Affichage des articles dont le libellé est CLEMENT Frédéric. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est CLEMENT Frédéric. Afficher tous les articles

mardi 19 février 2013

Bashô, le fou de poésie

Quand un livre, et encore plus un album dit jeunesse, est estampillé du nom de Frédéric CLEMENT, j'ai du mal à résister. Et cet album est venu chez nous d'autant plus vite qu'il parle de la culture japonaise, d'encre, de pinceau et de poésie.

© Françoise KERISEL et Frédéric CLEMENT/ Albin michel

"Bashô, le fou de poésie" de Françoise KERISEL et illustré par Frédéric CLEMENT nous présente la vie de ce japonais. Bashô, qui n'a pas encore ce nom, est un fils de samouraï et il se pose la question de sa vie future. Il deviendra poète comme son ami d'enfance.

© Françoise KERISEL et Frédéric CLEMENT/ Albin michel

A la mort de ce dernier, il quitte sa vie fastueuse et va vivre dans un monastère bouddhiste. Il se veut le messager de cet esprit de bonté, de pauvreté et voyage à travers le pays pour communiquer et partager l'art poétique. Il fonde une école et devient maître Bashô. Il souhaite rendre l'art du haïku populaire. Tous sont les bienvenus, de toutes classes sociales, hommes, femmes et enfants. Ainsi un enfant va devenir familier de l'école, Kikaku. Il deviendra le disciple le plus connu de Bashô.
Des années et des années de formations se succèdent mais un jour un incendie détruit l’école de Bashô. Il décide de partir, de voyager à travers le pays pour partager en nomade les haïkus. Il part seul, sera retrouvé par ses disciples et continuera seul... en rencontrant d'autres personnages de la poésie comme la poétesse au kimono blanc, Sono-Jo.
Dans la lignée, les haïkus deviennent une forme d'éducation du peuple dans la ville d'Edo et dans les campagnes.

© Françoise KERISEL et Frédéric CLEMENT/ Albin michel

Françoise KERISEL offre là une biographie de ce maître du haïku mais plus encore donne à comprendre sa manière d'être. Proche des gens, à la bonté permanente et pourtant exigeant. La méditation en zazen est aussi présentée comme une forme de présence à la nature et aux sentiments.
Le texte devient alors un peu plus complexe qu'une simple histoire mais apporte ainsi une seconde lecture très très intéressante, tournée sur le cycle de la vie, des saisons et de la présence aux autres.
La poésie est aussi très bien amenée au cœur du texte, comme par exemple cette éducation au respect de la nature, même à travers les haïkus.

J'ai été très perturbée par les peintures de Frédéric CLEMENT, illustrant cette biographie /conte. J'imaginais une certaine simplicité derrière l'éventail très chargé de la couverture. Et pas d'huile mais de l'aquarelle, de l'utilisation de l'encre.
Je l'ai donc lu, laissé de côté, longtemps, très longtemps... et repris.
Et puis la poésie des œuvres graphiques de CLEMENT est arrivée. Des peintures à l'huile offrent de multitudes de détails, des différences de textures, des dessins mais aussi des aplats de végétaux, de graines, de feuilles, de petits insectes. La part belle est aussi faite aux saisons.

© Françoise KERISEL et Frédéric CLEMENT/ Albin michel

NB: Matsuo Bashô (né Kinsaku Matsuo et, adulte, devient Munefusa Matsuo) est un personnage important autant que Takarai Kikaku (ou Enomoto Kikaku), son disciple dont on suit ici la progression jusqu’à la mort de son maître. Bashô veut dire bananier, comme celui offert par ses disciples et planté devant son école.

mercredi 8 août 2012

Le livre épuisé

 © Frédéric CLEMENT/ Ipomée - Albin Michel

"Le livre épuisé" de Frédéric CLEMENT est un conte sur le voyage et la fin du voyage.
Un vieux livre vient de tomber dans le désert, un garçon l'ouvre, les pages vont parler pour la dernière fois.
"Je suis un livre vieux, un vieux livres d'images
fatigué, lissé par tant de mains que mes couleurs
s'écaillent et laissent sur le bout de vos doigts
des paillettes d'argent comme les papillons, usé
par tant de visages que les grains de mon papier
s'effritent comme le sable de ton désert."

Les pages dévoilent la ville, son architecture, ses lumières et ses néons, son clair obscur, le fleuve, la lune. Cette impression d'urbanité.
Puis l'eau et la violence des éléments... un orage, une tempête, comme aussi une part du voyage, un élément exotique par rapport à ce désert. La recherche est infinie, celle de la neige mais pas que.

© Frédéric CLEMENT/ Ipomée - Albin Michel

Frédéric CLEMENT offre là encore un livre poétique. Des photographies dans la ville, des flaques, des pigeons, des escaliers, des détails de sculpture apportent le voyage inversé ou l'origine du livre. Les encres marquant le désert offre le présent, le dernier partage, la fin du message et son recommencement dans les yeux et la tête de l'enfant.
© Frédéric CLEMENT/ Ipomée - Albin Michel

Aussi le livre s'ouvre sur ses illustrations, mystérieuses, poétiques et oniriques. La poésie est ainsi dans la forme et le contenu.
© Frédéric CLEMENT/ Ipomée - Albin Michel

J'aime aussi particulièrement cette composition en bas de page, une nature morte du livre et de la vie, décomposition organique et flétrissure. La poésie est bien comme l'ouverture des possibles et de l'imaginaire. Et oui Malice, j'avais été mise en appétit par chez toi, ici donc.

jeudi 31 mai 2012

Grains de beautés et autres minuties d'un collectionneur de mouches

"Grains de beautés et autres minuties d'un collectionneur de mouches" de Frédéric CLEMENT est un petit roman de sensualité picturale, sonore, imaginaire et physique.


Mr Zérène du groseillier est demandé auprès de la Marquise Adélaïde des Ailleurs, nouvellement veuve, pour proposer ses talents de portraitiste auprès de la dame et de ses enfants.
"Sur le chemin qui longe la Ciselée, Mademoiselle Louise-Amélie, votre demoiselle, et Charles-Henri, votre petit Monsieur, d'une brindille taquinaient un scarabée, un grand cerf-volant mâle. La scène était jolie, avec les reflets  de la rivière, je n'ai pas pu résister à sortir mes couleurs, et faire cette pochade... à même le dos du cerf-volant... (...)"

De ce pavillon chinois au milieu de la propriété démarre une parenthèse sensitive, enchantée, entre commandes et défi: une mise à l'épreuve du désir.
Piqué au vif et succombant aux charmes de la Marquise pas si farouche, le peintre part en Chine promettant de remplir la petite boite de "grains de beautés" offerte comme contenant des preuves par la désirée.  " De la pointe de son ongle Marquise prend la mouche posée sur sa gorge, à l'orée de la vallée d'Organdi, et glisse la Majestueuse dans la boite bleu, en porte-bonheur, "en talisman de taffetas", chuchote-t-elle. (...)
Votre papillon moucheté s'est recroquevillé en son état de chrysalide. Laide. Feuille sèche. Souche."

Les mouches du désir se succèdent: d'une discrète, encore insoumise, à une effrontée, discrète, voluptueuse, soupirante... Le peintre, au teint vert de gris pendant tout son voyage en bateau, suit un capitaine dans sa tournée. A chaque étape, une contrée exotique et mystérieuse, une île, une crique, à chaque arrêt, un pillage sensuel des pirates. Et pour Zérène, une collection, respectueuse, stupéfaite, succombée, de "grains de beauté" ou mieux encore, de grains de désirs, de pâmoison, de volupté, de jouissance.

La poésie est sur toutes les pages, toutes les lignes. Le texte respire, hume, se moire, transpire, jouit. Les respirations se font langoureuses ou saccadées. Les mots se parent de couleurs, de textures, d'odeurs et même de créativité par les croquis sur le vif d'un peintre épris de sa muse.

Ce conte offre des grains de beauté à foison, en langage d'entomologiste, de botaniste, de peintre... des changements d'états, de textures, de chaleurs, de désirs.
A chaque page, l'abordage des contrées, l'invasion des paysages et la rencontre des créatures fantastiques et merveilleuses ne sont que des explorations de la sensualité humaine, féminine et masculine. Des invasions poétiques du désir charnel et des métaphores impudiques, pourtant tout en pudeur.
Comment ne pas succomber, encore, au talent impressionniste de la volupté et de la jouissance de vie et de mort, de cet amateur de mots. N'hésitez pas à lire le billet de Lily et merci encore à elle pour cette superbe lecture.



mercredi 5 janvier 2011

Le paradisier (roman flottant)

"Le paradisier" de Frédéric CLEMENT est un livre, musée, collection, poème. Nous suivons Raphaël MOINEAU, gardien de musée à la main abimée figée en forme de bec. Au cours d'une visite guidée d'un groupe de touristes italiens, le guide interpelle d'un "Ovo" une jeune femme habillée de jaune, puis une plume sur un tableau, une autre...

"Ovo

Trente-six jours que, du bout de ma langue, je le fais rouler sur mon palais. Le mouille. Que j'en savoure le velouté. Le sèche. Le fait cliqueter sur mes dents de devant. Claquer sur mes molaires. Le coince entre mes canines. Quelquefois. Je serre à l'entendre craquer."

Raphaël découvre l'interstice, celui qui nous laisse observer les anges dans cette autre lumière, cette poussière de chatons, d'aigrettes de pissenlit et particules de roseaux. Il part à la recherche de ce mot, à Naples et son château Dell'ovo, à la recherche de cette faille. Il va rencontrer les Vigilants, les anges de proximité... Ils prendront la parole, se confieront, offriront à connaître certains napolitains, certaines histoires. "Que même les anges ont leurs limites. Que sans doute il avait tout essayé, comme c'est le boulot des anges: La douceur, la violence, les chuchotements, les cris, les coups, peut-être. Mais que les anges craquent. Même les anges renoncent."

Frédéric CLEMENT nous emmène dans le désenchantement, la question de l'enfer et du paradis. Il nous conduit à cette faille des vies, entre accrocs et chocs, entre illumination et altération. Il nous livre un livre de musique, de couleur, de poussière, de plumes et de volatiles... les mots roulent, s'envolent, tourbillonnent, piaillent, sérénadent, prennent couleurs et textures. C'est avec toujours autant de plaisir que nous le suivons dans son univers. Ici très sombre avec quelques éclaircies.
Mais n'espérer pas passez à côté des oiseaux en cage ou des passereaux de nos rues, ni même à côté d'une plume perdue sur nos trottoirs sans repenser à ce livre... des envies de ptérophilie pourraient même vous prendre... et vous condamner pour le meilleur et pour le pire.

*source aquarelle de Sylvie de Flandre

Un autre avis ici et un extrait mis en image, chuchoté et ébruité par l'auteur lui-même.
LE PARADISIER de frédéric Clément (Roman flottant)
envoyé par frederiClement. - Regardez plus de courts métrages.

jeudi 5 novembre 2009

Luminus Tour et son bataclan d'éclats, d'éclairs et d'éclaircies

« Le Luminus Tour et son bataclan d’éclats, d’éclairs et d’éclaircies » est un beau livre, livre pour adulte et livre à raconter à un enfant, pour jouer avec les mots, jouer avec les références de l'imaginaire.


Nous suivons un certain Monsieur Luminus dans sa quête de couleurs et d’éclats de lumières pour confectionner la plus belle des robes pour l’anniversaire de 3 lustres (un lustre=5 ans) de sa fille.
Et nous voici partis dans des souvenirs d’enfance : le magicien d’Oz, Alice au pays des merveilles, Merlin l’enchanteur, Peau d’Ane, Peter Pan entre autre. J’avais au début pensé qu’il manquait des illustrations de ces personnages fabuleux mais j’oubliais l’importance de notre imaginaire.


Par des impressions photographiques, des petits éclats de dessins disséminés deci-delà, un vocabulaire fouillé d’adulte… des nuances dans chaque action, chaque vision, chaque couleur… Frédéric CLEMENT nous ouvre tout droit d’autres portes.
Un conte, une poésie… mais aussi et surtout un réinvestissement de notre imaginaire par des bribes de merveilles. Rencontres réelles dans notre temporalité d’adulte avec l’épouvantail du magicien d’Oz, le Chat de Chester, la gardienne de la forêt de Brocéliande, J.M.BARRIE, la sirène serpentine…. Reprise de l’imaginaire dans l’ethnologie, soupçon de moments de vie poétisés, faune réinvestie dans le fabuleux. Utilisation des objets ou effets imaginaires : la montre du lapin d’Alice au pays des merveilles, une parcelle des escarpins de Doroty du Magicien d’Oz.


Que dire, si ce n’est que ce livre, ce rêve, ce voyage, cette quête, nous ouvre plusieurs lectures… une belle histoire, de la poésie sur des moments fugaces et un retour dans le pays de l’enfance avec le bagage, l’intellect et l’imaginaire d’un adulte sous le bras.

N’hésitez pas à lire l’avis de lectures sentinelles, du Grimoire de Virginie et le superbe billet de Holly golightly qui m'a laissé la primeur et celui de Lily .
Pour vous plonger dans la poésie de Frédéric CLEMENT, je vous conseille son blog où les mots, comme des pétales de fleurs, vous emportent avec eux dans le vent, le temps et l’imaginaire.