Affichage des articles dont le libellé est L'adolescence. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L'adolescence. Afficher tous les articles

jeudi 23 novembre 2017

Kodhja

Il arrive du désert, il a hâte. Le heurtoir choqué, les portes s'ouvrent, le voilà entre les remparts de la cité de Kodhja. Personne, ni pour surveiller les arrivants, ni pour l'accueillir. Il cherche à être reçu par le roi. Mais rien n'est simple. Il lui faudra trouver la salle du trône seul dans ce labyrinthe. Non, pas tout à fait. Un être aux multiples visages vient l'aider ou se jouer de lui.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Avoir une audience avec ce roi si sage, "le seul à pouvoir lui redonner ce qu'il avait étrangement oublié sur ses années de chemin: le goût de son prénom, la place de sa tête sur ses épaules et la bonne direction à prendre pour avancer." Nombreux sont les visiteurs qui veulent la même chose. Il faut oser se perdre dans le labyrinthe de la cité, s'entêter sans faille. La cité elle-même joue des tours.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Avec "Kodhja", Thomas SCOTTO et Régis LEJONC proposent un album géant aux allures de contes pour petits et grands enfants. Accompagné d'un texte clair et sobre, le héros déambule dans un univers onirique, fantasmé et empli de références culturelles. L'impact de la lecture est ainsi prolongé. Lecture offerte par un adulte sans présentations des personnages (peut-être) jusqu'à la lecture après rencontre dans d'autres univers et voilà le lecteur s'ouvrant une boite de souvenirs et d'impressions.

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

Les illustrations travaillent aussi de ce labyrinthe. Les aplats de couleurs amènent les personnages à être juste un élément des décors. L'impression de murs gigantesques, de brume, une certaine oppression dans les formes et les détours géométriques, chaque page tournée est une étape. Des peurs, des inspirations d'autres univers enfantins, des détours. Chaque case est fermée jusqu'à l'ouverture finale.
Superbe!

© Thomas SCOTTO et Régis LEJONC/ Thierry Magnier

vendredi 9 octobre 2015

Brindille

Il en a fallu du temps pour lire cet album primé. J'ai presque tous les autres de Rémi COURGEON et pourtant j'avais laissé celui-ci de côté. Pas parce qu'il ne me faisait pas de l’œil mais parce que beaucoup en avait parlé... alors j'ai attendu qu'il ne soit plus d'actualité.

© Rémi COURGEON/ Milan Jeunesse

Brindille est la dernière d'une famille de garçons. Elle aime jouer du piano. Son père est chauffeur de taxi, de nuit. "Il avait été mineur, là-bas, en Russie. Ses yeux étaient bordés d'ombre. Il disait que c'était le charbon qui était resté incrusté dans sa peau."
La journée, ses frères la chahutent et les corvées se jouent aux bagarres. Brindille perd tout le temps. Et puis son prénom est bien plus jolie: Pavlina.
Un jour, elle en a assez. Assez d'être secouée, assez d'être sous-estimée par les hommes de la famille, assez d'être Brindille. Elle veut faire de la boxe. Une gauchère ne se refuse pas, la voici entrainée. A la maison aussi, elle fait ses preuves d'agilité et de frappe... moins de tâches ménagères, plus de boxe. Elle est prête pour son premier match.

© Rémi COURGEON/ Milan Jeunesse

Cet album parle des choix à faire pour trouver une place au sein d'une famille un peu perdue. Une place de fille parmi les garçons, peut-être.
Il aborde aussi le thème de la souffrance, du deuil dans l'indifférence mais aussi l'appel de la violence, de la force brute pour se défendre.
C'est beau et, comme toujours avec cet auteur, l'histoire recèle bien des réflexions possibles.

© Rémi COURGEON/ Milan Jeunesse

La patte de Rémi COURGEON est toujours aussi reconnaissable. Des couleurs flashy, des aplats avec une forme étrange... ici une forme blanche en point d'interrogation (la queue du chat) mais aussi cette bandelette, ce biceps. C'est une atmosphère et en même temps assez pêchu!


mercredi 29 juillet 2015

Le serpent d'eau

L'univers de Tony SANDOVAL est bien mystérieux. Je le découvre avec "Le serpent d'eau".

© Tony SANDOVAL/ Paquet

Une jeune fille un peu gauche, Mila, en rencontre une autre, Agnès, lumineuse, souriante. Elles vont devenir amies. L’exubérante entraine sa comparse dans des farces, cachées sous leurs masques de renard et de lapin, puis dans d’autres mystères. Les belles dents d'Agnès auraient une vie propre. Démarre alors une aventure pour qu'un prince des eaux survive et pour que deux adolescentes se retrouvent.
© Tony SANDOVAL/ Paquet

Ce conte onirique nous entraine dans des contrées fantomatiques. Les dents sont de magnifiques jeunes filles et les ennemis de monstrueuses versions canines dégoulinantes. Les deux amies vont se retrouver à descendre dans l'eau, dans les profondeurs. Agnès est-elle présente, vivante, fantôme, réalité ou rêve? Les deux se confrontent aux peurs, aux dégoûts et aux envies. Le récit est à la fois une réalité de jeunes adolescentes, puis une entrée dans un rêve et des combats fantastiques et sanguinolents.
Mila est séduite, la relation est sensuelle. Un baiser pas si chaste mais plus fantastique qu'érotique est là pour nous entrainer dans cette amitié particulière.
Derrière le fantasmagorique se cache une réalité de l'adolescence. Elle y est décrite comme un temps de doute, d'incompréhension avec les parents, de solitude. Le thème de la mort, de la disparition est aussi subtilement abordée.

© Tony SANDOVAL/ Paquet

Le choix des illustrations prises en photo ne reflètent que très peu l'univers de Tony SANDOVAL mais elles marquent bien cet abattement de l'adolescence, avec ce vieillard été que se rabougrit. Le dessin est bien plus sensuel et sauvage. D'une douceur incroyable pour décrire ses adolescentes, il déploie une noirceur dans le combat: des créatures monstrueuses côtoient des femmes gothiques et le sang gicle. Je vous en réserve quelques unes à part.
Cette bande dessinée fantastique offre une belle réflexion sur l'adolescence et l'amitié.


samedi 16 mai 2015

La première fois que je suis née

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

J'en avais entendu du bien et je confirme, ce petit album est incroyable. Et puis maintenant qu'il existe aussi en format souple et peu cher, plus aucune raison de ne pas le regarder de près.

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

"La première fois que je suis née" de Vincent CUVELLIER et illustré par Charles DUTERTRE nous parle de ce bébé, cette petite fille au grain de beauté.
Page après page, elle nous raconte ses premières fois. Celles de la petite enfance: le premier câlin parental, le premier bain, le premier pas. "Papa disait plein de mots, et au milieu de ces mots se cachait mon prénom." Ce sont les étapes de vie qui apparaissent. Nous découvrons Charlotte espiègle, joueuse, princesse, rêveuse. "La première fois que j'ai vu la mer, elle a dit: "Comme elle est grande, comme elle est belle, comme elle a les yeux bleus." 

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

Mais au fil de l'album elle grandit et offre ses premiers pas dans la vie, seule. Ses émois, ses déceptions, ses deuils et son avenir. "La première fois que mon grand-père est mort, maman m'a prise dans ses bras pour me consoler. Mais, en vrai, c'est moi qui la prenais dans mes bras pour la consoler."

© Vincent CUVELLIER et Charles DUTERTRE/ Gallimard jeunesse

Le texte de Vincent CUVELLIER pourrait sembler simple mais il n'en est rien. Pas à pas, il raisonne, joue la poésie. Les impressions sont belles et offrent une atmosphère. Le choix des premières fois décrit l'enfance mais aussi des détails permettant l'identification.
Les illustrations de Charles DUTERTRE sont simples, très claires mais jouent bien sur l'humour.

jeudi 23 avril 2015

Yacouba

Thierry DEDIEU est un auteur illustrateur très prolifique. Je ne parle pas beaucoup de lui car le plus souvent ses albums ont un âge de cible plus jeune que celui de mon lutin. Mais je ne passe pas à côté tout de même. Surtout que ses grands formats ressortent en petit format souple!

 © Thierry DEDIEU/ Seuil jeunesse

Avec "Yacouba", l'auteur entame ces petites morales africaines. La fête se prépare dans ce village africain, bientôt les garçons prêts à être des hommes seront initiés et prendront leur place dans la société. Il leur faut affronter la brousse seul et surtout... le lion.
"Sous un soleil de plomb, marcher, franchir les ravins, contourner les collines, se sentir rocher, forcément, herbe, bien sûr, vent, certainement, eau, très peu."
Yacouba part lui aussi et rencontre ce lion magnifique, puissant. Il tient sa lance et bande des muscles mais le lion semble fatigué.

© Thierry DEDIEU/ Seuil jeunesse

Le courage est une marque des plus sages. Est-il aussi l'attribut de tous les hommes? Est-ce que Yacouba trouvera sa place parmi les hommes.
C'est court mais fort! Et avec Thierry DEDIEU, vous serez toujours surpris et admiratif de ses illustrations. Il se joue des styles: des dessins naturalistes ici, des croquis, des encres là, des aplats de couleurs ou encore ici des traits noirs comme au charbon qui donnent une puissance et une nervosité aux visages, corps et animaux.

© Thierry DEDIEU/ Seuil jeunesse

lundi 1 décembre 2014

Quatre soeurs, Enid, Hortense

Ce gros roman jeunesse (4 tomes) me tentait énormément. Un peu une envie de renouveler un moment de lecture plaisir, comme avec "Miss Charity" de Marie-Aude MURAIL. Et la sortie des bandes-dessinées découlant de l’œuvre me tentaient elles aussi. Alors ni une, ni deux, j'ai savouré les deux premiers tomes des "Quatre soeurs", "Enid" et "Hortense, de Malika FERDJOUKH et illustré par Cati BAUR.


© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

Et le plaisir est immédiat! Elles ne sont pas quatre mais cinq, cinq filles habitant une immense demeure, la Vill'Hervé. Elles y vivent seules depuis la mort de leurs parents. Chaque tome met en avant l'une d'elles plus spécifiquement.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt  (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

Cati BAUR a adapté en bande-dessinée ce roman plein de facétie, d'humour et de tendresse. Cette immersion dans un quotidien féminin ravit les filles mais la liberté donnée à des adolescents parlera surement à tous. C'est intelligent, doux et câlinant!

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt  (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

Enid est la petite dernière, 9 ans, encore une enfant. Elle a besoin d'être chouchoutée par les sœurs mais aussi les parents en fantômes prévenants. Avec elle, nous découvrons une part du quotidien de toute la maisonnée. Les moments de partage, aux repas, à la farniente ou à dans la salle de bain. Chacune des soeurs cherchent sa place, nécessaire à la bonne marche de la famille ou plus diffuse, Charlie chargée du bricolage et de la charge financière, Geneviève aux fourneaux par exemple.
Avec ce premier tome nous découvrons la batisse qui crie aussi comme un personnage, le jardin et son puits, les habitants et les invités occasionnels ou non, choisis (Basile l'amoureux de Charlie, Colombe une amie de la famille) ou subits (tante Lucrèce déchainant une vague de rangement), les animaux, des chats mais aussi un écureuil ou une chauve-souris.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Delcourt (pour le premier tome) ou Rue de Sèvres (tous les tomes)

La part belle est faite aussi à l'automne, le vent et le froid. Cette part d'ombre et de fantastique comme Halloween.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Rue de Sèvres

Hortense est souvent silencieuse. A 11 ans, elle est toujours fourrée avec un livre à la main. Son journal intime se dévoile peu à peu. Les habitants de la Vill'Hervé prennent aussi plus de substance. Hortense se prend d'amitié pour la voisine, malade et affaiblie et découvre son potentiel de comédienne. Bettina continue à nous montrer son caractère fort, extravertie, jalouse et capricieuse.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Rue de Sèvres

La fragilité des sentiments et de l'amour sont à l'honneur dans ce second tome.
Le dessin se fait plus stylisé au second tome. Le contour est plus clair et ce côté moins fouillis permet une lecture plus fluide.

© Malika FERDJOUKH et Cati BAUR/ Rue de Sèvres

Superbe, j’attends avec impatience le 3ième tome et la lecture du roman d'origine!

Voici un autre avis argumenté ici.

vendredi 13 juin 2014

La vie à petits pas

J'aime énormément les vulgarisations scientifiques, historiques... Cela ne veut pas dire que j'aime la simplification mais j'y vois là des portes ouvertes pour plus de curiosité et pour, pourquoi pas, cumuler le nombre d'approches d'un même élément.
 
© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

"La vie à petits pas " de Jean-Benoît DURAND et illustré par Robin GINDRE répond à un des premiers mystères présenté à notre attente: d'où vient le monde, la vie et l'homme?

Ce documentaire délimite en fait de nombreux éléments importants.
D'une part les origines de la vie sur Terre et même les origines de l'Univers, des planètes et de la notre. Un défilé historique présente alors les premières bactéries, les premiers poissons, les premiers vertébrés, les premiers insectes et amène jusqu'aux premiers primates, cousins (comme Lucy célèbre 3 millions d'années plus tard!) et ancêtres de l'homme.
Puis c'est la notion de vie qui est mise en avant: la fécondation, l'alimentation, la croissance, la mort, l'extinction des espèces. L'homme et son rôle, les conséquences sur son environnement, écologique ou extinction des espèces ou encore voies du futur, le dangereux clonage.

© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

En soi le pari est gagné: c'est clair et complet. Il y a aussi quelques petites pointes de bonne conscience un peu facile mais si les enfants ne peuvent avoir de débats ou d'autres supports en complément, ce documentaire est tout de même à choisir!

© Jean-Benoît DURAND et Robin GINDRE/ Actes sud junior

Ce qui fait d'autant plus l'intérêt d'un tel ouvrage est le discours adapté aux enfants par les illustrations de Robin GINDRE, d'une part, qui apportent énormément d'humour; mais aussi par quelques éléments bien appuyés: l'importance de l'eau, d'une enveloppe dure autour de l’œuf ou d'un embryon bien au chaud dans le ventre maternel.

mercredi 7 mai 2014

La colo

Pas moyen de publier ce billet pendant les vacances, bah tant pis! Je profite de ce dernier long week-end de mai! Allez, un petit tour dans les aventures enfantines ou adolescentes s'impose! "La colo" de Rémi COURGEON vous mettra dans l'ambiance.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

"C'est en déménageant que je l'ai trouvé, au fond de la bibliothèque: mon journal de colo.  En l'ouvrant, un parfum d'enfance a envahi la pièce. J'entrais par effraction dans les secrets de ce petit Moi oublié. L'été de mes neuf ans courait sur le papier, s'échappait d'entre les fautes d'orthographe et éclatait dans ma tête en fines bulles de mémoire."

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Page après page, ce sont des anecdotes, des jeux idiots ou dangereux. Le garçon y décrit ses aventures, ses exploits avec effectivement de ses petits secrets à dévoiler à son propre enfant (le risque, le rapport à la vie et la mort) mais aussi les premières sensations émoustillantes.
Les pré-adolescents apparaissent dans leur quintessence avec leur surnom, les rapports de force sans trop en faire et leurs fabulations.

© Rémi COURGEON/ Mango jeunesse

Rémi COURGEON prouve, s'il en avait encore besoin, qu'il maitrise cette évocation des émotions frétillantes de l'enfance. C'est réjouissant, avec un chouïa de frissons à même de finir la lecture et de partir dans le jardin retrouver les copains et les jeux de la vie.
Et puis il y a la pâte colorée de cet illustrateur: des postures vivantes, du comique de situation, des effets de sens. C'est graphique, reconnaissable et toujours très actuel!
De quoi ne pas se priver de cet album disponible en petit format à prix tout doux.

mardi 12 novembre 2013

Zizi, lolos, smack !

Je vous avais présenté une pépite en documentaire jeunesse sur l'éducation sexuelle dans son ensemble (la sensibilité, le contact, les sentiments et bien-sûr les organes génitaux!). Une magnifique proposition pour une réflexion de fond mais la "légèreté taquine" dans tout cela. Oui, oui j'entends d'ici quelques voix reprochant à mon premier choix, presque exclusif (?!), d'être intellectualisant et pas très libérateur de tension pour les petits curieux. Bon allez, de quoi les dérider et leur donner envie de feuilleter encore et encore, tout en pouffant et tout en découvrant.


© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan


"Zizi, lolos, smack!" de Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET est un livre à nombreux rabats. Le texte est clair, très complet en terme d'informations.
 Pour ce qui concerne le plus sérieux: une explication de la puberté, des transformations physiques du corps entier, la voix qui mue, la pilosité qui vient pour les garçons comme pour les filles; un décryptage complet des organes génitaux; une description de la menstruation, de la fécondation (en terme de spermatozoïdes et d'ovules, entendons-nous bien, pas de mécanisme d'encastrement figuré... il vous faudra là vous référerez à une autre ressource, par exemple Titeuf dans le billet concernant une certaine éducation sexuelle); une description de la vie in utero, des mises en garde sur la protection sexuelle et sur l'inceste ou la protection des mineurs.

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Pour le plus jouissif (non, non, sans jeu de mots) des doubles pages plus douces: les à priori sexués (elle est douce, il aime le foot), les animaux les plus bêtes de sexe, des descriptions humoristiques... il faut soulever les rabats pour découvrir le sexe du "David" de MICHEL-ANGE ou du premier couple de CRANACH Le jeune; les seins sont des pommes, des poires, des melons; les érections (nocturnes ou les autres) sont présentées.

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Le vocabulaire sexuel est avancé, dommage toutefois qu'il ne propose pas celui des poètes, lui aussi très imagé mais aussi savoureux, cela permettrait tout de même de soulever le débat au dessus de la ceinture... ou de le redescendre avec plus de grâce!!

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Les illustrations de Stéphane NICOLET apportent ce ton humoristique. Quel beau parti-pris de prendre une ou deux références artistiques pour nous les montrer tous ces sexes. Puis c'est avec beaucoup de légèreté, de spontanéité (sans être dénué d'une petite malice) qu'il nous plante le décor, la diversité, les formes, les boutons, les émois, les vapeurs.

© Delphine GODARD et Nathalie WEIL et illustré par Stéphane NICOLET/ Nathan

Au final, un livre à mettre entre toutes les mains, à partir de 9 ans dixit la maison d'édition. Il répondra aux attentes de renseignements précis et aux envies de glousser en douce des plus jeunes.



****
Et puis parce que j'irais voir à Paris l'exposition "Masculin/Masculin", un magnifique clip de présentation de l'exposition: ce sont là des représentations vidéo de tableaux présentés.
Il y a une mise en garde pour dérouter les plus jeunes, quel dommage! Ce n'est qu'un homme nu! Et vous pouvez lire le billet de Lily à ce sujet, je suis complètement d'accord avec elle!



vendredi 28 juin 2013

C'est ta vie, l'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants

Je cherchais depuis quelques temps déjà un documentaire sur la vie, l'amour et la sexualité, adapté aux enfants. Je ne trouvais jamais mon bonheur, le propos était, pour moi, évasif, trop prude, "bien pensant". J'ai porté mon dévolu sur une proposition des éditions Oskar. Le contenu est un peu plus "franc du collier" mais que cela ne vous arrête pas!

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

"C'est ta vie, l'encyclopédie qui parle d'amitié, d'amour et de sexe aux enfants" de Thierry LENAIN et illustré par Benoit MOREL est un documentaire qui ne se limite pas à expliquer ce qu'est l'amour, la sexualité et la naissance. Enfin si mais avec tout ce qu'il y a autour. Je n'avais d'ailleurs aucun doute: pour avoir suivi les propositions de Thierry LENAIN dans la collection "Trimestre", je pensais bien trouver là des nuances, de la réflexion et du fond.

Le livre est répartit en plusieurs chapitres.
Les liens parlent du lien social, des relations entre les gens, de la simple politesse à la relation de cœur. Puis l'auteur distingue l'amitié et l'amour, cette apposition ou fusion des cœurs, et présente l’hétérosexualité et l’homosexualité. L'amour est alors le début d'un lien plus fort, une envie de profiter l'un de l'autre, de vivre ensemble (ou non), de partager tous les loisirs (ou non) et d'être parent (ou non).
Les contacts définissent le niveau de promiscuité des corps, de la bousculade au toucher réel, du geste de politesse, de consolation ou du manque de gestes (même si les sentiments sont présents). Puis les câlins sont définis dans leur rapport d'affection et distingués des câlins sexuels.
Les interdits reprennent les lois contre la pédophilie, l'inceste mais aussi le respect des enfants, le consentement mutuel (entre adultes) et les relations sexuelles des adultes dans l'intimité et cachées aux enfants. Une très belle explication est offerte aussi sur les dérives de l'internet, sur cette accessibilité exacerbée des intimités: pas de porte fermée, pas de disposition difficile d'accès... la sexualité est placardée et le contrôle parental installé pas pour surveiller l'enfant mais le protéger.
Le corps est un chapitre plus conventionnel, biologique, quoique. La puberté est expliquée, l'anatomie montrée mais il est aussi question de masturbation, comme prise de conscience de soi mais aussi premier plaisir non-coupable (si seul avec son intimité).
Le bébé est la reproduction sexuelle humaine expliquée mais aussi tous les aléas de la vie, l'impossibilité d'en avoir, les solutions, la volonté de ne pas être parent. Et bien-sur cela finit par la naissance.
Un épilogue suit avec des questions réponses assez enfantines mais justement décomplexantes.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Le propos est presque politique: extrêmement tolérant (et c'est parfaitement ma priorité) sur le métissage, l'homosexualité, l'avortement, la fécondation in vitro et l'adoption mais aussi sur une certaine froideur des sentiments (une émotion retranscrite différemment) ou une frivolité apparente. Attention cependant il n'est pas ici question du débat politisé du moment: mariage pour tous ou de procréation médicalement assistée pour les homosexuels.
Tout est dit avec finesse et beaucoup de respect. Thierry LENAIN se positionne toujours sur le droit de chacun à être ce qu'il est, dans les limites de la loi et du respect des enfants.
Au fil des pages, l'auteur propose aussi des numéros de téléphones pour ne pas laisser l'enfant lecteur dans une situation difficile.

© Thierry LENAIN et Benoit MOREL/ Oskar

Les illustrations de Benoit MOREL sont, ici, assez déconcertantes. Elles ont pourtant la qualité de mettre derrière le propos un peu de couleurs et de ne pas aseptiser les informations. Un schéma internes des organes génitaux mais aussi une manière sexuée de se regarder l'intimité sont présents. Quelque part dérangeant et pourtant, mais oui bien-sûr, une part importante de la connaissance de soi.
L'imbrication des corps, lui, est juste évoquée mais pour le reste, Benoit MOREL montre la différence dans les relations, dans les gestes. Beau dialogue entre le texte et les dessins!

Maintenant reste à savoir à quel jeune lectorat il est destiné. Bah, je ne sais pas. En tous cas bien avant que la reproduction humaine soit au programme scolaire. Bah, dès que l'enfant se pose des questions et sait lire seul certains chapitres!

Et l'avis de Gaëlle très pertinent ici, présentant aussi ce parti-pris réel des auteurs de proposer une autre vision de la sexualité, la présentation presse.

lundi 25 mars 2013

Le rêve d'Icare

© Jean-Côme NOGUES et Hippolyte/ Nathan

"Le rêve d'Icare " de Jean-Côme NOGUES et illustré par Hippolyte est un coup de cœur !

Icare est le fils de l'ingénieux Dédale en exil sur l'île de Crète. Il est le témoin de la tension entre les dieux et les rois.
Minos le roi de Cnossos n'a pas respecté Poséidon, le dieu de l'océan: au lieu de sacrifier le taureau blanc comme l'écume offert par le dieu, il l'a conservé; Poséidon se venge alors en apportant à l'animal une attirance dont la femme de Minos n'est pas insensible. De leurs amours défendues nait le Minotaure, homme à la tête de taureau. Le monstre vit, féroce, et devient un instrument de pouvoir de son beau-père.
Icare est un jeune homme mal dans sa peau. Il est beau comme un dieu, a des origines royales et pourtant il est méprisé comme le fils d'un esclave. Son père, Dédale, est reconnu pour son talent mais lui se fait insulter quand, par fougue, il demande un duel de lutte entre gentilshommes au prince Androgée. Ce dernier, athlète accompli, gagnera une des couronnes les plus convoitées aux Panathénées à Athènes, en Grèce. Androgée est tué. Par Egée, le roi d'Athènes? C'est en tous cas ce que croit Minos, son père. Une guerre est déclarée, Minos en sort vainqueur mais souhaite une vengeance plus profonde et demande 14 jeunes athéniens en pâture chaque année pour son monstre, le Minotaure.

© Jean-Côme NOGUES et Hippolyte/ Nathan

C'est avec une rage compréhensive, qu'Icare avait été témoin de l'emprisonnement du Minotaure dans le labyrinthe créé par son père. A l'arrivée de Thésée, prince d'Athènes, venu tué le monstre, il est le confident d'Ariane, princesse nouvellement éprise du héros si populaire de Grèce. Elle lui demande l'aide de Dédale. Et Dédale fournira la solution... le fil déroulé pour sortir du labyrinthe.
Minos est furieux: son instrument de pouvoir, le Minotaure, est tué; son labyrinthe dévoilé; sa succession détruite; sa fille partie dans les bras de Thésée. Il cherche le coupable, Dédale avoue et se retrouve avec son fils emprisonné dans son invention: le labyrinthe.

Ce livre apporte une lecture de la complexité d'un mythe. Icare apparait comme un maillon d'une légende plus forte que lui. Par sa jeunesse, son ambition à être, à devenir quelqu'un, il est fougueux mais seul, délaissé par un père portant un lourd fardeau, par une société codifiée et même par les dieux.
Bien-sûr il sortira du labyrinthe avec des ailes comme son père. Ce dernier souhaitera partir loin, très loin, fuir un roi. Icare, lui, voudra devenir l'égal d'un dieu, partir haut. Ce mythe reprend tout le malaise de la jeunesse, le rapport au corps, le poids de la destinée de ses parents, ce besoin de reconnaissance qui pousse à des actes insensés.

© Jean-Côme NOGUES et Hippolyte/ Nathan

Le texte parle de la parentalité, de la paternité dans les conseils mais aussi dans la façon d'être.
"Icare dormait en travers de la pote, la joue contre le sol comme l'eût fait un esclave attendant le retour de son maître. Dédale s'y fait trompa, ne comprit pas le signe de rébellion. Il entra."

Le texte de Jean-Côme NOGUES est très riche. Il apporte la tension, les étapes d'un malaise et même si la solution semble présente, il marque ce manque d'attention à l'autre. Les hommes semblent en proie aux dieux mais aussi aux actes des autres. Les émotions sont ici magnifiquement présentes et apportent du fond dans les personnages, comme pour le Minotaure ou la description d'un lieu chargé de sens, comme son tombeau.
Au fil des pages, de magnifiques détails sur l'ingéniosité de Dédale, le labyrinthe mais aussi les ailes, apportent encore plus au mythe.

J'aime énormément le travail d'Hippolyte que je découvre. Son ingéniosité dans cette exercice de style sur fond noir ou marron, travailler le crayon, coloré ou non, comme une plaque à gratter.
Ses illustrations donnent de la profondeur au récit et même si le parti-pris est de rester dans une pudeur (nudité des athlètes, et d'un pied, pas présente) les scènes sont fortes et déclenchent l'émotion.
La mythologie apparait alors celle des hommes, des muscles, des colères et des éléments (divins) avec une grande place offerte au ciel par exemple.

mercredi 20 février 2013

Les Chroniques de Wildwood, livre 1

Il s'agit d'un magnifique livre trônant sur les tables de la librairie. En main il est doux, les feuilles sont épaisses comme du papier d’aquarelle, les illustrations sont belles et il vous semble tenir en main en objet précieux, comme un vieux manuscrit auquel vous auriez dû couper les pages pour la lecture (la différence de largeur des feuilles et le découpage comme artisanal y contribuent). Alors oui, vous le prenez en vous demandant sur quoi vous êtes tombé.

© Colin MELOY et Carson ELLIS/ Michel Lafon

"Les Chroniques de Wildwood, livre 1" de Colin MELOY et illustré par Carson ELLIS est un roman jeunesse, pour jeunes lecteurs ou un peu plus. Et vous entrez là dans une magnifique saga.
Prue est une enfant bien comme il faut, elle prend soin de son petit frère encore bébé, Mac, et l'emmène avec elle en promenade sur un chariot derrière sa bicyclette. Pendant qu'elle dessine des oiseaux, l'enfant s'amuse... jusqu'à cet après-midi où une bande de corneilles assombrit le ciel et en piqué vient enlever le petit frère pour l'emmener dans une contrée interdite, là de l'autre côté de la voie ferrée, dans le Territoire Infranchissable.
Prue se sent responsable et part à sa recherche, suivie de près par un copain de classe, Curtis. Dans cette forêt inconnue, comprenant Wildwood, Northwood et Southwood, les règles ne sont pas les mêmes: les animaux parlent et se battent entre eux. Les coyotes emmenés par la mystérieuse Douairière, femme à la tresse rousse, magnifique et envoutante, capturent Curtis. Et Prue va être amenée à South Wood, pour demander de l'aide mais aussi parce qu'elle est un danger pour ce monde: comment a-t-elle pu franchir la frontière protégée ?
A qui donc peuvent-ils se fier dans ce monde inconnu: à Alexandra, reine des coyotes, chaleureuse et maternante? Au gouverneur de Southwood? Au roi des Bandits, Brendan? Au Prince Hibou et aux aviaires ? Aux mystiques? En même temps que Prue et Curtis nous découvrons les motivations de chacun et les rôles sont distribués: les méchants et les gentils. L'enlèvement de Mac n'est plus simplement un acte criminel de la part d'une bande mais bien le début d'une prise de contrôle sur le territoire. Le sauvetage de Mac devient une réponse à cette conquête et permet aussi des changements de gouvernements.
Mais Curtis et Prue semblent liés à cette contrée, d'une manière ou d'une autre. Alors après ce renversement des pouvoirs sur une région, prendront-ils part à la révolution complète ramenant la forêt à ses premiers principes?

© Colin MELOY et Carson ELLIS/ Michel Lafon

L'anthropomorphisme est de base et offre ainsi aux plus jeunes une aventure passionnante au sein de la forêt. Les animaux, les humaines et même les végétaux forment une population savoureuse, haute en couleur et envoutante même si certains personnages sont plus "enfantins".
Le récit foisonne de détails poétiques et mystérieux comme dans un conte. Ce roman est dense et pourtant il est facile d'être embarqué tant les étapes sont presque magiques.
L'aventure n'est pas simple, il faut prendre position. Les doutes et les erreurs de jugement ont ici une conséquence et le combat est obligatoire. La vie réclame de grandir et Prue et Curtis vont le faire à leur manière.

© Colin MELOY et Carson ELLIS/ Michel Lafon

Les illustrations de Carson ELLIS apportent au récit ce caractère botanique, nature et folklorique. Au fil du texte quelques dessins en noir et blanc et entre du récit, quelques pleines pages en couleur. Ses dessins de végétaux sont aussi comme des papiers décoratifs, l'aventure est ainsi encore plus imaginaire.

vendredi 31 août 2012

Le Garçon qui voulait devenir un Etre Humain

"Le Garçon qui voulait devenir un Être Humain" de Jorn RIEL, adapté par Emmanuelle BEULQUE, et illustré par Christel ESPIE est une magnifique trilogie. Ces albums illustrés offrent là un pont d'or entre l'album pou enfant et le roman pour adolescent.
© Jorn RIEL et Christel ESPIE/ Sarbacane

- Le naufrage-
Leiv est un jeune garçon Islandais qui vient de perdre son père. Pour le venger, il suit son assassin, Thorstein, banni d'Islande. Mais la confrontation entre les deux hommes n'aura pas lieu. A sa place une amitié se crée sur ce drakkar parti vers les terres du Groenland.
Puis l'accident, le bateau chavire, Leiv survit en dérivant sur un morceau de bois au bout duquel est attaché un cheval noyé qui flotte avec lui. Il sera découvert par un frère et une soeur Inuits, Apuluk et Narua.
Leiv, impressionné par les moeurs des Inuk et très attaché à ses nouveaux amis, va vivre avec eux au point de vouloir devenir un Être Humain, nom que ce donne les Inuits.

© Jorn RIEL et Christel ESPIE/ Sarbacane

- Les frères sanguinaires -
Les trois amis suivent les migrations saisonnière mais se retrouvent perdus après une partie de chasse. Thorstein n'est pas mort, il a réussit à émigrer au Groenland et découvrent les trois jeunes gens.
Ils rencontrent aussi les frères Vikings à la réputation meurtrière.

© Jorn RIEL et Christel ESPIE/ Sarbacane

- Le voyage -
Un semblant de paix règne au Groenland entre Islandais et Inuits pourtant le voyage engagé par Leiv, Apuluk, Narua et Solvi, esclave islandaise tirée des griffes des frères Vikings, les poussera à se confronter à d'autres marins redoutables, les trafiquants d'esclaves Anglais.

© Jorn RIEL et Christel ESPIE/ Sarbacane

Je reviendrais sur le texte de Jorn RIEL, fabuleux à bien des niveaux quand je reprendrais le roman adulte du même nom dont je pense que l'intégralité du texte est repris ici.
Alors oui le texte est dense, le vocabulaire complexe et aussi parsemé de mots inuits propres au matériel, aux habits, à la vie de tous les jours (et d'un seul islandais, insultant). L'auteur a une admiration pour ce peuple et cela se sent à toutes les pages. Ce récit initiatique est en effet plein de sagesse, d'entraide, de promiscuité solidaire, de liberté, de non propriété, de respect de la nature en y prélevant la nourriture, la peau, les fourrures, la graisse et le combustible.
Le propos est aussi plein de vie et on ne se doute pas à quel point elle est dure en Arctique... la chasse, les combats avec les ours polaires, le froid, les gelures, les tempêtes de neige mais aussi les confrontations des Inuits avec les émigrants.

© Jorn RIEL et Christel ESPIE/ Sarbacane

Le texte fort de Jorn RIEL est ici porté par les illustrations de Christel ESPIE offrant plus qu'une simple image. Ses pages entières et double-pages sont comme des tableaux et apportent l'ampleur d'une fresque.
Les combats, les personnages ont de la force et de la consistance. L'arctique est aussi dépeint comme un personnage principal, la neige n'est pas que blanche, le ciel est expressif.

Cette alliance, album illustré et roman, est parfaite pour découvrir un grand texte en offrant assez de couleurs, de textures et d'emphases visuelles pour attirer les plus jeunes lecteurs. Un bijou!

© Jorn RIEL et Christel ESPIE/ Sarbacane