"[Les papillons de la variété "Rex flammae"] vivent en petits groupes et on pense qu'il existe chez eux une sorte de solidarité qui les pousse à se rassembler lorsque l'un d'entre eux trouve de la nourriture en quantité suffisante. Ils tolèrent alors au sein de leur groupe des lépidoptères d'autres espèces... Dès qu'un prédateur survient, les "rex flammae" semblent se prévenir les uns les autres et se mettent à couvert... Les papillons, qui un instant plus tôt étaient intégrés au groupe, paraissent ne pas avoir l'information... et ce sont eux qui se font manger par l'oiseau. En livrant ainsi une proie au prédateur, ils garantissent leur survie. Lorsque tout va bien pour eux, la présence d'individus étrangers ne les dérange pas... mais dès qu'un danger se présente, qu'il en va de l'intégrité de leur groupe, ils sacrifient ceux qui ne sont pas des leurs."
(extrait du "Rapport de Brodeck" de Manu LARCENET d'après le roman de Philippe CLAUDEL, éditions Dargaud)
et à voix haute s'il vous plait ! ... pour adultes, pour enfants... pour réfléchir, pour se divertir, pour s'éveiller, pour les apprentissages de vie...
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dimanche 12 février 2017
dimanche 31 mai 2015
Souvenirs de L'empire de l'Atome
© Thierry SMOLDEREN et Alexandre CLERISSE/ Dargaud
Je l'avais offert, très enthousiaste par rapport aux images et très intriguée par le titre. "Souvenirs de L'empire de l'Atome" écrit par Thierry SMOLDEREN et illustré par Alexandre CLERISSE est un petit bijou.
Paul est écrivain de science-fiction. Il emmène sa fille en balade (cf extrait) et va lui raconter son enfance, sa vie et une des expériences qui a changé sa vie. Nous apprenons ainsi qu'il est fils d'expatrié en Chine et qu'il entretient une amitié télépathique avec Zarth Arn, héros d'une guerre dans le futur.
Décrit dans un article d'un psychologue peu éthique, Paul est contacté par le Pentagone par Zorglub. Avec d'autres personnes, surtout des scientifiques, il sera victime d'une semaine d'hypnose engageant toute l'humanité.
© Thierry SMOLDEREN et Alexandre CLERISSE/ Dargaud
Le scénario nous entraine ainsi dans différentes périodes, années 20 et 50 ou 121 000. Le héros du futur affronte des conspirations et une guerre entre l'Empire des étoiles et l'Empire de l'atome. Paul se débat avec la culpabilité.
© Thierry SMOLDEREN et Alexandre CLERISSE/ Dargaud
Je ne peux qu'être déçue de ne pas connaître toutes les références que
les auteurs y ont subtilement cachées ou au contraire mises en valeur. Des méchants inspirés par d'autres très connus, des titres de chapitres repris ailleurs, des ambiances etc... Une chose est sûr, le plaisir de lecture est là, par la destruction des ambitions des grands méchants, par l'imagination fertile des années 50, impliquant des ambitions scientifiques, des utopies futuristes reprises aussi par le design, l'architecture et l'électroménager.
Le sujet de la propagande, de la psychologie étudiée à des fins stratégiques et pas toujours avouables, est aussi une magnifique option.
Les illustrations d'Alexandre CLERISSE sont magnifiques. Les couleurs sont chatoyantes, les intérieurs sublime de style et les réflexions, rêves et dessins astrologiquo-scientifiques de Paul superbement mis en valeur. Et j'ai cru voir une inspiration de mythologie grecque, des illustrations du couple PROVENSEN là.
© Thierry SMOLDEREN et Alexandre CLERISSE/ Dargaud
Tiens j'aurais presque envie de me plonger dans la SF des années 50 moi! N'hésitez pas à lire ce billet sur le projet des auteurs ici et pour ma part, je relirais leur proposition, c'est sûr!
lundi 11 mai 2015
Même ces montagnes s'éroderaient. - Souvenirs de L'empire de l'Atome
"Tandis qu'ils gravissaient le sentier, Paul entreprit de faire ressentir à sa fille l'immensité du temps géologique enfoui dans la montagne... L'histoire se chiffrait en dizaines de millions d'années. Anne, comme à son habitude, buvait les paroles de son père... quand Paul prit subitement conscience du parallèle entre les deux phénomènes. Les connaissances qu'il distillait à sa fille se déposaient par strates, elles aussi, pour former le paysage solide dans lequel elle évoluerait toute sa vie.
[...] Il pensait à tous ces petits moments de bonheur qui s'empilaient pour faire une vie humaine... et qui retourneraient à la poussière comme les vêtements qu'ils portaient... comme la peau rose de sa fille."
(extrait de "Souvenirs de L'empire de l'Atome" de Thierry SMOLDEREN et illustré par Alexandre CLERISSE; Dargaud dont je parle là)
jeudi 25 septembre 2014
"C'est la graisse qui vous écoeure? Non? Les défauts de proportions, peut-être?" - Blast 1: grasse carcasse
"La légitimité du dégoût face à la difformité est un principe universel. Quand j'étais enfant, il paraissait acquis que c'était là une loi naturelle à laquelle il était juste de se plier... alors peu à peu, l’anomalie n'est plus une simple fraction d'une personnalité plus complexe, plus riche... l'anomalie est votre identité."
(extrait de "Blast 1, grasse carcasse" de Manue LARCENET, Dargaud)
lundi 8 août 2011
Là où vont nos pères
J'ai enfin pu me délecter de la lecture de "Là où vont nos pères" de Shaun TAN. Florizel m'avait harponnée là.
L'homme se prépare. Il choisit de partir, de laisser pour un temps sa famille et sa maison afin de trouver mieux ailleurs. Ailleurs, l'étrange, le merveilleux de la terre rêvée, un pays aux multiples codes ethniques, un monde protecteur, plus riche en travail et nourricier comme pourraient le symboliser les immenses statues égéries (oiseau conservant son œuf, animal aux provisions ou hommes en pleine fraternité).
Il fuit un pays déserté où les gens se calfeutrent à l'intérieur de chez eux par peur de ce monstre tentaculaire, ombre serpent qui s'insinue partout. Et commence l'exil, le voyage d'un individu pris dans la masse des populations en partance. A l'arrivée, il y a les démarches administratives, les formulaires, l'identification et le nouveau départ. Se refaire une identité, une vie dans un autre pays, avec d'autres codes, un autre langage, d'autres us et coutumes. Et rencontrer d'autres immigrés.
L'homme se prépare. Il choisit de partir, de laisser pour un temps sa famille et sa maison afin de trouver mieux ailleurs. Ailleurs, l'étrange, le merveilleux de la terre rêvée, un pays aux multiples codes ethniques, un monde protecteur, plus riche en travail et nourricier comme pourraient le symboliser les immenses statues égéries (oiseau conservant son œuf, animal aux provisions ou hommes en pleine fraternité).
Il fuit un pays déserté où les gens se calfeutrent à l'intérieur de chez eux par peur de ce monstre tentaculaire, ombre serpent qui s'insinue partout. Et commence l'exil, le voyage d'un individu pris dans la masse des populations en partance. A l'arrivée, il y a les démarches administratives, les formulaires, l'identification et le nouveau départ. Se refaire une identité, une vie dans un autre pays, avec d'autres codes, un autre langage, d'autres us et coutumes. Et rencontrer d'autres immigrés.
Cette bande-dessinée, véritable roman graphique sans parole, est une histoire de l'exil.
Une histoire réglementée par les contrôles de l'immigration: la visite médicale, les nouveaux papiers voire même l'étiquetage des arrivants (qui pourrait rappeler d'autres formes de signes distinctifs moins amicaux). Une histoire de fuite aussi, de tragédies et d'utilisation du malheur des autres avec les passeurs bien cupides.
A travers le héros et ceux qu'ils rencontrent ce sont les destins de ceux qui partent. Ce qu'ils fuient et ce qu'ils recréent ici, sur la terre d'accueil. Tous ces individus sont mêlés à la multitude, juste un élément de cette grande transhumance.
Une histoire réglementée par les contrôles de l'immigration: la visite médicale, les nouveaux papiers voire même l'étiquetage des arrivants (qui pourrait rappeler d'autres formes de signes distinctifs moins amicaux). Une histoire de fuite aussi, de tragédies et d'utilisation du malheur des autres avec les passeurs bien cupides.
A travers le héros et ceux qu'ils rencontrent ce sont les destins de ceux qui partent. Ce qu'ils fuient et ce qu'ils recréent ici, sur la terre d'accueil. Tous ces individus sont mêlés à la multitude, juste un élément de cette grande transhumance.
L'auteur choisit une version, non édulcorée, mais positive: que l'immigration soit organisée, volontaire, collective pour le travail ou que ce soit une immigration individuelle de refuge contre une société inégalitaire, une guerre, les immigrés sont accueillis.
L'exil n'est pas une évidence. La fuite, la valise comme seul monde, seul lien avec la famille. Et cette adaptation à la langue, aux écritures, aux coutumes, aux méthodes, aux machines, aux transports, aux mesures du temps, aux aliments étrangers.
L'apprentissage est aussi difficile pour le premier arrivant que pour les suivants, enfants compris. Et puis l'immersion amène l'intégration, une assimilation respectant les ethnies d'origine.
L'exil n'est pas une évidence. La fuite, la valise comme seul monde, seul lien avec la famille. Et cette adaptation à la langue, aux écritures, aux coutumes, aux méthodes, aux machines, aux transports, aux mesures du temps, aux aliments étrangers.
L'apprentissage est aussi difficile pour le premier arrivant que pour les suivants, enfants compris. Et puis l'immersion amène l'intégration, une assimilation respectant les ethnies d'origine.
Cette terre d'accueil en elle-même est aussi le rêve de l'ailleurs. Un pays moderne, industriel, où les petits métiers sont aussi mis en avant. Les cultures, les ethnies cohabitent.
Le monde inventé par Shaun TAN est immense, vertical, très architecturé. Mais en plus des machines, des cheminées d'usine, il y a aussi toute une infrastructure (des transports en commun, une poste) et une profusion alimentaire.
En plus, l'homme ne semble pas être de trop, les logements sont là, exigus au départ mais offrant aussi des villages. Des statues gigantesques posent leur regard sur les habitants, non sans rappeler les divinités grecques, égyptiennes, cambodgiennes ou des mégapoles inventées pour les super-héros.
Le monde inventé par Shaun TAN est immense, vertical, très architecturé. Mais en plus des machines, des cheminées d'usine, il y a aussi toute une infrastructure (des transports en commun, une poste) et une profusion alimentaire.
En plus, l'homme ne semble pas être de trop, les logements sont là, exigus au départ mais offrant aussi des villages. Des statues gigantesques posent leur regard sur les habitants, non sans rappeler les divinités grecques, égyptiennes, cambodgiennes ou des mégapoles inventées pour les super-héros.
Le monde de l'auteur est aussi très humanisé. La promiscuité humaine ne restreint pas les services rendus. Les ethnies cohabitent et offrent une solidarité et une convivialité apaisante et fondatrice. Chaque habitant semble aussi être accompagné, et non victime d'isolement: un animal fantastique est "offert" et reste en permanence avec les individus.
Cette bande dessinée n'est pas forcément destinée aux enfants, elle faite de subtilité et de références. Les illustrations ont un rendu très peaufiné, elles sont minutieuses et très travaillées. L'usage du temps est là,
© Shaun TAN /Dargaud
Cette bande dessinée n'est pas forcément destinée aux enfants, elle faite de subtilité et de références. Les illustrations ont un rendu très peaufiné, elles sont minutieuses et très travaillées. L'usage du temps est là,
dans cette double page de nuages, de ciels, d'étendue brumeuses comme des pensées mais aussi dans la patine des objets usuels, du quotidien ou le végétal marquant les saisons.
Les illustration oscillent entre des panoramas et des focus comme dans un film et un reportage photographique, où les récits des autres personnages sont présentés comme des photos jaunies. C'est aussi un livre témoignage où de nombreuses situations peuvent être réelles. Quelques images m'ont marquée particulièrement: ces oiseaux rencontrés en mer après un dur voyage comme la marque de la terre enfin proche ou ces origami comme trace éphémère du père, absence de la famille, présence et offrande.
Les illustration oscillent entre des panoramas et des focus comme dans un film et un reportage photographique, où les récits des autres personnages sont présentés comme des photos jaunies. C'est aussi un livre témoignage où de nombreuses situations peuvent être réelles. Quelques images m'ont marquée particulièrement: ces oiseaux rencontrés en mer après un dur voyage comme la marque de la terre enfin proche ou ces origami comme trace éphémère du père, absence de la famille, présence et offrande.
La découpe des "bulles" est aussi très particulière: double page sur les mondes en vue d'ensemble, oppressants ou accueillant, puis sur la temporalité (les nuages, le temps par le passage du temps sur la plante); enfin l'individu fondu dans la multitude.
Vous trouverez là un interview de l'auteur à propos de ce livre et ici un avis argumenté
lundi 24 janvier 2011
Le signe de la lune
"Le signe de la lune" de Enrique BONET et illustré par José Luis MUNUERA est une bande-dessinée très réussie. Ce grand tome d'une centaine de pages présente un conte maléfique, voire macabre, inspiré d'une légende espagnole.
Les illustrations monochromes donnent le ton... Nous allons suivre des enfants la nuit, à travers leurs peurs et les légendes du pays. Artémis, la plus jolie jeune fille du village, emmène son petit frère dans la forêt, il faut absolument aller voir la lune, elle est dans sa période croissante, brillante, et elle l'appelle. Deux jeunes hommes sont amoureux d'elle, Brindille, qui sait parler aux animaux, avec sa sensibilité et sa fragilité, plus à l'aise dans la forêt que parmi les hommes, et Rufo, jeune chef d'une bande de petits chenapans. Une balade en pleine nuit à la lueur de la lune, un jeu d'enfants, entre enjeux enfantins, amour, bravade, envie, rancune, fierté, orgueil et méchanceté d'adulte. Un drame se trame, un drame où les enfants ont leur part mais aussi les adultes.
Le drame est là, l'espoir est peut-être tout de même en l'homme adulte, les enfants deviennent grands.
Cette bande-dessinée suinte de cette noirceur des hommes, petits ou grands, de cette méchanceté du regard par rapport à l'autre, au différent. Ce sont les petites malices, les grands vices, les petites erreurs et les grandes, que nous suivons là.
Mais la couleur est présente, par point, par le rouge de la cape d'Artémis: un espoir! Et oui parce que l'histoire, coupée en deux, amène aussi son lot d'humanité. De celle sortie dont ne sait où comme Merveilles, personnage extraordinaire, sorte d'Arlequin, colporteur de malice, de joie, d'amour, d'immortalité de l'humanité. De celle qui revient, enfermée qu'elle a été par la souffrance. De celle qui aurait pu être là, si tant est que la vie l'avait soutenue.
Mais la couleur est présente, par point, par le rouge de la cape d'Artémis: un espoir! Et oui parce que l'histoire, coupée en deux, amène aussi son lot d'humanité. De celle sortie dont ne sait où comme Merveilles, personnage extraordinaire, sorte d'Arlequin, colporteur de malice, de joie, d'amour, d'immortalité de l'humanité. De celle qui revient, enfermée qu'elle a été par la souffrance. De celle qui aurait pu être là, si tant est que la vie l'avait soutenue.
"Le signe de la lune" est un drame mais aussi un retour vers nos peurs, celles extérieures de la nuit ou de la vie, mais aussi nos propres angoisses intérieures. Cette bande-dessinée est pour adultes ou enfants très avertis... mais d'un autre côté les contes de Grimm ou de Perrault n'ont pas fait plus gentil!
"Quelqu'un a créé la forêt pour que les enfants s'y perdent.
Appelons-le Dieu. Appelons-le Grimm le bicéphale.
Il l'a semée d'arbres noueux, irriguée de rivières dont les eux donnent la vie et la mort, et enveloppe d'un voile de brouillard. Ensuite, il a suspendu au-dessus des arbres la lune et l'étoile Polaire, car il fallait que les enfants se perdent, mais pas complètement.
Puis il a lâché les loups."
Alex ROMERO Sociologue et expert en Culture Populaire
(extrait de la préface du "Signe de la lune")
Appelons-le Dieu. Appelons-le Grimm le bicéphale.
Il l'a semée d'arbres noueux, irriguée de rivières dont les eux donnent la vie et la mort, et enveloppe d'un voile de brouillard. Ensuite, il a suspendu au-dessus des arbres la lune et l'étoile Polaire, car il fallait que les enfants se perdent, mais pas complètement.
Puis il a lâché les loups."
Alex ROMERO Sociologue et expert en Culture Populaire
(extrait de la préface du "Signe de la lune")
Vous trouverez là d'autres avis explicites, rappelant que José Luis MUNUERA est très connu pour les "Spirou et Fantasio" plus ciblés enfant, remercions le duo de nous offrir ici une œuvre plus noire, plus rude et passionnante: ici, là ou là. Et retrouvez l'interview de l'illustrateur ici.
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