Affichage des articles dont le libellé est L'enfance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L'enfance. Afficher tous les articles

jeudi 23 novembre 2017

Kodhja

Il arrive du désert, il a hâte. Le heurtoir choqué, les portes s'ouvrent, le voilà entre les remparts de la cité de Kodhja. Personne, ni pour surveiller les arrivants, ni pour l'accueillir. Il cherche à être reçu par le roi. Mais rien n'est simple. Il lui faudra trouver la salle du trône seul dans ce labyrinthe. Non, pas tout à fait. Un être aux multiples visages vient l'aider ou se jouer de lui.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Avoir une audience avec ce roi si sage, "le seul à pouvoir lui redonner ce qu'il avait étrangement oublié sur ses années de chemin: le goût de son prénom, la place de sa tête sur ses épaules et la bonne direction à prendre pour avancer." Nombreux sont les visiteurs qui veulent la même chose. Il faut oser se perdre dans le labyrinthe de la cité, s'entêter sans faille. La cité elle-même joue des tours.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Avec "Kodhja", Thomas SCOTTO et Régis LEJONC proposent un album géant aux allures de contes pour petits et grands enfants. Accompagné d'un texte clair et sobre, le héros déambule dans un univers onirique, fantasmé et empli de références culturelles. L'impact de la lecture est ainsi prolongé. Lecture offerte par un adulte sans présentations des personnages (peut-être) jusqu'à la lecture après rencontre dans d'autres univers et voilà le lecteur s'ouvrant une boite de souvenirs et d'impressions.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Les illustrations travaillent aussi de ce labyrinthe. Les aplats de couleurs amènent les personnages à être juste un élément des décors. L'impression de murs gigantesques, de brume, une certaine oppression dans les formes et les détours géométriques, chaque page tournée est une étape. Des peurs, des inspirations d'autres univers enfantins, des détours. Chaque case est fermée jusqu'à l'ouverture finale.
Superbe!

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

mercredi 5 juillet 2017

Le chien que Nino n'avait pas

Le lutin a grandit, il va sur ses 11 ans. Je ne peux presque plus prétendre que les albums jeunesse que j'achète sont pour lui. Presque. Comment donc continuez une bibliothèque jeunesse d'album quand le loupiot en lit beaucoup moins? Bon, sans être dupe je me dis que, bien évidement, certains albums arrivent à la maison pour lui mais aussi beaucoup pour moi. Oui, pour moi l'adule, pour mon plaisir de lectrice, adulte.

© Edward VAN DE VENDEL et Anton VAN HERTBRUGGEN/ Didier jeunesse

Certains albums (oui oui pas tous!!) sont de vrais pépites de poésie et comme des livres d'art.
Tenez par exemple, celui-ci, emprunté à la bibliothèque, pour lequel j'ai tant d'affection que je me dis qu'il faudra bien l'acheter. Pourquoi lui plutôt qu'un autre? Déjà une pâte d'écrivain avec Edward VAN DE VENDEL que j'aime suivre. Super Gloupi offrait des courts poèmes sur l'enfance, les bêtises, la candeur, la spontanéité.  L'enfance mais aussi les jeux dehors, à l'abri, en fuite, l'autre mystérieux ou la mort avec le magnifique "Petit lapin stupide". Donc pour le sujet et son traitement. Et quelle merveille d'illustration!

Dans le titre de cet album, "Le chien que Nino n'avait pas" d'Edward VAN DE VENDEL et illustré par Anton VAN HERTBRUGGEN, tout est dit. Oui et puis tellement non. Nino est seul et invente un chien. Ce dernier aimerait poursuivre les écureuils, plonger dans l'eau. Personne ne le voyait, ni la grand-mère, ni la maman... si peut-être quand il faisait le foufou. Et puis un vrai chien apparait, pas pareil mais c'est bien aussi.

© Edward VAN DE VENDEL et Anton VAN HERTBRUGGEN/ Didier jeunesse


De très courtes phrases nous entrainent dans la vie de ce garçon, seul et qui s'ennuie. Mais c'est surtout le manque du père qui apparait. Un papa rarement là qui voyage, découvre des pays. Et puis c'est une envie d'aventure, les rencontres, mais surtout l'ailleurs, l'inconnu.
C'est l'histoire d'une parenthèse, d'une frustration, entre l'enfance et l'âge adulte de tous les possibles mais traité de manière extrêmement poétique.

© Edward VAN DE VENDEL et Anton VAN HERTBRUGGEN/ Didier jeunesse

Anton VAN HERTBRUGGEN plante un décor d'aventurier. Une maison perdue en pleine nature, des meubles qui trainent dehors, un jardin qui ne s'arrête pas. Et puis cette chambre d'enfant fantastique où des robots côtoient des voitures, des masques ethniques, des fusées, un globe terrestre.
L'illustrateur utilise des couleurs comme passées, donnant un aspect désuet, sépia sans l'être. Les arbres, les meubles, la maison se confondent dans l'atmosphère.
Et puis il y a les animaux fantômes. Des croquis à l'encre, dynamiques, colorés entourant le père et juste imaginés pour l'enfant.

C'est un magnifique album grand format!

samedi 16 mai 2015

La première fois que je suis née

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

J'en avais entendu du bien et je confirme, ce petit album est incroyable. Et puis maintenant qu'il existe aussi en format souple et peu cher, plus aucune raison de ne pas le regarder de près.

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

"La première fois que je suis née" de Vincent CUVELLIER et illustré par Charles DUTERTRE nous parle de ce bébé, cette petite fille au grain de beauté.
Page après page, elle nous raconte ses premières fois. Celles de la petite enfance: le premier câlin parental, le premier bain, le premier pas. "Papa disait plein de mots, et au milieu de ces mots se cachait mon prénom." Ce sont les étapes de vie qui apparaissent. Nous découvrons Charlotte espiègle, joueuse, princesse, rêveuse. "La première fois que j'ai vu la mer, elle a dit: "Comme elle est grande, comme elle est belle, comme elle a les yeux bleus." 

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

Mais au fil de l'album elle grandit et offre ses premiers pas dans la vie, seule. Ses émois, ses déceptions, ses deuils et son avenir. "La première fois que mon grand-père est mort, maman m'a prise dans ses bras pour me consoler. Mais, en vrai, c'est moi qui la prenais dans mes bras pour la consoler."

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

Le texte de Vincent CUVELLIER pourrait sembler simple mais il n'en est rien. Pas à pas, il raisonne, joue la poésie. Les impressions sont belles et offrent une atmosphère. Le choix des premières fois décrit l'enfance mais aussi des détails permettant l'identification.
Les illustrations de Charles DUTERTRE sont simples, très claires mais jouent bien sur l'humour.

dimanche 10 mai 2015

Le merveilleux dodu-velu-petit

Avec Beatrice ALEMAGNA, nous sommes sûr d’avoir affaire à une histoire un peu loufoque et poétique.

© Beatrice ALEMAGNA/ Albin Michel jeunesse

"Le merveilleux dodu-velu-petit" est une quête. Édith a 5 ans 1/2 et ne sait rien faire. Chaque autre membre de la famille a un don mais pas elle. Une phrase entendue subrepticement ce matin va pourtant l'entrainer dans un périple où elle va découvrir toutes ses compétences.
Il lui faut trouver un cadeau pour sa maman, un truc "dodu-velu-petit".
La voilà partie à travers la ville pour retrouver les adultes qui font son univers, le boucher, la fleuriste, l'antiquaire. Mais personne n'a de dodu-velu-petit. Mais chacun y va de son conseil, de son don ou de sa mauvaise humeur.

© Beatrice ALEMAGNA/ Albin Michel jeunesse

 La petite fille, bien dégourdie, le découvrira pourtant ce fabuleux dodu-velu-petit, tout rose fluo comme sa doudoune, toute hirsute comme elle est échevelée.
C'est parfait, il sait tout faire cet animal qui ressemble presque plus à une grosse tâche avec un museau pointu.

© Beatrice ALEMAGNA/ Albin Michel jeunesse

Cet album est très dynamique et nous entraine dans l’enthousiasme de cette gamine. Réjouissant pour se confronter aux adultes, pour se faire confiance. Comme toujours avec cette auteure, les enfants sont spontanés mais pas dénués d'un aspect insaisissable, comme pouvait l'être "Joe singe garçon" par exemple.


mercredi 22 avril 2015

Adieu Chaussette

Nous suivons Benjamin CHAUD quand il donne vie à un éléphant rose minuscule avec Ramona BADESCU. Ici point de "Pomelo" mais un petit garçon qui veut devenir un grand dans cet album solo.

© Benjamin CHAUD/ Hélium

"Adieu Chaussette", oui il faut lui dire adieu. De toutes façons ce lapin buffle n'est même pas un copain convenable, regardez donc ses oreilles, sa mollesse.

© Benjamin CHAUD/ Hélium

Oui c'est son seul copain mais il faut bien grandir et avoir des enfants comme amis. C'est décidé il va aller l'égarer dans la forêt.

© Benjamin CHAUD/ Hélium

Mais il est trop lent, pas moyen d'arriver à un endroit que le lapin ne connait pas à cette allure-là. Ah ba si, cette partie de forêt est inconnue.
Et puis il faut réussir à s'en débarrasser, le faire courir derrière une carotte, l'attacher... fuir. Fuir dans ce coin de forêt mystérieux. Mais il est maintenant tout seul... Chaussette lui manquerait-il?

© Benjamin CHAUD/ Hélium

Chaussette est-il un doudou? Se défaire de ces éléments d'enfance, aller de l'avant, vers les autres, renier son doudou, devenir grand en sécurité.
Chaussette est-il un vrai lapin, un animal de compagnie? L'histoire devient beaucoup plus glaçante. Mais la fin est belle même si l'acte d'abandon est là. La solitude, la culpabilité mais aussi les attentes déçues, la surévaluation de nos satisfactions.
Sous ses aspects d'album, ce livre offre une réflexion allant plus loin que ce que nous pouvions imaginer.
Cet album est initialement sorti en très grand format, maintenant il est disponible en format souple et tout petit, et prix réduit: à ne pas manquer!

Lily vous offre une lecture en duo ici. 

jeudi 16 avril 2015

Jane, le renard & moi

Une magnifique couverture mêlant cette jeune fille, un beau renard roux, le visage d'une héroïne de littérature et cette plante d'un beau vert tendre. Hum, j'avais envie de lire "Jane, le renard et moi" d'Isabelle ARSENAULT et illustré par Fanny BRITT.

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Elle est toute seule, toute seule dans les couloirs de l'école, toute seule dans le bus. Avant elle était accompagnée de ses copines et, un jour, l'une d'elles a décrété qu'elle n'aurait plus d'amie. Elle les voit se moquer d'elle. Et puis il y a les mots griffonnés dans les toilettes.
Oui, elle est persuadée qu'elles ont raison: elle est grosse comme une saucisse et puis ça se trouve elle pue comme elles le disent.
Il va falloir pourtant partir en Angleterre avec la classe. Bien-sûr elle se retrouve avec les sans bande. Seule encore parmi les esseulées... 

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Encore heureux qu'elle a Jane Eyre. Elle lit le livre de Charlotte Brontë et découvre cette pauvre enfant orpheline qui jeune femme se mettra au service d'une famille. Et il y a la rencontre avec le renard.

"Il a le regard tellement doux que j'explose presque. Le même regard dans l'oeil d'un humain : je lui offre mon âme, garanti."
© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Et il y a ces yeux bleus qui clignent tout le temps. Le malaise va s'effacer.

Ce roman graphique, entre bande-dessinée et album, est la confidence de cette gamine au début de l'adolescence.
Elle est mal dans sa peau, dénigrée et même harcelée par les autres. Tout est gris autour d'elle, elle n'a plus le goût à rien. Sauf en ce roman, cette histoire de fille, Jane, qui devient quelqu'un, "adulte et brillante et mince et sage". Elle se reconnait en elle et pourtant ce double fictif, lui, est apprécié. Ou presque... enfin si.

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Et le roman l'a déstabilise, comme la vie, comme les nouveaux partages, le changement de regard et d'attitude, d'elle et des autres. Les couleurs reviennent, comme une amitié, une pousse qui grimpe et se propage.

Au fait, pourquoi un renard? peut-être parce qu'il était déjà là... tout près.


lundi 30 mars 2015

Les sauvages

Comme à chaque fois, Mélanie RUTTEN nous embarque avec sensibilité et tout n'est pas accessible de suite: il faut prendre le temps, relire, replonger dans l'image.

© Mélanie RUTTEN/ Memo

"Les sauvages", ce ne sont pas ces deux ombres qui sortent des maison cette nuit. Non, pas vraiment. Les deux silhouettes partent pour toujours, elles n'ont pas peur.

Elles savent qu'il faut partir, partir pour être libres, spontanées. L'aventure est là dans cette escapade dans le noir, entre les lianes mais tout de même protégés par les arbres. Il faut un effort. Elles arrivent sur l'île et se dévoilent: garçon, fille mais aussi amis imaginaires, les sauvages. Cette nuit, ils jouent, découvrent, imaginent, expérimentent. La joie est communicative. Ce sont des jeux, des partages, des soutiens.
"C'était une bande de sauvages et c'était leur clairière. Faite d'ombres et de lumière. Chacun y avait sa place. Ils construisaient une cabane, ils la décoraient, ils dormaient, ils mettaient de l'ordre e ils grandissaient. Le temps s'arrêtait.
Cette nuit, c'était toujours."
 Mais celui qui fait peur n'est pas loin. Une dispute et le voilà prêt à attaquer. 

© Mélanie RUTTEN/ Memo

Une île où les enfants sont eux-même sans observateur, sans adulte, sans règles, sans jugement. Dans un univers inventé, au plus près de leurs émotions, du merveilleux, de la vie. Il y a dans leur fuite, une envie d'enfantillages, de retour à la nature mais bien plus une envie de grandir mais pas à tous prix. C'est une ode à l'enfance, pour leur accorder du temps et de la confiance.

© Mélanie RUTTEN/ Memo
 
L'histoire est malicieuse, délicieuse et délicate. Mélanie RUTTEN nous offre avec son jeu de couleurs cette nature mystérieuse et fabuleuse. Des magnifiques fleurs et personnages minéral/végétal/animal. Des ombres complices, d'autres plus angoissantes.


lundi 26 janvier 2015

Venise n'est pas trop loin

Pourquoi donc parler d'un livre que nous ne pouvons plus trouver (sauf en occasion) à cause de la fermeture de sa maison d'édition. Être n'est plus. Parce que certains livres abordent des thèmes d'une manière sensible et osée. Et en espérant que ce titre sera repris par une autre maison d'édition...

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

"Venise n'est pas trop loin" de Christian BRUEL, illustré par Anne BOZELLEC et avec les photographies d'Anne GALLAND nous embarque dans un voyage, un séjour que s'offrent une mère et sa fille. Des retrouvailles entre les deux, elles ont laissé les hommes, père et frère, elles déambulent avec une sorte de rituel, entre complicité et liberté, et savourent ensemble ou seule les charmes de la ville.

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

Venise est magnifiée, ses quartiers (Cannaregio), ses musées (avec les œuvres de Giorgione ou de Carpaccio), le café italien, les restaurants, ses vaporetto (i?), ses odeurs (de lait caillé dans les escaliers de l'immeuble), "le duvet d'algues peigné, cette pierre grenue sous la paume, le bleu d'une barque qui n'en finit pas de mettre un mur à vif."

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

La mère et la fille investissent la ville. Des emploi du temps programmés, ensemble, puis des espaces libres.
Et cette année, la fille a plus de liberté, les frontières de son univers de découvertes s'est agrandit. Sa mère lui fait confiance, c'est une grande maintenant 13 ans, bientôt 15! (voir extrait) Et cette fois-ci, l'enfant veut retrouver ces rassemblements secrets. Elle est attiré par le jeu.
Pourtant elle est intelligente, pourtant elle sent le danger. Mais c'est plus fort qu'elle, le jeu des adultes est si tentant, elle est si proche de cet âge.

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

Et elle perd, elle a réussi à décaler l'heure du gage. Elle a cherché mais ce qu'elle risque de trouver l'épouvante. Mais rien ne peut lui arriver, elle est si spéciale, elle lui parlera. 
"Faire l'innocente. Ne rien comprendre. Elle reviendra demain. Juré! Il sourit comme un loup."

Cet album offre les premiers pas de la perte d’innocence, la prise de risque. C'est aussi la marque des premiers émois, des premières peurs de ce que peuvent envisager les adultes. Pourtant sa mère, aussi, profite de ce temps hors du temps à Venise. Les rencontres, les partages, les émotions.
Les illustrations d'Anne BOZELLEC et les photographies d'Anne GALLAND apportent ce sublime mêlé avec le mystère et le trouble. L’architecture de Venise est superbe: d'alignement de maisons, de bord de lagune, de devantures colorées. Puis cette enfant, souvent en noir et blanc, fille enfant mais aussi espiègle, ses errements en ville et ses crayonnés au café. Les individus sont eux soit des ombres soit très colorés, indéfinis ou une photo sans flou.

C'est beau, juste. Elle a pris le temps de grandir cette enfant et le livre est un beau prétexte à la vie. Et puis Venise n'est pas trop loin...


lundi 1 décembre 2014

Quatre soeurs, Enid, Hortense

Ce gros roman jeunesse (4 tomes) me tentait énormément. Un peu une envie de renouveler un moment de lecture plaisir, comme avec "Miss Charity" de Marie-Aude MURAIL. Et la sortie des bandes-dessinées découlant de l’œuvre me tentaient elles aussi. Alors ni une, ni deux, j'ai savouré les deux premiers tomes des "Quatre soeurs", "Enid" et "Hortense, de Malika FERDJOUKH et illustré par Cati BAUR.


© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

Et le plaisir est immédiat! Elles ne sont pas quatre mais cinq, cinq filles habitant une immense demeure, la Vill'Hervé. Elles y vivent seules depuis la mort de leurs parents. Chaque tome met en avant l'une d'elles plus spécifiquement.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt  (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

Cati BAUR a adapté en bande-dessinée ce roman plein de facétie, d'humour et de tendresse. Cette immersion dans un quotidien féminin ravit les filles mais la liberté donnée à des adolescents parlera surement à tous. C'est intelligent, doux et câlinant!

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt  (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

Enid est la petite dernière, 9 ans, encore une enfant. Elle a besoin d'être chouchoutée par les sœurs mais aussi les parents en fantômes prévenants. Avec elle, nous découvrons une part du quotidien de toute la maisonnée. Les moments de partage, aux repas, à la farniente ou à dans la salle de bain. Chacune des soeurs cherchent sa place, nécessaire à la bonne marche de la famille ou plus diffuse, Charlie chargée du bricolage et de la charge financière, Geneviève aux fourneaux par exemple.
Avec ce premier tome nous découvrons la batisse qui crie aussi comme un personnage, le jardin et son puits, les habitants et les invités occasionnels ou non, choisis (Basile l'amoureux de Charlie, Colombe une amie de la famille) ou subits (tante Lucrèce déchainant une vague de rangement), les animaux, des chats mais aussi un écureuil ou une chauve-souris.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

La part belle est faite aussi à l'automne, le vent et le froid. Cette part d'ombre et de fantastique comme Halloween.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Rue de Sèvres

Hortense est souvent silencieuse. A 11 ans, elle est toujours fourrée avec un livre à la main. Son journal intime se dévoile peu à peu. Les habitants de la Vill'Hervé prennent aussi plus de substance. Hortense se prend d'amitié pour la voisine, malade et affaiblie et découvre son potentiel de comédienne. Bettina continue à nous montrer son caractère fort, extravertie, jalouse et capricieuse.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Rue de Sèvres

La fragilité des sentiments et de l'amour sont à l'honneur dans ce second tome.
Le dessin se fait plus stylisé au second tome. Le contour est plus clair et ce côté moins fouillis permet une lecture plus fluide.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Rue de Sèvres

Superbe, j’attends avec impatience le 3ième tome et la lecture du roman d'origine!

Voici un autre avis argumenté ici.

samedi 9 août 2014

Émile (- fait un cauchemar, - et les autres)

Je ne vous ai pas encore parlé d’Émile? Vous ne le connaissez pas? Mais si, mais si. Ce garçonnet toujours bougon et solitaire dont on suit les aventures avec délectation, création double sortie de l'imaginaire de Vincent CUVELLIER et de la plume colorée de Ronan BADEL à qui l'on doit le visuel d'un autre garnement, Félicien Moutarde. Bon je vous présente ici les tomes 7 et 8 mais pas d'inquiétude, chaque album est indépendant et vous comprendrez très vite à qui vous avez affaire.

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

"Émile fait un cauchemar" nous amène aux moments cruciaux que sont le coucher et le lever. Un cauchemar l'a réveillé en sursaut. Un loup. Bien-sûr! Il mange les enfants comme chacun sait. Mais non, Émile ne veut pas avoir peur. Et puis de toute façon il n'a pas peur grâce à sa parade des doigts. Mais non ce ne sont pas les films d'horreur. Oh non pas une histoire pour enfant ce soir, pas Pinpin le lapin rose. Non!

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

"Émile et les autres" c'est une sacrée histoire! L'enfant est solitaire alors aller au parc voir les copains n'est pas une partie de plaisir. Pour sur: il n'a pas de copain. Il se plie de mauvaise humeur à la directive maternelle. Bon, les copains... s'en faire des copains. Enfin peut-être!

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

Chaque album vous présente le chenapan: il est frondeur, solitaire, très bien dans son monde et assez misanthrope pour son âge. Tout est présenté avec son regard et quand il n'a pas envie cela se voit.
Le cauchemar montre la sensibilité du petit homme et l'autre album sa complète différence.

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

Le texte est toujours court mais les albums sont fins sur ce garçon pas comme les autres.
J'étais tombée sous le charme avec les deux premiers tomes, excellents: "Émile veut une chauve-souris" et "Émile est invisible" montraient bien un univers de petit garçon sûr que son monde est la réalité. Jouissif!
 

vendredi 13 juin 2014

La vie à petits pas

J'aime énormément les vulgarisations scientifiques, historiques... Cela ne veut pas dire que j'aime la simplification mais j'y vois là des portes ouvertes pour plus de curiosité et pour, pourquoi pas, cumuler le nombre d'approches d'un même élément.
 
© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

"La vie à petits pas " de Jean-Benoît DURAND et illustré par Robin GINDRE répond à un des premiers mystères présenté à notre attente: d'où vient le monde, la vie et l'homme?

Ce documentaire délimite en fait de nombreux éléments importants.
D'une part les origines de la vie sur Terre et même les origines de l'Univers, des planètes et de la notre. Un défilé historique présente alors les premières bactéries, les premiers poissons, les premiers vertébrés, les premiers insectes et amène jusqu'aux premiers primates, cousins (comme Lucy célèbre 3 millions d'années plus tard!) et ancêtres de l'homme.
Puis c'est la notion de vie qui est mise en avant: la fécondation, l'alimentation, la croissance, la mort, l'extinction des espèces. L'homme et son rôle, les conséquences sur son environnement, écologique ou extinction des espèces ou encore voies du futur, le dangereux clonage.

© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

En soi le pari est gagné: c'est clair et complet. Il y a aussi quelques petites pointes de bonne conscience un peu facile mais si les enfants ne peuvent avoir de débats ou d'autres supports en complément, ce documentaire est tout de même à choisir!

© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

Ce qui fait d'autant plus l'intérêt d'un tel ouvrage est le discours adapté aux enfants par les illustrations de Robin GINDRE, d'une part, qui apportent énormément d'humour; mais aussi par quelques éléments bien appuyés: l'importance de l'eau, d'une enveloppe dure autour de l’œuf ou d'un embryon bien au chaud dans le ventre maternel.

mercredi 7 mai 2014

La colo

Pas moyen de publier ce billet pendant les vacances, bah tant pis! Je profite de ce dernier long week-end de mai! Allez, un petit tour dans les aventures enfantines ou adolescentes s'impose! "La colo" de Rémi COURGEON vous mettra dans l'ambiance.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

"C'est en déménageant que je l'ai trouvé, au fond de la bibliothèque: mon journal de colo.  En l'ouvrant, un parfum d'enfance a envahi la pièce. J'entrais par effraction dans les secrets de ce petit Moi oublié. L'été de mes neuf ans courait sur le papier, s'échappait d'entre les fautes d'orthographe et éclatait dans ma tête en fines bulles de mémoire."

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Page après page, ce sont des anecdotes, des jeux idiots ou dangereux. Le garçon y décrit ses aventures, ses exploits avec effectivement de ses petits secrets à dévoiler à son propre enfant (le risque, le rapport à la vie et la mort) mais aussi les premières sensations émoustillantes.
Les pré-adolescents apparaissent dans leur quintessence avec leur surnom, les rapports de force sans trop en faire et leurs fabulations.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Rémi COURGEON prouve, s'il en avait encore besoin, qu'il maitrise cette évocation des émotions frétillantes de l'enfance. C'est réjouissant, avec un chouïa de frissons à même de finir la lecture et de partir dans le jardin retrouver les copains et les jeux de la vie.
Et puis il y a la pâte colorée de cet illustrateur: des postures vivantes, du comique de situation, des effets de sens. C'est graphique, reconnaissable et toujours très actuel!
De quoi ne pas se priver de cet album disponible en petit format à prix tout doux.

lundi 10 juin 2013

Une étoile dans le noir

Je voulais en parler il y a déjà quelques mois. Je voulais aller vite parce qu'il s'agit d'un petit trésor et puis je n'ai pas su quoi écrire. Je n'en parlerais peut-être pas mieux maintenant, tant pis, ce sera à vous de découvrir à quel point le livre va loin.

© Lucia TUMIATI et Joanna CONCEJO/ Editions Notari

"Une étoile dans le noir" de Lucia TUMIATI et illustré par Joanna CONCEJO est un livre jeunesse sans en être un. Il en a le format, presque les illustrations (encore que) mais le texte est dense, profond et les mots ont une sagesse.

Le narrateur, un jeune berger s'occupant des chèvres de la famille, nous parle de sa rencontre avec un autre enfant. Un garçon solitaire, avec des frères, vivant dans le même coin mais laissant perplexe, déstabilisant. Mais au fond, c'est un garçon comme lui, non?! Et bien non! Cet enfant semble un peu sot, plus lent, plus "distrait" à moins que ce soit dû à des préoccupations, une gravité d'adulte dans un corps d'enfant.
"Ce garçon qui parle comme un petit vieux me ferait presque rire, si ce n'étaient ces larmes qui lui coulent soudain et me laissent sans voix.
"Salut, je dois partir".
Il ne me répond pas. Il reste sous l'arbre à regarder dans le lointain."

A travers le quotidien du narrateur et ses discussions avec l'autre, un décalage devient flagrant. Les gestes du quotidien n'ont plus cette spontanéité du présent mais semblent juste une étape.
L'injustice de l'enfance, l'obéissance dû aux parents, le rôle parental sont ici sortis de leur résonance singulière pour prendre une autre plus universelle. La temporalité ne semble plus la même. Les actes n'ont plus les mêmes conséquences.

 © Lucia TUMIATI et Joanna CONCEJO/ Editions Notari

Le narrateur est juif, heureux de l'être, de fêter, de suivre les enseignements des rabbins. Il aimerait tout de même un décloisonnement mais son ami, lui, remet même en question l’œuvre de Dieu, parle de la loi juive, la respecte, mais semble vouloir la comprendre et évaluer ses erreurs, ses lacunes, les manquements de l'éducateur religieux.

La rencontre des deux enfants est un choc, une prise de conscience mutuelle.
Le narrateur est insouciant, juste dans l'instant et ces fragilités, situations ou frustrations. L'autre garçon semble responsable de plus que de lui, il est soucieux, sérieux. Il réfléchit à la justice, à la culpabilité, aux victimes et aux autres, au don, à l'amour exempt de souffrance, à l'obéissance attendu des enfants, au cycle de la vie, aux multiples vérités et au chemin guidé par les étoiles.
En observant la vie d'un enfant, l'autre garçon avance dans sa réflexion. Le narrateur lui semble être ici comme un garde fou, il est le témoin du désespoir de son ami et arrive, tant bien que mal, juste une fois à le faire devenir un enfant, juste un enfant, le temps d'un déguisement.
Le narrateur est témoin des fulgurances que son ami a sur l'avenir, d'une certaine omniscience mais aussi de ses premières paroles de sagesse voire même de ses premiers "miracles". Il entrevoit aussi le sacrifice, de Marie sa mère épouvantée, désespérée devant cet acte attendu du Père, de ce fils, conscient de la souffrance et du sacrifice qu'il endurera plus tard...

"Je repense à ses quelques mots et j'essaie de comprendre ce qu'ils voulaient dire vraiment, mais j'ai peur de trop bien comprendre, et donc de grandir trop vite."

© Lucia TUMIATI et Joanna CONCEJO/ Editions Notari

Le travail de Joanna CONCEJO est celui d'un impressionniste, ce sont des gestes, des détails,  des instants. Ils ne peuvent être que cela et plus encore comme le début d'une réflexion personnelle. Ces petits papiers collés avec les dessins monochromes ne sont juste que des pauses, avant de reprendre.
***
Bien-sûr il s'agit d'une enfance particulière, celle d'un homme destiné à être l'étoile dans le noir de beaucoup d'autres, vous l'aurez compris.

Merci infiniment aux éditions Notari pour votre confiance.

jeudi 2 mai 2013

Le loup sous le lit ou quand une petite fille sait ce que les adultes ne savent plus

J'aime les loups, j'aime cette part de sauvagerie, d'inconnu, de cauchemar aussi sur fond de nuit noire ou de pleine lune. J'avais ainsi acheté "Le loup sous le lit ou quand une petite fille sait ce que les adultes ne savent plus" de Stéphane SERVANT et illustré par Benoit MOREL dès sa parution et l'avais lu dans la foulée. Alors pourquoi attendre pour en parler. Peut-être justement pour que le charme du loup opère encore, peut-être pour ne pas limiter la portée du livre, aussi.

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Derrière l'école un loup est blotti apeuré. Elle va tenter le réconforter. Puis se comprenant, ils vont faire découvrir l'un à l'autre les beautés de leur monde, la forêt et la ville. Mais tout n'est pas beau dans ce monde d'adultes. Les oiseaux de la volière ont été libérés: un loup, une jeune fille avec un masque de loup? Dans le doute, les adultes s'arment pour combattre le loup.

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Bien-sûr il est question d'amitié et de tolérance, une écharpe montre l'attachement, le lien, entre le loup et elle, entre elle et la forêt. La force est dans cet amour avec l'esprit sauvage, le loup. Il apparait dans toute ses impulsions. Mais je trouve que le plus beau est cet amour de la liberté, de l'instant présent.
"Quand j'étais fatiguée, le loup m'apprenait les taches de soleil, la langue secrète des arbres, la saveur de la boue, les morsures du froid et la douceur du ventre des crapauds."

© Stéphane SERVANT et Benoit MOREL/ Oskar

Le loup et la petite fille étaient libres, spontanés, près de la nature et de leur rêve. L'enfant a grandi mais il lui reste son loup, l'esprit libre.

Bien-sûr le choix du rouge et du noir pour les illustrations de Benoit MOREL est magnifique, salvateur presque comme les couleurs de la passion et du sang. Mais nous sommes loin du chaperon rouge. C'est vrai: ce loup n'est pas celui des contes.
"C'était le premier loup que je rencontrais. Je veux dire: pas un loup de dessin animé ou de conte de fées.
Non, c'était un loup pour de vrai: dents jaunes, grands yeux, oreilles  pointues et queue touffue."