Affichage des articles dont le libellé est Littérature jeunesse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature jeunesse. Afficher tous les articles

jeudi 21 juin 2018

"Il lui vint soudain à l'esprit que la cabane de Vola ressemblait à un nid. [...] Oui. Un nid secret, à l'abri, entouré d'arbres. Loin de tout." - Pax et le petit soldat

"La gentillesse inattendue de Vola déstabilisait toujours Peter. Parfois, elle lui ordonnait sèchement d'exécuter une dizaine de tractions, ou mimait une explosion devant son visage pour lui déconseiller de s'approcher. Dans ces sas-là, il se sentait dans son élément, comme chez lui. Mais de temps en temps, elle massait ses épaules endolories avec un onguent, ponçait les échardes de ses béquilles, ou abandonnait ses corvées pour lui préparer une tasse de chocolat chaud; il comprenait alors combien elle faisait d'efforts pour qu'il devienne fort et indépendant, et il se sentait coupable.
Il se sentit coupable tandis qu'il enveloppait les crosses dans le tissu doux; il lui dit donc ce qu'il supposa qu'elle voulait entendre:
- Vos nièces devaient être très contentes d'avoir de si beaux cadeaux.
Mais il en doutait. Ses nièces avaient probablement jeté à la poubelle ces marionnettes aux yeux morts, squelettiques comme des rats, le soir même où elles les avaient reçues. Pas de cauchemars.
Vola haussa les épaules, mais Peter se rendit compte que ses mots lui avaient fait secrètement plaisir, et sa culpabilité se dissipa un peu."
(extrait de "Pax et le petit soldat" de Sara PENNIPACKER, Gallimard Jeunesse; dessin de Jon KLASSEN non extrait de ce livre qu'il illustre pourtant)

mercredi 16 mai 2018

A qui est ce squelette?

© Henri CAP, Raphaël MARTIN et Renaud VIGOURT/ Seuil jeunesse

" A qui est ce squelette?" d'Henri CAP, Raphaël MARTIN et illustré par Renaud VIGOURT est un documentaire parlant de zoologie à partir d'un axe ludique: les os.

© Henri CAP, Raphaël MARTIN et Renaud VIGOURT/ Seuil jeunesse

Oui, ça intrigue, ça fait peur, c'est stylisé! Avec un parti-pris très coloré orange fluo, des contours et un texte bleu foncé, le livre se veut enthousiasmant avec des fenêtres à ouvrir, des textes courts mais exigeants.

© Henri CAP, Raphaël MARTIN et Renaud VIGOURT/ Seuil jeunesse

Les particularités des os sont présentés: solidité, couleur, longévité, poids, rôle, exosquelette ou endo. Il y aura des devinettes, rendre un crâne à son possesseur ou tout son squelette.
Et plus encore, l'os est distingué du cartilage (sans nerfs et vaisseaux sanguins contenu dans les oreilles ou les arêtes), des bois de cervidés, des cornes de bovins (ou girafe) et des dents... mais pas forcément des plumes (de calmar!).

© Henri CAP, Raphaël MARTIN et Renaud VIGOURT/ Seuil jeunesse

A travers les doubles pages thématiques, les premiers vertébrés sur terre apparaissent. Suivent des comparaisons: les articulations comme les pattes, les mains. Une question d'assemblage mais aussi de pousses opposables, de plantigrades ou digigrades, de combat moins déséquilibré qu'il n'y parait entre prédateur et proie.
Le documentaire offre ainsi des focus pour entrevoir l'évolution des êtres vivants vertébrés par l'exemple, la comparaison et les similitudes des os.

mardi 15 mai 2018

Le rire d'Epicure

© Yan MARCHAND et Jérémie FISCHER/ Les petits Platons

"Le rire d’Épicure" de Yan MARCHAND et illustré par Jérémie FISCHER provient de la maison d'édition Les petits Platons. C'est toujours un plaisir de la suivre même si je n'en parle pas assez.
Le parti-pris est toujours le même: proposer une biographie sélective d'un philosophe. Sélective car la collection n'est pas encore complète mais aussi car ce n'est pas forcément toute la vie de l'homme (ou de la femme) qui est présenté. Les dates apparaissent sur les rabats de couverture, le texte, lui, se concentre sur ce qui, dans la vie et les actions de cet homme, va l'amener à réfléchir différemment.
Le lectorat cible est la jeunesse, bien avant leur première approche de la philosophie au lycée. Cependant, toutes les propositions ne sont pas aussi accessibles que celle-ci. Est-ce parce qu'elle mêle la philosophie avec des références de mythologie grecque?  Peut-être.

© Yan MARCHAND et Jérémie FISCHER/ Les petits Platons
Épicure passe son enfance baigné par les superstitions maternelles. Mais curieux, lecteur des œuvres philosophiques de la bibliothèque paternelle, il émet des doutes.

"           ZEUS
Que se passe-t-il, Apollon? Ton visage est bien sévère!

            APOLLON
Je viens d'entendre la voix du destin: l'heure n'est plus aux disputes ni aux plaisanteries, car notre fin est proche.

             HÉRA
Les Titans reviennent?

             APOLLON
Pire, bien pire: dans l'île de Samos, un mortel vient de naître.

Le couple royal se met à rire à l'unisson des autres dieux. Un mortel! Un petit brin de paille qu'un simple coup de vent suffit à coucher!

              ZEUS
Mon pauvre Apollon, tu auras fait un excès de nectar! Comment un mortel pourrait-il nous menacer?

              APOLLON
Il supprimera la crainte des dieux de toute poitrine humaine."
Yan MARCHAND a la bonne idée de mettre en scène les dieux de l'Olympe pour parler de ce jeune homme. Les dieux se liguent pour prouver leur présence et contredire Épicure au fur et à mesure de son influence sur les autres hommes. Zeus, Poséidon, Arès, Hermès, mais aussi Aphrodite, Peithô, déesse de la persuasion ou Éris, déesse de la discorde envoient les obstacles, douleurs, drames.

Épicure est envoyé au service militaire pour contrecarrer ses premières approches philosophiques mais rien n'y fait. Ni la guerre dans sa ville natale, Samos, et la destruction de sa maison. Ni la famine ou les désastres en mer. En écoutant Nausiphane, philosophe, il s'assume critique et croit que les phénomènes naturels sont des conséquences physiques et non divines. Le principal est la matière, les grains de poussières, les atomes.
Et puis même le trop, le luxe ou les actes ou sentiments de ses proches ne peuvent l'atteindre. Épicure prône le plaisir mais aussi le principe de se satisfaire de ce que nous avons, vivre dans la mesure et ne pas croire en l'offense.

La philosophie apparait comme une réflexion critique sur la foi et les superstitions: les dieux ont été créés pour effrayer. Ils sont dits "bienheureux", si tel est le cas, ils ne connaissent aucun souci donc ne sont pas à même d'arbitrer la vie humaine ou sinon ne sont pas des dieux. Même les aptitudes d’Épicure sont voulues par eux, alors il est libre de penser, ainsi n'a-t-il pas besoin d'eux pour dicter ses actes.

© Yan MARCHAND et Jérémie FISCHER/ Les petits Platons

Le choix iconographique de cette collection est toujours d'offrir des illustrations réalistes au récit mais avec une fantaisie dans la représentations, un début d'abstraction. Jérémie FISCHER joue beaucoup avec la démesure des dieux. L'architecture et les phénomènes naturels forment un tout. Et les hommes, souvent de profils, se manifestent dans leur interactions: encadrées, détourées, ancrées dans les murs. C'est lisible et intriguant.

Merci aux éditions Les petits Platons et à l'opération Masse critique de Babelio. Et je ne peux que vous encourager à vous offrir les coffrets, regroupant 5 titres (plus accessibles si vous souhaitez acquérir toute la collection).
tous les livres sur Babelio.com

vendredi 4 mai 2018

Le Tunnel du Silence - Voyage à Zorgamazoo


""Tais-toi! dit-elle tout bas. Pas un bruit, pas un son!
Et puis au moindre pas surtout fais attention.
On est presque arrivés, mais le dernier morceau...
Pourrait s'avérer le passage le plus costaud.

La carte signale ici une forêt d'aiguillons,
De cornes et d'épines suspendus au plafond.
(Le plan dit "stalactites"... mais moi je me demande:
S'il n'y aurait pas eu un problème de commande...)
Alors, pour avancer sans se faire scalper,
Il faudra de courage et de cran nous armer!
Ces pointes sont fragiles, c'est précisé ici,
Elles se décrocheront au plus infime bruit!
Entendu, Mortimer? Je te fais confiance!
Nous allons traverser... le Tunnel du Silence."

Dans le fameux passage, il n'y avait pas un son...
Mais un drôle d'effet d'insonorisation:
Pas un bruit ne filtrait dans l'étrange corridor...
Le Tunnel du Silence était calme comme la mort.

Alors, à pas de loup, ils avancèrent tout droit,
Un oeil sur le plafond, source de leur effroi.
Ces effrayants piquants, pointus et menaçants,
Ressemblaient à des doigts dans un terrible gant.

La peu gagnait Morty... Il ne scrutait qu'en l'air,
Oubliant de penser à regarder par terre...
Or jonchant le chemin, juste devant ses pieds,
Plusieurs branches de ronces étaient enchevêtrées.

Le malheureux Morty, quelle ne fut sa surprise,
Quand son pied se coinça, jambe et botte comprises.
Il faut lui reconnaître néanmoins cette prouesse:
Il n'émit pas un son en tombant sur les fesses.
Il tomba, en effet, lourdement en arrière...
Mais la chute produisit comme un bruit de tonnerre."
(extrait de "Voyage à Zorgamazoo" de Robert Paul WESTON)

***

Ce roman pour préadolescents est une petite pépite de bonne humeur et d'intelligence.
Katrina, enfant abandonnée à sa nourrice, se rend compte qu'elle sera la victime d'un docteur lobotomisateur. Elle fuit et rencontre Mortimer, un zorg, bête entre un porc, un ours et un chat, munie de petites cornes et d'une cravate. L'une rêve d'intrigue, d'enquête et d'aventure, l'autre de son logis et de sa quiétude.
Par un concours de circonstance fâcheux, enfin pas tant que cela vu la suite, Mortimer gagne à la loterie le gros lot, un cadeau dont il sera le responsable, la cible, la victime: une grande aventure, des plans, une boussole, pour retrouver les zorgs des campagnes disparus depuis peu.
Tous deux partent et vont (re)découvrir un bestiaire fabuleux, des envies, de l’allégresse, de l'émerveillement mais aussi l'ennui, le désespoir, le gris du monde.

Le tout est poétique, en plus d'être en rimes, et surprend à chaque page, par la police, par le narrateur qui interpelle le lecteur mais aussi par ce déluge de vocabulaire rocambolesque, les fantaisies de l'histoire, les soubressauts.
Le roman peut se lire tel quel mais est aussi bonifié par ses références à toute sorte d'autres contes et légendes. Le monde serait plus beau avec des yeux d'enfant, toujours curieux et émerveillé.


vendredi 13 avril 2018

Petites et grandes histoires des animaux disparus

© Hélène RAJCAK et Damien LAVERDUNT/ Actes sud jeunesse

Toujours un œil tourné vers les documentaires jeunesse, je ne pouvais que fondre pour la proposition "Petites et grandes histoires des animaux disparus" d'Hélène RAJCAK et illustré par Damien LAVERDUNT. Ce duo m'avait enthousiasmée sur la microfaune. Un livre que l'enseignante du lutin au collège voudrait m'emprunter toute une année scolaire.
Mais quoi de nouveau sous le soleil? Surtout sur un sujet que j'aime retrouver, la zoologie et la paléontologie. Il y a un beau lien entre une bébête marante, une anecdote scientifique ou mythologique et une première sensibilisation au danger de l'extinction des espèces.

© Hélène RAJCAK et Damien LAVERDUNT/ Actes sud jeunesse

En suivant une répartition géographique par continents, des portraits d'animaux disparus se présentent avec quelques informations, sa classification, sa taille ramenée à celle de l'homme, son lieu d'habitat et sa date d'extinction, mais aussi quelques éléments morphologiques. La rhytine, le drépanide Mamo aux plumes restant sur les habits d'apparat, le mammouth laineux, le thylacine (hyène, loup, tigre... kangourou?!)...
Mais la page de droite, sous forme de bande dessinée, décrit le rapport à l'homme: le naturaliste qui l'a découvert, l'histoire de sa découverte scientifique et les égarements possibles, les conséquences des besoins humains (nourriture) mais aussi une histoire de l'homme, de ses immigrations ou colonisations.

© Hélène RAJCAK et Damien LAVERDUNT/ Actes sud jeunesse

Il n'y a pas que la réalité, même amoureuse, qui s'inscrit dans ces pages. La mythologie grecque avec le Lion de Némée tué par Hercules ou l’œil du cyclope, les légendes moyen-orientales avec l'oiseau Roc de Sindbad le marin mais aussi d'autres plus locales, celle des Mikmaq réducteurs de castors, celles de Madagascar (un lémurien pinceur de fesses), celle des Maoris grâce à une immense "autruche", chinoise avec une princesse noyée par deux fois (plus humaine, ni même dauphin).

© Hélène RAJCAK et Damien LAVERDUNT/ Actes sud jeunesse

Et puis ce sont des éléments encore plus complexes qu'une extinction parce que cibles de l'homme. Ce sont des relations entre les espèces, le dodo et l'arbre Tambalacoque par exemple, le volatile aidait à la germination des graines en les prédigérant. C'est aussi une idée de responsabilité par les espèces introduites, une question de timing.

© Hélène RAJCAK et Damien LAVERDUNT/ Actes sud jeunesse

Pour finir plus joyeusement, apparemment certains spécimens ne sont pas éteints: Saluons le presque centenaire George, la tortue géante des Galápagos!
J'étais passée à côté pensant avoir affaire à une énième présentation de bestioles sans vraiment de fond, erreur! C'est un documentaire bien construit!


jeudi 5 avril 2018

"Princesse de la rue, soit la bienvenue dans mon coeur blessé* " - Pablo de la Courneuve


"- J'ai besoin de toi, tu vas me laver les cheveux, je n'y arrive pas toute seule...
Pablo respire un grand coup. Il avance, passe la porte, pousse un lambeau de tulle, puis un autre. Ce sont des costumes de danseuse, du temps où la vieille femme était une star et pas la Goule. Punaisés au plafond par leurs bretelles, ils dessinent un labyrinthe de fantômes. La poitrine serrée, Pablo le traverse. Pour se protéger des mauvaises choses, il ne doit pas marcher sur les joints du carrelage. Un pied sur un carreau blanc, un pied sur un carreau noir. Au fond de la pièce, il devine la femme dans son baquet, elle fredonne. Un dernier voile blanc, Pablo baisse les yeux. Elle est là, nue devant lui. Elle frotte ses bras avec une grosse éponge jaune. Sa peau laiteuse absorbe la lumière autour d'elle, comme le halo d'une étoile très loin dans le ciel. Ses seins très blancs, petits et ronds, bougent sur sa poitrine. [...] 
- Ah, tu es gêné, dit la vieille femme en se retournant vers le mur, tu n'as pas l'habitude. Excuse-moi."

J'aurais pu vous décrire ce roman jeunesse, vous parlez de Pablo, colombien venu se réfugier en France avec sa famille, vous mettre sur la voie en parlant d'être transparent, de ne pas faire de vague, de n'être plus là-bas mais pas d'ici, d'être le vaurien d'un autre.
J'aurais pu vous parler des émotions, de l'amitié.
Mais les larmes aux yeux je les ai eu dans cette rencontre, entre cette vieille femme, la Goule, et Pablo. De leurs silences, de leur pudeur, de ce quart de folie, de la bonne humeur, de cette retenue, du moment où ce n'est pas le moment. "Dans son corps de vieille femme, la Goule a plus de vie que bien des gens que Pablo croise dans les rues."
Et puis de marche, encore et encore, plus loin, vers les sommets où l'oxygène se raréfie, où juste plus loin vers le ciel d'où les autres partent. De vélo qui roule aussi, loin, encore, pour laisser ce qui ne peut se comprendre là sur le bas-côté. Du médicament contre la maladie des mots.
Oui, à chaque fois, même dans le plus court texte ou dans un récit de moins de 100 pages comme ici, Cécile ROUMIGUIERE distille des pépites.
(extrait de "Pablo de la Courneuve", Seuil jeunesse; *"La complainte de la Butte", paroles de Jean Renoir)

vendredi 9 mars 2018

Inventaire illustré des dinosaures

Bon, vais-je encore dire tout le bien que je pense des propositions de ce duo, Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL?
Vais-je rappeler mon opinion sur ces inventaires, de quoi mettre de la vie sur une diversité animale ou végétale, de quoi allier images et mots spécifiques, de quoi se familiariser aussi avec une classification du vivant?

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin michel jeunesse

Oui, peut-être encore un peu. "L'inventaire illustré des dinosaures" aurait pu être de trop par chez nous. Un fiston avec une période jurassique, crétacé et trias importante. Des figurines. Quelques bons documentaires sur la question. Et pourtant.
Le parti-pris est toujours de vous présenter un candidat. Il n'est pas tant à échelonner ou à distinguer parmi les autres mais bien, mis en avant pour ce qu'il est. Alors oui, vous trouverez le Tyrannosaure rex (poilu), un diplodocus, un stégosaure, un ankylosaure, un cératops ou un raptor (entre autre vedette), c'est pourtant ailleurs que se situera l'intérêt. Dans la présentation des saurischiens ou ornithischiens, et aussi, au au fur et à mesure des pages, les représentants de très très nombreuses familles (compsognathidés, vulcanodontidés, troodontidés, hadrosauridés, droméosauridés,...). 
Une succession de portraits en pied (43) amène chaque dinosaure à être découvert seul mais classé zoologiquement. Quelques éléments épiques sont accompagnés par des anecdotes sur les découvertes en elles-même (les erreurs des chercheurs, leurs hypothèses).
Un lézard souris mais qui atteindra 3 mètres devenu adulte. Des pieds d'éléphant devant et griffues derrière. Un casque bombé mais trop faible pour les combats, des plumes d'apparat, des cous qui ne peuvent pas se redresser, une distinction de chaine alimentaire sans à priori: ils sont dessinés en mouvement mais pas en situation.

L'introduction est aussi toujours intéressante. Les indications de l'illustratrice, quant au choix artistique. Les couleurs, les plumes ou les poils, seront potentiellement remis en question par les futures découvertes.
Et en plus, l'entretien avec la paléontologiste, Claire Peyre de Fabrègues, apporte des éléments sur le métier (travail de bureau et fouilles), les études pour y arriver ou les autres métiers qui "touchent" aux dinosaures. Des détails pour amener les vocations comme les nouvelles découverte, observation de la matière organique (même les globules rouges), changement d'optique sur les attitudes, les dinosaures ne semblent plus apathiques mais bien très dynamiques, la différenciation mâle et femelle...

Le tout est merveilleux, à lire période par période ou une page au hasard.

© Virginie ALADJIDI et Emmanuelle TCHOUKRIEL/ Albin michel jeunesse

Seul minime bémol: j'aime leur format souple avec stickers (moins cher)... il faudra attendre encore pour certains thèmes. Je les rappelle: fleurs, montagne, oiseaux, insectes, mer, arbres, fruits et légumes, merveilles du monde, animaux (et je dois en oublier). En listant je me rends compte que je ne vous les ai pas tous présentés... erreur! Mais l'intérêt est là quelque soit le sujet que vous choisirez!

mardi 6 mars 2018

Au commencement

Je prends moins le temps de partager avec vous mes découvertes littéraires mais je lis encore de nombreuses propositions enthousiasmantes. Je reviendrais en 2018 avec peut-être plus de fréquence.





© Henri MEUNIER et Vincent BERGIER/ Seuil jeunesse


Ici un documentaire sorti à la rentrée 2017, parfait pour les petits curieux. "Au commencement" d'Henri MEUNIER et illustré par Vincent BERGIER présente la vie.
Le rien, puis la chaleur, l'atmosphère et puis le premier signe de vie. Ce pourrait être un énième documentaire sur la naissance de la vie mais le parti-pris, réussi, est de personnifier chaque élément et de marquer avec humour les jeunes esprits.
Ce n'est pas une profusion d'informations mais quelques éléments, étapes clefs, du passage du bouillon de culture à nous. J'ai un coup de foudre pour les premières pages ne parlant que de l'atmosphère et des premières cellules. Pas encore d'animal, juste des bactéries, puis des eucaryotes si sympathiques, enfin des plantes, des mousses, des champignons et des méduses.
Bien-sûr vous aurez les dinosaures, les insectes géants et un mammifère qui se prend pour un tigre à dents de sabre (quand les poules n'auront plus de dents!).

© Henri MEUNIER et Vincent BERGIER/ Seuil jeunesse

Ce ne sont que des dialogues d'éléments de vie (plus une date en début de chaque double page). Ils se parlent et jouent sur les références. Alors oui le livre est destiné à un jeune public mais une seconde lecture est tout à fait possible et jouissive pour les plus grands, adultes compris. Des références de jeux (lego), cinématographiques mais aussi des idées sur la théorie de l'évolution ou même ce que nous connaissons maintenant d'elle. C'est drôle, simple et pourtant une belle ouverture sur d'autres découvertes.

© Henri MEUNIER et Vincent BERGIER/ Seuil jeunesse

Peu de texte donc et une illustration très claire en font un documentaire à lire et relire, dans l'ordre chronologique (voire même pas).

vendredi 12 janvier 2018

Uppercut


Il est arrivé en fin de courses, dans cet internat des récalcitrants, ces petites frappes du collège, ceux qui se sont fait virer de tous les autres bahuts. Il a le prénom qui ne semble pas aller avec sa tête, Erwan pour un métis, cela le fait peu dans cette campagne où il atterrit.

Nous suivons ses doutes et réflexions. Il sait qu'il faut changer mais fugue tout de même avec un pote de chambrée. De toutes façons que peut-il attendre de mieux. Il ne sait répondre aux invectives que par de beaux petits uppercuts. Rien n'est plus envisagé pour lui.
Dans leur fuite, un passage chez un oncle du copain et là une première bouffée d'air. L'adulte ne les renvoie pas à l'internat. Il parle, prépare un repas pour le soir, leur propose de dormir chez lui, avant de les ramener tranquillement le lendemain au collège.
Ce premier "grand" leur fait confiance, Erwan ne sait pas pourquoi. Encore moins pourquoi même l'entrevue avec la direction du collège se passe bien, plutôt bien. On lui propose de changer d'air, de travailler pour un centre équestre.
Pourquoi pas. La première rencontre est figée, son futur chef est un petit paysan qui n'avait pas prévu de se retrouver avec un noir, métis ou non. Mais il le prend tout de même, un stage.

Erwan découvre le racisme ordinaire. Des aprioris le devanceront, le patron n'est pas avare de mauvaises blagues. Puis les jours passent, le travail est bien effectué. Erwan, si habitué à parler avec ses poings, se retient, est offensé mais garde la tête haute. Le paysan le jauge et le stage continue.

"Uppercut" d'Ahmed KALOUAZ montre le point de bascule d'une dérive adolescente. Un jeune homme pas bête, mal compris sûrement, peut aussi reprendre pieds malgré les difficultés. A travers lui, il s'agit aussi de questionnements sur la négritude, le racisme, l'investissement pour ce que l'on croit, ne serait-ce que la boxe.
Ce petit roman brosse aussi un racisme de méconnaissance, de convention. Une sorte de bougonnerie rurale sans omettre les formes plus dures. Un beau premier abord de ses sujets proposé aux adolescents.

Merci aux éditions Rouergue et à Babélio pour cette Masse critique.
tous les livres sur Babelio.com

vendredi 22 décembre 2017

J'offre des livres jeunesse... pas vous? 4/... choix d'une Marraine

Oui, il ne vous reste plus beaucoup de temps, filez donc chez votre libraire jeunesse de quartier.

Voici quelques livres offerts pour accompagner des soirs de lecture, offerts pour les enfants auditeurs mais aussi pour leurs parents que j'aime tant... 
du partage, de la découverte, des émotions accompagnées et aussi... beaucoup de moi entre les lignes.
Pour une toute petite, une un peu moins petite et assez grande pour être en maternelle et pour un petit grand au début de l'école primaire.


Des liens pour les livres dont j'ai déjà parlé, de petites indications pour les autres:
Un peu de magie sans être tout à fait conventionnel:
des contes de fée:
"A l'intérieur des méchants" de Clotilde PERRIN: un livre bien trop court mais grand format et offrant des rabats amusants et de très très nombreux détails sur une multitude de contes et quelques résumés, un peu d'ogres, de loups et de sorcières... de l'humour, une autre manière de regarder les affreux, un délice!
et maintenant "A l'intérieur des gentils" pour découvrir qu'ils ne le sont peut-être pas tant.

****des histoires racontées autrement,
un "Garmann" de Stian HOLE
"Adieu Chaussette" de Benjamin CHAUD ou pour plus jeune un de ses Pomelo comme "Pomelo grandit" écrit par Ramona BADESCU
"N'y a-t-il personne pour se mettre en colère" de Toon TELLEGEN et illustré par Marc BOUTAVANT

****
pour partager la découverte du monde, même aussi loin de nous, de l'autre côté d'un continent:
"Cartes" d'Alexandra MIZIELINSKA et Daniel MIZIELINSKI
"Sous l'eau, sous la terre" du même duo
"Inventaire illustré de la mer" de Virginie ALADJIDI et illustré par Emmanuelle TCHOUKRIEL
"Comment fabriquer son grand frère, un livre d'anatomie et de bricolage" de Anaïs VAUGELADE, coup de coeur que je n'ai que feuilleté où comment parler de notre corps avec humour. Le fait de fabriquer un robot permet aussi de déplacer le réel biologique tout en donnant les bonnes informations.

jeudi 23 novembre 2017

Kodhja

Il arrive du désert, il a hâte. Le heurtoir choqué, les portes s'ouvrent, le voilà entre les remparts de la cité de Kodhja. Personne, ni pour surveiller les arrivants, ni pour l'accueillir. Il cherche à être reçu par le roi. Mais rien n'est simple. Il lui faudra trouver la salle du trône seul dans ce labyrinthe. Non, pas tout à fait. Un être aux multiples visages vient l'aider ou se jouer de lui.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Avoir une audience avec ce roi si sage, "le seul à pouvoir lui redonner ce qu'il avait étrangement oublié sur ses années de chemin: le goût de son prénom, la place de sa tête sur ses épaules et la bonne direction à prendre pour avancer." Nombreux sont les visiteurs qui veulent la même chose. Il faut oser se perdre dans le labyrinthe de la cité, s'entêter sans faille. La cité elle-même joue des tours.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Avec "Kodhja", Thomas SCOTTO et Régis LEJONC proposent un album géant aux allures de contes pour petits et grands enfants. Accompagné d'un texte clair et sobre, le héros déambule dans un univers onirique, fantasmé et empli de références culturelles. L'impact de la lecture est ainsi prolongé. Lecture offerte par un adulte sans présentations des personnages (peut-être) jusqu'à la lecture après rencontre dans d'autres univers et voilà le lecteur s'ouvrant une boite de souvenirs et d'impressions.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Les illustrations travaillent aussi de ce labyrinthe. Les aplats de couleurs amènent les personnages à être juste un élément des décors. L'impression de murs gigantesques, de brume, une certaine oppression dans les formes et les détours géométriques, chaque page tournée est une étape. Des peurs, des inspirations d'autres univers enfantins, des détours. Chaque case est fermée jusqu'à l'ouverture finale.
Superbe!

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

mardi 21 novembre 2017

J'offre des livres jeunesse... pas vous? 3/... Spécial garçons

Je reprends mes billets idées cadeaux, les fêtes approchent.

Oui encore une différenciation de genre qui n'en est pas une. Parce que souvent nous cherchons par catégorie et que c'est bien pratique. Voici des suggestions que les aventurières en herbe voleront à leur frère ou cousin.

Parce que les garçons peuvent se lover dans un fauteuil et partir découvrir le monde et leur monde intérieur. Ils ont le droit aux aventures, aux monstres qui ne sont pas juste sur les écrans, aux bastons, aux coquards mais aussi à de la sensibilité.

Des liens sur des billets entiers ou une très brève description.

****

Pour les plus jeunes:
- des albums



"Charles à l'école des dragons", "Charles prisonnier du cyclope" et "Charles amoureux d'une princesse" d'Alex COUSSEAU et illustrés par Philippe-Henri TURIN, je parlais du premier ici, du second là
La série des "Émile" de Vincent CUVELLIER et illustrée par Ronan BADEL, j'en parle ici et là... facétieux, inconvenant, tout bonnement à adopter
La série des "Sales histoires de Félicien Moutarde" de Fabrice MELQUIOT et illustré par Ronan BADEL dont je parlais ici
"L'été de Garmann", "La rue de Garmann" et "Le secret de Garmann" de Stian HOLE
"L'ile aux trésors" de Robert Louis STEVENSON, adapté par Stéphane FRATTINI et illustré par Sébastien MOURRAIN dont je parlais ici
"Jo singe garçon" de Béatrice ALEMAGNA

- des bandes dessinées


La série des "Billy Brouillard" de Guillaume BIANCO: les aventures (ici la première), les encyclopédies curieuses et bizarres (bestiaire, ici sur les chats), les comptines malfaisantes
"Esteban" de Matthieu BONHOMME, en 5 tomes, où une aventure en mer d'un jeune indien sur un baleinier.
"Le sauvage" de David ALMOND et illustré par Dave McKEAN dont je parle ici
"Ralph Azham" de Lewis TRONDHEIM et ce lapin mis au banc de son village pour sa capacité à découvrir les femmes enceintes (fidèles ou non) et qui deviendra rebelle et sauveur de son peuple.
Tous les Snoopy de Charles Monroe SCHULZ parce que ces enfants, seuls au centre des histoires, sans adulte, parle de l'enfance mais aussi des réflexions de vie.
"Calvin et Hobbes" de Bill WATTERSON: un très jeune garçon et sa peluche tigre qui prend vit quand ils sont seuls. Des aventures, du fantastiques, des réflexions d'un petit cancre rêveur.
"Kitaro le repoussant" de Shigeru MIZUKI pour entrer dans l'univers des monstres et des fantômes japonais avec un humour un peu pipi caca (exemple le vainqueur du concours de natation est un kappa péteur)


****

Pour les pré-adolescents


"Moby Dick" adapté d'Herman MELVILLE et illustré par James PRUNIER (les deux couvertures correspondent au même album) dont je parle ici
"Le garçon qui voulait devenir un être humain" adapté de Jorn RIEL et illustré par Christel ESPIE dont je parlais ici
"Méto" d'Yves GREVET un garçon d'une maison d’éducation comprend qu'il y a plus que cet univers, trois tomes fabuleux!
"Les aventures de Tom Sawyer" de Mark TWAIN dont je vous parlais ici ou "Les aventures de Huckleberry Finn" avec la traduction plus proche de l'original de Bernard HOEPPNER
"La grande épopée des chevaliers de la table ronde" de Sophie LAMOUREUX et illustré par Olivier CHARPENTIER, je parle du tome 1 ici.
"Harold et les dragons" de Cressida COWELL à l'origine du dessin animé "Dragons"
"Jonas le requin mécanique" de Bertrand SANTINI dont je parlais ici
"Hugo de la nuit" de Bertrand SANTINI où il est question de fantômes, de rêves.


****

Pour les adolescents:


"Max et les Maximonstres" de Dave EGGERS dont je parle ici
"Le cas Jack Spark" de Victor DIXEN en 4 tomes, été, automne, hiver et printemps (en attente de réédition): une fabuleuse relecture des contes de fées dans un monde moderne. Les contes ne seraient que des versions enfantine d'une peur réelle. Les ogres, fées et autres deviennent ici des personnages à vous glacer le sang, ici et là des extraits et je vous parle du tome 1 ici . J'attends toujours le tome 4: le printemps!
"Le chaos en marche" de Patrick NESS en 3 tomes, "La voix du couteau", "Le cercle et la flèche" et "La guerre du bruit". Magnifiques romans de science-fiction que vous pourrez trouver aussi dans les rayons adulte.
"Les trois vies d'Antoine Anacharsis" d'Alex COUSSEAU dont je vous parle là

mardi 14 novembre 2017

La patience, fleur de distraction ou sphère de mousse


"La maman rêvait souvent des fleurs qu'elle planterait au retour du printemps. Elle les dessinait sur le pourtour intérieur de la fenêtre nord. Chaque fois qu'elle s'y asseyait pour regarder la mer, elle traçait une nouvelle fleur, tout en pensant à autre chose. Parfois, elle était surprise elle-même par ses fleurs, comme si elles avaient poussé toutes seules. Et elles devenaient de plus en plus jolies.
[...] elle était assise dans la fenêtre du sud où elle dessinait une tige fleurie.  [...] Sa tige devenait chevrefeuille, une belle fleur compliquée.
[...]  - J'aurais bine besoin d'un peu de peinture bleue, se dit la maman.
Elle avait laissé son chevrefeuille déborder l'embrasure de la fenêtre et sur le mur blanc s'épanouissait une fleur audacieuse au dessin exquis."
(extrait de "Papa Moumine et la mer" de Tove JANSSON, Nathan)

Passer d'une "fleur de distraction" à un petit noyau de patience incarnée:


"A un moment, mon père s'est retourné vers moi, mi-exaspéré, mi-amusé, pour m'expliquer quelque chose. Il m'a expliquer le mot patience. Il m'a dit que la chose la plus importante dont je devais me souvenir, c'était que, si l'on voulait vraiment voir quelque chose, il fallait parfois rester immobile, sans bouger, au même endroit, et se rappeler à quel point on voulait la voir, cette chose - en un mot, être patient. "[...] Si tu veux voir des faucons, tu dois être patiente, toi aussi." Ce qu'il faisait, c'était de me transmettre une "vérité de grande personne". Moi, je hochais la tête, l'air boudeur, le regard fixé sur mes pieds. J'avais l'impression d'entendre un sermon, pas un conseil, et je n'ai pas compris alors ce qu'il essayait de me dire.
On finit toujours par comprendre. Aujourd'hui, me suis-je dit, n'ayant plus neuf ans, ne m'ennuyant plus, j'ai été patiente et les autours sont venus. Je me suis levée lentement, les jambes un peu engourdies d'être restées si longtemps immobiles, et j'ai découvert que je tenais une touffe de mousse des rennes, une petite sphère de ce lichen arborescent gris-vert pâle, qui peut survivre à tout ce que le monde lui fait subir. Un petit noyau de patience incarnée que l'on peut garder dans l'obscurité, congeler, ou dessécher à l'en rendre cassant, mais qui refuse de mourir. Il entre en dormance en attendant que la situation s'améliore. Impressionnant. J'ai soupesé cette pelote de brindilles qui ne pesait presque rien[...]."
(extrait de "M pour Mabel" d'Helen MacDONALD, 10/18; source illustration Kops Janus, Flora Batava, Amsterdam,1853)

mardi 31 octobre 2017

Fossiles, géologie, dinosaures... paléontologie pour enfants

En achetant le dernier sorti de la collection "Dame nature", je ne peux que confirmer qu'il correspond en tous points à ce que j'aime dans les documentaires jeunesse, de la précision, de l'humour et de la curiosité aiguisée.
Ce sont toujours les mêmes formats, une double page par élément, avec une classification scientifique et son illustration la plus exacte possible, une anecdote et une accroche humoristique avec des illustrations cette fois-ci plus farfelues. Le tout est présenté par grandes thématiques avec une échelle des temps géologiques et peut se lire dans n'importe quel sens.
Voici une petite sélection paléontologique et géologique, parfaite pour accompagner une grande leçon Montessori. Nous devons le texte de ces trois livres à Martial CAROFF et les illustrations naturalistes à Matthieu ROTTELEUR.


© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Pierre-Yves CEZARD, Benjamin LEFORT / Gulfstream

***

"Dinosaures délirants et fossiles affolants" du duo et illustré aussi par Pierre-Yves CEZARD met en avant la faune très populaire des premières ères de notre terre. Pour ceux qui sont déjà intéressés par le sujet, l'opabinia, le trilobite, le pikaia deviennent encore plus incarnés. La part belle est aussi faite aux grandes terreurs - il faut bien des méchants dans toutes les histoires - le mégalodon, le titanoboa, le dunkleosteus par exemple. Les thématiques sont accrocheuses, les créatures sont abracadabrantes, étonnantes à coquilles, extravagantes articulées, rampants, (dinosaures) à plumes, biscornues.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Pierre-Yves CEZARD / Gulfstream

Et puis les mises en situation sont toujours aussi amusantes, nous aurions pu être les descendants de l'hallucigenia, un robot de cet imposant boa existe, non le déluge n'est pas une donnée scientifique et les trilobites n'ont rien à y voir.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Pierre-Yves CEZARD, Marion MONTAIGNE / Gulfstream

Comme toujours aussi ce sont les doutes, les errements des scientifiques qui apparaissent aussi entre les lignes: ils se trompent, se chamaillent. Les découvertes sont nombreuses et pourquoi pas récentes (avec les nouvelles technologies), ici un serpent à pattes, un coquillage spiralé devient dentition de requin, des pattes redeviennent des épines dorsales, des écailles des plumes, de la peau réapparait, reste le charme des couleurs totalement inventées.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Pierre-Yves CEZARD / Gulfstream

Dans ce dernier livre cependant, le texte est souvent extrait de contes ou légendes et pas forcément de contenus plus aboutis, sûrement dû au fait du manque de matière sur ces spécimens. Vous y aurez même des références à certains jeux vidéos. Mais vous retrouverez le nom des découvreurs, la date donc pas de quoi piaffer tout de même.

***

"Les fossiles ont la vie dure!" du duo et illustré aussi par Benjamin LEFORT nous entraine dans les premières formes de vie sur Terre. Il met l'accent sur la manière dont elles nous sont connues (le processus de fossilisation lui-même) et sur un fond scientifique important.
Les thèmes amusants (les fossiles qui se trouvaient vieux, mous, comptaient sur leurs coquilles, ont fait de vieux os, imprimaient, luttaient), présentent des échantillons caractéristiques de preuves de vie.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Benjamin LEFORT / Gulfstream

En dehors de leurs caractéristiques individuelles, c'est une classification du monde du vivant qui apparait ainsi que son évolution, des premières bactéries que sont les stromatolites jusqu'aux vertébrés.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Benjamin LEFORT / Gulfstream

Ne sont pas seulement présentés les chers dinosaures (sauropodes, théropodes) ou les mammifères marins comme les ichtyosaures mais tout un panel incluant les gastéropodes, les cnidaires, les bivalves, les brachiopodes, les céphalopodes, les insectes par exemple. La faune et l'empreinte d'un moment ne sont pas sous-estimées. Une idée des relations entre les espèces est retranscrite aussi.

A travers les pages, les grands moments de l'évolution de la vie sur terre apparaissent, des moments éphémères (en rapport à l'échelle gigantesque des ères géologiques) comme de grandes périodes: l'explosion cambrien, différentes extinctions de masse etc...
Comme à chaque fois, les scientifiques et le contexte des découvertes peut être mentionnés comme l'intérêt de chaque spécimen par exemple les fossiles stratigraphiques importants pour les repères ou d'autres offrant des énigmes à long terme.

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Benjamin LEFORT / Gulfstream

C'est aussi l'occasion d'anecdote, de références littéraires ou mythologiques, la cnidaire méduse appelée ainsi en rapport avec la gorgone grecque.

***

"Les pierres qui brulent, qui brillent, qui bavardent" du duo et illustré aussi par Marion MONTAIGNE
Cela peut paraitre plus compliqué de parler de pierres, parce qu'ici oui, le vulgaire caillou côtoie la pierre précieuse. Justement, le parti pris est de montrer que les pierres parfois moins extraordinaires offrent des informations sur la vie de la Terre.
Vous trouverez bien-sûr dans les huit chapitres les trois types de pierres, sédimentaires (pierres qui paressent, comme la craie), magmatiques (brulent, comme la pierre ponce) et métamorphiques (se tourmentent, comme le gneiss ayant servi à la statue taille réelle du pharaon Kephren), mais aussi les aspects de la pierre, bulleuse, vitreuse, transparente, friable, géométrique, veiné, amoncellement de coquillages etc...

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Marion MONTAIGNE / Gulfstream

Sont présentés aussi les fossiles (pierres qui photographient), rapidement mais avec l'avantage de mettre au même niveau les fossiles des animaux, des environnements (une pluie, des vagues, des empreintes) et des forêts. Pour plus de simplification, les pierres qui ont de l'énergie rassemblent aussi d'autres éléments que des pierres, les hydrocarbures (pétrole) ou les carbohydrates (charbons). Et puis il y a celles qui brillent, osent ou surprennent: les pierres précieuses ou semi-précieuses, celles aux dimensions impressionnantes, les dangereuses (l'amiante par exemple connue pour sa dangerosité depuis Pline l'ancien).

© Martial CAROFF, Matthieu ROTTELEUR, Marion MONTAIGNE / Gulfstream

Et toujours, vous retrouvez des anecdotes humoristiques, des péridots à la place d'émeraudes, une cathédrale qui se désintègre, un éléphant en craie.
Les informations scientifiques sont présentes dans la description, le lieu de gisement mais aussi dans une approche d'histoire de la géologie (par exemple l'évolution de thèse sur la transformation des pierres: érosion de l'eau, Neptuniens, ou effets volcaniques, Plutoniens).
Et comme à chaque fois, l'anthropomorphisme fonctionne très bien pour rendre ce documentaire alléchant.

dimanche 29 octobre 2017

L'hiver ensorcelé de Moomin

Oserais-je le dire? Oui, j'aime énormément Tove JANSSON, ses nouvelles, son univers et les bandes dessinées préparées avec son frère Lars. Et pourtant je n'ai pas été complètement sous le charme des deux livres jeunesse lus: "Moomin le troll, le chapeau du magicien" et "Les mémoires de Papa Moomin". Les récits étaient décousus, et pourtant, que d'extraits magnifiques.
Mais voilà le tome qu'il me fallait: "L'hiver ensorcelé de Moomin" (ou "Un hiver dans la vallée de Moumine" ancienne version aux éditions Fernand Nathan) est d'une beauté du début à la fin. Plus lisible, toujours aussi poétique mais aussi plus fluide.

© Tove JANSSON/ Le petit lézard

Moomin vit dans la vallée des Moomins avec sa famille, son père, sa mère, Mademoiselle Snorque. Et à chaque automne, ces trolls hippopotamesques ferment la maison, la calfeutrent et hibernent jusqu’au printemps en s'endormant dans leur lit.
Mais cette année Moomin se réveille en plein hiver. C'est une catastrophe, il fait froid, rien ne ressemble à sa vie normale, la vallée est méconnaissable. Il est seul, triste et ne souhaite qu'une chose, réveiller sa mère. Mais rien n'y fait.
Il rencontre Tou-ticki qui a pris ses quartiers dans le cabanon de bain de la famille Moomin. Elle parait sans gène, se servant des affaires des Moomins avec les musaraignes invisibles, ses amies. Et puis il y a cet écureuil un peu étourdi qui réveille la petite Mu, feu follet un peu égoïste. Et les autres qui ne trouvent pas de nourriture et ont appris que dans la vallée des Moomins il y avait une cave pleine de pots de confiture. Oui mais ce sont toutes les réserves de Maman Moomin. Peu à peu la vallée accueille tous les laissez pour compte.
"Que viennent les muets
seuls et timides
sauvages et tranquilles"
Et Moomin est désolé, nostalgique de son été, effrayé par cette population inconnue, respectueuse dans endormis mais pas forcément de leurs affaires. Ils sont nourris de soupes et de confitures. Et ne sont pas forcément aimables. Repartiront-ils au printemps? Et cet émule si peu agréable qui skie toute la journée?
Et que dira Maman Moomin de ces objets utilisés à d'autres fins et abimés, ou disparus, de cette vaisselle non faite, des pots de confiture vides, du banc du jardin parti pour un bucher de joie.

L'histoire nous entraine dans ces journées longues et noires. Très noires car durant quelques temps, des jours, des semaines, le soleil ne se lève pas. Nous découvrons la neige, les aurores boréales, la mer gelée, l'effrayante Dame de glace, la non moins mystérieuse Courabou. Tou-ticki est l'hôtesse de la saison, celle qui appelle les démunis, met en garde des dangers, accompagne Moomin. Son bonnet rouge marque la chaleur dans la saison, elle acclamera le printemps aussi, à sa manière. Avec elle, Moomin prend patience, de ce premier jour où le soleil reviendra, juste un peu. Elle est de celles que personne pense à remercier quand elle réchauffe les héros après leur aventure. Et puis il y a Maman Moumine, elle aussi réconfortante.
L'hiver est magnifié mais n'est pas doux: froid, luminosité, gel, manque de nourriture. L'auteure nous offre des sensations, des images, des bruits, de la festivité et de la musique. Les inconnus sont accueillis même incompris, les ancêtres ont leur place. Pendant un hiver la maison de Moomin a servi de décors à une autre vie qui ne semble pourtant pas parasitaire.

© Tove JANSSON/ Le petit lézard

Voilà la force de Tove JANSSON: laissez à ces lecteurs/héros le temps d'appréhender les choses, seuls tout en étant accompagnés, leur laissez la liberté, celle aussi de se tromper et de voir le beau derrière la gêne. Les bons sentiments sont là mais ils ne sont pas seuls.
Et puis tout est poésie: un cheval de neige, une pêche sur un rocher sous la glace.

© Tove JANSSON/ Le petit lézard

Tou-ticki et Mu, la sérénité et le grain de folie. Quoique: "Elle frottait les carreaux rouges et verts pour que la première mouche de l'été soit contente."