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mercredi 7 novembre 2012

Le Prince des Marées

Ça y est, je l'ai lu. Je l'avais emmené cet été et je m'étais laissée intimidée par le nombre de pages. Et puis j'avais déjà lu mon pavé des vacances. Mais il ne faut pas se fier au volume, le roman séduit, happe, nous laisse captif. Une merveille!


"Le Prince des Marées" de Pat CONROY est une histoire familiale de sudistes américains. En Caroline du Sud, dans les années 40 naissent trois enfants, Luke et, Tom et Savannah, les jumeaux. Tom est maintenant un adulte inscrit dans une petite vie, au chômage, mari d'un médecin et père "au foyer" de trois filles. Mais sa sœur, la poétesse de génie, vient de refaire une tentative de suicide. Il part à New York pour la soutenir et se retrouve confronté à son mutisme, obligé de dévoiler leur enfance au psychiatre de Savannah pour aider cette dernière à refaire surface.
Tom, qui avait choisi d'oublier, reprend les moments clefs de cette enfance, de rêve et de cauchemar. A travers ses mots c'est le cri d'épouvante de sa soeur qu'il explique, elle qui ne voulait pas oublier le pire et pourtant dont la mémoire a laissé des pages blanches et des hallucinations horrifiantes.

Le père est crevettier. Homme de la mer et terrien, il a toujours une idée en tête pour devenir riche, et perdre encore plus. Sa femme est une beauté pure, mère attendrie et ambitieuse. Le père est violent, bat sa femme et ses enfants, sauf en mer, où partit dans des monologues, il réfléchit sur la vie et partage le bonheur avec ses enfants. La mère protège ses enfants et leur fantasme une vie.
La violence est là, à chaque pas, celle physique du père, celle morale de la mère: la loyauté familiale oblige l'oubli. Il ne peut rien arrivé sur l'Ile de Melrose, et bien si, le pire peut se produire. Comment devenir un adulte en l'ayant subie? En étant fort, fier, héroïque voir Don Quichottesque comme Luke, en perdant la raison et offrant son génie dans l'art par des mots comme Savannah ou en restant médiocre comme Tom.

C'est une enfance tragique où les blessures infligées par les parents sont aussi le résultat d'une histoire. L'amour est un sentiment difficile à offrir. Le roman parle de cette parentalité pas si évidente, de la souffrance presque induite.
"Moi, personne ne m'a prévenu de ce genre de truc quand j'étais petit, dis-je sérieusement, mais les parents ont été mis sur terre dans le seul but de rendre leurs enfants malheureux. C'est une des principales lois voulues par Dieu. [....] Parce que Maman et moi on vous bousille. [....] Mais je sais qu'on vous bousille un petit peu chaque jour. Si nous savions comment, nous arrêterions tout de suite. Nous ne recommencerions jamais plus, parce que nous vous adorons. Mais nous, les parents, on ne peut pas s'empêcher. C'est notre rôle de vous détruire. Vous comprenez?"
De l'amour, même si mal formulé, et du pardon familial. Et c'est fou ce qu'ils pardonnent...

C'est aussi un roman magnifique, d'une énorme poésie sur la nature et les espoirs d'enfants. Les trois font preuve d'un certain héroïsme. Leurs aventures sont intenses, dangereuses, utopiques mais réussies. Libérer un marsouin blanc, offrir une vengeance odorante à un dénigrement social. Une liberté, un épanouissement qui rappellent effectivement Huckleberry Finn.
Et puis cette désillusion d'être adulte, de grandir sans utiliser tout son potentiel, de ne pas échapper aux douleurs du passé, le tout avec l'intelligence de la réflexion... et beaucoup d'humour.

Le Sud des États-Unis et New York sont aussi comme des personnages. Symboles d'un rapport à la terre ou de la culture, simplifié comme la médiocrité et le racisme ou comme repère de la misère et de la violence. La géographie concrétise un choix de vie et marque une blessure.

mardi 6 novembre 2012

Ma blessure a nom géographie

"Pour décrire notre enfance dans les basses terres de Caroline du Sud, il me faudrait vous emmener dans les marais, un jour de printemps, arracher le grand héron bleu à ses occupations silencieuses, disperser les poules d'eau en pataugeant dans la boue jusqu'aux genoux, vous ouvrir une huître de mon canif et vous la faire gober directement à la coquille en disant "Tenez. Ce goût-là, c'est toute la saveur de mon enfance." Je dirais: "Inspirez fort", et vous avaleriez cet air dont la saveur serait inscrite dans votre mémoire pour le reste de vos jours, arôme exquis et sensuel, impudent et fécond des marais, parfum de Sud caniculaire, du lait frais, du sperme et du vin répandus, avec, toujours, un relent d'eau de mer. Mon âme se repaît comme l'agneau de la beauté des terres baignées d'eau de mer.
J'ai le patriotisme d'une géographie singulière sur la planète; je parle de mon pays religieusement; je suis fier de ses paysages."

(extrait, "Le prince des Marées" de Pat CONROY dont je parle là)

dimanche 29 juillet 2012

Lectures estivales

... en attendant d'en parler, j'espère...

les lus:des coups de cœur!


- "Loin des bras" de Metin ARDITI où à l'intérieur d'une institution pour jeunes garçons délaissés, des humanités fragiles... troublant!
- "Elling" d'Ingvar AMBJORNSEN avec la découverte d'une causticité intime, une maladroitesse, une simplicité d'esprit ?! Perturbant!
- "Un océan de pavots" d'Amitav GHOSH, premier volet d'une trilogie haute en couleur, aux personnages poignants, incarnés, à l'histoire commune de multiples chemins de vie... Eblouissant!

les "juste après":

- "Le Prince des Marais" de Pat CONROY, parce que Lily m'en a parlé. Lily, s'il te plait, parle nous encore de livres!
- "Teresa l'après-midi" de Juan MARSE, jeu de l'amour espagnol, parce que l'une de mes libraires m'en a parlé
- "American gods" de Neil GAIMAN, fantasy et super-héros, mais de Neil GAIMAN, alors tentant, très!
- "Les oranges ne sont pas les seuls fruits" de Jeanette WINTERSON, autobiographie fictive, parce que la même libraire me parlait aussi de celui-ci en même temps que de l'autre