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dimanche 24 décembre 2017

Souhait de Noël


"J'aimerais être une musique, une chanson
que tout le monde connaîtrait, sifflerait, fredonnerait,
que chacun aurait en tête quand il serait amoureux.
J'aimerais que quelqu'un,
m'entendant soudain quelque part,
s'arrête, écoute jusqu'à ce que j'aie terminé,
puis ferme les yeux, pousse un profond soupir
et poursuive son chemin.
Et se souvienne toujours de moi.
Oui, toujours."

(extrait de "J'aimerais" de Toon TELLEGEN et portraits d'Ingrid GODON; éditions Joie de Lire)

mardi 3 janvier 2017

L'ours qui n'était pas là

Une de mes résolutions pour cette année 2017, si je poursuis encore ce blog, est de ne plus laisser trainer mes billets en brouillon. Soit je les termine, mal mais au moins j'en parle, car ma volonté est de partager une lecture et de vous donner envie, pas forcément de faire une critique aussi exigeante que je l'aimerais. Soit je les supprime.

Un voici un qui attend sagement que je parle de ces grifouilles, patouilles et errements.

***
© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Je sais que quand j’achète un livre illustré par Wolf ERLBRUCH, le parti pris est poétique, empli de réflexion. Oren LAVIE, auteur, compositeur, interprète, offre ici avec son premier livre une quête de soi. "L'ours qui n'était pas" n'était pas. Pas là, pas présent, inexistant. Et puis il est apparu, de presque rien, d'une sensation, et puis il a grandit.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Un ours, c'est sûr qu'il est bien un ours. Mais un autre doute, dans sa poche une feuille de papier avec la question "Es-tu bien moi?" et des indices. Il va alors chercher s'il est bien lui. A travers la forêt, à travers les rencontres. Il se découvre, découvre les autres mais aussi les sensations, les réflexions.
Qu'est-ce qui fait soi? Le regard des autres, la reconnaissance, une étrange sensation dans le ventre? Qu'est-ce qui fait l'autre? Le fait d'en prendre conscience?


© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Cet album grand format est extrêmement poétique et plein d'humour mais pas que. Il part d'une question existentielle, soi, pour nous amener sur le chemin d'une redécouverte de ses sens, de ses sensations.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Et puis il y a derrière ces questionnements le chemin parcouru, lent, chaleureux, bienheureux. Chaque page offre de petits détails de bonheur, chaque page est un poème en soi.
Et je ne me lasse pas des illustrations de ERLBRUCH.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire


vendredi 25 mars 2016

La gratouille - L'ours qui n'était pas là



"Il était une fois une gratouille.

Ce n'était pas une grosse gratouille.
Ce n'était pas une petite gratouille.
C'était une moyenne gratouille.
Et cette gratouille voulait se gratter.

Il était une fois.

Un peu plus tard, environ un quart d'heure après Il était une fois, la gratouille vit un arbre, et elle alla se gratter contre lui. C'est alors qu'il arriva une chose vraiment bizarre: la gratouille se mit à grandir. Et plus elle se grattait, plus elle grandissait.

"C'est curieux", pensa la gratouille en se grattant de plus belle. Une minute après, une fourrure commença à recouvrir le gratouillement. Puis la fourrure fabriqua des bras et des jambes et un nez... Peu après, la gratouille ressembla presque exactement à ... un ours."

(extrait de "L'ours qui n'était pas là" d'Oren LAVIE et illustré par Wolf ERLBRUCH, La joie de lire)
Ceci n'est pas un poème mais le début de ce fabuleux petit album (grand par le format) et pourtant, il aurait pu, aussi, se suffir à lui même. Je vous parle de l'album

lundi 14 mars 2016

Je pense


"Penser ressemble à une mer, à l'intérieur de ma tête - toujours en train de clapoter, tourbillonner; se déchaîner; parfois secouée de vagues moutonneuses aussi hautes que des maisons, parfois lisse comme un miroir ou scintillante au clair de lune - toujours changeante, toujours pareille, avec le même horizon derrière lequel se cache peut-être la terre, ou peut-être pas.
Et moi? Je suis le vent qui se lève puis retombe, se lève de nouveau et se transforme en ouragan, soulevant mes pensées et me faisant écumer de rage, puis retombe de nouveau.

Et je pense que le savoir est l'eau qui reste sur le sable à marrée basse."

(extrait de "Je pense" de Toon TELLEGEN et illustré par Ingrid GODON; La joie de lire)

samedi 31 octobre 2015

J'aimerais - Un an, dix jours, six heures et dix-neuf minutes


"Voici mon dernier souhait.
Après ma mort, je veux que l'on vérifie
pendant combien de temps on pensera à moi.
Pour cela, il faudra un appareil.
Il n'existe pas encore.
Mais, quand je serai morte, oui.
Écoutez bien.
Ce sera un immemoriamphone.
Après un an, dix jours,  six heures et dix-neuf minutes:
dring dring, dring dring.
Ce sera fini, personne ne pensera plus à moi.
Je serai oubliée pour de bon. Effacée, comme on dit.
Et si plus tard on pense encore à moi
au hasard d'une photo,
et que quelqu'un me montre du doigt et demande: qui est-ce?
et qu'une autre personne se souvienne toujours de moi,
ça ne comptera plus.
Quand on est parti, on est parti.

Alice"

(extrait de "J'aimerais" illustré par Ingrid GODON et mis en mots par Toon TELLEGEN, éditions Joie de Lire)

mardi 4 décembre 2012

L'homme qui faisait vieillir


"L'homme qui faisait vieillir" de Rodrigo LACERDA nous amène dans la vie de Pedro. Il est issu d'une famille bourgeoise, amoureuse des livres, la mère leur lisant des poèmes enfants, à lui et sa sœur, jusqu'à plus d'heure, son père lui mettant dans les mains les livres de José Maria de ECA DE QUEIRO.

Pedro est élève et part en vacances. Il n'est pas majeur mais ses autorisations sont là et sa grande soeur l'accompagne, les vacances promettent d'être fantastiques. Mais l'employée de l'aéroport ne veut pas le laisser monter dans l'avion, l'autorisation n'est plus valable depuis quelques jours, la grande soeur est partie. Pedro ne veut pas laisser tomber cette promesse estivale. Il revient, habillé d'un costume, d'une paire de lunettes et d'un exemplaire d'une œuvre de SHAKESPEARE en version originale, offert par son père. Il bluffe l'employée. Un livre lui a permit  de vieillir de quelques années. Un témoin de la scène vient l'aborder avant l'embarquement, un type bizarre mais charismatique. Une belle rencontre et puis la vie continue.
A la fin de sa scolarité, l'homme, Nabuco, revient dans sa vie, il n'est pas ancien directeur de théâtre comme Pedro le croyait mais ancien professeur d'histoire. C'est intriguant, Pedro veut faire fac d'histoire. Et puis Nabuco a l'art d'exprimer une réalité non voilée. Le discours de fin d'études qu'il prononce n'est pas joyeux et hypocrite, il est bien plus ancré: "Il y a des moments, des choses ou des personnes, des odeurs, des visions, certains objets et certains souvenirs qui nous font prendre conscience du passage du temps. Tout ce qui nous émeut, tout ce qui vient et qui s'en va. Si je pouvais vous donner un conseil, ce serait celui-là: ne cherchez jamais à être éternellement jeunes; aimer vivre, c'est aimer sentir, et aimer sentir, c'est, nécessairement, aimer vieillir." Pedro accueille le discours avec une joie reflétant sa frustration du moment et non sa compréhension du discours.
Et puis Pedro rentre en faculté d'histoire et s'ennuie. Il cherche à savoir s'il est fait pour devenir historien, il demande de l'aide à son professeur, qui l’envoie chez son maître à lui, Nabuco. Et là commence une initiation par les livres à la vie, à l'expression des sentiments. Ce sont des tests mais aussi le début d'une amitié et du sentiment amoureux par l'arrivée de la filleule Mayumi, magnifique jeune japonaise, élève en neuroscience des émotions.

Nabuco est un accoucheur de soi, un homme excentrique mais attentionné. Il est aussi cet homme qui faisait vieillir: "Mayumi a accepté la frustration de ne pas avoir son jouet en permanence avec elle. Quand on accepte une frustration, on attend, quand on attend, on pense. Quand on pense, on ressent des choses. Quand on ressent des choses, on vit le temps, on prend conscience du passage du temps. Et ce faisant, on vieillit."
Par ses actes, ses demandes, Pedro avance dans ses réflexions, il est seul à se découvrir même si Nabuco l'explicite. C'est une histoire de vie, d'incarnation à la vie, de vieillesse et de mort. C'est aussi un hymne à l'écriture, à cet état créatif mais aussi aux déambulations de l'esprit et à cet acte de don d'émotions.
Un beau roman initiatique destiné aux adolescents.

N'hésitez pas à lire la critique de Villoteau sur Babelio. Merci au Divan jeunesse et à Anaïs.

dimanche 25 novembre 2012

Moi, si j'étais grand

"Moi, si j'étais grand" d'Eva JANIKOVSZKY et illustré par Laszlo REBER est une réédition de 1965. Nous aurions pu craindre que l’œuvre soit désuète sans compter qu'elle parle aussi de bonnes manières et non, elle est toujours d'actualité et est même jubilatoire.

© Eva JANIKOVSZKY et Laszlo REBER/ La joie de lire

Ce tout petit garçon rêve d'être grand, parce que, en tant qu'enfant, il est bien plus marrant d'être un garnement. Et bien-sûr seuls les adultes ont le droit de faire ce qu'ils veulent. Les enfants eux doivent obéir et regarder où ils mettent les pieds, ranger leurs jouets, mettre un pull etc...
S'il était grand il pourrait faire ce qui lui plait, ne pas rendre de compte. Il aurait aussi une amoureuse, une fille qui serait la mère de ses nombreux enfants. Parce que oui, il en veut des enfants pour pouvoir jouer avec eux et faire des "bêtises".

Ce petit garçon nous parle de l'éducation autoritaire des parents, qui donnent des ordres, pointent le doigt exigeant et incisif. Il faut se conformer à de bonnes manières comme se tenir bien à table sans bouger les jambes, se laver les mains ou ne pas manger de chocolat avant.

© Eva JANIKOVSZKY et Laszlo REBER/ La joie de lire

Certaines envies d'enfant sont magnifiques, "élever des poissons rouges dans la baignoire", "[faire] pousser un palmier dans le verre à dents", "[mettre] des gants blancs et [passer] la main le long de toutes les grilles" et nous y retrouvons toute la spontanéité et l'émerveillement de l'enfance. Et puis il y a les privilèges de l'adulte: toutes les activités ludiques (et lui étant interdites aujourd'hui) il serait le premier à les faire et en aurait plus, devant sa femme et ses enfants.

© Eva JANIKOVSZKY et Laszlo REBER/ La joie de lire

Devenir grand apparait alors comme une question de taille, une liberté trouvée, une absence d'obéissance de sa part. Devenir grand c'est acquérir les privilèges des adultes... tout en gardant ceux des enfants.
Le garçon commence aussi sa réflexion sur l'éducation parentale, parce que oui, il souhaite que ses enfants soient fiers de lui mais il souhaite aussi qu'ils ne se chamaillent pas, entre autre...

Les illustrations de Laszlo REBER sont presque caricaturales. Des profils, des situations, des gestes, le tout comme des exclamations.

© Eva JANIKOVSZKY et Laszlo REBER/ La joie de lire

Ce duo est marquant dans la culture hongroise et a influencé toute une jeunesse, voir ici.

jeudi 21 juin 2012

Le gentil petit livre rouge

"Le gentil petit livre rouge" de Zhifang TANG est un tout petit livre, petit objet brut et efficace. Il fait partie de ces petits livres vers lesquels vous n’iriez pas forcément mais que l'une de vos libraires préférés vous met entre les mains comme une merveille d'édition. Et c'est vrai qu'il est imparable et très "bénéfique".

© Zhifang TANG/ La joie de lire

Ce tout petit album cartonné propose deux courtes histoires.
La première réunie trois amis, un lapin, un canard et un hibou. Chacun a une particularité physique: Lapin a des oreilles lui permettant de mieux entendre que les autres mais aussi d'entendre tout le temps, la nuit y compris. Il n'arrive pas à dormir. Hibou voit très bien la nuit mais la nuit est aussi faite de peurs d'angoisse et vivre dans celles des autres n'est plus supportable. Canard parle trop et les autres n'en peuvent plus... ils vont chacun croire en une solution miracle, la chirurgie esthétique. Grâce à elle, plus d'oreilles trop longues, plus de gros yeux très sensibles, plus de bec caquetant toujours.
La seconde nous parle du roi Ours, heureux et confiant. Il pense bien gouverner, être respecté et se trouve très content d'être soutenu par Chien et Renard. Mais les oreilles de lapin semblent être merveilleuses et Lapin s'en sépare. Parfait roi Ours se les greffe à la place des siennes et c'est le début de la désillusion... Ours entend maintenant tout ce que l'on dit sur lui.

Les histoires sont courtes, incisives, écrites au scalpel (c'est le cas de le dire). Chaque animal espère beaucoup de ce changement physique, espère devenir soit plus commun, soit plus compétent et n'en arrive qu'à une désillusion totale.
A travers les pages, le regard des autres, la vie en communauté apparaissent froidement dans ce "découpage de soi". Mais est-ce que la réponse physique apporte plus de bonheur?

© Zhifang TANG/ La joie de lire

En plus, les gravures, une petite par page, sont brutes, stylées et ne laissent que peu de place à une autre forme de poésie. Le rouge est là, pas lors de la chirurgie mais avant là où les animaux sont blessés. Cela va droit au but mais sans images chocs ou réalistes. Et c'est peut-être ce que l'on demande à ce genre de livre!
"Car on ne peut pas ignorer ce que l'on sait."

jeudi 31 mai 2012

Quelqu'un

*source photo vitrail Sagrada Familia en Espagne

"Mais plus encore, c'était le matin qui était beau, au réveil, quand les premiers rayons du soleil traversaient les carreaux de verre. Quand Quelqu'un avait de la chance, il y avait des arbres derrière les vitraux, et le vent soufflait. Alors la lumière et l'ombre alternaient à l'intérieur de l'église. Et si la lumière du soleil traversait les carreaux de verre rouge, elle s'empourprait. Elle sautait sur les bancs, la table de l'autel, les tableaux, les statues. A certains instants tout était tacheté de pourpre, à d'autres il n'y avait plus que quelques points rouges, et soudain toute l'église s'enflammait."

"Quelqu'un" de Chrsitine NÖSTLINGER (dont je parle là).

mercredi 23 mai 2012

Quelqu'un

"Quelqu'un" de Christine NÖSTLINGER et illustré par JANOSCH est un petit livre sur la recherche de soi.

© Christine NÖSTLINGER et Janosch/ La joie de lire

Quelqu'un est un nomade. Toute l'année il est sur les routes, chaparde ici et là pour manger, se cache dans une grange et continue son chemin. Il suit les saisons en descendant vers le sud pour avoir un hiver doux et remontant vers le nord dès le printemps pour un été modéré. C'est quelqu'un ou personne.
Parce que personne ne le remarque, personne ne lui parle ou presque et c'est aussi quelqu'un "Voilà quelqu'un qui vient" et les enfants dans les pays qu'il traverse, qu'il voit chaque année lui envoient des "Bonjour, Monsieur Quelqu'un!".

Un jour il tombe malade et se trouve ramené devant la maison d'une femme ronde comme une citrouille. Elle le soignera, l'alimentera et il y restera tout l'été, sans bouger de la maison.
Parce que oui Quelqu'un est amoureux.

Mais l'aspiration des routes, de l'errance, revient avec l'arrivée des raisins à maturité. Un jour Quelqu'un part, la femme ronde le savait.
Sur sa route, les saisons, les montagnes, les mers, les pays et... les hommes. Quelqu'un devient quelqu'un. Il chemine de par la route avec une troupe de cirque, chemine à travers les mers avec un vieux capitaine...
Mais un jour, le cheminement le ramène vers elle, la femme citrouille.

© Christine NÖSTLINGER et Janosch/ La joie de lire

Christine NÖSTLINGER offre là un livre sur le cheminement, la découverte de ce que nous attendons de la vie. L'errance est magnifique, la marche envoutante et les rencontres humaines prennent tout leur sens. Elles sont choisies, appréciées jusqu'à la lie.
C'est aussi un livre de grands bonheurs et petits présents, la chaleur du soleil dans le dos, les bateaux sur la mer, le rouge à travers le vitrail d'une église au lever du jour mais aussi une pierre polie, une plume.
Il est aussi question d'amour et même d'amour physique, de cette chaleur des corps (mais n'hésitez pas la lecture en est toute bien pensante).
La conclusion est, elle aussi, superbe. Ouverte, de liberté, d'attachement choisi, d'amour et il est beau qu'un seul prénom existe dans ce livre, comme un accomplissement de soi mais pas totalement.

© Christine NÖSTLINGER et Janosch/ La joie de lire

Les illustrations de Janosch sont comme des impressions, les hommes ne prennent "ancrage" qu'après s'être vraiment rencontrés... Elles sont aussi ponctuées de détails comme trouvés au bord des chemins.

jeudi 25 août 2011

L'Ogresse en pleurs... et Cuisine de Sorcière

Je succombe toujours devant un livre illustré par Wolf ERLBRUCH. En plus de ces images si spécifiques j'ai souvent l'impression de suivre un choix de texte précieux, éclairé, souvent autant pour adulte (voire plus?) que pour enfant, à la limite aussi du non-sens quelques fois.

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

"L'Ogresse en pleurs" de Valérie DAYRE illustré donc pas ERLBRUCH ne déroge pas à la règle et c'est un coup de cœur.
Une femme méchante, une ogresse, veut faire encore pire que toutes ses actions jusque là: elle souhaite manger un enfant. Elle est difficile et fait le tour des villages pour trouver le bon, celui qui sera le plus appétissant.
Mais à force d'être exigeante, elle se fait repérer et les enfants vivent cachés. Elle se fâche et décide d'en manger plus d'un, milles et un, sans y parvenir. Elle dépérit jusqu'à en croquer un.

Le propos est grinçant. L'ogresse fait peur et elle mange l'enfant. Cependant ce n'est pas un livre si effrayant. Elle menace mais les astuces des enfants et des parents apportent une touche d'humour: les petiots se font plus grands en taille, se costument, restent chez eux.
C'est encore plus une histoire de parents:
"- N'importe lequel! gémissait maintenant l'affamée. Donnez-moi le plus maigrichon, le plus couillon! (elle avait abaissé ses prétentions).
Dans les maisons, on se taisait. Des couillons? Des maigrichons? Si on en avait, on se les gardait."

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

Le texte de Valérie DAYRE joue sur les termes: un enfant "à croquer". Et c'est bien la parentalité et l'amour le sujet du livre. L’ogresse a des yeux "brillants-gourmands" et cherche l'enfant idéal. D'ailleurs j'aime cette réplique "- Celui-là est trop futé, je ne veux pas avoir à lutter." Au fil des pages, les enfants, les nôtres, apparaissent les plus tendres à nos yeux, les plus à même d'être aimés. C'est de son enfant que l'on s'éprend et dont nous souhaitons être parent.
Je ne vous livre pas la plainte finale de l'ogresse mais qu'elle est belle!
Le vocabulaire nous propose mille et une manière de nommer l'enfant et ces jeux de mots exquis donnent envie d'aimer par gourmandise.

© Valérie DAYRE et Wolf ERLBRUCH /Milan

Les illustrations de ERLBRUCH sont toujours si particulières. Des aplats de tissus, comme des pochoirs, des tampons japonisants, des lieux lunaires et très proches de DE CHIRICO. Le repas de l'ogresse est magnifique d'épouvante (à regarder même avec des enfants!).
Et que ces lunes, astre protecteur, sont belles en témoins de notre parentalité.
***

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

"Cuisine de Sorcière" de Johann Wolfgang GOETHE et illustré par Wolf ERLBRUCH est un petit en-cas au doux goût de je n'y comprends rien mais j'aime.
Ici la quatrième de couverture nous apporte plus de sens que le texte du livre: "La sorcière prépare pour Faust le breuvage de rajeunissement et Goethe lui faire dire une formule magique qui n'est qu'un jeu turbulent de chiffres stimulant l'imagination et, en particulier, celle du grand illustrateur Wolf Erlbruch." Et c'est ainsi qu'il faut le prendre, comme une parenthèse dans l'initiation aux pièces "Faust" de l'auteur.

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

Ici la recette de la sorcière est très mystérieuse, ce qui apporte un plus est le pied de nez graphique de l'illustrateur. Il donne à vivre les chiffres, il cartographie les formes et fait des nombres des textures. Ci-dessous le fabuleux: "Le quatre perd"

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

Le rajeunissement ou l'éloignement de la mort (déambulant sur l'infini du huit)... j'aime son personnage... récurrent.

© Johann Wolfgang GOETHE et Wolf ERLBRUCH /La joie de lire

samedi 20 novembre 2010

Le roi et le livre

©Heinz JANISCH et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

"- Comment vas-tu ? demanda le roi au livre.
- C'est ce que je n'arrête pas de te demander, dit le livre."

(extrait de "Le Roi et la mer" de Heinz JANISCH et illustré par Wolf ERLBRUCH)

lundi 21 juin 2010

Under ground

© Shimako OKAMURA/La joie de lire

"Under ground" de Shimako OKAMURA est arrivé bien grâce à internet. C'est Kimiko contes qui m'avait donner envie et c'est vrai que j'ai acheté les yeux fermés (le goût de la demoiselle est sûr!). Ce livre est l'histoire d'une taupe et de ses galeries en sous-sol.
Le livre n'a pas de parole, pas de commentaire. Nous suivons une par une les illustrations pleine page (voir double ou quadruple). La taupe avec sa lampe frontale creuse ses galeries et nous invite à un voyage dans le temps, un voyage géologique, un voyage parmi les trésors enfouis: trésors archéologiques, trésors de savoirs, trésors écologiques aussi.

© Shimako OKAMURA/La joie de lire

Elle semble insensible et continue son travail continuellement, même si des situations inattendues l'amène à tout recommencer... entre les racines de l'arbre, encore plus profond, plus profond. Un voyage au cœur du silence... en perpétuelle et mystérieuse recherche.

© Shimako OKAMURA/La joie de lire

Certains détails sont très accrocheurs: un squelette de dinosaure, des pierres précieuses mais aussi deux rabats à ouvrir, comme un circuit à recontruire. Grâce à ce livre, la géologie prend forme et provoque des explications sur le cœur de la terre... un éternel recommencement.
"La taupe est considérée par bien des hommes comme un ravageur de cultures. C'est un tout autre rôle que lui attribue Shimako Okamura dans "Under ground". En suivant ce mammifère fouisseur dans les galeries souterraines qu'il creuse, l'illustratrice nous offre une visite géologique des plus intéressantes : vestiges antiques, squelettes de dinosaures, grottes souterraines dont les cristaux aux mille couleurs scintillent sous la lampe frontale et autre couche magmatique sont les merveilles que l'on découvre au détour des galeries que creuse notre petite taupe besogneuse. Mais gare à l'eau ! ou tout est à recommencer. Derrière cette balade géologique, on notera la symbolique de la naissance. En effet, l'histoire de cette petite taupe qui creuse le giron de la Terre pour s'en faire chasser à grandes eaux relève bien d'une naissance, et même d'une naissance obligée car la petite taupe semble bien décidée à retourner " sous la Terre "." (extrait du site du Museum de Genève sur une exposition en 2007/2008)
Une version de ce livre est très colorée. Nous avons, pour notre part, la version aux couleurs ocres et terres, très ombrées. Les couches géologiques ont vraiment une "matière", encre et couleur, la texture est presque grattée et le papier de qualité offre une lecture presque mystérieuse. © Shimako OKAMURA/La joie de lire

Cette visite souterraine donne envie d'aller rejoindre les spéléologues, de faire des carottes géologiques ou une collection de terres à la manière de Koichi Kurita.

Avis très argumenté dans le Quoi de neuf dans les livres pour les tout-petits n°48/49

21/24

vendredi 8 janvier 2010

Le canard, la mort et la tulipe


J’aime ces livres « pour enfants » qui parlent de thème fort et offrent une autre perspective, un regard si ce n’est neuf tout du moins poétique et stimulant. La mort est un sujet qui m’interpelle et que j’aime retrouver.
Quand j’avais parlé du « Kimono blanc » et de « La visite de la petite mort », je savais déjà que le livre dont j’ai envie de vous parler était une merveille.


« Le canard, la mort et la tulipe » de Wolf ERLBRUCH est de ces livres qui vous poussent à suivre un auteur. Envoutant !


Il est question de ce canard qui un jour découvre que la mort le suit. Mais depuis quand ? Est-ce son tour de mourir ? La mort apparait comme un personnage squelettique mais pas désagréable. Le canard et la mort deviennent amis, ils se baignent ensemble ou grimpent à l’arbre. Ils sont l’un pour l’autre attentifs, à la surprise de cette mort peu habituée à être réchauffée.



J’aime beaucoup cet album pour cette vision de la mort, pas glauque, pas mièvre, un peu taquine, qui remet les choses en place : elle sait parler de l’acte de mourir « Elle parlait si facilement du sujet » et rappelle les lois de la vie. C’est la vie qui se charge des accidents, la mort, elle, annonce juste le déclic. Aux questions du canard, elle ne répond presque pas par des mots, lui laisse ses illusions, paradis, enfer, solitude. Oui bien-sur l’étang sera seul ou plutôt ils n’existeront plus l’un pour l’autre. En fait, son attitude moqueuse en dit plus.
Le graphisme est magnifique, ERLBRUCH donne vie à sa mort : un crâne, presque mutique si ce n’était la ligne du sourire et du contentement. Mais est-ce que la mort peut parcourir autant de temps avec chaque préposé. Pas si sûr, elle est presque triste quand le moment est venu. Le canard par son attitude corporelle marque nos différentes appréhensions de l’acte de mourir : un étonnement, un dégoût ou une réticence, une reconnaissance, un partage, un laisser-aller.


Cette histoire amène le sujet, délicat mais si fondateur d’une sagesse de vie : celle d’appréhender la mort comme une autre forme de vie, comme toujours là comme notre ombre, avec son présent: une tulipe. Sylvie nous offrait une très belle approche de cet apprivoisement là .