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mercredi 27 septembre 2017

"Alors, les yeux sur la caméra, elle parle" - Mariages de saison




"On est ce type de couple là. Celui qui ne retient pas l'attention. Celui dont on se demande s'il est venu à la soirée ou pas. [...] On a découvert cette fluidité qui est si rare autour de nous. Le mieux, c'est qu'ils ne nous envient pas. Ils ne sont pas jaloux. Je crois même qu'ils nous prennent en pitié parce que nous ne sommes pas flamboyants, que nous ne nous consumons pas dans les plaisirs, que nous ne sommes pas des feux d'artifice qu'ils pourraient admirer. Et nous les laissons nous regarder avec commisération parce que ça n'a aucune importance, n'est-ce pas? Discrètement, nous ferons le tour de notre monde, et nous irons plus loin qu'eux."

(extrait de "Mariages de saison" de Jean-Philippe BLONDEL; source photo, détail)

mardi 1 décembre 2015

Un bob bleu rayé de blanc - Un minuscule inventaire

"C'est mon premier ami, je crois.

Bien sûr, il y a les copains d'enfance, tous ces gens avec lesquels on grandit et qui déteignent sur vous. Les camarades de classe ou de bâtiment avec lesquels on joue au foot dans la cour ou au croquet sur des terrains de fortune, ceux avec lesquels on monte dans les marronniers et on court sur les corniches.
Bien sûr, je me souviens de tous leurs noms et des moments que nous avons passés ensemble. Mais je me souviens aussi de l’imperceptible éloignement, de réflexions lancées par ces prétendus amis et qui, sans raison apparente, se mettent à se heurter aux toutes premières convictions faites de relents de séries télévisées et de premières lectures. Non, je ne pense pas que Danny Wilde soit plus fort que Brett Sinclair dans Amicalement vôtre. Non, je ne pense pas que lire des histoires, ce soit uniquement pour les filles. Non, je ne pense pas que Rocheteau soit le meilleur joueur de Saint-Étienne. Je ne crois pas non plus que la musique, ce soit sans réelle importance.

Une affirmation progressive.

[...]
Un samedi, c'est le mois de juin - Christian Lapierre m'a demandé si je voulais aller au lac en vélo. Nous avons fait quinze kilomètres sous un soleil de plomb. Il porte une sorte de bob bleu rayé de blanc, ce serait ridicule sur la tête de n'importe qui d'autre, mais sur lui, c'est élégant."

(extrait de "Un minuscule inventaire" de Jean-Philippe BLONDEL, éditions Robert Laffont)

samedi 1 février 2014

Double jeu

Avec Jean-Philippe BLONDEL je sais que je peux me laisser aller à la lecture, que je ne serais pas déçue et même que ses histoires d'adolescent toucheront au plus sensible chez moi. "Double jeu" m'a moins secouée que "Brise glace" mais c'est toujours avec délice que je suis cet auteur et ses héros.


Quentin est un adolescent en perdition. Il est viré de son lycée, et pour lui offrir une dernière chance, envoyé dans un autre d'un quartier plus prestigieux. Est-ce qu'il n'est qu'un péquenaud, un raté? Quentin ne sait pas s'il va aller au delà de ses préjugés sur les ados de ce quartier. Il ne sait pas non plus s'il va abandonner l'école et presque tout rêve pour aller à l'usine sur la butte devant le lotissement des parents.
Encore faut-il qu'il en ai des rêves? Mais non, il ne sait pas. Les copains de l'ancien lycée ne l'aide pas non plus laissés sur le bord de la route et sur la voie de la délinquance. La seule chose qu'il apprécie est sa petite soeur, celle pour lequel il raconte des histoires, avec laquelle il se confie.
Alors se battre ici avec sa vie ou partir et tout plaquer.
Et puis une professeur de français, vigilante, perspicace, lui enjoint de lire une pièce de théâtre "La Ménagerie de verre" de Tennessee WILLIAMS.
"Je bredouille que je... enfin, je suis désolé pour tout à l'heure, je... Je suis en train de me liquéfier. Elle m'interrompt.
- Ah non, Silber, pas ça.
- Pardon?
- Pas d'excuses, pas de paroles de mollusque, restez digne. Droit. Si vous vous aplatissez, vous allez me décevoir."

Jean-Philippe BLONDEL est un spécialiste pour évoquer l'adolescence mais encore plus cette transition, ce manque de repères, cette étape de doutes. Là aussi, le jeune héros n'est pas idiot mais en marge tout de même, il a besoin d'un déclencheur pour se trouver.
Ce que j'aime chez cet auteur aussi est cet effort sur soi demandé. Une personne va enfin sortir le narrateur du marasme mais tout n'est pas donné, la confiance en soi est un acte de volonté. Alors oui, nous pouvons être lièvre et rapide dans ses choix de vie (et peut-être se perdre en route ou perdre la route) ou torture mais il faut avancer. Le théâtre va l'aider. Mais c'est surtout le jeu, jouer sa propre vie, reconnaître ses sentiments puis en faire une force, une respiration. Respirer, pagayer sur un lac immobile. Jouer, jouer le jeu, jouer un autre.
Et puis ici un professeur comme un référent. Le premier sûrement. L'auteur malmène aussi souvent l'éducation nationale dont il fait parti. Elle mâche, broie quelque fois. Elle laisse en marge des jeunes qui ont besoin, en plus du partage des connaissances, de supplément d'affection ou plus d'attention.

Voici l'avis de Mirontaine et un extrait très parlant.

mercredi 26 décembre 2012

Dans la bibliothèque adulte

... juste un petit état des lectures depuis septembre, de quoi me dire que oui, je lis de l'adulte, aussi, de quoi aussi noter les livres que je n'ai pas billetés, les livres aussi qui ne m'ont pas trouvée, pour un temps ou pour toujours... en attente de billets.


quelques livres me sont tombés des mains:
- "Demande à la poussière" de John FANTE... et pourtant, pourtant, dès que je le reprends j'aime certains passages, mais le début a été difficile... il me faut le reprendre du début.
- "La Complainte des enfants frivoles" d'Alexandre VIALATTE... je n'arrive pas à rentrer dedans
- "L'histoire d'une solitude" de Milan FÜST, lu d'un bout à l'autre sans être touchée
- "La question Finkler" d'Howard JACOBSON, bah, je ne sais pas pourquoi

D'autres qui m'ont laissé une forte impression, très émotionnelle, dont il me faudra parler mais une fois que la lecture sera moins troublée par mon propre ressenti. IL y a aussi, entre autre, cette relation à la transmission, à la valeur du partage, de l’interrogation, de la critique.
- "G229" de Jean-Philippe BLONDEL
- "Chagrin d'école" de Daniel PENNAC

Et puis ceux aussi dont je parlerais plus tard...
- "La folle allure" de Christian BOBIN magnifique souffle d'air pur
- "L'Année de la pensée magique " de Joan DIDION, autobiographie d'une année de deuil, entre ressenti, ressources neurologiques, psychologiques, sociologiques et littéraires et très belle mise en lumière de la souffrance, de la douleur, du deuil, de l’apitoiement et de l'affliction.
- "L’histoire de Pi" de Yann MARTEL (lu en format jeunesse mais même texte qu'en version adulte) sur l'animalité et la religion (les religions: hindoue, musulmane et chrétienne) comme ressource.
- "A l'angle du renard" de Fabienne JUHEL, auteur qui me donne toujours un frémissement de l'échine...

jeudi 27 septembre 2012

Brise glace

"Brise glace" de Jean-Philippe BLONDEL est un roman pour adolescent avec tout ce qu'il faut de sensibilité. J'ai suivi l'auteur après une lecture très émue de son "Baby-sitter", roman pour adulte. Et je viens de finir "G229"... il me fallait bien écrire sur au moins un de ses livres.


Aurélien a 17 ans et tente de longer les murs pour ne pas se faire repérer dans cette nouvelle ville. Il est à la limite, depuis 4 ans. Il se veut transparent mais aussi comme tout le monde.
Thibaud, le gars le plus cool de la classe, vient un jour à sa rencontre. Il l'invite, le côtoie, provoque la discussion. Il ne lâche pas le morceau. C'est sûrement un recruteur de secte, il a dû ressentir l'adolescent en plein désarroi. Et pourtant non. Il veut devenir son ami et mieux, ou pire, il veut devenir son brise-glace... un effet de style de son texte de slam.

"- C'est différent du tableau de Friedrich. Le mec, il était en haut de sa montagne, et il allait redescendre, découvrir une autre existence, bonne ou mauvaise, il n'en savait rien.
- Et alors? Où est la différence?
- Nous, quand on va redescendre, on va reprendre notre vie où on l'a laissée.
- Je n'y crois pas une seconde.
- Comment ça?
- A partir du moment où on est présent dans l'existence de l'autre alors qu'avant, on n'existait pas, tout est modifié. Tu veux une cigarette?"

Comme souvent, Jean-Philippe BLONDEL entre dans l'univers des adolescents, des désillusions mais aussi des espoirs. Il incise, donne de la consistance mais aussi des couleurs et une bolée d'air.
Aurélien survit. Il n'est plus le roi de son monde, le meilleur ne reste pas à venir. Il est seul, le seul, et survit. Il est empêtré dans la culpabilité, celle d'être resté, celle d'être le témoin, la marque d'un drame. L'oppression, les émotions qui glacent, le frisson qui arrive par vague et le rire qui n'est plus dans la gorge comme le symbole de l'enfance et de la vie. Ce court roman est fait de tout cela.
Mais l'amitié reprend, la confiance comme les possibles trahisons. Les émotions retrouvent vie, redonnent de la pulsation, le sang recircule. L'amitié et l'amour peuvent sauver de la solitude adolescente. Il ne suffit pas toujours de relativiser les drames mais plutôt de donner corps, de donner de la voix (des mots), de s'engager... à nouveau.

Je ne reste pas indemne après la lecture des œuvres de BLONDEL. Il y a toujours entre les lignes des vagues d’émotions, des ombres du passé, des histoires de survivance. Le billet d'"In cold blog" présente les thématiques de l'auteur et tout ce qui m'interpelle, me saisit.

jeudi 7 juin 2012

Les noter là... pour espérer en reparler sous peu

Quelques livres se sont succédés sur ses 6 mois. Des essais en relectures, des albums jeunesse et puis des nouveaux. Je n'en ai pas parlé, pas encore. J'essaye pourtant de finaliser mes billets en brouillon parce que même imparfaits, même bancals et courts, ils m'apportent quelque chose.
Parce que oui, il est question de crédibilité. Je n'en ai aucune. Je n'ai pas fait d'études littéraires, je ne suis pas critique, je n'ai même pas de culture littéraire.
Mais c'est aussi un plus, parfois. Ma naïveté peut aussi être une spontanéité et une fraicheur. Je lis avec juste un vécu, je lis avec d'autres références et pas forcément celles attendues. Je lis avec fougue sans arrière pensée, je lis par envie et non contrainte.
Il est d'ailleurs difficile de billetter des livres. Parce que je les choisis aussi sur une certaine sensibilité, j'ai envie de les partager, de rendre compte de cette subjectivité et de la valeur, à défendre, du propos. Quand je démarre une lecture avec l'envie d'en parler, elle est ralentie, presque déjà analytique. Je me retrouve alors avec des lectures et des brouillons, auxquels il faut rajouter relecture pour en parler convenablement.


Alors voilà, une petite liste de ceux que j'aimerais présenter, mieux un autre jour.

- "Brise Glace" de Jean-Philippe BLONDEL. Cet auteur m'émeut à chaque fois. La douleur est latente, la sensibilité à fleur de peau et ce désenchantement adolescent me rappelle bien des choses. J'en parle enfin là
- "Oh, boy!" de Marie-Aude MURAIL. Une autre proposition de cette auteure jeunesse qui parle si bien des troubles de l'adolescence. Je l'avais connue avec les "Blue cerise" et suivie avec délectation dans "Miss Charity". Ici elle livre le combat d'une fratrie orpheline pour rester ensemble.
- "Un bonheur parfait" de James SALTER. Vraie révélation dans cette peinture des adultes en latence dans leur vie... il faut que je vous en parle. Je le relis et...
- "Une enfance australienne" de Sonya HARTNETT. L'enfance dans tous ses méandres et cette sensibilité accrue.
- "Les tétins de Sainte Agathe" de Giuseppina TORREGROSSA. Hymne aux femmes, à la Sicile, à la sensualité. Parcours familial et féminin à travers une société, les hommes et la maladie. Magique!
- "Le garçon talisman" de Florence AUBRY. Roman jeunesse sur la peur, la différence, la sensibilité.
- "Jenna Fox" de Mary E.PEARSON. Ce qui fait l'unicité de quelqu'un, son intégrité et son authenticité. Belle proposition ado.
- "Les ignorants" d'Etienne DAVODEAU. Bande dessinée initiatique sur le travail, la passion, la vie et les amitiés entre la vigne et l'univers des bandes dessinées. La lecture donne envie de déguster les rouges et les blancs, et même d'aller couverts jusqu’au nez antre les pieds pour la taille des lianes, et pousse à se refaire une culture de la bande-dessinée.

Je n'ai pas mis les albums jeunesse et les essais et tous ceux que j'ai déjà prêtés... (et demain je remarquerais que j'en ai oublié un, ou deux... ou plus).

jeudi 30 septembre 2010

Entre les histoires, des traces de moi

Scotchée, chamboulée, en pleurs... je suis sortie de cette lecture avec une impression qu'entre les lignes il y avait du moi, de l'intime, de mes tripes. Vais-je réussir à en parler ?

La question s'est déjà posée pour quelques autres lectures: "Dis oui, Ninon" de Maud LETHIELLEUX, "L'attente du soir" de Tatiana ARFEL ou "Sukkwan Island" de David VANN. La dernière en date est "Le baby-sitter" de Jean-Philippe BLONDEL.

Entre les trames des romans, des histoires qui sont ce qu'elles sont, douces, tendres, profondes, dramatiques, fictives, je trouve presque à chaque chapitre de l'indicible, des traces de moi, de celle au bord du gouffre, de celle sur le fil de la folie, de la norme... une multitude de facettes de celle que je suis. Je ne veux pas dire que les autres romans ne m'interpellent pas, pour certains aussi j'ai la larme à l'œil et le cœur pris. C'est peut-être ce que j'attends de la lecture, de me retrouver un peu ou d'aller plus loin dans des vies qui auraient pu être les miennes.
Mais sur ces lectures, le choc est profond, le choc me fait hoqueter. Vais-je réussir à en parler pour donner envie de les lire sans trop dire de mes parts d'ombre ?