mais aussi des images d'un passé douloureux. Subtile et efficace.
Une autre illustration ici.

vendredi 22 juin 2012

Le vieux qui avait un grain dans la tête

"Le vieux qui avait un grain dans la tête" de Dorothée PIATEK et Oliv' et illustré par Julien TIXIER est un magnifique album très grand format.

© Dorothée PIATEK, Oliv' et Julien TIXIER/ Petit à petit

Près d'un canal dans une ville, une maison cabane s'est construite, un vieux vit là. Il déambule le long du canal tous les jours et récupère des objets tombés dans le fleuve, fait quelque fois griller des saucisses sur une caisse. Il est là, seul, ne parle qu'au cantonnier mais les autres, les habitants du quartier pensent qu'il a un grain dans la tête. Il n'est pas génant mais il n'est pas non plus un modèle pour les enfants, il faudrait peut-être lui demander de partir et nettoyer l'endroit.

Un jour, le vieux au grain dans la tête apprend ce que les habitants pensent de lui. Cette nuit-là, la maison cabane reste allumée. Il va offrir ce qu'il a de meilleur... avant de partir.

© Dorothée PIATEK, Oliv' et Julien TIXIER/ Petit à petit

Le sujet des sans-abris est ici magnifiquement proposé. Il est vrai que le malaise de vivre dans la rue, les raisons, les difficultés, les errements et l'agressivité réciproque entre les sans-abris et les "habitants" ne sont pas visibles là mais la place est laissé au meilleur. Le vieux qui avait un grain dans la tête est excentrique, solitaire, débrouillard (nécessairement ?!) et aussi extrêmement généreux.
Le regard des logés est pourtant là, fait de questions, d'envie de conformité, de retour au travail, de propre mais les enfants, leurs regards et leur curiosité apportent la touche d'humanité.
Ce livre est un partage des richesses humaines: pas en tant qu'argent ou parole mais bien en tant que regards, moments échangés, joie retrouvée. Il n'est pas tant question de ce que les enfants vont lui apporter mais bien de ce qu'il va offrir lui, celui qui n'a plus rien à offrir.

La chaleur humaine offerte ce soir-là, cette musique d'objets inutiles et jetés, laisse place au propre et net le lendemain... le sans-abri, jeté lui-aussi, peut-être, a fait place net.

© Dorothée PIATEK, Oliv' et Julien TIXIER/ Petit à petit

C'est aussi un magnifique ouvrage sur la musicalité, le partage par le rire et la musique.

Les illustrations de Julien TIXIER sont magnifiques. Les couleurs de ses peintures sont denses et les aplats riches. Le clair-obscur bleu est magnifique et le vent extrêmement présent. A chaque page, même si l'histoire se passe au même endroit, le long du fleuve, les prises de vue sont différentes et offrent un paysage, une solitude et une dignité.
Je vous laisse lire un interview de l'illustrateur concernant ce projet là. Son travail est saisissant, je mettrais bien celle de la seconde photo dans un cadre!

jeudi 21 juin 2012

Le gentil petit livre rouge

"Le gentil petit livre rouge" de Zhifang TANG est un tout petit livre, petit objet brut et efficace. Il fait partie de ces petits livres vers lesquels vous n’iriez pas forcément mais que l'une de vos libraires préférés vous met entre les mains comme une merveille d'édition. Et c'est vrai qu'il est imparable et très "bénéfique".

© Zhifang TANG/ La joie de lire

Ce tout petit album cartonné propose deux courtes histoires.
La première réunie trois amis, un lapin, un canard et un hibou. Chacun a une particularité physique: Lapin a des oreilles lui permettant de mieux entendre que les autres mais aussi d'entendre tout le temps, la nuit y compris. Il n'arrive pas à dormir. Hibou voit très bien la nuit mais la nuit est aussi faite de peurs d'angoisse et vivre dans celles des autres n'est plus supportable. Canard parle trop et les autres n'en peuvent plus... ils vont chacun croire en une solution miracle, la chirurgie esthétique. Grâce à elle, plus d'oreilles trop longues, plus de gros yeux très sensibles, plus de bec caquetant toujours.
La seconde nous parle du roi Ours, heureux et confiant. Il pense bien gouverner, être respecté et se trouve très content d'être soutenu par Chien et Renard. Mais les oreilles de lapin semblent être merveilleuses et Lapin s'en sépare. Parfait roi Ours se les greffe à la place des siennes et c'est le début de la désillusion... Ours entend maintenant tout ce que l'on dit sur lui.

Les histoires sont courtes, incisives, écrites au scalpel (c'est le cas de le dire). Chaque animal espère beaucoup de ce changement physique, espère devenir soit plus commun, soit plus compétent et n'en arrive qu'à une désillusion totale.
A travers les pages, le regard des autres, la vie en communauté apparaissent froidement dans ce "découpage de soi". Mais est-ce que la réponse physique apporte plus de bonheur?

© Zhifang TANG/ La joie de lire

En plus, les gravures, une petite par page, sont brutes, stylées et ne laissent que peu de place à une autre forme de poésie. Le rouge est là, pas lors de la chirurgie mais avant là où les animaux sont blessés. Cela va droit au but mais sans images chocs ou réalistes. Et c'est peut-être ce que l'on demande à ce genre de livre!
"Car on ne peut pas ignorer ce que l'on sait."

mardi 3 avril 2012

Noir grand

"Noir grand" de Sébastien JOANNIEZ et illustré par Daniela TIENI est un tout petit roman. Petit oui mais un condensé poétique sur l'intolérance et ce qui se cache derrière.

© Sébastien JOANNIEZ et Daniela TIENI/ Rouergue

Le narrateur est un enfant noir, ses parents sont blancs. Bien-sûr il y a une adoption là-dessous. Au départ, les parents sont les plus heureux du monde, ils klaxonnent en revenant au petit village avec lui dans les bras. Au départ, les villageois sont ravis aussi... puis le petit noir grandit, il devient "Noir grand" et le regard des autres change, seuls ses parents restent aussi enthousiastes.

Le Noir grand a pourtant grandit là, dans ce village, il a pris les expressions, le patois, les manières de vivre. Il s'est adapté mais intégré... non. La sympathie pour un poupon a laissé la place à un racisme confus, puéril puis acerbe:
" Tout le monde m'appelait Chocolat. Et je les appelais Vanille. Alors ils m'appelaient Tête de Nègre et je les appelais Faces de Fromages. Alors ils m'appelaient Tais-Toi et je les appelais Pourquoi."
L'enfant s'isole, se terre, se recroqueville dans le noir, ne veut plus suivre l'école, ne veut plus du soutien de ses parents.
L'enfant va reprendre pied, grâce à la gentillesse, la nature et le mouvement, la diversité de la vie.
Le racisme primaire pris à la source se fait méconnaissance, se délie un peu par les réflexions sur l'adoption, sur les trames de vie, de couple, de parentalité et devient un tableau plein de tâches de couleurs odorantes.

© Sébastien JOANNIEZ et Daniela TIENI/ Rouergue

Ce livre parle d'adoption, un peu, de racisme, beaucoup. Mais il parle surtout de cette attente d'un enfant, de ce rapport entre le parent et l'enfant. Le sien marqué de notre amour, le leur marqué de nos angoisses.

La poésie est là, à chaque page. Par cette fraicheur du propos: un garçon qui découvre l'intolérance, les actes amenant le changement mais aussi dans le style, ce jeu des couleurs, cette vision intérieure et extérieure.

© Sébastien JOANNIEZ et Daniela TIENI/ Rouergue

Les illustrations de Daniela TIENI apportent un plus au texte. Les couleurs noir, crème et rose offrent aux paysages intérieurs une douceur mais aussi une aridité. C'est encore de la solitude.
J'aime particulièrement ce partage entre la mère aveugle et son fils, plus qu'un jeu pour être les yeux de sa mère, cette dernière lui offre une porte ouverte de communication.

Un petit bijou donc!

vendredi 2 décembre 2011

Lali l'orpheline

© Thierry LENAIN et Olivier BALEZ/ Oskar

"Lali l'orpheline, où l'on se demande si l'on peut faire du mal en croyant faire du bien" de Thierry LENAIN et illustré par Olivier BALEZ est un roman graphique court, pour tous, jeunes ou grands, un coup de cœur!

Marion est née ici, de ce côté du continent, et décide jeune adulte d'offrir 3 mois de sa vie à un orphelinat, là-bas, de l'autre côté, en Inde.
Le papa parle à sa fille dans ces quelques pages, reprend le malaise. Marion arrivait dans ce lieu de don de soi, personne ne lui parlait, par manque de temps, par scepticisme quand aux objectifs de le jeune occidentale peut-être aussi.

Là des orphelins et des infirmières démunis, un lieu qui contraste avec ce pays coloré et odorant:
"- [...] Tu sens, papa? Tu sens toutes ces odeurs, tous ces parfums? Ça fait tourner la tête... Tu sens, papa?
- Mais... Marion...
- Tous ces gens partout... Regarde, papa! Et toutes ces couleurs partout, regarde! ...
- Mais, Marion, tu es là-bas, de l'autre côté de la terre! ... Et je suis au téléphone!"
Et là Marion rencontre Lali, une enfant muette qui ne marche toujours pas malgré son âge. Marion se prend d'affection pour elle mais une infirmière se fâche.

© Thierry LENAIN et Olivier BALEZ/ Oskar

Tout l'art du livre réside dans les actes de cette jeune femme... des gestes beaux, tendres, généreux... affectueux, maternants. De ce parti-pris tendre, de ce que Marion reproduit des signes d'affection de son père quand elle était petite enfant. C'est tout cet amour filial qui transpire, cette affection devenue connivence... de cet aveu d'impuissance après.
Parce que oui on peut faire du mal en voulant faire du bien... ou presque. Mais là Marion doit prendre sur elle, offrir d'elle et de la pertinence, de la vérité.

Les illustrations en or, noir et blanc d'Olivier BALEZ offrent une modernité et comme une abstraction à l'histoire. Très beau parti-pris.

Magnifique histoire d'affection, de limite, mais aussi de ce qu'un geste peut apporter.

Gaëlle en parle là
Sophie Van der Linden là
Œil d'ailleurs là

Le bonheur prisonnier

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

"Le bonheur prisonnier" de Jean-François CHABAS et illustré par David SALA est un album grand format magnifique. Comme pour le premier que j'avais lu du duo, "La colère de Banshee", ils revisitent un conte du monde en nous invitant en Chine cette fois-ci.

Le narrateur, Liao, revient sur son enfance... à l'aube de ses 7 ans. Dans sa maison où les générations se côtoient et où les ancêtres ont aussi leur place, le bonheur est vivant. Un petit insecte choyé et adoré, un grillon du foyer retenu dans une cage en or dans la cuisine, chante pour les habitants.
Oui mais un soir, il interpelle l'enfant de la maison pour lui demander de l'aide.

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

La place des traditions et des croyances est décrite avec poésie. Le bonheur est déterminé et est aussi une affaire de famille. Le geste enfantin devient au cours du récit un geste raisonné, une prise de position à la fois sur un bonheur vécu au dépend d'un autre mais encore plus sur une responsabilisation et non une culpabilisation.

La relation entre l'arrière-grand-mère, Na, et ce petit garçon apporte la chaleur humaine, la transmission aussi de cette responsabilisation et de la croyance bouddhiste.
D'ailleurs le conte de fée n'est pas où on l'attend: l'incarnation en être humain n'est peut-être pas la plus réussie... hum une réflexion aussi bouddhiste, non!?

© Jean-François CHABAS et David SALA/ Casterman

Les illustrations sont toujours aussi colorées, pleines et lumineuses. A chaque fois, ce sont des formes décoratives assez art déco et végétales. Les fonds, les paysages et les habits prennent une dimension graphique entière. Elles apportent une atmosphère, chargée certes mais onirique. J'y retrouve encore du Klimt avec aussi cette présence des rides si superbes, par exemple de cette main, par rapport aux visages lisses des plus jeunes personnages...
La présence du chat bleu mais aussi le fond plus épuré de la salle du Bouddha sont d'autres portes ouvertes sur le livre.

L'avis de Libouli (et cette main)

vendredi 1 avril 2011

Mon père est un homme-oiseau

© David ALMOND et Polly DUNBAR/ Acte sud junior

Je devrais le savoir, avec un David ALMOND pas de risque d'être déçue! Alors oui, "Mon père est un homme-oiseau" de David ALMOND et illustré par Polly DUNBAR est une très belle proposition pour les enfants de plus de 5 ans. Libouli, je suis sûr que tu me comprends (même si tu n'as pas gardé tous les billets le concernant).

Dans cette famille, il ne reste que 2 personnes: la fille, Lizzie, et le père. La mère est morte mais nous n'en saurons pas plus. Dans cette famille, c'est Lizzie le pilier, elle soutient son père, l'aide à vivre le jour présent: manger, (mâcher, avaler), se vêtir, se laver. Et ce père se laisse aller. Il n'est que l'ombre de lui-même tout en voulant redevenir fantastique pour sa fille. Alors il décide de se transformer en homme-oiseau, il se fabrique des ailes, recrache sa tartine pour déglutir des vers de terre. Le Concours de l'Homme Volant arrive à point nommé. Il va pouvoir prouver à sa fille sa valeur.

© David ALMOND et Polly DUNBAR/ Acte sud junior

Les thèmes de David ALMOND sont encore bien là: une éducation alternative où l'imaginaire, l'amour filial et parental ont beaucoup plus de place que le conventionnel. Oui pourquoi pas prendre le défi d'un concours pour apprendre autrement, de la nature par exemple, de ces oiseaux qui reviennent encore dans les rêves (comme pour "Skellig"). Il y a aussi tout ce rapport au rôle des parents dans l'éducation, pas seulement tournée vers l'école. Le travail d'équipe père-fille, l'imaginaire construit à deux, l'émulation pour un projet plus finalisé.
Il y a aussi ce respect de l'homme dans sa fragilité, dans sa fébrilité temporaire. Le père de famille, qui pourrait perdre presque la garde de son enfant aux dires des autres, de cette tante par exemple, est ici décrit dans tout son amour pour sa fille, dans son exigence d'être fabuleux.
"- Mais Papa, dit-elle avec douceur en lui prenant le bras gentiment. Je te demande juste d'être mon papa.
Papa réfléchit un instant. Il plongea ses yeux dans ceux de Lizzie.
- C'est vrai?
On aurait dit que cette idée ne lui avait jamais traversé l'esprit."

© David ALMOND et Polly DUNBAR/ Acte sud junior

Ce livre est plein d'amour, de poésie de la vie. Et les illustrations de Ponny DUNBAR apportent par de douces touches de textures de la poésie dans ces images pastelles.

lundi 28 mars 2011

Pourquoi j'ai tué Pierre

© Olivier KA et Alfred/ Delcourt

"Pourquoi j'ai tué Pierre" d'Olivier KA et illustré par Alfred est une lecture de santé publique.
Olivier est un garçon de 7 ans et à chaque étape de sa vie, il revient sur un contexte, une sensibilité, une éducation, une forme de vie qui nous explique pourquoi il a tué Pierre. Cette bande-dessinée est à lire absolument même par des lecteurs pré-adolescents, accompagnés de leurs parents. Le crime n'est pas celui que l'on croit, ou presque.
Olivier est élevé par ses parents et, pendant les vacances, va chez ses grands-parents. Il nous conte ses vacances, entre baba-cool attitude des premiers, religiosité des seconds et colonies. Il nous parle de l'avant, du pendant et de l'après... parce qu'il est question d'attouchement, de pédophilie.
Ce geste, cette infamie, cet acte émis par une personne de confiance. Pierre est un prête, homme de foi sorti du carcan, très proche des autres qu'ils soient ou non de la même confession. Forme d'autorité, il est aussi un homme modèle: bon vivant, à l'écoute, altruiste. Et puis il est entré dans la famille, en tant qu'ami, soutien d'éducation, responsable des vacances.

© Olivier KA et Alfred/ Delcourt

C'est de tout ce qui fait une proximité, une sensualité, une éducation sexuelle dont il est question dans ce livre. Olivier découvre la pudeur en même tant que la nudité comme forme de présence au monde. Il découvre les premiers émois mais aussi les gestes, les attitudes entre adultes et enfants.
La religion a aussi une place ici. Comme ordre établi, comme garant d'une moralité. Elle constitue une forme de contre-pied moral à une utopie "politique" de "peace and love". C'est ainsi une bonne part des approches de la sexualité aux enfants qui se retrace là.

© Olivier KA et Alfred/ Delcourt

Et puis il y a l'acte, pas explicité, pas accepté (et pas acceptable). Et c'est aussi la culpabilité de la victime qui choque, qui interpelle... un malaise qui se lit à tous les âges, le poids des traditions, des éducations, de l'affectif, cette non-trahison des sentiments.
L'histoire, réelle, a une fin. Elle seule mérite de relire le livre, de revenir découvrir les détails de cet attachement et de cet "acte de mort" particulier.

Un billet qui vous éclaira là, un autre superbe ici.

samedi 30 octobre 2010

Mine de rien

J'ai pris quelques exemplaires de la collection "Mine de rien" pour enfants de Catherine DOLTO. Je les trouve très bien écrits, avec des mots justes, des explications claires et pas de mièvrerie. Le sujet (ce qui se passe autour des enfants ou en eux) est traité et cela laisse cette impression de respect complet.

© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

J'ai trouvé mon compte pour des concepts qui sont difficiles à amener aux plus petits... dès 18 mois. Tous ceux-ci sont écrits par Catherine DOLTO et Colline FAURE-POIREE et illustrés par Frédérck MANSOT.

"Les mamans" et "Les papas" sont très accessibles. Ils reprennent ce qu'est ce parent pour l'enfant. Il est aussi question de conception, d'amour partagé pour avoir l'enfant à qui l'on lit l'histoire. C'est aussi l'enfant qui se développe, l'image de soi qui grandit grâce à l'imitation du parent et cet amour de l'autre (complexe d'Oedipe ou d'Electre). Les parents sont aussi réinstallés dans leur fonction de soutien, de premiers délimiteurs des dangers.

© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

"Quelquefois on tente une aventure qui tourne en bêtise et notre maman nous console." (pas de répression ni de punition, du soutien, de l'écoute, c'est aussi cela entre les lignes... une philosophie du respect que l'on retrouve en haptonomie... je vous en parlais là entre autre.)
Et, ce qui n'est pas négligeable, il est question du nom de famille dans l'état civile © Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

et des familles recomposées.

"Les colères" a été un livre très utile chez nous. Il met l'accent sur une personnification de la colère et cela marche bien.

© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

« Mine de rien, comprendre pourquoi on fait une grosse colère ça nous aide à grandir » Ce livre reprend les sensations de la colère, aide l’enfant à l’imaginer : un gorille fort et puissant pour un petit garçon, une tigresse pour une petite fille. Il indique aussi les bénéfices d’un contrôle de la colère, savoir quand elle arrive, quand elle part ou comment l’aider à partir et aussi qu’il ne faut pas se sentir coupable.

© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

Une vraie merveille !
Pour tout vous dire ma colère est encore un Tyrannosaure (oui, oui le dinosaure féroce et sanguinaire), celle du papa, un ours…

"Ça fait mal la violence" reprend toutes les formes de violences affectives, physiques, orales. Ces démonstrations qui font peur, ces actes non prémédités des enfants. Mais c'est aussi la violence en nous du refus, du non exprimé par les parents. La violence autour de nous, faite aux animaux aussi.
© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

Et j'aime particulièrement cette notion de violence dans la chatouille avant qu'elle puisse être reproduite par l'enfant.

"Respecte mon corps". Il s’agit là de pudeur et d'attouchements… pour que l’enfant puisse lui-même savoir ce que respect du corps veut dire. Le corps dans son intégrité et son intimité, la toilette, la proximité. © Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

Oui, il y est question de pédophilie et d’inceste avec des mots justes aussi. Les mots sont là pour prévenir, mettre en garde sans apeurer.© Catherine DOLTO, Colline FAURE-POIREE et Frédérck MANSOT/ Gallimard jeunesse

C'est aussi une reprise du corps dans la famille entre lutte fraternelle et gros câlins réconfortants des personnes que l'on aime.
A ne pas manquer !

Je ne peux que vous recommander de regarder de plus près toute la collection "Mine de rien": "Dire non", "Les câlins" (de pieds, de mains...), "Les chagrins", "J'ai deux pays dans mon cœur", "Les gros mots", "Les doudous", "Si on parlait de la mort".. ; de plus, les illustrations sont colorées et très belles.