"Le printemps disparut en un clin d’œil, et soudain il y eut la pluie tous les jours. Une pluie faible comme le bruit d'ailes d'un insecte, qui trempait la végétation du jardin de l'institut. [...] Depuis le commencement des pluies, toutes sortes de moisissures envahissaient le réfectoire au sous-sol de l'institut. Le petit pain du goûter que quelqu'un avait laissé se retrouva le lendemain parsemé de bleu, tandis que la tarte aux pommes faite par la cuisinière fut couverte de blanc au bout de trois jours. Ces nourritures d'aspect grotesque jetées dans les poubelles en plastique réveillèrent ma tendance à la cruauté. Si j'enfermais Rie dans la poubelle, hurlerait-elle encore de frayeur comme la dernière fois? Allait-elle pleurer et pleurer encore jusqu'à être trempée de larmes, de transpiration et de morve et qu'au bout d'un moment ses cuisses veloutées se couvrent de moisi comme un duvet teint avec une poudre colorée? Chaque fois que j'apercevais la poubelle au sous-sol, j'imaginais des moisissures se développant sur ses cuisses."
(extrait de "La piscine" de Yôko OGAWA)
et à voix haute s'il vous plait ! ... pour adultes, pour enfants... pour réfléchir, pour se divertir, pour s'éveiller, pour les apprentissages de vie...
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dimanche 10 juin 2018
jeudi 5 avril 2018
"[...] on trouve à peu près partout ce qu'on appelle par exemple des rituels d'ensauvagement, autrement dit la possession par l'esprit de l'animal qu'on va chasser." - Selon Vincent
"Deux ans se sont écoulées entre cette ligne et la précédente. Il y a eu du vent, de la pluie, du soleil, des multitude d'oiseaux, quelques baleines, des renards, des conversations muettes, des légumes qui ont poussé, un peu de pêche, un peu de chasse, la tonte des moutons, quelques allers-retours à Rio Verde, le troc, la vente, l'achat de denrées, le vent, la pluie, le soleil et ainsi de suite. Et la belle lenteur des jours, la triste lenteur des jours, des silences qui enserrent les tempes, des silences massifs et lointains qui enveloppent tout, des silences cristallins qui font pleurer la nuit, des fracas de tempêtes comme des combats de géants, la beauté violente du monde, la tristesse infinie du monde, et puis un voyage à Punta Arenas où j'ai acheté quelques cartes topographiques et plusieurs livres, dont un trop encombrant qui m'a lancé un signe datant de plus d'un siècle."
"Rosario [...] pensait à tous les lieux qu'il avait parcourus depuis des années, dans lesquels il ne savait plus s'il avait eu la sensation de se dissoudre, ou de se dilater dans l'espace, de consolider ou d'épuiser ainsi son être et son esprit [...] L'apparition de la complexité avec la première cellule, puis les protozoaires, les organismes pluricellulaires, les plantes, les insectes, les vertébrés, l'homme avec sa conscience de soi, sa capacité à analyser, nommer, complexifier le réel, le réduire, le maîtriser, le démultiplier [...]."
(extraits de "Selon Vincent" de Christian GARCIN, Babel, Actes sud)
samedi 17 mars 2018
La Plaine étincelante
De William MORRIS je connaissais ses dessins floraux sur textiles et un ou deux titres de livres dont "La source au bout du monde", mais commencer par "La Plaine étincelante", première approche de la fantasy, était tentant.
Gîtallègre, de la maison des Corbeaux, est fiancé à Otage, de la maison de la Rose. Mais cette dernière est kidnappée. En digne chevalier, Gitallègre part à sa recherche. Il sera peut-être question de rançon, d'échange, de pourparlers? Non. Il se dirige vers l'île de Rançon, aidé par un brigand, Renard-Chétif, pas si chétif. Obtiendra-t-il une entrevue avec les ravisseurs? Pas vraiment. Mais c'est sûr, ils se jouent du héros.
Nous ne savons pas grand chose d'Otage. De Gîtallègre juste sa persévérance sans même saisir si cette quête est celle de l'amour véritable ou d'une idée du sentiment. Renard-Chétif ou Vieux-Chenu, à qui il ne reste pas longtemps à vivre, eux sont plus marqués, ils ont même une histoire avant et après l'épisode.
Ce court roman est une mise en place, les noms parlent autant que le texte, la répétition apporte un rythme lent, les épithètes épiques ne sont pas loin. C'est comme dérouler une tapisserie, un canevas étant imbriqué dans l'autre tout en restant visible, lui-même imbriqué ailleurs. Gîtallègre est en mouvement, en mer puis dans cette merveilleuse Plaine étincelante dirigée par ce Roi qui ne meurt jamais.
Le décor est une forme là aussi de motifs, végétaux, rocheux, lumineux ou sombres. Le merveilleux est dans le paysage mais aussi dans les us et coutumes rencontrées. Un banquet, des tables, des tapis et des alcôves. Des châteaux, des tentes brodées.
Les thèmes se mettent en place doucement aussi. Un code d'honneur, le bien-être artificiel, la liberté de choisir. Un roi qui ne fait que sourire, ne veut que le bien de ses sujets, mais qui sous cette inflexion des lèvres est inflexible! Mais aussi l'amitié, le charme doux des femmes décoratives, la supercherie et la magie. Et l'amour dans tout cela, oui, un peu, comme une miniature dessinée dans un beau livre.
Ce court roman est un avant goût, je suis sûr, pour entrer dans d'autres propositions médiévales. Allez, je me replongerais bien dans la biographie inventée par Benjamin LACOMBE et illustrée par Agata KAWA, "Le carnet rouge".
Merci à l'opération Masse critique de Babelio et aux éditions Aux forges de Vulcain.
tous les livres sur Babelio.com
mardi 30 janvier 2018
"Les tulipes ont eu leur heure de gloire et se meurent, elles laissent tomber leurs pétales un à un, comme des dents." - La servante écarlate
"Bon. Puis nous avons eu les iris, dressés superbes et dignes sur leurs
hautes tiges, comme du verre soufflé, comme de l'eau pastel
momentanément gelée en éclaboussures de couleur, bleu pâle, mauve pâle,
et les plus sombres, velours et pourpres, oreilles de chats noires au
soleil, ombre indigo, et les cœurs de Jeannette, de forme si féminine
que c'est surprenant qu'on ne les ait pas arrachés depuis longtemps. Il y
a quelque chose de subversif qui se dégage du jardin de Serena,
l'impression que des choses enterrées remontent et éclatent, sans
paroles, à la lumière, comme pour montrer du doigt, et dire: Tout ce qui
est réduit au silence clamera pour être entendu, même en silence. Un jardin à la Tennyson, lourd de senteurs, languide, le retour du mot pâmoison. La lumière du soleil se répand sur lui, certes, mais la chaleur monte aussi des fleurs elles-mêmes, on la sent: c'est comme si l'on tenait la main à deux centimètres au-dessus d'un bras, d'une épaule. Le jardin respire dans la chaleur, hume ses propres effluves. Le traverser, ces jours-ci, à l'époque des pivoines, des mignardises et des œillets, me fait tourner la tête.
Le saule a revêtu son plus beau plumage, et n'aide guère, avec ses murmures insinuants Rendez-vous, dit-il, terrasses; les sifflantes me remontent l'échine comme un frisson de fièvre. La robe d'été bruisse contre la chair de mes cuisses, l'herbe pousse sous mes pieds, aux coins de mes yeux il y a des mouvements dans les branches: plumes, volettements, trilles, arbre devenant oiseau, métamorphose devenue délire. Les déesses peuvent exister et l'air exsude le désir. Même les briques de la maison s'adoucissent, deviennent tactiles. Si je m'appuyais contre elles elles seraient chaudes et élastiques. C'est surprenant, ce que la frustration peut faire."
("La servante écarlate" de Margaret ATWOOD, éditions Robert Laffont; tableau de John William WATERHOUSE)
lundi 15 janvier 2018
Des plumes et des écailles dernièrement (M pour Mabel - Les grandes marées)
... au fil des pages, de la fauconnerie, mais aussi de la biologie marine pour deux très puissants romans dont je parlerais peut-être plus longuement une autre fois.
Un deuil, une passion, s'enfermer pour apprivoiser le sauvage, refaire surface, reprendre une à une les étapes de l'apprentissage mais aussi les réflexions machistes de cette pseudo aristocratie de fauconniers, sauvage, masculin, féminin... et puis du Merlin, de la légende arthurienne, une once, le rapport à l’homosexualité du mentor de papier, Theodore Harold White, beau, beau...
"M pour Mabel" d'Helen MacDONALD, éditions 10/18, et une page de "Reliefs 3, Pôles" et une "Hulotte"
Une avancée dans l'adolescence, les pieds dans l'eau, des apparitions marines incroyables, une renommée, une prédiction... la puissance de l'amitié et de la présence.
"Les grandes marées" de Jim LYNCH, éditions Gallmeister, une page de "Reliefs 1, Abysses"
jeudi 7 décembre 2017
"Son problème, c'était l'excès de pensée" - Lumikko
"Quand il regardait au loin, il voyait que le monde était rempli de gens qui cherchaient à mourir parce qu'ils ne supportaient pas le poids de leurs pensées. Au début, on trouve ça amusant, de penser, on devient facilement accro, d'autant qu'on nous y encourage dans les écoles et dans diverses activités de loisir. Et pourtant, en fin de compte, on n'y gagne que du malheur.
Talvimaa ne connaissait guère d'écrivains allant autrement que mal - et il connaissait beaucoup d'écrivains. La plupart d'entre eux souffraient d'alcoolisme, de problèmes psychiques et d'anxiété. L'excès de pensée les dévorait de l'intérieur. [...]
L'alcool rendait la pensée humaine encore plus profonde et ténébreuse, quoiqu'il procurât également de brefs instants d'apparent soulagement. Le salut se trouvait donc dans la nourriture.
Talvimaa s'était avisé de quelque chose d'important: les gens les plus heureux n'étaient guère plus que des appareils digestifs, vaguement conscients, et qui avaient parfois des orgasmes.
L'intelligence et la pensée n'étaient utiles, à tout prendre, que pour se procurer de la nourriture. Quand l'homme avait la panse pleine et un stock de nourriture à portée de main, la pensée se réduisait à la portion congrue, les soucis et les besoins tombaient peu à peu dans un parfait oubli.
Talvimaa fuyait le monde et l'excès de pensée dans son réfrigérateur, son petit monastère à lui. Pourvu qu'il mangeât avec ardeur, il n'aurait plus à se préoccuper de rien - romans non écrits, chiens, femmes, nature de l'univers, sens de la vie...
Et il savait qu'en fin de compte, il ne pleurerait plus ses doigts boudinés, ni même son pénis, qui était en voie de disparaître de l'autre côté de son bedon."
(extrait de "Lumikko" de Pasi Ilmari JÄÄSKELÄINEN, éditions 10/18; illustration extraite de "Blast" de Manu LARCENET)
- personnage impressionnant la lecture tel un ogre de conte, un assassin cousin de Prétextat Tach de NOTHOMB ou de Polza Mancini de LARCENET -
mardi 14 novembre 2017
La patience, fleur de distraction ou sphère de mousse
"La maman rêvait souvent des fleurs qu'elle planterait au retour du printemps. Elle les dessinait sur le pourtour intérieur de la fenêtre nord. Chaque fois qu'elle s'y asseyait pour regarder la mer, elle traçait une nouvelle fleur, tout en pensant à autre chose. Parfois, elle était surprise elle-même par ses fleurs, comme si elles avaient poussé toutes seules. Et elles devenaient de plus en plus jolies.
[...] elle était assise dans la fenêtre du sud où elle dessinait une tige fleurie. [...] Sa tige devenait chevrefeuille, une belle fleur compliquée.
[...] - J'aurais bine besoin d'un peu de peinture bleue, se dit la maman.
Elle avait laissé son chevrefeuille déborder l'embrasure de la fenêtre et sur le mur blanc s'épanouissait une fleur audacieuse au dessin exquis."
(extrait de "Papa Moumine et la mer" de Tove JANSSON, Nathan)
Passer d'une "fleur de distraction" à un petit noyau de patience incarnée:
"A un moment, mon père s'est retourné vers moi, mi-exaspéré, mi-amusé, pour m'expliquer quelque chose. Il m'a expliquer le mot patience. Il m'a dit que la chose la plus importante dont je devais me souvenir, c'était que, si l'on voulait vraiment voir quelque chose, il fallait parfois rester immobile, sans bouger, au même endroit, et se rappeler à quel point on voulait la voir, cette chose - en un mot, être patient. "[...] Si tu veux voir des faucons, tu dois être patiente, toi aussi." Ce qu'il faisait, c'était de me transmettre une "vérité de grande personne". Moi, je hochais la tête, l'air boudeur, le regard fixé sur mes pieds. J'avais l'impression d'entendre un sermon, pas un conseil, et je n'ai pas compris alors ce qu'il essayait de me dire.
On finit toujours par comprendre. Aujourd'hui, me suis-je dit, n'ayant plus neuf ans, ne m'ennuyant plus, j'ai été patiente et les autours sont venus. Je me suis levée lentement, les jambes un peu engourdies d'être restées si longtemps immobiles, et j'ai découvert que je tenais une touffe de mousse des rennes, une petite sphère de ce lichen arborescent gris-vert pâle, qui peut survivre à tout ce que le monde lui fait subir. Un petit noyau de patience incarnée que l'on peut garder dans l'obscurité, congeler, ou dessécher à l'en rendre cassant, mais qui refuse de mourir. Il entre en dormance en attendant que la situation s'améliore. Impressionnant. J'ai soupesé cette pelote de brindilles qui ne pesait presque rien[...]."
(extrait de "M pour Mabel" d'Helen MacDONALD, 10/18; source illustration Kops Janus, Flora Batava, Amsterdam,1853)
vendredi 20 octobre 2017
Littérature nordique
Au fil des pages ouvertes, des années, des lectures silencieuses ou pour le lutin, les auteurs nordiques viennent pas à pas fournir des éléments à mes rêves et réflexions. J'expliquerais peut-être un jour ce qui m'attire tant. Et je n'ai pas souvent parlé d'eux, peu de critiques, quelques extraits. Pourtant. Ici une liste avec je l'espère des liens qui se multiplieront.
* Carl LARSSON
Encore faut-il se mettre d'accord sur le terme nordique. Ici au sens le plus restreint, les pays de la Scandinave: Suède, Finlande, Islande, Norvège, Danemark. Je noterais les autres plus tard...
Romans/ Nouvelles:
AMBJORNSEN Ingvar, "Elling" avec la découverte d'une causticité intime, une maladroitesse, une simplicité d'esprit ?! Perturbant!
BENGTSSON Jonas T., "A la recherche de la reine blanche": un père et son fils fuit de petits apparts en petits apparts, l'homme fait l'école à la maison à son fils, magnifique texte sur le lien père/ enfant, sur la transmission, l'intensité du moment, la littérature et le dessin. Un extrait de plusieurs pages revient souvent dans mes lectures à voix haute.
BIRGISSON Bergsveinn, "La lettre à Helga" extrait
ERNESTAM Maria, "Le peigne de Cléopâtre", un trio d'amis se regroupe pour créer une entreprise d'aide, toutes sortes d'aide. Entre éthique, ambition de vie, amitié.
ERNESTAM Maria, "Les oreilles de Buster": une lecture forte sur la relation empoisonnée entre une mère et sa fille, très très beau moment d'intensité et qui m'a tellement touché que je n'ai pas pu en parler.
ERNESTAM Maria, "Pattes de velours, œil de lynx", un voisinage et des relations nocives, où le chat est tout un symbole.
ERNESTAM Maria, "Toujours avec toi"
ESPEDAL Tomas, "Contre l'art" Un veuf égraine quelques mois de vie avec sa fille pour reprendre pied
JÄÄSKELÄINEN Pasi Ilmari , "Lumikko"
JANSSON Tove, "L'art de voyager léger et autres nouvelles", extrait, extrait
JANSSON Tove,"L'honnête tricheuse"
JANSSON Tove, "Le livre d'un été", extrait, extrait
LAGERLÖF Selma, "Le livre de Noël" extrait
OLAFSDOTTIR Audur Ava, "Rosa candida"
RIEL Jorn, "Un récit qui donne un beau visage"
SJON, "Le garçon qui n'existait pas"
SJON, "Sur la paupière de mon père"
SJON, "Le moindre des mondes"
STEFANSSON Jon Kalman, "Entre ciel et terre" tome 1
STEFANSSON Jon Kalman, "La tristesse des anges" tome 2, extrait
STEFANSSON Jon Kalman, "Le cœur de l'homme" tome 3 extrait, extrait, extrait
VESAAS Tarjei, "Le vent du nord"
VESAAS Tarjei, "Palais de glace", deux gamines et leur amitié, l'intensité d'une vie et les peurs
VESAAS Tarjei, "Nuit de printemps"
VESAAS Tarjei, "Les oiseaux" et extrait
WASSMO Herbjorg, "Le livre de Dina tome 1, les limons vides"
WASSMO Herbjorg, "Le livre de Dina tome 2, les vivants aussi"
WASSMO Herbjorg, "Le livre de Dina tome 3, mon bien-aimé est à moi"
WASSMO Herbjorg, "Ces instants-là"extrait
*Tove JANSSON
Littérature jeunesse: Albums/ Romans/ Bandes dessinées:
ANDERSEN Hans Christian et illustré par CONCEJO Joanna, "Les cygnes sauvages"
ANDERSEN Hans Christian, "Contes"
HOLE Stian, "L'été de Garmann"
HOLE Stian, "Le secret de Garmann"
HOLE Stian, "La rue de Garmann"
HOLE Stian, "Le ciel d'Anna
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 2, les mémoires de Papa Moumine" extrait ou "Les mémoires de Papa Moomin" dans la nouvelle version
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 1" ou "Moomin, Le chapeau du magicien" dans la nouvelle version extrait
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 3, L'été dramatique de Moumine"
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 4, Un hiver dans la vallée de Moumine" ou nouvelle version: "L'hiver ensorcelé de Moomin"
JANSSON Tove et Lars, "Moomin et la comète" BD
JANSSON Tove et Lars, "Moomin et la mer" BD
JANSSON Tove, "Qui va rassurer le Tibou?"extrait
LAGERLÖF Selma, "Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède"
LIND Asa et illustré par LEROY Violaine, "Le loup des sables" et extrait extrait
LIND Asa et illustré par LEROY Violaine, "Le loup des sables- Encore lui"
LINDGREN Astrid, "Fifi Brindacier"
LINDGREN Astrid, "Fifi princesse" extrait
LINDGREN Astrid, "Fifi à couricoura"
LINDGREN Astrid et illustré par LOBEL Arnold, "Nadège et sa petite soeur adorée"
RIEL Jorn (adapté par Emmanuelle BEULQUE), "Le garçon qui voulait devenir un être humain tome 1, le naufrage"
RIEL Jorn (adapté par Emmanuelle BEULQUE), "Le garçon qui voulait devenir un être humain tome 2, les frères sanguinaires"
RIEL Jorn (adapté par Emmanuelle BEULQUE), "Le garçon qui voulait devenir un être humain tome 3, le voyage"
...
sur un auteur scandinave en Bande dessinée:
"Andersen, les ombres d'un conteur"
* Carl LARSSON
Encore faut-il se mettre d'accord sur le terme nordique. Ici au sens le plus restreint, les pays de la Scandinave: Suède, Finlande, Islande, Norvège, Danemark. Je noterais les autres plus tard...
Romans/ Nouvelles:
AMBJORNSEN Ingvar, "Elling" avec la découverte d'une causticité intime, une maladroitesse, une simplicité d'esprit ?! Perturbant!
BENGTSSON Jonas T., "A la recherche de la reine blanche": un père et son fils fuit de petits apparts en petits apparts, l'homme fait l'école à la maison à son fils, magnifique texte sur le lien père/ enfant, sur la transmission, l'intensité du moment, la littérature et le dessin. Un extrait de plusieurs pages revient souvent dans mes lectures à voix haute.
BIRGISSON Bergsveinn, "La lettre à Helga" extrait
ERNESTAM Maria, "Le peigne de Cléopâtre", un trio d'amis se regroupe pour créer une entreprise d'aide, toutes sortes d'aide. Entre éthique, ambition de vie, amitié.
ERNESTAM Maria, "Les oreilles de Buster": une lecture forte sur la relation empoisonnée entre une mère et sa fille, très très beau moment d'intensité et qui m'a tellement touché que je n'ai pas pu en parler.
ERNESTAM Maria, "Pattes de velours, œil de lynx", un voisinage et des relations nocives, où le chat est tout un symbole.
ERNESTAM Maria, "Toujours avec toi"
ESPEDAL Tomas, "Contre l'art" Un veuf égraine quelques mois de vie avec sa fille pour reprendre pied
JÄÄSKELÄINEN Pasi Ilmari , "Lumikko"
JANSSON Tove, "L'art de voyager léger et autres nouvelles", extrait, extrait
JANSSON Tove,"L'honnête tricheuse"
JANSSON Tove, "Le livre d'un été", extrait, extrait
LAGERLÖF Selma, "Le livre de Noël" extrait
OLAFSDOTTIR Audur Ava, "Rosa candida"
RIEL Jorn, "Un récit qui donne un beau visage"
SJON, "Le garçon qui n'existait pas"
SJON, "Sur la paupière de mon père"
SJON, "Le moindre des mondes"
STEFANSSON Jon Kalman, "Entre ciel et terre" tome 1
STEFANSSON Jon Kalman, "La tristesse des anges" tome 2, extrait
STEFANSSON Jon Kalman, "Le cœur de l'homme" tome 3 extrait, extrait, extrait
VESAAS Tarjei, "Le vent du nord"
VESAAS Tarjei, "Palais de glace", deux gamines et leur amitié, l'intensité d'une vie et les peurs
VESAAS Tarjei, "Nuit de printemps"
VESAAS Tarjei, "Les oiseaux" et extrait
WASSMO Herbjorg, "Le livre de Dina tome 1, les limons vides"
WASSMO Herbjorg, "Le livre de Dina tome 2, les vivants aussi"
WASSMO Herbjorg, "Le livre de Dina tome 3, mon bien-aimé est à moi"
WASSMO Herbjorg, "Ces instants-là"extrait
*Tove JANSSON
Littérature jeunesse: Albums/ Romans/ Bandes dessinées:
ANDERSEN Hans Christian et illustré par CONCEJO Joanna, "Les cygnes sauvages"
ANDERSEN Hans Christian, "Contes"
HOLE Stian, "L'été de Garmann"
HOLE Stian, "Le secret de Garmann"
HOLE Stian, "La rue de Garmann"
HOLE Stian, "Le ciel d'Anna
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 2, les mémoires de Papa Moumine" extrait ou "Les mémoires de Papa Moomin" dans la nouvelle version
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 1" ou "Moomin, Le chapeau du magicien" dans la nouvelle version extrait
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 3, L'été dramatique de Moumine"
JANSSON Tove, "Moumine le troll tome 4, Un hiver dans la vallée de Moumine" ou nouvelle version: "L'hiver ensorcelé de Moomin"
JANSSON Tove et Lars, "Moomin et la comète" BD
JANSSON Tove et Lars, "Moomin et la mer" BD
JANSSON Tove, "Qui va rassurer le Tibou?"extrait
LAGERLÖF Selma, "Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède"
LIND Asa et illustré par LEROY Violaine, "Le loup des sables" et extrait extrait
LIND Asa et illustré par LEROY Violaine, "Le loup des sables- Encore lui"
LINDGREN Astrid, "Fifi Brindacier"
LINDGREN Astrid, "Fifi princesse" extrait
LINDGREN Astrid, "Fifi à couricoura"
LINDGREN Astrid et illustré par LOBEL Arnold, "Nadège et sa petite soeur adorée"
RIEL Jorn (adapté par Emmanuelle BEULQUE), "Le garçon qui voulait devenir un être humain tome 1, le naufrage"
RIEL Jorn (adapté par Emmanuelle BEULQUE), "Le garçon qui voulait devenir un être humain tome 2, les frères sanguinaires"
RIEL Jorn (adapté par Emmanuelle BEULQUE), "Le garçon qui voulait devenir un être humain tome 3, le voyage"
...
sur un auteur scandinave en Bande dessinée:
"Andersen, les ombres d'un conteur"
mardi 17 octobre 2017
"Manon, vingt ans, les cheveux aile de corbeau, préfère la méchante reine à cette cruche de Blanche-Neige" - Les hommes meurent les femmes vieillissent
"Dans mon école d'esthétique, on nous a donné un dépliant avec les dix commandements de la beauté, c'est un peu crétin. Je les ai montrés à Alice et avec un crayon elle a écrit dessus: On dit aux petites filles qu'il faut souffrir pour être belle, on devrait leur apprendre la volupté. Arrêter avec la petite sirène. Il y a d'autres moyens de trouver un prince qu'en y laissant ses écailles."
(extrait de "Les hommes meurent les femmes vieillissent" d'Isabelle DESESQUELLES, éditions Belfond; illustration d'Arthur RACKHAM)
Dans les tiroirs adulte
* David LEVINE
Quelques catégories:
- Un peu d'actualité, les Opérations littéraires dont le Prix Landerneau ou l'opération Masse critique Babelio
- quelques thèmes: Cinquième rayon (sensualité, sexualité, les livres mis sur le rayon le plus reculé) ou à l'opposé Pédagogies ou apprentissages, mis devant pour aider les plus jeunes. Ou Spiritualité
- j'en ai parlé aussi ailleurs quelques autres billets de littérature adulte ou des billets sur les apprentissages et éveils (avec ou sans livre mais toujours avec supports et matériels)
mais aussi:
- Beaux livres
- Biographies
- Challenges blogs
- Essais
- Nouvelles
- Poèmes
- Récits
- Théâtre
Quelques catégories:
- Un peu d'actualité, les Opérations littéraires dont le Prix Landerneau ou l'opération Masse critique Babelio
- quelques thèmes: Cinquième rayon (sensualité, sexualité, les livres mis sur le rayon le plus reculé) ou à l'opposé Pédagogies ou apprentissages, mis devant pour aider les plus jeunes. Ou Spiritualité
- j'en ai parlé aussi ailleurs quelques autres billets de littérature adulte ou des billets sur les apprentissages et éveils (avec ou sans livre mais toujours avec supports et matériels)
mais aussi:
- Beaux livres
- Biographies
- Challenges blogs
- Essais
- Nouvelles
- Poèmes
- Récits
- Théâtre
mercredi 27 septembre 2017
"Alors, les yeux sur la caméra, elle parle" - Mariages de saison
(extrait de "Mariages de saison" de Jean-Philippe BLONDEL; source photo, détail)
dimanche 3 septembre 2017
"Tout ce qu'exige une vie avec des petits enfants est pour nous une contrainte" - La mort d'un père
"Tous les enfants sont naturellement pleins de vie et aspirent à la joie, et pour peu qu'on ait l'énergie de les prendre du bon côté, ils oublient en quelques minutes caprices et colères. Ce qui me mine c'est de savoir qu'il suffirait effectivement de les prendre du bon côté mais d'en être profondément incapable quand la situation l'exige, comme si j'étais embourbé dans un marécage de frustration. Une fois tombé dedans, chaque pas ne fait que m'enfoncer davantage. Et ce qui me mine au moins autant, c'est de savoir que j'ai affaire à des enfants. Que ce sont des enfants qui me coulent. Il y a là quelque chose de profondément indigne. C'est dans ces situations-là que je ressemble le moins à l'être humain que je voudrais être. Je n'avais pas la moindre idée de tout cela avant d'avoir des enfants. Je croyais qu'il suffisait d'être bon avec eux pour que tout aille bien. Et, certes, c'est vrai aussi, mais rien de ce que j'avais vu jusque-là ne m'avait averti de la véritable intrusion que représentent les enfants dans une vie. L'incomparable proximité qu'on a avec eux et l'interaction de nos tempéraments, de nos humeurs font que nos pires défauts, ceux qu'on avait soigneusement gardés pour soi, ressortent et nous reviennent en pleine figure. La même chose vaut évidement pour nos qualités."
(extrait de "Mon combat, livre 1 La mort d'un père" de Karl Ove KNAUSGAARD; source photographie de Linda Mc Cartney où l'on aperçoit Paul Mc Cartney anxieux...)
jeudi 24 août 2017
Littérature estivale
En vacances, encore. Une semaine et hop une bronchite carabinée! Encore heureux que j'avais prévu de lire un peu... entre les quintes de toux et les états d'intense fébrilité,
Metin ARDITI "L'enfant qui mesurait le monde", un architecture s'exile dans une île grecque, celle où sa fille est morte. Il cherche la solitude et pourtant le village l'accueille et un couple mère-fils l'intrigue. Il revient à la vie en découvrant la beauté du paysage, en s'investissant auprès de ce garçon un peu particulier. Les actes des villageois pour cet enfant autiste épris de chiffres et de rituels et les reprises de l'amitié et de l'amour en font un beau roman.
Thomas LAVACHERY " Björn le morphir"*, après avoir lu le premier tome de la version BD dessinée par Thomas GILBERT, revenir à l'original. Une aventure incarnée par un héros qui ne paye pas de mine, Björn, timide, mou, pas très doué pour les armes dans ce monde de vikings courageux. Une "larve" emprisonnée avec les siens, famille, amis et serviteurs, dans la maison familiale. La tempête de neige bat son plein à l'extérieur. Et puis dans les moments les plus délicats, Björn rêve et se découvre un talent de combattant hors paire, c'est un morphir, un viking d'exception venant de nul part. Une belle aventure qui se poursuit dans d'autres tomes où les légendes nordiques se mêlent à une magnifique et fantastique ennemie: la neige, incarnée elle fait vraiment peur.
Jeanne BENAMEUR "Profanes", un médecin de 90 ans choisit de mettre de la distance entre lui et la mort, pas un discours médical, pas un discours sentimental. Seul dans sa grande maison, il s'entoure de quatre personnes qui viendront à son service sans s'effacer mais sans obligation de dialogue. Ce sont les profanes, chacun apportant son malaise à vivre, son appétit pourtant. Chacun en prise avec une langueur et le vieil homme avec ses souvenirs. Il se prépare à mourir et pourtant l'alchimie de ce magnifique quintet lui réapprend la vie.Sublime roman plein de poésie sur l'amour, la culpabilité à être en vie, la pulsion vitale, les souvenirs et le partage.
Malorie BLACKMAN "Entre chiens et loups tome 1"*, les rapports de pouvoir sont inversés, le monde est gouverné par la population noire, les primas, reléguant les blancs, les nihils, aux basses œuvres, aux éducations de mauvaises qualités et aux habitations mal famées. Mais Séphy aime Callum, son ami d'enfance. Elle noire, fille du premier ministre, lui blanc fils de la gouvernante. Et puis année après année la situation se dégrade, le racisme primaire laisse la place à une haine farouche, le fatalisme à du terrorisme. Comment faire quand tout vous sépare? Choisir les seules options convenues, choisir la révolution? Est-ce que l'amour survivra a ses conditions de vie? Une belle proposition pour les adolescents.
Victor DIXEN "Animale tome 1, La Malédiction de Boucle d'or", Blonde vit recluse dans un monastère. Elle est toute chétive, blanche comme transparente, ses lunettes aux carreaux bleus la mettant à l'abri de l'intensité de la lumière. Elle est la sous-fifre des autres pensionnaires qui ne font que passer ici avant d'être destinées à un mari. Blonde restera enfermée toute sa vie et pourtant. Une visite nocturne l'interpelle, des écrits la secouent, des compagnons artisans l'intriguent. Cette adolescente à la chevelure d'or n'est qu'une chrysalide qui s'ouvre sous nos yeux. Victor DIXEN est un talentueux auteur revisitant les contes de fées. Je l'ai suivi avec enthousiasme dans "Le cas Jack Spark", ici c'est la mièvrerie de Boucle d'or et les trois oursons qui vole en éclat. En s'appuyant sur des contes et légendes nordiques, Blonde se révèle femme et animale, puissante et condamnée. Encore une version à dévorer, ce premier tome se suffit à lui-même mais il est suivi d'une version de la reine des neiges.
Christelle DABOS "La Passe Muraille tome 1, Les fiancés de l'hiver"* (* quoiqu'il existe en format adulte avec le texte inchangé). Ophélie est une héroïne toute ordinaire, mal fagotée, très maladroite, pas engageante, avec aucune ambition autre que de rester tranquillement chez elle. Sauf qu'elle est une liseuse, ses mains savent lire l'histoire des objets et une impression du vécu des humains qui les ont utilisés. Par un mystère incroyable elle est choisie pour devenir la princesse d'une autre contrée, elle aussi terre-espace flottant autour du noyau du monde. Chaque parcelle est gouverné par un esprit, elle va devoir suivre son fiancée Thorn le dragon au Pôle.
Ce roman est foisonnant d'inventivité, de fantaisie. Ophélie est prise au piège de mœurs complètement farfelues et d'intrigues où sa vie ne vaut pas grand chose, ou peut-être que si justement. Chaque page vous entraine dans les stratégies perverses de ces êtres pas si humains aux pouvoirs étranges et effroyables. C'est bien mené!
Timothée de FOMBELLE "Tobie Lolness tome 1"*, un adolescent pas plus gros qu'une punaise vit dans un grand chêne avec sa famille. Son père est un scientifique et intellectuel reconnu jusqu'au jour où ses recherches le poussent à plus de vigilance: la vie sur l'arbre serait en danger et une vie existerait en dehors de l’arbre: hérésie. Ils sont exilés et le gouvernement de l'arbre se durcit, une dictature se met en place et le danger est encore plus grand, à long terme pour tous les habitants et à court terme, il faut enfermés les Lolness, découvrir leur dernière invention et les faire taire. Tobie Lolness se sauve et découvre un pan de la vérité. Cela donne vraiment envie du second tome!
Oui beaucoup de mes lectures sont destinées à la jeunesse ou pour les ado mais il n'empêche, ce fut bon! (Je leur ai mis un astérix!)
***
Il manque les bandes dessinées, elles suivront...
Metin ARDITI "L'enfant qui mesurait le monde", un architecture s'exile dans une île grecque, celle où sa fille est morte. Il cherche la solitude et pourtant le village l'accueille et un couple mère-fils l'intrigue. Il revient à la vie en découvrant la beauté du paysage, en s'investissant auprès de ce garçon un peu particulier. Les actes des villageois pour cet enfant autiste épris de chiffres et de rituels et les reprises de l'amitié et de l'amour en font un beau roman.
Thomas LAVACHERY " Björn le morphir"*, après avoir lu le premier tome de la version BD dessinée par Thomas GILBERT, revenir à l'original. Une aventure incarnée par un héros qui ne paye pas de mine, Björn, timide, mou, pas très doué pour les armes dans ce monde de vikings courageux. Une "larve" emprisonnée avec les siens, famille, amis et serviteurs, dans la maison familiale. La tempête de neige bat son plein à l'extérieur. Et puis dans les moments les plus délicats, Björn rêve et se découvre un talent de combattant hors paire, c'est un morphir, un viking d'exception venant de nul part. Une belle aventure qui se poursuit dans d'autres tomes où les légendes nordiques se mêlent à une magnifique et fantastique ennemie: la neige, incarnée elle fait vraiment peur.
Jeanne BENAMEUR "Profanes", un médecin de 90 ans choisit de mettre de la distance entre lui et la mort, pas un discours médical, pas un discours sentimental. Seul dans sa grande maison, il s'entoure de quatre personnes qui viendront à son service sans s'effacer mais sans obligation de dialogue. Ce sont les profanes, chacun apportant son malaise à vivre, son appétit pourtant. Chacun en prise avec une langueur et le vieil homme avec ses souvenirs. Il se prépare à mourir et pourtant l'alchimie de ce magnifique quintet lui réapprend la vie.Sublime roman plein de poésie sur l'amour, la culpabilité à être en vie, la pulsion vitale, les souvenirs et le partage.
Malorie BLACKMAN "Entre chiens et loups tome 1"*, les rapports de pouvoir sont inversés, le monde est gouverné par la population noire, les primas, reléguant les blancs, les nihils, aux basses œuvres, aux éducations de mauvaises qualités et aux habitations mal famées. Mais Séphy aime Callum, son ami d'enfance. Elle noire, fille du premier ministre, lui blanc fils de la gouvernante. Et puis année après année la situation se dégrade, le racisme primaire laisse la place à une haine farouche, le fatalisme à du terrorisme. Comment faire quand tout vous sépare? Choisir les seules options convenues, choisir la révolution? Est-ce que l'amour survivra a ses conditions de vie? Une belle proposition pour les adolescents.
Victor DIXEN "Animale tome 1, La Malédiction de Boucle d'or", Blonde vit recluse dans un monastère. Elle est toute chétive, blanche comme transparente, ses lunettes aux carreaux bleus la mettant à l'abri de l'intensité de la lumière. Elle est la sous-fifre des autres pensionnaires qui ne font que passer ici avant d'être destinées à un mari. Blonde restera enfermée toute sa vie et pourtant. Une visite nocturne l'interpelle, des écrits la secouent, des compagnons artisans l'intriguent. Cette adolescente à la chevelure d'or n'est qu'une chrysalide qui s'ouvre sous nos yeux. Victor DIXEN est un talentueux auteur revisitant les contes de fées. Je l'ai suivi avec enthousiasme dans "Le cas Jack Spark", ici c'est la mièvrerie de Boucle d'or et les trois oursons qui vole en éclat. En s'appuyant sur des contes et légendes nordiques, Blonde se révèle femme et animale, puissante et condamnée. Encore une version à dévorer, ce premier tome se suffit à lui-même mais il est suivi d'une version de la reine des neiges.
Christelle DABOS "La Passe Muraille tome 1, Les fiancés de l'hiver"* (* quoiqu'il existe en format adulte avec le texte inchangé). Ophélie est une héroïne toute ordinaire, mal fagotée, très maladroite, pas engageante, avec aucune ambition autre que de rester tranquillement chez elle. Sauf qu'elle est une liseuse, ses mains savent lire l'histoire des objets et une impression du vécu des humains qui les ont utilisés. Par un mystère incroyable elle est choisie pour devenir la princesse d'une autre contrée, elle aussi terre-espace flottant autour du noyau du monde. Chaque parcelle est gouverné par un esprit, elle va devoir suivre son fiancée Thorn le dragon au Pôle.
Ce roman est foisonnant d'inventivité, de fantaisie. Ophélie est prise au piège de mœurs complètement farfelues et d'intrigues où sa vie ne vaut pas grand chose, ou peut-être que si justement. Chaque page vous entraine dans les stratégies perverses de ces êtres pas si humains aux pouvoirs étranges et effroyables. C'est bien mené!
Timothée de FOMBELLE "Tobie Lolness tome 1"*, un adolescent pas plus gros qu'une punaise vit dans un grand chêne avec sa famille. Son père est un scientifique et intellectuel reconnu jusqu'au jour où ses recherches le poussent à plus de vigilance: la vie sur l'arbre serait en danger et une vie existerait en dehors de l’arbre: hérésie. Ils sont exilés et le gouvernement de l'arbre se durcit, une dictature se met en place et le danger est encore plus grand, à long terme pour tous les habitants et à court terme, il faut enfermés les Lolness, découvrir leur dernière invention et les faire taire. Tobie Lolness se sauve et découvre un pan de la vérité. Cela donne vraiment envie du second tome!
Oui beaucoup de mes lectures sont destinées à la jeunesse ou pour les ado mais il n'empêche, ce fut bon! (Je leur ai mis un astérix!)
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Il manque les bandes dessinées, elles suivront...
lundi 26 juin 2017
Hôtel Receptor
Igor se prépare à retrouver des amis pour le week-end dans leur maison de campagne. Il prend le train et les indications de son hôtesse sont claires: ne pas prendre le premier mais le second train. Sous pression ou lassitude, Igor se trompe et découvre qu'il ne peut pas s'arrêter à son arrêt. Le contrôleur lui indique la marche à suivre: dormir dans un compartiment couchette et repartir avec lui quand ce même train ferait marche arrière. Et puis ne pas s'effrayer de la cohue et de la brutalité des voyageurs qui montent et vont se déverser à l'arrêt de l'Hôtel Receptor.
Mais rien ne marche comme prévu. Le contrôleur n'est plus, le train ne part plus, destination final ce fameux hôtel.
Avec les premières pages, le lecteur comprend que les règles ne sont pas les mêmes, que le héros se retrouve dans un espace régi pour lui seul. L'hôtel est la destination rêvée de nombreuses personnes. Les réservations se font des années auparavant, les clients viennent avec toute leur famille... et ne repartent pas. Aucun transport n'est prévu pour lier ce lieu à la ville la plus proche, si éloignée.
Mais Igor n'est pas attendu, n'est sur aucune liste. Il faut faire quelque chose: l'hôtesse d'accueil le fait passer pour un membre du personnel. Très peu de personne seront au courant, les services travaillent en complète autonomie. Mais Igor lui ne veut qu'un entretien avec le directeur, parti. Pour où, personne ne sait, pour longtemps, personne ne sait non plus.
Alors Igor commence à travailler dans un service, plus l'autre. Mais tout est loufoque. Il faut retrouver les pêcheurs qui n'ont pas ramener la livraison de poissons. Sont-ils morts? Ont-ils rencontrer le monstre? Et cet homme qui l'accompagne aux pouvoirs étranges. Ou vigile au théâtre mais comme un spectateur de choix. Ou accompagnateur de sortie pour enfants. Il faudrait les perdre.
Ce lieu est mystérieux, connu, sujet de reportage mais il est comme un espace de vie à part. Des services exceptionnels, des transports individuels ou en commun internes, des écoles.
Une magie oppressante opère. Le lieu, face client ou pile personnel, est tentateur. Les personnages aussi.
De l'envie, du mécontentement, des vocations latentes, une précipitation des employés et pourtant un temps lent et volontairement assoupi ou mis à profit pour ce qui pourrait compter: l'art, la création en devenir (la Résidence des livres accueillent les livres en cours de création, rendus autonomes ou destinés à être conservés à la postérité. "Ici, les oeuvres prennent forme, se déploient et s'épanouissent, chacune à sa manière, dans des conditions optimales. Elles respirent l'air de Receptor."
Le roman de Raia Del VECCHIO est un peu bancal mais les touches de folie restent en tête, par exemple cette autruche. Le règlement officiel et officieux de l'Hôtel Recpetor me manque pour découvrir encore plus les zones sombres.
Merci à l'opération Masse critique de Babelio et aux éditions Phébus.
mercredi 21 juin 2017
" - Les messagers de Wolf sauront où et comment vous trouver. Ils viendront vers vous. Si vous êtes vigilant, vous ne pourrez pas les rater." - Hôtel Receptor
"Mais lorsque Igor entra dans sa chambre, une grosse tache noire obstruait la fenêtre. [...] à y regarder de plus près, Igor distingua des touffes de plumes écrasées contre la vitre. Lorsqu'il effleura le carreau, la masse noire se mit à remuer et une tête d'autruche apparut, tordant son long cou derrière son dos. L'oiseau essayait de pousser la fenêtre de son front, et comme la vitre lui résistait, l'animal s'irrita et se mit à frapper avec son bec. Igor ouvrit. Il mit du temps à saisir ce que l'oiseau lui voulait: Igor devait monter sur son dos. Déjà l'autruche montrait des signes d'impatience, elle étirait ses longues pattes l'une après l'autre pour montrer à quel point cette position assise lui était inconfortable. Igor revêtit son manteau, grimpa sur le rebord de la fenêtre et s’agrippa à l'oiseau. Sans attendre, l'autruche se dressa sur ses pattes et s'élança du toit. Elle se laissa tomber à pic. Les étages de Receptor défilèrent à toute vitesse. Igor et l'oiseau aux membres mal dégrossis allaient s'écraser sur le tapis en caoutchouc devant l'entrée quand, soudain, à l'approche du cinquième étage, l'autruche se mit à battre des ailes de toutes ses forces. Elle se maintint à une altitude égale. Puis elle se mit à voler à grands battements d'ailes.
[....]
Dans ses efforts, l'autruche soufflait fort. Elle émettait de petits sons, comme un murmure. Depuis le début du voyage, elle semblait répéter une même formule mal articulée, à peine audible. L'oiseau atterrit de l'autre côté du canyon. Emporté par son élan, il courut à toute vitesse sur le sol rocailleux, ralentit, freina, et s'effondra d'un seul coup. Igor se releva. L'autruche ne remuait plus. Il secoua l'oiseau, en vain. C'est alors que sa main rencontra une mince chaîne autour du cou de l'autruche, à laquelle un message était accroché. Igor s'en saisit:
"J'espère que vous avez passé un agréable voyage. Maintenant, à vous de poursuivre la route par vos propres moyens. [....] Ne vous occupez plus de moi, nous autres, autruches, devons récupérer plusieurs jours après un tel effort." "
(extrait de "Hôtel Receptor" de Raia DEL VECCHIO, Phébus; source photo)
samedi 10 juin 2017
"- Ah oui ? C'est quoi la vie? C'est où?" - Kinderzimmer
Je ne fais plus d'avis de lecture. Plus le temps. Non, c'est faux. Le temps je pourrais l'avoir, le prendre d'ailleurs et retrouver le plaisir de parler d'un livre opportun.
Je n'en ai plus le courage, cela reviendra ou pas.
Il y a tout de même des lectures que je ne peux pas taire, de celles qui vous chamboulent, qui seront bien dans une pile de livres à relire. "Kinderzimmer" de Valentine GOBY fait partie de ces livres, un coup de poing dans le plexus.
Une descente aux enfers, les camps de la mort pendant la seconde guerre mondiale, des moments de présent pur où la vie doit prendre le dessus. Une morsure d'un chien de SS évitée, et voilà l'espoir. Il est si ténu. Mila arrive au camp avec sa cousine et enceinte. Elle décrit ses corps décharnés, ce manque d'humanité, ces squelettes ambulants plus proches de la mort, de la pourriture, de la décomposition que d'un semblant de vie. Et il y a ce pincement au corps, ce ventre dur, ce foetus qui sera sa perte ou son bonheur. L'Allemagne ne peut pas perdre dans le camp, mais elle ne peut pas vraiment gagner, un concert d'ongles, des pianos offerts aux vents et à la pluie, des épingles coincées dans l'entre-jambe, des morceaux de savon... Il y a un scintillement d'humanité, là, juste là... dans un brossage de dents.
"- Tu ne brosses plus tes dents. Tu ne peignes plus tes cheveux avec tes doigts. Tu ne laves plus ton visage. Les coutures de ta robe grouillent de poux. Tu t'écorches. Tes vêtements sont tachés. Tu pues.
Assise sur la paillasse, Mila ne répond pas.
- Deux nuits que je dors avec toi. Je t'ai vue au début, quand tu es arrivée. Tes cheveux blonds et lourds et ta peau de lait. Tu avais la nuque droite. Regarde-toi.
Teresa passe la main sur les cheveux de Mila, mèches crépues en boules d'algues mortes [...]
- Tu ne te mouches plus qu'avec les manches de ta veste. Tes ongles sont dégoutants. Moi je suis ici depuis trois ans. Vois mes dents. Mes ongles. Mes cheveux. J'ai fait raser ma tête pour éviter les poux. [...]
Mila essaie de dégager sa tête, de décrocher la main de la Polonaise en soulevant ses doigts un à un mais la fille serre, enfonce les joues de Mila entre les mâchoires comme on force la gueule d'un chien. De la bouche de Mila ne sort plus qu'un borborygme.
- Je ne te lâche que si tu y vas, que si tu te jettes contre les barbelés.
[...]
- Non? Tu n'as pas envie? Je t'ai vue quand ton amie est morte, j'ai vu comme tu te palpais le corps, ça te soulageait que la mort l'ait prise, elle. Je t'ai vue lui enlever son sac et lui arracher ses chaussures, des chaussures meilleures que les tiennes, et tu as tout de suite mangé son pain. Tu voulais vivre. Tu n'iras pas te jeter contre les barbelés. Mourir maintenant ou plus tard ça ne t'est pas égal. Alors debout, va te laver les dents!"
(extrait "Kinderzimmer" de Valentine GOBY, Babel Actes sud; source photographie)
mercredi 10 mai 2017
"Et elle a tendance à être triste et solitaire [...]. Je peux comprendre ça chez un adulte..." - Une vie après l'autre
Il lui offrit du thé qu'il prépara à l'aide d'une chose appelée samovar installée dans un coin de la pièce. [....] Le thé était noir et amer et n'était buvable qu'à l'aide de tonnes de sucre et du contenu de la boîte de biscuits Marie de marque Huntley and Palmer qui se trouvait entre eux sur la petite table.
[....]
"La réincarnation est au cœur de la philosophie bouddhiste", dit le Dr Kellet en tétant sa pipe en écume de mer. Toutes les conversations avec le Dr Kellet étaient ponctuées par cet objet, soit par la gestuelle - il la pointait beaucoup en la tenant soit par l'embout soit par le fourneau sculpté d'une tête de Turc (fascinant à lui seul) - soit par le rituel consistant à la vider, la bourrer, la tasser, l'allumer etc. "As-tu entendu parler du bouddhisme?" Non.
"Quel âge as-tu?
- Dix ans.
- Encore toute jeune. Peut-être que tu te rappelles une vie antérieure. Bien sûr, les disciples de Bouddha ne croient pas qu'on revienne sous les traits de la même personne dans les mêmes circonstances, comme tu en as l'impression. On avance, vers le haut, vers le bas, de biais à l'occasion, je suppose. Le but est d'atteindre le nirvana. Le non-être pour ainsi dire." A dix ans, il semblait à Ursula que le but devrait être l'être. " La plupart des religions anciennes, continua-t-il, adhèrent à l'idée d'une circularité - le serpent qui se mord la queue, etc."
(extrait de "Une vie après l'autre" de Kate ATKINSON, édition Livre de poche; Photo Altinok)
jeudi 4 mai 2017
"L'arbre dansait pour elle" - Une vie après l'autre
"Le premier printemps d'Ursula s'était déployé. Couchée dans son
landau sous le hêtre, elle avait regardé les jeux de lumière dans les
feuilles vert tendre lorsque la brise faisait délicatement osciller les
branches. Les branches étaient des bras et les feuilles comme des mains.
L'arbre dansait pour elle. Fais dodo, mon bébé, tout en haut de
l'arbre, lui fredonnait Sylvie.
J'avais un petit arbre qui ne voulait donner qu'une noix de muscade argent et une poire d'or, chantant Paméla en zézayant.
[...]
Des
branches nues, des bourgeons, des feuilles - le monde tel qu'elle le
connaissait défila sous les yeux d'Ursula. Elle observa les changements
de saison pour la toute première fois. Elle était déjà née avec l'hiver
dans les os, puis vint la promesse vive du printemps, les bourgeons qui
gonflent, la chaleur indolente de l'été, la moisissure et le champignon
de l'automne. Elle vit tout cela du point de vue limité de sa capote de
landau. Sans parler des embellissements quelque peu aléatoires apportées
par les saisons - le soleil, les nuages, les oiseaux, une balle de
cricket égarée dessinant silencieusement une courbe au-dessus de sa
tête, un arc-en-ciel une ou deux fois, la pluie trop souvent à son goût.
(On tardait parfois à la sauver des éléments.)
[...]
Le
landau était dehors par tous les temps car Sylvie avait l'obsession de
l'air frais, héritée de sa propre mère, Lottie, qui avait dans sa
jeunesse séjourné dans un sanatorium suisse, passé ses journées assise
dehors sur une terrasse, emmitouflée dans une couverture, à contempler
passivement les cimes enneigées des Alpes."
(extrait de "Une vie après l'autre" de Kate ATKINSON, édition Livre de poche; peinture d'Akseli Gallen-Kallela)
jeudi 13 avril 2017
"Une bête furtive qui habitait ma maison" - Le soir du chien
En ce moment des lectures comme des portraits. De magnifiques femmes, des tempéraments, des vies hors de ce que nous attendons d'elles.
Ici Marlène, aimée...
"Elle m'a parlé; très vite, elle m'a parlé, dans une langue comme neuve, qu'elle semblait se découvrir. J'écoutais. Elle ne me regardais pas, ne me touchais pas. Elle se laissait regarder; je ne la touchais pas. Je la buvais, sans la désirer comme désirent les hommes, avec le ventre. J'étais pris. Elle racontait, dans la lumière des après-midi, et le bruissement de la plage, troué de cris d'enfants. Elle racontait sa mère, sa grand-mère, ses sœurs, la boulangerie, le salon, et les hommes; le grand-père, Georges, son père. Elle disait avec une confiance assourdissante, donnée, comme pour toujours. Elle avait une voix grave, presque voilée, monocorde et ténue; une voix venue des longues steppes du silence et qui n'était pas de son âge. Chaque après-midi, je revenais. Elle ne semblait pas m'attendre et ne s'étonnait pas de me retrouver sous le parasol rayé de bleu. Nous ne nous baignions pas."
peut-être perdue...
"C'était un coup dans mon ventre, un nœud, un creux. C'était d'abord de la douleur, une question de corps. Il fallait se rassurer, continuer, attendre pour savoir, pour voir. Je ne me suis pas battu. Se battre comment. On n'a droit à rien. Chacun s'appartient, dans la solitude de sa peau. Je n'ai pas pleuré; devant elle. Je ne l'ai pas suppliée."
(extrait de "Le soir du chien" de Marie-Hélène LAFON, points)
jeudi 2 mars 2017
Kinsella - Les trois lumières
"Dès qu’il la prend, je me rends compte que mon père ne m’a jamais tenu
la main, et une partie de moi voudrait que Kinsella me lâche pour que je
n’aie pas à éprouver cette sensation. C’est une sensation pénible mais
progressivement je m’apaise et ne me préoccupe plus de la différence
entre ma vie à la maison et la vie que j’ai ici."
"Tout, ce soir, semble étrange : marcher jusqu'à une mer qui est là
depuis que le monde est monde, la voir et la sentir et la craindre dans
la pénombre, écouter cet homme parler des chevaux en mer, parler de sa
femme qui fait confiance aux autres pour apprendre à qui ne pas faire
confiance, des paroles qui m'échappent en partie, des paroles qui ne me
sont peut-être pas destinées."
(extrait de "Les trois lumières" de Claire KEEGAN, 10/18; source collage Merve OZASLAN)
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