En vacances, encore. Une semaine et hop une bronchite carabinée! Encore heureux que j'avais prévu de lire un peu... entre les quintes de toux et les états d'intense fébrilité,
Metin ARDITI "L'enfant qui mesurait le monde", un architecture s'exile dans une île grecque, celle où sa fille est morte. Il cherche la solitude et pourtant le village l'accueille et un couple mère-fils l'intrigue. Il revient à la vie en découvrant la beauté du paysage, en s'investissant auprès de ce garçon un peu particulier. Les actes des villageois pour cet enfant autiste épris de chiffres et de rituels et les reprises de l'amitié et de l'amour en font un beau roman.
Thomas LAVACHERY " Björn le morphir"*, après avoir lu le premier tome de la version BD dessinée par Thomas GILBERT, revenir à l'original. Une aventure incarnée par un héros qui ne paye pas de mine, Björn, timide, mou, pas très doué pour les armes dans ce monde de vikings courageux. Une "larve" emprisonnée avec les siens, famille, amis et serviteurs, dans la maison familiale. La tempête de neige bat son plein à l'extérieur. Et puis dans les moments les plus délicats, Björn rêve et se découvre un talent de combattant hors paire, c'est un morphir, un viking d'exception venant de nul part. Une belle aventure qui se poursuit dans d'autres tomes où les légendes nordiques se mêlent à une magnifique et fantastique ennemie: la neige, incarnée elle fait vraiment peur.
Jeanne BENAMEUR "Profanes", un médecin de 90 ans choisit de mettre de la distance entre lui et la mort, pas un discours médical, pas un discours sentimental. Seul dans sa grande maison, il s'entoure de quatre personnes qui viendront à son service sans s'effacer mais sans obligation de dialogue. Ce sont les profanes, chacun apportant son malaise à vivre, son appétit pourtant. Chacun en prise avec une langueur et le vieil homme avec ses souvenirs. Il se prépare à mourir et pourtant l'alchimie de ce magnifique quintet lui réapprend la vie.Sublime roman plein de poésie sur l'amour, la culpabilité à être en vie, la pulsion vitale, les souvenirs et le partage.
Malorie BLACKMAN "Entre chiens et loups tome 1"*, les rapports de pouvoir sont inversés, le monde est gouverné par la population noire, les primas, reléguant les blancs, les nihils, aux basses œuvres, aux éducations de mauvaises qualités et aux habitations mal famées. Mais Séphy aime Callum, son ami d'enfance. Elle noire, fille du premier ministre, lui blanc fils de la gouvernante. Et puis année après année la situation se dégrade, le racisme primaire laisse la place à une haine farouche, le fatalisme à du terrorisme. Comment faire quand tout vous sépare? Choisir les seules options convenues, choisir la révolution? Est-ce que l'amour survivra a ses conditions de vie? Une belle proposition pour les adolescents.
Victor DIXEN "Animale tome 1, La Malédiction de Boucle d'or", Blonde vit recluse dans un monastère. Elle est toute chétive, blanche comme transparente, ses lunettes aux carreaux bleus la mettant à l'abri de l'intensité de la lumière. Elle est la sous-fifre des autres pensionnaires qui ne font que passer ici avant d'être destinées à un mari. Blonde restera enfermée toute sa vie et pourtant. Une visite nocturne l'interpelle, des écrits la secouent, des compagnons artisans l'intriguent. Cette adolescente à la chevelure d'or n'est qu'une chrysalide qui s'ouvre sous nos yeux. Victor DIXEN est un talentueux auteur revisitant les contes de fées. Je l'ai suivi avec enthousiasme dans "Le cas Jack Spark", ici c'est la mièvrerie de Boucle d'or et les trois oursons qui vole en éclat. En s'appuyant sur des contes et légendes nordiques, Blonde se révèle femme et animale, puissante et condamnée. Encore une version à dévorer, ce premier tome se suffit à lui-même mais il est suivi d'une version de la reine des neiges.
Christelle DABOS "La Passe Muraille tome 1, Les fiancés de l'hiver"* (* quoiqu'il existe en format adulte avec le texte inchangé). Ophélie est une héroïne toute ordinaire, mal fagotée, très maladroite, pas engageante, avec aucune ambition autre que de rester tranquillement chez elle. Sauf qu'elle est une liseuse, ses mains savent lire l'histoire des objets et une impression du vécu des humains qui les ont utilisés. Par un mystère incroyable elle est choisie pour devenir la princesse d'une autre contrée, elle aussi terre-espace flottant autour du noyau du monde. Chaque parcelle est gouverné par un esprit, elle va devoir suivre son fiancée Thorn le dragon au Pôle.
Ce roman est foisonnant d'inventivité, de fantaisie. Ophélie est prise au piège de mœurs complètement farfelues et d'intrigues où sa vie ne vaut pas grand chose, ou peut-être que si justement. Chaque page vous entraine dans les stratégies perverses de ces êtres pas si humains aux pouvoirs étranges et effroyables. C'est bien mené!
Timothée de FOMBELLE "Tobie Lolness tome 1"*, un adolescent pas plus gros qu'une punaise vit dans un grand chêne avec sa famille. Son père est un scientifique et intellectuel reconnu jusqu'au jour où ses recherches le poussent à plus de vigilance: la vie sur l'arbre serait en danger et une vie existerait en dehors de l’arbre: hérésie. Ils sont exilés et le gouvernement de l'arbre se durcit, une dictature se met en place et le danger est encore plus grand, à long terme pour tous les habitants et à court terme, il faut enfermés les Lolness, découvrir leur dernière invention et les faire taire. Tobie Lolness se sauve et découvre un pan de la vérité. Cela donne vraiment envie du second tome!
Oui beaucoup de mes lectures sont destinées à la jeunesse ou pour les ado mais il n'empêche, ce fut bon! (Je leur ai mis un astérix!)
***
Il manque les bandes dessinées, elles suivront...
et à voix haute s'il vous plait ! ... pour adultes, pour enfants... pour réfléchir, pour se divertir, pour s'éveiller, pour les apprentissages de vie...
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jeudi 24 août 2017
mardi 7 août 2012
Loin des bras
"Loin des bras" de Metin ARDITI nous plonge dans les solitudes d'une communauté.
L'Institut Alderson est une école renommée en Suisse. Les parents fortunés envoient leurs fils pour leur faire profiter d'une éducation de qualité: enseignement de premiers niveaux incluant le sport comme dépassement de soi et la danse comme entrainement à la vie.
Mais depuis la mort du fondateur, sa veuve entrevoit la fin de l'Institut. Il faut remplacer certains professeurs, minimiser les coûts... peut-être même vendre.
Vera D'Abundo arrive pour un remplacement comme professeur d'Italien. Elle est au bord de l'effondrement. Et par elle, tous les liens se détricotent et les cheminements se dévoilent.
Chaque membre de l'équipe dirigeante, enseignante ou d'organisation, a eu une vie avant l'Institut, pleine de secrets que tous connaissent pourtant. Des amoures contre-nature ou homosexuelle, le rôle d'un homme pendant la guerre, la culpabilité d'une mère, la dissimulation, la honte, l’opprobre antisémite, l'éducation privilégiée mais aussi sacrifiée, les conséquences de la collaboration.
"- Ici, c'est la foire aux voiles déchirées. Chacun a subi la tempête. C'est d'ailleurs ce qui nous rassemble. Les élèves, les professeurs, le personnel, Mme Aldersson... il y aurait du boulot pour une escouade de couturières... Du genre qui cousent sur des machines à gros fil! Des enfants qui, à sept, huit, dix ans, croisent à peine leurs parents... Qui des mois durant ne reçoivent aucune caresse... Qui restent à l'Institut des huit, dix, onze ans! Vous imaginez leur état à la sortie? Ces garçons resteront des mal-aimés toute leur vie."
Ce livre parle de douleurs et de culpabilités. Les femmes et hommes se débattent avec un passé. Ils ont subis et se sentent dans l'obligation de continuer à subir. A l'Institut, l'organisation est rodée, l'emploi du temps chronométré, les enseignants sont impliqués dans le rouage. Et pourtant ils n'ont pas prise sur leur présent, comme une parenthèse. La modification de structure à prévoir pour l'Institut et l'arrivée de la nouvelle recréaient des liens et focalisent les
souffrances de tous.
Et là, c'est l'école et la vie.
Le décalage entre les attentes parentales, vouloir le mieux, vouloir la fierté, vouloir que son enfant "brille", et la vie, pleine d'abandons, d'exigences personnelles, de solitudes.
Chacun cherche un pis-aller, une attache... mais seul: prendre des
photos pour trouver une maitrise, traduire un auteur pour garder une
identité, jouer pour oublier, etc...
" - C'est important d'attaquer avant la note, fit Gülgül. On n'est pas à l'école, n'est-ce pas?
On est dans la vie... Dans la vie, on attaque la vie, n'est-ce pas? On
saute sur la vie. Allez, on attaque juste un peu avant la note."
Tout au long apparait cette mise à l'écart, des enfants par leurs parents, des adultes par la vie. Mais le soulagement, le lâcher-prise seront peut-être au rendez-vous... par le pire ou par la danse.
"C'est ça, la consolation, fit Irène.
Elle laissa passer un silence et ajouta:
- C'est quand on est prêt à être blessé à nouveau. La voilure s'est déchirée, on l'a descendue, on l'a recousue et on l'a hissée. On reprend la mer.
Elle ajouta d'une voix à peine audible:
- Il a quelque chose de monstrueux, ce mot de consolation. Un beau jour, le passé se fait plus petit. Et on a honte de mieux vivre."
Il faut peut-être être "setchmé", choisis... ou se choisir comme quelqu'un de bien.
dimanche 29 juillet 2012
Lectures estivales
... en attendant d'en parler, j'espère...
les lus:des coups de cœur!
les "juste après":
les lus:des coups de cœur!
- "Loin des bras" de Metin ARDITI où à l'intérieur d'une institution pour jeunes garçons délaissés, des humanités fragiles... troublant!
- "Elling" d'Ingvar AMBJORNSEN avec la découverte d'une causticité intime, une maladroitesse, une simplicité d'esprit ?! Perturbant!
- "Un océan de pavots" d'Amitav GHOSH, premier volet d'une trilogie haute en couleur, aux personnages poignants, incarnés, à l'histoire commune de multiples chemins de vie... Eblouissant!
- "Le Prince des Marais" de Pat CONROY, parce que Lily m'en a parlé. Lily, s'il te plait, parle nous encore de livres!
- "Teresa l'après-midi" de Juan MARSE, jeu de l'amour espagnol, parce que l'une de mes libraires m'en a parlé
- "American gods" de Neil GAIMAN, fantasy et super-héros, mais de Neil GAIMAN, alors tentant, très!
- "Les oranges ne sont pas les seuls fruits" de Jeanette WINTERSON, autobiographie fictive, parce que la même libraire me parlait aussi de celui-ci en même temps que de l'autre
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