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lundi 4 janvier 2016

La formidable aventure du chat de Maître Kuniyoshi

© Utagawa KUNIYOSHI, Emma GIULIANI et Ariane GRENET/ Paris Musées

"Je m'appelle Neko. Je suis le chat de maître Kuniyoshi. Je passe le plus clair de mon temps dans son atelier. Je renifle les encres. Je joue avec les pinceaux... C'est un grand artiste japonais. Il fait si souvent mon portrait que j'en suis devenu un peu vaniteux..." 

© Utagawa KUNIYOSHI, Emma GIULIANI et Ariane GRENET/ Paris Musées

Et pourtant Neko est le seul à entendre le cri de la baleine. Les esprits de la mer sont en colère et en veulent à la princesse Yugi.
Ce grand cétacé n'a pas le choix, elle transforme le chat en samouraï, enfin presque, pas forcément très courageux  mais très peureux, un chat-mouraï en somme.
Il va devoir aider la baleine géante, sauver la princesse et son précieux chargement et se confronter aux esprits.

© Utagawa KUNIYOSHI, Emma GIULIANI et Ariane GRENET/ Paris Musées

A travers l'histoire, nous découvrons une partie du bestiaire fabuleux du Japon. Pas forcément de terribles bêtes mais plus d'autres qui paraitraient inoffensifs, comme les crapauds, les tengus (mi-hommes mi-oiseaux) ou le grand squelette Kokkakku. Le tout donne force et attrait pour ces esprits et les samouraïs qui les combattent.

© Utagawa KUNIYOSHI, Emma GIULIANI et Ariane GRENET/ Paris Musées

"La formidable aventure du chat de Maître Kuniyoshi", de l'atelier SAJE (Emma GIULIANI et Ariane GRENET) pour le Petit Palais, est une belle petite histoire pour entrer dans l'univers de ce peintre de l'estampe et du fantastique. De quoi aborder son travail doucement. Le livre est d'une très belle facture offrant des pages à déplier, des fenêtres dans les fenêtres, des découpages. Le tout donne une dynamique au texte, sympathique mais assez sommaire tout de même.

Et vous verrez qu'il vous faudra investir dans un livre reprenant plus d'estampes de Kuniyoshi!
Attention: vous avez jusqu'au 17 janvier pour profiter de l'exposition au Petit Palais! 


mardi 24 mars 2015

Lili Goth et la souris fantôme

© Chris RIDDEL/ Milan jeunesse

Pour Halloween (oui, oui, nous en sommes loin) ou pour un petit frisson dans le dos, "Lili Goth et la souris fantôme" de Chris RIDDEL est à dévorer.
Lili vit avec son père Lord Goth dans le Manoir des frissons frissonnants. Sa mère est morte il y a quelques années et elle vit "presque" seule dans cette grande demeure. Tellement ressemblante à sa mère que son père la met de côté et ne la voit que le mercredi pour le thé.


© Chris RIDDEL/ Milan jeunesse
Ce soir, une souris apparait au pied du lit en baldaquin. Un fantôme de souris. Dans quelques jours ont lieu la course de chevaux de bois et la chasse à l'intérieur organisées par son père. Mais cette fois-ci il se passe quelque chose.
Lili va rencontrer d'autres enfants aux réunions du grenier et aussi découvrir des monstres. Sirène, harpie, vampire, faune.

© Chris RIDDEL/ Milan jeunesse

Nous pouvons compter sur Chris RIDDEL pour nous emmener dans des univers fabuleux où se joignent le fantastique et l'humour. Les détails sont rocambolesques comme les portraits tableaux de famille, les costumes, les plans et les lieux mystérieux.
C'est une belle petite histoire pour les jeunes lecteurs, avec un peu de frousse à la clef!

Un autre avis bien plus argumenté, celui de Lily (avec un Y cette fois), merci!

lundi 23 mars 2015

La fille maudite du Capitaine Pirate

Qu'il est tentant de mettre dans son cabas le premier volume de cette bande dessinée. Sa couverture est magnifique avec son crâne, ses chardons et la belle image de cette enfant au bandeau.

© Jeremy A.BASTIAN/ La cerise

"La fille maudite du Capitaine Pirate" de Jeremy A.BASTIAN nous amène en Jamaïque en l'an 1728. Une gamine vit sur la plage et rencontre par hasard la fille du gouverneur. Demain, elle sera partie à la recherche de son père, un capitaine pirate et invite cette dernière à se joindre à elle, mais la jeune pirate partira en fait seule. Le problème est qu'elle ne sait pas qui est son père. Ils sont encore 5 capitaines à naviguer dans les mers d'Omerta.

© Jeremy A.BASTIAN/ La cerise

Avec son ami le perroquet, Poivre d'As, elle va découvrir la mer et même sous la mer. Deux compagnons en armure, espadons de métal mais presque un peu Don Quichotte, les accompagneront. Mais la fille maudite du Capitaine Pirate n'a pas peur.

© Jeremy A.BASTIAN/ La cerise

Le récit est un peu plat mais les rencontres visuelles sont, elles, stupéfiantes et méritent le détour. Cela fourmille de détails, de personnages secondaires représentés aussi bien que les principaux. Le tout est fantastique, cruel, baroque et jouissif.

© Jeremy A.BASTIAN/ La cerise

On y retrouve des dessins style gravure fouillées et faite à taille réelle, des inspirations de Gustave DORE ou de Henry HOLIDAY mais aussi un peu des personnages déformés, un Humpty Dumpty de Lewis CARROLL.

© Jeremy A.BASTIAN/ La cerise

Un avis mitigé là et un interview.

lundi 15 avril 2013

Teri Hate-Tua, l'épouvantable tortue rouge!

Bon, la couverture et les illustrations au cœur du récit sont de Kitty CROWTHER (et vous connaissez mon admiration). Bon, il parait qu'elle choisit les textes qu'elle illustre. Bon, Jean-François CHABAS n'est pas non plus un écrivain inconnu chez nous. Alors récupérer "Teri Hate-Tua, l'épouvantable tortue rouge!" dans la bibliothèque jeunesse des cousins devenus trop grands et le lire allait ainsi de soi.

© Jean-François CHABAS et Kitty CROWTHER/ Casterman

Le vieux Bébert est accosté au comptoir d'un troquet, un jeune loup de mer à ses côtés. Il se pavane et va même jusqu'à dire qu'il a tué Teri Hate-Tua un monstre marin. Bien-sûr son voisin ne veut pas le croire. Bébert est un vieux marin un trop trop tourné sur la boisson.
Et pourtant Bébert a 20 ans n'est pas le même, sur le baleinier La Joyeuse Cocotte. Fringant, il est le seul survivant d'un naufrage, témoin de l'apéritif que font ces copains pour les requins. Il se réveillera avec une magnifique vision, Hana, une jeune fille merveilleuse habitante de l'île de Bwaga.
Il est sain et sauf et pourtant les habitants de cette tribu sont cannibales: bah oui, Bébert a encore les cheveux blonds à cette époque.
"Nous sommes navrés, mais il va nous être absolument impossible de vous manger. J'espère que vous nous ferez la grâce de pardonner cette grossièreté."
Mais il ne faut pas les titiller avec la langue et leur religion: ils vouent un culte à un bon orthographe et à la tortue rouge.
" "Nous v'là bien", que je me dis. "Manquait plus que ça. J'ai le choix entre mourir à coup de dictée et finir transformé en napperon de dentelle de Bruges par l'aut' rougeaude. Ah! elle est belle, la vie! Merci maman!"

Le récit est court mais très attirant. En peu de pages, l'aventure est là et l'humour aussi. Ce sont des jeux de mots, des références et le texte peut tout à fait se lire à haute voix. Parfait pour entrer dans l'univers des explorateurs, des pirates et des aventuriers.

lundi 25 mars 2013

Le rêve d'Icare

© Jean-Côme NOGUES et Hippolyte/ Nathan

"Le rêve d'Icare " de Jean-Côme NOGUES et illustré par Hippolyte est un coup de cœur !

Icare est le fils de l'ingénieux Dédale en exil sur l'île de Crète. Il est le témoin de la tension entre les dieux et les rois.
Minos le roi de Cnossos n'a pas respecté Poséidon, le dieu de l'océan: au lieu de sacrifier le taureau blanc comme l'écume offert par le dieu, il l'a conservé; Poséidon se venge alors en apportant à l'animal une attirance dont la femme de Minos n'est pas insensible. De leurs amours défendues nait le Minotaure, homme à la tête de taureau. Le monstre vit, féroce, et devient un instrument de pouvoir de son beau-père.
Icare est un jeune homme mal dans sa peau. Il est beau comme un dieu, a des origines royales et pourtant il est méprisé comme le fils d'un esclave. Son père, Dédale, est reconnu pour son talent mais lui se fait insulter quand, par fougue, il demande un duel de lutte entre gentilshommes au prince Androgée. Ce dernier, athlète accompli, gagnera une des couronnes les plus convoitées aux Panathénées à Athènes, en Grèce. Androgée est tué. Par Egée, le roi d'Athènes? C'est en tous cas ce que croit Minos, son père. Une guerre est déclarée, Minos en sort vainqueur mais souhaite une vengeance plus profonde et demande 14 jeunes athéniens en pâture chaque année pour son monstre, le Minotaure.

© Jean-Côme NOGUES et Hippolyte/ Nathan

C'est avec une rage compréhensive, qu'Icare avait été témoin de l'emprisonnement du Minotaure dans le labyrinthe créé par son père. A l'arrivée de Thésée, prince d'Athènes, venu tué le monstre, il est le confident d'Ariane, princesse nouvellement éprise du héros si populaire de Grèce. Elle lui demande l'aide de Dédale. Et Dédale fournira la solution... le fil déroulé pour sortir du labyrinthe.
Minos est furieux: son instrument de pouvoir, le Minotaure, est tué; son labyrinthe dévoilé; sa succession détruite; sa fille partie dans les bras de Thésée. Il cherche le coupable, Dédale avoue et se retrouve avec son fils emprisonné dans son invention: le labyrinthe.

Ce livre apporte une lecture de la complexité d'un mythe. Icare apparait comme un maillon d'une légende plus forte que lui. Par sa jeunesse, son ambition à être, à devenir quelqu'un, il est fougueux mais seul, délaissé par un père portant un lourd fardeau, par une société codifiée et même par les dieux.
Bien-sûr il sortira du labyrinthe avec des ailes comme son père. Ce dernier souhaitera partir loin, très loin, fuir un roi. Icare, lui, voudra devenir l'égal d'un dieu, partir haut. Ce mythe reprend tout le malaise de la jeunesse, le rapport au corps, le poids de la destinée de ses parents, ce besoin de reconnaissance qui pousse à des actes insensés.

© Jean-Côme NOGUES et Hippolyte/ Nathan

Le texte parle de la parentalité, de la paternité dans les conseils mais aussi dans la façon d'être.
"Icare dormait en travers de la pote, la joue contre le sol comme l'eût fait un esclave attendant le retour de son maître. Dédale s'y fait trompa, ne comprit pas le signe de rébellion. Il entra."

Le texte de Jean-Côme NOGUES est très riche. Il apporte la tension, les étapes d'un malaise et même si la solution semble présente, il marque ce manque d'attention à l'autre. Les hommes semblent en proie aux dieux mais aussi aux actes des autres. Les émotions sont ici magnifiquement présentes et apportent du fond dans les personnages, comme pour le Minotaure ou la description d'un lieu chargé de sens, comme son tombeau.
Au fil des pages, de magnifiques détails sur l'ingéniosité de Dédale, le labyrinthe mais aussi les ailes, apportent encore plus au mythe.

J'aime énormément le travail d'Hippolyte que je découvre. Son ingéniosité dans cette exercice de style sur fond noir ou marron, travailler le crayon, coloré ou non, comme une plaque à gratter.
Ses illustrations donnent de la profondeur au récit et même si le parti-pris est de rester dans une pudeur (nudité des athlètes, et d'un pied, pas présente) les scènes sont fortes et déclenchent l'émotion.
La mythologie apparait alors celle des hommes, des muscles, des colères et des éléments (divins) avec une grande place offerte au ciel par exemple.

jeudi 21 juin 2012

Le Monstrueux livre des Monstres

Le lutin adore les livres pop up et, bien-sûr, les monstres."Le Monstrueux livre des Monstres" de Libby HAMILTON et illustré par Jonny DUDDLE et Aleksei BITSKOFF est arrivé pour satisfaire ces deux envies. Son point fort est l'inventivité des astuces et le design de l'objet.

© Libby HAMILTON, Jonny DUDDLE et Aleksei BITSKOFF/ Quatre fleuves

S'ouvre devant nous le journal de bord du Professeur Thomas Gluon. Il nous aidera à démasquer les monstres, sous leurs déguisements pour passer inaperçu, à les trouver de par le monde ou partout dans une maison malheureusement infestée pour la plus grande joie des petits lecteurs.
Des pages, dégoutantes beurk, s'ouvrent sur leur anatomie ou leurs records. Le reste du livre vous expliquera comment les fuir, vous sauvez, les attraper et s'en débarrasser.
Et la fin vous présentera quelques monstres mythiques, revisités.

© Libby HAMILTON, Jonny DUDDLE et Aleksei BITSKOFF/ Quatre fleuves

Il ne s'agit en fait pas d'un livre vraiment pop up mais il offre de nombreux rabats et découpages de pages thématisés. Les monstres eux sont bien présents, très très nombreux. L'imaginaire des créateurs leur administre des particularités bien écœurantes, parfaites pour harponner les jeunes lecteurs: des croutes, de l'odeur, du caca, de la morve, des poils etc... Tout bien! Et la procédure d'évacuation des monstres en fonction de leur particularité sera un grand moment.

 © Libby HAMILTON, Jonny DUDDLE et Aleksei BITSKOFF/ Quatre fleuves

Voilà: pour de la détente, des détails à toutes les pages, une concentration des loupiots, c'est parfait! Et puis ce livre déjà manger avec une tête pleine de dent avec son œil qui nous suit... il réserve des surprises. Le texte français est de Frédérique FRAISSE, un sacré boulot de traduction, conversion en effet.

mardi 19 juin 2012

L'Odyssée d'Ulysse

La mythologie est assez difficile à appréhender pour les enfants. Une des manières possibles de les y inviter est de choisir des illustrations qu'ils aiment.

 © Catherine MORY et Johann BODIN/ Larousse

Ainsi "L'Odyssée d'Ulysse" de Catherine MORY et illustré par Johann BODIN a été choisi pour la représentation des créatures mythiques par le lutin de la maison. Ce livre apporte l'histoire d'Ulysse lors de son retour vers Ithaque. Le cyclope, Circée, Ulysse en mendiant etc. Toutes les étapes sont ici retracées par grands chapitres, comme un mini-roman.

© Catherine MORY et Johann BODIN/ Larousse

L'inventivité est justement d'avoir caché ces textes dans des fenêtres à ouvrir. En effet, l'écrit est presque invisible et seules quelques petites encoches se posent sur le paysage. Il s'agit de véritables peintures en clair-obscur et l'enfant peut imaginer la scène comme dans un film. Malgré les créatures fantastiques, les images sont en effet presque plus réalistes.

© Catherine MORY et Johann BODIN/ Larousse

Ce livre peut en effet être lu par deux tranches d'âge différents. Ainsi le narrateur peut aussi bien être différent du "lecteur", l'enfant pouvant s'immerger totalement dans les illustrations.
Les plus petits spectateurs des grands combats d'Ulysse et pouvant presque passer d'une page à l'autre sans réelle chronologie. Les plus grands plus accrochés à l'histoire prenant le livre du début à la fin et profitant aussi des petits focus étymologique ou d'actualité dont les défis d'Ulysse peuvent être les illustrations initiales.
J'aime par exemple beaucoup l'immortalité de Tithon qui ne resta pas jeune mais se recroquevilla tellement en s’asséchant qu'il devint cigale.

jeudi 31 mai 2012

Les carnets d'Ulysse

"Les carnets d'Ulysse" de Stéphane FRATTINI et illustré par Quentin DUCKIT est un très bel objet, un carnet qui se ferme avec des lanières. Il contient les pensées du héros Ulysse pour sa famille, Pénélope, sa femme, et Télémaque, son fils. Une très belle proposition pour les amoureux de la mythologie ou pour y arriver... de l'intérieur.

 © Stéphane FRATTINI et Quentin DUCKIT/ Milan jeunesse

Après la Guerre de Troie, Ulysse tente de retourner à Ithaque. Il commence alors à écrire un carnet de bord qu'il souhaite faire parvenir à sa femme. Il reprend en quelques mots tous les défis qu'il doit surmonter pour rentrer chez lui.
Ce sont alors les différentes étapes de son odyssée qui sont présentées ici mais aussi un état d'esprit. Le rusé Ulysse devient aussi un homme tendre, ému, fidèle en amitié, très sensible au charme féminin et aussi un brin nostalgique.

Les compagnons d'aventure ont ici une place de choix: Achille, sa combativité et son talon, son bucher et son temple d'honneur, mais aussi Euryloque ou Eumée.
Ulysse rapporte les faits mais y met de l'émotion, de la tristesse et de la colère et une certaine concupiscence aussi parfois. Les détails du quotidien apparaissent avec les repas, les combats et leurs épargnés, les relations aux peuples et pas seulement aux personnages principaux.
Alors oui, nous retrouverons Charybde et Scylla, les sirènes, la magicienne Circée, Nausicaa, Calypso et ses faveurs, Polyphème le cyclope mais aussi les Lestrygons, les Phéaciens et tous les défis. Nous retrouverons aussi une trame des destins, des conséquences aux premiers actes.

 © Stéphane FRATTINI et Quentin DUCKIT/ Milan jeunesse

Ce livre fourmille de détails et offre ici la voix d'Ulysse. L'aventure est incarnée, masculine et sensuelle, mais aussi marquée par les rencontres humaines et le temps. Le temps reprend en effet ses droits, les années passées à côté de Circé ou de Calypso sont ressenties, délicieuses, insouciantes, amnésiques.

Le format est superbe, la couverture cartonnée s'ouvre sur des pages solides et dentelées comme un papier déchiré par l'homme et non une machine. L'écrit est comme manuscrit, souligné, raturé, en biais et propose ainsi vraiment comme une proximité, une familiarité avec Ulysse. Les dessins de Quentin DUCKIT sont "pris sur le vif par le héros lui-même" ou un intervenant profitant de son inattention ou son sommeil pour le croquer rapidement (et sans son consentement).

 © Stéphane FRATTINI et Quentin DUCKIT/ Milan jeunesse

Ils ponctuent le texte et offrent des détails de proximité, les hommes sont pris dans les affres de la nature et des dieux mais rien n'est épargné, ni la nudité d'Ulysse, ni la volupté des femmes divines ou non, ni le saccage des combats. La part belle est aussi faite aux personnages et pas seulement créatures.

mardi 15 mai 2012

Thésée, Comment naissent les légendes

"Thésée, Comment naissent les légendes" d'Yvan POMMAUX est une proposition de lecture mythologique parfaite. C'est un coup de cœur!

 © Yvan POMMAUX/ Ecole des loisirs

Elle allie les illustrations à même de permettre de suivre l'histoire dès le plus jeune âge, une ligne de récit complète et une vraie trame du mythe. Thésée est ainsi réinscrit dans une histoire qui le devance.

En 1966, deux plongeurs remontent d'une épave des morceaux de vase grec ancien. L'occasion de se remémorer la légende du combat entre Thésée et le Minotaure.
Mais Thésée est avant tout un enfant, l'union d'Aïthra avec soit son roi, Égée d'Athènes, soit le dieu de la mer Poséidon. Et là, toute une destinée est tracée: il est le fantasme d'un roi, l'incarnation d'une force et d'un courage et la victime de haines précédentes.

© Yvan POMMAUX/ Ecole des loisirs

Egée, oubliant son amour de campagne, est extrêmement envieux du fils du seigneur de Crète, Minos, symbole d'une continuité du pouvoir. Il entamera les hostilités contre son principal adversaire en précipitant à la mort l'héritier. Minos, fou de rage, prononcera la sentence: chaque année 14 jeunes gens d'Athènes serviront à venger la mort de son fils. Ils entreront dans le labyrinthe de Crète avec soit la joie d'en sortir libres (mais le dédale est si complexe qu'aucun n'a réussi), soit la fatalité d'être donner en pâture à son beau-fils monstrueux, le Minotaure.

De son côté, Minos a aussi des choses à se reprocher. Il invoque Poséidon pour le protéger son peuple des raz de marées et ne l'honore pas comme il convient. Ce superbe taureau blanc livré pour le sacrifice est remplacé par un autre et devient, par un retour diabolique et peut-être voulu par le Dieu de la mer, le père du Minotaure, dont la mère n'est autre que la femme de Minos.

Et Thésée grandit, démontre sa force, sa témérité et son esprit "dent pour dent, œil pour œil". Il conclura cette histoire commencée avant lui.

© Yvan POMMAUX/ Ecole des loisirs

Yvan POMMAUX réussit là un tour de force. Les imbrications, les détails, les vices humains et divins sont explicites et clairs. En plus, ils ne plombent pas la lecture et offrent là une complexité du mythe.
Ces illustrations sont belles, ces encarts de focus bien amenés. La mythologie retrouve ses relations humaines et divines, ses actes précurseurs, ses fatalités et ses conséquences.

Une chose encore: je suis ravie de la sortie de ces albums en format poche, comme un roman graphique.

mardi 17 janvier 2012

Monstres et Dragons

Est-ce que pour Noël vos petites têtes vous ont demandé un livre? Enfin, à vous ou à cet autre en costume rouge et barbe blanche. Non? Oui? De notre côté, le lutin en a mis deux sur sa "liste".

© Matthew REINHART et Robert SABUDA/ Seuil jeunesse

"Monstres et Dragons, encyclopédie mythologique" de Matthew REINHART et mis en scène par Robert SABUDA est pile un livre cadeau. Il s'agit d'un pop-up book et, en plus, du maître en la matière, Robert SABUDA. Le livre est interactif, à chaque page, par ces monstres sortant des pages et se précipitant sur nous et ces volets recelant d'autres découvertes.

Chaque double page propose un style de monstre particulier: les monstres mythologiques, les "lézards" (dragons, serpents mythiques), les dragons d'Asie, les monstres des mers, les monstres humains légendaires ou les monstres contemporains de la faune.
Le travail de SABUDA est comme toujours extraordinaire: les découpes sont magnifiques et permettent une mise en 3D animant réellement la lecture. Au monstre mis en valeur dans la double page s'ajoutent d'autres au pop-up plus léger mais nombreux. Les dessins sont superbes, colorés et menaçants, juste ce qu'il faut.
Mais il ne faut pas oublié un élément de ce livre. Je regrette souvent que les pop-up ne soient pas aussi riches en fond. Là, le texte est important, très détaillé, et permet en plus de cette distraction de la manipulation d'avoir une réelle découverte. A chaque type, 4 à 10 monstres sont présentés dans leur histoire phare, avec leur continent d'origine et la période. Les descriptions sont réellement une porte ouverte vers le monstre, les légendes, la mythologie mais aussi l'exploration géographique et l'état des connaissances scientifiques. Autant dire que le lecteur peut être jeune, non encore lecteur, mais aussi lecteur et passionné.

© Matthew REINHART et Robert SABUDA/ Seuil jeunesse

Allez une petite idée du contenu:
"Un goût pour les dragons:
Certaines légendes prêtent à des parties du corps du dragon des pouvoirs magiques. Par exemple, on pensait que manger la mue du lindworm scandinave améliorait la connaissance de la médecine et du monde de la nature, permettant ainsi de gagner des années d'études!"

Il manquerait peut-être juste une planisphère mais bon, c'est du chipotage. Et attention tout de même: le livre est fragile et demande une manipulation douce!

mercredi 24 août 2011

Ulysse et le Cyclope

© Christine PALLUY et Aurélia GRANDIN/ Milan jeunesse

"Ulysse et le Cyclope" de Christine PALLUY et illustré par Aurélia GRANDIN offre un autre duel mythologique.
Nous retrouvons Ulysse juste après la guerre de Troie lors de son retour au pays. Il découvre avec ses compagnons une île inconnue leur permettant de prendre du repos et de se rassasier.
Et Ulysse, curieux et intrépide, va chercher à explorer plus loin, l'île d'en face. Et là dans une grotte, où sont entreposés de grandes quantités de lait de chèvres et de brebis, des fromages, vit un Cyclope, Polyphème.

Alors oui, les ruses d'Ulysse sont ici bien rendues pour les enfants et aussi le caractère orgueilleux du personnage principal. La mise en avant d'un seul élément, la confrontation du héros face au monstre, apporte une lisibilité au récit, quand le feuillet de complément propose la mise en situation.
L'histoire n'est jamais finie et la conséquence du défi d'Ulysse voulant à tout prix être reconnu le perd. L'adaptation pour enfants ne limite pas les drames et s'est aussi une bonne chose: la mythologie n'est pas qu'une accumulation de combats et d’héroïsmes mais des individualités pleines de défauts et de nombreux drames humains.

© Christine PALLUY et Aurélia GRANDIN/ Milan jeunesse

Les illustrations d'Aurélia GRANDIN offrent un aspect surréaliste. Les contrastes sont importants sont importants et marquent bien le lieu, extérieur ou enfoui dans la grotte. Son partis-pris de présenter les hommes quasiment que de profil et le cyclope de 3/4 accentue la différence. Le côté surréaliste est compléter par un bouc à la "face de Picasso" et l'épopée, elle, est superbement illustré par un début et une fin avec une cartographie imaginaire.

Encore une belle proposition de cette collection Le fil d'Ariane: vous pouvez retrouver
"Thésée et le Minotaure" là
"Pégase et Bellérophon" ici

mercredi 3 août 2011

Pégase et Bellérophon

© Christine PALLUY et Élodie NOUHEN/ Milan jeunesse

"Pégase et Bellérophon" de Christine PALLUY et illustré par Elodie NOUHEN est une autre proposition de la collection "Le fil d'Ariane".

Cet épisode est un peu plus complexe que "Thésée et le Minotaure" (billet en suivant le lien ci-dessus "le fil d'Ariane"). En effet, il fait intervenir plus de personnages secondaires.
Bellérophon est un jeune prince. Il souhaite dompter le cheval ailé mythique qu'est Pégase. Aidé par Athéna, il y parvient. Ils deviennent inséparables même dans les épreuves.
Un des combats mythiques qu'ils mènent est contre la Chimère.
Mais aussi la trame du récit poursuit la vie impétueuse de Bellérophon, de ces premiers défis où il est aimé et se croit invincible jusqu'à sa mort, seul.

L'histoire est noire mais aussi plus complexe pour des enfants car le parcours de Bellérophon est la conséquence de nombreux quiproquos et de sentiments humains complexes comme l'envie, le dédain, l'orgueil... en plus de la colère. Les dieux sont ici aussi plus présents. En fin de volume, toujours quelques explications complètent le propos est offre encore plus de richesses à l'histoire en amenant la mythologie dans le langage courant, aussi.

© Christine PALLUY et Élodie NOUHEN/ Milan jeunesse

Les illustrations d'Elodie NOUGHEN portent toujours le récit. Les couleurs rappellent ces épisodes entre les feuillages et le ciel, lieu de chevauchée de Bellérophon sur Pégase. Sa chimère, monstre massif, et son Pégase, cheval sans yeux et presque évanescent, donnent de l'ampleur à la scène de duel.Ce livre se lit aussi dans sa verticalité.

lundi 11 juillet 2011

Thésée et le minotaure

© Christine PALLUY et Élodie NOUHEN/ Milan jeunesse

Cela fait longtemps que cette collection "Le fil d'Ariane" me tente. Mais à chaque fois, soit les livres ne sont pas présents dans ma petite librairie (et j'aime par dessus tout feuilleter avant d'acheter, même si je suis sûr d'aimer), soit l'exemplaire est abimé. Alors ce prêt à la bibliothèque a fait notre bonheur "temporaire".

Je voulais commencé par lui. "Thésée et le minotaure" adapté de Christine PALLUY et illustré par Élodie NOUHEN. Et cet album est une merveille.

Le texte est assez long sans être pesant permettant une concentration constante de l'enfant. Les termes sont précis et l'histoire très claire... pour de la mythologie aux croisements interminables ce n'était pas évident.
Ici nous démarrons avec Thésée consterné par le sacrifice que les athéniens font au roi de Crète, Minos, en remontrance d'un drame accidentel : 14 jeunes gens sont prêts à être donnés en pâture au Minotaure enfermé dans le labyrinthe. Le jeune prince décide de prendre la place d'un jeune homme et de tuer le Minotaure. Et nous suivons donc l'exploit de Thésée aidée par la fille de Minos, Ariane... et son fil.

© Christine PALLUY et Élodie NOUHEN/ Milan jeunesse

Le parti-pris de l’adaptation est de mettre en avant juste quelques personnages offrant ainsi une fluidité au texte. Les personnages principaux ont aussi à un moment donné du récit une police de caractère les mettant en valeur avec un petit symbole. Cela permet une fois cette légende mythologique lue d'en ouvrir d'autres grâce à un petit feuillet en complément qui reprend une autre petite partie de l'histoire du cycle: qui est le minotaure? Quelle est la rencontre du roi Égée et de son fils ? etc...

© Christine PALLUY et Élodie NOUHEN/ Milan jeunesse

Les illustrations d’Élodie NOUHEN apportent beaucoup aussi. C'est vrai que j'étais conquise même avant de lire le texte. Ses personnages nous offrant leur profil et quelque fois trois poils de barbe amènent une étrangeté. Les tons ocres, virant au bleu ou au rouge, marquent des émotions précises. Le sang et la mort sont superbement symbolisés par la couleur, une ligne déchirant la page, une voile ou une vague... et j'ai aimé retrouver le minotaure en trame presque dans toutes les illustrations, en labyrinthe organique aussi.

lundi 20 septembre 2010

Monstre ne me mange pas

"Monstre ne me mange pas" de Carl NORAC et illustré par Carll CNEUT est un petit livre bien plaisant. Il a tout pour cela me direz-vous: un auteur fantastique et un illustrateur dont la pâte ne peut que donner du relief.
© Carl NORAC et Carll CNEUT/ Lutin poche

C'est une histoire de fuite, d'entourloupes pour ne pas être mangé, de malice d'un glouton ne voulant pas être dévoré par un autre glouton. Alex est le gras petit cochon en fuite, mangeant entre les repas et plus que de raison selon sa maman. Il est vite attrapé par le monstre rhinocérotesque qui a les même défauts que lui. Pas très joyeux pour lui! Alors que dire à ce monstre pour ne pas être dévoré: faire parler sa gourmandise...

© Carl NORAC et Carll CNEUT/ Lutin poche

Mais là où réside la magie, c'est encore plus dans l'association du texte et des illustrations. Carll CNEUT offre des mises en page toujours aussi impressionnantes: des personnages partent d'une page presque vide vers une page très "pleine", un décor mais aussi des détails, des personnages secondaires. La gourmandise, le mensonge, les "limites" éducatives vues sous un autre angle par l'enfant, il s'agit bien de cela. © Carl NORAC et Carll CNEUT/ Lutin poche

Mais en plus, les jouets (petites voitures tirées), les petits personnages, doudous, jouets, imaginaires ou réels nous rappellent l'univers de l'enfance... ces mensonges qui sont autant de réalités pour les enfants.

vendredi 3 septembre 2010

Les maximonstres, l'île aux monstres

"Les maximonstres, l'île aux monstres" de Dave EGGERS (ou sous le titre de "Les Maximonstres, il y en a un en chacun de nous") reprend un livre jeunesse que nous lisons, encore et encore avec le lutin de 4 ans: "Max et les Maximonstres" de Maurice SENDAK.. La lecture appelait à la bêtise, à l'enfance, à la monstruosité des comportements humains... alors qu'attendre d'un livre mi-scénario du film de Spike JONZE et mi-interprétation plus approfondie. J'avais envie de ne pas être déçue et je ne l'ai pas été, les Maximonstres prennent de l'épaisseur avec cette histoire.

Max est un enfant très vif et très animé. Oui oui tout cela à la fois! Il aime être au cœur de la famille mais ses parents sont séparés, sa sœur Claire prend moins de temps pour partager avec lui, sa mère a trouvé un autre homme dans sa vie. Le voilà seul avec ses envies d'évasions oniriques. Il cumule les demandes d'attention, les accès de colère, les bêtises; en enfilant son costume de "mi-loup mi-vent", réclame d'un côté puis de l'autre. Sa mère est toujours aussi attentive et spectatrice attendrie et fière de l'imagination de son fils au point d'écrire ses petites histoires inventées sur le moment. Mais elle a d'autres soucis matériels, sa sœur ne se rend même plus compte qu'une chamaillerie devient un moment d'intense émotion et même de danger réel. Son père lui a fourni ce journal à remplir, le "journal des souhaits" avec des listes de je souhaite, je souhaite en haut des pages... mais il est absent. Son copain n'est pas disponible, la société semble austère et peu encline à émerveiller... un soir c'en est trop "Monstre" - "Je vais te manger" et Max s'enfuit, en prise avec ses émotions, ses pensées trop fortes et sa sensation de tout gâcher. Il semble que tous aient oublié ce qu'était l'enfance, le vieux monsieur du voisinage comprend:
"Max lui raconta qu'il avait inondé la chambre de Claire
"Tu t'es servi de quoi? D'un seau?"
Max fit signe que oui.
"Mouais, j'aurais fait pareil."Voilà pourquoi Max adorait M BECKMANN: il était comme lui. Un adulte qui semblait avoir traversé sept bonnes décennies sans pour autant oublier un seul instant de son enfance - ce qu'il avait aimé, détesté, craint et désiré."

Il va navigué sur un bateau et rencontrer sur une île les Maximonstres. Par impertinence, charisme et don de la rhétorique et du conte, Max devient le roi des monstres. Des fêtes épouvantables se suivent, des défilés et des batailles. A chaque fois ce sont des promesses de roi, des solutions pour gérer les crises, pour trouver le bonheur... faire ce que l'on veut. La promiscuité est charnelle entre chatouilles, chahut et jeux spontanés.
Chaque monstre a son caractère bien trempé et relève de sacrés comportements d'enfants.
Carol parait ressemblé le plus à Max mais chacun, en fait, marque une exagération de toutes ses angoisses et agitations enfantines.

Et Katerine semble la plus adulte, sur la réserve, cherchant à s'éloigner de ce monde un peu enfantin... mais est-ce si vrai. Ils sont tous dangereux, souhaitent souvent manger Max et même si le ventre de Katerine est comme un bol de céréales à manger avec un pouce-cuillère, l'angoisse est là.
Les passions sont extrêmes entre jalousie et naïveté. Des conflits arrivent, des désillusions... Est-ce faire ce que l'on veut qui apporte le bonheur, est-ce seulement être ensemble, est-ce se comporter en enfant?

Ce livre apporte de nombreuses réflexions sur l'enfance, cette illusion du bonheur, du tout permis. Un conte initiatique vers une meilleure compréhension de l'enfance, vers une meilleure appréhension de leur envie de démiurge. A dévorer!



"Alexander regardait Max comme si le garçon était devenu fou. "Tu crois réellement que tu as ravagé notre île? Tu te crois donc si puissant ? Tu penses que le bonheur ou le malheur des gens ne dépend que de toi?"
"Leurs cris montèrent au ciel et s'entortillèrent l'un à l'autre jusqu'à ne plus faire qu'un, après quoi les autres bêtes se joignirent à eux, et de ce chœur créa une plainte sauvage d'abandon , de colère et d'amour. Ils hurlèrent jusqu'à ce que Max, trop loin à l'horizon, ait disparu à jamais."

Voici trouverez ici une belle approche du livre avec Lily et une belle critique du film, acerbe mais assez pertinente tout de même. Il va sans dire que j'ai aussi beaucoup apprécier le film.

jeudi 14 janvier 2010

Billy Brouillard, le don de trouble vue

Quand je l’ai acheté, j’ai tout d’abord cru que c’était une histoire pour grand. Vous savez les adultes, les ados… enfin quand l’insouciance est une notion plus aussi spontanée.

© Guillaume BIANCO/ Soleil

Et bien
la première lecture de « Billy Brouillard, le don de trouble vue » de Guillaume BIANCO a bien été de ce style. Une lecture quasiment au premier degré.


Mais quel plaisir qu’à la seconde lecture, le texte se délie, les métaphores prennent place… et le livre devient celui d’un enfant de 7, 9 ans. Bon, c’est vrai, je n’ai pas de notion sur l’âge réel de l’enfant. En fait, dès que la question de la mort est venue sur le devant des réflexions.

© Guillaume BIANCO/ Soleil

Billy est un enfant myope, il voit mal sans ses lunettes. Petit garçon aventurier et très taquin avec sa petite sœur, sa vision floue devient une « trouble vue » et lui fait vivre des aventures extraordinaires, en plus du fait que jouer aux fléchettes sur les oiseaux est un vrai bonheur, peut-être mieux que de voir se noyer les fourmis dans de la bave chocolatée.

© Guillaume BIANCO/ Soleil

Mais tout commence vraiment à la mort de son chat Tarzan. Là, en prise avec la réalité, Billy va chercher dans ses références de quoi l’aider à comprendre. Le Père Noel, ce multi-centenaire, doit en savoir sur le sujet. Au fil des pages, le réel devient une illusion et nous suivons Billy dans un univers parallèle.

© Guillaume BIANCO/ Soleil

Il cherche dans les malles du grenier de quoi lui donner des pistes : un Magazine du bizarre est ainsi lu, puis une Cryptologie est créée de toutes pièces par Billy (en référence aux schémas de découpe de sciences naturelles et avec une volonté de tout reprendre, comportement, légende de morphologie, astuces pour ne plus être la cible de tourment). A chaque nouveau personnage, un poème en prose ou vers ou une étude détaillée et puis le fil du récit continue sur quelques mois. Le réel n’a pas d’intérêt pour Billy, seuls les personnages de la nuit, des cauchemars et des moments clefs du réel sont présents. Le garçonnet trouve les adultes bien décevants aussi, oublieux de l’enfant qu’ils étaient et du monde si étrange et fabuleux du fictif.

Que dire de ce fourmillement de notes, de références, de bonnes idées, d’allusions ou de métaphores. Des coups de cœurs à toutes les pages donnant envie de se référer au sommaire (qui nous joue un tour aussi… regardez les numéros de page... bon c'est vrai c'est tout petit: 13!). © Guillaume BIANCO/ Soleil

Des croquis et des tableaux gothiques, des poèmes que l’on peut lire aux enfants plus jeunes. J’aime particulièrement « La princesse et la flaque d’eau », poème sur l’hiver, la morte saison, la nature moins enchanteresse, et pourtant. Je me retrouve aussi dans l’extrait de « La nuit » de Maupassant. J’aime particulièrement les inventions de Billy : les serpents devenus vermicolles aux dents bien acérées, d’autres (potentiellement des futures mante-religieuses) que l’on ingère et qui donnent les gargouillis que l’on entend dans le ventre de son père quand lors de câlin nous avons l'oreille dessus. J’aime les personnages où l’influence de Tim Burton est flagrante mais pas que lui d’ailleurs (la petite fille aux couteaux rappelle le môme aux clous dans les yeux).© Guillaume BIANCO/ Soleil

Et puis ces reprises de vieilles coutumes ou superstitions : le croquemitaine, les vampires (dont une si douce, si gentille, se mordra jusqu’à la mort pour ne pas détruire une autre vie), la communication avec les esprits grâce à l’ouja, les auras etc…

Et puis ses conceptions de la reproduction humaine, la naissance et plus encore les graines de petites sœurs et un coupe-coupe-couette offert (parce que les bordereaux de commande et les anciennes publicités ne sont pas en reste). Parce qu’encore plus qu’une histoire honorant le fictif des cauchemars et des peurs enfantines, ce livre as
sez inclassable est une ode à la fraternité. Billy ne se gène pas pour embêter sa petite sœur, lui en faire voir de toutes les couleurs, la malmener et pourtant c’est de l’amour qu’il y a là.

© Guillaume BIANCO/ Soleil

Un vrai bonheur de lecture, de relecture. Et même si le graphisme, efficace, magnifique ert sombre, et certaines histoires peuvent choquer, je vous recommande les poèmes et les cryptologies prises seules. J’avais suivi là les lectures de Benjamin LACOMBE véritable prescripteur de merveilles et illustrateur/auteur d’autres. J’attends avec impatience des nouvelles de l’auteur, Guillaume BIANCO, dont voici le site, une petite voix m’a dit que ce sera pour bientôt. Emmyne n'y voit aucune tendresse et peu d'humour, un livre pour adulte, voir ici. A vous maintenant de vous faire votre idée!