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samedi 12 mars 2016

"Ce beau marin à la barbe douce et aux yeux de ciel et de mer, je le veux pour moi!" - Le feuilleton d'Ulysse


"Tu es assurément la plus belle, ô Calypso. Je n'y avais pas songé, mais oui, bien sûr, le visage de Pénélope a dû vieillir. Son corps aussi. C'est une femme, pas une déesse comme toi. Pour autant, ne le prends pas mal, je préfère la retrouver, elle. Chacune de ses rides me racontera une histoire, celle de la vie. Ses rides me parleront de son immense douleur et de la mienne à vivre séparés l'un de l'autre; certaines auront été creusés par ses larmes. Sans doute me croit-elle mort. Je veux que d'autres rides se creusent sur ses joues, avec les larmes de joie qu'elle versera à mon retour. Oui, je veux que mes doigts caressent les plis de sa vie et qu'elle caresse les miens. Car nos cœurs, eux, sont sans rides. Personne ne me connaît mieux qu'elle. Pénélope comprend tout de moi, sait tout de moi, aime tout de moi. Elle est la mémoire de moi-même, ma seconde peau. Toi, tu chantes et tissent divinement, déesse, mais elle chante et tisse mon histoire et ma renommée. C'est infiniment plus précieux pour moi. Et puis, tu sais, l'immortalité que tu m'offres en restant ici à jamais avec toi est une autre manière de mourir... Si personne ne porte la mémoire de ce que je suis, je suis mort. Pénélope, elle, le fait jour et nuit. Elle est mon autre moi-même, ma moitié d’orange."

(extrait du "Feuilleton d'Ulysse" de Murielle SZAC, Bayard jeunesse; source photo AWTB)

dimanche 14 février 2016

Faire l'amour - Aimer

Non, non, je ne saute pas d'étapes...



"L'expression " faire l'amour" ne désignait pas, il y a quelques siècles, la relation sexuelle, mais le fait de courtiser, de faire la cour : de belles déclarations et de grands serments d'amour, des poèmes, des chansons le soir sous le balcon de sa fiancée...
Le fait de parler, le langage de l'amour avec des mots et aussi le langage des gestes d'amour, ce sont les actions qui donnent un contenu actif au verbe aimer. Presque toujours, aimer commence vraiment... quand on se le dit.
[...]
Parce que c'est le commencement de l'engagement de la volonté."
(extrait de "Aimer" de Michel PUECH, éditions Le Pommier; illustration de Sergio TOPPI extraite de "Sharaz de", interprétation des Milles et une nuits)

Ceci est de circonstance: je vous enjoins à faire l'amour, pour les plus jeunes à découvrir les papillons dans le cœur (ici petite sélection) et pour les plus grands à aboutir l'action du verbe aimer, par les paroles, les intentions, les gestes.
Pour les plus grands, suivre quelques versions exotiques, sensuelles et amenant le désir des "Mille et une nuits", du "Kamashastra" (et son fameux kamasutra) ou du tantrisme... avec quelques images, des shunga ou des Ai Yang Hua... Mais c'est vous qui voyez...

mardi 25 novembre 2014

L'amour selon Ninon

Pourquoi avoir attendu autant de temps pour découvrir cette collection. Pourtant j'aime beaucoup ce que propose Oscar BRENIFIER. Je pensais à tort avoir affaire là à une bande dessinée facile. Bon, j'avais aimé sa collection Philozidées, par exemple "La question de dieu", une version simplifiée d'un thème. Mais mon coup de cœur allait vraiment à ses débats guidés de la collection Philozenfants: par exemple "Vivre ensemble c'est quoi" dont je parlais là.
Et Ninon dans tout ça! Et bien j'adore!

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse


"L'amour selon Ninon" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Delphine PERRET est un album très complet. Ninon semble être amoureuse et grâce à ses proches, toutes ses questions auront des réponses.
Le livre peut se lire comme une histoire, du début à la fin, une sorte de pièce de théâtre en bande dessinée. Bien-sûr peu d'actions mais de nombreuses réflexions et petites humeurs d'enfant.
Il peut aussi se lire chapitre par chapitre. Chacun offrant une ligne de réflexion. Cela passe du sentiment amoureux, de l'affection plus poussée qu'une amitié ou une sympathie aux gens, mais aussi la jalousie, le respect, le bonheur d'autrui, le besoin d'être aimé, la passion, l'acte sexuel etc...
© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse

L'album fait la part belle aussi aux références culturelles sur l'amour: mythologie avec Narcisse ou les androgynes, la bible et le jugement de Salomon, "Dom juan" ou "Roméo et Juliette".
Bien-sûr l'interaction n'est pas aussi naturelle que lors d'une séance de réflexion philosophique orale. Bien-sûr l'histoire amène les réponses peut-être même avant que l'enfant se pose les questions. Mais cette histoire est très bien faite car les interventions sont multiples. Ninon se pose des questions enfantines (mais pas que), les parents répondent sur les sentiments, la maîtresse sur la beauté de l'amour empirique, le voisin sur les références et le cochon, animal de compagnie, permet à Ninon de digérer avec des réflexions d'enfant ce qu'elle a découvert. Et puis la réflexion est un apport de petites touches, une à la fois: des phrases courtes, claires, des reprises pour expliciter.

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse


Je dois dire aussi que la clarté des illustrations de Delphine PERRET aide beaucoup. Les personnages détourés au feutre fin, les couleurs juste sur les vêtements et la séparation bien précise des vignettes (même sans pourtour) et des prises de parole allège.
Son cochon est aussi sympathique à souhait.

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse

L'album est ainsi très lisible et se lit, se relit et s'approprie facilement à partir de 8 ans. Parfait!




mardi 12 novembre 2013

Zizi, lolos, smack !

Je vous avais présenté une pépite en documentaire jeunesse sur l'éducation sexuelle dans son ensemble (la sensibilité, le contact, les sentiments et bien-sûr les organes génitaux!). Une magnifique proposition pour une réflexion de fond mais la "légèreté taquine" dans tout cela. Oui, oui j'entends d'ici quelques voix reprochant à mon premier choix, presque exclusif (?!), d'être intellectualisant et pas très libérateur de tension pour les petits curieux. Bon allez, de quoi les dérider et leur donner envie de feuilleter encore et encore, tout en pouffant et tout en découvrant.


© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan


"Zizi, lolos, smack!" de Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET est un livre à nombreux rabats. Le texte est clair, très complet en terme d'informations.
 Pour ce qui concerne le plus sérieux: une explication de la puberté, des transformations physiques du corps entier, la voix qui mue, la pilosité qui vient pour les garçons comme pour les filles; un décryptage complet des organes génitaux; une description de la menstruation, de la fécondation (en terme de spermatozoïdes et d'ovules, entendons-nous bien, pas de mécanisme d'encastrement figuré... il vous faudra là vous référerez à une autre ressource, par exemple Titeuf dans le billet concernant une certaine éducation sexuelle); une description de la vie in utero, des mises en garde sur la protection sexuelle et sur l'inceste ou la protection des mineurs.

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Pour le plus jouissif (non, non, sans jeu de mots) des doubles pages plus douces: les à priori sexués (elle est douce, il aime le foot), les animaux les plus bêtes de sexe, des descriptions humoristiques... il faut soulever les rabats pour découvrir le sexe du "David" de MICHEL-ANGE ou du premier couple de CRANACH Le jeune; les seins sont des pommes, des poires, des melons; les érections (nocturnes ou les autres) sont présentées.

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Le vocabulaire sexuel est avancé, dommage toutefois qu'il ne propose pas celui des poètes, lui aussi très imagé mais aussi savoureux, cela permettrait tout de même de soulever le débat au dessus de la ceinture... ou de le redescendre avec plus de grâce!!

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Les illustrations de Stéphane NICOLET apportent ce ton humoristique. Quel beau parti-pris de prendre une ou deux références artistiques pour nous les montrer tous ces sexes. Puis c'est avec beaucoup de légèreté, de spontanéité (sans être dénué d'une petite malice) qu'il nous plante le décor, la diversité, les formes, les boutons, les émois, les vapeurs.

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Au final, un livre à mettre entre toutes les mains, à partir de 9 ans dixit la maison d'édition. Il répondra aux attentes de renseignements précis et aux envies de glousser en douce des plus jeunes.



****
Et puis parce que j'irais voir à Paris l'exposition "Masculin/Masculin", un magnifique clip de présentation de l'exposition: ce sont là des représentations vidéo de tableaux présentés.
Il y a une mise en garde pour dérouter les plus jeunes, quel dommage! Ce n'est qu'un homme nu! Et vous pouvez lire le billet de Lily à ce sujet, je suis complètement d'accord avec elle!



vendredi 28 juin 2013

C'est ta vie, l'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants

Je cherchais depuis quelques temps déjà un documentaire sur la vie, l'amour et la sexualité, adapté aux enfants. Je ne trouvais jamais mon bonheur, le propos était, pour moi, évasif, trop prude, "bien pensant". J'ai porté mon dévolu sur une proposition des éditions Oskar. Le contenu est un peu plus "franc du collier" mais que cela ne vous arrête pas!

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

"C'est ta vie, l'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants" de Thierry LENAIN et illustré par Benoit MOREL est un documentaire qui ne se limite pas à expliquer ce qu'est l'amour, la sexualité et la naissance. Enfin si mais avec tout ce qu'il y a autour. Je n'avais d'ailleurs aucun doute: pour avoir suivi les propositions de Thierry LENAIN dans la collection "Trimestre", je pensais bien trouver là des nuances, de la réflexion et du fond.

Le livre est répartit en plusieurs chapitres.
Les liens parlent du lien social, des relations entre les gens, de la simple politesse à la relation de cœur. Puis l'auteur distingue l'amitié et l'amour, cette apposition ou fusion des cœurs, et présente l’hétérosexualité et l’homosexualité. L'amour est alors le début d'un lien plus fort, une envie de profiter l'un de l'autre, de vivre ensemble (ou non), de partager tous les loisirs (ou non) et d'être parent (ou non).
Les contacts définissent le niveau de promiscuité des corps, de la bousculade au toucher réel, du geste de politesse, de consolation ou du manque de gestes (même si les sentiments sont présents). Puis les câlins sont définis dans leur rapport d'affection et distingués des câlins sexuels.
Les interdits reprennent les lois contre la pédophilie, l'inceste mais aussi le respect des enfants, le consentement mutuel (entre adultes) et les relations sexuelles des adultes dans l'intimité et cachées aux enfants. Une très belle explication est offerte aussi sur les dérives de l'internet, sur cette accessibilité exacerbée des intimités: pas de porte fermée, pas de disposition difficile d'accès... la sexualité est placardée et le contrôle parental installé pas pour surveiller l'enfant mais le protéger.
Le corps est un chapitre plus conventionnel, biologique, quoique. La puberté est expliquée, l'anatomie montrée mais il est aussi question de masturbation, comme prise de conscience de soi mais aussi premier plaisir non-coupable (si seul avec son intimité).
Le bébé est la reproduction sexuelle humaine expliquée mais aussi tous les aléas de la vie, l'impossibilité d'en avoir, les solutions, la volonté de ne pas être parent. Et bien-sur cela finit par la naissance.
Un épilogue suit avec des questions réponses assez enfantines mais justement décomplexantes.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Le propos est presque politique: extrêmement tolérant (et c'est parfaitement ma priorité) sur le métissage, l'homosexualité, l'avortement, la fécondation in vitro et l'adoption mais aussi sur une certaine froideur des sentiments (une émotion retranscrite différemment) ou une frivolité apparente. Attention cependant il n'est pas ici question du débat politisé du moment: mariage pour tous ou de procréation médicalement assistée pour les homosexuels.
Tout est dit avec finesse et beaucoup de respect. Thierry LENAIN se positionne toujours sur le droit de chacun à être ce qu'il est, dans les limites de la loi et du respect des enfants.
Au fil des pages, l'auteur propose aussi des numéros de téléphones pour ne pas laisser l'enfant lecteur dans une situation difficile.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Les illustrations de Benoit MOREL sont, ici, assez déconcertantes. Elles ont pourtant la qualité de mettre derrière le propos un peu de couleurs et de ne pas aseptiser les informations. Un schéma internes des organes génitaux mais aussi une manière sexuée de se regarder l'intimité sont présents. Quelque part dérangeant et pourtant, mais oui bien-sûr, une part importante de la connaissance de soi.
L'imbrication des corps, lui, est juste évoquée mais pour le reste, Benoit MOREL montre la différence dans les relations, dans les gestes. Beau dialogue entre le texte et les dessins!

Maintenant reste à savoir à quel jeune lectorat il est destiné. Bah, je ne sais pas. En tous cas bien avant que la reproduction humaine soit au programme scolaire. Bah, dès que l'enfant se pose des questions et sait lire seul certains chapitres!

Et l'avis de Gaëlle très pertinent ici, présentant aussi ce parti-pris réel des auteurs de proposer une autre vision de la sexualité, la présentation presse.

dimanche 27 janvier 2013

Annie du lac

La littérature jeunesse est un divertissement pour enfant. Oui, soit. Mais c'est aussi une proposition de changement éclair d'atmosphère et l'offre d'une parenthèse dans notre quotidien. Comme pour une nouvelle, le choix des mots pour donner le meilleur en peu de pages est important. Chez certains auteurs (jeunesse), l’album devient un monde en soi d'autant plus vite que les illustrations aident à présenter la toile de fond.
Depuis que j'ai découvert Kitty CROWTHER c'est vers sa sensibilité que je reviens, j'y trouve des détails d'une manière de vivre, une certaine difficulté à être, des priorités, ici sublimés. J'avais décidé de parler moins du travail de cette auteure/illustratrice, parce qu'en terme de visibilité sur mon blog, elle devenait presque la seule lisible dans la colonne des auteurs. Mais me censurer ne me permet pas de suivre ici mes objectifs de blog: parler de coups de cœur, de sensibilité. Et bien que mes avis enthousiastes sur des univers singuliers soient nombreux, il est vrai que les parutions de CROWTHER sont encore les plus nombreuses dans notre bibliothèque familiale. Alors parce que je la relis... et que je vous ai parlé d'elle trop vite.

©  Kitty CROWTHER/ Pastel

"Annie du lac" est une femme bien solitaire. Elle vit dans cette petite maison sur la colline qui donne au-dessus du lac. Elle n'est pas très jolie et sa vie, sans amis, ne lui plait plus. Elle pourrait bien aller de l'autre côté du lac pour rencontrer d'autres personnes mais si elle était déçue ce serait encore pire. Lasse, elle décide le pire en plongeant dans le lac, près de ces trois îles, mouvantes, que les autres n'aiment pas et qui forment pourtant sa zone de pêche privilégiée.
Elle se réveille hors de l'eau, encore étourdie de son rêve, une main immense l'avait rattrapée au fond du lac. Et  oui, le lac est habité, les îles sont les chapeaux de trois géants, Émile, Tile et Basile. Et eux aussi ont besoin d'aide. Ils doivent absolument former une union avec une géante sinon une malédiction les frappera. "Les femmes géantes, comme tout le monde le sait, se trouvent dans les mers... Les hommes, eux, préfèrent le calme et la tranquillité des lacs."

©  Kitty CROWTHER/ Pastel
Annie va les aider à rejoindre la mer. Mais à la fin du voyage, après le chant d'appel des hommes géants, il manque une amoureuse. Émile et Annie reviennent près du lac, si anxieux de la suite. Que va-t-il arriver à Émile? Mais c'est sûr Annie sera jusqu'au dernier moment avec son nouvel ami.

©  Kitty CROWTHER/ Pastel

Comme toujours avec cette auteure, ses personnages ne sont pas tout à fait intégrés à la société, au monde. Ils sont un peu à l'écart, dans une maison isolée, mais aussi avec peu d'amis, souvent.
Mais loin de nous laisser avec des albums sombres, elle nous propose des révélations. La mélancolie de vie devient une exigence dans les relations humaines et la vie la satisfait.
Le rapport à la terre et à la nature est aussi très important. Se nourrir (même quand ses héros ne sont pas des animaux) mais aussi profiter d'un lieu, d'un paysage.
Kitty CROWTHER nous invite à la poésie d'un moment et à une authenticité envers soi.
Et bonne nouvelle les albums de Kitty CROWTHER sont en format album cartonné et en album plus petit format et souple (à prix modique!)

lundi 10 décembre 2012

Les lettres de l'ourse

"Les lettres de l'ourse" de Gauthier DAVID et illustré par Marie CAUDRY est une perle à lire très vite aux enfants.

© Gauthier DAVID et Marie CAUDRY/ Autrement jeunesse

L'ourse est très amie avec un oiseau. Seulement l'hiver approche et il a dû migrer vers le sud et son île chaude. L'ourse n'a pas le cœur d'hiberner, c'est décider, elle part le rejoindre.
Elle écrit tous les jours à son ami et laisse le vent porter les lettres.

Nous la suivons ainsi pendant son voyage. De pas à pas, lettre après lettre. Dans le voyage, il y a l'enthousiasme, la solitude, l'angoisse, les découvertes et les rencontres. En marchant, l'ourse se fait des amis, pense à envoyer un pot de miel et partage ses émotions pour son ami, l'oiseau.

© Gauthier DAVID et Marie CAUDRY/ Autrement jeunesse

"Mon oiseau,

J'ai été prise dans le filet de pêche d'un marin.
Heureusement, une sirène l'a envoûté. Il s'est jeté à l'eau pour l'embrasser et a relâché son filet.
Elle m'a sauvé la vie!
Je lui enverrai un pot de miel pour la remercier. Elle n'en a jamais goûté. Elle ne mange que des algues trop salées.

A bientôt mon cher,
Ton Ourse toute trempée"

Il y a aussi cette relativité des choses, les animaux se cachent, la guerre gronde quelque part, et puis les sensations hivernales, les souvenirs ne sont pas les mêmes.
Cet album est un véritable hymne au partage et à l'amitié.

© Gauthier DAVID et Marie CAUDRY/ Autrement jeunesse

Les illustrations de Marie CAUDRY sont magnifiques, douces et et texturées. Ses animaux sont superbes et j'ai un vrai coup de cœur pour le travail de traits, de hachures qui, en plus, des couleurs apporte une dimension tactile. Les paysages sont ainsi aussi végétales que minérales, liquides, faunesques ou humains, surtout avec les ombres de la forêt.

jeudi 6 décembre 2012

La rue qui ne se traverse pas

"La rue qui ne se traverse pas" d'Henri MEUNIER et illustré par Régis LEJONC est un livre très grand format, comme un gratte-ciel, mais même s'il a du mal à rentrer dans la bibliothèque, faites-lui une place.

© Henri MEUNIER et Régis LEJONC/ Notari

"Elle habitait au cœur de la rue qui ne se traverse pas, fenêtre sur rue. Lui vivait juste en face, fenêtre sur elle." Dans cet urbanisme qui prive les hommes de communication, elle et lui se regardent, ne font presque que cela et rêvent de l'amour.

"Est-il possible de s'aimer pour l'éclat d'un regard?
Est-il possible de s'aimer quand le vide et les rêves vous séparent?"

Sont-ils amoureux? Peut-être. Ce n'est pas le plus important. Les moineaux sont nourris par elle, ils parlent de liberté à lui. Par leur vol d'une fenêtre à l'autre, des rêves d'amour, des rêves de complicité, des rêves de partage.

Il est question de ce sentiment amoureux, de ce frisson qui attire même si l'on ne se connait pas. Mais bien plus que cela, il parle de liberté et de rêve. La ville, agglomérée, sans nature, est vide de sens et de partage. Les rêves des enfants ne sont pas encore cloisonnés, ne répondent pas encore au dictat sociétal. Il leur est impossible de se parler... bah, ils vont faire mieux, s'aimer.... peut-être se retrouver.
Entre les lignes, c'est un peu de tolérance qui se tricote... ne pas se connaître, ne pas se ressembler et pourtant être sûr qu'il a partage possible.

© Henri MEUNIER et Régis LEJONC/ Notari

Les illustrations de Régis LEJONC sont comme ouatées. Des grattes-ciel, une ville grise, noire et marron. Les appartements semblent plus réconfortants mais même si les fenêtres sont grandes ouvertes, les intérieurs restent sombres. La lumière est celle de début et de fin de journée, l'heure de leurs échanges. Les illustrations sont magnifiques, surtout les enfants, surtout leurs sourires timides et leurs rêves.

Et puis un détail, ce livre redonne leurs "ailes" de noblesse aux moineaux, oiseaux ingrats des villes.

vendredi 3 septembre 2010

Un million de papillons

© Edward VAN DE VENDEL et Carll CNEUT/ Pastel

"Un million de papillons" de Edward VAN DE VENDEL et illustré par Carll CNEUT est un petit livre un peu abstrait, le texte ne dévoile pas tout mais n'hésite tout de même pas à le feuilleter et le lire aux enfants. C'est un bonheur!

Vladimir est un jeune éléphant. Un jour, il voit des papillons, un million.
"Vladimir vit des papillons dorés, rayés, constellés d'étoiles ou traversés d'éclairs, des papillons décorés de virgules, de points d'interrogation et de guillemets, des papillons qui voltigeaient, vacillaient et virevoltaient.
Il vit aussi des papillons tachetés comme des coccinelles, colorés comme des drapeaux, des papillons arborant des voiles, des toiles ou des pétales à la place des ailes, des papillons heureux, curieux et audacieux, et il vit même le Grand Papillon du Mousménistan."
Il va voir ses parents pour leur raconter. Chamboulés ses parents lui demandent de partir de la maison, sur le chemin... avec tout leur amour, il le mette à la porte. Vladimir part à contrecoeur, seul, terriblement seul mais il ne sait pas où il doit aller ni pourquoi. En chemin il rencontre d'autres animaux... aucun ne voit la nuée de papillons dans le ciel, sauf lui. Mais presque tous en parlent avec nostalgie, ironie, la larme à l'oeil... chacun regardait passer Vladimir, lui qui cherchait où les papillons allaient l'entraîner jusqu'au jour où sur un pont...
Papillons dans les yeux, papillons dans le cœur, le texte d'Edward VAN DE VENDEL est une poésie sur le premier amour. © Edward VAN DE VENDEL et Carll CNEUT/ Pastel

Une idée du premier départ, de la première séparation affective d'avec les parents, de ce changement d'intérêts entre les jeux d'enfants et des jeux de plus grands. Les lecteurs pas encore sujets aux émois du coeur ne suivront pas le texte mais se délecteront sûrement déjà des illustrations de Carll CNEUT. Des animaux anthropomorphes, aux costumes chatoyants et aux multiples détails. Vladimir cherche les papillons, se retrouve le centre d'intérêt d'une foule et retrouve son chemin. © Edward VAN DE VENDEL et Carll CNEUT/ Pastel

Certaines planches offrent même un jeu spontané de "cherche et trouve". Les émotions passent par les détails d'attitude et non par les visages de masque.
Vous trouverez encore plus de pages ouvertes ici.

mercredi 12 mai 2010

Inuk est amoureux

© Carl NORAC et Martine BOURRE/ Pastel

"Inuk est amoureux" de Carl NORAC et illustré par Martine BOURRE est arrivé doucement à la maison. Je l'avais déjà regardé et reposé, pensant avoir affaire à une histoire jolie mais simple... et c'est vrai que mes choix de livres jeunesse sont aussi des choix d'adulte.
Et puis j'aime beaucoup ces univers de glace, alors pensant y retrouver comme un conte, je l'ai ramené. Inuk est amoureux de Lucy. Elle a le don de lui parler d'une manière qui le remplit de bonheur, de chaleur. Mais Lucy est née avec un bec de lièvre et la société se rit d'elle. Inuk change de vie et pour rendre la confiance à sa belle, lui prouver sa beauté, va jusqu'à la montrer à la face du monde avec ses sculptures. Quelle belle idée du bonheur comme une vie en adéquation avec ses sentiments.

© Carl NORAC et Martine BOURRE/ Pastel

Carl NORAC fait encore mon bonheur. Le texte n'est pas simpliste, il est fin, sensible et toujours avec des nuances thématiques. Ici la culture inuit est reprise aussi dans la description de la neige: "Les flocons sont si gros qu'ils font ploc. On dit ici qu'il tombe des peaux de lièvres." L'histoire douce se remplit de ces nuances tactiles, sensibles: l'amour comme de la chaleur dans la tête, l'amour comme une extrapolation de l'avenir, ces mots comme de émerveillement.
Et puis ces sculptures, une approche de tout l'art inuit par un biais, ce biais d'une femme mais aussi des personnages sacrés: Sedna déesse sirène, homme oiseau... Je ne peux aussi qu'approuver à cette vision de la beauté autrement, avec d'autres critères, pas l'esthétique pure mais bien ce que cette personne a avec tous ses qualificatifs (avec de telles lèvres, ses mots semblent plus doux). Mais c'est un peu faux aussi, l'esthétique est là : les formes sculptées de la femme prouvent bien qu'à chaque morphologie, unité corporelle, il suffit de changer son regard pour y découvrir une beauté que l'on redemande.

© Carl NORAC et Martine BOURRE/ Pastel

Les illustrations de Martine BOURRE sont très belles, de ces teintes bleues, jaunes et blanches comme les miroitements de la lumières sur la neige. Les personnages sont presque flous comme si la luminosité nous imposait de cligner les yeux. Les formes arrondies sont faites de lignes lisses et d'autres pellucheuses de fourrure. C'est une superbe illustratrice du froid et elle le prouve dans "La femme phoque" dont je vous parlerez plus tard. "Je m'inspire souvent des formes lisses et rondes de ces belles sculptures inuit qui expriment si bien l'imbrication du monde des hommes avec celui des animaux." nous dit-elle, c'est réussi!
J'aime aussi ces paysages, eux, plus coupés au couteau, une horizon neigeux presque brumeux et des habitations nettes, brutes.

© Carl NORAC et Martine BOURRE/ Pastel

Ce livre a aussi un très beau prétexte: un hommage au sculpteur Johnny INUKPUK, amoureux d'une femme au bec de lièvre qui sculpta toutes ces femmes avec cette "difformité".

*source Johnny INUKPUK

18/24