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jeudi 5 avril 2018

"Princesse de la rue, soit la bienvenue dans mon coeur blessé* " - Pablo de la Courneuve


"- J'ai besoin de toi, tu vas me laver les cheveux, je n'y arrive pas toute seule...
Pablo respire un grand coup. Il avance, passe la porte, pousse un lambeau de tulle, puis un autre. Ce sont des costumes de danseuse, du temps où la vieille femme était une star et pas la Goule. Punaisés au plafond par leurs bretelles, ils dessinent un labyrinthe de fantômes. La poitrine serrée, Pablo le traverse. Pour se protéger des mauvaises choses, il ne doit pas marcher sur les joints du carrelage. Un pied sur un carreau blanc, un pied sur un carreau noir. Au fond de la pièce, il devine la femme dans son baquet, elle fredonne. Un dernier voile blanc, Pablo baisse les yeux. Elle est là, nue devant lui. Elle frotte ses bras avec une grosse éponge jaune. Sa peau laiteuse absorbe la lumière autour d'elle, comme le halo d'une étoile très loin dans le ciel. Ses seins très blancs, petits et ronds, bougent sur sa poitrine. [...] 
- Ah, tu es gêné, dit la vieille femme en se retournant vers le mur, tu n'as pas l'habitude. Excuse-moi."

J'aurais pu vous décrire ce roman jeunesse, vous parlez de Pablo, colombien venu se réfugier en France avec sa famille, vous mettre sur la voie en parlant d'être transparent, de ne pas faire de vague, de n'être plus là-bas mais pas d'ici, d'être le vaurien d'un autre.
J'aurais pu vous parler des émotions, de l'amitié.
Mais les larmes aux yeux je les ai eu dans cette rencontre, entre cette vieille femme, la Goule, et Pablo. De leurs silences, de leur pudeur, de ce quart de folie, de la bonne humeur, de cette retenue, du moment où ce n'est pas le moment. "Dans son corps de vieille femme, la Goule a plus de vie que bien des gens que Pablo croise dans les rues."
Et puis de marche, encore et encore, plus loin, vers les sommets où l'oxygène se raréfie, où juste plus loin vers le ciel d'où les autres partent. De vélo qui roule aussi, loin, encore, pour laisser ce qui ne peut se comprendre là sur le bas-côté. Du médicament contre la maladie des mots.
Oui, à chaque fois, même dans le plus court texte ou dans un récit de moins de 100 pages comme ici, Cécile ROUMIGUIERE distille des pépites.
(extrait de "Pablo de la Courneuve", Seuil jeunesse; *"La complainte de la Butte", paroles de Jean Renoir)

vendredi 24 octobre 2014

L'Inde à l'honneur dans les livres jeunesse

J'ai profité de la fête colorée et joyeuse de Diwali pour lire autour de l'Inde. Nous l'avions fêtée ainsi il y a deux ans. Des albums et des livres un peu plus pointus, de quoi se plonger avec les enfants dans ce pays si riche de cultures. Les liens vous renvoient aux billets dédiés aux livres cités.

*source peinture Kalighat, Dolls of India

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Les textes fondateurs:


La fête de Diwali est liée à Rama, roi mythique, un des avatars de Vishnu. L'histoire de ce souverain est racontée dans l'épopée mythologique Ramayana. La version de Sanjay PATEL, "Ramayana, la divine ruse", est parfaite. Très stylisée, elle apporte une fraicheur et une lisibilité à cette mythologie.


Un second grand récit marque la culture hindoue, il s'agit du plus long poème du monde. Notre version de cette oralité de la civilisation de l'Indus nous vient d'une enfant. "Le Mahabharata" raconté par Samhita ARNI est un peu brouillon mais il est très impressionnant.

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L'Inde offre une multitude d'évocations exotiques. 


"Radhika, la petite hindoue" de Chrystel PROUPUECH et illustré par Sabrinah propose de découvrir le pays à regard d'enfant en y mettant les mains.


Rudyard KIPLING nous a proposé, lui, d'y découvrir la jungle et ses aventures, autour des animaux ou de Mowgli, l'enfant élevé par eux. Ses "Histoires comme ça" en offrent un bel exemple.

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La place des femmes est elle très ancrée dans la tradition. Les choses bougent doucement mais deux propositions peuvent nous faire vivre la situation d'une enfant en âge d'être mariée. A chaque fois, l'instruction est une voie vers l'émancipation.


Le premier, un album pour les plus jeunes, celui d'une enfant qui s'interroge sur le mariage et sur la place d'une femme en Inde: "Rouge Bala" de Cécile ROUMIGUIERE et illustré par Justine BRAX.



Le second, "Un sari couleur de boue" de Kashmira SHETH, un roman sur le passage de fille à femme, d'enfant à mariée et propose aussi cette descente aux enfers qu'est le veuvage féminin.

Rouge Bala

"Rouge Bala" de Cécile ROUMIGUIERE et illustré par Justine BRAX offre une porte ouverte vers cette Inde aux traditions millénaires et où les petites filles sont mariées bien tôt.

© Cécile ROUMIGUIERE et Justine BRAX/ Milan jeunesse

Bala a douze ans. Cet été, elle est seule à jouer autour de la rivière, sa grande sœur, Lali, est partie avec son mari avant la mousson. Elle avait treize ans. La cérémonie était magnifique, les plats doucement épicés. Lali portait un sari finement brodé, le point rouge bien rond sur le front.
Alors pourquoi Bala est-elle si nostalgique? Parce que si le prince charmant arrivait maintenant par bateau, là, juste devant elle, elle ne serait pas quoi lui dire sans sa sœur? Un peu. Les jeux d'enfants n'ont pas la même saveur. Et puis, elle commence à prendre quelques formes de femme. Et puis d'ici un an, elle sera mariée par son père.

© Cécile ROUMIGUIERE et Justine BRAX/ Milan jeunesse

Et puis il y a cette rencontre inattendue. Une femme sur un bateau. Pas un prince charmant, non, une femme qui fuit son mari. Bala découvre une faille possible dans la relation maritale, celle de l'infertilité.
C'est décidé! Bala veut plus de liberté. Choisir son mari, continuer l'école. Mais que vont dire ses parents? Et puis d'autres angoisses naissent pour sa sœur: est-elle heureuse?

Cécile ROUMIGUIERE apporte dans chacun de ses textes une profondeur. Dans cet album, l'enfant est aux prises avec son corps, ce mystère de l'avenir. Mais c'est aussi presque une année pour changer de vie, d'une petite fille à la femme subissant les coutumes.
Le sujet est doucement abordé, les portes sont juste entr'ouvertes vers un avenir féminin plus choisi, ici ou ailleurs, grâce aussi à l'éducation.

© Cécile ROUMIGUIERE et Justine BRAX/ Milan jeunesse

Les illustrations de Justine BRAX sont colorées, aux aplats avec des motifs comme sur du tissus. Elle apporte aussi dans cet album une impression d'étouffement dans ce paysage si grand. Une immensité subie ou une prise de liberté comme un enfant.

N'hésitez pas à lire le très beau billet de  Lily ici.


dimanche 5 décembre 2010

Salon du livre jeunesse de Montreuil

Ce fut une journée chargée, éreintante... moins pour nous que pour les auteurs en dédicace mais tout de même. Journée plein de belles rencontres mais qui nous a mises à l'épreuve: fatigue, faim... et quelques déceptions.

Un grand merci à ces auteurs/éditeur qui ont donné de leur temps et échangé avec nous.
Mélanie RUTTEN, si généreuse en échanges, avec ses animaux si attachants que l'on retrouve personnages principaux ou secondaires dans ses livres... automne avec "Mitsu un jour parfait" et hiver avec "Öko un thé en hiver" dont je n'ai pas encore parlé mais que vous pouvez retrouvez ici chez Lily et là chez Gaëlle. Une sensibilité à fleur de peau, de l'émotion dans chaque livre, gageons que les deux autres tomes saisonniers nous offrent à leur tour autant de bonheur. Ce sont des livres jeunesse qui ne perdent pas à la lecture adulte, des livres jeunesse qui ne perdent pas à la relecture... un seul mot: foncez!
Fabrice COLIN (oui oui), abondant dans cette joie du partage, de la découverte, de l'échange, livres ou musique. Une très belle rencontre donnant encore plus envie de se pencher sur les dernières propositions de lectures offertes: des nouvelles autour du "Petit prince" de Saint-Exupéry, son dernier livre "La vie extraordinaire des gens ordinaires" ou de fureter vers un autre ovni "Comme les fantômes"... entre autres
Clément LEFEVRE et son "Voleur d'enfants" si fantastique: quel beau parti-pris graphique... cette texture, ces couleurs, cette atmosphère!
Cécile ROUMIGUIERE qui nous accompagne dans les lectures du soir... Kalaman est là dans "Le secret du soir". Mais c'est aussi dans une lecture plus personnelle: les blues cerises, formidable traviail de 4 auteurs autour d'une histoire en toile d'araignée, Lily parle ici de la genèse ou le très précieux "L'enfant silence"
Bruno GIBERT que je découvre, pour continuer à le suivre dans "L'histoire du cochon renifleur de sommeil", une prose et des illustrations savoureuses.
Et puis rencontre à nouveau avec l'homme des éditions "Être". Monsieur, quel partage, quelle envie de se délecter des livres que vous avez choisis, choyés, offerts à la lecture. Quel plaisir de vous voir jubiler en nous provoquant une autre découverte ! Ma lecture de "Tous ses petits canards" de Christian DUDA et Julia FRIESE aura toujours le halo de vos yeux pétillants. Rappelez-vous, les éditions Être ferment au 31 décembre, courrez, grimpez, escaladez, foncez: leurs livres vont disparaitre...

Des achats restreints par manque de moyen et non d'envie: "Tous ses petits canards" de Christian DUDA et Julia FRIESE et "La vie extraordinaire des gens ordinaires" de Fabrice COLIN donc, "Où est maman?" de Gerda DENDOOVEN et "Tifortou et Touforti" de Anne BOZELLEC (éditions Être), "Rouge Bala" de Cécile ROUMIGUIERE et illustré par Justine BRAX et "Le dernier des Mohicans" de CATMALOU et CROMWELL.

Et puis quelques frustrations: j'ai été vexée et suis devenue agressive et même très peu tolérante suite à quelques désagréments. Une dédicace annulée après une très très (très) longue attente, un chapeau très chaud perdu en cours de route et surtout une politique de Salon du livre d'un mercantilisme assez insupportable.
Passons sur les détails comme peu de collations possibles, comme les pertes... ou même ce cher Monsieur L donnant pourtant du cœur à l'ouvrage l'après-midi mais absent remarqué le matin.
La grande frustration reste la politique officiellement présente dans le salon et sur quelques stands d'éditeurs: vous ne pouvez pas venir dédicacer votre livre préféré (et d'actualité récente, voire brûlante), les stands veulent être rémunérés de leur investissement, il vous faut acheter un ouvrage pour oser montrer votre exemplaire maison chéri, lu et relu, de votre auteur favori.
L'explication: certains stands sont tenus par des libraires et non par les éditeurs eux-même, alors même si vous avez l'ouvrage de Mr X entre vos mains, bien acheté, bien nouveau, les libraires n'acceptent pas votre présence dans la file.
Allez on va dire que c'était une anecdote et non un consensus! Restons serein(e) et préparons la contre-attaque: oui aux dédicaces des auteurs qui nous touchent, nous interpellent (et pas juste pour cumuler le nombre ou les trophées), oui aux dédicaces sur nos exemplaires maison, achetés quelques mois auparavant mais d'actualité... il n'y a pas de raison de laisser nos ouvrages blancs de partage si telle est notre envie!

Et puis un dernier clin d'œil de ma lectrice d'"Une page lue chaque soir", qui s'est invitée sur quelques petites cartes. Journée partagée, avec passion et amitié, avec Lily et ses livres (So many books), en attente de son billet donc...


lundi 27 septembre 2010

Le secret du soir

"Le secret du soir" de Cécile ROUMIGUIERE et illustré par Eric GASTE revient très souvent dans les lectures du soir ces derniers temps.

© Cécile ROUMIGUIERE et Eric GASTE/ Milan Jeunesse

Le petit prince Igor se sent bien seul malgré ses chiens, et les mille et mille jouets et livres. Seul dans ce château aux mille pièces, le roi et la reine sont bien occupés, le prescripteur et les nounous ne peuvent rien y faire, Igor est triste et ce oiseau bleu qui s'est échappé de sa cage n'aide en rien.
Sauf que cette nuit-là, un souffle chaud dans son dos le pousse à se lever de son lit. C'est un dragon perdu dans ce château, un dragon dans son lit, venu chercher une fleur... un dragon "de l'espèce des grands bavards". Igor va l'aider.

© Cécile ROUMIGUIERE et Eric GASTE/ Milan Jeunesse

Se noue alors une amitié du soir dont personne n'est au courant. Bien-sûr ils iront à la recherche de la fleur d'hiver mais aussi ils se retrouveront chaque soir pour des voyages, des découvertes, des jeux et des confidences. Une relation complice, au fil du temps, une relation sur un prétexte. Oui mais une fois que l'objet du voyage est fini est-ce que le dragon reviendra? Est-ce que les rêves se poursuivront? Une petite idée de l'enfance et des aventures qui s'arrêtent aussi, quelquefois, pour grandir.

© Cécile ROUMIGUIERE et Eric GASTE/ Milan Jeunesse

Les illustrations d'Eric GASTE, en clair obscur le plus souvent, nous montrent l'univers de la nuit, des images toutes douces et aussi quelques belles pistes de jeux de garçon.

Le billet de Lily, merci encore.

© Cécile ROUMIGUIERE et Eric GASTE/ Milan Jeunesse

lundi 22 mars 2010

L'enfant silence

« L’enfant silence » de Cécile ROUMIGUIERE et illustré par Benjamin LACOMBE est arrivé vite dans notre bibliothèque. Ce sujet, ce trouble, forme un grand thème dans le choix de mes livres.

©Cécile ROUMIGUIERE et Benjamin LACOMBE/ Seuil jeunesse

Il s’agit de cette enfant que la psychologue aimerait aider. Son comportement laisse envisager que chez elle, les gestes sont maltraitants. Mais que faire face à un enfant silence et que pourrait-elle dévoiler ?
L’histoire ne nous parle que peu des violences : des cris, une ceinture qui fouette. L’histoire met en avant le ressenti de la fillette. Calme, trop calme, silencieuse, isolée dans son monde, dans cette comptine sans fin « A avec l’alouette, B berce le bébé, C comme un cygne… » qui l’aide à trouver des repères affectueux, des gestes tendres, une atmosphère rassurante, berçante.
La maison, son foyer, est alors une prison, pourpre et noire, aux pensées comme des alouettes en cage, aux cygnes/signes parentaux si majestueux qui peuvent aussi devenir des loups. L’autorité parentale, le besoin d’amour, l’envie de bien faire, d’être reconnue, de plaire, apparait entre les lignes.

©Cécile ROUMIGUIERE et Benjamin LACOMBE/ Seuil jeunesse

Mais aussi, et là est toute la subtilité, cette culpabilité de l’enfant et son amour authentique pour ses parents maltraitants. « Lui raconter la tanière qu’elle aime par-dessus tout ? Lui décrire ses loups et leur chaleur poivrée ? » Elle se sent responsable des comportements irrespectueux de ses parents, responsable aussi de la rupture potentielle de la famille, comme si, elle séparée de ses parents, le couple, la maisonnée se déliterait. Bien-sûr qu’elle a tord de prendre tout ce poids sur les épaules, que c’est elle la victime. Le silence de la dame qui sent bon le chocolat est d’autant plus précieux.

©Cécile ROUMIGUIERE et Benjamin LACOMBE/ Seuil jeunesse

Tout apparait à travers les sens : la couleur très bien retranscrite par Benjamin LACOMBE, l’odeur, le toucher et la chaleur humaine, pourquoi pas suivie de la glace et de l’éclair… La maison n’est pas rassurante mais c’est chez elle et les jours bleus succèdent aux jours rouges… Mais la fillette a besoin d’aide.

Les illustrations de Benjamin LACOMBE mettent très bien en relief cette pesanteur, silence lourd de sens mais aussi maisonnée aimée et prison. Les alouettes, les cygnes, les loups ou encore la poupée offrent le panel des émotions de la fillette.
Très beau livre, à conseiller aux petits et aux grands.

Lily m’avait vraiment donné envie là.
9/24