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mercredi 5 juillet 2017

Le chien que Nino n'avait pas

Le lutin a grandit, il va sur ses 11 ans. Je ne peux presque plus prétendre que les albums jeunesse que j'achète sont pour lui. Presque. Comment donc continuez une bibliothèque jeunesse d'album quand le loupiot en lit beaucoup moins? Bon, sans être dupe je me dis que, bien évidement, certains albums arrivent à la maison pour lui mais aussi beaucoup pour moi. Oui, pour moi l'adule, pour mon plaisir de lectrice, adulte.

© Edward VAN DE VENDEL et Anton VAN HERTBRUGGEN/ Didier jeunesse

Certains albums (oui oui pas tous!!) sont de vrais pépites de poésie et comme des livres d'art.
Tenez par exemple, celui-ci, emprunté à la bibliothèque, pour lequel j'ai tant d'affection que je me dis qu'il faudra bien l'acheter. Pourquoi lui plutôt qu'un autre? Déjà une pâte d'écrivain avec Edward VAN DE VENDEL que j'aime suivre. Super Gloupi offrait des courts poèmes sur l'enfance, les bêtises, la candeur, la spontanéité.  L'enfance mais aussi les jeux dehors, à l'abri, en fuite, l'autre mystérieux ou la mort avec le magnifique "Petit lapin stupide". Donc pour le sujet et son traitement. Et quelle merveille d'illustration!

Dans le titre de cet album, "Le chien que Nino n'avait pas" d'Edward VAN DE VENDEL et illustré par Anton VAN HERTBRUGGEN, tout est dit. Oui et puis tellement non. Nino est seul et invente un chien. Ce dernier aimerait poursuivre les écureuils, plonger dans l'eau. Personne ne le voyait, ni la grand-mère, ni la maman... si peut-être quand il faisait le foufou. Et puis un vrai chien apparait, pas pareil mais c'est bien aussi.

© Edward VAN DE VENDEL et Anton VAN HERTBRUGGEN/ Didier jeunesse


De très courtes phrases nous entrainent dans la vie de ce garçon, seul et qui s'ennuie. Mais c'est surtout le manque du père qui apparait. Un papa rarement là qui voyage, découvre des pays. Et puis c'est une envie d'aventure, les rencontres, mais surtout l'ailleurs, l'inconnu.
C'est l'histoire d'une parenthèse, d'une frustration, entre l'enfance et l'âge adulte de tous les possibles mais traité de manière extrêmement poétique.

© Edward VAN DE VENDEL et Anton VAN HERTBRUGGEN/ Didier jeunesse

Anton VAN HERTBRUGGEN plante un décor d'aventurier. Une maison perdue en pleine nature, des meubles qui trainent dehors, un jardin qui ne s'arrête pas. Et puis cette chambre d'enfant fantastique où des robots côtoient des voitures, des masques ethniques, des fusées, un globe terrestre.
L'illustrateur utilise des couleurs comme passées, donnant un aspect désuet, sépia sans l'être. Les arbres, les meubles, la maison se confondent dans l'atmosphère.
Et puis il y a les animaux fantômes. Des croquis à l'encre, dynamiques, colorés entourant le père et juste imaginés pour l'enfant.

C'est un magnifique album grand format!

mardi 3 janvier 2017

L'ours qui n'était pas là

Une de mes résolutions pour cette année 2017, si je poursuis encore ce blog, est de ne plus laisser trainer mes billets en brouillon. Soit je les termine, mal mais au moins j'en parle, car ma volonté est de partager une lecture et de vous donner envie, pas forcément de faire une critique aussi exigeante que je l'aimerais. Soit je les supprime.

Un voici un qui attend sagement que je parle de ces grifouilles, patouilles et errements.

***
© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Je sais que quand j’achète un livre illustré par Wolf ERLBRUCH, le parti pris est poétique, empli de réflexion. Oren LAVIE, auteur, compositeur, interprète, offre ici avec son premier livre une quête de soi. "L'ours qui n'était pas" n'était pas. Pas là, pas présent, inexistant. Et puis il est apparu, de presque rien, d'une sensation, et puis il a grandit.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Un ours, c'est sûr qu'il est bien un ours. Mais un autre doute, dans sa poche une feuille de papier avec la question "Es-tu bien moi?" et des indices. Il va alors chercher s'il est bien lui. A travers la forêt, à travers les rencontres. Il se découvre, découvre les autres mais aussi les sensations, les réflexions.
Qu'est-ce qui fait soi? Le regard des autres, la reconnaissance, une étrange sensation dans le ventre? Qu'est-ce qui fait l'autre? Le fait d'en prendre conscience?


© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Cet album grand format est extrêmement poétique et plein d'humour mais pas que. Il part d'une question existentielle, soi, pour nous amener sur le chemin d'une redécouverte de ses sens, de ses sensations.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire

Et puis il y a derrière ces questionnements le chemin parcouru, lent, chaleureux, bienheureux. Chaque page offre de petits détails de bonheur, chaque page est un poème en soi.
Et je ne me lasse pas des illustrations de ERLBRUCH.

© Oren LAVIE et Wolf ERLBRUCH/ La joie de lire


dimanche 14 février 2016

Faire l'amour - Aimer

Non, non, je ne saute pas d'étapes...



"L'expression " faire l'amour" ne désignait pas, il y a quelques siècles, la relation sexuelle, mais le fait de courtiser, de faire la cour : de belles déclarations et de grands serments d'amour, des poèmes, des chansons le soir sous le balcon de sa fiancée...
Le fait de parler, le langage de l'amour avec des mots et aussi le langage des gestes d'amour, ce sont les actions qui donnent un contenu actif au verbe aimer. Presque toujours, aimer commence vraiment... quand on se le dit.
[...]
Parce que c'est le commencement de l'engagement de la volonté."
(extrait de "Aimer" de Michel PUECH, éditions Le Pommier; illustration de Sergio TOPPI extraite de "Sharaz de", interprétation des Milles et une nuits)

Ceci est de circonstance: je vous enjoins à faire l'amour, pour les plus jeunes à découvrir les papillons dans le cœur (ici petite sélection) et pour les plus grands à aboutir l'action du verbe aimer, par les paroles, les intentions, les gestes.
Pour les plus grands, suivre quelques versions exotiques, sensuelles et amenant le désir des "Mille et une nuits", du "Kamashastra" (et son fameux kamasutra) ou du tantrisme... avec quelques images, des shunga ou des Ai Yang Hua... Mais c'est vous qui voyez...

jeudi 16 avril 2015

Jane, le renard & moi

Une magnifique couverture mêlant cette jeune fille, un beau renard roux, le visage d'une héroïne de littérature et cette plante d'un beau vert tendre. Hum, j'avais envie de lire "Jane, le renard et moi" d'Isabelle ARSENAULT et illustré par Fanny BRITT.

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Elle est toute seule, toute seule dans les couloirs de l'école, toute seule dans le bus. Avant elle était accompagnée de ses copines et, un jour, l'une d'elles a décrété qu'elle n'aurait plus d'amie. Elle les voit se moquer d'elle. Et puis il y a les mots griffonnés dans les toilettes.
Oui, elle est persuadée qu'elles ont raison: elle est grosse comme une saucisse et puis ça se trouve elle pue comme elles le disent.
Il va falloir pourtant partir en Angleterre avec la classe. Bien-sûr elle se retrouve avec les sans bande. Seule encore parmi les esseulées... 

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Encore heureux qu'elle a Jane Eyre. Elle lit le livre de Charlotte Brontë et découvre cette pauvre enfant orpheline qui jeune femme se mettra au service d'une famille. Et il y a la rencontre avec le renard.

"Il a le regard tellement doux que j'explose presque. Le même regard dans l'oeil d'un humain : je lui offre mon âme, garanti."
© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Et il y a ces yeux bleus qui clignent tout le temps. Le malaise va s'effacer.

Ce roman graphique, entre bande-dessinée et album, est la confidence de cette gamine au début de l'adolescence.
Elle est mal dans sa peau, dénigrée et même harcelée par les autres. Tout est gris autour d'elle, elle n'a plus le goût à rien. Sauf en ce roman, cette histoire de fille, Jane, qui devient quelqu'un, "adulte et brillante et mince et sage". Elle se reconnait en elle et pourtant ce double fictif, lui, est apprécié. Ou presque... enfin si.

© Isabelle ARSENAULT et Fanny BRITT/ La pastèque

Et le roman l'a déstabilise, comme la vie, comme les nouveaux partages, le changement de regard et d'attitude, d'elle et des autres. Les couleurs reviennent, comme une amitié, une pousse qui grimpe et se propage.

Au fait, pourquoi un renard? peut-être parce qu'il était déjà là... tout près.


dimanche 12 avril 2015

Les cheveux de Léontine

Vous pouvez retrouver "Les cheveux de Léontine" de Rémi COURGEON dans son album recueil dont je vous parlais là, en plus de cet album cartonné grand format.

© Rémi COURGEON/ Nathan

Une enfant porte un prénom qu'elle n'aime pas, "Léontine la honte", et se cache derrière ses cheveux. Noirs, ils sont magnifiques mais pourquoi donc les garder aussi longs et quel visage cache-t-elle derrière? Elle doit justement en avoir honte, c'est sûr!

© Rémi COURGEON/ Nathan

Mais Léontine les garde car elle les tient de son père mort et reste derrière parce que trop timide. "Ce rideau séparait Léontine des autres. Cela les agaçait et parfois les rendait méchants." Chahutée, elle tombe et se fait rattraper par... ses cheveux. Ils ont une vie propre. Ils lui apportent liberté et force et frémissent quand la garçon chanteur de la classe d'à côté passe près d'elle.

© Rémi COURGEON/ Nathan

Rémi COURGEON nous offre là une ode à la liberté d'être soi. Bousculés par les autres, les enfants sensibles apprennent à s'assumer et à vivre pleinement. Cela donne de la poésie dans le comportement et dans les frémissements des premières émotions.

mardi 7 avril 2015

Le ciel d'Anna

Stian HOLE est un illustrateur déconcertant. Il m'a fallu lire son premier album entièrement pour découvrir que cette sensation assez désagréable devenait une immersion surréaliste dans un univers d'enfant. Avec sa série sur ce garçon bien sympathique qu'est Garman, je suis devenue addicte.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

"Le ciel d'Anna" laisse encore plus la place aux illustration, le texte étant moins présent. Anna n'est pas pressée de suivre son père. Elle est là, la tête ailleurs à regarder le monde autour d'elle, à imaginer et à rêver. Lui est prêt, en costume, les fleurs aux bras et puis la cloche sonne dans l'église au bout du fjord.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Anna parle à son père, de ces impressions, de ce qui lui murmurait sa mère. C'est l'absente. Anna propose une évasion surréaliste à son père... dans l'eau, dans le ciel, dans la multitude de la faune et flore réelles et imaginaires. Sa maman a rejoint les invisibles. Anna découvre leur contrée. Mais où est-elle? Dans le jardin de Dieu ou à prendre le thé avec des êtres disparus... le monsieur aux timbres de la rue de Garman peut-être mais aussi Picasso ou Elvis.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Avec énormément de poésie, Stian HOLE offre un regard d'enfant sur le deuil, sur les premiers moments de manque et d’absence de l'être aimé. L'enfant a la tête ailleurs et les illustrations montrent bien son imaginaire onirique mais c'est aussi ce rapport d'après la mort qui apparait.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

La religion apparait ici dans l'après mort, le ciel: un espace et des occupations d'invisibles. Mais aussi les préoccupations de Dieu, ses yeux partout, ses correspondances avec les hommes, sa capacité à refaire le monde peut-être.


lundi 30 mars 2015

Les sauvages

Comme à chaque fois, Mélanie RUTTEN nous embarque avec sensibilité et tout n'est pas accessible de suite: il faut prendre le temps, relire, replonger dans l'image.

© Mélanie RUTTEN/ Memo

"Les sauvages", ce ne sont pas ces deux ombres qui sortent des maison cette nuit. Non, pas vraiment. Les deux silhouettes partent pour toujours, elles n'ont pas peur.

Elles savent qu'il faut partir, partir pour être libres, spontanées. L'aventure est là dans cette escapade dans le noir, entre les lianes mais tout de même protégés par les arbres. Il faut un effort. Elles arrivent sur l'île et se dévoilent: garçon, fille mais aussi amis imaginaires, les sauvages. Cette nuit, ils jouent, découvrent, imaginent, expérimentent. La joie est communicative. Ce sont des jeux, des partages, des soutiens.
"C'était une bande de sauvages et c'était leur clairière. Faite d'ombres et de lumière. Chacun y avait sa place. Ils construisaient une cabane, ils la décoraient, ils dormaient, ils mettaient de l'ordre e ils grandissaient. Le temps s'arrêtait.
Cette nuit, c'était toujours."
 Mais celui qui fait peur n'est pas loin. Une dispute et le voilà prêt à attaquer. 

© Mélanie RUTTEN/ Memo

Une île où les enfants sont eux-même sans observateur, sans adulte, sans règles, sans jugement. Dans un univers inventé, au plus près de leurs émotions, du merveilleux, de la vie. Il y a dans leur fuite, une envie d'enfantillages, de retour à la nature mais bien plus une envie de grandir mais pas à tous prix. C'est une ode à l'enfance, pour leur accorder du temps et de la confiance.

© Mélanie RUTTEN/ Memo
 
L'histoire est malicieuse, délicieuse et délicate. Mélanie RUTTEN nous offre avec son jeu de couleurs cette nature mystérieuse et fabuleuse. Des magnifiques fleurs et personnages minéral/végétal/animal. Des ombres complices, d'autres plus angoissantes.


lundi 9 mars 2015

Un pas à la fois

En ouvrant le dernier album illustré par Joanna CONCEJO, j'avais envie de reprendre ces anciens, suivre aussi son fil poétique, surréaliste, déconcertant souvent.

© Nicole Blanche MEZZADONNA et Joanna CONCEJO/ Notari

Dans "Un pas à la fois" de Nicole Blanche MEZZADONNA, l'illustratrice offre ainsi une seconde lecture, quadrillée, raisonnée, comptable mais aussi pleine d'une poésie auquel le personnage ne succombe pas encore.
Julot vit dans l'appartement de sa tante décédée. Il compte bien suivre ses directives même après sa mort. Toute sa vie est réglée. Entre tocs mais aussi raisonnements sur la meilleure utilisation du cerveau, du corps, l'optimisation des déplacements, l'homme à la tête de chien se réveille et suit son quotidien agencé au pas près.

© Nicole Blanche MEZZADONNA et Joanna CONCEJO/ Notari

Ses choix sont définis par d'autres, le chien de sa sœur validant l’habillement, la tante la permanence d'un habitat sans modification possible, la mère sa manière d'être poli et réservé ou encore sa nièce amenant les rapports familiaux.
La volonté de Julot semble choisir le développement personnel à chaque instant mais sans joie, sans saveur. Il y a bien ses oiseaux, sur le tapis, dans les illustrations de Joanna CONCEJO, le vélo ou ce petit jouet tricoté. Un jour, une maille se défait et c'est le début du changement.

© Nicole Blanche MEZZADONNA et Joanna CONCEJO/ Notari

Nicole Blanche MEZZADONNA offre là un album aux nombreuses lectures. Les plus jeunes lecteurs seront peut-être un peu déboussolés par cet homme chien et son comportement. Mais au fur et à mesure, ce sont de nombreux points de vue philosophiques et psychologiques qui prennent sens. Une rigidité de la vie se délite peu à peu. Même peut-être une forme de handicap, au moins une autre façon d'être au monde.
Joanna CONCEJO a ainsi tout le loisir d'offrir à son personnage des imageries pleines de détails, de quadrillage, de méticulosité feuillue. Ces feuilles de ficus qui prennent tant de place dans les appartements, qu'il faut mettre dans les escaliers, partie commune de l'immeuble, et qu'il faut hypnotiser pour les tailler.


lundi 26 janvier 2015

Venise n'est pas trop loin

Pourquoi donc parler d'un livre que nous ne pouvons plus trouver (sauf en occasion) à cause de la fermeture de sa maison d'édition. Être n'est plus. Parce que certains livres abordent des thèmes d'une manière sensible et osée. Et en espérant que ce titre sera repris par une autre maison d'édition...

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

"Venise n'est pas trop loin" de Christian BRUEL, illustré par Anne BOZELLEC et avec les photographies d'Anne GALLAND nous embarque dans un voyage, un séjour que s'offrent une mère et sa fille. Des retrouvailles entre les deux, elles ont laissé les hommes, père et frère, elles déambulent avec une sorte de rituel, entre complicité et liberté, et savourent ensemble ou seule les charmes de la ville.

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

Venise est magnifiée, ses quartiers (Cannaregio), ses musées (avec les œuvres de Giorgione ou de Carpaccio), le café italien, les restaurants, ses vaporetto (i?), ses odeurs (de lait caillé dans les escaliers de l'immeuble), "le duvet d'algues peigné, cette pierre grenue sous la paume, le bleu d'une barque qui n'en finit pas de mettre un mur à vif."

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

La mère et la fille investissent la ville. Des emploi du temps programmés, ensemble, puis des espaces libres.
Et cette année, la fille a plus de liberté, les frontières de son univers de découvertes s'est agrandit. Sa mère lui fait confiance, c'est une grande maintenant 13 ans, bientôt 15! (voir extrait) Et cette fois-ci, l'enfant veut retrouver ces rassemblements secrets. Elle est attiré par le jeu.
Pourtant elle est intelligente, pourtant elle sent le danger. Mais c'est plus fort qu'elle, le jeu des adultes est si tentant, elle est si proche de cet âge.

© Christian BRUEL, Anne GALLAND et Anne BOZELLEC/ Être

Et elle perd, elle a réussi à décaler l'heure du gage. Elle a cherché mais ce qu'elle risque de trouver l'épouvante. Mais rien ne peut lui arriver, elle est si spéciale, elle lui parlera. 
"Faire l'innocente. Ne rien comprendre. Elle reviendra demain. Juré! Il sourit comme un loup."

Cet album offre les premiers pas de la perte d’innocence, la prise de risque. C'est aussi la marque des premiers émois, des premières peurs de ce que peuvent envisager les adultes. Pourtant sa mère, aussi, profite de ce temps hors du temps à Venise. Les rencontres, les partages, les émotions.
Les illustrations d'Anne BOZELLEC et les photographies d'Anne GALLAND apportent ce sublime mêlé avec le mystère et le trouble. L’architecture de Venise est superbe: d'alignement de maisons, de bord de lagune, de devantures colorées. Puis cette enfant, souvent en noir et blanc, fille enfant mais aussi espiègle, ses errements en ville et ses crayonnés au café. Les individus sont eux soit des ombres soit très colorés, indéfinis ou une photo sans flou.

C'est beau, juste. Elle a pris le temps de grandir cette enfant et le livre est un beau prétexte à la vie. Et puis Venise n'est pas trop loin...


mardi 25 novembre 2014

L'amour selon Ninon

Pourquoi avoir attendu autant de temps pour découvrir cette collection. Pourtant j'aime beaucoup ce que propose Oscar BRENIFIER. Je pensais à tort avoir affaire là à une bande dessinée facile. Bon, j'avais aimé sa collection Philozidées, par exemple "La question de dieu", une version simplifiée d'un thème. Mais mon coup de cœur allait vraiment à ses débats guidés de la collection Philozenfants: par exemple "Vivre ensemble c'est quoi" dont je parlais là.
Et Ninon dans tout ça! Et bien j'adore!

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse


"L'amour selon Ninon" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Delphine PERRET est un album très complet. Ninon semble être amoureuse et grâce à ses proches, toutes ses questions auront des réponses.
Le livre peut se lire comme une histoire, du début à la fin, une sorte de pièce de théâtre en bande dessinée. Bien-sûr peu d'actions mais de nombreuses réflexions et petites humeurs d'enfant.
Il peut aussi se lire chapitre par chapitre. Chacun offrant une ligne de réflexion. Cela passe du sentiment amoureux, de l'affection plus poussée qu'une amitié ou une sympathie aux gens, mais aussi la jalousie, le respect, le bonheur d'autrui, le besoin d'être aimé, la passion, l'acte sexuel etc...
© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse

L'album fait la part belle aussi aux références culturelles sur l'amour: mythologie avec Narcisse ou les androgynes, la bible et le jugement de Salomon, "Dom juan" ou "Roméo et Juliette".
Bien-sûr l'interaction n'est pas aussi naturelle que lors d'une séance de réflexion philosophique orale. Bien-sûr l'histoire amène les réponses peut-être même avant que l'enfant se pose les questions. Mais cette histoire est très bien faite car les interventions sont multiples. Ninon se pose des questions enfantines (mais pas que), les parents répondent sur les sentiments, la maîtresse sur la beauté de l'amour empirique, le voisin sur les références et le cochon, animal de compagnie, permet à Ninon de digérer avec des réflexions d'enfant ce qu'elle a découvert. Et puis la réflexion est un apport de petites touches, une à la fois: des phrases courtes, claires, des reprises pour expliciter.

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse


Je dois dire aussi que la clarté des illustrations de Delphine PERRET aide beaucoup. Les personnages détourés au feutre fin, les couleurs juste sur les vêtements et la séparation bien précise des vignettes (même sans pourtour) et des prises de parole allège.
Son cochon est aussi sympathique à souhait.

© Oscar BRENIFIER et Delphine PERRET/ Autrement jeunesse

L'album est ainsi très lisible et se lit, se relit et s'approprie facilement à partir de 8 ans. Parfait!




samedi 9 août 2014

Émile (- fait un cauchemar, - et les autres)

Je ne vous ai pas encore parlé d’Émile? Vous ne le connaissez pas? Mais si, mais si. Ce garçonnet toujours bougon et solitaire dont on suit les aventures avec délectation, création double sortie de l'imaginaire de Vincent CUVELLIER et de la plume colorée de Ronan BADEL à qui l'on doit le visuel d'un autre garnement, Félicien Moutarde. Bon je vous présente ici les tomes 7 et 8 mais pas d'inquiétude, chaque album est indépendant et vous comprendrez très vite à qui vous avez affaire.

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

"Émile fait un cauchemar" nous amène aux moments cruciaux que sont le coucher et le lever. Un cauchemar l'a réveillé en sursaut. Un loup. Bien-sûr! Il mange les enfants comme chacun sait. Mais non, Émile ne veut pas avoir peur. Et puis de toute façon il n'a pas peur grâce à sa parade des doigts. Mais non ce ne sont pas les films d'horreur. Oh non pas une histoire pour enfant ce soir, pas Pinpin le lapin rose. Non!

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

"Émile et les autres" c'est une sacrée histoire! L'enfant est solitaire alors aller au parc voir les copains n'est pas une partie de plaisir. Pour sur: il n'a pas de copain. Il se plie de mauvaise humeur à la directive maternelle. Bon, les copains... s'en faire des copains. Enfin peut-être!

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

Chaque album vous présente le chenapan: il est frondeur, solitaire, très bien dans son monde et assez misanthrope pour son âge. Tout est présenté avec son regard et quand il n'a pas envie cela se voit.
Le cauchemar montre la sensibilité du petit homme et l'autre album sa complète différence.

© Vincent CUVELLIER et Ronan BADEL/ Gallimard jeunesse

Le texte est toujours court mais les albums sont fins sur ce garçon pas comme les autres.
J'étais tombée sous le charme avec les deux premiers tomes, excellents: "Émile veut une chauve-souris" et "Émile est invisible" montraient bien un univers de petit garçon sûr que son monde est la réalité. Jouissif!
 

mardi 13 mai 2014

Ma mère est une sirène où les mots sont parfois comme les poissons, difficiles à pêcher

La collection "Trimestre" des éditions Oskar propose des ouvrages toujours aussi justes. Par année, ce sont quatre albums aux textes courts mais riches et aux illustrations très particulières d’aplats de couleurs et de dessins, donnant à chaque fois un style gravure ou croquis et une belle bichromie.
© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

"Ma mère est une sirène où les mots sont parfois comme les poissons, difficiles à pêcher" de Benoît BROYARD et illustré par Laurent RICHARD est une tranche d'émotion.
Thomas se demande où est partie sa maman. Luc, son père, n'est pas bavard. En rentrant de sa journée de pêche, il prend son temps pour réparer les filets. Il faut le laisser travailler, ne pas le déranger. Oui mais l'enfant veut savoir et le papa ne veut pas montrer ses larmes, ce serait trop dur pour son fils.
Alors Thomas imagine sa maman redevenue sirène par malédiction à sa naissance. Il va aller lui parler, au fond de l'eau, elle va le cajoler et lui expliquer. L'enfant imagine des retrouvailles, une rencontre. Ce ne sera pas dangereux, la maman est sirène, il est donc à demi-poisson et puis en plus, elle viendra vite à sa rencontre.

© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

L'album présente ce manque de communication entre le père et le fils, une difficulté à dire l'indicible, une envie de ne pas culpabiliser, de ne pas amener plus de malheur. Le silence n'est pas un manque d'amour
A travers cette métaphore, l'eau est l'inconnu et l'attente pour l'enfant mais aussi le lien avec ses parents, le déclic. Un filet de pêche peut peut-être attraper une sirène et dénouer les larmes et les mots.
© Benoît BROYARD et Laurent RICHARD/ Oskar

Le travail de Laurent RICHARD est lui aussi une fantasmagorie. Le réel et l'imaginaire sont ainsi repris avec des croquis, des découpages bruts et des dessins à l'encre d'une science naturelle, d'une imagerie féérique ou de dessins industriels. 

jeudi 27 février 2014

Petits romans de Bernard FRIOT pour lecteur débutant

Les lutin commence ses lectures de petits romans. La collection "éclats de rire" de Milan poche cadet répond tout à fait à la demande: une quarantaine de pages écrites en gros et toujours beaucoup d'illustrations. Nous avons succomber aux propositions de Bernard FRIOT, bien-sûr.

© Bernard FRIOT et Aurélie GUILLEREY/ Milan Jeunesse

"Les pieds de Pierre" illustré par Aurélie GUILLEREY est une histoire avec trois fins possibles.
Pierre se lève un jour en découvrant que ses pieds ont grandi. Sa mère est énervé, il exagère, il faut aller le rechausser. Et puis à l'école, les camarades se moquent de lui, avant de découvrir l'horreur: il ne s'est pas déguisé mais a bien des immenses, longs, plats, énormes pieds.
Certains racontent qu'il a grandit de tous ses membres encore et encore, d'autres qu'il a choisi de s'évaporer dans l'océan et il se pourrait même qu'il ai disparu, pfiou, il ne restait de lui que ses pieds.

© Bernard FRIOT et Aurélie GUILLEREY/ Milan Jeunesse

L'(es) histoire(s) recèle(nt) des finesses. Oui Bernard FRIOT joue avec des situations burlesques mais aussi avec les émotions, la honte, la solitude.
Le sentiment de trouver sa place est au cœur du livre. Il y a ainsi plusieurs fins possibles, des heureuses, des solitaires, des remarquées, des mystérieuses mais aussi des drôles ou tragiques. Jusqu’à ce que l'on ne s'intéresse plus à ce qu'il est devenu.
Tout n'est pas forcément doucereux. C'est aussi cela que j'aime chez cet auteur. il reprend des thèmes qui peuvent embarquer les enfants mais ne laisse pas de côté la réflexion. Est-si drôle?

© Bernard FRIOT et Aurélie GUILLEREY/ Milan Jeunesse

Les illustrations d'Aurélie GUILLEREY apportent une poésie de plus, des ambiances et paradoxalement des visages expressifs.

***
"Tomaso et les trois ogresses" illustré par Eric GASTE est une histoire qui fait peur. Cela commence comme un conte de fée.
© Bernard FRIOT et Eric GASTE/ Milan Jeunesse

"Il était trois fois une ogresse très laide et très cruelle.
Non, reprenons.
Il était une fois trois ogresses très laides et très cruelles."
"Rassurez-vous: ces horreurs appartiennent au passé. Cela fait des années et des années que Sislafa, Chouignagna et Tricatra n'ont pas goûté à la chair fraîche d'un bambin bien nourri. Eh oui, les enfants d'aujourd'hui ne s'égarent plus dans la forêt."
Enfin c'est sans compter sur Tomaso, un garçon vif, aventureux. Il n'arrive même pas à rester en place dans sa chambre, dans l'appartement, il veut voir dehors. Et bien-sûr avec leur chanson pour ensorceler les enfants, il est vite pris au piège. Les ogresses, mises au régime sans bambin depuis si longtemps, s'en remettent à la recette maternelle. Avec des carottes, des choux ou des navets? Elles ont oublié. Reste le livre de cuisine... mais elles ne savent pas lire.
"Et le repas fini, elles rotent à répétition et pleurent à chaudes larmes."

© Bernard FRIOT et Eric GASTE/ Milan Jeunesse

L'histoire de Bernard FRIOT est truculente. N'est pas piégé qui semble l'être. Alors oui, elles mangent, se goinfrent. Mais Tomaso est courageux et astucieux. Et la relève n'est pas celle que l'on croit.
Une petite merveille!

© Bernard FRIOT et Eric GASTE/ Milan Jeunesse

Les illustrations d'Eric GASTE jouent sur le rire plus que sur la peur et elles sont vraiment moches les trois soeurs.

 

mercredi 18 décembre 2013

La rue de Garmann

Nous avions lu et relu le troisième volet avant même d'avoir le second. Je peux enfin continuer à vous parler de Garmann. Tant mieux, cela parle de chaleur humaine, de nature et d'émotions.

 © Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Dans "La rue de Garmann", Stian HOLE continue de nous emmener dans l'univers de ce garçon norvégien.
Plutôt solitaire, Garmann voudrait terminer un herbier. Les plantes qui lui manquent sont dans le jardin du vieux monsieur, l'ancien postier. Sauf qu'il n'a pas l'air commode celui-ci. Oui mais il y a Roy, ce garçon sûr de lui, qui sait faire du vélo sans les mains et a les faveurs des jumelles. Et puis Roy est méchant et quand il vous prend à partie pour montrer votre courage, de peur, vous êtes capable de ne plus être vigilant. Et voilà, le feu a pris dans le jardin de l'Homme aux Timbres. Et celui-ci sort furieux de chez lui.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Qu'est-ce que le courage? ""La vie n'est jamais sûre. C'est seulement quand on a très peur qu'on peut être courageux", a dit papa à Garmann. Sans doute, mais qui peut être courageux quand Roy bloque la porte de la grille?" Il y a ce manque de courage face au plus fort mais aussi le courage de ses actes, le courage d'être là.
Avec Stian HOLE, ce sont toujours des partages. Ici aussi entre générations, de petits riens, le nom des plantes, des chiffres qui en disent plus long.
L'histoire se déroule à travers Garmann, avec de ces détails qui obnubilent un enfant, comme la goutte au nez. Ce sont aussi des petits riens d'atmosphère qui donne une idée d'une ville, d'un quartier mais aussi d'une nature à ne pas laisser de côté.

© Stian HOLE/ Albin Michel Jeunesse

Et puis nous retrouvons là un style graphique très particulier: des dessins comme des photographies, des prises de vue incroyables comme des contre-plongées, des déformations de visages pour aller à l'essentiel de l'émotion.